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LOL : tout savoir sur la conduite idéale des filles idéales (riches, blanches et hétérosexuelles)

LOL1

Synopsis de Wikipédia

L’histoire sert un portrait de la jeunesse parisienne.

C’est un film inspiré d’une histoire vraie qui tente de donner une image plus ou moins réussie de la vie des adolescents du XXIe siècle des beaux quartiers de Paris (ici probablement du 16e arrondissement). Plusieurs thèmes de l’adolescence entrent en jeu comme le conflit intrafamilial avec pour prédominance la question de la sexualité.

LOL signifie Laughing Out Loud (« mort de rire ») en langage SMS et c’est comme ça que les amis de Lola, 16 ans, l’appellent. Dans un monde connecté en permanence sur internet, Lola et ses amis naviguent entre amitié et histoires d’amour de lycée, tout en évitant leurs parents, parfois insupportables et dépassés. Quand la mère de Lola trouve le journal intime de sa fille, elle se rend compte qu’un fossé s’est creusé entre elles. Donc Anne décide de lui faire quitter son lycée pour la mettre dans le privé, ce que Lola n’approuve pas du tout. Anne, à la suite d’une dispute, donne une gifle à sa fille qui décide de partir vivre chez son père pour une durée indéterminée.

 

Le film suit donc la jeune Lola et ses ami-e-s, mais aussi sa mère, car leurs histoires se répondent. Grâce à l’héroïne et à son double adulte, le film invite à (re)découvrir les sentiers de la sexualité hétérosexuelle et mesurée, seules voies possibles pour une femme qui souhaite être respectée et considérée. Cette leçon est fortement ancrée dans un univers blanc, hétérosexuel et bourgeois. On peut donc regretter que lorsque ce regard s’arrête sur un-e racisé-e (ô combien rares dans le film) ou un-e neuroatypique, ce soit pour en donner une image négative, dans l’infériorisation, tout comme on ne peut que déplorer les barrières qu’il dresse entre des mondes qu’il juge trop différents pour être mis au même niveau : les filles/les garçons.

Au-delà de ces considérations, on peut quand même souligner et apprécier le casting de ce film à succès qui donne, dans une certaine mesure, la parole aux femmes, dépeint positivement la relation mère-fille et pose des questions intéressantes, même si leur traitement peut être jugé problématique.

LOL2Lola, pouvant compter sur le soutien et la présence indéfectibles de sa mère.

*

Les affres de la sexualité débridée

Dès le début, les plans ou les dialogues en disent long sur les personnages.

Les camarades de Lola et en premier lieu, l’une de ses amies, Charlotte, sont dépeintes comme d’inépuisables sources de désirs, d’envies, de chaleur et de lubricité. C’est sur fond de musique lascive qu’est présentée la jeune ado amoureuse de son prof (Charlotte). Comme spectatrices : les autres filles du cours qui se repaissent du spectacle inestimable que représente le jeune prof de maths, lequel, non content d’être l’objet du désir de ces « filles en rut », comme le dira Arthur, est la cible privilégiée de Charlotte qui lui demandera de lui donner des cours particuliers, le poursuivra dans un supermarché alors qu’il y fait innocemment ses courses et le couvrira d’œillades suggestives. S’il n’est pas problématique que ces jeunes filles aient des désirs et qu’ils soient représentés, bien au contraire, il est dommage qu’elles ne soient définies que par ces mêmes désirs.

LOL3Le beau prof sans défense, juste avant qu’il ne soupire sous l’effet de la tension tandis que les filles s’éventent au ralenti sur fond de « Fais-moi l’amour comme à 16 ans… ». Dur, dur de résister au chant des sirènes !

En plus de flasher sur son prof de maths, Charlotte s’adonne au sexe virtuel, couche dans les toilettes du lycée et cherche désespérément à troquer ses culottes « petit bateau » contre des dessous plus appropriés à la vie trépidante qu’elle mène. Elle devra cependant, éviter l’écueil de de Peyrefitte, qui elle, porte des dessous trop sexys. Entre être trop ou pas assez sexy, états tous deux blâmables, chacun-e fixe ses limites, et les injonctions contradictoires faites aux femmes en plus d’être bien gardées les condamnent à être constamment exposées à la critique.

LOL4Le vestiaire des filles, le moment de se rincer l’œil, plutôt deux fois qu’une, ainsi, on y verra, en plus de la culotte de Charlotte, à deux reprises, les fesses rebondies d’Isabelle (de Peyrefitte), ah… le corps morcelé des filles, quoi de mieux ?

Les garçons, a priori pas en reste puisqu’ils sont les partenaires des filles, n’ont pas droit à toute cette publicité. Non, eux, pendant que les filles s’excitent, ils composent, ou en tout cas, ils ne parlent pas que de cul ou de filles. C’est même l’objet d’un petit ressort comique : les deux groupes, garçons et filles, se font face, les filles parlent des garçons et sont persuadées que les garçons parlent d’elles, alors qu’ils parlent poker et musique.

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Au programme donc, pas mal de filles muy caliente avec une obsession, et un mot pour les nommer : « pute ».

