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12 Years a Slave (2014) : l’esclavage à travers les yeux d’un héros hors norme

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Solomon Northup, le héros noir de 12 Years a Slave est un être d’exception. Lorsque Steve McQueen était en quête d’une histoire à raconter, c’est bien ce qui semble l’avoir séduit :

« I really wanted to tell a story about that time and place and the slave era in America but I wanted to have a character that was not obvious in terms of their trade in slavery, someone who had artistic abilities and who had station but found themselves in a different geographical location. Something that has scope and scale emotionally. »i

« Je voulais vraiment raconter une histoire à propos de cette époque et de ces lieux, et de l’époque de l’esclavage en Amérique mais je voulais un personnage qui ne cadre pas avec les conditions de la traite, quelqu’un qui avait des capacités artistiques et qui avait une situation mais qui se retrouve dans une situation géographique différente. Quelque chose qui ait une portée et une envergure émotionnelle. »

Le réalisateur britannique Steve McQueen et le scénariste John Ridley (tous les deux noirs, ce qui est de bon ton de noter) ont donc recherché à parler de l’esclavage selon un angle original. On peut tout à fait comprendre cette approche comme une volonté de se démarquer d’une narration qui paraîtrait trop traditionnelle et d’apporter un regard neuf sur le sujet. Mais en adoptant un certain de point de vue qui reste historiquement exceptionnel, le film ne risque-t-il pas de porter un regard biaisé sur l’esclavage ? La question est d’autant plus cruciale que cette période de l’histoire états-unienne a soulevé de nombreuses interrogations et controverses.

Solomon Northup est un noir libre résidant dans un des États du Nord à une époque où des centaines de milliers de noir-e-s survivaient dans un État d’esclavage dans les plantations du Sud profond. En 1841, il travaille en tant que charpentier et joueur de violon à Saratoga, dans l’État de New York. Il est marié et a deux enfants. Tout semble le différencier de la condition d’un noir esclave de l’époque : un métier rémunéré, une famille nucléaire unifiée, une éducation (il sait lire et écrire) et bien sûr, Saint Graal parmi les Graals, la liberté (en tout cas pour une grande partie des noir-e-s de l’époque). Dans le film 12 Years a Slave, Solomon Northup apparaît comme homme heureux et « normal » selon des critères socio-économiques : c’est un noir qui a sa vie en main et qui semble bien intégré dans la société blanche. Il a une bonne réputation, des gens le saluent dans la rue et le recommandent pour ses qualités de musicien. Le héros connaît un bonheur complet qui va lui être arraché par l’esclavage et qu’il n’aura de cesse de chercher à retrouver pendant toute la durée du film.

Pour mieux comprendre les enjeux de l’adaptation cinématographique de 12 Years a Slave et en analyser le propos, il semble nécessaire de revenir à la lecture du texte original, le récit autobiographique de Solomon Northup lui-même. Mais il est surtout indispensable de s’appuyer sur les travaux des historiens qui ont largement étudié l’histoire de l’esclavage aux États-Unis, car cet épisode est marquant dans la construction de l’État fédéral. Non seulement à l’époque de la révolution américaine puis de la Guerre de Sécession, mais aussi après l’abolition de l’esclavage officialisée dans la Constitution américaine qui a ouvert la voie à la ségrégation jusqu’au milieu des années 1960. Dans l’Histoire de l’esclavage aux États-Unis (1998), Claude Fohlen, professeur émérite à la Sorbonne et spécialiste des États-Unis, explique :

« Le paradoxe de la révolution américaine, c’est qu’elle fut mise en route par ceux qu’un historien a appelé la « grande génération », une élite de planteurs virginiens, propriétaires d’esclaves, quoique hostiles idéologiquement à l’esclavage, Patrick Henry, George Washington, George Mason, Thomas Jefferson… et qu’elle fut en quelque sorte stoppée avant d’avoir atteint son aboutissement logique. […] Comment pouvaient-ils ainsi prétendre s’inscrire dans le droit fil des Lumières du XVIIIe siècle, se séparer du Royaume-Uni au nom de la liberté, en abritant sur leur sol des êtres complètement démunis de liberté, considérés comme une marchandise et assimilés à une forme banale de propriété ? Cette apparente anomalie n’a cessé d’interpeller les historiens et de porter ombrage à la nature même de la révolution américaine. » ii

La Constitution évite soigneusement l’utilisation du mot « esclavage » mais il reste sous-jacent dans le texte. La juridiction de l’esclavage (considéré alors comme une forme de propriété) est du ressort de chaque Étatiii. A l’époque, les deux premiers États à abolir l’esclavage sont le Vermont et le Massachusetts en 1777 et 1783 respectivement. Car il ne faut pas oublier que les États du Nord aussi pratiquaient l’esclavage :

« l’esclavage s’est imposé à la fin du XVIIe siècle là où les planteurs avaient besoin de main d’œuvre, c’est-à-dire dans le Sud. […] Les colonies du Nord ont, elles aussi, élaboré une législation reconnaissant l’esclavage et marginalisant les Noirs qui, peu nombreux, étaient employés comme domestiques ou artisans. » iv

Mais dans ces États, l’abolition de l’esclavage se fait très progressivement, conduisant à l’apparition d’un nouveau groupe social, les noir-e-s libres :

« Les Noirs avaient toujours joui dans le Nord de meilleures conditions d’existence, du fait que la plantation y était inconnue. L’influence puritaine avait aussi exercé une influence favorable, en particulier au milieu du siècle, au moment du Grand Réveil, qui avait favorisé la réflexion sur la légitimité de l’esclavage, à travers l’action, déjà bien reconnue, des Quakers, mais d’avantage encore des Baptistes et des Méthodistes, qui tous arguaient de l’incompatibilité entre la servitude et les enseignements du christianisme. Leur ministère s’exerça d’avantage dans le Nord, en progressant à la fin du siècle vers le Sud, où la réception fut nettement moins chaleureuse, voire hostile. »v

Dans l’État de New-York où vit Solomon Northup, l’évolution est plus lente car avec le New Jersey, ces deux États avaient la proportion la plus élevées d’esclaves du Nord : en 1799, une loi est votée qui affranchit les garçons noirs à naître quand ils auraient atteint 28 ans, les filles 25.

Si l’abolition de l’esclavage redonne leur liberté aux noir-e-s, cela ne signifie pas qu’ils aient acquis l’égalité de leurs droits civiques avec les Blanc-he-s. Il faudra encore attendre un bon siècle pour cela.

Un héros au dessus de la masse noire

« Le principe de l’émancipation graduelle adopté par la majorité des États du Nord eut pour conséquence de laisser subsister, côte à côte, des esclaves et des Noirs libres jusqu’au milieu du XIXe siècle, quand s’éteignit la dernière génération de ceux qui avaient enduré la servitude. Cependant, vingt ans après la révolution, l’émancipation y avait partie gagnée. Ce qui ne signifie pas que les Noirs libres avaient une condition enviable, bien au contraire, car ils étaient les victimes d’une véritable discrimination. Concentrés dans les villes, à la différence de leurs frères du Sud, ils étaient relégués dans les travaux les plus rebutants et les plus mal rémunérés, parqués dans des quartiers insalubres et privés bien souvent de l’exercice de leurs droits civiques. Objets d’une ségrégation rampante, ils pouvaient mesurer l’abîme qui sépare l’émancipation d’une véritable égalité. » vi

Comparé aux autres noir-e-s de l’époque, qu’ils vivent dans les États du Nord qui ont aboli l’esclavage ou les États du Sud qui le pratiquent ardemment, Solomon Northup est bien historiquement un cas d’exception vii. Dans le film, il est fait le portrait d’un homme libre appartenant à une classe sociale plutôt aisée : il peut par exemple se permettre d’offrir à sa femme certains de ses caprices (un sac de voyage plutôt couteux). Le changement de ton dans la suite du film sera d’autant plus brutal. Son enlèvement le catapulte dans un autre univers, celui d’une masse de noir-e-s dont la seule couleur de peau, quelque soit leurs origines, éducation, capacités, les ravalent automatiquement au rang de race inférieure et d’esclave. Il s’agit là de l’un des ressorts les plus puissants du film : en mettant en scène un héros noir auxquels les spectateurs/trices peuvent s’identifier, l’esclavagisme et le racisme apparaissent sous un jour d’autant plus injuste et cruel. Ce choix a sans conteste un impact positif quand à la représentation des noir-e-s au cinéma : le héros est un homme intelligent et courageux qui malgré ses mésaventures et l’état de servitude dans lequel il est plongé réussit à survivre, parfois même à manipuler ses maîtres.

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Le statut de Northup, en tant qu’homme qui sort de la masse des noir-e-s de l’époque est souligné à diverses reprises à la fois dans le roman et dans le film. William Ford, son premier propriétaire, voit bien en lui un être exceptionnel. Aux yeux des spectateurs/trices, Northup se distingue par sa soif de liberté et sa volonté constante de s’échapper. Dans la soute du bateau qui l’emmène dans le Sud, par exemple, Northup veut se battre pour sa liberté mais il se heurte au fatalisme de ses congénères, qui n’est d’ailleurs pas totalement injustifiée. Sous le coup des fouets et la menace de la mort s’illes tentent de s’échapper, les esclaves semblent se résigner à vivre dans la servitude. Il se forme alors deux groupes : celui des êtres exceptionnels qui continuent de se battre sans espoir pour la liberté et la masse qui courbe l’échine.

Le film joue sur cette distinction à plusieurs reprises, parfois en s’éloignant du récit autobiographique. C’est le cas de la scène interminable, et insupportable, durant laquelle Northup reste à moitié pendu pendant que les autres esclaves de la plantation continuent de vaquer à leurs occupations comme si de rien n’était, seule une jeune femme vient lui porter à boire (le texte original ne mentionne pas cette indifférence de la part des esclaves). Lorsque Northup améliore les méthodes de travail et le rendement pour son maître Ford, il chérit l’espoir de gagner l’estime et le respect de son maître pour que celui-ci lui donne sa liberté. Patsey, l’esclave remarquable de Epps, voudrait que Northup la noie, une demande que ce dernier accueille avec incompréhension et horreur. Car en plus d’être un crime qui l’enverrait en Enfer, c’est une reddition que lui, qui souffre pourtant d’autant plus de l’esclavage qu’il a connu la liberté avant, ne conçoit pas. Cette scène est inventée pour le scénario du film.

Le film est engagé et sans concession dans sa dénonciation de la cruauté et de la violence de l’esclavage, mais en filigrane se dessine l’idée que l’énergie et la détermination du héros proviennent du fait qu’il sait ce qu’est vivre en homme libre : comment concevoir de se battre pour obtenir ce que l’on n’a jamais connu ? C’est invisibiliser les générations d’esclaves né-e-s esclaves qui se sont révolté-e-s, ont résisté-e-s à leurs maîtres de la manière dont illes pouvaient, ou ont réussi à s’échapper et à survivre, gagnant les États du Nord mais surtout le Canada où illes gagnaient automatiquement la liberté (alors que, selon les époque et les États de l’Union, illes courraient le risque d’être renvoyé-e-s à leur maître puisqu’illes étaient considéré-e-s comme sa propriété).

En fait le film n’a pas à mon sens réussi à se désolidariser suffisamment d’un biais essentiel du texte original. Hélène Le Dantec-Lowry, dans De l’esclave au Président. Discours sur les familles noires aux États-Unis, souligne les précautions qui sont de mise avec certains témoignages de l’époque :

« [Frazier] utilisa aussi de nombreux témoignages venant de missionnaires ou de voyageurs blancs, qui jugeaient les Noirs selon leurs propres critères de classe et de culture, et des récits par des esclaves qui, souvent plus éduqués et moins pauvres, n’étaient pas toujours représentatifs du groupe noir dans son ensemble et partageaient aussi souvent des préjugés de classe à l’encontre des Noirs appauvris et des esclaves travaillant aux champs (voir Tenhouten, 1971). » viii

Ces préjugés sont parfaitement visibles dans le récit de Northup, au moment de la révolte qu’il fomente dans le bateau qui l’emmène vers les plantations :

« There was not another slave we dared to trust. Brought up in fear and ignorance as they are, it can scarcely be conceived how servilely they will cringe before a white man’s look. It was not safe to deposit so bold a secret with any of them, and finally we three resolved to take upon ourselves alone the fearful responsibility of the attempt. »

« Il n’y avait aucun autre esclave à qui nous osions faire confiance. Elevés dans la peur et l’ignorance, on pouvait à peine concevoir avec quelle servilité ils allaient s’applatir sous le regard d’un homme blanc. Il n’était pas sûr de confier un secret si audacieux à aucun d’entre eux, et finalement nous trois decidâmes de prendre sur nous-mêmes seulement l’anxieux devoir de notre tentative. »

Lorsqu’il raconte ses rencontres avec des esclaves dans l’État de New-York, il ne comprend pas forcément qu’elles sont leurs conditions de vie. Il occupe une position extérieure mais privilégiée de conseiller pour les aider à établir des plans pour s’échapper. ix Dans le film, c’est même pire puisque les intéractions sont quasiment inexistantes : Northup croise un esclave qui ose s’aventurer sans son maître dans une boutique, mais aucune communication ne passera entre les deux hommes.

