Répondre à: Les Grands Esprits d'Olivier Ayache-Vidal : le retour du white teacher savior

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Arroway
Invité

Bonjour Ploquiploc,
tout d’abord, je tiens à préciser que mon intention n’est pas de juger des réalités du métier de professeur-e (qui n’est pas le mien). J’ai un chouilla d’aperçu de certains aspects, mais il n’est ni ma place ni mon propos de développer ce sujet. En revanche, je trouve intéressant d’étudier les représentations et les schémas répétés qui en émergent au cinéma.

Je laisse répondre NotYourPOCToken sur la partie racisme, mais je vais quand même toucher deux mots sur le trope du « professeur sauveur blanc », que l’on peut définir à partir de la définition suivante du trope de sauveur blanc que j’ai utilisée dans un article sur le sujet (http://www.lecinemaestpolitique.fr/a-la-rencontre-de-forrester-ecrire-pour-exister-le-trope-du-professeur-sauveur-blanc/) :

« Un film de Sauveur Blanc est un film qui présente une personne blanche entrant dans les vies d’une ou de plusieurs personnes de couleur qui ont souvent de faibles revenus, des ennuis, et/ou sont sérieusement opprimées. Les temps difficiles que les gens de couleur traversent peuvent être le résultat d’une oppression de la part d’autres personnes blanches, ou de leurs propres actions. Quel que soit le cas, le Sauveur Blanc arrive, compatit rapidement avec les problèmes des personnes de couleur en comprenant ce qui est doit être fait pour résoudre leurs problèmes, et ce faisant gagne leurs faveurs et devient leur héros. »

Je n’ai pas vu le film, donc l’avis que j’ai émis (très rapidement, il est vrai !) dans le commentaire précédant se base sur des présuppositions issues du visionnage de pas mal de films de ce type qui mettent en scène ce type d’intrigue, et dont on retrouve facilement des signes dans la bande-annonce. Il s’agit systématiquement d’un-e professeur-e qui se rend en établissement dit « difficile » (jamais dans l’autre sens). La plus grande partie du temps, ce-tte professeur-e est blanc-he face à des élèves racisé-e-s, et le film adopte son point de vue (quasi jamais celui des élèves). Ce-tte professeur-e a souvent certaines caractéristiques qui le placent à part : même s’iel ne connait pas les réalités vécues par ses élèves (ce qui est le cas, visiblement, du héros de ce film qui vient de Henri IV), ce professeur sait ce qui les conduira vers la réussite scolaire, clé qui ouvre toutes les portes à l’ascension/réussite sociale. Iel semble plus « doué-e » et plus impliqué-e que ces autres collègues en échec face à leur classe. L’un des obstacles du ou de la professeure est typiquement de réussir à intéresser ses élèves. Mais ce type de film met rarement en scène les étapes qui ont conduit à ce désintérêt ou ces situations « d’échec scolaire » (sans compter la vision très « classique » du système éducatif dans sa globalité qui est souvent présenté sans être remis en question). Les discours qui émaillent ce type d’intrigue sont à base de « si on veut on peut » et parfois aussi d’intégration. Bref, ils reconduisent les grands principes d’une « méritocratie » à la française en faisant abstraction de bien de choses qui permettraient de comprendre plus en profondeur les diverses situations des élèves et des professeur-es.

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