Dragons 2, l'apologie du paternalisme bienveillant

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Ce sujet a 9 réponses, 2 participants et a été mis à jour par  alias, il y a 1 an et 12 mois.

10 sujets de 1 à 10 (sur un total de 10)
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  • #9188 Répondre

    GoG

    Bonjour,

    En préambule de ce sujet, j’aurais une question: il me semblait avoir lu récemment ici un article très intéressant sur les personnages féminins à fort potentiel mais totalement laissées pour compte, mentionnant notamment Valka la mère de Hiccup dans Dragons 2 (mais aussi Rita Vrataski dans Edge of Tomorrow)…Article que je ne retrouve plus, du coup je m’interroge sur sa disparition ou ma sénilité grandissante si l’article que j’ai lu ne figurait absolument pas sur ce site.

    Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé ce nouvel opus particulièrement décevant, et là ou le premier volet, loin d’être parfait, jouait avec les clichés et avait le mérite de déconstruire la virilité, le deuxième a, me semble-t-il pris le contre pied de ces louables velléités pour se vautrer dans le culte du mâle alpha (bienveillant).
    (Valeur ô combien déclinée dans l’industrie culturelle américaine.)

    Ainsi, non seulement le film fait-il l’apologie du virilisme dominant, mais il écarte totalement ses personnages féminins dont le seul rôle ne consistera tout au long du film qu’à mettre en avant leur mâle intérêt romantique. Pas un seul geste décisif n’aura été effectué par un personnage féminin durant toute l’action et c’est sans doute d’autant plus dommageable que ces personnages sont rudement bien construits et aux antipodes des clichés d’un banal film d’animation à gros budget.
    Pire, j’ai trouvé le traitement réservé à Valka absolument effroyable si on analyse l’implicite de chaque scène la concernant à partir du moment où elle retrouve son mâle époux.

    Finalement, comme si cela n’était pas suffisant, le film verse aussi dans la vilification des racisés étant donné que le _seul_ personnage à la peau sombre et coiffé de dreadlocks est un méchant très cliché dont le film se soucie comme d’une guigne de sa rédemption étant donné que c’est un « homme qu’on ne peut raisonner » (et qui implicitement mérite donc de mourir, le paternalisme bienveillant a des limites à ses velléités pacificatrices).

    L’image finale résume en condensé toute la déception que porte en lui ce deuxième Opus, en totale opposition, encore, avec le Hiccup du premier Opus. (Le mâle légitimisé dans sa puissance bienveillante, enlaçant sa compagne d’un geste assuré et possessif).

    Je n’en dirai pas davantage afin de ne pas spoiler ceux qui ne l’ont pas vu, mais il me semble que ce film ne peut être qu’une déception pour ceux qui partageaient l’analyse du premier qui en a été faite sur ce site.

    GoG

    #9190 Répondre

    GoG

    Au temps pour moi, l’article auquel je pensais ne venait pas du tout du site.

    Pour celleux que cela intéresse, l’article (en anglais) parle du syndrome de Trinity qui est particulièrement bien adapté à Dragons 2.

    http://thedissolve.com/features/exposition/618-were-losing-all-our-strong-female-characters-to-tr/

    Ne me reste plus qu’à m’inquiéter de ma propre sénilité!

    GoG

    #9251 Répondre

    Paul Rigouste
    Participant

    Snif, j’attendais avec impatience ce Dragons 2 car j’avais trouvé le 1 plutôt cool. Mais là vous me refroidissez sérieusement 🙂 . C’est dommage parce que je trouvais les réalisateurs Dean DeBlois et Chris Sanders assez intéressants jusqu’à Dragons 1 (ils avaient bossé sur Mulan et Lilo et Stitch avant aussi notamment). Mais après Chris Sanders qui passe définitivement du côté obscur avec le politiquement catastrophique The Croods, on dirait que Dean DeBlois a lui aussi sombré… Snif snif.