Pour autant, à la fin de son odyssée, Northup devient un hardent défenseur de ses frères et sœurs noir-e-s :

« Let them know the heart of the poor slave—learn his secret thoughts—thoughts he dare not utter in the hearing of the white man; let them sit by him in the silent watches of the night—converse with him in trustful confidence, of « life, liberty, and the pursuit of happiness, » and they will find that ninety-nine out of every hundred are intelligent enough to understand their situation, and to cherish in their bosoms the love of freedom, as passionately as themselves. »

« Laissez-les connaître le coeur du pauvre esclave – apprendre ses pensées secrètes – des pensées qu’il n’ose pas prononcer à portée de l’homme blanc ; laissez-les s’asseoir à côté de lui pendant les veilles silencieuses de la nuit – parler avec lui en de confiants confidences, de « la vie, la liberté, et la poursuite du bonheur », et ils verront que quatre-ving-dix-neuf individus sur cent sont assez intelligents pour comprendre leur situation, et pour chérir en leur sein l’amour de la liberté, aussi passionnément qu’eux-mêmes. »

Northup décrit également comment les vélléités de révolte font régulièrement surface chez les esclaves, et évoque notamment que la guerre du Mexique a agité les esprits et les espoirs de l’approche d’une armée délivrante. Mais ces épisodes ne sont pas retranscrits dans le film :

« It was not unusual for slave women as well as slave men to endeavor to escape. »

« Il n’était pas inhabituel pour une femme esclave aussi bien qu’un homme esclave d’essayer de s’échapper. »

« Such an idea as insurrection, however, is not new among the enslaved population of Bayou Boeuf. More than once I have joined in serious consultation, when the subject has been discussed, and there have been times when a word from me would have placed hundreds of my fellow-bondsmen in an attitude of defiance. »

« Une idée telle que la révolte, cependant, n’était pas nouvelle au sein de la population esclave de Bayou Boeuf. Plus d’une fois j’ai participé à une réunion sérieuse, quand le sujet avait été discuté, et il y a eu des fois où un mot de ma part pouvait placer des centaines de mes frères de chaîne dans une attitude de défi. »

Le paradis des États du Nord abolitionnistes

Un autre des aspects les plus surprenants du film 12 Years a Slave est sans conteste son silence total au sujet du racisme et des discriminations dont les noir-e-s sont victimes dans les États où l’esclavage a été aboli. Dans De la Démocratie en Amérique, paru entre 1835 et 1840, c’est-à-dire à l’époque même où vivait Northup avant de devenir esclave, Tocqueville écrivait :

« Le préjugé de la race me paraît plus fort dans les États qui ont aboli l’esclavage que dans ceux où l’esclavage existe encore, et nulle part il ne se montre aussi intolérant que dans les États où la servitude a été inconnue […] Au Sud, où l’esclavage existe encore, on tient moins soigneusement les Nègres à l’écart […] la législation est plus douce à leur égard ; les habitudes sont plus tolérantes et plus douces. »

Claude Fohlen, citant également Tocqueville, explique que l’abolition de l’esclavage et a fortiori la condition des noir-e-s n’ont pas été, avant 1850, un enjeu majeur des débats politiques au sein l’Union x :

« Au départ, les sources de ce grand débat sont exclusivement religieuses, car ce n’est pas dans l’héritage des Lumières du XVIIIe siècle, mais dans le vieux fonds hérité du puritanisme que l’on trouve une condamnation de l’esclavage. Les Américains de ce temps s’accommodent fort bien de son existence, qui a été implicitement confirmée par la Constitution. Dans le Nord, il est en voie de disparition progressive, ce qui fait naître une autre difficulté, la condition des Noirs devenus libres. Tocqueville, sensible à cet aspect des choses, écrivait : « La loi peut détruire la servitude mais il n’y a que Dieu que puisse en faire disparaître la trace… Vous pouvez rendre le Nègre libre, mais vous ne sauriez qu’il ne soit pas vis-à-vis de l’Européen dans la position d’un étranger. Ce n’est pas tout encore : cet homme qui est né dans la bassesse ; cet étranger que la servitude a introduit parmi nous, à peine lui reconnaissons-nous les traits généraux de l’humanité… Les modernes, après avoir aboli l’esclavage, ont encore à détruire trois préjugés bien plus insaisissables et plus tenaces que lui : le préjugé du maître, le préjugé de la race, et enfin le préjugé du Blanc. » Aucune réponse ne se trouvait dans l’idéologie morale ou politique. » xi

Dans l’État de New-York ou à Washington D.C., jamais Northup n’est montré à l’écran confronté à une situation discriminante. Le livre reste aussi discret sur ces aspects mais ils sont pourtant bien évoqués :

« Though born a slave, and laboring under the disadvantages to which my unfortunate race is subjected, my father was a man respected for his industry and integrity, as many now living, who well remember him, are ready to testify. »

« Bien que né esclave, et s’imaginant les inconvénients auxquels ma race malheureuse est sujette, mon père était un homme respecté pour son travail et son intégrité, comme ceux qui vivent encore, qui se souviennent bien de lui, sont prêts à témoigner. »

« I resolved to enter upon a life of industry; and notwithstanding the obstacle of color, and the consciousness of my lowly state, »

« Je décidai d’entrer dans la vie active; et malgré l’obstacle de ma couleur, et la conscience de mon statut inférieur, »

Il faut garder à l’esprit que 12 Years a Slave sont les mémoires de Solomon Northup racontées et publiées par David Wilson. Claude Fohlen met en garde : « La plupart des biographies, qui ont été recueillies par des Blancs, souvent abolitionnistes, auprès de fugitifs, doivent être utilisées avec précaution. » xii Ces écrits sont en effets susceptibles d’être biaisés sous la plume de militants abolitionnistes blancs, ou parce qu’ils étaient destinés à un public qu’il fallait convaincre de la nécessité d’abolir l’esclavage dans l’Union, suivant le modèle des États dans lesquels ils vivaient. S’adressant à une société discriminante, on peut raisonnablement penser que Northup ou son éditeur ont exercé une forme d’autocensure. Le film manque une opportunité de prendre du recul par rapport au texte original et par la même occasion alimente une représentation binaire inexacte : les « gentils » États du Nord abolitionnistes contre les États du Sud profond, esclavagistes et diabolisés.

Dans les États du Nord, on l’a vu, la réalité est plus complexe. L’esclavage n’a été aboli que graduellement et ne constitue pas une priorité dans l’agenda politique de l’Union fédérale, sans compter les droits civiques des noir-e-s libres. Une large partie du dernier chapitre de 12 Years a Slave raconte les poursuites judiciaires à l’encontre des kidnappeurs de Northup, qui furent tous acquittés : ces éléments sont absents de l’adaptation, alors qu’ils auraient permis de questionner l’égalité effective des droits des noir-e-s devant les tribunaux blancs des États du Nord. Mais on peut aussi reprocher la vision des propriétaires d’esclaves offerte par le film au regard du texte original. Ceux-ci sont en effet systématiquement représentés sous un jour négatif alors que le récit de Northup est plus nuancé, voir tout à fait laudateur sur certains propriétaires. C’est le cas de William Ford, par exemple, mais aussi d’une propriétaire qui n’apparaît pas dans le film :

« I dwell with delight upon the description of this fair and gentle lady, not only because she inspired me with emotions of gratitude and admiration, but because I would have the reader understand that all slave-owners on Bayou Boeuf are not like Epps, or Tibeats, or Jim Burns. Occasionally can be found, rarely it may be, indeed, a good man like William Ford, or an angel of kindness like young Mistress McCoy. »

« Je m’attarde avec délice sur la description de cette juste et gentille dame, non seulement parce qu’elle m’a inspiré des émotions de gratitude et d’admiration, mais aussi pour faire comprendre au lecteur que tous les propriétaires d’esclaves à Bayou Boeuf ne sont pas comme Epps, ou Tibeats, ou Jim Burns. Parfois peut-on trouver, aussi rare cela puisse-t-il être, un homme bon comme William Ford, ou un ange de bonté comme la jeune Maîtresse McCoy. »

Il faut aussi mentionner cet épisode dans le bateau où un marin tue l’un des esclaves. Comme le fait remarquer Noah Berlatsky dans un article qui compare la fidélité de l’adapation au roman :

« A sailor enters the hold and is about to rape one of the slave women when a male slave intervenes. The sailor unhesitatingly stabs and kills him. This seems unlikely on its face—slaves are valuable, and the sailor is not the owner. And, sure enough, the scene is not in the book. » xiii

« Un marin descend dans la cale et s’apprête à violer l’une des femmes lorsqu’un esclave intervient. Le marin, sans hésitation, le poignarde et le tue. Cela semble clairement improbable – les esclaves sont précieux, et le marin n’en est pas le propriétaire. Et, sans surprise, la scène n’est pas dans le livre.»

Les historien-nes n’ont de cesse de rappeler les difficultés à obtenir des sources d’informations fiables sur la vie des noir-e-s à cette époque mais aussi à brosser un tableau nuancé qui prend en compte la variété des situations des esclaves et des êtres libres, selon leur situation sociale, géographique, qu’ils travaillent dans des grandes plantations où les conditions sont particulièrement difficiles, pour de petits producteurs ou dans la sphère domestique.

Une description fidèle de la vie des esclaves dans le Sud ?

On comprend dès lors les enjeux de la réalisation d’un film tel que 12 Years a Slave. Le film s’en sort très bien sur un certain nombre de points. La description des conditions de travail dans les champs de coton (et de canne à sucre) semble fidèle : ramassage du coton, organisation des équipes, utilisation du fouet (admise comme étant généralisée dans les plantations). Mais aussi l’autonomie toute relative des esclaves sur certains aspects de leur vie : jour de repos certains dimanches, cultivation de la terre pour faire pousser des légumes, possibilité d’être propriétaire de certains biens (objets, animaux, ce qu’illes gagnaient pendant les jours de repos ou ce que leurs maîtres leur permettaient de garder, ce qui est le cas de Northup lorsqu’il joue du violon).

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Le film retranscrit la ferveur religieuse des noir-e-s et la manière dont se construisent et se perpétuent leurs traditions et leur culture dans un espace qui leur interdit l’accès à l’éducation. Il leur était absolument interdit de savoir lire et écrire, ce qui explique le soin avec lequel Northup cache ses connaissances, mais il faut cependant garder en tête que leurs ancêtres Africains privilégiaient une tradition culturelle orale, qui s’est perpétuée de manière fluctuante sur le sol américain.

Les spirituals font l’objet d’une scène importante dans le film : à la mort d’un des leurs, les esclaves de Epps se rassemblent autour de sa tombe et chantent en son honneur. Cette scène montre l’existence de traditions culturelles et la cohésion d’un groupe d’esclaves (ce qui est bienvenu à ce stade du film après avoir assisté à de multiples reprises à la passivité ou à l’indifférence des esclaves face à la situation de certain-e-s des leurs). Elle filme aussi un changement d’attitude de la part de Northup : celui-ci, d’abord muet, commence à chanter avec les autres. C’est comme s’il acceptait enfin le fait qu’il fait partie de ce groupe d’esclaves, en adoptant leur culture orale (n’oublions pas que Northup a reçu une éducation blanche et écrite, même s’il musicien) et en extériorisant sa peine.

Le film prend enfin un vrai recul pour traiter de l’influence de la religion dans le Sud, une dimension absente du texte original. C’est en effet dans certains passages de la Bible que les planteurs puisent les justifications dans l’esclavage : Epps y lit directement ses discours pour expliquer les règles que les esclaves doivent respecter et les punitions qu’ils encourent. Les scènes qui montrent le maître blanc (William Ford, Edwin Ford) en charge de l’office religieux pour sa famille et ses esclaves sont nombreuses, et dénoncent l’hypocrisie ou du moins la persistance d’une religion paternaliste qui domine une race, considérée comme inférieure, pour son salut éternel. Elles indiquent également, incidemment, que le film est capable de s’extirper du texte de Northup pour en donner une interprétation historiquement plus juste. Ce qu’on aurait bien souhaité qu’il fasse sur d’autres aspects du récit.

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La représentation des femmes noires

Doublement victimes du racisme et du sexisme, souvent prises en tenaille entre un patriarcat noir et un féminisme blanc raciste et classiste, les femmes noires aux États-Unis ont du trouver leur propre manière d’analyser les discriminations dont elles étaient victimes et de faire entendre leurs voix. Comme l’explique Elsa Dorlin dans l’introduction de l’anthologie Black feminism, « A partir des années 1830, aux États-Unis, nombre d’associations féminines se sont activement mobilisées en faveur de l’abolition de l’esclavage […] c’est de la mobilisation abolitionniste qu’est né le mouvement suffragiste américain. » Mais au sortir de la Guerre de Sécession, certaines féministes refusent de mener de front la lutte pour le droit de vote des femmes et des noirs. Ceci mène à une séparation en deux catégories distinctes « femmes » et « noirs » qui, comme le rappelle le titre d’un ouvrage fondateur des études féministes noires États-uniennes, exclut au passage les femmes noires : « All the women are white, all the Blacks are men, but some of us are brave… » (Gloria Hull, Patricia Bell Scott, Barbara Smith). Il est donc tout à fait pertinent d’analyser de manière spécifique la représentation des femmes noires dans 12 Years a Slave. Cette étude est d’autant plus nécessaire que le film diverge de manière surprenante par rapport au récit sur le traitement de certains personnages féminins.

Patsey est la « reine des champs de coton », une jeune femme remarquable qui ramasse le double de coton que n’importe quel-le autre esclave. Entre la lubricité de Ewdin Epps qui la viole et la bat régulièrement et la jalousie de sa femme, Patsey occupe la pire des positions. Dans le livre, la jeune femme est décrite comme ayant un caractère naturellement enjoué malgré sa situation, mais elle plonge dans une profonde mélancholie après avoir été sauvagement fouettée. Dans le film, une scène est ajoutée au scénario : celle où Patsey supplie Northup de la tuer pour la délivrer de son calvaire, car elle n’a pas le courage de se suicider. Cette invention peut sembler plausible mais elle est problématique car elle s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’un film qui présente les femmes noires comme des êtres négatifs.

Car si Patsey est plus forte physiquement et plus douée aux champs que Northup, elle est psychologiquement plus faible et veut mourir. De même, Eliza, qui a été connu des conditions de vie privilégiées et pouvait espérer l’émancipation avant d’être vendue dans le Sud, s’abandonne à pleurer la perte de ses enfants jour et nuit. Ses gémissements sont présentés comme insupportables et Northup excédé lui crie de se taire. L’attitude d’Eliza tranche avec le fier silence de l’homme, qui lui aussi a été séparé de sa femme et de ses enfants. Cette scène a pourtant été inventée pour le scénario.

