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Argh, l’Apocalypse ! Le syndrome du grand méchant monde : un état sécuritaire pour nous sauver tou-te-s ? (3/6)

Bientôt dans un salon à côté de chez vous ! Le syndrome du grand méchant monde ! Créé par les esprits torturés qui vont ont apportés « Grippe porcine » et « Abeilles tueuses », voici arrivée une nouvelle menace si terrifiante que vous ne serez plus capable de détacher les yeux de votre écran de télévision ! »

Source : https://imgur.com/gallery/UMk7u

Dans mon article précédent, je développais l’idée suivante : avec leur vision dépolitisée d’une fin du monde présentée comme inéluctable, la plupart des films apocalyptiques encourage leur public à renoncer à tout espoir…  Mais ce n’est pas le seul effet que ces films et séries peuvent créer. Dans cette troisième partie, je n’analyse pas de films à proprement parler mais expose plutôt quelques notions que je trouve intéressantes à garder en tête quand nous visionnons des films, séries ou les médias en général 

Que ce soit au cinéma ou au journal télévisé, les médias nous soumettent à des images violentes qui nous répètent sans cesse que nous vivons dans un monde dangereux. Ceci produit un effet qui a été étudié sous le nom de « syndrome du grand méchant monde » :

Le « syndrome du grand méchant monde » est un terme inventé par George Gerbner pour décrire un phénomène par lequel le contenu relatif à la violence relayé par les média de masse fait croire aux spectateurices que le monde est plus dangereux qu’il ne l’est en réalité. […] Gerbner, un chercheur pionnier sur les effets de la télévision sur la société, soutient que les personnes qui regardent la télévision ont tendance à penser que le monde est un lieu menaçant et impitoyable. (Wikipedia)1

Un épisode du site Hacking Social s’attache à analyser le syndrome du grand méchant monde sous l’angle du traitement de l’information dans les journaux télévisés et les reportages, qui, de même que les films apocalyptiques et post-apocalyptiques, présentent des images et des thématiques inquiétantes :

« Poison mental, le cumul des images de pédophiles, de tueurs, de bébés morts, d’enlèvements, de criminalité crée un socle de pensées chez le téléspectateur : le monde est horrible il faut y mettre de l’ordre, il faut taper du poing sur la table pour régler ce Mal. Après avoir inoculé le poison, la télévision propose l’antidote le plus dénué de réflexion profonde : elle valorise les documentaires sur la police, sur les services de sécurités, sur l’ordre par la répression vive, sans jamais s’interroger sur l’origine et les causes de la criminalité. Elle crée l’illusion de l’insécurité totale puis préconise implicitement la solution : un état sécuritaire, surveillé par de nombreuses caméras de surveillance et autres procédés (drones, espionnage des citoyens sur le web…). » 2

La représentation du désastre: pourquoi questionner les histoires qui finissent « bien »

Ce phénomène est à mon avis aussi alimenté par la représentation de la violence dans les fictions au cinéma, y compris les films apocalyptiques et post-apocalyptiques qui ne manquent pas de scènes violentes et inquiétantes pour le public puisque c’est la survie de notre société, de notre civilisation et de l’espèce toute entière qui est menacée. A titre de précision, par « violence », j’inclue ici les phénomènes dits naturels, non-perpétués directement par des humains, mais qui peuvent entraîner les mêmes effets : blessures, souffrance physique et psychologique, traumatismes, etc.

La question essentielle à se poser n’est pas de savoir si la présence de la violence sur nos écrans est une bonne ou une mauvaise chose, mais plutôt de s’interroger sur la manière dont elle est représentée (est-elle glorifiée, mise en scène, banalisée, critiquée ?) et quelles conséquences cela peut avoir en termes politiques : sommes-nous amené-e-s à accepter la violence comme nécessaire (par exemple lorsque les scènes d’interrogation de terroristes sous torture nous sont présentées comme étant inévitables) ou au contraire sommes-nous encouragé-e-s à penser des alternatives ? Les représentations engagent-elles à réfléchir sur les causes et les conséquences des situations violentes mises en scène ou encouragent-elles à la peur et à une passivité fascinée et horrifiée par les images extrêmes données à regarder ?

