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#37467
Arroway
Invité

Pour répondre au commentaire de seb petit :

D’un point de vue global, tout d’abord, il inverse le racisme sans pour autant l’annihiler,

le racisme n’est absolument pas inversé dans ce film. Inverser le racisme, cela aurait signifié mettre en scène des noir-e-s qui discriminent des blanc-he-s dans un système de domination où les noi-r-es sont systématiquement avantagés-e-. Ce que le film montre, c’est le racisme des blanc-he-s. Que les persos noir-e-s soient écrits sans stéréotypes, et que le racisme soit dénoncé, visiblement ça suffit à crier au soit-disant « racisme anti-blanc » (autre petit nom du racisme inversé), ce qui est un complet non-sens…

C’est méprisant pour la campagne,

On parle pas de n’importe quelle campagne ici : ce n’est pas une représentation de la campagne pauvre avec les paysans qui travaillent la terre que l’on voit ici. C’est une maison située dans la nature (ce qui est un luxe) d’un couple bourgeois blanc, qui organise des garden parties avec les voisin-e-s et ami-e-s bourgeois blancs.

ce qui ajoute à l’idée que ce film n’est qu’un fruit de la digestion du capitalisme par des générations d’occidentaux de tous horizons : dans ce film, l’idée de « tolérance » n’est en fait qu’une revanche bête, où les victimes se réapproprient les armes de leurs oppresseurs (l’image finale du fusil retourné). C’est l’illustration absolue de ce qu’une certaine droite française appelait le racisme anti-blanc.

Alors on a un personnage noir qui est manipulé, enfermé, attaché, que des blanc-hes menacent d’opérer pour lui enlever le cerveau, autrement dit le tuer lui. Et dans le fait qu’il se défende face à ces personnes qui ne le laisseront pas partir vivant, vous y voyez un soit-disant racisme anti-blanc qui n’a socialement aucune existence ? C’est vraiment n’importe quoi. Ce film explore l’un des mécanismes centraux du racisme : l’appropriation et l’exploitation du corps des personnes noires par les blanc-hes. Est-ce que vous allez aussi nous expliquer comment les films dénonçant l’esclavage des noir-e-s par des blanc-hes sont « racistes envers les blanc-hes » ?

L’utilisation que fait ce film de l’hypnose, même s’il s’apparente malheureusement à une moquerie des médecines douces et alternatives (dans la même lignée, vient de sortir Problemos, de Eric Judor, dont seule la bande annonce m’est apparue nauséabonde), sert une charge contre l’esclavagisme, la colonisation et le racisme anti-noir, mais si on imagine un instant exactement le même film mais avec les personnages inversés, c’est-à-dire avec des noir.e.s manipulant des blanc.he.s, je n’ai aucun doute que l’on appellerait à l’interdire.

Donc vous jugez un film à partir de l’exact opposé de ce qu’il met en scène. On est pas rendu.

Et je serais d’accord, aussi cela me semble injuste et plutôt imbécile de féliciter le même phénomène juste parce que les icônes sont inversées. Pour moi, ce film n’appelle en rien à une tolérance apaisée et mutuelle, mais, au contraire, est un appel aux armes revanchard, que je trouve stupide.

Ce que vous appelez un « appel aux armes revanchard », c’est un jeune homme qui défend sa vie face à des personnes qui veulent le tuer. J’appelle ça de la légitime défense. Mais comme c’est un noir qui tue des blanc-hes, forcément pour vous il sort de sa petite place bien soumise et de martyr en silence dans laquelle il devrait rester pour ne pas déranger l’ordre raciste établi.

C’est pas galant, mais je commence par le personnage masculin

Commentaire déplacé, la galanterie est sexiste.

Logan est un des premiers personnages à apparaître suspects à Chris. Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas habillé à la mode (bonjour capitalisme !)

