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#34842
Arroway
Invité

Alors pour être claire, si un type soi-disant révolutionnaire dit consciemment qu’il a envie de violer des femmes, je rejette tout ce qu’il dit et je trouve que c’est à chier.

Juste pour repréciser le contexte, ce n’est pas Damasio qui dit ça, c’est l’un de ses personnages.

Peut-être qu’il y a des trucs intéressants dans le tas (ce dont je doute), mais dans ce cas je vais aller voir d’autres gens qui parlent des mêmes thèmes, viols et misogynie en moins. C’est comme avec Proudhon, si vous voulez : il a écrit des choses très intéressantes, certes, mais d’autres anarchistes parlent des mêmes choses sans dire aux femmes de rester à la maison à s’occuper des gosses et aux juifs d’être déportés ou exterminés.

C’est compréhensible. On peut avoir envie de compartimenter, ou pas, ça dépend de son état d’esprit. Perso, il y a un certains nombre de cas où je trouve que c’est intéressant de faire le tri et de prendre ce qu’on peut réutiliser : des concepts, des idées, des analyses. C’est ce qu’on fait nombre de chercheuses féministes et queer qui se sont appuyées de manière critique sur les travaux de philosophes et psychanalystes phalocentrés et hétérocentrés, mais qui avaient développés des concepts théoriques sur lesquels il était intéressant de travailler. Cette démarche n’engage pas à faire de ces personnes nos idoles d’un point de vue politique… Après, je peux comprendre que des propos ou des actions de ces personnes ne donnent aucune envie de les lire ou de les écouter, mais on ne peut pas, à mon avis, juger l’entièreté de leur réflexion à cette seule aune.

Je ne vois pas pourquoi je trouverais Proudhon et Damasio « intéressants quand même ». Ce « quand même » me gêne beaucoup.

Parce que tout n’est pas complètement noir ou blanc… Cela étant dit, je réitère mon propos sur le fait que je trouve tout à fait légitime de ne pas avoir envie de cotoyer ces auteurs.
Pour faire une image : c’est un peu comme si on voyait un bâtiment immonde dans la rue dans lequel on ne voudrait pas habiter, mais que dans le lot, on trouve les fenêtres esthètiquement intéressantes, « quand même ». Et libre à soit de chercher un autre bâtiment moins moche avec des fenêtres semblables…


Je doute qu’on puisse faire un truc féministe à partir de quelque chose d’aussi visiblement sexiste, misogyne, viriliste, masculiniste et antiféministe.

En prenant des morceaux, certaines idées, en les recontextualisant, etc.


J’aurais dû le dire dans le premier commentaire, ce n’est pas seulement son langage « poétique » qui m’ennuie, c’est aussi ses références et son parler très post-modernes, qui n’aident sûrement pas à ce que je l’apprécie.

Oui, perso j’apprécie son style (y a pas bcp d’auteurs de SF francophones avec cette brillance) mais je suis d’accord qu’il n’est pas très accessible politiquement parlant.

Vous pouvez parler de technopouvoir, de pharmacopornopouvoir ou de déstructuralisme postpatriarcal, c’est juste incompréhensible pour la plupart des êtres humains, même ayant fait des longues études.

C’est comme tout, ça dépend de comment on parle de ces sujets. Quand Preciado parle de pharmacopornopouvoir dans « Testo Junkie », il y a des chapitres super concrets et accessibles qui viennent illustrer certains de ses passages un peu plus difficile à appréhender.


Damasio aborde les questions d’action directe et autres, mais d’une manière absolument non-anarchiste (contrairement à ce qu’il semble croire). Sa vision, c’est juste de l’avant-gardisme hiérarchisé moisi avec chaque bon petit militant dans son rôle, aucun partage des savoirs et une vision de l’organisation et de l’action par le haut totalement contraire à l’action directe. D’ailleurs les actions que j’ai vues dans la première moitié du livre sont juste ahurissantes de bêtise et d’idéalisme. Par exemple, ce truc des lames sur les portes qui blessent une gamine grièvement, si on regarde Action Directe ou la Fraction Armée Rouge, jamais iels n’ont fait d’actions sans savoir qui ça allait toucher. Leurs actions étaient ciblées et ne touchaient pas des personnes au hasard, et surtout pas des enfants. Les idées insurrectionnelles et d’auto-organisation de Damasio, c’est, d’un point de vue anarchiste et anti-autoritaire, absolument nul à chier, mais étant donné ses sources post-modernes, c’est pas étonnant qu’il soit à la ramasse niveau analyse et critique du pouvoir.

Dans mes souvenirs (qui commencent à être lointains), je n’avais pas eu l’impression que les méthodes de la Volte était particulièrement montrées comme exemple. Dans tous les cas, cela pose la question de ce qu’on est prêt à accepter comme violences, et contre qui. Pour l’histoire de lames, je crois me rappeler qu’il y a un débat dans le bouquin, parce que la victime est une enfant, mais aussi une enfant de famille bourgeoise. Je n’ai pas le livre sous la main pour analyser le passage en détail, et en déduire quel est le point de vue de l’auteur, mais en soit je trouve que ce passage fait écho à des problématiques réelles.
Je suis d’accord que les méthodes mis en oeuvre dans le bouquin sont très criticables. Cependant, si on continue jusqu’à la fin du livre (encore une fois, selon mes souvenirs plus ou moins précis), j’ai eu l’impression que ce qui était défendu était l’esprit de « volution » plus que les méthodes et la volution elle-même qui (spoiler) échouent en fait.

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