Répondre à: L’inversion des rapports de domination est-elle pertinente ?

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#39479
meg
Invité

Oui il en coche quelques unes 🙂
Pour revenir au sujet des fictions qui inversent les rapports de domination et les limites de ce genre de fictions il y a un article sur libé qui en parle.
http://next.liberation.fr/sexe/2018/05/06/a-bas-le-tabou-du-gode-ceinture_1647834

«Hmmm, Grrrr, Hmmmm, tu le sens hein, tu le sens, tu sens… Ouais…Tiens… Gnnn, Hmmm» Râlement indistincts, les dents qui se serrent, explosion. Elle le chevauche, prend son plaisir sans se soucier du sien. L’accouplement se termine, écroulement, dodo direct. Dans ce court moment de Je ne suis pas un homme facile, ce n’est pas un homme qui jouit sur sa partenaire avant de s’en foutre mais, au contraire, une femme (la plus drôle de France par ailleurs, Blanche Gardin). C’est tout le principe de ce film, premier long métrage français de Netflix, disponible depuis avril. Dans un monde parallèle en théorie en tout point semblable au nôtre, les rôles des hommes et des femmes sont inversés pour montrer à quel point dans notre société les situations de domination patriarcale sont absurdes. L’histoire, réalisée par Eléonore Pourriat, est une adaptation de son propre court métrage, Majorité opprimée, datant de 2010, vu plusieurs millions de fois sur YouTube. Après un choc à la tête, le personnage principal joué par Vincent Elbaz, Damien, un macho beauf, se retrouve à devoir s’épiler et porter des shorts courts pour plaire. Un peu à la manière d’un Jacky aux royaumes des filles en moins burlesque et politique.

Bon, si l’idée de départ est bonne, le passage au long avec Je ne suis pas un homme facile est une déception et le visionnage évitable tant l’enchaînement des clichés (pour les deux sexes) rend les scènes attendues et, au finale, ennuyantes (d’autant plus que le jeu d’acteur n’aide pas).
Attributs de la virilité

Mais le sujet ici n’est pas la critique de l’œuvre (libre à vous d’aller regarder et de venir râler dans les commentaires sur ce jugement partial). Ce qui nous intéresse est cette scène de cul avec Blanche Gardin et Vincent Elbaz, ou l’on garde cette impression, peut-être en tant qu’homme, que l’inversement ne va pas assez loin. Certes, le macho est déçu de sa relation sexuelle, mais, ça arrive. Il n’est pas pour autant maltraité dans ses certitudes et l’est à peine dans son rapport de force.

Si sa partenaire avait sorti un gode-ceinture et avait voulu le sodomiser, Damien aurait sans doute fait une autre tête. Pour la réalisatrice Eléonore Pourriat, qu’on a rencontrée, la remarque est absurde. «On peut très bien imaginer que la vulve soit une image d’engloutissement total et du coup de pouvoir, nous a-t-elle dit. Elles ont le sexe qu’elles ont et ce sexe-là est fort dans ce monde-là.»

Certes, mais les femmes dans le film reprennent les autres attributs de la virilité : voiture, rugby, alcool, pisser debout. La question du contrôle de la pénétration est importante dans l’imaginaire masculin. C’est un principe : il faut toujours prendre quelqu’un ou quelque chose (comme la France) pour être un mec, un vrai. Et ne jamais être pris : sinon c’est un signe de soumission. S’il y a encore aujourd’hui un tabou vivace dans la relation hétérosexuelle homme femme, c’est justement la question de la pénétration anale masculine. Un doigt, à la limite. Et encore… Mais un gros gode, hors de question. Se faire prendre ou vouloir être pris, c’est immédiatement passer pour un homosexuel refoulé, un passif, un impuissant. Un être, du coup, faible. Cette vision, stupide mais bien ancrée, est souvent partagée par les hommes, mais aussi les femmes.
«Enculé reste une insulte très usitée»

«Il y a un double stéréotype : les hétéros pensent que les homos pratiquent tous la sodomie, et les homos que les hétéros ne le font jamais. Enculé reste une insulte très usitée», rappelait Alain Giami, directeur de recherche à l’Inserm, dans un papier de 2005 de Libé sur la sodomie. Depuis, rien n’a changé. Pour attirer de nouveaux clients, les fabricants de sex-toys essayent du coup de faire en sorte que leurs godes-ceinture ressemblent de moins en moins à une bite, racontait Agnès Giard en 2016 sur le blog «les 400 culs» : «Si le jouet est trop réaliste, il réveille la hantise d’être « pris pour » un gay.»

En 2013, on avait rencontré Felix Ruckert, fondateur du festival de cul Xplore, proposant diverses activités sexuelles. «Selon moi il n’y a pas de masculin et de féminin, il y a plutôt l’être qui pénètre et l’être qui est pénétré, jugeait-il. Même dans les couples du même sexe, on retrouve ces rôles. Chaque homme, surtout s’il se définit hétérosexuel, devrait se faire pénétrer au moins une fois dans sa vie pour se retrouver du point de vue de la « femme ».»

Est-ce une remarque spécifiquement masculine ? Possible. Mais on retrouve de l’autre côté du spectre un féminisme radical, très minoritaire, qui conteste la pénétration par principe, la rapprochant du viol, pour cette même question de soumission et de domination. Loin de nous l’idée de tendre vers là, on préfère multiplier les pratiques sexuelles plutôt qu’en interdire des existantes. Tout simplement, si Je ne suis pas un homme facile avait vraiment voulu inverser les rôles, il aurait été chouette de voir le personnage joué par Vincent Elbaz se faire sodomiser et de découvrir les sensations liées au frottement de sa prostate. Après tout, il y aurait sûrement pris du plaisir.

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