C’est quoi le rapport entre le fait de trouver étrange que quelqu’un s’habille avec des vêtements à la mode il y a plusieurs décennies, et le capitalisme ?

et surtout parce qu’il apparaît au bras d’une femme blanche plus âgée que lui. Ce qui abonde abominablement dans le sens d’un cloisonnement et d’une ghettoïsation de la société : les couples ne doivent se former qu’entre gens du même âge, et de la même couleur –

Vous oubliez deux éléments décisifs : le premier, et le plus évident, c’est qu’au premier abord, Chris est rassuré de voir un deuxième homme noir parmi les invités. C’est sa réaction et son comportement qui lui mette la puce à l’oreille. Ensuite, le deuxième élément, c’est qu’il faut prendre en compte le rapport de pouvoir entre les deux personnages. La femme âgée, blanche, bourgeoise, qui est en couple avec un homme noir, jeune, qui agit de manière un peu bizarre, gênée. Oui, c’est normal que ça paraisse suspect.

au cours du film, plusieurs personnages confirment à Chris qu’il n’aurait pas dû se mettre en couple avec Rose, une blanche.

Oui, sauf que vous ne précisez ni pourquoi ni le contexte : le héros va pour passer un we dans la maison des parents de sa copine blanche, pour la première fois. De base c’est flippant d’aller dans sa belle famille la première fois, mais là c’est surtout qu’il va être le seul noir dans un environnement de blancs. Et face aux évènements étranges qui se déroulent, c’est son ami (qui joue un rôle plutôt comique, d’où ses commentaires directs faits pour faire rire, aussi) qui lui dit après coup qu’il n’aurait pas dû se mettre avec Rose. Mais au début du film, lorsque les trois parlent au téléphone, il n’y a pas d’animosité.

Le personnage de Georgina repose, je pense, sur un mécanisme narratif et monstratif beaucoup plus pernicieux : elle apparaît suspecte aux yeux de Chris de manière beaucoup plus confuse, diffuse, par son attitude sans qu’on comprenne vraiment de quoi il s’agit précisément

C’est pourtant clair : ces attitudes, son grand sourire jusqu’aux oreilles en tout circonstance qui a l’air figé, la scène où des émotions contradictoires s’affichent sur son visage comme dans une lutte (montrant la lutte entre les deux personnes qui vivent en elles).

– la confusion est entretenue parce qu’elle est assimilée aux autres personnages noirs

euh… elle est pas assimilée aux autres personnages noirs, elle est un personnage noir.

(ce qui est pour moi un des problèmes majeurs du film, je l’ai évoqué rapidement ci-dessus : la vision du monde racisé en deux blocs, comme une Guerre Froide).

cette comparaison est complètement hors de propos : dans la Guerre Froide, deux blocs, deux puissances impérialistes étaient en confrontation à armes à peu près égales. Ici on parle de racisme, où il y a un groupe dominant (blancs) et un groupe dominé, discriminé (noirs) selon une hiérarchisation raciste.

Le problème est que cette séquence articule le récit du film, sert à faire comprendre à Chris et au spectateur que le personnage de Rose, comme les autres blancs, est aussi manipulatrice, fausse et monstrueuse.

En quoi c’est un problème ? Les jeunes femmes blanches peuvent être tout aussi racistes que les autres. Au passage, on a ici une évolution d’un personnage qui rappelle des renversements de situation classique dans les films d’horreur ou thrillers.

Et la photo des deux femmes arrive en conclusion de cette séquence, ce qui, en termes narratifs, est loin d’être anodin : c’est amené comme un espèce de point d’orgue, comme si le fait que Rose ait « joué la lesbienne » soit le summum de la monstruosité humaine.

Alors déjà, qu’est-ce qui vous fait dire que Rose a fait semblant d’être lesbienne et qu’elle n’a pas profité du fait de sortir avec une femme ? Ensuite, elle sort avec des hommes et des femmes, donc elle serait bisexuelle. Et le film ne condamne en rien la bisexualité du personnage pour elle-même. Ce qu’il condamne, c’est le fait qu’elle soit manipulatrice, menteuse et raciste.

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