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Buzzfeed sur les juif.ve.s : exotisation et blanchiment

BuzzFeed est une importante plateforme d’informations et de divertissement qui génère plus de sept milliards de vues par mois. La chaîne youtube réussit le pari de faire des vidéos au message politique progressiste, visionnées à grande échelle et très aimées par le public, si l’on se fie à la barre j’aime/j’aime pas sous les vidéos. Elle est toutefois de plus en plus critiquée pour certaines de ses productions comme pour son fonctionnement interne. Si certaines vidéos sont très intéressantes politiquement, d’autres le sont nettement moins. Je vais en particulier me focaliser sur l’antisémitisme à travers une brève analyse de trois vidéos de Buzzfeed sur la judéité, mais il y aurait bien plus à dire, aussi bien sur l’antisémitisme que sur d’autres sujets.

Ils mangent de ces trucs…

Il s’agit là d’une vidéo de divertissement où des américains mangent de la nourriture yiddish, et nous font bénéficier de leurs commentaires. Celle-ci fait partie d’une série plus large dont le racisme a déjà été relevé :

The series People Try ______ (For The First Time) consists of a variety of BuzzFeed staff members, mostly white Americans, who are given tastes of various cuisines and are solicited for responses. The reactions can range from astounded delight to disgust and ridicule. In the years since its inception, these videos have racked up tens of millions of views.

[…]

And it’s fucked up BuzzFeed, because no one from Southeast Asia asked you to try and criticize their food: you took it, stripped it of its context, turned it into a spectacle, and monetized it.

[…]

In all of the videos that I’ve watched, not once was there representation of the people from where these foods originate or have experiences with the food. By omitting those who can contextualize the food, BuzzFeed fails to fill in a crucial void that says, ‘hey, you know what, people actually eat and enjoy this AND they are not foreign savages with underdeveloped taste-buds.’

[…]

I could get into what food means to immigrant communities, but in short, food is synonymous with love, comfort, and home and I’m tired of apologizing for this integral aspect of my identity.


La série Des gens goûtent ____ pour la première fois consiste en un échantillon divers de membres de Buzzfeed, en général des américains blancs, à qui l’on fait goûter des cuisines diverses et dont on sollicite les réponses. Les réactions peuvent aller du délice au dégoûtant et au ridicule. Au fil des années depuis que la série a commencé, les vidéos ont accumulé des dizaines de millions de vues.

[…]

Et c’est merdique, Buzzfeed, car personne d’Asie du Sud-Est ne vous a demandé d’essayer et de critiquer leur nourriture : vous l’avez prise, sortie de son contexte, transformée en spectacle et monétisée.

[…]

Dans toutes les vidéos que j’ai observées, il n’y avait pas une seule fois une personne originaire de là d’où proviennent ces nourritures ou qui en avaient l’expérience.. En omettant celleux qui sont en mesure de contextualiser cette cuisine, BuzzFeed échoue à remplir un vide crucial qui dirait « hey, devinez quoi, des gens mangent ça, y prennent du plaisir ET ce ne sont pas des sauvages étrangers avec des goûts sous-développés. »

[…]

Je pourrais parler de ce que la cuisine signifie pour les communautés immigrées, mais pour la faire courte, la nourriture, c’est synonyme d’amour, de confort, de chez-soi et je suis fatiguée de m’excuser pour cette partie intégrante de mon identité.

C’est ainsi que les asiatiques du Sud-Est, dans l’épisode cité ci-dessus, les ashkénazes (les personnes issues des communautés juives européennes), dans la vidéo dont je traite ici, pour ne citer que deux exemples, sont érigés en Autres. Autres dont on va commenter les goûts. Ils sont analysés à travers leurs différences avec le groupe dominant, qui lui, a le rôle actif de goûter les plats à l’écran. En revanche, les goûts et habitudes alimentaires du groupe dominant ne sont pas montrées comme amusantes ou farfelues ; pas questionnées une seule seconde, en fait, encore moins à partir d’autres points de vue. Au lieu d’aborder la pluralité des cultures culinaires, on est dans une dichotomie du monde Nous/Eux, Normal/Bizarre, où c’est une évaluation de la qualité culinaire de la cuisine yiddish qui est donnée par des gens qui la goûtent pour la première fois.

Bref, le format de la vidéo est déjà un problème : il réduit automatiquement une culture culinaire de groupes minorisés à une expérience folklorique pour des personnes n’appartenant pas à ce groupe. Mais quels sont les résultats de cette expérience ? Des commentaires tels que « gross » (dégueu), « weird » (bizarre), « poop » (caca), ou, dans un autre registre, « bravo les grand-mères juives ! », « je suis sûr que c’est basé sur une belle tradition mais mis sur une assiette en face de moi, je ne comprends pas trop ». Je passe sur l’association sexiste cuisine–grand-mère, qui n’est pas sans rappeler la mère juive, cliché sur lequel je reviens en fin d’article. Ce qui m’intéresse ici, c’est de montrer comment même des critiques « positives » restent extrêmement réductrices (ce qui est inévitable dans un tel cadre de toute façon). Il s’agit en effet d’une tentative de cacher son dégoût par une remarque « gentille », lancée au hasard et en rattachant par défaut le plat à un folklore rempli de belles traditions (et de grand-mères juives…), pour parvenir à la conclusion qu’ils ne savaient pas trop mettre en valeur leur bouffe parce que là, on dirait du caca.