*

« Pute, pute, pute, pute, pute » : le doux refrain du film

Charlotte, amie de l’héroïne, s’offre des sex cams et couche avec Paul-Henri dans les toilettes. Elle coule pourtant des jours paisibles sous la coupe d’une mère psychorigide sans craindre l’infamie car elle va sans doute trop loin pour menacer les bienséances. Elle est « couverte » par tout le comique qu’elle génère de par l’exagération de ses actes : mimer une pénétration vaginale par une mini cam dans un poulet cru, se taper « dans le plus grand secret » celui dont personne ne veut dans les toilettes du lycée en gémissant assez fort pour être entendue de l’entrée des toilettes. C’est sur le mode de la dérision que sont traités ses actes, cependant, si elle se cache et essaie de rester discrète c’est parce qu’elle redoute l’insulte la plus répétée du film.

LOL6Charlotte, obligée de se cacher

Quant à Stéphane, qui fréquente et couche toujours avec un garçon qui ne lui accorde que peu d’intérêt, sans savoir pourquoi, elle aura la surprise de voir écrit : « Stéphane = pute » sur une table de cours. Pour quelle raison ? Le film désapprouve sa conduite, sur plusieurs points : elle se donne à Mehdi, qui ne l’aime pas et qui ne se soucie pas de ses sentiments. Elle semble faire peu de cas de son image, de sa sexualité et de son intimité puisqu’elle s’apprêtait, avant d’être interrompue par Mehdi qui « n’avait pas prévu qu’ils se remettraient ensemble », à coucher avec lui sur un lit où se trouve, endormie, la grand-mère de Lola.

Et à la fin du film, puisqu’elle n’a toujours pas compris la leçon, Lola songe à lui transmettre ce savoir fondamental pour une fille idéale : le sexe « c’est mieux avec des sentiments ».

LOL7Stéphane, peu de vertu

Ce n’est pas le cas d’Isabelle, surnommée « de Peyrefitte » mais constamment appelée « cette pute » ou encore « cette tepu », qui affiche arrogamment des mensurations convoitées, une certaine assurance et qui suce dans les toilettes.

LOL8De Peyrefitte, celle qui s’affiche.

Étrangement, ce sont ses « ami-e-s » qui la surnomment ainsi. N’y voyez pas une façon pour le film de dénoncer que derrière cette insulte se cache un outil de dégradation construit contre les femmes, ni un moyen de montrer que le slutshaming est d’une omniprésence navrante, au contraire. Le mot est inlassablement répété, dans sa fonction la plus sexiste (fixer les limites de la sexualité féminine) et putophobe  (rappeler aux travailleu-r-se-s du sexe leur manque de valeur).

*

Telle mère, telle fille

Heureusement, il existe des femmes bien. Il y a Lola, et il y a sa mère. Elles, elles ont des histoires d’amour, pas des coups d’un soir ou des relations vides d’affect.

Lola, en particulier, se démarque de ses camarades car contrairement à elles, elle attend d’aimer et d’être aimée en retour pour s’offrir à l’homme qu’elle aime et surtout, elle mérite d’être respectée et elle le fait savoir. Sa rupture avec Arthur au début du film est houleuse, et Arthur, l’ex, la traite de « pute ». Contrairement à de Peyrefitte, qui se contente de le prendre à la rigolade lorsque ce dernier l’insultera, Lola se bat avec lui au point d’être sanctionnée par la proviseure de son établissement.

Les histoires de la mère et de la fille suivent la même trame. La mère, Anne (Sophie Marceau), est l’ex-femme d’un homme infidèle qui aime « se taper des putes » (comprendre : des femmes qui ne sont pas son épouse), qu’elle revoit néanmoins quelquefois durant son « célibat » (il ne faudrait pas non plus qu’elle aille se souiller avec un tas d’inconnus). Lola apprend au début du film que son grand amour, Arthur, l’a trompée pendant les vacances. S’ensuit un parcours semé de quelques embûches au bout duquel mère et fille trouveront l’amour.

Lorsque la virginale Lola s’apprête à goûter au fruit défendu, ce n’est pas dans les toilettes, comme Charlotte et de Peyrefitte, ni à 13 cm d’une vieille endormie comme Stéphane; c’est avec un parfait missionnaire romantique dans l’intimité d’une chambre qu’ils ont pour elleux seul-e-s et leur première nuit fait écho à la première nuit de la mère avec son nouveau copain. Elles prononceront les mêmes mots, dans la même position, avant l’acte :

Lola : « C’est la première fois »

Anne : «  C’est la première fois… avec un homme qui n’est pas mon mari ».

LOL9Lola, juste avant le grand frisson

Bien que lors d’une discussion entre adultes, trois femmes (Anne et deux de ses amies) aient soutenu face à un homme qui venait de déclarer que les femmes avaient besoin de sentiments pour avoir des relations sexuelles avec des hommes, qu’il faisait fausse route, et que les femmes, tout comme les hommes, pouvaient coucher avec des hommes pour le plaisir ; la fin du film dément cette petite prise de position dérangeante pour l’esprit de l’intrigue et recadre les choses.

En somme, la fausse remise en question des inégalités hommes/femmes face au sexe et cette vision vraie (inspirée d’une histoire vraie) d’ados modernes, est aussi lisible qu’un bon vieux manuel de bonnes manières à l’usage des demoiselles : virginité et fidélité sont les qualités à valoriser des femmes, les autres femmes sont des quantités négligeables.