La saison 2 de la série 24h Chrono met en scène un scénario assez typique qui amène à légitimer l’usage de la violence et de la torture dans la lutte contre le terrorisme. Jack Bauer, dans un contre la montre qui a fait la recette de la série, doit empêcher une bombe H d’exploser à Los Angeles. Pour obtenir des informations cruciales, Bauer torture un homme qui vient d’être arrêté. L’urgence de la situation justifie ces méthodes sans que l’on s’arrête outre mesure pour questionner leur pertinence et leur pratique.

Les films catastrophe multiplient quant à eux les scènes spectaculaires pour générer du grand spectacle. Dans le film La 5e vague, des catastrophes naturelles et des épidémies sont provoquées par des extraterrestres qui cherchent à envahir la Terre. Aucune explication de quelque type que ce soit n’est fournie. Ces scènes visent à créer de l’émotion, en montrant la violence des forces naturelles devant lesquelles les êtres humains sont impuissants. Or, ces scènes font écho à des scénarios qui arrivent réellement sur Terre (tsunamis, tremblements de terre, épidémies). De telles scènes montrée sans explication scientifique de ce qui l’ont provoquées, sans mise en contexte par rapport à l’environnement, sans remontée de la chaîne de causes et d’effets, peuvent activer un sentiment de peur car elles s’associent à un évènement possible dans la réalité, en ne proposant pas d’échappatoire. Et en même temps, on ne peut que remarquer que les héros, auxquels nous sommes amené-e-s à nous identifier, s’en sortent.

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La deuxième vague, dans le film La 5e vague

Susan Sontag explore l’impact de ces ressorts scénaristiques dans son essai emblématique « The Imagination of Disaster » (« L’Imagination du désastre ») en 1965. Sontag y explique la double fonction possible de la représentation du désastre dans un film de science-fiction, l’une distrayante et l’autre neutralisante 3 (c’est moi qui souligne):

« L’une des fonctions que le fantastique peut remplir est de nous extraire de notre insupportable routine et de nous distraire des peurs, réelles ou anticipées – par une fuite dans des situations exotiques et dangereuses qui ont des dénouements heureux à la dernière minute. Mais une autre fonction que le fantastique peut remplir est de normaliser ce qui est psychologiquement insupportable, et ainsi de nous y préparer. Dans un cas, le fantastique rend le monde plus beau. Dans l’autre, il le neutralise.

Le fantastique que l’on peut trouver dans les films de science fiction remplit les deux fonctions. Ces films reflètent des angoisses à l’échelle mondiale, et ils servent à les calmer. Ils diffusent une étrange apathie concernant les processus de radiation, de contamination et de destruction que je trouve personnellement terrifiante et déprimante. »4

Cette réflexion est intéressante à mettre en perspective avec une caractéristique particulière des films apocalyptiques de ces dernières années : le fait que l’humanité survive malgré tout à la fin du film avec un espoir de se reconstruire. Sur le blog Allez vous faire lire, Lupiot remarque dans sa série d’articles sur le phénomène des romans dystopiques destinés aux adolescent-e-s5 :

« Mais il faut surtout noter que les dystopies modernes, contrairement aux première (celles de la Guerre Froide), se finissent BIEN, ou du moins, sur l’espoir d’un progrès. C’est de la littérature cathartique par excellence.

À l’inverse, les dystopies de Papa se finissaient mal. Elles laissent ainsi le lecteur avec l’impression terrible et fascinante que c’est à lui d’agir pour qu’une telle situation ne se réalise pas. Sacrée différence.

[…]

La dystopie actuelle, en accentuant les torts de nos sociétés pour nous peindre des mondes épouvantables où les libertés ont quasi disparues, peut amener le lecteur, au contraire, à accepter plus facilement les privations ou coercitions de la vraie vie, qu’il perçoit comme infimes en comparaison. »

La légitimation et l’acceptation des politiques sécuritaires

Les films apocalyptiques actuels possèdent ces mêmes caractéristiques. Les dénouements « heureux » actionnent une double mécanique :

  1. Encourager une certaine passivité chez les spectateurices en présentant un discours qui dit grosso modo : « oui, plein de choses horribles vont arriver, mais on s’en sortira parce qu’on est des super êtres humains qui s’adaptent à tout et qui sont plus intelligents que la nature même quand elle est pas contente. » Et qui, en fond, chantonne le refrain « ce sont les autres qui vont mourir, pas moi » puisqu’en tant que spectateurice, on est amené-e à s’identifier aux personnages principaux qui survivent.
  2. Relativiser l’horreur de ce qui arrive en réalité et accepter certaines mesures qui paraissent à la fois acceptables en regard des extrêmes que nous sommes habitué-e-s à visionner, et compréhensibles par rapport à l’avenir dangereux qui se prépare, sans que nous ne questionnions la légitimité et l’adéquation de ces décisions.

