Pourquoi la chanson "Je ne dirai rien" de Black M est répugnante.

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  • #23158 Répondre
    Lirienne
    Invité

    Fatima : Le fait que les hommes et les femmes aient des corps différents ne justifie pas les inégalités, le fait que les femmes ne doivent pas montrer certaines parties de leur corps ou ne pas avoir trop de relations sexuelles est une construction culturelle. Quand je montre mon corps et ou que j’ai des relations sexuelles, je ne perd rien, je ne dégrade pas mon corps. Je me respecte en écoutant mes désirs au lieu des injonctions sexiste, et en me considérant comme un être humain et non pas comme un objet qui pourrait perdre de la valeur. Et non, mon corps n’est pas « sacré », ça c’est juste une croyance, ça n’est pas du tout objectif.

    Ah oui, et certains hommes ont un utérus, certaines femmes ont un pénis. Iels n’en sont pas moins de « vrais hommes » et de « vraies femmes ». Et du coup, selon toi, les personnes intersexes, elles ont le droit de montrer leur corps sans le « désacraliser » ???(https://storify.com/Elle_sa_/pedagogie-lexiques-genres-et-transidentites)

    #23215 Répondre
    rosa
    Invité

    Fanny,
    Bonjour,
    Je suis d’accord avec vous sur ce point que, comme vous dites, « les premiers ennemis des femmes sont les femmes elles-mêmes », quoique je dois nuancer d’une part sur le terme « premiers ». En effet, il n’y a pas pire ennemi pour une minorité que sa propre intégration des processus de domination qui s’exercent sur elle.
    Mais voilà : Rihanna, Minaj et autres pop stars ne sont pas les ennemies des femmes à proprement parler ; ce qui est dangereux, c’est justement celleux qui les pointent du doigt comme « la honte du genre féminin ». Je m’explique.

    D’une part, il me semble que la production de clips/chanson/etc est largement soumise à des standards qui sont ceux des « dominants », du moins des standards sociaux dominants, et donc ici, des standards élaborés par et pour les hommes (je ne préciserai pas leur âge, origine sociale et ethnique, ni leur orientation sexuelle pour tenter de rester un minimum claire et concise).

    D’autre part, dire que par exemple Miley Cyrus (je la cite parce qu’elle a fait couler beaucoup d’encre et par là-même, beaucoup de bêtises, atrocités sexistes et autres joyeusetés) serait la honte des femmes revient à la punir parce qu’elle n’a pas tenu à rester dans un rôle qu’on veut lui imposer. On lui reproche de se sexualiser elle-même, quand de toute manière elle est sexualisée à outrance quoiqu’elle fasse (première hypocrisie).
    On lui demande donc un peu de tenue, de rester à sa place de femme qui n’a le droit d’être sexualisée que par autrui (un autrui masculin donc), pour mieux se respecter elle-même (seconde hypocrisie puisque dès lors, ce « respect de soi-même » est lié au fait qu’elle doit vivre passivement sa sexualisation).

    Pour ma part, effectivement « sexy bitch » m’a fait gerber. Mais c’est le cas de beaucoup de chansons et clips, du tube de Robin Thicke à la « Socialiste » de Renaud (eh oui).
    Le problème de cette chanson, Je ne dirai rien, est notamment qu’elle est un condensé de tout ce qu’on peut trouver de gerbant dans ce qu’on écoute au quotidien. Une petite liste non exhaustive :
    – Culpabilisation des victimes de viol (si t’es trop jolie c’est de ta faute, si tu as dit oui à d’autres c’est que c’est bon pour moi aussi, si tu t’habilles court tu l’as cherché, si tu me repousses tu vas le payer, etc.)
    – Incitation, du coup, au viol (ces connasses qui me regardent pas ne méritent que ça – le viol est la punition suprême de la femme qui n’est pas restée à sa place de proie docile)
    – Injonctions contradictoires à la beauté : t’as de grosses cuisses c’est trop moche (vive le fat-shaming, vraiment…) mais franchement pourquoi tu veux pas coucher avec moi ? Honnêtement, ça vous rappelle pas un sempiternel « Mademoiselle t’es trop charmante (…) eh réponds moi salope, vas-y de toute façon t’es trop laide » ?
    – De ces injonctions découlent une banalisation du harcèlement (qui est déjà bien trop banal), puisque c’est justement la somme des injonctions contradictoires qui s’appliquent en permanence à une personne qui constitue du harcèlement

    – Et pour sortir du simple sexisme, une adhésion totale et sans limite à une méritocratie illusoire : « t’as délaissé le bac » (ici entendu comme « t’es qu’une ratée »), suivi d’une moralisation sur le fait que la femme ne semble s’intéresser qu’aux grosses voitures/fortunes/etc, ce qui laisse clairement entendre que c’est une parvenue qui ne mérite pas tout ce bling bling.

    La critique de ces Nabilla, comme vous les appelez, est là encore un ensemble d’injonctions contradictoires. Nabilla est là pour un public dont le regard est masculin (et hétéro). Nabilla est jugée selon ce regard d’homme cis hétéro/ Nabilla fait sa fortune là-dessus. On reproche à Nabilla de se faire sa fortune sur son physique, alors même qu’on a exigé d’elle qu’elle ait ce physique de « bimbo ».
    Le côté « on se moque des bimbos bad girls collectionneuses » est le côté le plus politiquement accept