Les Grands Esprits d'Olivier Ayache-Vidal : le retour du white teacher savior

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Ce sujet a 33 réponses, 2 participants et a été mis à jour par  bender, il y a 1 mois et 3 semaines.

15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 34)
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  • #38514 Répondre

    NotYourPOCToken

    J’ai vu les grands esprits d’Olivier Ayache-Vidal et je trouve ce film extrêmement problématique. Ce qui m’inquiète le plus, c’est que beaucoup de professeurs (blancs) sur les réseaux sociaux, l’ont approuvé sans s’interroger une seule fois de l’image que véhiculait ce film des personnes non blanches en banlieue. Et surtout, je suis étonnée qu’en 2017, des personnes censées être éduquées ne soient toujours pas capable de remettre en question le trope du white teacher savior extrêmement nocif, erroné et très loin de la réalité (renseignez-vous sur le racisme scolaire).

    A quand des professeurs déconstruits sur les problématiques de « race » (construction sociale) et de blanchité?

    Le teaser :

    #38515 Répondre

    Arroway

    Rien que les 1:40 mn de la bande-annonce sont puantes… Ce trope est l’est un des bastions préférés de la méritocratie à la française.

    #38516 Répondre

    Ploquiploc

    Cher Arroway,

    avez vous eu l’occasion de travailler dans le milieu scolaire et qui plus est en milieu difficile ?
    Sur quoi se base votre avis que je lis « puante » ?

    J’attend ce film, en tant que professeur. Notre quotidien est souvent loin des conceptions que se font les parents, les militants et les ministres.
    Pour le moment, rien dans la bande annonce ne pourrait choquer qui qu’onque a mit les pieds dans une salle de classe.
    Cela semble parler de la rencontre entre deux classes sociales, qui vont apprendre l’une de l’autre.

    « J’ai vu les grands esprits d’Olivier Ayache-Vidal et je trouve ce film extrêmement problématique. Ce qui m’inquiète le plus, c’est que beaucoup de professeurs (blancs) sur les réseaux sociaux, l’ont approuvé sans s’interroger une seule fois de l’image que véhiculait ce film des personnes non blanches en banlieue. Et surtout, je suis étonnée qu’en 2017, des personnes censées être éduquées ne soient toujours pas capable de remettre en question le trope du white teacher savior extrêmement nocif, erroné et très loin de la réalité (renseignez-vous sur le racisme scolaire). »
    J’aime les discours anti-rascistes qui ose mettre en avant la couleur des personnages. Et qui prenne position par rapport pour d’autre qui pourrait choquer …
    Voyez vous, la couleur d’un professeur n’a que rarement d’importance dans un contexte scolaire. Le professeur n’est que rarement ressenti comme une figure d’oppression, au mieux on le prend pour un vague clown.

    Bref, enseigner, c’est beau, mais c’est la croix (si je puis dire) et la banierre. Ce film est appreciable.

    #38517 Répondre

    Arroway

    Bonjour Ploquiploc,
    tout d’abord, je tiens à préciser que mon intention n’est pas de juger des réalités du métier de professeur-e (qui n’est pas le mien). J’ai un chouilla d’aperçu de certains aspects, mais il n’est ni ma place ni mon propos de développer ce sujet. En revanche, je trouve intéressant d’étudier les représentations et les schémas répétés qui en émergent au cinéma.

    Je laisse répondre NotYourPOCToken sur la partie racisme, mais je vais quand même toucher deux mots sur le trope du « professeur sauveur blanc », que l’on peut définir à partir de la définition suivante du trope de sauveur blanc que j’ai utilisée dans un article sur le sujet (http://www.lecinemaestpolitique.fr/a-la-rencontre-de-forrester-ecrire-pour-exister-le-trope-du-professeur-sauveur-blanc/) :

    « Un film de Sauveur Blanc est un film qui présente une personne blanche entrant dans les vies d’une ou de plusieurs personnes de couleur qui ont souvent de faibles revenus, des ennuis, et/ou sont sérieusement opprimées. Les temps difficiles que les gens de couleur traversent peuvent être le résultat d’une oppression de la part d’autres personnes blanches, ou de leurs propres actions. Quel que soit le cas, le Sauveur Blanc arrive, compatit rapidement avec les problèmes des personnes de couleur en comprenant ce qui est doit être fait pour résoudre leurs problèmes, et ce faisant gagne leurs faveurs et devient leur héros. »