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Dans le film, Charlotte la femme de Maître Shaw est une ancienne esclave qui jouit à présent d’une position socialement confortable, appréciant désormais être servie elle-même par des esclaves. Son personnage montre comment les opprimé-e-s peuvent reproduire les schémas de domination pour s’extirper de la masse. Elle a de bonnes manières qu’elle inculque à Patsey, mais elles semblent déplacées chez cette femme noire entourée de ses esclaves. Le livre quant à lui mentionne Harriet Shaw deux fois : une première fois pour dire qu’elle est une esclave noire devenue la femme de Shaw ; une deuxième fois pour préciser qu’elle était bonne avec Patsey, car elle connaissait ses problèmes avec les Epps. Pas une seule mention du caractère ou du comportement de Harriet vis-à-vis des esclaves n’est faite. Le développement de son personnage, de manière assez négative, est le fait du scénario. Sans compter qu’il laisse entendre, lorsqu’Harriet enseigne à Patsey en lui faisant miroiter la liberté si elle reste soumise à Epps, qu’une femme esclave a une chance de s’en sortir grâce aux faveurs sexuelles qu’elle prodigue à son maître: c’est retourner de manière tout à fait inattendue le fait que Patsey ne peut que jouer un rôle passif étant victime à répétition des violences sexuelles de son maître.

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Un détail ajoute une autre tonalité au thème de la sexualité des femmes noires, dont un préjugé veut qu’elle serait débridée. Une scène montre Northup couchée avec une femme qui lui prend la main pour se masturber tandis qu’il reste immobile et insensible. Un plan semblable y fait écho, mais cette fois il s’agit de Northup et de sa femme qui se regardent amoureusement yeux dans les yeux. Ces deux scènes sont également abstentes de l’autobiographie et ne semble avoir été ajoutées que pour renforcer la douleur de la séparation de Northup et de sa femme. Mais en même temps, elles opposent les deux femmes : la femme esclave, qui vit dans l’instant et ne réfrène aucune de ses pulsions, et la femme civilisée du Nord qui est l’épouse légitime et à qui le mari reste fidèle. On peut se demander s’il ne se joue pas en toile de fond une défense active du modèle nucléaire de la famille noire afin de la normaliser selon le modèle blanc. Il faut savoir que les historiens et les sociologues ont souvent considéré les familles noires comme étant désorganisées (voire pathologiques), étant donné les réalités du terrain qui montre des familles plus souvent désunies et monoparentales que dans le reste de la société américaine xiv.

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Comme le rappelle Loïc Wacquant dans la préface de De l’esclave au Président, Discours sur les familles noires aux États-Unis,

« Les cinq traits censés distinguer la famille noire de la famille blanche de classe moyenne, tacitement instituée comme norme, à savoir la fragilité conjugale, le rôle-pivôt assumé par la mère tant au plan économique, qu’affectif, la méfiance frisant la défiance entre hommes et femmes, la tolérance marquée envers la sexualité et la paternité extra-maritales, enfin la protection collective des enfants (notamment par la pratique commune de l’adoption intra-lignagère), sont-ils dus à un tenace « héritage africain », à un effet de rabotage social de l’esclavage, ou bien encore à la pauvreté intense qui, de génération en génération, frappe de manière disproportionnée la population afro-américaine ? »

Il y a un grand écart entre celleux qui affirment que les liens familiaux sont quasi-inexistants chez les esclaves et celleux qui décrivent un modèle de famille noire de type victorien. Certains avancent que la famille est le cadre idéal pour la reproduction et que c’est pourquoi elle est encouragée dans une certaine proportion par les propriétaires, même si elle n’est pas légalement reconnue. Ceci expliquerait comment la population noire a pu s’accroître aux États-Unis malgré l’esclavage.

On comprend mieux dans ce contexte le silence du film sur l’une des réalités de la vie des esclaves : l’encouragement par les maîtres de la reproduction de leurs esclaves, comme s’il s’agissait de leur cheptel. Northup décrit comment les relations entre les esclaves étaient facilitées :

« Marriage is frequently contracted during the holidays, if such an institution may be said to exist among them. The only ceremony required before entering into that « holy estate, » is to obtain the consent of the respective owners. It is usually encouraged by the masters of female slaves. Either party can have as many husbands or wives as the owner will permit, and either is at liberty to discard the other at pleasure. The law in relation to divorce, or to bigamy, and so forth, is not applicable to property, of course. If the wife does not belong on the same plantation with the husband, the latter is permitted to visit her on Saturday nights, if the distance is not too far. »

« Le mariage est souvent contracté pendant les vacances, si on peut dire qu’une telle institution puisse exister parmi eux. La seule cérémonie requise avant d’accéder à ce « divin sacrement » est d’obtenir le consentement des propriétaires respectifs. Le marriage était souvent encouragé par les maîtres des femmes esclaves. N’importe quel parti peut avoir autant de maris ou de femmes que le propriétaire l’autorise, et a la liberté de rejeter l’autre selon son gré. La loi concernant le divorce, ou la bigamie, etc, n’est pas applicable aux biens, bien sûr. Si la femme n’appartient pas à la même plantation que son mari, ce dernier est autorisé à la visiter les samedis soirs, si la distance n’est pas trop grande. »

***

La conclusion du film et du roman célèbre la réunion de Northup avec sa famille. Elle peut laisser au moins un regret, maigrement pallié par les sous-titres finaux : celui de voir un noir être libéré de l’esclavage grâce à un Blanc abolitionniste, sans mettre en scène d’esclave ayant réussi à s’échapper par elle-même ou lui-même. Northup a pourtant participé par la suite au réseau du « chemin de fer de la liberté », qui aidait les esclaves fugitifs/ves à atteindre le Canada pour gagner leur liberté, et peut-être cela aurait-il constitué une scène finale politiquement plus forte que cette réunion familiale un peu mièvre (et qui garde un arrière-goût d’amerturme puisque que Northup a laissé derrière lui Patsey et les autres esclaves). Ce choix est peut-être révélateur, une fois de plus, de la perspective choisie par le film : celle d’un individu exceptionnel vivant dans un Eldorado noir et abolitionniste dans les Etats du Nord, en mettant à distance une certaine réalité vécue par le reste des noir-e-s.

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Arroway

Edit 1 du 28/02/14 : L’une des lectrices de cet article a fait remarquer sur une mailing liste qu’il manquait une référence supplémentaire à propos du scénariste du film John Ridley. Il s’agit d’un manifeste intitulé « The Manifesto of Ascendancy for the Modern American Nigger » (Le Manifeste sur l’ascendance du nègre américain moderne ») dont la lecture est en effet tout à fait éclairante pour comprendre le choix et la mise en scène de Solomon Northup en tant que noir d’exception. Cette lectrice indiquait également une réponse de l’auteure Philip Henderson à ce manifeste.

Edit 2 : Pendant que j’y suis, j’ai écouté très récemment un dialogue entre bell hooks et Melissa Harris-Perry durant l’évènement « Black Female Voices: Who Is Listening? ». Pendant cette intervention, bell hooks a fait un aparté pendant deux minutes pour expliquer ce qu’elle a pensé du film 12 Years A Slave au sujet de la représentation des femmes. Je pointe ici vers la partie de la conférence concernée à partir de 21:57, et qui continue, après une parenthèse sur Michelle Obama, avec Marissa Harris-Perry. Les films Django Unchained, The Help et The Butler sont aussi abordés pour parler d’un certain « sentimentalisme » mélo-dramatique associée à la représentation de la « noirceur » au cinéma.

Edit 3 du 13/01/2105 : Initialement, j’avais utilisé dans un certain nombre de phrase l’expression « Noir-e » avec une majuscule. Or, cet emploi de la majuscule s’avère problématique comme l’explique cet article du site Une autre histoire :

« […] la majuscule n’est de règle que lorsqu’un adjectif substantivé désigne une personne en fonction de sa nation (un Français, un Japonais), de son continent (un Africain), de sa ville (un Lyonnais, un Londonien).

Il va de soi que l’adjectif noir employé substantivement ne désigne pas une personne en fonction de sa nation, de son continent ou de sa ville, mais de la couleur de sa peau et que, -dès lors- la minuscule serait préférable, sauf à considérer que la couleur de la peau d’un individu le ferait d’emblée appartenir à un groupe.

Dire qu’un individu appartient à un groupe par la seule couleur de sa peau, c’est la définition même du racisme.

[…]

Toutefois, les mêmes journaux Le Monde ou Libération prennent bien garde de ne pas mettre de majuscule à l’adjectif « juif » employé substantivement. Un « juif » est toujours écrit avec une minuscule.

Et il faut s’en réjouir.  Le fait de considérer que les juifs formeraient une « race » ramènerait à l’idéologie nazie.

En fait, tout se passe comme si la presse française considérait implicitement qu’un juif est une personne ayant peut être quelque chose à voir avec la religion juive mais que, cette personne appartenant à la « race » blanche, il serait raciste de faire des distinctions au sein d’une même « race » tandis qu’un « noir » – de toute évidence- appartient à la « race » noire et qu’il n’y a rien de raciste à le désigner ainsi. D’où la majuscule. »

J’ai donc corrigé mon texte en n’espérant ne pas avoir fait d’oubli. J’ai en revanche laissé les majuscules dans les citations des textes écrits par d’autres.

Notes

ii Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p.92

iii Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p.115

« L’esclavage étant une forme du droit de propriété, comme il était couramment admis à l’époque, sa suppression relevait des législatures ou des juridictions des États et non de l’État fédéral. C’est donc au niveau de chaque État que sont prises les décisions qui conduisent à l’extinction progressive de l’esclavage dans le Nord, au lendemain de la révolution. »

iv Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p.48

v Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p.115

vi Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p.118

vii Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p.116

« Certains Noirs avaient d’ailleurs reçu une éducation et exerçaient leurs talents artistiques ou intellectuels sous diverses formes. A Newport (Rhode Island), Newport Garder, après avoir suivi des cours de musique, avait ouvert avec succès une école pour les Noirs comme pour les Blancs. La plus célèbre représentante fut la poétesse Philis Wheatley […]. Le cas le plus intéressant est celui du mathématicien Benjamin Banneker, fils de Noirs libres, qui géraient avec succès une ferme dans le Maryland […].

Ces cas isolés sont naturellement exceptionnels, même dans le Nord, et inconnus dans le Sud. Ils on l’intérêt de soulever une interrogation sur la légitimité de l’esclavage dans la partie du pays qui n’était pas soumise à une exploitation de type tropical. »

viii De l’esclave au Président, Discours sur les familles noires aux États-Unis, Hélène Le Dantec-Lowry, CNRS éditions, note p64

ix Twelve Years a Slave, Narrative of Solomon Northup :

« While living at the United States Hotel, I frequently met with slaves, who had accompanied their masters from the South. They were always well dressed and well provided for, leading apparently an easy life, with but few of its ordinary troubles to perplex them. Many times they entered into conversation with me on the subject of Slavery. Almost uniformly I found they cherished a secret desire for liberty. Some of them expressed the most ardent anxiety to escape, and consulted me on the best method of effecting it. The fear of punishment, however, which they knew was certain to attend their re-capture and return, in all cases proved sufficient to deter them from the experiment. Having all my life breathed the free air of the North, and conscious that I possessed the same feelings and affections that find a place in the white man’s breast; conscious, moreover, of an intelligence equal to that of some men, at least, with a fairer skin. I was too ignorant, perhaps too independent, to conceive how any one could be content to live in the abject condition of a slave. I could not comprehend the justice of that law, or that religion, which upholds or recognizes the principle of Slavery; and never once, I am proud to say, did I fail to counsel any one who came to me, to watch his opportunity, and strike for freedom. »

x Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p222 :

« Dans quelle mesure l’abolitionisme, ou son antidote, l’esclavagisme, a-t-il pénétré la société américaine ? La réponse est délicate, comme tout cas de ce genre, soumis à l’influence de tel ou tel mouvement d’opinion. Les tenants de l’abolitionnisme, et leurs adversaires, ont souvent été considérés comme des fanatiques, qui troublaient l’ordre établi. Malgré des débats souvent animés au Congrès, l’esclavage n’est pas, au moins jusqu’en 1850, un enjeu majeur de la vie politique, car même ses défenseurs les plus acharnés, comme John Calhoun, font du maintien de l’Union la valeur suprême. La seule et véritable question qui se pose est celle de son extension dans les nouveaux territoires et États de l’Ouest. Dans le Vieux Sud et le Sud profond, l’institution n’est nullement remise en cause, tant elle paraît indispensable. »

xi Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p.191

xii Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p. 153

xiii http://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2013/10/how-em-12-years-a-slave-em-gets-history-right-by-getting-it-wrong/280911/

xiv Histoire de l’esclavage aux États-Unis, Claude Fohlen, éditions tempus, p. 158

Autres articles en lien :

24 réponses à 12 Years a Slave (2014) : l’esclavage à travers les yeux d’un héros hors norme

  1. Bonsoir, plusieurs choses à nuancer:
    – Le choix de Solomon Northup, c’est à dire un noir libre, permet de faire le lien avec le spectateur.
    – LA scène ou le noir (joué par Michael Kenneth Williams, le Omar de The Wire) tente de s’interposer au viol de sa camarade et finit poignardé n’est peut être pas réaliste mais elle sert à montrer les conséquences de la révolte à Solomon. D’ailleurs le poignardé est le seul à parler de révolte, tandis qu’un autre est défaitiste. Solomon reste au milieu hésitant. La mort de son camarade bloquera tout idée de révolte. Ensuite quand il pense s’enfuir au moment ou il doit faire des courses pour Miss Epps, il croise une milice en train de pendre des esclaves en fuite. A chaque fois qu’il tente de se révolter il en voit les conséquences directes.
    – Sur Ezra qui ne cesse de pleurer, cela permet de mettre en évidence le caractère des Ford qui s’il semble montrer de la compassion au début mais n’hésitent pas à la revendre parce que ses pleurs les dérangent. C’est aussi explicité dans le dialogue entre Ezra et Solomon où il défend Ford « qui un bon maître » alors qu’elle répond que c’est « un négrier. » On ne peut pas être bon et esclavagiste.
    – La fin laisse un goût amer et heureusement. C’est un système qui est critiqué, la libération d’un individu n’est pas suffisante.
    – Sur le nord « Eldorado des noirs », je ne suis pas non plus convaincu. Après tout Solomon ne sort jamais de son rang, il ne milite pas pour l’égalité des droits ou la fin de l’esclavage. J’ai d’ailleurs trouvé que la scène finale avec l’épicier qui vient le chercher faisait écho à celle ou un esclave est récupéré par son maître à la descente du bateau et qui le traite commme un animal ou un enfant, il lui caresse la tête lui dit « ça va, ça va ». Il y avait une relation de pouvoir évidente dans cette scène la (celle du bateau). Mais peut-être que je surinterprète.

