La Vie Domestique (2014)

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Ce sujet a 11 réponses, 2 participants et a été mis à jour par  jacques, il y a 4 ans et 8 mois.

12 sujets de 1 à 12 (sur un total de 12)
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  • #8818 Répondre

    Paul Rigouste
    Participant

    vie domestique

    J’ai regardé un peu ce film par hasard, parce qu’il y avait Emmanuelle Devos dedans et que ça s’appelle La Vie Domestique, et j’ai trouvé ça vraiment chouette. Ça aborde de front la question de la domination masculine (ou du moins un de ses aspects), et j’ai trouvé ça assez fin et drôle. Certes, ça frôle parfois la caricature, mais je ne trouve pas ça très gênant, d’abord parce que ces moments sont souvent drôles, et ensuite parce que ça s’entremêle avec plein d’autres choses beaucoup moins caricaturales. Après c’est un milieu social bien particulier (classe moyenne blanche qui vit en banlieue), mais j’ai l’impression que le film est conscient de ça et le thématise à l’intérieur du film. Bref, je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler celleux qui ne l’ont pas vu, mais je le conseille vraiment !

    Et pour faire le lien avec ce qu’on disait ailleurs sur le forum (à propos du fait que très peu de réalisatrices n’assumaient le qualificatif de « féministe » : http://www.lecinemaestpolitique.fr/forums/topic/bande-de-filles-celine-sciamma/). On retrouve la même chose dans cette interview de la part de la réalisatrice Isabelle Czajka, mais paradoxalement beaucoup moins de la part d’Emmanuelle Devos :

    Question : On a donc raison de voir du féminisme dans le film…
    Emmanuelle Devos : J’espère bien que c’est féministe !
    Isabelle Czajka : Dans mon film comme – je crois – dans la vie, ce sont les femmes qui subissent l’essentiel des contraintes domestiques. En revanche, je n’ai pas conçu le film comme féministe, comme militant – loin de moi cette idée-là ! J’ai simplement souhaité me pencher sur une approche de la vie familiale qui a peu trouvé sa place au cinéma. Généralement, quand on quitte un foyer dans un film, c’est en suivant l’homme qui sort de la maison et s’en va travailler, explorer la Lune, sauver le monde ou je ne sais quoi d’autre. Mais que se passe-t-il dans l’espace domestique où, parfois, la femme demeure toute la journée ? Ce sont les choses de la vie de tous les jours qu’on ne voit presque jamais au cinéma que j’avais envie de montrer. (http://www.lemauvaiscoton.fr/cinema/interview-emmanuelle-devos-la-vie-domestique/)

    #8846 Répondre

    Trapipo

    Super, je l’ai… eurm… acheté, il me tarde de le voir ! Il est dans ma liste des films à voir.

    #8847 Répondre

    Trapipo

    Ca fait quelque mois que je l’ai dans ma liste des films à voir je voulais dire…

    Tu confirmes la première impression que j’ai eu en regardant la bande annonce. A+

    #9452 Répondre

    Arroway

    J’ai regardé le film, je l’ai beaucoup apprécié (même si ça file le cafard…). Il est vraiment pertinent sur la question des « femmes au foyer », et je trouve aussi qu’il est critique sur les privilèges de ces femmes issues d’une classe aisée (par exemple dans la scène avec les 3 femmes qui font de la conversation de comptoir autour de la misère dans le monde en buvant du café Nespresso et des petites viennoiseries).

    #9471 Répondre

    Paul Rigouste
    Participant

    Oui, c’est vrai, j’avais oublié cette scène. Elle fait partie des moment que je trouve intéressant politiquement, mais malheureusement assez mal fait, je trouve que ça sonne un peu faux, que c’est un peu trop caricatural (je sais pas trop pourquoi).

