La Zone du Dehors

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Ce sujet a 17 réponses, 2 participants et a été mis à jour par  Kao, il y a 10 mois et 3 semaines.

3 sujets de 16 à 18 (sur un total de 18)
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  • #34844 Répondre

    mauswiesel

    Bon, en fait, toute discussion est impossible puisque nous ne sommes tout simplement pas sur la même ligne politique. Personnellement, le queer me sort par les yeux et je ne comprends pas qu’on veuille réutiliser des théories misogynes comme la psychanalyse, ou virilistes comme celle de Foucault, ou toujours Damasio. Comme l’a très bien dit Audre Lorde, les outils du maître ne détruiront jamais la maison du maître.
    Dernière chose, je trouve ça assez malsain de comparer des menaces de viol avec des bâtiments qu’on trouverait moches… Et ce n’est peut-être pas Damasio qui dit ces phrases, n’empêche que Captp est son stand-in. S’il met ce genre de propos dans la tête de son héros, je n’ai aucune raison de penser que ce n’est pas dans sa tête à lui également. Je n’ai ressenti aucune prise de distance entre l’auteur et son héros à la lecture, et les menaces de viol ne sont jamais traitées de manière politique mais semblent normales : aucun personnage, homme ou femme, n’a l’occasion d’y répondre et de les dénoncer.

    #34845 Répondre

    Arroway

    Bon, en fait, toute discussion est impossible puisque nous ne sommes tout simplement pas sur la même ligne politique. Personnellement, le queer me sort par les yeux et je ne comprends pas qu’on veuille réutiliser des théories misogynes comme la psychanalyse, ou virilistes comme celle de Foucault, ou toujours Damasio. Comme l’a très bien dit Audre Lorde, les outils du maître ne détruiront jamais la maison du maître.

    Dans ces termes, effectivement les possibilités de débats sont considérablement réduites.
    Vous dites que le queer vous sort par les yeux, pourquoi pas (c’est encore un rejet en bloc de travaux super importants, comme ceux de Butler, mais passons). Il n’y a pas que les chercheureuses queer qui ont travaillé à partir de théories pas forcément irréprochables (mais aussi, qui est irréprochable…?). Il y a aussi des féministes matérialistes comme Wittig, Delphy, Felicini, etc, qui s’appuient sur les travaux de Marx et Engels, qui n’étaient pas spécialement des modèles de déconstruction féministe et anti-raciste. Jeter l’ensemble des travaux s’appuyant sur un cadre d’analyse marxiste nous aurait privé-e-s de ces avancées essentielles du féminisme.

    Vous parlez des outils du maitre : on devrait aussi arrêter de parler français alors, vu que c’est une langue modelée et utilisé par les hommes et les blancs comme outils de domination. Ou alors, on reprend ces outils, et on les modifie, on les détourne, on les réinvente. A un moment donné, on ne peut pas vivre dans le rejet total de tout, il y a une part des choses à faire…

    Dernière chose, je trouve ça assez malsain de comparer des menaces de viol avec des bâtiments qu’on trouverait moches…

    Ce n’est pas du tout ce que j’ai dit. Je ne comparais pas des menaces de viol à des bâtiments ; c’est l’ensemble d’un discours tenu par une personne que je comparais à un bâtiment, dans lequel on peut trouver des éléments intéressants à reprendre tout en reconnaissant que l’ensemble est politiquement craignos.

    Et ce n’est peut-être pas Damasio qui dit ces phrases, n’empêche que Captp est son stand-in. S’il met ce genre de propos dans la tête de son héros, je n’ai aucune raison de penser que ce n’est pas dans sa tête à lui également. Je n’ai ressenti aucune prise de distance entre l’auteur et son héros à la lecture, et les menaces de viol ne sont jamais traitées de manière politique mais semblent normales : aucun personnage, homme ou femme, n’a l’occasion d’y répondre et de les dénoncer.

    Oui. Dans votre argumentation, j’ai préféré rappeler que ce n’est pas l’auteur en son nom qui a prononcé ces paroles, parce que ça prêtait à confusion. Car même si c’est politiquement problématique, il y a une différence entre ce qu’une personne pense, ce qu’elle écrit dans une oeuvre de fiction et ce qu’elle fait. Cela n’excuse pas des propos problématiques, mais cela les met dans des contextes différents.