*

Riches, blanc-he-s, hétérosexuel-le-s et neurotypiques

Le cadre proposé par le film, à savoir le petit univers de la jeunesse dorée parisienne et de leurs riches parents, reprend aussi à son compte ce principe d’exclusion menant à considérer certains groupes de personnes comme étant moins appréciables que les autres.

Blanc-he-s avant tout

Dans ce club très select, les racisé-e-s n’ont que très peu de place. Il n’y a qu’un membre de la bande qui est racisé , Mehdi ; non seulement il n’est pas sur le devant de la scène, mais le portrait qui en est fait est dans une certaine mesure, problématique.

C’est le petit ami de Stéphane, mais dès le début du film, ni l’un, ni l’autre ne peut expliquer ce qui les lie. Tous deux contrariés à l’idée de devoir repasser une année dans la même classe, ils se retrouvent comme fatalement attirés l’un vers l’autre. Du côté de Stéphane, il apparaît assez vite que c’est son faible cœur qui pêche (« j’étais motivée pour l’oublier » déclare Stéphane en le voyant). Du côté de Mehdi, bien moins sentimental, le spectateur est vite invité à comprendre que ce sont les compensations en nature qui l’empêchent de rompre. Lorsque Stéphane trouve une insulte dégradante à son nom sur sa table, elle le soupçonne immédiatement. Rien ne vient la contredire ou apporter une réponse, au contraire, une remarque de Mehdi au début du film, accusant Stéphane d’avoir « le feu au cul », vient valider cette thèse. S’il n’est pas le seul à user de cette insulte (Arthur n’a presque que ce mot à la bouche), on a bien du mal à lui trouver des excuses. Arthur, bien que fautif, incarne l’amoureux éconduit, l’homme trompé, et l’homme dont le meilleur ami a des vues sur son ex, le spectateur est amené à « comprendre » ses éclats. Mehdi a tout pour être comblé, et on n’imagine rien, à part peut-être une naturelle perfidie, qui pourrait expliquer ce geste. Suivant des préjugés malheureusement répandus, le film semble donc nous montrer ce personnage d’homme racisé tirer profit de sa relation avec une femme blanche, sans montrer la moindre gratitude. Ce n’est pas le seul point sur lequel on devrait lui faire la leçon.

Lors du voyage en Angleterre, où tous se montrent incroyablement condescendants et impolis, le « manque de tolérance » de Mehdi face à la jeune trisomique qui lui touche les cheveux est souligné par Maël, le jeune homme blanc et neurotypique, qui lui rappelle « qu’il n’a pas le monopole de la discrimination ». Sic.

LOL10Mehdi : abuse de la sensibilité d’une naïve jeune fille blanche, ne supporte pas d’être touché par une jeune fille neuroatypique.

L’autre personnage racisé à qui on offre 2 secondes à l’écran et une réplique, a tout autant besoin d’être éclairé par Lola et/ ou sa bande. Alors qu’il est invité au concert du groupe de Maël par Lola et son tract qui lui annonce que cela aura lieu dans le 11e, c’est innocemment qu’il demande : « c’est où le 11e ? ». Si loin que ça du 16e ? Pas à la portée d’un lycéen parisien ? Juste pour rire ?

Quoiqu’il en soit, les personnages racisés n’ont rien qu’on puisse leur envier ; quand il ne faut pas leur donner des leçons de tolérance ou de respect, on les entend peu. Au moins on ne peut pas nier leur petite visibilité, ce qui n’est pas le cas de ceux qui ne plient pas sous le joug de l’hétérosexualité.

Hétérosexuel-le-s avant tout

LOL fait clairement l’apologie de l’hétérosexualité. Il est question d’amour et de sexe tout au long du film, chez les adolescents comme les adultes, mais il n’est question que de relations hétérosexuelles. Les rares allusions n’ayant pas trait à l’hétérosexualité, sont source de peur et de désapprobation chez la mère de Lola, qui s’inquiète du chemin que pourrait emprunter sa fille, et chez Maël et Arthur, qui tiennent à détruire dans l’œuf toute nuance d’homosexualité lors de leurs effusions. Ainsi, après que Maël et Arthur se soient mis au clair au sujet de Lola, Maël fait une bise à Arthur pour exprimer son contentement et ce dernier repousse son bras en disant « Enfin n’en profite pas quand même hein ».

Cet angle de vue privilégiant les relations hétérosexuelles fait si grand cas de la sexualité qu’il n’y a aucune place pour l’asexualité. Personne dans le film, qui n’ait pas envie de prendre part à cette joyeuse communion. Tout le monde est sexuel, et tout le monde est heureux. La sexualité qui irradie et dicte ses lois est celle du coït, et alors qu’il est aussi question de découverte de la sexualité et de pratiques sexuelles dans le monde adolescent, la masturbation n’est ni envisagée, ni même mentionnée.

En rétrécissant de fait le champ des possibles, le film remet chacun-e à sa place et chacun-e dans sa case, marginalisant systématiquement celleux qui s’écartent de la norme. Le domaine du genre n’y échappe pas et l’intrigue place ainsi : les garçons d’un côté, les filles de l’autre.

Filles vs garçons

Les portraits faits des filles et des garçons, laissent percevoir des différences qui peuvent laisser perplexes.

