Répondre à: La Zone du Dehors

Accueil Forums Le kiosque La Zone du Dehors Répondre à: La Zone du Dehors

#39692
Liam
Maître des clés

Ah ça y est, je me souviens. Pas aussi bien que vous, mais je me souviens.

Et du coup oui on va pas perdre notre temps à dialoguer éternellement alors qu’on a en effet des positions irréconciliables, cha ché chur 🙂

 » Ne serait-ce que cliquer sur un lien vers un texte qui s’appelle « Le privilège cisexuel », c’est trop me demander. Le titre suffit à me coller la chair de poule. Tenter de convaincre une partie de la population qu’une autre partie a un « privilège » sur elle, privilège qui ne découlerait pas de ce qu’on fait, mais simplement de ce qu’on est, ça m’évoque des pages bien trop sombres de l’histoire humaine. »

Bien entendu, Julia Serano ne fait rien de la sorte, et parle bien de comportement et absolument pas de « ce que l’on est ». Elle parle d’un ensemble de comportement qui proviennent du fait d’être née cis dans une société transphobe et cisexiste (et donc l’éducation et les comportements qui en découlent), mais déjà je sens qu’on passerait 10 ans à débattre sur ça, alors que je considère ça comme acquis et évident (et amplement démontrable, par ailleurs).
Mais bon, je n’aurais pas envie de trop vous en demander, alors je réponds vite fait à quelques trucs et puis on se dit coucou et on repart vers des activités plus agréable l’un.e et l’autre (en tout cas moi c’est ce que je vais faire 🙂 )

« Mais vous reprochez en même temps à Damasio de n’écrire que sur ce qu’il peut écrire**. »

Non, je reproche à Damasio de ne jamais s’être posé la question de sa place dans la société, des privilèges qu’il détient du fait d’être né avec un pénis entre les jambes et d’être éduqué en garçon puis en homme et a priori de s’identifier comme tel (dans une société patriarcale), et de ne jamais avoir fait l’effort d’écouter les ressentis/vécus des personnes qui ne le sont pas et qui vivent de l’oppression de des discriminations par rapport à ça. Et du coup ça se sent dans ses bouquins, et d’ailleurs dans ses interviews.
Alors oui, il écrit ce qu’il veut, et je le critique si je veux, et je pense que le critiquer d’un point de vue féministe est hautement légitime parce que ses bouquins mettent en scène des personnages féminins, des personnages masculins, des interactions entre les deux, des réflexions sur les rapports entre les deux, ainsi que (dans le Zone du Dehors) une philosophie de la vie hautement viriliste (inspiré entre autre par Nietzsche, grand misogyne devant l’éternel).
Donc qu’on ne me dise pas qu’il est impossible de le critiquer de ce point de vue alors que ses livres grouillent de réflexions et de points de vue sur ce vaste sujet. Que lui-même décide de le nier et d’esquiver la question, en prétendant que seules les féministes parlent du genre ou des rapports sociaux de sexe, oui j’ai le droit de trouver ça complètement malhonnête intellectuellement.

« c’est que la discipline de la « police de la pensée » vous rattrape très vite. Quelques lignes plus loin, le voilà accusé de ne pas avoir pris « trois minutes pour se poser la question (ou mieux, de lire, ou d’écouter) de ce que ça fait d’être une femme, un.e homo, une personne racisée ». On n’est plus dans sexisme ou pas sexisme. On bascule bel et bien dans le petit manuel de l’éthiquement correct. »

Ah bon, je trouve perso qu’on est complètement dans sexisme ou pas sexisme (ou racisme ou pas racisme etc.), parce qu’il écrit des personnages en reproduisant tout un panel de clichés et des stéréotypes oppressants, sans les questionner. Donc, encore une fois, il a le droit de ne pas se poser ces questions, de continuer à verser dans le sexisme le plus stupide et oppressant qui existe, et on a le droit de pointer cela du doigt et de dire « Pfff c’est nul, je recommande pas ce livre patriarcal à qui que ce soit. Le mec il veut jouer avec ses jouets patriarcaux, moi je le fait remarquer et j’encourage les gens à ne pas tomber dans le panneau ». Et puis voilà, je vais pas aller le harceler chez lui le type, en terme d’action politique, j’ai mieux à faire.
Mais ne je vois pas en quoi pointer du doigt le sexisme de ses bouquins (et a fortiori La Zone du Dehors, celui que je connais le mieux), et à analyser en quoi ses valeurs politiques sont nauséabondes d’un point de vue des valeurs politiques que je soutiens, serait une sorte de scandale.

Après, d’un point de vue plus global, oui ce genre de critiques peuvent avoir des effets sur des créateurices, et peuvent les influencer dans leurs prochaines créations. Les exemples ne manquent pas d’ailleurs. Bon, dans ma critique du truc, sur un forum au fin fonds de la galaxie internet derrière les toiles d’araignée au fond à gauche, je ne me fait pas d’illusion sur sa portée (et je ne perds pas de sommeil là-dessus), mais je cherche à échanger et partager avec d’autres pour peaufiner mon problème avec ce livre, et pouvoir dire exactement en quoi je le critique lorsque j’en parle à des ami.e.s ou lorsque des ami.e.s m’en parle.
Parce qu’encore une fois, ce livre est très influent dans un certain milieu militant que je fréquente (un peu).

Et c’est pour ça que j’avais remercié toutes les personnes qui avaient discuté de ce livre sur ce fil parce que ça m’a apporté plein de choses.

Je vous laisse le dernier mot (ou pas, comme vous voulez), et bonne continuation dans votre croisade contre les néo-fascistes feminazis censeureuses de ce site 🙂

Et je dis ça sans rancune, je vois bien (et je me souviens bien) qu’on a pas grand chose a se raconter d’un point de vue politique, nous deux 🙂

Commentaires clos