Par ailleurs, le titre parle de « cuisine juive », or tous les plats proposés sont des plats traditionnels yiddish (des plats ashkénazes). Pourtant, il y a des siècles de tradition juive éthiopienne, juive indienne, juive yéménique, juive marocaine. Comment comprendre cette égalité posée entre « juif » et « ashkénaze », dont cette vidéo est loin d’être un exemple isolé ? Déjà, une norme blanche/européenne participe de l’effacement des juifs d’autres communautés. L’ashkénaze devient alors une sorte de norme juive de la même façon que le blanc est la norme, le par défaut. Mais surtout, une opposition est construite entre les juifs et les autres racisés. Alors que ces derniers sont souvent montrés comme tirant la société vers le bas, les juifs sont plutôt ceux qui infestent les hautes sphères du pouvoir. Cela se voit, par exemple, dans les opinions des français. Le dernier sondage de la CNCDH mettait ainsi en évidence comment les stéréotypes sur les racisés et/ou immigrés différaient selon le groupe (noirs, musulmans, juifs, etc). À propos des juifs, l’idée que « oui, ils ont de l’argent, mais au moins ils travaillent, eux », revient souvent. C’est ce qu’on appelle un stéréotype positif ; mais ça reste un stéréotype et qui peut toujours se retourner contre le groupe concerné. Un tiers des sondés estime que les juifs ont trop de pouvoir en France, et on arrive au niveau des deux tiers quant au « rapport particulier des juifs à l’argent ». Ainsi, les rôles attribués aux différents groupes racisés sont différenciés, voire même mis en opposition. Bien sûr, cette opposition est très factice et doit faire tout un tas de contorsions pour avoir l’air naturelle, comme « d’oublier », à chaque fois qu’elle est exprimée, qu’il y a des groupes de juifs qui sont aussi arabes, noirs, asiatiques… ce que fait ici Buzzfeed.

À un moment, Eugène, un des membres de BuzzFeed, fait le commentaire : « c’est ce que j’appelle de la bouffe de blancs ». Eugène est un militant antiraciste, comme il en parle plus en détails dans d’autres vidéos ; dans sa bouche « truc de blanc » est une expression qui vise à retourner le stigmate, retourner qui a le rôle de l’Autre. « Blanc » n’est plus alors une question de couleur de peau mais de racisme. Et dans cette acception-là, les juifs ne sont pas blancs. J’ai parlé de blanchité plus haut pour différencier avec des juifs « doublement racisés », mais tous les juifs appartiennent bien, socialement, à une catégorie qui subit du racisme. Ils ont d’ailleurs été historiquement définis comme non-blancs dans toute la littérature antisémite. En particulier, la nourriture qu’ils goûtent dans cette vidéo est née dans une culture qui a été marquée par des migrations fréquentes pour fuir les pogroms, en marge de la société (même si, bien sûr, suivant les époques et les pays, le statut des juifs européens a considérablement varié). Or, considérer les juifs comme des blancs est quelque chose de très courant, y compris parmi les militants antiracistes, effaçant par là l’antisémitisme qui structure notre société.

Ces deux équivalences (« juif = ashkénaze » et « ashkénaze = blanc ») aboutissent en pratique à une dichotomie entre ashkénazes et autres juifs. La judéité de ces derniers sera très souvent laissée de côté, tandis que celle des premiers sera mise en avant. Il me semble que cela a pour but de conserver intacte la figure du juif riche et contrôlant le monde. Et pour conséquences de ne pas traiter du tout de la situation des juifs mizrahim (juifs du Moyen-Orient), beta Israël (juifs d’Éthiopie), bene Israël (juifs d’Inde), entre autres, ainsi que de rediriger sur les ashkénazes certains tropes antisémites du juif privilégié. (Comme j’en avais fait l’expérience ici).

Petit guide pour identifier un.e juif.ve

Le titre de cette vidéo (apparaissant à 00:05) : « signes que votre ami.e est un membre du peuple élu », donne le ton au reste de ce catalogue des comportements étranges des juif.ve.s qui les « trahissent » (pour rester dans l’état d’esprit du titre).

Au cours de la vidéo, on a droit à une enfilade de stéréotypes :

  •  la mère juive intrusive et omniprésente dans la vie de ses enfants (« c’est ma mère [qui sonne au téléphone] – rappelle-la plus tard ! – je ne peux pas, elle va croire que je suis morte »)
  •  les juifs et l’argent, (« c’est quand, Hannouka ? – quand ma grand-mère m’envoie un chèque »)
  •  plus spécifiquement les femmes juives et l’argent (JAP = jewish american princess, la princesse pourrie gâtée, à la fois femme et juive, je vous raconte pas les dégâts sur la personnalité)
  •  les juives qui se plaignent dès que possible (« on peut passer chercher mes lunettes de Soleil, histoire de pouvoir râler sur le détour »)
  •  les juifs méprisants envers les non-juifs (« et si j’épousais un goy pour épicer un peu l’ambiance ? – c’est quoi un goy ? – toi »)
  •  et encore une couche de femme juive un peu inquiétante : (« c’est qui ce type, il est célibataire ? – Oui, mais il n’est pas juif, j’aurais cru que ça dérangerait tes parents ? – boh, les enfants seront juifs de toute façon »).
  •  un petit bonus à la fin de la vidéo nous montre une juive proposer à ses amis « vous voulez y aller et faire de bonnes affaires ? »

Or, cette enfilade de clichés ne semble pas tant démontée par la vidéo que traitée comme une sorte de guéguerre bon enfant entre les juifs et les non-juifs. À la fin de la vidéo, deux juives poussent une non-juive à dire « allez, dis que c’est une grosse JAP, dis-le » (Jewish American Princess), « c’est bon, dis-le ». Bien sûr que ça reste humoristique, mais un humour pas totalement ironique, qui joue sur le « c’est drôle parce que c’est un peu vrai », d’autant plus que des juives elles-mêmes l’encouragent à « appeler un chat un chat ». Dans son blog « Une heure de peine », Denis Colombi a décrit comment l’humour repose sur des normes sociologiques. En effet, ce qu’on appelle du second degré n’en est souvent pas, comme ici, où l’humour repose entièrement sur les stéréotypes, et non les détournements des stéréotypes. (Si vous ne les avez pas déjà lus, je recommande chaudement la lecture de ces articles.)

Mais surtout, le thème de la vidéo, reconnaître un juif, est en lui-même un élément fondamental de l’argumentaire antisémite. L’invisibilité des juifs en est un thème très ancien et récurrent : comment reconnaître le juif qui se cache, contaminant en secret la société ?

 Dans « Le féminisme face aux dilemmes juifs contemporains », une page écrite par Nelly Las

Et ce thème de l’invisibilité des juifs reste très actuel. Même en considérant que la vidéo ne faisait pas à la base dans la production antisémite en choisissant ce sujet, elle le fait alors doublement en ne traitant pas du tout l’antisémitisme que renferme cette question, et en se contentant plutôt de profiter de l’occasion pour amonceler les clichés.