    Je n’ai pas vu le film, donc l’avis que j’ai émis (très rapidement, il est vrai !) dans le commentaire précédant se base sur des présuppositions issues du visionnage de pas mal de films de ce type qui mettent en scène ce type d’intrigue, et dont on retrouve facilement des signes dans la bande-annonce. Il s’agit systématiquement d’un-e professeur-e qui se rend en établissement dit « difficile » (jamais dans l’autre sens). La plus grande partie du temps, ce-tte professeur-e est blanc-he face à des élèves racisé-e-s, et le film adopte son point de vue (quasi jamais celui des élèves). Ce-tte professeur-e a souvent certaines caractéristiques qui le placent à part : même s’iel ne connait pas les réalités vécues par ses élèves (ce qui est le cas, visiblement, du héros de ce film qui vient de Henri IV), ce professeur sait ce qui les conduira vers la réussite scolaire, clé qui ouvre toutes les portes à l’ascension/réussite sociale. Iel semble plus « doué-e » et plus impliqué-e que ces autres collègues en échec face à leur classe. L’un des obstacles du ou de la professeure est typiquement de réussir à intéresser ses élèves. Mais ce type de film met rarement en scène les étapes qui ont conduit à ce désintérêt ou ces situations « d’échec scolaire » (sans compter la vision très « classique » du système éducatif dans sa globalité qui est souvent présenté sans être remis en question). Les discours qui émaillent ce type d’intrigue sont à base de « si on veut on peut » et parfois aussi d’intégration. Bref, ils reconduisent les grands principes d’une « méritocratie » à la française en faisant abstraction de bien de choses qui permettraient de comprendre plus en profondeur les diverses situations des élèves et des professeur-es.

    #38518 Répondre

    Ploquiploc

    Donc votre jugement se porte essentiellement sur la couleur de peau des personnages. Auriez vous eu une analyse similaire si le personnage central portait sur lui des marques d’origines non-blanches ?
    Vous semblez oublier un certain film dont le doux nom commence par « Neuilly », mais vous ne lui avez offert peu de points positifs. Jamais content dirons nous.

    Le personnage central est issus de l’enseignement, ou bon nombre de profs sont … et bien blanc, c’est un fait remarquable, mais statistiquement comprehensible lorsque l’on voit le nombre de blanc dans notre pays. Il part pour apprendre quelque chose d’important : dans les banlieux, il est vrai que les conditions de travail sont difficile, ce qui ne veux pas dire que les jeunes n’y sont pas formidables, bien au contraire.
    Pour moi, c’est d’avantage une somme qui donne d’avantage que la somme des composants primaire. L’un apprent la vie, l’autre la confiance en soit.
    Dans notre triste vie, de nombreuses personnes ne peuvent s’accomplir car elles manquent de confiance en soit, et c’est plus que vrai en banlieu, je vous laisse imaginer pourquoi.
    Quand on veut, on peut. C’est mieux que se dire « quels que soit la fin et les moyens, la victoire m’est innaccessible », non ?

    Le travail du prof dans ce film est essentiellement de comprendre ses jeunes, c’est lui qui doit plonger, non l’inverse. Et ce n’est qu’une fois qu’il saisit le noeud du soucis qu’il peut aider. Méritocratie … ce mot me laisse dans mes songes, c’est un monde que j’aimerais possible. Et si ce film est une pierre de plus pour ériger cette société, alors pourquoi le trouver « puant » ?
    Pour moi, ce processus remet en cause justement la vision commune. Il montre ce monde d’un nouveau point de vu, n’est point bon ?
    Il est Choriste-like, si vous voulez mon avis. D’ailleurs, les Choristes n’est il point, selon vos mots, un white teacher savior ? Vous offusque t’il, vous ou vos narines ?

    #38519 Répondre

    NotYourPOCToken

    « Quel que soit le cas, le Sauveur Blanc arrive, compatit rapidement avec les problèmes des personnes de couleur en comprenant ce qui est doit être fait pour résoudre leurs problèmes, et ce faisant gagne leurs faveurs et devient leur héros. »

    C’est exactement ce qui s’est passé dans le film. Le gars normalien, qui débarque d’Henri IV et en quelques semaines il arrive à les discipliner parce qu’il les « comprend » avec une méthodologie très permissive face à des comportement extrêmement graves qui font encore une fois passer les personnes racisées pour des personnes inadaptées, indisciplinées et mal éduquées.

    Des films comme ça, il y en a à la pelle, donc je suis étonnée qu’en 2017, des professeurs « attendent » ce genre de films pour rassurer leur égo alors qu’il suffit de se servir dans la bibliothèque des films de professeurs blancs sauveurs américains comme français.

    C’est très révélateur et inquiétant.

    Quand le CNC acceptera de financer un film de prof réalisé par un réalisateur non blanc qui a grandi en banlieue ou encore un film de prof racisé dans un milieu blanc (parce que oui, il y en a j’en connais, vous vivez où?), vous verrez que ce ne sera plus DU TOUT la même musique et beaucoup vont tomber de haut moi je vous le dis.