    #34965 Répondre

    Kao

    Salut,
    Contente de trouver Damasio sur ce forum, et contente d’y lire des critiques vis-à-vis de son sexisme : il est encensé dans les milieux militants (le plus souvent des milieux à prédominance blanche et hétérosexuelle) et rarement remis en question. Personnellement j’ai découvert la Zone du Dehors à dix-sept ans, j’ai adoré, à l’époque j’étais moins consciente des problématiques de genre en littérature. Peut-être un an après j’ai lu la Horde du Contrevent ; là j’ai commencé à capter qu’il y avait un souci. Sur les vingt-deux membres de la Horde il y a cinq femmes, et sur les cinq il y en a une qui n’a pas de fonction précise (Coriolis) et deux qui ont des fonctions genrées : une soigneuse et une sourcière/cueilleuse. Super. Alors OK, il y a un personnage féminin classieux (Oroshi). Mais sur vingt-deux personnages clé c’est un peu voire beaucoup léger. Et histoire d’enfoncer le clou Damasio nous les dépeint toutes, à l’exception d’Oroshi, comme des boulets au pied des super gars virils de la Horde : chaque fois qu’il y a un passage pénible elles se plaignent, elles sont fatiguées, il faut les porter… c’est systématique. Et si je me souviens bien les personnages masculins, eux, n’ont jamais de problème pour suivre. C’est d’autant plus ridicule et infondé que, dans le roman, les membres de la Horde sont entraînés dès l’enfance à affronter ce genre de difficulté. Les femmes comme les hommes…
    Bref, désolée pour ce petit hors-sujet, mais c’est ça qui m’a mis la puce à l’oreille. Je me suis donc remémoré la Zone du Dehors, sans aller jusqu’à le relire (l’écriture est quand même assez lourde je trouve, voire élitiste, le genre de roman que personnellement je ne lis qu’une fois). Je me suis souvenue de l’absence de femmes dans le Bosquet. Du rôle de Boule de Chat. Je vais éviter de spoiler, mais pour celleux qui l’ont lu jusqu’au bout, vous avez négligé un petit détail : outre sa fonction de « repos du héros », Boule de Chat a bel un bien rôle important à un moment, enfin un rôle qui va modifier l’histoire. Et c’est un rôle extrêmement négatif qui va aboutir à une catastrophe… merci pour la représentation, Damasio.

    J’ai suivi vos discussions avec intérêt, Mauswiesel et Arroway. Je suis plutôt d’accord avec Mauswiesel. Et si, à la limite, on peut trouver des justifications à certains auteurs/penseurs/théoriciens ou je ne sais quoi du dix-neuvième ou début du vingtième siècle, style Proudhon Bakounine toute la clique (dont je ne supporte le sexisme pour autant), dû au fait que la pensée dominante était alors largement misogyne (mais bon, la pensée dominante n’était pas pour autant anarchiste, s’ils ont pu déconstruire ça pourquoi pas le sexisme ? BREF). Concernant un auteur contemporain tel que Damasio il n’y a AUCUNE excuse. Il y en a d’autant moins qu’il écrit de la SF, qu’il est donc libre d’inventer des mondes à sa convenance ; des mondes où les hommes et les femmes pourraient, de facto, être considérés comme des égaux. Donc même pas l’excuse de « dans la vraie vie c’est comme ça » que j’ai pu entendre de la part de personnes qui justifiaient, par exemple, les passages où les meufs galèrent physiquement et pas les mecs.
    Quand on se prétend révolutionnaire, qu’en tout cas on écrit des livres dans ce sens, et qu’on chie sans vergogne sur la moitié de la population mondiale ; et qu’en plus, on oublie aussi à peu près tout ce qui n’est pas blanc (? j’ajoute un point d’interrogation parce que ces livres ne sont plus tout frais dans ma tête, peut-être je me plante, dites-moi, mais est-ce que vous avez vu l’ombre d’une personne racisée dans un de ses bouquins ?)… La révolution par des mecs blancs cis hétéros. Géniaaaal. Encore merci, Damasio, je suis K.O face à ta subversion. Heureusement que t’es là pour dégager de nouvelles perspectives sociales.

    C’est d’autant plus dommage que, malgré le mépris que je lui voue, je trouve que c’est un auteur vraiment, vraiment talentueux. J’ai rarement lu des livres aussi originaux. J’ai même essayé de lui redonner sa chance en entamant son recueil de nouvelles, « Aucun souvenir assez solide ». Première nouvelle : PAS UNE SEULE FEMME. Deuxième nouvelle : le narrateur vient de perdre sa fille encore petite. Sa compagne n’arrive pas à faire le deuil et le pousse à consulter une sorte de médium. OK, j’ai arrêté là. Définitivement. Hop, miracle, il y a une femme dans l’histoire mais elle est tellement dénuée de personnalité qu’elle demande à son compagnon de faire quelque chose en son nom. Elle existe au moins ?

    Bref, la littérature est sexiste en général. Mais quand on tient certains discours, en l’occurrence de déconstruction, de remise en question globale, ben d’abord on se remet en question soi-même. ça n’a pas l’air d’être une priorité chez Damasio.

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