    PS: Est-ce qu’il y a eu des films sur Frederick Douglass ? un homme né esclave qui s’est échappé, s’est alphabétisé et devenu un fervent abolitionniste et protoféministe

    • Bonsoir,

      Bonsoir, plusieurs choses à nuancer:
      – Le choix de Solomon Northup, c’est à dire un noir libre, permet de faire le lien avec le spectateur.

      Oui, je l’ai d’ailleurs explicité : « Il s’agit là de l’un des ressorts les plus puissants du film : en mettant en scène un héros Noir auxquels les spectateurs/trices peuvent s’identifier, l’esclavagisme et le racisme apparaissent sous un jour d’autant plus injuste et cruel. »

      – LA scène ou le noir (joué par Michael Kenneth Williams, le Omar de The Wire) tente de s’interposer au viol de sa camarade et finit poignardé n’est peut être pas réaliste mais elle sert à montrer les conséquences de la révolte à Solomon. D’ailleurs le poignardé est le seul à parler de révolte, tandis qu’un autre est défaitiste. Solomon reste au milieu hésitant. La mort de son camarade bloquera tout idée de révolte. Ensuite quand il pense s’enfuir au moment ou il doit faire des courses pour Miss Epps, il croise une milice en train de pendre des esclaves en fuite. A chaque fois qu’il tente de se révolter il en voit les conséquences directes.

      Dans le livre, il est en effet assez évident que le personnage de Northup est contre une révolte armée et violente (c’est son point de vue). En revanche, et c’est ce que je reproche à l’adaptation, on n’entend jamais parler d’esclaves qui aient réussi à fuir. De mémoire, il me semble qu’au moins un cas est mentionné dans le livre. Mais surtout il s’agit d’une réalité historique qui montre que les esclaves n’ont pas tous/toutes enduré l’esclavage de manière passive, en attendant que les gentils blancs viennent les libérer. Bien sûr qu’il est essentiel de montrer comment le système esclavagiste a mis en place les moyens qui contrôlent et découragent les fuyards. Mais il est aussi important d’en montrer l’autre facette : cette de la résistance au système répressif.

      – Sur Ezra qui ne cesse de pleurer, cela permet de mettre en évidence le caractère des Ford qui s’il semble montrer de la compassion au début mais n’hésitent pas à la revendre parce que ses pleurs les dérangent. C’est aussi explicité dans le dialogue entre Ezra et Solomon où il défend Ford « qui un bon maître » alors qu’elle répond que c’est « un négrier. » On ne peut pas être bon et esclavagiste.

      Comme je le montre, il s’agit justement d’une déformation importante du discours de Northup. Et cela à deux niveaux : d’une part, on modifie son expérience et on uniformise les types de propriétaires esclavagistes (attention, il ne s’agit pas de les défendre, mais de respecter la variété des expériences et des motivations qui existaient à l’époque). Faire un réquisitoire contre l’esclavage, cela ne va pas dire modifier la réalité et le discours explicite de Northup sur la question, car c’est perdre une dimension du problème et peut-être passer à côté de certaines des motivations réelles des esclavagistes qu’il est essentiel de comprendre pour cerner et contrer le problème. D’autre part, à mon sens, on assiste à la mise en place d’un point de vue assez misogyne sur le personnage d’Eliza : elle est incapable de se reprendre, d’arrêter de pleurer ou de se plaindre de la séparation d’avec ses enfants, ce qui tranche avec le silence fier de Northup, qui ne se plaint jamais, qui ne pleure jamais, etc. En comparaison avec le bouquin, alors que le Northup du film critique durement Eliza et lui crie dessus, le Northup du livre reste en tout moment plein de compassion et de compréhension avec Eliza.

      La relation entre Eliza et Ford est aussi assez différente du bouquin :
      « Eliza was still ringing her hands and deploring the loss of her children. Ford tried as much as possible to console her—told her she need not work very hard; that she might remain with Rose, and assist the madam in the house affairs. »

      On est loin du « elle mangera et se reposera et oubliera très vite ses enfants » que lui lance Mrs Ford.

      Ensuite, alors qu’elle continue effectivement de pleurer, Ford ne la revend pas, il l’assigne à un autre travail dans les champs et non plus la maison (où ses pleurs déplaisent à Mrs Ford) :
      « She had not pleased Mrs. Ford, being more occupied in brooding over her sorrows than in attending to her business, and had, in consequence, been sent down to work in the field on the plantation. »

      C’est seulement lorsqu’elle devient trop fatiguée pour travailler dans les champs de coton (donc plus rentable, et non pas parce qu’elle pleure), qu’elle est effectivement vendue :
      « Now she was but a thin shadow of her former self. Her face had become ghastly haggard, and the once straight and active form was bowed down, as if bearing the weight of a hundred years. […] Having become useless in the cotton-field, she was bartered for a trifle, to some man residing in the vicinity of Peter Compton’s. Grief had gnawed remorselessly at her heart, until her strength was gone; and for that, her last master, it is said, lashed and abused her most unmercifully. »

      – La fin laisse un goût amer et heureusement. C’est un système qui est critiqué, la libération d’un individu n’est pas suffisante.

      Oui, évidemment. Mais elle est aussi amère dans la perspective donnée par le film : celui d’un homme noir d’exception assimilé à un blanc de part sa culture et là où il vit, qui est délivré par un blanc et qui retrouve sa famille. Northup a passé une partie de sa vie à combattre activement l’esclavage pour le compte de ses frères et sœurs noir-e-s de plusieurs manières : judiciairement (décrit dans le livre), littérairement/politiquement (il a écrit un livre, et son histoire a aussi servi de témoignage au livre explicatif accompagnant le roman La Case de l’Oncle Tom), et par la participation à un réseau d’aide qui aidait les esclaves à fuir. Ces trois dimensions sont toutes absentes du film, alors qu’il s’agit de choses essentielles pour comprendre que les esclaves n’ont pas été que des victimes passives. Qu’illes se sont organisé-e-s, ont lutté pour se protéger comme illes le pouvaient, et même parfois échapper à leur condition, et tout ceci en ayant du succès (et pas parce qu’il s’agissait d’un-e Noir-e qui connaissait la liberté, qui savait lire et écrire et qui avait des amis dans le Nord pour venir lui apporter un certificat de liberté magique).

      – Sur le nord « Eldorado des noirs », je ne suis pas non plus convaincu. Après tout Solomon ne sort jamais de son rang, il ne milite pas pour l’égalité des droits ou la fin de l’esclavage

      Ceci est faux si l’on considère le livre car, et j’ai cité le passage concerné en note ix, Northup rencontre fréquemment des esclaves accompagnant leur maître dans le Nord et il les conseille pour les aider à s’échapper. Il a donc 1) une conscience aigüe que l’esclavage, c’est mal et 2) une action réelle pour combattre l’esclavage. Encore une fois, pourquoi avoir fait silence sur des scènes où un Noir se bat activement contre l’esclavage, et pas seulement pour sa condition personnelle ?

      PS: Est-ce qu’il y a eu des films sur Frederick Douglass ? un homme né esclave qui s’est échappé, s’est alphabétisé et devenu un fervent abolitionniste et protoféministe

      Je ne sais pas s’il y a un film, mais en tout cas, un certain nombre d’articles que j’ai lu au sujet de 12 Years a Slave regrettaient que le héros choisi n’ait pas été Douglass pour la bonne raison qu’il s’agissait d’un homme noir esclave plus proche de la condition de la majorité des esclaves à l’époque, à savoir qu’il n’avait pas connu la liberté, ne savait pas lire, et qu’il a réussi à s’échapper.

      • Merci pour cette analyse Arroway! il y a des choses qui me dérangeaient un peu dans le choix et le traitement de ce personnage mais j’avais un peu de mal à mettre le doigt dessus! (même si le film m’a complètement bouleversé par ailleurs)

        J’ai entamé la lecture du bouquin de Northup, peut-être que j’aurai des remarques à laisser ici quand je l’aurai lu!

        Aussi! il y a une mini coquille… cherche « 1935 » sur la page tu verras de quoi je parle 🙂

  2. Très bel article, même si je vous trouve très sévère dans votre critique du personnage de Patsey. Pour moi la requête qu’elle fait auprès de Solomon est un vrai acte de courage et démontre une grande force de caractère. Je n’y vois pas du tout une manière d’affaiblir son personnage bien au contraire. Demander à quelqu’un de lui ôter la vie pour conserver sa dignité est sans doute la chose la plus forte qu’elle pouvait faire. Au lieu d’attendre et de subir, elle prend son destin en main. Elle est active tandis que Solomon lui, est plutôt passif et observateur.

    Prendre pour parti que le suicide est un acte de faiblesse biaise l’analyse. Bien sur c’est une opinion comme une autre, mais totalement subjective.
    J’admets que mon opinion sur le sujet est également totalement subjective. Mais il aurait été intéressant de regarder la scène de ces deux points de vu plutôt que d’un seul.

    D’ailleurs si il y a un « mauvais rôle » dans cette scène (ce qui n’est pas le cas de mon point de vu) c’est plutôt Solomon qui le tient, vu qu’il refuse de l’aider pour des raisons « égoïstes » (il a peur d’aller en enfer)alors même qu’il sait parfaitement ce que subit Patsey. Je n’aime pas utiliser ce mot (surtout pour parler de ce film), mais on peut y voir une certaine lâcheté de sa part.

    Vous me répondrez peut être qu’elle ne se suicide mais demande à Solomon de le faire pour elle ( donc qu’elle est passive) mais pour moi cette situation s’explique par le fait que Patsey n’est pas suicidaire, ce qui rend extrêmement compliqué cet acte. C’est une question de crédibilité scénaristique et ça n’a aucun rapport avec son sexe. Je ne suis pas sure qu’on puisse analyser de manière féministe/anti-féministe cette décision.

    Même chez les suicidaires les plus déterminés, l’instinct de survie reprend souvent le dessus au dernier moment (c’est pour ça que certaines personnes se « loupent » en se tirant dans la tête: ils dévient l’arme au dernier moment. De même les personnes ayant survécus à des défenestrations expliquent souvent qu’à partir d’une certaine distance du sol elles regrettent d’avoir sauter).

    Or Patsey n’est pas suicidaire : Elle ne veut pas mourir, elle veut être libre. Je me répète mais ça rend le passage à l’acte d’autant plus compliqué, voir presque impossible.

    Faire que Patsey se suicide ou tente de le faire seule aurait totalement modifié les raisons mêmes pour lesquelles elle veux en finir.

    Patsey se suicide : elle ne veut plus vivre

    Patsey demande qu’on la tue : elle aime trop la vie pour continuer à subir de cette manière.

    (je précise que pour moi aucun des deux cas ne révèle de la faiblesse, juste des motivations différentes)

    De plus elle protège Solomon en s’interposant entre lui et Epps avant de se faire fouetter.

    Bref pour moi l’ajout au film de cette demande ne fait que renforcer la force de caractère de Patsey.

    (encore une précision : ce message n’est pas une apologie du suicide, en aucun cas)

  3. Or Patsey n’est pas suicidaire : Elle ne veut pas mourir, elle veut être libre.

    Solomon aussi veut être libre. Mais il ne suicide pas ou ne cherche pas à mourir.
    A partir de cette constatation, j’ai plusieurs objections :

    1) Si Patsey cherche si désespérément la liberté, si elle est prête à mourir pour cela, pourquoi ne cherche-t-elle pas à s’enfuir ? Après tout elle est forte physiquement pour survivre dans la nature, et quitte à mourir autant connaître un peu de cette liberté.

    2) Si Patsey cherche la liberté dans la mort, ce serait parce qu’elle n’a jamais connu la liberté et donc n’a pas d’espoir suffisamment fort pour continuer à vivre jusqu’à sa « libération » éventuelle. Dire qu’elle cherche à être « libre dans la mort », ce n’est qu’une jolie manière de dire qu’elle renonce à la vie, libre ou pas. Et n’oublions pas que le suicide, dans la religion chrétienne, ne promet pas à la vie éternelle… (mais si on est assassiné-e, oui… mais si on demande à être tué-e ???). Dans ce cas-là, on retombe sur une idée très problématique : on ne pourrait désirer/espérer suffisamment fort la liberté que si on l’a connue avant ? Bien sûr, les conditions de vie étaient effroyables, et juger du courage ou du non-courage ou des choix de Patsey pourraient paraître moralisateurs venus comme cela de l’extérieur (qu’est-ce que nous aurions fait à sa place ?). Sauf que voilà : dans le livre, rien de tout cela n’apparaît. Dans la « vraie vie », Patsey n’a pas demandé à Solomon de la tuer (en tout cas, pas si l’on s’en tient à la seule source disponible qui est le récit de Northup). Donc l’ajout de cette scène est le fait de l’adaptation. Sachant que ce n’est pas le seul, on est en mesure de l’interpréter dans le contexte des autres ajouts, notamment ceux sur les personnages féminins.

    3) Lorsque l’on a deux personnages dans la même situation ou à peu près, que l’un veut mourir mais que l’autre continuer à se battre pour vivre, on peut toujours prétendre que l’on « comprend » les motivations de l’un à se suicider, mais il reste qu’à la fin de l’histoire, c’est celui qui s’est battu qui ressort vivant et victorieux de l’épreuve. Donc quelque part, en arrière-plan, on aura toujours cette petite idée que s’ille n’avait pas perdu tout courage/force/espoir, l’autre s’en serait sorti-e comme l’autre personnage, que l’on admire pour sa combattivité, sa force de caractère, etc. Par rebond, le personnage suicidaire apparaît comme ayant une force de caractère moindre. Alors si en plus ce personnage n’a même pas la force de se suicider elle-même ou lui-même, c’est une double démonstration de son manque de courage : manque de courage pour vivre, manque de courage pour s’ôter la vie. Pour le côté féministe ou anti-féministe de l’affaire : je suis tombée sur un certain nombre de scenarii dans lesquels ce sont les femmes qui ont tendance à se suicider bien plus que les hommes, parce que les femmes seraient vues comme psychologiquement moins résistantes. D’où ma remarque.