Enfin, nombre de ces mini-sketchs cumulent sexisme et antisémitisme dans le portrait qu’ils proposent de femmes juives assez antipathiques, un peu dominatrices, un peu cupides, ce qui, bien sûr, se retrouve dans le cliché de la mère juive.

On avait dit pas les mamans

Mère poule, qui en fait trop, à tous les niveaux, et surtout avec ses fils, la mère juive est un trope très répandu quand on montre des familles juives au cinéma (ou à la télévision, etc).

Contrairement au thème de l’invisibilité des juifs, la mère juive n’est pas un sujet historiquement prisé par les antisémites – elle va plutôt à l’encontre de l’image du juif sans singularité et au service froid des intérêts de son groupe. Si l’origine de ce cliché fait davantage partie de l’humour juif que de l’humour antisémite, il s’est en revanche développé un usage antisémite de celui-ci assez fréquent dans les productions audiovisuelles (fréquent par rapport aux nombres de fois où l’on y aborde la judéité). D’abord parce que, pour les mères sépharades, et même dans une certaine mesure, ashkénazes, il résonne avec certaines représentations orientalistes de l’excès des sentiments, de la passion et des épices orientales, face au monde occidental qui serait, lui, rationnel et dont les démonstrations affectives seraient décemment contenues et civilisées. De plus, la répartition des rôles genrés au sein des familles est un sujet sur lequel le racisme joue beaucoup depuis longtemps ; ainsi, par opposition à une bonne féminité blanche, et une bonne masculinité blanche, on trouve des représentations d’hommes et de femmes racisées qui n’auraient pas atteint ce bon équilibre de la douce et raisonnée domination masculine des blancs. On peut donc trouver des représentations de femmes « trop fortes » et d’hommes plus chétifs, qui restent dans les jupes de leur mère et qui sont étouffés par celle-ci, trop « dominatrice ». La série Big Bang Theory en est un exemple typique, avec le personnage de la mère juive dominatrice, qui est très lié à la représentation de Howard, homme petit, chétif et habitant « tard » chez elle. À noter que, bien sûr avec des spécificités suivant les minorités, si les femmes racisées héritent souvent de stéréotypes de « femmes fortes », moins « féminines et délicates » que les femmes blanches, cela n’empêche nullement les racistes de sortir la carte des « pauvres femmes soumises, encore aux mains d’une civilisation patriarcale archaïque comme on n’en fait plus chez nous » au besoin.

Pour ces deux raisons (les représentations orientalistes et l’image des « mauvaises » féminités et masculinités chez les racisés), et peut-être d’autres que je ne vois pas, ce cliché est particulièrement utile pour continuer de faire des blagues sur les juifs en temps qu’Autres tout en évitant des thèmes antisémites trop connotés politiquement. Comme, de plus, ce trope vient souvent de sketchs d’humoristes juifs, c’est particulièrement pratique, ce qui explique sans doute qu’on le rencontre aussi souvent.

Quant à la vidéo ci-dessus, elle ne fait pas grand-chose sinon « confirmer » ce stéréotype, présentant des mères gaga de leur fils jusqu’au ridicule (« résumez votre fils en un mot ? – Unique ! – Spécial ! – Unique en son genre ! ») et s’occupant de lui trouver une petite copine.

En résumé, les vidéos de Buzzfeed réitèrent de très vieux clichés sur les juifs à l’aide d’un humour qui a des aspects ironiques mais qui ne l’est pas vraiment. Il est tout à fait possible de rire de stéréotypes, mais encore faudrait-il, pour des gens qui se revendiquent de l’antiracisme et qui font des milliards de vues, donner, au cours du sketch, des éléments permettant une prise de distance avec les stéréotypes antisémites présentés.

Et justement, le problème, comme Eugène l’illustre bien en qualifiant les juifs de blancs, c’est que l’antisémitisme n’est pas considéré comme un racisme. L’antisémitisme est beaucoup évoqué, il est beaucoup utilisé de tous les côtés, mais il n’est que rarement analysé. Or celui-ci ne s’est pas évaporé et mériterait d’être davantage compris et combattu, y compris dans les mouvements de gauche, progressistes, anti-racistes, qui se font, à l’image de Buzzfeed, les véhicules d’un antisémitisme crasse et complètement impensé.

Douffie Shprinzel


Un grand merci à Pascal et toutes les autres personnes qui m’ont aidée à comprendre le trope de la mère juive, ainsi qu’à tou.te.s mes relecteurices.


Pour plus d’analyses sur l’antisémitisme, dans l’actualité et sur le long terme :

http://www.memorial98.org/

http://info-antiraciste.blogspot.fr/

https://juivesetjuifsrevolutionnaires.wordpress.com/

https://bananesecrasees.wordpress.com/

https://jewishslytherin.wordpress.com/

Autres articles en lien :

25 réponses à Buzzfeed sur les juif.ve.s : exotisation et blanchiment

  1. Je me demande si ces « goûteuses/goûteurs » savent que le bagel (extrêmement consommé et apprécié aux USA) est une invention et importation juive…

    Bon article ! Même en Europe, on en entend à la pelle des clichés sur les juifs (parfois même véhiculés par des juifs eux-mêmes) !

    • Douffie Shprinzel

      Merci !
      Oui, souvent on voit en France des trucs de bagels qui disent « restauration américaine », rhaa…
      Il y a beaucoup d’antisémitisme en Europe, avec beaucoup de similarités, et quelques différences, avec la situation aux États-Unis. Là je parle de vidéos américaines mais j’aurais écrit des tartines si j’avais choisi une production européenne!

  2. Merci pour l’article!

  3. Juste quelques remarques. Sur le fait qu’il y ait une équivalence entre cuisine yiddish et cuisine juive, personnellement, je ne trouve pas ça choquant sur un média américain, car cela correspond à la réalité du judaïsme américain qui est quasiment exclusivement ashkénaze.