Nous sommes ainsi mis-e-s en « bonne » condition pour accepter les solutions qu’une instance d’autorité rassurante nous présente.

Pour en revenir plus spécifiquement au cas des médias d’information, il est particulièrement pertinent, et même urgent, de prendre conscience de ce processus et d’en interroger les conséquences au regard des réponses politiques apportées ces derniers mois aux attaques meurtrières qui se sont déroulées en France.

Raconter le désastre : les étapes de la narration

Les images des attentats sont montrées en boucle à la télévision et sur les réseaux sociaux. Dans sa série d’émissions « Mes Chers Contemporains », Usul analyse dans l’épisode «Le Journaliste (David Pujadas)» les registres utilisés dans les reportages du JT du 20h sur France 2 le soir des attentats à Bruxelles en mars 2016. L’enchaînement des sujets suit une logique familière :

  1. le traitement des événements sur le registre de l’enquête policière : que s’est-il passé ? Que peut-on conjecturer à partir du peu d’informations dont on dispose (généralement) le soir même des attaques ? Les explications concernent le déroulement des faits, mais sans apporter d’éclairage sur les causes sociales et politiques. Les motivations des personnes incriminées sont réduites à des raisons individuelles, sorties de tout contexte socio-politique, ou alors résumées par des clichés simplificateurs. Traitées de folles, de barbares, d’extrémistes, ces personnes sont exclues du champ de l’humanité « normale » : chercher à comprendre leurs motivations et leurs comportements, ce serait affaiblir dangereusement la distance établie avec elles pour bien signifier qu’elles sont différentes de nous, qu’elles sont des cas exceptionnels, qu’il n’existe aucun autre facteur explicatif inhérent à notre société, et qui nous rendrait donc partiellement responsables.

  2. la narration de type film catastrophe : les reportages refont vivre minute par minute les attaques, interviewent les témoins survivant-e-s et diffusent les images des victimes et des explosions.

  3. les discours des politicien-nes : la parole est donnée aux responsables politiques qui livrent leurs réactions – souvent dénuées de réelles analyses – et annoncent leur prochaines mesures pour « répondre » à ces évènements : il faut « rassurer » la population, être « l’homme fort de la situation ».

  4. le discours sécuritaire : que peut-on mettre en place pour éviter que ce genre de situations ne se reproduisent ? Plutôt que d’analyser les causes profondes de ces évènements ou de se pencher sur le fonctionnement des services de renseignement, ce sont des mesures sécuritaires qui sont mises en avant malgré qu’elles se soient montrées, bien souvent, contournables voire totalement inefficaces en matières de prévention. Citons le triste exemple des caméras de surveillance célébrées par le maire de Nice qui se vantait que jamais des attaques du type de novembre 2015 à Paris n’auraient pu se passer dans sa ville… jusqu’à la tuerie du 14 juillet.

Pourquoi tout projet portant atteinte à nos libertés au nom de la sécurité doit être rationnellement discuté et justifié

Les solutions que l’on nous présente immédiatement après le choc des attaques ont bien souvent pour cible le sentiment d’insécurité parmi la population. Que ces mesures soient réellement efficaces importe peu, on n’en n’entendra pas les critiques. Peu importe également que l’ordre sécuritaire et militarisé mis en place retire de plus en plus de droits et de libertés aux individus, en ne s’attaquant pas aux vraies causes des problèmes considérées. Ou pire, en condamnant celleux qui cherchent à comprendre et expliquer les mécanismes qui peuvent y mener qu’iels soient historien-nes, sociologues, politologues, etc, comme on peut entendre de plus en plus de personnes médiatisées déclarer, dans la droite ligne de Sarkozy, que chercher à « expliquer l’inexplicable, c’est excuser l’inexcusable ».