Tout d’abord, leurs intérêts et quêtes, sont différent-e-s. Lola et Maël en sont un bon exemple. Lola cherche à découvrir son corps et sa sexualité, tout en préservant son intimité et en vivant un amour passionné. Maël cherche à conquérir puis, par la suite, reconquérir sa belle, s’affranchir de l’autorité d’un père qui ne se soucie pas de ses désirs, à conserver sa belle amitié avec Arthur et à pousser le plus loin possible son art : la musique. Si Lola, bien qu’héroïne, reste cantonnée à son corps et à ses émotions, Maël, grand second rôle, livre des combats, et pas des moindres, car convaincre son père, violent et fermé au possible, qu’il a du talent, n’est pas une mince affaire. Il aspire à changer, à s’extraire d’une situation qui ne lui plaît pas : « tu crois que je veux devenir comme mon père ? ». Ainsi on comprend que ses mauvais résultats ne l’inquiètent pas car il travaille sur autre chose : sa carrière. Une menace pèse sur son amitié avec Arthur , qui lui rappelle, dans un petit élan misogyne, qu’une histoire de fille a aussi été la cause de la séparation des Beatles, menace qu’il désamorcera. Il livre et gagne tous ses combats : il ouvre les yeux de son père, séduit ses fans, conserve son amitié avec Arthur et gagne la belle.

Certains de ces problèmes se posent chez les filles, mais le traitement n’est pas le même. Lola aussi a de mauvaises notes, et sa mère qui « peut comprendre », n’en est pas fière. Son avenir, n’a pas l’air d’inquiéter Lola et sa propension à emprunter les pulls et autres tenues de sa mère, même si elle vient souligner leur complicité, laisse penser qu’elle pense s’en tirer de cette même façon : en tirant de sa mère (ou d’un-e autre) ce à quoi elle ne peut prétendre elle-même, et sans effort. Sans doute une autre façon de dire et de montrer que lorsqu’on est une femme, pour obtenir des choses, il y a toujours une autre voie que celle du travail, de l’accomplissement ou de l’effort. De même, Charlotte a écopé d’une mère qui est le pendant féminin du père de Maël. Psychorigide, froide, pas à l’écoute de sa fille, laissant peu de place pour l’épanouissement de quiconque vivant à ses côtés et contrairement au père de Maël, obnubilée par la sexualité de sa fille, qu’elle brime à plusieurs reprises, pour s’assurer qu’elle continue à porter des culottes petit bateau (c’est bien connu, c’est la pierre de voûte de la vertu). Alors que le père de Maël finit par s’amender et regagne l’estime du spectateur, il ne se passe rien du côté de la mère de Charlotte. Cette dernière accepte passivement cette situation, joue les filles modèles, et la mère qui se leurre à plusieurs reprises et qui dépasse les bornes restera dans l’ignorance. Pour finir, aucune fille n’aspire à quoi que ce soit d’autre que d’aimer et d’être aimée.

LOL11Nous : amitié, amour, musique, lutte contre un père injuste

LOL12Nous : amour, sexe et liberté (pour plus d’amour et de sexe).

La représentation de ces deux groupes est aussi différente : alors que les garçons n’ont jamais besoin d’être dénudés à l’écran, c’est complaisamment que le spectateur masculin hétéro est invité à observer des corps de jeunes filles correspondant aux critères de beauté actuels en tenue légère. Une petite compensation pour les quelques minutes consacrées aux discussions de filles.

C’est donc naturellement que ces deux groupes sont souvent séparés à l’écran. D’un côté, les filles avec leurs histoires de filles, et de l’autre, les garçons avec leurs histoires de garçons. Cette binarité sexiste, en dépeignant les hommes comme des victimes des manigances/demandes/émotions/propos contradictoires des femmes se teinte d’antiféminisme.

*

Du sexisme au masculinisme et à l’antiféminisme

Le film fait souvent des hommes des victimes : victimes des manipulations féminines, victimes des injonctions contradictoires des femmes et de leur misandrie.

Le jeune et beau professeur de maths est la victime de ses élèves qui s’enflamment en pensant à lui (s’il dérape, on ne pourra pas dire qu’il n’a pas essayé de résister!).

Maël, le preux chevalier, qui vient souvent au secours de Lola harcelée par Arthur, d’Arthur victime de son cœur brisé, et de Mehdi manquant de tolérance, est la victime de cette même Lola, qui l’accuse sans preuves irréfutables, refuse d’entendre son explication, et l’attaque là où ça fait mal, sa virilité « comme ça y en a une au moins qui sait que t’es pas impuissant ! ». Encore un homme injustement accusé. Il l’aime et n’a rien fait, elle  est persuadée qu’il l’a trompée, elle ne lui laisse pas le temps d’en placer une et elle lui rappelle qu’il n’a pas été sexuellement performant avec elle avant de partir. Les femmes, ces êtres avec qui il n’est décidément pas possible de discuter, et qui vous démoliront en tant que mâle dès qu’elles en auront l’occasion (même les plus sympas).

En outre, si on suit le film, les femmes n’ont pas le monopole des injonctions contradictoires, au contraire. Les injonctions qu’elles subissent ne sont pas problématisées ou mises en mots. Les choses sont plus claires du côté des hommes, les attentes contraires qu’ils subissent sont mises en relief. Ils seraient pris entre deux feux : respecter les femmes ou les satisfaire dans leur désir de ne pas être respectées ?