    Sur les mères juives, on évoque souvent la relation des mères juives avec leur fils, mais il y a aussi leur relation avec leurs filles. Je pense notamment à Sylvia Fine, la mère de la « nounou d’enfer » qui ne rêve que de marier sa fille (de préférence avec un médecin ou avec son patron), fille qui de ce fait est absolument obsédée par le mariage… pour autant si Fran Fine est un personnage très caricatural, ce n’est pas une jewish american princess.

    Ce personnage de la jewish american princess me semble avoir été illustré en France dans le deuxième opus de la Vérité si je mens par le personnage de Shoshana Boutboul qui n’est pas à proprement dit une princesse pourrie gâtée mais dont il semble évident qu’elle doit épouser un homme riche… Tout est arrangé pour que les mensonges de Serge Benhamou pour la séduire ne soient jamais révélés et qu’il puisse ainsi l’épouser avec sa fortune nouvellement acquise et en ajoutant de nouveaux mensonges qui ne sont vu que comme un ressort comique.
    Je pense qu’il serait d’ailleurs intéressant d’analyser les représentations des juifs dans la vérité si je mens (où, par exemple, la mère juive est un personnage tellement archétypal que la même actrice (Gladys Cohen) joue la mère d’un des personnages dans le 1er opus et d’un autre dans le second) et dans son pendant féminin « Comme t’y es belle ».

    Sur la « blanchitude » des juifs aux Etats-Unis, je partage cet article : http://www.newyorker.com/magazine/2005/10/10/getting-in qui explique comment les critères d’admission des grandes universités américaines ont été mis en place pour limiter le nombre de juifs dans ces écoles.

    • Votre article du newyorker m’a fait pensé à un autre que j’avais lu sur The Mary Sue où étaient analysés les tendances au « whitewashing » de personnages asiatiques dans les films…

      ICI => http://www.themarysue.com/orientalism-whitewashing-hollywood-history/

      Sans parler bien sûr du scandale des oscars complètement blancs de cette année…

    • Douffie Shprinzel

      À Yael :
      Merci pour votre commentaire !

      Mon problème n’est pas que la vidéo porte sur la cuisine ashkénaze, mon problème est de dire « juif » quand on pense « ashkénaze ». Étant donné que la série de vidéos « les gens goûtent » fait appel à des cuisines du monde entier, il n’y a vraiment pas de raison de dire « juive » pour « yiddish ». D’ailleurs les plats testés ne correspondent pas à ce qui a été le plus importé aux États-Unis.

      • Sur ce truc de l’assimilation « juif »/ »yiddish », est-ce que c’est pas un procédé classique pour toute minorité ?
        Vu de France, la nourriture chinoise type c’est le Nem, la nourriture maghrébine c’est le couscous, la nourriture italienne c’est la pizza, etc ….. A chaque fois on assimile un trait spécifique d’une région ou d’une sous-culture nationale à l’ensemble…
        Encore plus fort, les restaurants indiens de Paris et Londres qui servent tous de la viande, au grand damne des touristes indiens de passage !

        Il me semble aussi que si les vidéos avaient choisies le bagel pour parler de nourriture juive ça aurait été aussi décevant pour le public américain que si ils avaient pris le hamburger pour parler de nourriture allemande …

        • Oui c’est vrai qu’on a toujours du mal à envisager la complexité et la diversité des minorités, néanmoins avec des spécificités à chaque fois. Et dans le cas des juifs, je pense qu’il y a une véritable résistance à penser la judéité des différents groupes (ashkénazes, sépharades, mizrahim, etc), et leur racisation, avec la rigueur qui s’impose. Donc les juifs arabes sont vus comme soit juifs, mais pas vraiment arabes, au besoin, soit arabes et pas vraiment juifs dans d’autres discours. La judéité des ashkénazes est soit minimisée (ce sont alors des blancs avec une religion un peu bizarre), soit accentuée dans certains discours, où ils sont mis en opposition avec les mizrahim sous forme de « juif versus arabe » comme si les mizrahim n’étaient pas arabes, par exemple. (Je ne sais pas si je suis claire ?)

          Bien sûr, le but de la vidéo, ce n’est pas de montrer des bagels mais de la nourriture étrange et lointaine, au contraire !

          • Sauf qu’aujourd’hui, dans le discours antisémite, les ashkénazes ne sont pas vus comme des européens, donc des blancs, mais comme des descendants de kahzars donc d’un peuple turco-slave, donc des non-blancs. J’y vois une transformation de l’image des juifs comme un peuple sémite donc asiatique en un peuple turco-slave, donc aussi asiatique et donc à exclure du monde occidental.

            Par ailleurs, les juifs mizrahim ne sont pas forcément des juifs arabes. Les juifs d’Inde ne sont pas des juifs arabes, ce sont des juifs indiens. Les juifs d’Iran sont des juifs perses (il semble d’ailleurs que le consul général d’Iran en France sous l’Occupation ait réussi à convaincre les autorités allemandes que les juifs iraniens n’étaient pas des Juifs au sens racial du terme mais des Perses de confession juive).

          • ca date de quand cette histoire séparations entre Ashkénazes/Turco-mongols et Séfarades-Sémites ?

            De loin je voyais ça comme un argument tardif et tordu pour contrer l’idée d’un « retour » des juifs en Israel sur le mode « si les juifs d’aujourd’hui était bien les descendants des Hébreux d’alors, dans ce cas ils seraient légitimes à « revenir » mais voyez vous ce ne sont des descendants de convertis Kahzars, qui donc n’ont aucune légitimité à vivre ici. On peut garder 2 ou 3 séfarades à la limite, mais les ashkénazes devraient rentrer chez eux (dans les steppes de Sibérie donc…) »

            Et sinon tu penses que « turco-slave » est moins blanc que sémite ? J’aurais dit le contraire …. De toute façon le judaisme est considéré comme exogène au monde occidentale, lui dénier son caractère sémite, c’était pour moi une manière de l’exclure du Proche-Orient pour le renvoyer en Europe justement…

            Et ça te semble répandu comme conception d’ailleurs ? C’est pas un truc ultra-minoritaires cette vision de choses ?

            Sinon ces histoires de mizrahim ça me fait rêver, que penser des sabbateens ? des franckistes ? des karaïtes ? des « juifs pour jésus » ? des beth yeshouroun ? des juhuro ? même des singhi ? des circassiens ? des Bahais ? Je mélange un peu tout, il y a d’incroyables émissions culinaires à faire avec tout ça !