    Et je ne lis pas encore votre lien pour ne pas me spoiler Dragons 2, mais je trouve a priori assez juste cette idée selon laquelle de plus en plus de persos féminins potentiellement intéressants sont créés … pour être finalement laissés à la marge du film (centré autour de l’homme, sa quête, ses problèmes, ses exploits, etc.). Je pense que c’est une manière de satisfaire plus de publics que dans un film 100% masculin viriliste, tout en continuant de reproduire l’ordre patriarcal : on invente un perso féminin intéressant pour que les femmes (et/ou pro-féministes) soient content-e-s, mais on laisse l’homme au premier plan pour les autres. Comme ça, libre à celleux qui ont envie de voir des femmes intéressantes de développer ces personnages pour elleux-mêmes, de leur donner plus d’importance que dans le film ou de se contenter du peu de miettes que le film daigne leur offrir. Mais attention, pas question de les développer vraiment ces personnages !, comme ça ceux qui n’aiment pas trop que les femmes prennent trop de place et préfère la bonne vieille domination masculine ne sont pas trop dérangés. Grrrrrr.

    #9485 Répondre

    Paul Rigouste
    Participant

    J’ai vu le film et effectivement, quelle horreur absolue! Je ne sais pas ce qui m’a le plus horripilé entre le virilisme, le spécisme, et le culte du chef. Atroce. Et le racisme est effectivement assez grandiose. Le Viking basané qu’on-ne-peut-raisonner-parce-qu’il-ne-comprend-que-le-langage-de-la-force, il fallait le faire… surtout d’une manière aussi décomplexée. Ça fait vraiment peur…

    #9663 Répondre

    GoG

    Bonjour,

    (Trigger Warning : spoilers Dragons 2 et Kaguya Hime)

    Quand j’avais vu votre premier commentaire je m’étais fait la réflexion que vous aviez parfaitement résumé le film sans même l’avoir vu.

    En tout cas votre verdict final me rassure, étant donné les commentaires enthousiastes que j’avais pu entendre ici et là, je finissais par me demander si je n’en faisais pas trop ou si des éléments progressistes m’avaient (très sournoisement) échappé. Ceci dit, nous étions 3 à avoir vu le film et 3 à en être sortis cruellement déçus.

    Pourtant il me semble que le film partait mieux qu’il n’a fini. Il y avait clairement du spécisme latent (mais le 1 ne m’en semble pas dépourvu) mais à tout le moins, la relation Astrid/Hiccup possédait des éléments égalitaires encourageants.

    Leur scène très complice du début était très sympathique au bémol près qu’elle se clôture sur Astrid rassurant les angoisses existentielles de son (futur) hommen. Cela ne m’aurait pas plus dérangé que ça s’il y avait eu la réciproque à un moment ou à un autre, mais de réciproque hélas, il n’y en a pas.

    Il en va de même pour Valka dont le traitement est, il m’a semblé, particulièrement cruel et très réactionnaire. Pareil, le début m’a semblé intéressant : la mère qui abandonne sa famille pour raison politique (et soit dit en passant, parce que son hommen de chef est un connard qui oppresse une autre race (les dragons) sans prendre en compte une seule seconde son point de vue à elle) ne semble pas jugée et l’on découvre avec intérêt que Hiccup tient (pour l’instant) beaucoup plus de sa mère lunaire, inventive et passionnée. Où l’on se prend aussi à imaginer qu’il déclinera sa « carrière » d’Hommen en chef pour, soyons fous, mener des recherches socio-politico-draconiques avec sa mère.

    Hélas, quand le père retrouve Valka il me semble que le film bascule absolument et, si il n’y a pas un mot de reproche énoncé à l’égard du comportement de Valka, symboliquement le film lui fait payer plutôt deux fois qu’une sa décision.
    Alors que Valka tente de s’expliquer par rapport à ses choix de vie, Stoik ne l’écoute pas une demi seconde, la coupe et vante sa beauté.
    Sur cette remarque toute en finesse du patriarche, le film fait rentrer Valka dans le girond hétéronormé, elle redevient la mère et la femme aimante qu’elle, on nous le fait comprendre sans trop de subtilité, aurait toujours dû rester.