    De plus elle protège Solomon en s’interposant entre lui et Epps avant de se faire fouetter.

    Ce n’est pas Solomon qui s’interpose en premier entre Epps et Patsey, lorsque Epps commence à devenir violent parce qu’elle est revient de chez les Shaw avec du savon ? Il tente de la protéger, et après elle essaye de rediriger à nouveau les coups sur elle plutôt que sur Solomon. Ce que je cherche à dire, c’est que ce n’est pas comme si elle volait spontanément au secours de Solomon parce que Epps commençait à s’exciter sur lui (mais cela n’enlève rien à son courage). Bref.

  4. Vous semblez oublier que Solomon et Patsey ne sont pas du tout dans la même situation. Si il tente ponctuellement des actions pour sortir de sa condition d’esclave, c’est qu’il a l’assurance d’être un homme libre. Il sait qu’il peut obtenir de l’aide de l’extérieur. Il sait que si il se défait de ses chaines il retournera vivre dans le nord. Il a une famille. Il sait que le risque qu’il prend est proportionnel à ce qu’il peut obtenir/récupérer.

    Patsey elle est une esclave/esclave, elle vit dans le sud esclavagiste, elle n’a aucun soutient extérieur, elle ne sait sans doute ni lire ni écrire, n’a semble-il ni argent ni famille. Qu’a t-elle a attendre d’une fuite ? Est-ce qu’on peut lui reprocher son réalisme ? Il faudrait qu’elle veuille vivre pour vivre coute que coute, en faisant totalement abstraction du contexte extérieur ? La seule chose qu’elle possède c’est sa propre vie et elle décide d’en disposer plutôt que d’attendre que quelqu’un qui la considère comme un objet décide de l’abattre comme du bétail.
    Je continue à penser qu’elle prend une décision à ce moment là du film qui l’éclaire beaucoup plus comme une battante que Solomon.

    Au delà de ça vous parlez de Solomon comme un personnage très actif, « qui se bat » mais il ne fait qu’attendre/subir pendant presque tout le film. Il saisit 2 fois des opportunités oui, mais il ne les provoque pas. On pourrait reprocher à Patsey d’être passive/faible si elle avait elle aussi eu accès à ces opportunités et qu’elle les avait écarté par peur. Mais ce n’est pas le cas.

    Quand à la fuite, Solomon aussi y renonce par peur. Pourtant ne pas tenter s’enfuir rend faible le personnage de Patsey et le sien non ? Ils n’ont juste pas la même option alternative.

    Je ne remets pas en cause le courage du personnage (et encore moins de l’homme qui l’a inspiré) et je ne juge pas sa conduite, mais d’un pdv purement cinématographique faire de lui un homme qui se bat d’une manière hors normes est un peu excessif. Son histoire est exceptionnelle mais pas vraiment lui en tant que personnage. Il a des capacités supérieurs aux autres oui, mais il ne fait rien pour les acquérir, il les a déjà. Il ne se bat pas plus que les autres, il fait profil bas et attend, parce qu’il a quelque chose à attendre. Des opportunités par exemple.

    Pas Patsey.

    Quand à la notion « d’espoirs suffisamment forts pour continuer à vivre », c’est très arbitraire de poser le problème comme ça. Comme si une croyance irrationnelle était forcément quelque chose de positif (dans la vraie vie et au cinéma). Surtout dans un film historique. D’autant plus qu’entre la demande et la fin du film les conditions de vie de Patsey ne font qu’en se dégradant et on l’abandonne encore plus misérable qu’on ne l’a rencontré. Pourtant elle est bien vivante. Mais on se demande « pour combien de temps » ?)

    Je ne suis pas sure qu’on puisse attribuer définitivement des charges positives ou négatives à l’espoir et au réalisme, qui ne sont jamais que les pendants de l’irrationalisme et du fatalismes. Combien de films font s’effondrer en premier les « faibles » qui se bercent d’illusions en attendant qu’on vienne les sauver (y’a un petit côté demoiselle en détresse dans tout ça) et récompensent le pragmatisme ?

    Prenons l’hypothèse que dans ce film, c’est Patney qui a l’espoir fou qu’on vienne la sauver mais ne fait pas grand chose pour et Solomon qui, conscient de sa situation, décide d’affronter le monde tel qu’il est. Pourtant à la fin, c’est quand même lui qu’on vient sauver. L’espoir fou de Patney passe alors pour une faiblesse, voir de la bêtise et le renoncement de Solomon comme une force qui lui a permis de tenir toutes ces années en serrant les dents.

    Vous parlez de renoncer à la vie et dans la même phrase vous rappelez fort justement la notion de vie éternelle de la religion chrétienne. Si elle croit (et dans le film c’est le cas) en la vie après la mort (mais pas si on se suicide) sa démarche peut d’autant être moins une forme de renoncement vu que pour elle très concrètement elle sera libérée. Encore plus efficacement que si elle s’enfuyait.

    Après faut-il voir dans cette scène une critique supplémentaire de la religion qui en plus d’être utiliser pour justifier l’esclavage, dépossède les esclaves de leur bien ultime à savoir décider de vivre ou mourir ? pourquoi pas

    (pardon si il y a des fautes ou des répétitions, je suis très fatiguée)

    • Vous semblez oublier que Solomon et Patsey ne sont pas du tout dans la même situation. Si il tente ponctuellement des actions pour sortir de sa condition d’esclave, c’est qu’il a l’assurance d’être un homme libre. Il sait qu’il peut obtenir de l’aide de l’extérieur. Il sait que si il se défait de ses chaines il retournera vivre dans le nord. Il a une famille. Il sait que le risque qu’il prend est proportionnel à ce qu’il peut obtenir/récupérer.
      Patsey elle est une esclave/esclave, elle vit dans le sud esclavagiste, elle n’a aucun soutient extérieur, elle ne sait sans doute ni lire ni écrire, n’a semble-il ni argent ni famille. Qu’a t-elle a attendre d’une fuite ? Est-ce qu’on peut lui reprocher son réalisme ? Il faudrait qu’elle veuille vivre pour vivre coute que coute, en faisant totalement abstraction du contexte extérieur ? La seule chose qu’elle possède c’est sa propre vie et elle décide d’en disposer plutôt que d’attendre que quelqu’un qui la considère comme un objet décide de l’abattre comme du bétail.
      Je continue à penser qu’elle prend une décision à ce moment là du film qui l’éclaire beaucoup plus comme une battante que Solomon.

      Sauf que j’ai l’impression qu’en disant ça on se raccroche à nouveau à l’idée – et c’est celle que je critique initialement – qu’un-e esclave né-e esclave ne peut pas s’enfuir ou faire preuve de résistance parce qu’ille n’a pas de soutien extérieur, pas d’argent, pas de connaissance. Ce qui est historiquement faux et archi-faux (cf la notion de marronage par exemple). Encore une fois, dans le contexte où de toute manière le scénario a été modifié, pourquoi faire passer ce message ? (qui passe apparemment très bien vu que c’est comme cela que l’on peut interpréter le personnage de Patsey.)

      Au delà de ça vous parlez de Solomon comme un personnage très actif, « qui se bat » mais il ne fait qu’attendre/subir pendant presque tout le film. Il saisit 2 fois des opportunités oui, mais il ne les provoque pas. On pourrait reprocher à Patsey d’être passive/faible si elle avait elle aussi eu accès à ces opportunités et qu’elle les avait écarté par peur. Mais ce n’est pas le cas.
      Quand à la fuite, Solomon aussi y renonce par peur. Pourtant ne pas tenter s’enfuir rend faible le personnage de Patsey et le sien non ? Ils n’ont juste pas la même option alternative.

      Je ne crois pas avoir dit cela. Ce n’est pas le fait qu’elle ne tente pas de s’enfuir qui rend le personnage de Patsey plus faible. C’est celui de demander à se faire tuer, sachant qu’en plus elle _n’a rien tenté d’autre comme solution à côté.

      Je ne remets pas en cause le courage du personnage (et encore moins de l’homme qui l’a inspiré) et je ne juge pas sa conduite, mais d’un pdv purement cinématographique faire de lui un homme qui se bat d’une manière hors normes est un peu excessif. Son histoire est exceptionnelle mais pas vraiment lui en tant que personnage. Il a des capacités supérieurs aux autres oui, mais il ne fait rien pour les acquérir, il les a déjà. Il ne se bat pas plus que les autres, il fait profil bas et attend, parce qu’il a quelque chose à attendre. Des opportunités par exemple.
      Pas Patsey.

      Les opportunités de Northup dont je me souviens là, tout de suite : dans le bateau, en tenant de gagner l’estime de Ford et se faire libérer, sur le chemin de retour de l’épicier, avec l”épisode du travailleur blanc et de la lettre, enfin avec Bass.
      Et à mon sens il provoque chacune de ces opportunités : il fomente une révolte dans le bateau, agit pour gagner l’estime de Ford, décide de s’écarter du chemin revenant de l’épicier, demande au travailleur blanc de lui poster une lettre, se confie à Bass et lui supplie de l’aider. A aucun moment c’est quelqu’un qui vient lui proposer de le libérer ou lui pointe du doigt une porte de sortie.
      Des 5 opportunités que j’ai cité, il n’y en a que 2 que n’auraient pas pu saisir Patsey (l’envoi d’une lettre dans le Nord, vue qu’elle ne sait pas écrire et n’y connait personne).

      Après, c’est vrai que Northup est plutôt patient. Mais il est loin de faire profil-bas : il cherche à se distinguer aux yeux de Ford, et il faut se rappeler des scènes où il se bat avec Tibeats, et dans la plantation de Epps, il n’hésite pas se confronter physiquement au maître pour protéger Patsey notamment. Du coup, il ne joue pas un rôle que je qualifierai de passif, que ce soit intellectuellement ou physiquement.

      La suite soulève des questions intéressantes, je vais essayer d’y réagir selon ce que j’en comprend :

      Quand à la notion « d’espoirs suffisamment forts pour continuer à vivre », c’est très arbitraire de poser le problème comme ça. Comme si une croyance irrationnelle était forcément quelque chose de positif (dans la vraie vie et au cinéma). Surtout dans un film historique. D’autant plus qu’entre la demande et la fin du film les conditions de vie de Patsey ne font qu’en se dégradant et on l’abandonne encore plus misérable qu’on ne l’a rencontré. Pourtant elle est bien vivante. Mais on se demande « pour combien de temps » ?)
      Je ne suis pas sure qu’on puisse attribuer définitivement des charges positives ou négatives à l’espoir et au réalisme, qui ne sont jamais que les pendants de l’irrationalisme et du fatalismes. Combien de films font s’effondrer en premier les « faibles » qui se bercent d’illusions en attendant qu’on vienne les sauver (y’a un petit côté demoiselle en détresse dans tout ça) et récompensent le pragmatisme ?
      Prenons l’hypothèse que dans ce film, c’est Patney qui a l’espoir fou qu’on vienne la sauver mais ne fait pas grand chose pour et Solomon qui, conscient de sa situation, décide d’affronter le monde tel qu’il est. Pourtant à la fin, c’est quand même lui qu’on vient sauver. L’espoir fou de Patney passe alors pour une faiblesse, voir de la bêtise et le renoncement de Solomon comme une force qui lui a permis de tenir toutes ces années en serrant les dents.

      Quand je parle “d’espoir pour continuer à vivre”, il s’agit du désir, de l’aspiration à la liberté. C’est l’espoir d’accéder un jour à cette liberté qui fait que l’on peut continuer à vivre. Cet espoir est peut-être ou peut-être pas irrationnel, mais il est à mon sens positif. Je m’explique : le désir de liberté est fondamental pour un individu. D’ailleurs, c’est bien pour cela qu’il s’agit d’un droit fondamental et inaliénable. Qu’advient-il lorsque l’on perd l’espoir de l’atteindre un jour ? On perd l’envie de vivre. Donc l’individu a recours à des moyens pour continuer de faire vivre cet espoir : par exemple, en s’imaginant une autre vie dans sa tête, ou en imaginant mille moyens de s’échapper d’améliorer sa condition. Il y a sans doute des raccourcis dans le raisonnement, mais il me semble que grosso modo, c’est ça. On voit que Patsey le fait, par exemple, sous les conseils de Mrs Shaw qui lui fait espérer de devenir un jour Mrs Epps.

      Vous dites : “Je ne suis pas sure qu’on puisse attribuer définitivement des charges positives ou négatives à l’espoir et au réalisme”. Je suis assez d’accord avec cela, mais ici (c’est ce que j’ai essayé de faire passer comme idée en tout cas), c’est au désir de mourir ou de vivre que j’attribue des charges positives ou négatives. Et très nettement, le désir de vivre est presque toujours connoté positivement.
      Ici, le pragmatisme voudrait qu’en l’absence de tout espoir, on (Patsey) désire la mort ? Mais justement, est-ce qu’elle est vraiment à court d’espoir ? J’ai l’impression que l’idée de libération est biaisée par le fait qu’on attende qu’elle vienne forcément de l’extérieur, parce que Solomon attend que la libération vienne du Nord, de ses amis. Mais encore une fois, c’est oublier un pan de l’histoire dans lequel les esclaves ont pris leur destin en main, que ce soit en s’enfuyant ou en s’organisant au sein de leur communauté.

      Vous parlez de renoncer à la vie et dans la même phrase vous rappelez fort justement la notion de vie éternelle de la religion chrétienne. Si elle croit (et dans le film c’est le cas) en la vie après la mort (mais pas si on se suicide) sa démarche peut d’autant être moins une forme de renoncement vu que pour elle très concrètement elle sera libérée. Encore plus efficacement que si elle s’enfuyait.
      Après faut-il voir dans cette scène une critique supplémentaire de la religion qui en plus d’être utiliser pour justifier l’esclavage, dépossède les esclaves de leur bien ultime à savoir décider de vivre ou mourir ? pourquoi pas

      Sauf que, si on doit rentrer dans des arguments religieux, Dieu lui a donné une vie qu’elle doit accepter et vivre jusqu’à la “délivrance de la mort” (qui vient du ciel). Oui elle sera libérée. Mais morte. Il reste que la démonstration de force et de courage n’est valable que si elle continue d’endurer la vie. C’est un thème parfois abordé quand on parle des martyres : rester en vie pour endurer la souffrance est perçu comme quelque chose de courageux, d’une démonstration de foi.