Julien, l’ami serviable, ne souhaite qu’une chose : respecter son amie Lola, il ne comprend donc pas qu’elle veuille coucher avec lui juste pour ne plus être vierge.

LOL13« Quand on vous respecte pas on est des gros bâtards et quand on vous respecte, ça vous fait chier…vous êtes vraiment tarées les meufs», dit Julien.

A cela s’ajoute une supposée misandrie ambiante, qui fait de tous les hommes, même les plus honnêtes, des êtres dont il faut se méfier. Les pauvres sont ainsi injustement accusés par les femmes d’appartenir à « la grande congrégation des salauds ». C’est ainsi que se défend un ami d’Anne en laissant entendre que les femmes avec qui il discute se liguent contre un ennemi commun : le salaud en puissance.

Des victimes masculines à l’antiféminisme par le biais d’un renversement subtil des rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes permettant d’invisibiliser les véritables oppressions en place, il n’y a qu’un pas.

Les hommes ne sont même pas les seuls porte paroles de ces idées antiféministes puisqu’Anne et sa mère viendront, l’une après l’autre et chacune à sa manière, réaffirmer la nécessité du couple hétérocomposé et des limites à fixer à la sexualité des filles / femmes.

La mère d’Anne d’abord, grand-mère de Lola, assistant à une dispute entre sa fille et sa petite fille, soupire : « ça manque d’homme ici ! ». Mettant donc en doute la capacité d’une ou plusieurs femmes (elle vient en renfort aider sa fille régulièrement) à élever correctement des enfants, valorisant l’homme dans la gestion des conflits, soulignant la nécessité d’un couple hétérosexuel comme solution et idéal de la parentalité.

Dans une autre scène, Anne, en vient à se demander, au vu de l’attitude de sa fille, si « on n’est pas allées trop loin avec cette idée de révolution sexuelle ». Mettre cette remise en question dans la bouche d’une femme, une femme qui défendait au départ l’idée d’une égalité homme/femme sur le plan de la sexualité et qui plus est dans la bouche d’un modèle (Lola et sa mère incarnent les filles idéales) n’est pas anodin. C’est d’abord un moyen de ne pas rappeler que ce sont surtout les hommes qui profitent des limites imposées aux femmes. Ensuite, le-a spectateur-rice est invité-e à s’identifier à ce personnage et à se ranger à cet avis (c’est une question rhétorique) ou à reprendre à son compte cette question : puisque Lola se drogue, drogue sa grand-mère pour se rapprocher d’un garçon, puisque sa copine fait des sex cam et couche dans les toilettes sans attaches affectives, puisque toutes ces jeunes filles font ce qu’elles veulent… n’est-on pas allé-e-s trop loin ?

Anne, ma sœur Anne

EDIT du 15/07/2016 :

Suite au commentaire de Doriane, j’enlève la phrase « Même si ses agissements dans les toilettes sont rappelés, rien de sexuel ne viendra justifier[1] en contexte le fréquent recours à ce mot pour la nommer, si ce n’est son aplomb, son côté extraverti et sa plastique. », pour ne pas risquer de laisser entendre que quoi que ce soit puisse « justifier » l’emploi de l’insulte « pute » (comme je tentais de le clarifier dans la note [1], que j’enlève donc également, et qui précisait : « Non que quoi que ce soit puisse justifier cette insulte, mais le sens premier a trait à la sexualité et même cet aspect ne prend pas tout son sens ici, c’est dire à quel point l’emploi de ce mot est inutile et critiquable »).


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21 réponses à LOL : tout savoir sur la conduite idéale des filles idéales (riches, blanches et hétérosexuelles)

  1. Merci beaucoup pour cet article !
    Surtout la dernière partie sur l’antiféminisme, qui m’étais complètement passée au-dessus de la tête, n’étant pas autant sensibilisée à la question à l’époque.

    J’ai vu ce film à sa sortie quand j’étais ado (en plein dans l’âge des personnages) et il m’avait beaucoup plut, mais je m’étais sentie très mal en tant que jeune fille n’ayant aucun point commun avec les personnages. On a un peu à faire à des « fantasmes de personnages d’ados » (je ne sais pas si ça existe vraiment en France des ados comme ça, ou alors c’est vraiment une infime partie…Dans le genre, le film « Les Beaux gosses » de Riad Sattouf, sorti à peu près en même temps, est bien plus réaliste), mais encore, ce n’est pas vraiment le problème (même si ça rend mal à l’aise en tant que personne du même âge de ne pas correspondre à cette soi disant norme parfaite blanche, riche et hétérosexuelle).

    Pour le personnage de Mehdi, il me semble qu’il est plus défini par sa judéité (c’est le bon mot ?) que par son côté « racisé » (d’ailleurs, vous le trouvé « racisé », vous ? Moi je l’ai vu comme blanc personnellement…) : Stéphane montre un pendentif avec une étoile de Juda et dit que c’était pour « faire comme Mehdi » par exemple, et Maël dit « C’est bon, vous avez pas le monopole de la discrimination » en parlant des Juifs il me semble.

    • Anne, ma soeur Anne

      Tu as peut-être raison concernant Mehdi, il faut que je revoie ce passage du film.

    • Il me semble que si Medhi est juif ca ne fait pas de lui un blanc.

      • La religion n’a rien à voir avec la couleur de peau, il me semble.