    Mais bon, la lâcheté et le statu quo de ce pays font que ce genre de film ne pourra sortir que grâce au crowfunding ou à l’autofinancement, ça prendra du temps mais à un moment on aura de plus en plus de films conscientisés et réalisés par les oppressés et il ne faudra pas faire les choqués quand certaines vérités seront balancées.

    Ce besoin du dominant de toujours se voir sous un jour flatteur au détriment de l’image des personnes non blanches comme s’il n’y avait que sa réalité et son point de vue qui comptaient, à un moment, ça suffit ! Vous n’êtes pas fatiguez d’être aussi narcissique et égocentrique? C’est grave, c’est très grave.

    #38520 Répondre

    NotYourPOCToken

    Le réalisateur de Neuilly-Sa-Mère cité plus haut :
    http://medias.unifrance.org/medias/204/177/111052/format_page/media.jpg

    (Notez que le peu de fois où un réal non blanc reçoit de l’argent du CNC ou de l’état pour faire son film c’est quand il est déjà connu et/ou qu’il accepte d’adopter le point de vue du dominant et des institutions en édulcorant le tout.)

    Pour les 5% il faut se battre pour trouver les fonds ou s’en tenir à faire des court métrages uniquement visibles lors des festivals.

    Je vous conseille d’aller voir le film Ouvrir La Voix d’Amandine Gay qui sortira en salle en octobre et qu’elle a financé toute seule grâce au crowfunding et en s’endettant. Elle évoque justement le racisme scolaire dont on ne parle jamais pour maintenir cette illusion de société française colorblindness comme notre ami ci-dessus.

    Le trailer :

    Sur ce, continuez à ne pas voir les couleurs avec vos œillères si ça vous fait vous sentir mieux.

    Que vous le vouliez ou non, la vérité finira par éclater, lentement mais sûrement.

    #38524 Répondre

    Ploquiploc

    Pour moi, ce film montre de tristes moment arrivant pour de vrai.
    Aller enseigner en banlieu, c’est vraiment difficile. En milieu rural et urbain aussi, notez bien, mais la banlieu apprend aux professeurs solides le cynisme et l’aigreur … au autre la tristesse. Les classes sont volcaniques et complexe. Un jeune est toujours en inadaptation (certains parlent d’adolescence) … maintenant, rajouter un cadre de vie pas folichon (manque d’argent, d’attention, de confiance) et l’effet de groupe, … ouch …
    Y mettre les pattes change radicalement le point de vu que l’on a.

    « Que vous le vouliez ou non, la vérité finira par éclater, lentement mais sûrement. »

    Ce film parle d’une réalité. Allez en banlieu et vous verrez.

    Pour le trailer, on parle de rascisme scolaire … hors, vous remarquerez qu’ils semble parler de personnes noires, et non de banlieusards.
    Vous mélangez tout par idéologie.
    Allez enseigner en banlieu, et vous verrez. Les jobs sont « facilement » pourvoyables.

    #38546 Répondre

    Hdkw
    Participant

    Encore un film de prof blanc sauveur ca suffit!
    Mais c’est vrai que pas mal de profs acceptent ces discours, c’est l’école républicaine..
    Ca me rappelle ca tiens:

    #38550 Répondre

    bender

    Vous oubliez que Isabelle Adjani est d’origine algérienne (kabyle plus exactement) tout comme son personnage dans la journée de la jupe.

    J’en profite pour signaler le film 187 code meurtre (avec Samuel L. Jackson), qui reprend le cliché du prof sauveur mais d’une manière différente et intéressante.

    #38555 Répondre

    Hdkw
    Participant

    Ah désolé! En fait j’ai même pas réussi a le regarder..

    #38559 Répondre

    NotYourPOCToken

    « Vous oubliez que Isabelle Adjani est d’origine algérienne (kabyle plus exactement) tout comme son personnage dans la journée de la jupe. »

    Non, ce film rentre très bien dans cette catégorie pour deux raisons.

    1) Isabelle Adjani est aussi d’origine française. Son métissage lui a permis de jouer le rôle de nombreuses femmes blanches dans sa carrière comme la reine Margot et Camille Claudel. Ce n’est pas pour rien qu’on la souvent comparé à Sophie Marceau. Dans la journée de la Jupe, elle ne mentionne ses origines ni à ses élèves, ni aux téléspectateurs et donc passe aux yeux de tous pour une femme blanche. L’assignation « femme blanche » n’implique pas nécessairement d’être d’origine européenne à 100%. Renseignez-vous sur la notion de « passing » dont bénéficie aussi des acteurs comme Dany Boon et Kad Merad. Kad Merad qui jouera lui aussi prochainement le rôle d’un professeur qui va venir éduquer des jeunes de banlieue indisciplinés (Le cinéma français est désespérant en ce moment).