    Une autre scène qui m’intrigue un peu à ce niveau, c’est celle de l’atelier de littérature. Après que la prof a lu l’extrait de Virginia Woolf, il y a une discussion avec les élèves. A la fin, la prof s’adresse à l’une des élèves en disant « En France, les femmes sont libres de leur corps, elles sont libres d’avoir des enfants ou pas, de se marier ou pas, de travailler, de voter ». Et une des élèves (noire) lui rétorque : « ah ben on doit pas toutes vivre en France alors ». Et c’est sur cette phrase que se termine la scène.
    Comment tu as compris cette scène toi? Moi je me demande si le discours est raciste (à base de : la femme blanche n’a pas conscience de l’oppression sexiste que vivent les femmes noires parce qu’elle est privilégiée par rapport à elle. Dans le sens de l’instrumentalisation raciste du féminisme qui domine aujourd’hui en France). Mais en même temps je ne crois pas, car tout le film est centré sur des femmes blanches de classe moyenne/supérieure qui vivent en banlieue pavillonnaire. Du coup, je me dis que la phrase de l’élève a peut-être pour but de mettre en évidence que la prof n’a pas une claire conscience de l’oppression sexiste qu’elle subit elle aussi en tant que femme blanche française de sa classe. Mais je sais pas trop. Comment tu l’as comprise toi cette scène ?

    #9472 Répondre

    Paul Rigouste
    Participant

    Et sinon, dans le même genre, j’avais regardé aussi un film que la réalisatrice de La Vie Domestique disait avoir beaucoup aimé : Safe, de Todd Haynes.

    safe

    C’est assez ambigu comme film, et assez pessimiste, voire peut-être un peu cynique, mais je suis pas sûr. J’en dis pas plus si quelqu’un-e veut le voir. L’oppression des femmes au sein du foyer est aussi le sujet central du film (entre autres).

    #9484 Répondre

    Yael

    Sur les mères au foyer, je ne pense qu’on ne peut pas faire abstraction de la fameuse série « Desperate Housewives ». Il est intéressant de noter qu’au tout début, la série avait une vision très critique de la position des femmes au foyer. L’exemple le plus marquant était Lynette qui avait abandonné une brillante carrière pour s’occuper de ses enfants, qui avait un mari absent qui semblait ne revenir à la maison que pour l’engrosser. Elle subissait de telles injonctions qu’elle en arrivait à se doper à la ritaline pour faire face à toutes les exigences qu’on attendait d’elle. La série nous montrait très nettement qu’elle n’était pas un cas isolé et que les autres mères subissaient le même type de pression.
    Puis, au fur et à mesure, il y a eu un retournement de la série. Lynette est devenue un personne castrateur et son mari quasiment le mari parfait.
    Alors que la série dans ses débuts nous montrait des femmes étouffées dans leur quotidien, on est passé à des femmes dominantes avec de fortes tendances manipulatrices. Un retournement de la domination aurait pu être intéressant s’il y avait eu une réelle démarche de remise en question de l’ordre social. Mais ce n’était pas le cas. L’idée qui ressortait était que les dominées (ici les femmes au foyer) étaient en fait les dominantes.

    #9487 Répondre

    Nîme

    Pour cette scène Paul, je l’ai comprise comme une incompréhension entre la prof privilégiée et les élèves oppressées (sur ce plan), un gouffre entre les deux mondes. D’autant que Cindy doit assister à l’atelier et est couverte par une camarade, qui sait peut-être ce qui s’est passé pour elle. Mais elle aurait peut-être mérité d’être coupée moins brusquement… Ça rejoint aussi la scène du passage en voiture le long d’un campement, sur fond de reportage sur un cosmétique à la radio.
    J’ai beaucoup aimé ce film en tout cas, merci de la recommandation !

    #9489 Répondre

    Arroway

    Oui, c’est vrai, j’avais oublié cette scène. Elle fait partie des moment que je trouve intéressant politiquement, mais malheureusement assez mal fait, je trouve que ça sonne un peu faux, que c’est un peu trop caricatural (je sais pas trop pourquoi).

    Perso, j’ai trouvé que justement, parce que c’était à la limite du caricatural (parce qu’on enchaîne les clichés, mais j’ai déjà assisté à ce genre de conversations creuses dans la vraie vie), on pouvait comprendre que le film avait un regard critique et conscient sur la situation privilégiée de ces femmes. Pourtant à un moment, on voit celle qui est enceinte en train de lire Courrier International. Donc il y a aussi une critique de cette sorte de smalltalk au raz des paquerettes qui s’impose comme ça, entre épouses (et c’est pas exagéré comme représentation, malheureusement), et qui révèle aussi peut-être la superficialité/stérilité de leurs échanges. Il y a une autre scène où l’une des épouses apprend par téléphone que sa grand-mère est morte, raccroche et fait bonne figure pour recevoir les deux autres comme si de rien n’était : finalement, malgré des moments de sociabilité comme ça, chacune reste
    isolée avec ses problèmes domestiques à gérer toute seule.