          • Bonjour Yael,
            Je ne comprends pas ce que vous voulez dire ? Il me semble que, de façon assez récente, les juifs sont « blanchis » comme j’en ai fait l’expérience de nombreuses fois. (Cf l’article et les liens que je mets, et d’autres si vous voulez.) L’antisémitisme prend alors la forme d’un déni de l’antisémitisme, parsemé de stéréotypes antisémites classiques (riche, complot, privilégié, etc etc).
            Du coup je ne comprends pas ce que vous voulez dire par « sauf que… » : que ce blanchiment est factice ou que ce phénomène n’existe pas (alors que ça me paraît très fréquent) ?

          • « Donc les juifs arabes sont vus comme soit juifs, mais pas vraiment arabes, au besoin, soit arabes et pas vraiment juifs dans d’autres discours. »

            C’est assez intéressant de regarder les spectacles de Gad Elmaleh sous ce prisme. En fonction des époques, il appuie plus sur son héritage juif ou sur son héritage marocain, rarement les deux à la fois (c’est du moins ce qui m’a frappé en revoyant certain de ses sketchs récemment).

  4. Déjà sépharade n’égale pas sémite. Les juifs sépharades sont des juifs d’origine espagnole ou portugaise dont les ancêtres ont été expulsés en 1492 et 1496 ou ayant fui la péninsule ibérique par la suite. Une grande partie d’entre eux se sont réfugiés dans l’empire ottoman et notamment en Afrique du Nord et au Moyen Orient où ils se sont intégrés – plus ou moins rapidement – aux communautés juives déjà existantes. Mais l’empire ottoman couvrait alors également la majorité des Balkans. Les communautés juives de Grèce, d’ex-Yougoslavie, de Hongrie, de Roumanie, etc. sont en partie d’origine sépharade. Jusqu’au milieu du 19e siècle (avec les vagues de pogrom qui ont entraîné une immigration massive de l’empire russe vers l’Europe occidentale et l’Amérique), les communautés juives hollandaise et anglaise étaient en majorité sépharade (les Pays-Bas ayant accueilli massivement les juifs de la péninsule ibérique et en Angleterre, Cromwell ayant annulé les avis interdisant aux juifs de vivre en Angleterre).
    Si on veut remonter plus loin, il est probable qu’une partie des juifs d’Espagne aient été d’origine arabo-berbère et se soient installés dans la péninsule ibérique après la conquête arabe. Néanmoins, on retrouve des traces de présence juive dans la péninsule dès l’époque romaine.

    Sur les khazars, il y a plusieurs points. Turco-slave, ce n’est pas moins blanc que sémite, mais ça l’est nettement moins qu’Allemand, ce qui est la traduction littérale d’ashkénazes. S’il ne s’agissait que d’une question de légitimité des juifs en Israël, il suffirait de mettre en avant leur origine européenne. Au Moyen Age, les grandes centres intellectuels juifs du monde chrétien étaient en Europe occidentale (Allemagne, France, Angleterre, etc.). Avec les croisades, les persécutions et les expulsions ont poussé ces communautés vers l’est (plus clément à l’époque)… Le yiddish est avant tout une langue germanique (même si Shlomo Sand y voit des caractéristiques khazares).
    Sauf que mettre en avant une origine germanique des juifs ashkénazes reviendraient à reconnaître qu’ils sont des européens « de souche »… à mon avis ça ne poserait aucun problème aux Palestiniens, mais ça en poserait beaucoup plus à l’extrême droite qui instrumentalise la cause palestinienne à des fins antisémites. Pour les antisémites, l’hypothèse khazare a un double avantage : elle exclut les juifs du Moyen Orient et les exclut aussi de l’Occident.
    Et quand on refuse de parler de juifs sépharades pour ne parler que de juifs arabo-berbères (qui existent évidemment, mais ces deux catégories existent et peuvent se recouper ou pas), c’est aussi une façon de gommer l’origine européenne d’une partie des juifs (et plus globalement d’oublier que les frontières entre l’Europe et le Maghreb n’ont pas été si hermétiques que cela.

    • Encore une fois, je ne comprends pas très bien à quel niveau vous vous placez ? Vous parlez du terme de « sémite », déjà c’est un terme qui fait beaucoup débat en général quand on parle d’antisémitisme, car celui-ci viserait les sémites et tous les juifs ne sont pas sémites. Bon, oui, mais justement, dans sa construction, il vise à dire que tous les juifs sont sémites, il est apparu pour racialiser une minorité religieuse, de fait, depuis cette époque et jusqu’à aujourd’hui, les juifs sont bel et bien visés par l’antisémitisme. Après je suis tout à fait d’accord que c’est très intéressant de replacer la réalité et la diversité de l’histoire des minorités juives dans les différents pays, bien sûr, mais pour ce qui est de débattre quels juifs sont des sémites ou non, je suis assez méfiante, je l’avoue.

      « Et quand on refuse de parler de juifs sépharades pour ne parler que de juifs arabo-berbères (qui existent évidemment, mais ces deux catégories existent et peuvent se recouper ou pas), c’est aussi une façon de gommer l’origine européenne d’une partie des juifs (et plus globalement d’oublier que les frontières entre l’Europe et le Maghreb n’ont pas été si hermétiques que cela. »

      J’ai l’impression qu’au contraire la plupart des gens utilisent le terme « sépharade » pour regrouper toutes les minorités juives autres qu’ashkénazes ?
      Sinon oui de manière générale l’histoire des juifs et de leurs migrations est très méconnue (de même que beaucoup d’autres), elle n’est pas la bienvenue dans l’écriture d’un roman national.

      « mais ça l’est nettement moins qu’Allemand, ce qui est la traduction littérale d’ashkénazes »
      Sinon c’est un détail mais il me semble que c’est a posteriori qu’ashkénaze a désigné « allemand » au sein des communautés juives (un peu comme en yiddish on peut dire « un juif » pour dire « un type », j’imagine ?). Le terme vient d’Ashkenaz : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ashkenaz

      Sinon, il n’y a pas que l’extrême-droite qui est antisémite (même si évidemment, elle l’est), ce texte se place dans un cadre antiraciste – de gauche. Et il me semble que dans tout le dégradé politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite, on a cette idée assez récente de la blanchité des juifs qui émerge.