  5. Pour moi le fait de faire du personnage de Mrs Shaw un personnage négatif est un contresens.

    Dans le contexte, on comprend parfaitement qu’elle préfère sa nouvelle vie à son ancienne et qui l’en blâmerait? Si elle « utilise sa sexualité » c’est montré comme faisant partie d’une stratégie de survie efficace puisque de toute façon elle subissait les viols et les coups de fouet de son maître. Qui pourrait dire à ce moment du film, après tout ce qu’on a vu, qu’elle aurait mieux dû continuer à travailler dans les champs de coton tout en étant violée et battue plutôt que d' »utiliser sa sexualité » à son propre avantage? Cela voudrait dire que même dans un contexte de barbarie extrême, les femmes devraient être des modèles de vertu et ne pas « utiliser leur sexualité »?

    Par ailleurs c’est elle qui tient un des discours les plus radicaux sur « the plantation class » en disant à quel point ce que font les esclavagistes est mal et quelle punition divine terrible les attend selon elle. A ce moment là du film, ce discours est reçu comme un discours de haine totalement compréhensible voire salutaire par le spectateur.

    • Le personnage d’Harriet Shaw est traité de manière très ambigüe dans le film. Prenons par exemple cette scène dont tu parles (en plus sur Youtube: https://www.youtube.com/watch?v=6Q0WlP71rd4)

      On a effectivement le personnage d’Harriet Shaw qui dit à Patsey que le temps viendra où Dieu punira les esclavagistes. Elle prend un ton presque lyrique, enflammé avec une sorte de passion religieuse en parlant de ce Dieu vengeur. A ce moment là, la caméra change d’angle : on voit Harriet en premier plan, et derrière, Solomon Northup dans le flou. Alors qu’elle termine avec une moue de dégout sur les mots « plantation class », elle boit sa tasse de thé en levant le petit doigt. Là déjà, il se joue quelque chose: elle a des mots très durs sur la classe des planteurs, mais elle a assimilé les mêmes « bonnes » manières pour prétendre au même statut social qu’elleux : cette scène dénonce à mon sens l’hypocrisie de cette femme. Juste après, la caméra fait une mise au point sur Solomon qui regarde Hariett avec une figure mélangeant suspicion, dégoût, fatigue, en tout cas on voit qu’il est très distant par rapport aux propos et à l’attitude d’Harriet.
      Enfin, la dernière parole d’Harriet vient conclure : elle prononce d’un ton détendu, sans transition après ses paroles de vengeance religieuse sur les planteurs : « This is nice. », en soupirant. C’est vrai, qu’est-ce qu’on est bien dans cette véranda, servi-e-s par des esclaves. Un peu avant, dans la même scène, Harriet expliquait justement combien elle appréciait d’être passée de l’autre côté de la barrière, d’être désormais maîtresse d’esclaves.

      La manière dont cette scène est filmée montre bien le recul qu’il est fait vis-à-vis de ce personnage : il montre comment une dominée assimile et reproduit les schémas de domination des esclavagistes blancs. C’est un pattern connu qu’au sein même de la classe des dominé-e-s s’organisent des structures de domination reprenant certains des arguments de la classe dominante. Harriet aurait très bien pu n’être qu’une ancienne esclave devenue maîtresse de maison et avoir un rôle positif. Mais c’est son discours et ses prétentions, ses manières qui font penser aux personnages des « parvenus » de la nouvelle noblesse, qui ternissent le personnage.

      L’argument de la sexualité est à mon avis irrecevable car il donne l’impression qu’il donne du pouvoir aux femmes alors qu’elles n’en ont pas. Il reste et demeure du bon-vouloir du maître de récompenser la femme d’être sexuellement disponible – ou pas. Harriet Shaw a connu cette « chance » d’être épousée. Mais l’exemple de Patsey montre bien que cette stratégie ne peut pas être généralisée : Epps est plus violent avec elle qu’avec n’importe quel-le autre esclave. De plus, dire de femmes qui sont violées et battues que le fait d’être violée est une composante de « leur » sexualité qu’elles « utilisent », je trouve ça extrêmement problématique.

  6. Mais c’est hallucinant c’est vous qui dites que c’est elle qui est montrée comme ayant utilisé sa sexualité pour se sortir de sa condition d’esclave. Vous remarquerez que j’ai mis des guillemets à chaque fois puisque précisément je reprends vos propos. Et maintenant vous me dites que c’est problématique. Eh bien c’est bien ce que je soulignais. Je ne pense pas que dans une situation comme celle de Mrs Shaw, on puisse parler d’utiliser sa sexualité comme vous l’avez fait mais bien de survie. C’était mon argument et maintenant vous le retournez contre moi comme si ce n’était pas vous qui aviez dans un premier temps présenté sa stratégie de survie comme « utiliser sa sexualité ». Votre procédé est très limite.

    Moi je ne vois pas les choses de votre manière. Lorsqu’elle lève le petit doigt je vois ça encore comme une stratégie de survie, presque comme du théâtre.
    J’ai été en empathie avec cette femme dans le film, tout simplement parce que je pense que le film est (au moins en partie je vous accorde qu’elle est ambigüe mais pas négative comme vous l’avez dit dans un premier temps) en empathie avec elle, contrairement à ce que vous dites. Elle est dans le film pour dire des choses que les autres esclaves ne peuvent pas dire car elle a acquis pour sa plus grande chance une position où elle est plus privilégiée et donc où elle a juste cette opportunité de pouvoir exprimer sa haine à peine plus que les autres (derrière le dos de son mari bien sûr) là où les autres doivent impérativement se taire et courber l’échine sous peine de mort. Il ne faut pas oublier que dans cette scène son mari est tout près et il ne vaudrait mieux pas pour elle qu’elle soit entendue par lui. Cette scène vise à montrer un concept qui s’appelle l’aliénation. Cette femme est obligée de vivre dans un monde de simulacre et de simulation pour échapper à une plus grande barbarie. On peut juger ça et dire c’est pas bien et en plus elle reproduit parce qu’elle lève le petit doigt et dit c’est sympa. Bien sûr qu’à ce moment du film, son bien-être est obscène. Mais en aucun le film n’oublie le contexte qui a fait que cette femme en est là où elle est. Je pense que vous la jugez plus que le film ne le fait.

    • Mais c’est hallucinant c’est vous qui dites que c’est elle qui est montrée comme ayant utilisé sa sexualité pour se sortir de sa condition d’esclave. Vous remarquerez que j’ai mis des guillemets à chaque fois puisque précisément je reprends vos propos. Et maintenant vous me dites que c’est problématique. Eh bien c’est bien ce que je soulignais.

      Wooo, on se calme, et on reprend les choses dans l’ordre.
      Déjà, mettre des guillemets autour d’une expression (que je n’ai d’ailleur pas utilisée) ne garantit pas que vous n’ayiez pas mal compris ce que j’ai écrit, car voilà précisément ce que j’ai énoncé à propos du personnage d’Harriet Shaw, de sa position et de la sexualité :

      Dans le film, Charlotte la femme de Maître Shaw est une ancienne esclave qui jouit à présent d’une position socialement confortable, appréciant désormais être servie elle-même par des esclaves. Son personnage montre comment les opprimé-e-s peuvent reproduire les schémas de domination pour s’extirper de la masse. […] Sans compter qu’il laisse entendre, lorsqu’Harriet enseigne à Patsey en lui faisant miroiter la liberté si elle reste soumise à Epps, qu’une femme esclave a une chance de s’en sortir grâce aux faveurs sexuelles qu’elle prodigue à son maître: c’est retourner de manière tout à fait inattendue le fait que Patsey ne peut que jouer un rôle passif étant victime à répétition des violences sexuelles de son maître.

      A aucun moment je ne parle ni ne juge Harriet Shaw et sa sexualité. Je ne parle que de la situation de Patsey, qui n’a rien à voir avec celle de Mrs Shaw. Idem dans ma réponse à votre premier post. Du coup il est normal que cette prétendue « citation » ne m’ait semblé qu’être l’une de vos idées.

      Elle est dans le film pour dire des choses que les autres esclaves ne peuvent pas dire car elle a acquis pour sa plus grande chance une position où elle est plus privilégiée

      Les esclaves ont le droit de dire et de penser que l’esclavage c’est mal. Entre eux. Entre Noir-e-s. Tout comme Harriet qui ne s’exprime que devant des esclaves. Donc je ne suis pas d’accord avec le fait que ce personnage est là pour “dire” les choses. En revanche Bass est là pour jeter la vérité à la figure de Epps : il peut le faire, c’est un homme et il est blanc.

      Cette scène vise à montrer un concept qui s’appelle l’aliénation. Cette femme est obligée de vivre dans un monde de simulacre et de simulation pour échapper à une plus grande barbarie. On peut juger ça et dire c’est pas bien et en plus elle reproduit parce qu’elle lève le petit doigt et dit c’est sympa. Bien sûr qu’à ce moment du film, son bien-être est obscène. Mais en aucun le film n’oublie le contexte qui a fait que cette femme en est là où elle est.

      Oui, le film pose le contexte. Mais il ajoute des éléments qui doivent être pris en compte.
      Le film ne fait pas que mettre en scène son bien-être : il met l’accent dessus, il fait prendre la parole à Mrs Shaw qui en profite de manière ostentatoire alors qu’elle est en face de 2 esclaves. Il y a aurait eu mille façons de présenter la même scène sans porter un regard aussi dur sur ce personnage. Cette scène est très riche, tout est dans la subtilité des plans et des regards, de l’atmosphère, du silence des personnages et le chant des oiseaux qui créent une atmosphère lourde à la fin de la scène, etc.

      Et même, je ne vois pas en quoi Harriet est obligée ici de simuler des manières de haute société pour échapper à une “plus grande barbarie” : elle se trouve en présence d’esclaves et uniquement d’esclaves, ce n’est pas comme si elle était sous la pression de la présence de blanc-he-s pendant cette scène ! Ce qui aurait, effectivement, remis en cause beaucoup de choses. Et il en va de même dans sa vie de tout les jours sur la plantation. Parce que ce n’est pas son mari qui va lui en vouloir de ne pas se comporter comme une lady blanche, il l’a bien épousée alors qu’elle était esclave.

  7. « Les opportunités de Northup dont je me souviens là, tout de suite : dans le bateau, en tenant de gagner l’estime de Ford et se faire libérer, sur le chemin de retour de l’épicier, avec l”épisode du travailleur blanc et de la lettre, enfin avec Bass.
    Et à mon sens il provoque chacune de ces opportunités : il fomente une révolte dans le bateau, agit pour gagner l’estime de Ford, décide de s’écarter du chemin revenant de l’épicier, demande au travailleur blanc de lui poster une lettre, se confie à Bass et lui supplie de l’aider. A aucun moment c’est quelqu’un qui vient lui proposer de le libérer ou lui pointe du doigt une porte de sortie.
    Des 5 opportunités que j’ai cité, il n’y en a que 2 que n’auraient pas pu saisir Patsey (l’envoi d’une lettre dans le Nord, vue qu’elle ne sait pas écrire et n’y connait personne). »

    Je ne vois pas comment vous pouvez affirmer cela. On ne connait pas le passé de Patsey avant l’arrivée de Solomon chez Epps. Donc on ne peut pas savoir si elle a eu « l’opportunité du bateau ». Et pour Ford elle n’était pas son esclave donc elle n’a pas eu l’occasion d’essayer de l’amadouer. Ou alors il faut comparer la relation Ford/Solomon à la relation Epps/Patsey. Je pense que personne ne peut lui reprocher de ne pas vouloir subir plus longtemps ses assauts dans l’espoir qu’un jour il l’épouse/la libère.

    Quand Solomon s’écarte du chemin pour fuir, il renonce, donc peut être que Patsey a eu la même expérience, peut être pas.

    Le reste n’est pas à la portée de Patsey. Solomon vole du papier mais il sait écrire, il a des contacts à l’extérieur. Je ne doute pas que n’importe qui dans sa situation aurait fait la même chose à sa place. Mais Patsey ? Pourquoi voler du papier, même si elle savait écrire, écrire pour se plaindre auprès de qui ? Demander de l’aide à Bass pour contacter qui ?

    Donc non on ne peut absolument pas comparer les réactions de Patsey et Solomon face à leurs conditions respectives.

    En fait je comprends ce que vous voulez dire. Moi aussi j’aurais voulu qu’elle se rebelle, prenne une hache, défonce la tête et Epps et de sa femme et s’enfuie avec succès. Mais il s’agit d’un film historique. Et malheureusement l’histoire est souvent cruelle. Et même si c’est horrible de l’admettre, la situation de certains esclaves étaient désespérées. Je ne parle pas d’actions collectives bien sur. En tout cas la vraie Patsey n’a visiblement pas fui. Cet ajout donne la possibilité au personnage de sortir de la passivité et de reprendre un temps le contrôle sans pour autant modifier d’une manière trop gênante le texte original.

    Pour ce qui est de la vie et de la mort, la manière d’aborder ces notions dépend de l’éducation, de la culture, de la religion … Du coup je ne remets pas votre analyse en cause, qui est juste vu l’angle que vous avez choisi, mais il est possible d’aborder la question de façons différentes.

    « Sauf que, si on doit rentrer dans des arguments religieux, Dieu lui a donné une vie qu’elle doit accepter et vivre jusqu’à la “délivrance de la mort” (qui vient du ciel). Oui elle sera libérée. Mais morte. Il reste que la démonstration de force et de courage n’est valable que si elle continue d’endurer la vie. C’est un thème parfois abordé quand on parle des martyres : rester en vie pour endurer la souffrance est perçu comme quelque chose de courageux, d’une démonstration de foi. »

    Je ne voulais pas vraiment théoriser sur la religion, Patsey n’est pas une sainte ou un martyr, juste une femme dont le quotidien est un enfer et qui croit à une vie heureuse/libre après la mort. Ensuite que le personnage soit en contradiction avec sa foi sur certains points … c’est le cas de tous les croyants à un moment ou à une autre de leur vie. Mais vous ne pouvez pas écarter le fait que la démarche de Patsey est bien plus qu’un renoncement à la vie. Elle prend même le « risque » de mourir et de quand même aller en enfer (vu qu’elle programme son propre meurtre). Pour quelqu’un de croyant ça doit surement demander encore plus de courage que de s’enfuir.