        • C’est vrai.

          Mais beaucoup de gens hélas considèrent les juifs comme une race ou au moins des gens à part.

          Il suffit de voir « Qu’est-ce qu’on fait au bon dieu ». Avec d’un coté les gendres respectivement arabe, asiatique, noir, et juif. Et l’autre les « vrais » français c’est-à-dire blancs et CATHOLIQUE.

        • Sauf que c’est pas qu’une religion.

          Et si tu vois Mehdi blanc, je crois que tu as un petit problème de colorblind…

          • Ça fait longtemps que j’ai vu ce film mais pour moi Mehdi ne rentrai pas dans l’habituel quotat du mec/ de la fille racisée dans le groupe de blanc-hes, qui est récurrent. Je l’ai plus perçu comme « le Juif » du groupe, ce qui n’est pas mieux, je suis d’accord !
            Je pense juste que le film insiste plus sur sa différenciation par rapport au groupe du fait de sa religion (les autres n’ont pas l’air d’en pratiquer une, ou en tout cas on n’en fait pas mention).

            En quoi être Juif n’est « pas qu’une religion » ???? De quoi parlez vous ? C’est dans le sang, c’est ça ???

          • Douffie Shprinzel

            Je n’ai pas vu le film, mais je suis juive agnostique, et je réponds sur la racisation des juif.ve.s : oui, elle est bel et bien là.

            L’antisémitisme est une forme de racisme; à ce titre, les juif.ve.s sont racisé.e.s, autrement dit, la catégorie de juif.ve est une catégorie de race (sociale, et non biologique).

            D’ailleurs, c’est valable pour toutes les minorités religieuses opprimées, j’avais beaucoup aimé cet article de João Gabriell qui détaille bien les choses dans le cas des musulman.e.s. : « L’urgence de la dé-essentialisation : peut-on réduire les « musulmans » à la seule lecture du Coran ? »

            Autre article en lien : https://bananesecrasees.wordpress.com/2015/12/30/juif-athee-racialisme/

    • Il me semble que c’est un autre personnage du film, David, qui est juif, et c’est une autre fille du groupe (qui a un rôle moins important et dont j’ai oublié le prénom) qui est amoureuse de lui et porte cette étoile pour attirer son attention. S’agissant du passage où Maël dit à Mehdi qu’il n’a pas « le monopole de la discrimination », j’avais moi aussi plutôt compris ça comme une référence au fait qu’il est racisé. 😉

      • @Douffie Shprinzel
        Merci beaucoup, c’est super intéressant ces liens que vous avez joint !
        Je m’excuse du coup d’avoir fait ce raccourci en parlant des pratiquants du Judaïsme, j’avoue que je ne connais pas grand chose sur la question.

        J’ai un peu de mal avec cette idée de « culture juive » ou « culture chrétienne/musulmane » car je pense que cela est souvent instrumentalisé par certains personnages médiatiques à des fin discriminatoires et racistes (par exemple lorsque Zemmour dit que la France est un pays de culture chrétienne pour en exclure de fait les autres religions…). Je suis tout à fait d’accord (comme dans le texte sur la judéité athée) pour prendre comme marqueur d’appartenance à une communauté religieuse les discriminations subies à cause d’une appartenance (ou prétendue appartenance) à cette communauté.

        • Douffie Shprinzel

          Merci beaucoup, c’est super intéressant ces liens que vous avez joint !

          Avec plaisir !

          J’ai un peu de mal avec cette idée de « culture juive » ou « culture chrétienne/musulmane » car je pense que cela est souvent instrumentalisé par certains personnages médiatiques à des fin discriminatoires et racistes (par exemple lorsque Zemmour dit que la France est un pays de culture chrétienne pour en exclure de fait les autres religions…). Je suis tout à fait d’accord (comme dans le texte sur la judéité athée) pour prendre comme marqueur d’appartenance à une communauté religieuse les discriminations subies à cause d’une appartenance (ou prétendue appartenance) à cette communauté.

          Oui, je vois ce que vous voulez dire, mais on n’est pas forcé.e.s de passer par ces expressions pour analyser les oppressions sur des minorités religieuses non plus.

          Après, je pense que « culture chrétienne », « culture juive » et « culture musulmane », bien que semblant faire écho, sont assez différents.

          –> « Culture juive », pour commencer par ce que je connais le mieux : historiquement les juifs ont vécu en diaspora, en communautés minoritaires au sein d’un pays, avec des statuts extrêmement différents d’une époque à l’autre et d’un pays à l’autre. Et bien sûr, pendant tout ce temps, on développe une culture, avec des influences du judaïsme entre autres (ce serait artificiel de séparer totalement religion et culture), le développement de judéo-langues, etc. Je n’ai pas d’opposition politique à faire aux gens qui préfèrent définir la judéité en négatif de l’antisémitisme (est juif celui qui est visé par l’antisémitisme), et de rajouter, pour les juifs religieux, le judaïsme. Personnellement j’ai une approche un peu plus « positive » de la judéité (pas au sens « bien », mais au sens d’une définition moins « passive » que juste « subir / devoir faire face à l’antisémitisme », j’espère être à peu près claire). Du coup moi j’aime bien parler de culture juive, elle est plurielle, ya eu des communautés juives dans un grand nombre de pays, européens mais aussi en Inde, en Éthiopie, au Yémen, etc. On peut se demander quel est le lien entre elles, c’est vrai, mais par exemple, si l’on s’intéresse aux judéo-langues, il y a des similarités. Perso je trouve juste ça un peu déprimant de juste se positionner par rapport à l’antisémitisme et je préfère avoir une approche plus « positive » de la judéité, mais je pense que les deux sont tout à fait valables politiquement.