    Détail hautement symbolique qui a hélas son importance : Valka ne fait pas la cuisine. Mais ce n’est pas (du tout) dans un souci de répartition des tâches domestiques (Stoik ne la fait pas plus), mais parce qu’elle ne sait pas cuisiner !
    En effet, Valka aurait été ravie de faire la cuisine à son Hommen si elle en avait eu les compétences. (Et là on se dit que le long combat de la répartition des tâches ménagères est encore bien loin d’être gagné)

    Il y aurait plein d’autres choses à dire de ce passage en particulier et du film en général, qui une fois ces « retrouvailles » achevées se vautre dans l’apologie du chef la plus sordide : la symbolique (toute en légèreté) du combat des mâles alphas sous le regard admiratif de leurs femmes qui ne jouent plus aucun rôle à part celui de support affectif, Valka qui incite son fils à assumer le statut héréditaire qui lui revient de « droit », le racisme insupportable, le spécisme le plus primaire relayant les dragons au rang d’automates au service de leurs maitres, ad nauseam.

    Je ne suis même pas sûr d’aller voir le troisième volet pour voir s’ils arrivent à remonter une barre largement en dessous de zéro sur mon échelle de tolérance. En tous cas, j’irai prendre la température sur le site en espérant qu’une bonne âme se dévoue. 😉

    Pour me consoler j’ai été voir Kaguya Hime qui est pour le coup vraiment remarquable.
    Il m’a semblé que Takahata avait fait quelques emprunts à Arite Hime d’ailleurs (que nous avons découvert grâce à vous!), d’autant que la Kaguya Hime de Takahata ne suit pas exactement le conte originel, notamment dans les personnages du père, de l’empereur (et j’irai jusqu’à dire de Bouddha), montrés sous un jour très oppressif.

    Contrairement à Arite Hime par contre, Kaguya Hime est particulièrement désespéré à y bien regarder et c’est, ce me semble, l’œuvre la plus amère de Takahata.
    Il y aurait beaucoup à en dire car l’anime est complexe et très en finesse et il mérite facilement un second visionnage. (de toutes façons c’est graphiquement une pure merveille). J’avance toutefois l’hypothèse que Kaguya représente une incarnation de la bodhisattva Kannon, qui est structurellement considérée dans la société japonaise comme l’épouse de Bouddha (c’est plus complexe que cela, mais cette symbolique est malgré tout très puissante).
    Si mon hypothèse n’est pas totalement infondée, cela jette une ombre d’autant plus amère sur un tableau final déjà bien lugubre… Qu’en pensez vous ?

    Je partagerai cette interprétation sur le fuseau approprié mais après une deuxième vision, je serai curieux d’avoir l’avis des habitué.e.s à ce niveau, s’il y en a qui s’y connaissent également en mythologie bouddhiste japonaise. 🙂

    Sur ces considérations réjouissantes, au plaisir,

    GoG

    PS: peut-être peut-on se tutoyer, si cela ne vous dérange pas?

    #9799 Répondre

    Paul Rigouste
    Participant

    Oui, complètement d’accord avec ton analyse de Dragons 2 !

    En ce qui concerne le spécisme, je ne trouve pas qu’il soit latent, mais au contraire assez explicite et central. Je n’ai pas vu le film dans de très bonnes conditions, donc je ne me souviens pas bien de tous les détails, mais il m’a semblé que le 2 était peut-être encore plus agaçant que le 1 sur la question du spécisme. Déjà, le fonctionnement de l’île de Beurk qu’on nous montre au début est présenté comme un paradis pour les humain-e-s et les animaux. Or, c’est un monde où les dragons (au départ animaux sauvages) ont été domestiqués par les Vikings, auxquel-le-s ils servent de montures. Et en prime, les moutons servent de ballons pour les jeux Vikings, ce qui est censé être amusant (et que j’ai trouvé personnellement super glauque). Il me semble que tout le but pour le héros sera de sauver ce monde en le protégeant du méchant chasseur de dragon. Donc une alternative complètement pourrie entre exploitation n°1 et exploitation n°2 (avec bien sûr l’exploitation n°1 qui n’est pas présentée comme une exploitation mais comme un état d’harmonie, de coopération humains/animaux, etc). “Beurk” j’ai envie de dire 🙂