  5. Merci c’est très intéressant ! Les Khazars comme solution pour réconcilier l’extrême-droite et la cause palestinienne 🙂

    Plus largement, je me demande dans quelle mesure on peut remettre en question la continuité de l’histoire juive en France sur le temps long ? Celle qui fait qu’on apprend à l’école aux enfants juifs que des romains à hitler en passant par saint-louis leurs « aieux » ont toujours été considérés comme exogènes au reste du groupe (au mieux)

    Vu de France, me semble-t-il, l’histoire qu’on nous raconte à l’école est un immense brassage de populations et de migrations qui se dissolvent dans un homme nouveau : le Français, héritier abstrait de ces mélanges mais incapables d’en définir précisément la recette. Au delà de 3 générations max, plus personne ne sait d’où il vient et on tombe dans un truc abstrait : nos ancêtres les gaulois.

    J’ai l’impression qu’on exclut les juifs de cette histoire là. Les juifs sont perçus comme une communauté relativement homogène et endogame qui s’est maintenue à travers les siècles. Qu’on salue leur « apport » à la France ou qu’on le « déplore », il y a l’idée d’une souche différente des autres français et partagée entre tous les juifs. Après la 3e générations, on ne sait pas plus que les autres d’où on vient mais on tombe sur un truc différent : nos ancêtres les juifs !

    Ca se répercute sur les juifs aujourd’hui avec l’idée sous-jacente que « s’ils ne se sont pas intégrés en plus de 1 000 ans de royaume de France, c’est pas aujourd’hui que ça va commencer ».

    On retrouve ça dans toutes les déclarations d’hommes politiques qui séparent dans leur discours « juifs » et « français », de la rue des Rosiers à l’Hypercasher.

    Je me demande si cette vision d’une continuité totale, une continuité génétique même, entre juifs d’hier et d’aujourd’hui, n’est pas une création récente, XIXe siècle genre ?

    Est-ce que auparavant on ne se contentait pas d’observer la présence de pratiquants du judaïsme en France à toutes les époques sans y voir de manière aussi nette une continuité ?

    Je ne veux pas nier que le judaïsme se transmet en famille bien sur mais cette idée que toutes les minorités finiraient pas être absorbée par la communauté nationale sauf la minorité juive me semble particulièrement fallacieuse et pernicieuse.

    voilà.

    Qu’en pensez vous ?

    • « Je me demande si cette vision d’une continuité totale, une continuité génétique même, entre juifs d’hier et d’aujourd’hui, n’est pas une création récente, XIXe siècle genre ? »

      Je ne suis pas sûre pour les juifs, mais ce qui est sûr, c’est l’idée de « sentiment national », d' »identité nationale » est une création du XIXème siècle. C’est à partir de là qu’on veut créer une identité commune à tous les habitants d’une nation, et pour cela on essaie d’identifier des racines communes (d’où tout le fantasme autour de « nos ancêtres les gaulois », la plus vieille « racine » identifiée et qui est valorisante dans l’imaginaire collectif (lutte contre l’envahisseur etc)). Cette période est aussi le moment d’un regain d’antisémitisme, et il est probable qu’on essaie d’identifier d’autres « racines » aux juifs pour les différencier des « racines » françaises « nationales » : vous êtes les descendants d’un autre peuple en exil, donc vous n’êtes pas français. Cela n’a aucun sens historiquement bien sûr, tout comme « nos ancêtres les gaulois » ne recouvre pas de réalité historique, mais au XIXème siècle, on considérait que le pire pour un individu était d’être sans patrie : c’est-à-dire vagabond, apatride, mercenaire.. ou juif. (ce n’est pas anodin si le mouvement sioniste apparaît à ce moment-là, comme réaction à cette exclusion de l’identité nationale dans la plupart des pays européens)

  6. Bonjour,
    il y a quelquechose qui me choquait dans la télééréalité, notamment dans l’ile de la tentation (sur plusieurs saisons il me semble), où certains candidats juifs pieds-noirs sont systématiquement les plus pourris et les plus vulgaires. Comme si ces candidats avaient été choisis pour ça.
    Je ne sais pas comment cela peut fonctionner mais j aimerai bien un avis.
    Merci

    • Merci pour votre commentaire et désolée du délai de réponse, ça m’était sorti de la tête !
      Je n’ai jamais regardé de télé-réalité donc je n’ai pas vu ce dont vous parlez…

  7. Bonsoir Douffie Shprinzel,

    Ce que je vais écrire est h-s par rapport à votre article mais j’aimerais vous faire part de quelque chose que j’ai remarqué et j’aimerais votre avis sur le sujet.

    J’aime beaucoup vos articles sur ce site, je trouve ça très chouette de connaître beaucoup de choses sur le judaïsme (au sens culturel et non religieux) et les cultures juives autour du monde. Je ne suis pas une experte sur le sujet donc n’hésitez-pas à me corriger si je me trompe et/ou dis quelque chose d’oppressif.

    J’aimerais vous faire part de quelque chose que j’ai vu sur Walt Disney Confessions Rage (un Tumblr anglophone que je conseille à tout le monde).

    Le lien:
    waltdisneyconfessionsrage.tumblr.com/search/mother+gothel

    C’est le premier article sous cette recherche. Comme marqué dans le lien, ça parle de Mère Gothel (Raiponce mais aussi de la sorcière (Blanche-Neige et les 7 nains).

    Je n’ai pas tout compris mais ça parle de la caricature antisémite et misogyne des méchantes, des sorcières et des femmes juives (en particulier ashkénazes), du blanchiment des personnages juifs dans les médias et fictions (comme vous en avez parlé dans cet article). Ca parle aussi du physique dont Disney s’inspire pour créer ses antagonistes par rapport à ses protagonistes (féminines).

    J’aimerais votre avis sur ce sujet qui est très intéressant et ça pourrait amener à un débat très utile sur les représentations et caricatures des personnes juives dans les médias et fictions.