    • Je ne vois pas comment vous pouvez affirmer cela. On ne connait pas le passé de Patsey avant l’arrivée de Solomon chez Epps. Donc on ne peut pas savoir si elle a eu « l’opportunité du bateau ». Et pour Ford elle n’était pas son esclave donc elle n’a pas eu l’occasion d’essayer de l’amadouer. Ou alors il faut comparer la relation Ford/Solomon à la relation Epps/Patsey. Je pense que personne ne peut lui reprocher de ne pas vouloir subir plus longtemps ses assauts dans l’espoir qu’un jour il l’épouse/la libère.
      Quand Solomon s’écarte du chemin pour fuir, il renonce, donc peut être que Patsey a eu la même expérience, peut être pas.

      Le reste n’est pas à la portée de Patsey. Solomon vole du papier mais il sait écrire, il a des contacts à l’extérieur. Je ne doute pas que n’importe qui dans sa situation aurait fait la même chose à sa place. Mais Patsey ? Pourquoi voler du papier, même si elle savait écrire, écrire pour se plaindre auprès de qui ? Demander de l’aide à Bass pour contacter qui ?

      Oui, c’est pour ça que j’ai bien précisé qu’envoyer une lettre n’était pas envisageable pour Patsey (quand j’écris : « Des 5 opportunités que j’ai cité, il n’y en a que 2 que n’auraient pas pu saisir Patsey (l’envoi d’une lettre dans le Nord, vue qu’elle ne sait pas écrire et n’y connait personne). »)

      Donc non on ne peut absolument pas comparer les réactions de Patsey et Solomon face à leurs conditions respectives.
      En fait je comprends ce que vous voulez dire. Moi aussi j’aurais voulu qu’elle se rebelle, prenne une hache, défonce la tête et Epps et de sa femme et s’enfuie avec succès. Mais il s’agit d’un film historique.
      Et malheureusement l’histoire est souvent cruelle. Et même si c’est horrible de l’admettre, la situation de certains esclaves étaient désespérées. Je ne parle pas d’actions collectives bien sur. En tout cas la vraie Patsey n’a visiblement pas fui. Cet ajout donne la possibilité au personnage de sortir de la passivité et de reprendre un temps le contrôle sans pour autant modifier d’une manière trop gênante le texte original.

      Je pense que notre point de désaccord essentiel se trouve ici, je ne suis pas d’accord avec le fait que cet ajout soit positif. Quand vous dites, « mais il s’agit d’un film historique », donc on n’aurait pas pu voir Patsey se rebeller et s’enfuir, je dis, « c’est un film historique » et l’on a décidé que le personnage était suicidaire contre le texte. Pour moi il s’agit d’une modification tout à fait arbitraire, plausible certes, mais dont le choix est significatif et fait passer, exprès ou pas, un message négatif pour les raisons que j’ai évoquées plus haut. Je comprend votre point de vue, c’est juste que je ne peux pas me résoudre à considérer le fait de vouloir se suicider comme un acte vraiment positif pour le personnage, et surtout dans la portée de l’acte pour les spectateurs/trices.

      Pour ce qui est de la vie et de la mort, la manière d’aborder ces notions dépend de l’éducation, de la culture, de la religion … Du coup je ne remets pas votre analyse en cause, qui est juste vu l’angle que vous avez choisi, mais il est possible d’aborder la question de façons différentes.

      Oui, c’est un terrain un peu glissant ^^

      Je ne voulais pas vraiment théoriser sur la religion, Patsey n’est pas une sainte ou un martyr, juste une femme dont le quotidien est un enfer et qui croit à une vie heureuse/libre après la mort. Ensuite que le personnage soit en contradiction avec sa foi sur certains points … c’est le cas de tous les croyants à un moment ou à une autre de leur vie. Mais vous ne pouvez pas écarter le fait que la démarche de Patsey est bien plus qu’un renoncement à la vie. Elle prend même le « risque » de mourir et de quand même aller en enfer (vu qu’elle programme son propre meurtre). Pour quelqu’un de croyant ça doit surement demander encore plus de courage que de s’enfuir.

      Oui, je suis d’accord qu’on peut voir les choses comme ça. On fait pas mal de suppositions pour le coup, étant donné qu’en premier lieu on ne sait même pas l’état de ma foi de Patsey. Encore une fois, tout dépend de comment on considère le fait de vouloir s’ôter la vie (comme « courageux » ou pas, certainement Patsey est courageuse selon cette interprétation du film, mais ça me paraît être un niveau de lecture secondaire vu qu’on n’a pas de référence concrète sur la foi de Patsey ou ce qu’elle pense. Mais elle me paraît plausible en tout cas.)

  8. « Un détail ajoute une autre tonalité au thème de la sexualité des femmes noires, dont un préjugé veut qu’elle serait débridée. Une scène montre Northup couchée avec une femme qui lui prend la main pour se masturber tandis qu’il reste immobile et insensible. Un plan semblable y fait écho, mais cette fois il s’agit de Northup et de sa femme qui se regardent amoureusement yeux dans les yeux. Ces deux scènes sont également abstentes de l’autobiographie et ne semble avoir été ajoutées que pour renforcer la douleur de la séparation de Northup et de sa femme. Mais en même temps, elles opposent les deux femmes : la femme esclave, qui vit dans l’instant et ne réfrène aucune de ses pulsions, et la femme civilisée du Nord qui est l’épouse légitime et à qui le mari reste fidèle. »

    « La femme esclave qui vit dans l’instant et ne réfrène aucune de ces pulsions »?

    Excusez-moi mais d’habitude j’aime ce site et j’adhère à la plupart des articles mais c’est la première fois que je vois des interprétations aussi erronées à propos des femmes dans un film. Que ce soit Patsey, Mrs Shaw ou cette esclave, vous avez décidé que le film portait un regard négatif sur elles et vous plaquez des théories sur les scènes. Là par exemple, vous omettez juste que cette femme se retourne et pleure à la fin de la scène. Vous interprétez ça comment? Comme le signe de sa sexualité débridée? Ou comme le signe que cette scène vise à montrer la misère sexuelle des esclaves et le malheur qui en découle?

    • Là par exemple, vous omettez juste que cette femme se retourne et pleure à la fin de la scène. Vous interprétez ça comment? Comme le signe de sa sexualité débridée? Ou comme le signe que cette scène vise à montrer la misère sexuelle des esclaves et le malheur qui en découle?

      Je n’omets pas, cela ne remet simplement pas en cause la première partie de la scène. Le fait que cette femme se retourne et pleure à la fin, pour moi, montre qu’elle a honte de ce qu’elle vient de faire parce que Solomon est resté insensible, mais cela n’efface pas le fait qu’elle vient de répondre à l’une de ses pulsions. Ce serait un peu comme dire qu’un homme qui se repend après avoir violé est le signe qu’il n’a pas commis de violence sexuelle.

      Mais plus j’y réfléchis, plus je trouve cette scène bizarre : Solomon qui reste totalement immobile et sans réaction, alors qu’il aurait pu se détourner s’il ne voulait pas. Ou alors c’est parce qu’il voulait quand même faire « plaisir » à cette femme ? Mais alors pourquoi a-t-elle honte… parce qu’elle cherche un plaisir partagé ? Mais la masturbation, c’est pas vraiment le meilleur moyen de trouver le plaisir à deux.

      Après, je ne comprend pas cette idée de « misère sexuelle » des esclaves. De ce que j’ai lu, s’il y a bien un truc qui était « encouragé », et j’ai cité des sources peu après dans le texte, c’est les relations entre esclaves.

      Enfin, quand je parle de « sexualité débridée » pour les femmes noires, je fais référence à un stéréotype tenace qui existe à leur sujet.

      Que ce soit Patsey, Mrs Shaw ou cette esclave, vous avez décidé que le film portait un regard négatif sur elles et vous plaquez des théories sur les scènes.

      A propos, en parlant de Patsey et Mrs Shaw, de nouveaux arguments ?

      • Je n’ai pas d’avis sur la question mais Steve Mcqueen a apparemment donné sa vision de cette scène :

        «Je voulais simplement montrer un acte de tendresse; une femme qui vient vers lui à la recherche d’un peu de sexual healing, pour reprendre les paroles de Marvin Gaye. Elle prend le contrôle de son propre corps. Après l’orgasme, elle reprend conscience de son état, prend conscience qu’elle est de retour en enfer. C’est alors qu’elle se retourne et qu’elle pleure.»

        Voilà, je n’ai regardée si la source était indiquée mais c’était dans cet article de slate : http://m.slate.fr/story/82227/twelve-years-slave-adaptation-livre

        • Je me rappelle avoir lu ce passage, c’est cool de le citer ici.

          Cette description passe totalement sous silence l’attitude de Solomon Northup dans la scène. Or il y participe, bien que plus ou moins malgré lui, il fait face à cette femme (puis à son épouse dans ses souvenirs). On montre son attitude, sa non-réaction, il y a quelque chose qui se passe (ou plutôt ne se passe pas) entre cette femme et cet homme, une inversion des rôles (femme active qui recherche son plaisir, homme passif) qui est loin d’être anodine. Bref, tout cela a du sens. Du coup je trouve cela très incomplet comme manière d’interpréter la scène :/

  9. « A propos, en parlant de Patsey et Mrs Shaw, de nouveaux arguments ? »

    Ah oui pardon j’avais pas compris que c’était une compétition. Je ne suis pas d’accord avec vous et la manière dont vous interprétez la scène je ne vais pas avancer un nouvel argument chaque fois que nous allons constater que notre désaccord est irrévocable. Ce n’est pas parce que vous allez dire les plans (et les petits oiseaux) montrent que j’ai raison que je vais me dire « ah oui pardon c’est moi qui ait mal compris » puisque moi j’ai interprété que ces mêmes plans signifiaient autre chose. Je suis assez sûre de ce que j’ai ressenti dans cette scène et ce que j’ai ressenti c’est que Mrs Shaw était ambiguë mais en aucun cas négative comme vous la présentez. Elle possède une puissance propre à laquelle le film rend hommage sans oublier que par rapport aux autres esclaves elle est une parvenue.

    La citation que je ne connaissais pas illustre très bien ce que j’ai compris de la scène avec l’esclave. On peut donc se dire que le réalisateur a montré ce qu’il voulait montrer puisqu’au moins une personne sur la planète a compris cette scène dans ce sens là.

    Quant à l’analogie entre les pulsions de la femmes esclave et celle d’un violeur, je trouve ça totalement hors de propos. A moins que vous soyez en train de dire que cette femme viole Solomon dans cette scène, ce qui pour moi est encore une fois un contresens absolu. Solomon accepte de répondre à sa demande. Son immobilité n’est là que pour montrer que c’est bien à son désir à elle qu’il répond et non au sien. S’il pouvait à ce moment répondre à son propre désir alors il serait avec sa femme et c’est pour ça qu’il pense à elle. Mais il accepte quand même de donner du plaisir à l’autre esclave. Cette scène illustre donc une forme d’altruisme de la part de Solomon. On peut trouver ça discutable mais en aucun cas cette femme ne le force. Je ne vois donc pas le rapport avec un viol et ses larmes qui seraient une forme de culpabilité de violeuse. Si ça vous dérange pas d’être autant à côté de la plaque c’est bien.

    Quand aux pulsions j’avais bien compris que ça faisait référence à des clichés qui existent. Ce que je récuse ce n’est pas que ces clichés existent mais que cette scène soit une mise en scène de ces clichés. Je dis que si vous vous voulez voir ce cliché dans cette scène c’est parce que vous savez que ce cliché existe, vous avez décidé que ce film était critiquable dans sa manière de traiter les femmes, ce avec quoi moi bien qu’étant féministe je ne suis pas d’accord et vous décidez de plaquer cette interprétation dessus. Et quand on vous dit je ne suis pas d’accord vous dites si si j’ai raison. Et quand le réalisateur vous dit que en fait vous avez pas raison vous dites ah ben si j’ai encore raison.

    Très bien.

    • Ah oui pardon j’avais pas compris que c’était une compétition. Je ne suis pas d’accord avec vous et la manière dont vous interprétez la scène je ne vais pas avancer un nouvel argument chaque fois que nous allons constater que notre désaccord est irrévocable.

      Je me suis permise de dire cela parce que j’ai eu la désagréable sensation que vous détourniez simplement la conversation sur une autre scène, sans vous vous gêniez pour réitérer une attaque (« j’invente des choses », même si j’étaye avec des éléments concrets tirés du film), alors même que votre premier message montrait que vous aviez mal compris ce que j’avais écrit (ce sur quoi vous n’avez même pas daigné revenir, et qui pourtant changeait il me semble certaines choses). Mais soit, passons.

      Ce n’est pas parce que vous allez dire les plans (et les petits oiseaux) montrent que j’ai raison que je vais me dire « ah oui pardon c’est moi qui ait mal compris » puisque moi j’ai interprété que ces mêmes plans signifiaient autre chose. Je suis assez sûre de ce que j’ai ressenti dans cette scène et ce que j’ai ressenti c’est que Mrs Shaw était ambiguë mais en aucun cas négative comme vous la présentez. Elle possède une puissance propre à laquelle le film rend hommage sans oublier que par rapport aux autres esclaves elle est une parvenue.

      C’est intéressant que vous parliez de sensations. Cela m’arrive souvent de regarder un film et de l’apprécier (j’ai donc eu de « bonnes » sensations). Puis quand je reviens décortiquer le film, je peux découvrir une logique, des éléments que je n’avais pas vu initialement. Ces éléments sont là, ils ne sont pas inventés. Je pense qu’on peut faire une lecture rationnelle d’un film, en prenant du recul, qui vient complètement bousculer ce qu’on avait pu comprendre du film. En l’occurrence, pour la scène dont nous parlons, tous les éléments que je vous ai cités m’ont sauté aux yeux. Le sentiment que j’ai eu face à ce personnage, c’était de l’antipathie. Et je l’explique de manière très concrète et précise. Mais on peut allez opposer nos « sensations » respectives sans s’interroger et discuter sur leurs origines si vous préférez.