Perdre un peu de liberté pour gagner un peu de sécurité ou de sureté, cela peut et cela doit être discuté. Prenons un exemple. Nous pouvons accepter les barrières qui nous interdisent d’approcher le bord de la falaise à cause des risques d’affaissement. La barrière est à la fois un signal (attention, emplacement dangereux, ne vous approchez-pas) et une protection physique réelle (en cas d’accident si quelqu’un trébuche à proximité du bord).

Maintenant, imaginons que sous prétexte de mieux protéger les promeneurs/euses, on décide de mettre en place des caméras de surveillance par 24h/24. On est en droit de se poser plusieurs questions. D’abord sur l’efficacité de la mesure en terme de sureté : comment une caméra pourrait-elle physiquement empêcher qu’une personne ne s’approche et ne tombe en l’espace de quelques secondes ? D’un point de vue psychologique, les études et les statistiques montrent que l’effet de dissuasion de la présence des caméra sur les personnes souhaitant s’aventurer près du bord est nul, alors pourquoi y a-t-on tout de même recours ? Ensuite sur le plan éthique et politique : il s’agit d’une mise sous surveillance de milliers de personnes qui se promènent, sous prétexte de leur sureté, alors que rien ne démontre l’efficacité du dispositif.

Enfin, comment savons-nous comment sont vraiment utilisées les images enregistrées par les caméras ? Qu’arrivera-t-il en cas de changement officiel ou officieux de directive ou de législation ? Nous pouvons raisonnablement nous poser la question sur les vraies motivations de l’installation des caméras puisqu’elles n’ont aucun impact sur notre sécurité : est-ce de la démagogie politique ? Est-ce une stratégie pour introduire progressivement de nouvelles mesures restreignant nos libertés ? Quid des intérêts économiques et politiques qui sous-tendent l’installation de nouveaux appareils permettant la surveillance et le contrôle de la population ( les intérêts des entreprises qui vendent le matériel par exemple) ?

L‘utilisation des caméras de surveillance (pardon, de « vidéoprotection ») est désormais monnaie courante dans les fictions policières et les films d’actions (par exemple dans les courses poursuites du dernier Jason Bourne). Leur efficacité et leur utilité semblent aller de soi et ne sont jamais questionnées, de même que l’impact de ce dispositif de surveillance de masse sur la vie privée des personnes.

L’interface utilisateur des programmes de surveillance de la CIA est quand même au top.

Nous ne sommes pas tou-te-s égaux face aux politiques sécuritaires

Enfin, quelles sont les personnes qui vont être le plus directement impactées par ces changements, dans une société où des groupes de population subissent des discriminations présentes au niveau individuel,  au niveau de la société et au niveau de l’État ?

Pour ne citer que ces exemples, depuis décembre 2015, et sous des prétextes sécuritaires, des manifestations pour les droits des migrant-e-s, contre la COP21, contre la Loi Travail ainsi que la marche des fiertés pour les droits LGBT de Paris ont été soumises à des interdictions, des reports ou – après négociation – à de fortes restrictions quant à leur parcours. Mais les marchés de Noël ou les retransmissions des matchs de foot sur le champ de Mars à Paris pour l’Euro 2016 ont été maintenus. Les critères de sélection quant à décider quels évènements mobilisent des policiers de manière « utiles » ou pas sont donc éminemment politiques…

A titre de précision ou de rappel sur le contexte dans le quel nous évoluons aujourd’hui en France, citons les violences exercées sur les migrants et les réfugiés ; les nombreuses restrictions des libertés des citoyen-nes français-e-s depuis les attentats du 11 janvier 2015 (loi de surveillance légalisant la surveillance de masse en ligne) ; la suspension de l’état de droit lors la mise en place d’un état d’urgence permanent (renouvelé pour la quatrième fois consécutive en juillet 2016) qui entraînent des perquisitions et assignations à domicile sans preuve ni jugement, une présence accrue des militaires et des policiers en armes dans l’espace public, des interdictions de manifester, la répression violente des manifestations, la répression des opposants et voix politiques alternatives, la censure… (un recensement des réjouissances est disponible ici : https://wiki.laquadrature.net/%C3%89tat_urgence/Recensement).