    Une autre scène qui m’intrigue un peu à ce niveau, c’est celle de l’atelier de littérature. Après que la prof a lu l’extrait de Virginia Woolf, il y a une discussion avec les élèves. A la fin, la prof s’adresse à l’une des élèves en disant « En France, les femmes sont libres de leur corps, elles sont libres d’avoir des enfants ou pas, de se marier ou pas, de travailler, de voter ». Et une des élèves (noire) lui rétorque : « ah ben on doit pas toutes vivre en France alors ». Et c’est sur cette phrase que se termine la scène.
    Comment tu as compris cette scène toi? Moi je me demande si le discours est raciste (à base de : la femme blanche n’a pas conscience de l’oppression sexiste que vivent les femmes noires parce qu’elle est privilégiée par rapport à elle. Dans le sens de l’instrumentalisation raciste du féminisme qui domine aujourd’hui en France). Mais en même temps je ne crois pas, car tout le film est centré sur des femmes blanches de classe moyenne/supérieure qui vivent en banlieue pavillonnaire. Du coup, je me dis que la phrase de l’élève a peut-être pour but de mettre en évidence que la prof n’a pas une claire conscience de l’oppression sexiste qu’elle subit elle aussi en tant que femme blanche française de sa classe. Mais je sais pas trop. Comment tu l’as comprise toi cette scène ?

    J’ai eu l’impression que le film avait l’approche suivante : filmer une sorte de ghetto pour riches de l’intérieur, du point de vue de quelqu’un qui vient d’arriver et qui a assez de privilèges (moyens financier, couleur de la peau) pour s’y intégrer sans problème mais qui y étouffe. Donc on a vraiment un point de vue interne. Et en même temps, il y a plein de petits passages où le film nous rappelle qu’il y a un autre monde à l’extérieur de ce quartier, dans lequel les règles ne sont pas les mêmes :
    * à un moment, l’une des femmes qui conduit tourne la tête vers une sorte de camp (de gens du voyage je crois?) devant lequel elle passe. Leurs caravanes contrastent avec les maisons spacieuses qu’on nous a montré avant.
    * la jeune fille qui tue son bébé (qui fait intelligemment écho au personnage de la mère de Robinson, qui manifestement a pas super envie de s’occuper de son gosse et en a même la trouille le soir à l’heure du bain)
    * quand on parle du quartier plus « populaire » d’à côté
    * dans la scène du repas du début du film, je crois me souvenir qu’il y a des perles au sujet de l’éducation, de l’intégration, etc. Et comme le gars est bien montré comme un connard fini, je crois que le film se désolidarise de ce discours.

    Pour la scène que tu mentionnes, ça m’a aussi fait tiquer sur le moment, mais je crois qu’on peut la remettre en perspective avec la fin du film. La réplique de l’élève que tu mentionnes fait écho avec la réaction du personnage jouée par E. Devos quand elle se rend compte qu’elle connaissait le jeune fille qui a tué son bébé : c’est comme si elle découvrait soudain un autre monde, elle est abasourdie et on voit qu’elle réfléchit vraiment à ce qui s’est passé.

    Maintenant, je pense que tout ça, c’est aussi ce que j’ai voulu voir/comprendre : le film ne va pas très loin, cela aurait mérité un message final plus affirmé pour qu’on saissise le point de vue du film. Parce qu’en l’état, on a juste une fille pauvre, qu’on a vu voire de la bière à 10h du matin, complètement paumée, qui a tué son gamin: on sait pas ce qu’elle a vécu, pourquoi elle a agi comme elle a fait, etc… Du coup, ça retombe dans le fait divers un peu cliché et on pourrait très bien comprendre que le film considère que les filles pauvres, noires, etc, sont des petites racailles fortes en gueule qui aiment bien se plaindre au lieu d’écouter la professeure blanche qui veut les aider (et qui leur apprend les valeurs de la République française) et qui commettent des crimes impardonnables parce qu’elles sont incapables de gérer des situations difficiles.