    Et le pire je trouve, c’est que le film nous montre brièvement une troisième voie beaucoup plus intéressante pour automatiquement la disqualifier. Il s’agit de la voie défendue par la mère, qui protège les dragons dans ce qui m’évoque une sorte de réserve naturelle (après encore une fois mes souvenirs sont vagues, donc peut-être que je déforme ou oublie des choses). Or il me semble que cette idée de laisser les dragons vivre comme ils l’entendent n’est pas pris au sérieux par le film (peut-être parce qu’il s’agit d’une voie trop “idéaliste”, trop “féminine”, il faudrait que je revoie le film pour voir comment le film s’y prend exactement pour disqualifier cette idée), parce que la seule manière sérieuse de protéger les dragons, c’est d’en faire les animaux domestiques des humain-e-s comme le fait Harold. J’ai l’impression que l’idée d’une réserve naturelle (donc d’un lieu où les humaine-s laissent vivre les dragons en paix) est disqualifiée en même temps que le personnage de la mère est violemment exclue à la périphérie du film lorsque le père débarque. En ce sens, j’ai l’impression qu’il y a une articulation assez étroite dans le film entre spécisme et sexisme (surtout quand on pense à cette idée foireuse selon laquelle Harold va synthétiser les caractères de son père et sa mère : “un peu de virilité et un peu de féminité, c’est ça la solution”. Beurk. A mon avis, le film pense la question du rapport humain-e-s/animaux de la même manière : Harold comme juste milieu entre la position de son père et celle de sa mère)

    Et pour ce que tu dis sur Kaguya, je ne sais pas du tout, car je n’y connais rien en mythologie. Je vais faire des recherches (j’aimerai bien écrire un truc dessus quand ça sortira en dvd). J’ai lu sinon que c’était inspiré d’un conte traditionnel japonais, dont il existe très probablement des tonnes de versions. J’aimerais bien savoir de quelle version Takahata s’est inspiré pour faire son film, et qu’est-ce qu’il a éventuellement modifié, ajouté, ou enlevé. Je vais faire des recherches, mais si tu tombes sur des trucs sur internet, n’hésite pas à me transmettre les liens si tu y penses, ça m’intéresse.

    Et oui, c’est effectivement plutôt amer comme film, voire assez désespéré. Personnellement cette fin m’a vraiment bouleversé. Je ne développe pas pour ne pas spoiler celleux qui ne l’ont pas vu. Comme ça reste très poético-métaphorique, je pense qu’on peut l’interpréter de plein de manières, mais il y a au moins une manière que je trouve très intéressante d’un point de vue féministe, même si encore une fois c’est assez pessimiste 🙂 …

    Et encore une fois, si tu tombes sur des trucs intéressants sur ce film, n’hésite pas à transférer les liens.

    A bientôt, et merci encore pour toutes ces idées.

    #23905 Répondre

    Zoé

    Je poste ici pour réagir à quelque chose.
    En effet, on peut voir trois modes de, disons, vie avec les dragons. Celle du méchant, brutale, par la force. Celle des gentils, qui est présentée comme la meilleure, bien que les dragons soient complètement domestiqués (avec des volants !). Et celle de Valka, qui ne fait que recueillir les dragons.
    Et bien, sachons qu’au départ, il ne devait y avoir que le mode des gentils, et le mode de Valka. En effet, Valka était la méchante du film, et attaquait l’île des gentils pour protéger les dragons.
    Idée ô combien brillante !
    Malheureusement, si Dragons 2 avait pris cette voie là, je pense qu’on aurait eu droit à une fin à vomir, du genre « Valka était la méchante, nous, les gentils, on a la meilleure façon de vivre avec les dragons ! »

    #23916 Répondre

    Skratsch

    Tiens, c’est intéressant, ça. Il s’est passé un peu la même chose avec Frozen, sorti pas si longtemps avant, je me demande si c’est une tendance courante de changer le message d’un film d’animation à la dernière minute ou si c’est juste un hasard.

    #24010 Répondre

    Zoé

    Ici, ce serait plutôt un hasard. En effet, d’après Dean Deblois, les enfants n’auraient pas compris pourquoi Harold se battait avec sa mère.

    #26249 Répondre

    alias

    un petit film d’animation parodique sur dragons 2. À la fin une remarque pertinente : pourquoi les adultes ont-ils un accent et pas les jeunes ?

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