Soulignons au passage que ces différentes pratiques répressives étaient en réalité déjà effectives sur certaines catégories de la population (migrant-e-s, racisé-e-s, pauvres, travailleureuses du sexe, zadistes, etc) et qu’elles n’ont finalement été « que » renforcées, multipliées, visibilisées, légalisées et étendues plus largement à d’autres classes de la population ces derniers mois/années6.

Le professeur en géographie urbaine Stephen Graham explique dans l’ouvrage « Villes sous contrôle » :

« Alors que les espaces et les réseaux de la ville urbaine sont colonisés par les technologies de contrôle militaire et que les notions de guerre et de maintien de l’ordre, de territoire intérieur et extérieur, de guerre et de paix, sont de moins en moins distinctes, on constate la montée en puissance d’un complexe industriel englobant la sécurité, la surveillance, la technologie militaire, le système carcéral, le système punitif et le divertissement électronique ».

Et le syndrome du grand méchant monde, allié à une stratégie du choc expliquerait en partie pourquoi nous, gouverné-e-s, acceptons ces mesures pour notre « sécurité » supposée.

***

Mais tous les films apocalyptiques et post-apocalyptiques défendent-ils cette conception d’un Etat « fort », sécuritaire voire autoritaire face aux menaces ? Les films dystopiques à succès comme Hunger Games ou Divergente semblent bien critiquer l’autoritarisme et la société de surveillance tandis que les films catastrophe mettent en scène l’état et les militaires en plein désarroi face à la fin du monde, montrant ainsi leur inefficacité. Alors quelle(s) conception(s) de l’Etat, de l’organisation de la société et de la démocratie a-t-on tendance à voir au cinéma dans ce genre cinématographique ? C’est ce que j’explorerai dans la partie suivante.

A suivre.

Arroway

Notes

1 https://en.wikipedia.org/wiki/Mean_world_syndrome

Mean world syndrome is a term coined by George Gerbner to describe a phenomenon whereby violence-related content of mass media makes viewers believe that the world is more dangerous than it actually is. Mean world syndrome is one of the main conclusions of cultivation theory. Gerbner, a pioneer researcher on the effects of television on society, argued that people who watch television tended to think of the world as an intimidating and unforgiving place.

3 Susan Sontag, « The Imagination of Disaster », https://americanfuturesiup.files.wordpress.com/2013/01/sontag-the-imagination-of-disaster.pdf

4 Susan Sontag, « The Imagination of Disaster »

«  […] one job that fantasy can do is to lift us out of the unbearably humdrum and to distract us from terrors, real or anticipated – by an escape into exotic dangerous situations which have last-minute happy endings. But another one of the things that fantasy can do is to normalize what is psychologically unbearable, thereby inuring us to it. In the one case, fantasy beautifies the world. In the other, it neutralizes it.

The fantasy to be discovered in science fiction films does both jobs. These films reflect world-wide anxieties, and they serve to allay them. They inculcate a strange apathy concerning the processes of radiation, contamination, and destruction that I for one find haunting and depressing. »

5« La dystopie jeunesse aujourd’hui (2/3). Qu’est-ce que c’est, et pourquoi ça marche ? »

https://allezvousfairelire.com/2016/01/25/la-dystopie-jeunesse-aujourdhui-23-quest-ce-que-cest-et-pourquoi-ca-marche/

6 Comme l’explique le sociologue de la police Mathieu Rigouste dans son livre « La domination policière » paru en 2012,

« L’application du concept de décèlement précoce – forgé par l’idéologie sécuritaire pour justifier la répression de suspects sans qu’ils passent à l’acte – permet d’employer occasionnellement contre des militants aux franges supérieures des classes populaires certaines techniques infligées quotidiennement aux damnés de l’intérieur. Comme si la police réservée à ceux-ci influençait celle appliquée à ceux-là. Ainsi, ces derniers ont-ils également droit aux perquisitions avec fracas, aux rafles et aux incarcérations, aux techniques de contention et à l’emploi des armes sublétales, mais de manière exceptionnelle et contenue en comparaison de ce qui est devenu la règle dans les enclaves de ségrégation. »