    #9497 Répondre

    Paul Rigouste
    Participant

    Merci pour toutes ces idées. J’avais pas pensé à tout ça. Et je ne me souvenais pas de tout. Effectivement je pense aussi que le film arrive assez bien à se concentrer sur l’oppression de ces femmes blanches relativement aisées en tant que femmes (vivant de surcroît en banlieue pavillonnaire), tout en rappelant qu’elles ont des privilèges en tant que blanches de classe moyenne/supérieure.

    Ce que j’aime bien je crois dans ce film (je dis « je crois » car mon souvenir est assez vague, donc il faudrait que je le revoie), c’est qu’il arrive à être à la fois assez empathique vis-à-vis de ces femmes (surtout de l’héroïne) tout en encourageant un regard critique. Donc ça tombe pas trop je trouve (quoique un peu parfois) dans un « sociologisme » qui aurait regardé ces femmes de haut avec un regard un peu supérieur et méprisant (du type Chabrol dans « Les Bonnes Femmes »).

    Et sur la première scène, au début j’avais un peu peur que le côté outrancièrement horrible du type joué par Grégoire Oestermann serve à dédouanner par contraste les hommes et les blanch-e-s de sexisme et de racisme (surtout qu’il me semble que cet acteur avait déjà eu cette fonction dans Intouchables, où il était dépeint comme le raciste, et par contraste le personnage de Cluzet passait pour antiraciste …). Mais là il me semble que c’est différent, car ce que cette scène pose surtout à mon avis, c’est la complicité masculine entre le patron sexiste raciste horrible et le mari de l’héroïne. Du coup, le film nous invite à le regarder avec un œil critique (il est plus « de gauche » que l’autre, certes, mais sur la question du sexisme, il a une connivence avec l’autre en tant que mec). J’ai trouvé que cette scène, malgré son côté apparemment un peu caricatural (même si ce n’est à mon avis pas si caricatural que ça), nous préparait bien à la suite : à regarder avec un œil très critique le comportement « gentiment sexiste » du mari le matin (que du coup on est invité à voir comme une oppression). Je sais pas si je suis clair.

    Et pareil, j’ai trouvé très bien le passage avec la mère, qui est revenue de tout ça, et qui a une conscience de cette oppression patriarcale que la fille est en train de plus en plus réaliser. Ça paraît un peu forcé ce discours si clair et explicite, mais en même temps c’est pas mal je trouve qu’il y ait un personnage plus conscient de cette oppression, qui tient un discours cash. Ça a un peu la même fonction que l’extrait de Virginia Woolf peut-être.

    #9502 Répondre

    Arroway

    C’est marrant, y a plein de scènes que tu qualifies de « caricaturales » qui sont pour moi très réalistes ^^

    #11464 Répondre

    jacques

    Hello,
    J’ai vu « La vie domestique » hier soir sur vos recommandations.
    C’est pour moi une très bonne (et rare) surprise.
    je ne reviendrai pas sur toutes vos réflexions que j’approuve (je parle de celle de Paul et d’Arroway en particulier).
    Je trouve que la grande qualité du film, c’est d’éviter un peu toutes les tentations « auteuristes », qu’elles relèvent des hommes (Chabrol est en effet un très bon exemple de posture cynique) ou des femmes (je pense à Noémie Lvosky), de proposer une représentation des rapports sociaux sans le surlignage un peu complice à l’égard du spectateur.
    Concernant La scène de l’atelier littéraire, je pense pour ma part qu’il s’agit en effet d’évoquer la distance sociale de l’intervenante avec les réalités du monde qui l’entoure du point de vue de la domination masculine et raciale. la scène est aussi intéressante et critique à l’égard de la bonne volonté culturelle du personnage d’E. Devos et de sa naîveté sur les instruments qu’elle suppose critiques qu’elle propose aux élèves peu dotées en capital culturel : le choix de Virginia Woolf est de ce point de vue exemplaire : la compréhension critique des ressorts sociaux de la domination masculine que l’écrivaine propose suppose une familiarité avec le monde de la culture lettrée et ses codes.
    A bientôt,
    Jacques

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