    2) On est bien dans ce schéma raciste et paternaliste d’élèves non blancs vivant en banlieue à éduquer, c’est d’ailleurs, l’élément qui caractérise le mieux l’aspect problématique de tous ces films, à un point que l’identité du professeur peut devenir secondaire car c’est toujours le même message qui est envoyé. Les films américains comme 187 code meurtre ne sont que des déclinaisons du white savior teacher version diversité.

    #38560 Répondre

    bender

    NotYourPOCToken

    Je suis tout à fait d’accord sur l’aspect condescendant (voir répugnant) de ce genre de films.

    La bande annonce que vous avez jointe est d’ailleurs est d’ailleurs immonde. Ho ces pauvres banlieusards qui ne savent même pas ce qu’est un violon !!!

    J’ai l’impression de voir ces vieilles actualités cinématographique des années cinquante où l’on montrait les fiers missionnaires apporter dans les colonies les merveilles de la civilisations à ces misérables noirs-arabes-indochinois….

    Mais…

    Dans la journée de la jupe à la fin les origines arabes de la prof sont mentionnées clairement devant les élèves.

    187 code meurtre me semble sincèrement (ou naïvement) sortir de ce schéma. Le professeur n’est pas un sauveur irréprochable. Il est au bout du rouleau et oscille entre le désir d’aider et la pure vengeance. En ce qui concerne les élèves le film insiste sur les déterminismes sociaux (délabrement du lycée, manque de perspective…).

    Et il y a aussi le personnage de Rita Martinez que je trouve très intéressant. C’est une élève brillante et cultivée (sans correspondre au cliché de l’intello), qui n’a pas attendu l’arrivée du professeur-sauveur pour l’être. Elle espère même entrer à l’université mais est tentée de renoncer à cause de ses petits frères à s’occuper… bref encore une inégalité sociale. Il y aussi le fait que les autres personnages (même un prof blanc) ne prennent en compte chez elle que son physique, et la pousse à la prostitution. On peut y voir là une critique du sexisme.

    #38561 Répondre

    NotYourPOCToken

    C’est seulement à la FIN que les élèves apprennent qu’elle est d’origine maghrébine, c’est le TWIST du film. Et quand bien même on aurait choisi une actrice qui n’a pas de passing comme Adjani, ça ne change absolument rien aux nombreux clichés racistes qui défilent comme le dénonce très bien cette critique que vous devriez prendre le temps de lire :

    http://www.slate.fr/story/2711/pourquoi-je-nai-vraiment-pas-aime-la-journee-de-la-jupe

    Comme je l’ai dit dans mon point 2, le fait d’utiliser un professeur non blanc ou qui a des origines non européenne n’empêche pas les réalisateurs et les scénaristes de reprendre des tropes racistes. Je dirais même que c’est encore plus vicieux de leur part, car ils s’en servent comme d’un argument face aux critiques sur la représentation problématique des groupes oppressés. Utiliser des personnes issues d’un groupe dominé pour appliquer l’idéologie du groupe dominant, c’est du vu et du re-vu, ne nous tenons pas à ça et élevons un peu le débat.

    C’est bien beau de dénoncer Les Grands Esprits, mais ce film s’inscrit dans une tradition de films de ce genre qui sont aussi à dénoncer peu importe les origines de Madame X ou de Monsieur Y (je n’arrive pas à croire qu’on sorte encore des arguments de ce type en 2017 et sur un site comme celui-ci, mais bon bref).

    La différence de représentation des élèves blancs vs. celles des élèves non-blancs dans les fictions sur l’éducation est absolument édifiante. Le nier c’est être de mauvaise foi ou dans le déni.

    #38563 Répondre

    bender

    Ce qui est de la mauvaise foi c’est de ne même pas prendre en compte les arguments d’une personne ayant un autre point de vue et en plus lui en attribuer d’autres.

    Car si vous aviez prit la peine de lire mon post précédent sur 187 code meurtre, je n’ai pas mentionné une seule fois la couleur de peau du prof. Or c’est cet argument que vous m’attribuez sans citer les autres eux bien réels.

    J’ai également écrit « ce genre de film », et pas que Les grand esprit était un cas unique.

    Au passage je n’ai pas dis du bien de la journée de la jupe, juste mentionné un élément. Honnêtement je m’en souviens assez mal.

    En espérant que vous prendrez la peine de tout lire cette fois-ci

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