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16 réponses à Argh, l’Apocalypse ! Le syndrome du grand méchant monde : un état sécuritaire pour nous sauver tou-te-s ? (3/6)

  1. Le terme de « grand méchant monde » est d’autant plus pertinent que la diffusion de peurs à jets continus s’accompagne bien sûr d’une infantilisation permanente. Je suis donc tout à fait d’accord avec vous quand vous écrivez qu’on n’est plus invités à chercher une solution ou une alternative. Et chercher une explication vous expose effectivement très vite au soupçon de complaisance. Il faut rester pieds et poings liés à la merci des « spécialistes ».
    Cela dit, c’est assez paradoxal de lire ça sur ce site. Je considère en effet que pas mal des idées exposées ici participent à cette infantilisation, notamment par la déresponsabilisation individuelle . Mais bon, j’ai eu l’occasion d’en causer ailleurs. J’y reviens d’autant moins qu’en revanche je trouve de l’intérêt à cette série d’articles sur l’apocalypse.
    Sinon, juste pour l’anecdote, à propos de 24 Heures Chrono, il me semble plutôt ingénieux que, dans Melancholia, l’un des rares films à finir sur la destruction totale de l’humanité, Von Trier ait pris Kiefer Sutherland, l’interprète de Jack Bauer, pour incarner ce chef de famille vers lequel sa femme se tourne d’abord constamment pour être rassurée. L’ancien super agent tout-terrain, une fois convaincu qu’il s’est salement planté et que rien ne saurait empêcher Melancholia de détruire la terre, se suicide misérablement avant la catastrophe finale, incapable d’affronter la détresse de sa famille et, sans doute aussi, la perte fracassante de son statut de « héros ex machina ». Un petit trait d’humour noir qui fait du bien dans ce grand méchant monde.
    Merci, en tout cas, de vous être mis un pied aux fesses ! Votre article lance des tas de pistes intéressantes.
    Salutations

  2. Très bonne troisième partie !

    Ca me fait penser à l’adage « quand on veut tuer un chien, on dit qu’il a la rage »…

  3. Très intéressant, merci beaucoup Arroway.
    Avez-vous des exemples à conseiller en films qui font réfléchir et/ou qui finissent mal ? Ça m’intéresse.
    En ces périodes sombres,c’est sûr qu’on est plutôt tenté d’aller vers les fictions qui nous rassurent avec de belles fins et le public est vu comme une entité qui veut aller au cinéma pour se détendre plutôt que pour réfléchir il me semble (un peu comme « le temps de cerveau disponible » pour la télé). Donc il faudrait des fictions qui proposent des solutions aussi je pense. C’est une des raisons du succès du film « Demain » de Mélanie Laurent et Cyril Dion (un documentaire): les gens sont contents et motivés en sortant car des solutions aux problèmes sont montrées et développées à l’écran. Je ne sais pas ce que vous en pensez ?

    • Oui, je compte parler dans ma sixième et dernière partie des films et documentaires qui proposent des visions et des solutions concrètes ! C’est un domaine que j’aimerais plus explorer pour rédiger la suite de cet article, justement. Pour l’instant, je connais surtout des documentaires sur des communautés alternatives (« Les sentiers de l’utopie », dont j’ai un souvenir plutôt déprimé; « Ne vivons plus comme des esclaves », très cool; « Demain » évidemment). En fiction (française !), il y a « La Belle verte » (malheureusement avec du contenu très douteux en ce qui concerne son racisme).
      Sinon, là comme ça à chaud pour les films qui font réfléchir/et ou qui finissent mal… « Perfect sense » est complètement dépolitisé, donc pas intéressant à ce niveau à mon avis. La série Battlestar Galactica, malgré ses défauts, offre quand même de quoi réfléchir. Après il y a le classique « 1984 », plus que toujours d’actualité malheureusement… Je ne sais pas si c’est vraiment post-apocalyptique, mais c’est pertinent sur certaines problématiques politiques en tout cas. Sur le même plan, il faudrait voir ce que donne la mini-série qui adapte de « Minority Report » (j’ai un mauvais souvenir du film avec Tom Cruise). Egalement, malgré ses défauts, la trilogie Matrix donne à réfléchir sur certains sujets (et ne finit pas forcément bien je trouve).
      J’aimerais mettre la main sur les adaptations ciné de la BD « Y the last man » (quand/si ça sort un jour vraiment) pour voir ce que cela donne (même si je n’ai pas bcp d’espoir vu les quelques traits problématiques de la BD malgré certain développements intéressants).
      A compléter dans tous les cas…