    • Bonsoir,
      Merci beaucoup pour les compliments et votre commentaire !
      Le judaïsme, c’est la religion, et pour le reste on parle plutôt de judéité.

      Je n’ai vu ni Raiponce, ni Blanche-Neige, donc c’est difficile pour moi de donner un avis un peu consistant sur la question. Mais à première vue, l’article semble tout à fait pertinent, d’autant plus qu’en cherchant un peu, on trouve d’autres éléments allant dans le même sens. Très frappant en particulier, le contexte de sortie de Blanche-Neige (année 1937) et la réception qu’en ont fait Hitler et Goebbels : https://fr.wikipedia.org/wiki/Blanche-Neige_et_les_Sept_Nains#Le_film_d.27animation_pr.C3.A9f.C3.A9r.C3.A9_d.27Hitler

      Comme ça j’ai envie de vous répondre que ça me donne envie de visionner ces films, et d’autres, et d’en faire un article sur la caricature des juifs/juives dans les films d’animation, mais il faut quand même que j’ajoute que je suis très lente à rédiger et que beaucoup de ce que je commence n’aboutit jamais ^^ peut-être d’ici un an…

      Je ne sais pas si j’ai répondu à votre question ? Quand vous dites que vous n’avez pas tout compris, c’est une question de traduction ou de politique, est-ce que vous avez des points en particulier où je peux aider?

      • Merci de votre réponse,

        Merci pour la différence entre judaïsme et judéité, je n’étais pas sûre des différences.

        Quand je dis n’avoir pas tout compris, c’était une question de traduction (mon niveau d’anglais n’est pas excellent), sinon j’ai compris une assez grande partie de l’article.

        En effet, par rapport aux 2 films que j’ai cités et qui sont présents dans l’article, bien que pas terribles politiquement parlants (Blanche-Neige et les 7 nains réussit à mélanger culture du viol, stéréotypes sexistes et misogynes et caricature antisémite à lui tout-seul, et Raiponce, même si le film est sorti en 2010 possède de nombreux problèmes, Paul Rigouste en a parlé dans un autre article), réussissent à contenir d’horribles clichés antisémites.
        Je savais que les méchant.e.s Disney étaient crées à partir de stéréotypes misogynes, racistes,homophobes et transphobes, que Walt Disney lui-même était pas très progressiste (en voyant tous les films qu’il a produit jusqu’à sa mort et même après) et que Blanche-Neige faisait parti des films préférés du dictateur nazi et de ses ministres.
        Maintenant en lisant l’article Wikipedia, je comprends mieux pourquoi cet homme adorait Blanche-Neige pour autre chose que le fait que ce soit inspiré d’un conte allemand à la base. C’est aussi aussi pour la sorcière qui est « un symbole de l’esprit malfaisant, donc sûrement juif » qu’il adorait ce film.

        Pour Raiponce, la méchante du film au départ ne partait pas sur un cliché antisémite (même si ce personnage était quand même basé sur un trope misogyne et âgiste). Elle devait plus ressembler à Lady Tremaine qu’à une caricature antisémite. Mais son design a été changé pour qu’elle ait l’air plus « diabolique » et « méchante », donc son visage a été changé pour qu’elle ressemble plus à une caricature des femmes juives.

        Dans l’univers manichéen de Disney, les héro.ine.s (pour la plupart) correspondent à la norme (physique et mentale) de notre société et les méchants n’y correspondent pas. Dommage pour un studio prétendant être progressiste de toujours appliquer des stéréotypes aussi nauséabonds, surtout après plus de 75 ans d’existence.

        Par rapport à votre projet sur la caricature des juifs/juives dans les films d’animation, ce serait une très bonne idée, ça pourrait montrer des problèmes d’antisémitisme dans l’animation.

        • En fait je pense que dans ces questions de représentations dans les films d’animation, il y a toute une pluralité de questions qui rentrent en jeu et qui sont emmêlées ensemble, qui compliquent un peu une analyse qui voudrait mettre les représentations antisémites d’un côté, et les pas antisémites de l’autre. (Je sais que ce n’est pas ce que vous dites ! Je réfléchis à voix haute à clavier haut.)
          Déjà comme vous le dites, on a un problème dès l’idée de pouvoir identifier les gentils des méchants à travers quelques traits physiques. On pourrait aussi mettre en question la façon de représenter le Mal comme concentré dans un méchant qui va quasiment toujours être représenté comme un « Autre » (souvent de façon oppressive : raciste, misogyne, entre autres), et qu’on tue à la fin, et hop c’est fini.
          Comme en particulier on est dans une société raciste, ce genre de graphisme visant à identifier les méchants se rapproche fréquemment des pires caricatures racistes. (Même dans les films d’animation qui ont des héros racisés, on a le plus souvent une opposition entre un.e héro.ïne qui se rapproche des représentations des héros blancs (le Nous, l’Un), et des méchants « plus racisés » (l’Eux, l’Autre)).

          Les théories antisémites ont développé tout un tas de « méthodes d’identifier les juifs », et au final ça peut correspondre à une grosse portion de ce qui, dans l’imaginaire européen, correspond au « Mal » infiltré. Assez rapidement, les méchants qui sont perfides, aux services d’intérêts cachés, qui puent, qui ont un gros nez ou nez pointu, accumulent autant d’éléments antisémites. Certaines fois ça peut être particulièrement explicite, d’autres fois, moins. Dans ces dernières, peut-être que même si les créateurs n’ont pas pensé faire un « méchant juif », ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’antisémitisme dans leur film. En fait, ça montre à quel point l’antisémitisme est enraciné dans notre société. Bref, je suis d’accord ^^

          • Déjà comme vous le dites, on a un problème dès l’idée de pouvoir identifier les gentils des méchants à travers quelques traits physiques. On pourrait aussi mettre en question la façon de représenter le Mal comme concentré dans un méchant qui va quasiment toujours être représenté comme un « Autre » (souvent de façon oppressive : raciste, misogyne, entre autres), et qu’on tue à la fin, et hop c’est fini.