          –> « Culture musulmane » : honnêtement, je connais beaucoup moins bien le sujet, mais déjà je pense qu’il n’y a pas, comme les juifs, de diaspora qui amène à développer des cultures « très locales ». L’islam est la religion majoritaire dans de nombreux pays, qui ont des cultures très différentes, encore une fois on parle de quelque chose de très pluriel. Et justement, l’islamophobie, il me semble que (pincettes, je ne suis pas sûre de moi), c’est à la base essentiellement de l’arabophobie qui se cache, même si après elle touche des personnes musulmanes noires, asiatiques, etc. Quand on regarde l’islamophobie, on s’aperçoit qu’elle s’inscrit en plein dans une histoire coloniale (par exemple dans ce super article). Donc parler de « culture musulmane », ça peut être une manière raciste de parler des arabes en prenant une posture anti-religieuse pour ressortir tous les arguments racistes, mais pas nécessairement non plus (après je suis pas la mieux placée pour en parler).

          Après c’est sûr que quand c’est Élisabeth Lévy qui dit « on a le droit de pas aimer la culture musulmane comme on a le droit de pas aimer la culture juive », ça met en lumière la façon dont ces expressions peuvent être utilisées.

          –> « Culture chrétienne » : c’est vrai que ça fait penser aux discours des Le Pen, hein ? « notre douce france chrétienne, heu, laïque »… mais si on regarde « judéo-chrétienne »; c’est limite pire — j’ai une dent contre cette dernière expression. En fait, il y a historiquement eu des chrétiens, des juifs, des musulmans en Europe. Et il y a eu des siècles de persécutions, qui fait que quand j’entends « judéo-chrétien », j’entends à la fois un effacement de la présence musulmane en Europe et une tentative de « blanchiment » des juifs pour se racheter une morale antiraciste après la seconde guerre mondiale, tout en faisant oublier que non, le génocide juif des nazis n’a pas été une anomalie de l’histoire, mais au contraire l’aboutissement de siècles d’antisémitisme.
          C’est vrai que « culture chrétienne » ça fait très facho. Je ne sais pas s’il y a des trucs positifs à dire sur cette expression, à part que perso je préfère me placer sur des bases où on n’efface pas des siècles de persécutions religieuses. Mais ça, ça ne sera pas lors d’un débat avec des fascistes selon leurs expressions de toute façon. ^^

          Bref, tout ça pour dire, « culture juive » ne me gêne pas puisqu’il y a bien eu des langues, des communautés juives, encore faut-il regarder l’histoire, prendre en compte l’antisémitisme, la pluralité des juifs et des situations dans lesquels ils ont été. « Culture musulmane » ou « culture chrétienne » renvoie à des trucs assez différents, et différents entre eux; je passe mon tour pour donner mon avis sur ces expressions.

          Mais quoi qu’il en soit, la religion c’est très politique, c’est très social, c’est culturel, les sociétés sont très religieuses, donc, comme l’explique João Gabriell, on ne peut pas réduire les juifs ou les musulmans ou les chrétiens à ceux qui lisent la Torah / le Coran / la Bible…

          Valà, désolée pour le pavé !

          • J’avais jamais fait gaffe à ce qu’il pouvait y avoir de problématique dans l’expression « judéo-chrétien-ne », mais maintenant que tu le soulignes, ça crève les yeux quand on remet les éléments en perspective… merci !

      • @Arabella
        Je crois que tu as raison pour Mehdi ! C’est le personnage de David avec lequel je l’ai confondu, autant pour moi, il y a un moment que je n’ai pas vu ce film 🙂

  2. « L’histoire sert un portrait de la jeunesse parisienne »
    Je suis toujours épatée par la propension des films français à représenter la jeunesse de manière aussi peu réaliste. Ayant passé mon bac il y a deux ans dans un lycée privé parisien, je pense être suffisamment bien placée pour vous révéler que : personne ne baise dans les toilettes (quelle idée), les lycéennes ne fantasment/ne harcèlent pas les jeunes profs stagiaires, peu de lycéens ont en fait des rapports sexuels réguliers (ou des rapports sexuels tout court), les lycéens passent en fait une grosse partie de leur temps à étudier (mais ça, ça n’intéresse pas le spectateur blanc hétéro qui fantasme sur les mineures en petites tenues), et malheureusement vous n’avez meme pas besoin de baiser pour être traitée de pute.
    Bon ok, j’étais dans un lycée de l’est de Paris, de population moyenne classe/superieure, c’est vrai que nous n’avons pas les tourments de la bourgeoisie parisienne nous autres descendants de prolétaires obligés d’étudier au lieu de participer aux grandes orgies des lycées du 16eme, dont on sait tous pertinemment qu’elles n’existent que dans les fantasmes des cinéastes.

    • Je ne suis pas sûr que ce soit une spécificité française. Même si je n’ai jamais été dans une fac aux Etats-Unis, je doute que la vie des étudiants américains ressemble au festival d’orgies qu’on peut voir dans des films comme « les lois de l’attraction » ou « spring breakers ».