  4. Merci d’avoir pris le temps de faire cet article engagé et très très pertinent ! Tout comme les précédents.
    Au plaisir d’en voir d’autre

  5. Sur 24 Heures Chrono, une vidéo qui illustre bien la noirceur absurde de la série:
    https://www.youtube.com/watch?v=_P52G4Kyq5M

  6. Ici une analyse que je trouve interessante du dernier Mad Max
    https://lundi.am/Mad-Max-Fury-Road-Capture-de-l-autre-monde

  7. Super analyse! Par contre, on dit « travailleur-ses du sexe », pas prostitué-e.
    Merci.

    • C’est corrigé ! On va mettre à jour tous nos articles.

    • Ça dépend quand même de qui on parle.
      Personnellement j’ai du mal à imaginer parler des millions de personnes qui sont forcées (et pas que par des circonstances économiques hein) à avoir des relations sexuelles avec des types par delà le monde comme des « travailleur-ses ». Les « prostitué-e-s » représentent une réalité, tout comme celleux qui sont appelé-e-s « travailleur-ses du sexe » (qui n’est sans doute pas la réalité décrite dans l’article – c’est juste un point général), les un-es ne font pas disparaître l’autre, loin de là, tant dans la réalité matérielle que dans le langage.
      De la même façon qu’il serait parfaitement déplacé d’appeler un-e esclave un-e travailleur-euse.

  8. Les esclaves sont des esclaves (estimé à 7% en france). On parle de travailleur-ses sinon. C’est pas plus compliqué. Vos clichés, représentations, fantasmes, imaginations ne rentrent pas en ligne de compte.

  9. LOrsque vous parlez de cordonnier, vous ne dites pas « attention pas tous, hein, y a des enfants esclaves en chine ». vous dites des travailleur-ses. Comme dans tous les corps de métier, il y a des personnes exploité-es. C’est horrible, je ne dis pas le contraire. Mais l’apitoiement des bien pensant-es du genre « je peux pas imaginer gnagnagna » ne change rien au fait que nous sommes des travailleur-ses. Tous et toutes. Même si ça dérange votre vision bourgeoise du travail et que votre misérabilisme s’en trouve écorchée. Je mettrais demain une liste non exhaustive de texte et vidéo de paroles de TdS parce que votre réponse m’énerve, m’agace, me fatigue, me fait sortir les yeux de la tête.(Je parle a Antreteau, je sais pas trop comment ça marche)

    • L’OIT considérait déjà en 2012 qu’il y avait plus de 5 millions de « travailleur-e-s sexuels forcées » (sans même prendre en compte les mineurs) et que cela générait plus de 100 milliards de dollars de profits dans le monde (principalement en Asie et en Europe). La prostitution contrainte n’est donc clairement pas un sujet mineur. Le fait que des personnes se revendiquent travailleur-euse-s du sexe n’enlève pas le fait qu’une immense population de personnes sont prostituées contre leur gré et si vous êtes passé à Nantes, vous auriez facilement pu vous en rendre compte étant donné que deux artères principales de la ville sont peuplées de personnes dans cette situation.
      De nombreuses femmes prostituées et associations de prostituées refusent absolument ce label de « travailleur-euse du sexe. Penser qu’il se substitue toujours intégralement à prostitué-e est une manipulation, c’était le principal sens de mon premier commentaire. Cela n’enlève en rien la possibilité pour certaines personnes de se revendiquer comme tds, du moment qu’elles ne nient pas que d’autres le refusent et n’envisagent pas la prostitution comme du « travail » sexuel.
      Par ailleurs, si vous pensez que la critique de la prostitution n’émane que de la morale bourgeoise, grand bien vous en fasse, mais il existe de nombreuses critiques féministes et anarchistes qui s’en passe aisément. Si vous avez besoin d’un cordonnier de paille, de chiffres non sourcés et de projections sur l’origine de ma morale pour réfuter ce que je dis, comme il vous sied. Nous ne parlons juste pas des mêmes personnes.

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