      La citation que je ne connaissais pas illustre très bien ce que j’ai compris de la scène avec l’esclave. On peut donc se dire que le réalisateur a montré ce qu’il voulait montrer puisqu’au moins une personne sur la planète a compris cette scène dans ce sens là.

      Est-il impensable que le réalisateur ait en même temps transposé à l’écran certains de ses propres préjugés ? Est-ce que ce serait la première fois qu’un réalisateur fait passer inconsciemment des représentations négatives des femmes ?

      Quant à l’analogie entre les pulsions de la femmes esclave et celle d’un violeur, je trouve ça totalement hors de propos. A moins que vous soyez en train de dire que cette femme viole Solomon dans cette scène, ce qui pour moi est encore une fois un contresens absolu. Solomon accepte de répondre à sa demande. Son immobilité n’est là que pour montrer que c’est bien à son désir à elle qu’il répond et non au sien. S’il pouvait à ce moment répondre à son propre désir alors il serait avec sa femme et c’est pour ça qu’il pense à elle. Mais il accepte quand même de donner du plaisir à l’autre esclave. Cette scène illustre donc une forme d’altruisme de la part de Solomon. On peut trouver ça discutable mais en aucun cas cette femme ne le force. Je ne vois donc pas le rapport avec un viol et ses larmes qui seraient une forme de culpabilité de violeuse. Si ça vous dérange pas d’être autant à côté de la plaque c’est bien.

      Rester totalement immobile, le regard absolument vide, je n’appelle pas ça faire preuve d’altruisme ou d’acceptation. Dire que rester immobile revient à accepter de donner du plaisir à quelqu’un, cela me dérange beaucoup… Est-ce que vous voyez sur quelle pente on glisse ? S’il voulait vraiment donner du plaisir à cette femme, pourquoi doit-elle bouger elle-même la main de Solomon pour jouir ? Pourquoi ne la bouge-t-il pas lui-même ?
      Vous détournez mon propos lorsque j’ai utilisé l’analogie avec un violeur : je ne comparais pas leurs pulsions, je comparais leur attitude après l’acte, après qu’illes se soient allé-e-s à leurs pulsions, parce que vous disiez que le fait de se repentir donnait un sens différent à leurs actes.

      Quand aux pulsions j’avais bien compris que ça faisait référence à des clichés qui existent. Ce que je récuse ce n’est pas que ces clichés existent mais que cette scène soit une mise en scène de ces clichés. Je dis que si vous vous voulez voir ce cliché dans cette scène c’est parce que vous savez que ce cliché existe, vous avez décidé que ce film était critiquable dans sa manière de traiter les femmes, ce avec quoi moi bien qu’étant féministe je ne suis pas d’accord et vous décidez de plaquer cette interprétation dessus. Et quand on vous dit je ne suis pas d’accord vous dites si si j’ai raison. Et quand le réalisateur vous dit que en fait vous avez pas raison vous dites ah ben si j’ai encore raison. Très bien.

      Je n’ai aucun problème avec le fait que vous veniez discuter ce que j’écris, d’ailleurs je vous réponds, alors pourquoi je n’aurais pas le droit de faire la même chose avec vos propos ? Je ne cherche pas à avoir raison, simplement pour le moment vos arguments ne me convainquent pas (j’ai le droit de défendre mon point de vue, non ? ça ne veut pas dire que je n’écoute pas le vôtre). Après, si vous venez juste dire que vous n’êtes pas d’accord, avec des arguments que je n’ai pas le droit de discuter, et qu’échangez calmement sur ces points de vue ne vous intéresse pas, alors précisez-le tout de suite.

  10. « parce que vous disiez que le fait de se repentir donnait un sens différent à leurs actes. »

    What?????
    Mais quand est-ce que j’ai dit ça? Quand est-ce que j’ai parlé de repentir? J’ai parlé de misère sexuelle et de malheur.

    Et quel est ce pluriel que vous employez? « Leurs actes »: les actes de qui? De l’esclave et des violeurs? Mais c’est vous qui parlez de violeur ! C’est vous qui faites cette analogie qui n’était même pas présente dans mon esprit vu que je ne considère pas cette scène comme un viol !

    Ce sera mon dernier post hein. C’est proprement hallucinant cette manière de détourner les paroles. Moi je n’étais pas revenue sur votre notion d’utiliser sa sexualité, c’est ce que j’avais compris de ce que vous disiez de l’espèce d’initiation de Mrs Shaw auprès de Patsey. Je me suis peut-être trompée. Par contre ce que je sais c’est que c’est vous qui ensuite m’avez fait dire alors que mon post était très clair que survivre dans un contexte de viol c’était la même chose qu’utiliser sa sexualité. Comme là vous me faites dire le mot repentir alors que ce mot n’a rien à voir avec l’interprétation que j’ai proposée de la scène et que le réalisateur propose aussi.

    Mais ce n’est pas grave, je ne vais pas gaspiller plus d’énergie. Je ne pense pas que ce film soit sexiste, au contraire je pense qu’il prend acte du fait que les femmes vivent une double aliénation à travers les personnages cités, ce qui est finalement assez rare pour être souligné.

    Mais nous ne sommes pas d’accord, soit. Maintenant arrêtez juste de me faire dire ce que je ne dis pas et arrêtez les analogies à deux balles aussi parce que même après vos explications j’ai toujours pas compris le rapport entre cette esclave et un violeur à part si comme vous semblez encore le dire cette scène serait un viol puisque Solomon reste immobile. Et vous me dite non c’est pas un viol mais quand même c’est problématique qu’il reste immobile et ça peut pas être de l’altruisme non plus puisqu’il reste immobile. Donc c’est un viol ou c’est pas un viol? Décidez-vous.

    Je suis désolée de vous avoir donné du fil à retordre mais là très clairement j’ai pas du tout l’impression d’être en présence du rationnel dont vous vous targuez. Tout le contraire même.

    • « parce que vous disiez que le fait de se repentir donnait un sens différent à leurs actes. »
      What?????
      Mais quand est-ce que j’ai dit ça? Quand est-ce que j’ai parlé de repentir? J’ai parlé de misère sexuelle et de malheur. Et quel est ce pluriel que vous employez? « Leurs actes »: les actes de qui? De l’esclave et des violeurs? Mais c’est vous qui parlez de violeur ! C’est vous qui faites cette analogie qui n’était même pas présente dans mon esprit vu que je ne considère pas cette scène comme un viol !

      J’ai mal compris ce que vous vouliez dire alors, mais du coup je ne comprend pas ce que vous voulez faire passer comme message en disant “Là par exemple, vous omettez juste que cette femme se retourne et pleure à la fin de la scène. Vous interprétez ça comment? Comme le signe de sa sexualité débridée? Ou comme le signe que cette scène vise à montrer la misère sexuelle des esclaves et le malheur qui en découle?”
      Donc si je résume ce que vous dites, elle pleure parce que tout d’un coup, après l’orgasme, elle se souvient d’où elle est, de ce qu’elle est, une esclave ? Admettons. En regardant la scène, je n’ai pas, à un seul instant, pensé cela, à cause de l’intéraction entre elle et Solomon (en raison des éléments que j’ai déjà expliqué). La scène est très ambigüe, peut-être pas pour vous, mais c’est comme cela que je l’ai ressentie puis analysée.

      Oui, c’est moi qui parle de violeur, et j’ai fait un glissement malheureux. Je disais “leurs” parce que je faisais référence à l’analogie que j’ai utilisé dans laquelle je mettais les deux personnages en parallèle, et où je comparais leurs réactions, et du coup j’ai dis “leur” pour parler de la réaction de l’esclave. Effectivement, vous n’avez pas dit qu’elle se repentait, j’ai conclu cela parce que je n’ai pas compris votre expression “misère sexuelle” autrement que comme le fait qu’elle est malheureuse que Solomon ne soit pas plus engagé dans leurs “intéractions” et que donc elle aurait honte, etc. Au moment où elle a fini de jouir, la première chose qur laquelle elle pose son regard c’est Solomon, ses yeux dans le vide. Du coup ça paraît pas déconnant de penser que sa réaction est liée à ce qu’elle voit. Ils sont tous seul-e-s dans leur case, c’est pas un hasard : on peut supposer qu’illes vivent ensemble, ou qu’il y aurait au moins un semblant de relation. Mais cette proximité ne se traduit pas sur le plan sexuel, que la femme semble rechercher mais n’obtient pas de Solomon.
      Ou alors, on peut considérer que non, elle recherche juste un plaisir égoïste, elle est incapable de se réfréner alors qu’elle sait que Solomon n’est pas intéressé. Mais alors sincèrement, elle a besoin de sa main pour jouir en solitaire ?

      Ce sera mon dernier post hein. C’est proprement hallucinant cette manière de détourner les paroles.

      Oui, j’ai compris c’est hallucinant. Tout comme il est hallucinant que vous ne compreniez pas non plus toujours ce que j’écris. Sauf que je ne m’en insurge pas comme vous le faites, j’essaye de réexpliquer.

      Moi je n’étais pas revenue sur votre notion d’utiliser sa sexualité, c’est ce que j’avais compris de ce que vous disiez de l’espèce d’initiation de Mrs Shaw auprès de Patsey. Je me suis peut-être trompée. Par contre ce que je sais c’est que c’est vous qui ensuite m’avez fait dire alors que mon post était très clair que survivre dans un contexte de viol c’était la même chose qu’utiliser sa sexualité. Comme là vous me faites dire le mot repentir alors que ce mot n’a rien à voir avec l’interprétation que j’ai proposée de la scène et que le réalisateur propose aussi.

      Sincèrement, j’ai du mal à vous comprendre au sujet de la notion d’”utiliser sa sexualité” que j’aurai employée, alors que non, puis que j’ai mis dans votre bouche, etc, alors que je n’en ai jamais parlé en ces termes dans mon texte initial. Mais je vais essayer de réxpliquer une dernière fois ce que je voulais dire. Ce que je critique, c’est que Mrs Shaw dise en substance à Patsey : être violée confère du pouvoir (le pouvoir de ne plus être esclave), profite de l’occasion (“Sans compter qu’il laisse entendre, lorsqu’Harriet enseigne à Patsey en lui faisant miroiter la liberté si elle reste soumise à Epps, qu’une femme esclave a une chance de s’en sortir grâce aux faveurs sexuelles qu’elle prodigue à son maître”). Mais c’est faux : être violée ne donne aucun pouvoir, c’est le maître/violeur qui à chaque instant garde le pouvoir (c’est retourner de manière tout à fait inattendue le fait que Patsey ne peut que jouer un rôle passif étant victime à répétition des violences sexuelles de son maître). Le film prend un personnage devenue maîtresse, dont le film ne mentionne pas la vie passée (donc le film invente, autant qu’on sache, qu’elle ait été violée puis qu’elle soit devenue maîtresse, tout comme elle invente le fait, si je me rappelle bien, que Mr Shaw soit un “coureur”), calque la situation avec celle de Patsey (qui peut imaginer que Epps prendra Patsey pour femme ? Quand sa femme menace de partir, Epps lui rappelle pour la faire rester qu’elle retrournerait alors dans son trou paumé. S’il voulait s’en débarrasser, ce n’est pas ce qu’il dirait.) et lui fait donner une leçon de vie. Je critique cette leçon inventée pour le film.

      Mais nous ne sommes pas d’accord, soit. Maintenant arrêtez juste de me faire dire ce que je ne dis pas et arrêtez les analogies à deux balles aussi parce que même après vos explications j’ai toujours pas compris le rapport entre cette esclave et un violeur à part si comme vous semblez encore le dire cette scène serait un viol puisque Solomon reste immobile. Et vous me dite non c’est pas un viol mais quand même c’est problématique qu’il reste immobile et ça peut pas être de l’altruisme non plus puisqu’il reste immobile. Donc c’est un viol ou c’est pas un viol? Décidez-vous.=

      Je souligne ce qu’il me semble ambigü dans la scène. Ne me faites pas non plus dire ce que je n’ai pas dit. Ensuite pour l’analogie avec le violeur, c’était pour essayer de faire passer une idée à propos de ce qui serait le signe ou pas de montrer de la “misère sexuelle” dans le contexte de la scène (je suis revenue dessus plus haut). Je n’ai jamais fait une analogie directe entre l’esclave et un violeur.

      Je suis désolée de vous avoir donné du fil à retordre mais là très clairement j’ai pas du tout l’impression d’être en présence du rationnel dont vous vous targuez. Tout le contraire même.

      Mais vous ne me donnez aucun fil à retordre, j’appelle cela une discussion. Chacun son “ressenti” j’imagine.

  11. J’ai rajouté deux éléments en edit de l’article, que l’on m’a indiqué ou que j’ai découvert après la rédaction de l’analyse et qui me semblent intéressants (voire essentiel pour ce qui est du premier edit sur John Ridley).

  12. Je n’ai pas de grandes phrases à sortir, mais je tenais à m’exprimer sur ce film en particulier. J’en attendais beaucoup (je n’ai pas lu le livre je ne compte pas tellement le lire) et j’ai été déçue. Northup est décrit comme un homme noir né libre et durant tout le film il ne cesse de se différencier des autres noirs, en permanence du coup je le trouve franchement arrogant, prétentieux, égoïste. Je m’attendais à ce qu’il tente de libérer ses frères et soeurs qui n’ont pas connu son privilège, qu’il mettrait, je ne sais pas, le feu à la baraque de son tortionnaire/maître, ou encore qu’il deviendrait un neg’marron… eh bah non. Le pire et l’insupportable, c’est la fin où il se taille en laissant tomber Patsy. Ce mec est un prétentieux, un lâche et peu importe son combat lorsqu’il a retrouvé sa liberté, il faut quand même souligner que personne n’est libre, encore moins un noir, à son époque. Déjà être « né libre », alors que tous les blancs n’ont même pas à s’en vanter, puisqu’il leur est évident qu’eux le sont quoi qu’il arrive (je sais pas si je suis claire là) alors bah quand on est noir, on devrait juste se rendre compte que non, on est juste comme des animaux domestiques: on a des maîtres. Et Northup les sert de sa naissance à sa mort. Nègre des villes, nègre des champs, il l’a choisi…

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