            En même temps il faut bien que le méchant ait une « raison » d’être méchant. Je crois que par défaut on crée des personnages gentils (même si ils peuvent être méchants de temps à autre). En tout cas moi je ne sais pas comment on crée les méchants (à 90 ou 100% façon Disney). Après c’est vraie que se serait bien d’avoir des méchant(e)s qui sont méchant(e)s dans leur têtes et pas (juste) dans leurs traits (arabes\asiatiques\noirs\efféminés\moches).

          • Ce que je voulais dire, c’est que, outre les représentations racistes ou misogynes, il y a déjà une forme de déshumanisation dans l’idée selon laquelle la ligne entre le « bien » et le « mal » se trouve entre différentes personnes, et non au sein de chacun.

          • « Déjà comme vous le dites, on a un problème dès l’idée de pouvoir identifier les gentils des méchants à travers quelques traits physiques. »

            En effet, c’est très critiquable d’identifier un.e méchant.e à travers le physique. A travers cette représentation, on montre clairement que celleux qui ne se conforment pas à la norme physique de notre société sont forcément méchant-e-s (quand ils ne sont pas des faire-valoirs pour l’-e héro.ï.ne). Ce qui est dégueulasse car beaucoup des personnes sur cette planète ne sont pas conformes pas à cette norme abstraite et absurde.

            « On pourrait aussi mettre en question la façon de représenter le Mal comme concentré dans un méchant qui va quasiment toujours être représenté comme un « Autre » (souvent de façon oppressive : raciste, misogyne, entre autres), et qu’on tue à la fin, et hop c’est fini.
            Comme en particulier on est dans une société raciste, ce genre de graphisme visant à identifier les méchants se rapproche fréquemment des pires caricatures racistes. (Même dans les films d’animation qui ont des héros racisés, on a le plus souvent une opposition entre un.e héro.ïne qui se rapproche des représentations des héros blancs (le Nous, l’Un), et des méchants « plus racisés » (l’Eux, l’Autre)). »

            C’est totalement vrai. Et c’est encore plus révoltant qu’au XXIème siècle qu’on fasse encore ça, en particulier quand ça vient d’un studio qui a beaucoup de succès à travers le monde et que ça influence beaucoup de personnes qui vont reproduire, consciemment ou non, ces schémas horribles qui ont fait souffrir beaucoup de personnes et encore aujourd’hui. C’est pour ça que je ne suis pas convaincue par le « progressisme » de Disney.
            Si le studio était aussi progressiste qu’il le prétend, pourquoi n’aurait-il pas créé plus de personnages racisés ou LGBT+ EXPLICITEMENT? Parce que ça aurait choqué les enfants ou les réactionnaires régressistes? Surement, Disney a peur de fâcher les réacs qu’il a satisfaits pendant plus d’un demi-siècle. Même dans les Disney récents, il y a toujours quelques problèmes (pas nécessairement énormes) au niveau des représentations physiques, morales et psychologiques.
            C’est encore hors-série mais je voulais dire ça car ça me semblait important.

            « Les théories antisémites ont développé tout un tas de « méthodes d’identifier les juifs », et au final ça peut correspondre à une grosse portion de ce qui, dans l’imaginaire européen, correspond au « Mal » infiltré. Assez rapidement, les méchants qui sont perfides, aux services d’intérêts cachés, qui puent, qui ont un gros nez ou nez pointu, accumulent autant d’éléments antisémites. Certaines fois ça peut être particulièrement explicite, d’autres fois, moins. Dans ces dernières, peut-être que même si les créateurs n’ont pas pensé faire un « méchant juif », ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’antisémitisme dans leur film. En fait, ça montre à quel point l’antisémitisme est enraciné dans notre société. Bref, je suis d’accord ^^ »

            Je suis d’accord avec ce que vous m’avez appris sur la représentation antisémite des méchant-e-s en Occident et les autres pays européens.

            « En même temps il faut bien que le méchant ait une « raison » d’être méchant. »

            Je n’ai pas compris. Même si le méchant a une raison, ça ne justifie pas de le représenter avec des traits stéréotypés et oppressifs. Après, je me suis sûrement plantée.

            « Je crois que par défaut on crée des personnages gentils (même si ils peuvent être méchants de temps à autre). En tout cas moi je ne sais pas comment on crée les méchants (à 90 ou 100% façon Disney). Après c’est vraie que se serait bien d’avoir des méchant(e)s qui sont méchant(e)s dans leur têtes et pas (juste) dans leurs traits (arabes\asiatiques\noirs\efféminés\moches). »

            Je suis d’accord, par défaut on crée des personnages « gentils », surtout dans des œuvres jeunesses, donc il y a des « méchants » pour moultes raisons, fondées ou pas fondées. Ce qui est problématique avec ça, c’est que c’est manichéen et essentialiste. On fait croire qu’il y a des gens qui sont « naturellement » gentils et d’autres qui sont « naturellement » méchants, ce qui provoque de nombreuses choses pas cools.
            On pourrait créer des protagonistes et leurs antagonistes plus nuancés et complexes au lieu des « gentils » et des « méchants ». Et c’est mieux d’avoir des méchant-e-s dans leurs têtes et non dans leurs traits.

            « Ce que je voulais dire, c’est que, outre les représentations racistes ou misogynes, il y a déjà une forme de déshumanisation dans l’idée selon laquelle la ligne entre le « bien » et le « mal » se trouve entre différentes personnes, et non au sein de chacun. »

            Oui, c’est déshumanisant. Après, on peut dire que comme l’on suit le personnage principal et son point de vue sur les autres personnages, c’est normal qu’il y ait le « bien » et le « mal ». Je précise que je ne suis pas convaincue par ça. En effet, déshumaniser un personnage pas rapport à son physique n’est pas acceptable pour un rond. Et que d’autres personnes seraient « par essence » mauvaises alors que d’autres seraient bonnes est immonde.
            Alors, non, la dichotomie bien-mal est désuète et qu’elle soit encore appliquée dans des fictions me parait stupide. Tout le monde a des qualités et des défauts (et il n’y a pas d’exception qui fait que certaines personnes ne soient QUE bonnes ou QUE mauvaises). Et c’est très discutable, comme je l’ai marqué.

            J’ai surement encore été hors-série mais je voulais donner mon point de vue. Je peux tout à fait me tromper.

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