  3. Anne, ma soeur Anne

    Je tiens à remercier l’équipe du Cinéma est politique, qui m’a aidée à faire d’une note superficielle, cet article plus étoffé.

    Anne, ma soeur Anne

  4. Merci tellement pour ce site, qui est juste tellement bien écrit, fourni! Je trouve que le cinéma français, contrairement au cinéma américain, est à des années lumières de capter l’état adolescent, sauf quelques exceptions (Respire de Mélanie Laurent, Les Beaux Gosses, Simon Werner, Bande de Filles). Mais à part ça, c’est toujours les mêmes archétypes dans le cinéma d’auteur ou populaire français : blanc, bourgeois, vivant dans le 16e, et ayant déjà une pensée adulte, un air mélancolique, et un parcours idyllique tout tracé. Comme toujours, écrit par des hommes de la quarantaine, fantasmant sur l’adolescent, sans même se soucier de la réalité. Sans compter les fantasmes féminins de ces auteurs. Un film sur l’adolescence qui m’a marquée tout récemment, mais qui n’a pas eu tellement d’écho en France, où il est sorti incognito est « Diary of a Teenage Girl », qui traite de sexualité féminine adolescente de manière assez frontale et osée, tout en gardant le côté taboue. Ce sera génial que ce film soit analysé!

  5. « Non que quoi que ce soit puisse justifier cette insulte, mais le sens premier a trait à la sexualité et même cet aspect ne prend pas tout son sens ici, c’est dire à quel point l’emploi de ce mot est inutile et critiquable. » :

    Je vois pas trop dans quel contexte (« non sexuel » ?) l’insulte « pute » (ou tepu) ou ce terme utilisé comme une insulte peut se justifier. Pourriez vous éclairez ma lanterne ?

    • Anne, ma soeur Anne

      J’ai du mal à comprendre la question…

      Tu penses que cette insulte ne se justifie pas, quel que soit le contexte? Ou tu n’imagines pas qu’elle se justifie en dehors d’un cadre sexuel?

      Si ton avis est le premier, nous sommes d’accord. J’expliquais seulement que « d’habitude » cette insulte est liée au sexuel, ce n’est même pas le cas là, c’est pour bien montrer que l’emploi de ce mot est inutile et critiquable.

  6. « Dans une autre scène, Anne, en vient à se demander, au vu de l’attitude de sa fille, si « on n’est pas allées trop loin avec cette idée de révolution sexuelle ». Mettre cette remise en question dans la bouche d’une femme, une femme qui défendait au départ l’idée d’une égalité homme/femme sur le plan de la sexualité et qui plus est dans la bouche d’un modèle (Lola et sa mère incarnent les filles idéales) n’est pas anodin. C’est d’abord un moyen de ne pas rappeler que ce sont surtout les hommes qui profitent des limites imposées aux femmes. »

    Et votre formule est un moyen de ne pas rappeler que ce sont surtout les hommes qui profitent de l’annihilation des limites sexuelles des femmes et des injonctions actuelles permanentes à l’hypersexualisation des jeunes filles sous peine d’être estampillées « prudes », « bourgeoises », « frigides » ou « coincées » (comme Lola et sa mère ?).

    Il y a de bonnes raisons pour les femmes de ne pas révérer l’entourloupe monumentale que la révolution sexuelle de 68 a opérée en leur promettant la « liberté » sans leur garantir l’égalité. Pour reprendre la formule de Marx sur le libéralisme, c’est la liberté du renard libre dans le poulailler libre. Devinez qui est le renard et qui sont les poules, ce n’est pas très très dur.

    Sans doute que la lecture d’Andrea Dworkin et d’autres féministes qui ont vécu aux premières loges la révolution sexuelle, qui l’ont portée en étendard, et qui en sont ressorties cassées après être passées de mains en mains parce que dès qu’elles voulaient placer une limite à l’accès sexuel de leur corps on leur tombait sur le poil en les culpabilisant à coups de « bourgeoises » et de « puritaines », vous ferait le plus grand bien.
    C’est de là qu’est née la vague de féminisme des années 1970. Donc, ne vous en déplaise, ça fait depuis au moins 45 ans que la critique analytique de la révolution sexuelle est affaire surtout de femmes, de femmes qui réclament l’égalité des sexes, et qu’elle est étouffée en permanence par des hommes qui les estampillent « rétrogrades », « castratrices » et « étroites d’esprit ». (Il ne faudrait tout de même pas que les femmes mettent des limites à la sexualité… masculine !)

    Je trouve votre critique « féministe » et « anti-raciste » de « LOL » aussi problématique et maladroite que le film lui-même. Vous m’en voyez déçue.

    • Anne, ma soeur Anne

      Anne est loin de songer à l’entourloupe monumentale que la révolution sexuelle a opérée lorsqu’elle se demande comment elle va pouvoir remettre sa fille sur le droit chemin de la virginité ou à défaut, de la fidélité ou de la mesure.

      Il ne me déplait pas que cela fasse 45 ans que cette critique analytique de la révolution sexuelle soit en place, mais la critique bien moins poussée d’Anne, n’est qu’une autre réaffirmation de la nécessité de contenir la sexualité et la conduite féminine, refrain passé et actuel.

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