Accueil » Tous les articles » Cinéma, Tous les articles » Jurassic World (1/2) : le film qui fait mâle

Jurassic World (1/2) : le film qui fait mâle

JurrassicWorldUnderwater

Jurassic World prend place 20 ans après la fin des évènements du premier film, sorti en 1993 et réalisé par Steven Spielberg. Le fameux parc à dinosaures rêvé par John Hammond, décédé, a enfin ouvert ses portes. Sa gestion est confiée à Claire Dearing par Simon Masrani, exécuteur testamentaire d’Hammond. Ce dernier souhaitait que le maximum de personnes, sans condition de revenus, puissent contempler de leurs yeux des dinosaures vivants. Si Masrani tente tant bien que mal de rester fidèle à la philosophie du créateur, Claire Dearing est quant à elle uniquement préoccupée par le profit. Sous sa direction, un dinosaure extrêmement dangereux va être créé, l’Indominus Rex. Évidemment, celui-ci va rapidement s’échapper de son enclot et semer la terreur dans le parc.

Le film propose au spectateur de suivre deux histoires parallèles qui s’interconnectent parfois : d’un côté, les péripéties de Claire Dearing et d’Owen Grady, dresseur de raptors, qui vont tenter d’endiguer le carnage; de l’autre les aventures de Zach et Gray Mitchell, les jeunes neveux de Claire, égarés dans le parc. Deux storylines si ouvertement virilistes et sexistes que ma copine, pourtant pas du tout sensibilisée au féminisme, a passé le film à s’insurger devant les insultes que le film lui crachait au visage en tant que « faible femme ». Qu’on se le dise, les dinos, c’est pas pour les femmelettes, et le film va s’attacher à nous le prouver en usant de tous les poncifs possibles et imaginables avec un premier degré confondant : femmes en pleurs, femmes hystériques, femmes désemparées, femme qui-n’a-pas-d’enfant-donc-forcément-c’est-louche, femme-sans-cœur-parce-qu’elle-fait-carrière et homme au regard d’acier qui n’a peur de rien. En avant pour le train fantôme.

Attention, toute l’intrigue du film est spoilée dans cet article.

 

 

Jurassic World, un film profondément sexiste

Le traitement des femmes dans Jurassic World – Claire Dearing

Claire Dearing, la dirigeante du parc, est une femme ayant privilégié sa carrière plutôt que sa vie familiale : comprenez par là qu’elle n’a pas d’enfant (ni même de mari, c’est louche !). Une entorse à son rôle de femme que le film va mettre à soin particulier à corriger, d’abord en présentant Claire comme un mauvais modèle de féminité en la faisant paraître :

– hésitante (elle ne sait quoi faire lorsque l’Indominus s’échappe),
– ignorante (il lui est reproché d’avoir maintenu l’Indominus isolée)
– désagréable (elle se montre dominatrice avec ses employés)
– peu affectueuse (elle est mal à l’aise lorsque son neveu Gray lui fait un câlin)
– irresponsable (elle ne s’occupe pas de ses neveux et s’est écartée du chemin désiré par Hammond)

Dearing est présentée d’emblée comme une femme antipathique et peu spontanée (en opposition avec la spontanéité d’une bonne vieille crise d’hystérie typiquement féminine, n’est-ce pas ?). Sa première apparition la met en scène en train de répéter un discours marketing dans un ascenseur, juste avant d’afficher un sourire de façade devant de potentiels investisseurs pour le parc, ce qui fait de Claire un personnage immédiatement désagréable. Lors de la scène suivante, Claire accueille ses neveux Zach et Gray en étant AU TÉLÉPHONE et manifeste à leur égard une certaine gêne : elle hésite à serrer Gray dans ses bras et ses premières paroles sont « oh ! Mais… euh… Dis dont tu es mignon comme tout. Et toi [Zach], la dernière fois que je t’ai vu tu étais… [petit]. Ça va faire quoi, 3,4 ans ? ». Le film montre ainsi que Claire est mal à l’aise avec les enfants, que cela fait fort longtemps qu’elle n’a pas vu ses neveux et donc qu’elle se fiche de les connaître. Deux points que Jurassic World présente comme des tares à corriger, ce que Zach s’empresse immédiatement de souligner en corrigeant sa tante… qui s’écrase : « 7 ans, tante Claire, ça fait 7 ans. Mais t’étais pas loin. » Cette scène a pour effet d’induire chez le spectateur le fait que Claire est égocentrique et carriériste au point de n’avoir que faire sa famille.

Claire s’empresse alors de les confier à Zara Young, son assistante. La scène s’achève sur une Claire à nouveau focalisée sur son téléphone et incapable de savoir à quelle heure se couchent de jeunes garçons, une méconnaissance présentée là encore par le film comme condamnable.

Il est intéressant de noter que Claire Dearing est un personnage similaire à John Hammond  (au sens où elle est la directrice du parc et que ses actions conduisent plus ou moins directement à la catastrophe) à ceci près :
1) qu’elle est vénale alors que lui se fiche du profit (voir plus bas)
2) qu’elle ne s’occupe pas de ses neveux alors que dans le premier film, Hammond est représenté comme très proche de ses petits-enfants et très affectueux dès leur première apparition.

Du coup, sur ce point aussi, on note la différence de traitement entre ces deux personnages : à situation égale (deux enfants livrés à eux-mêmes dont chacun était censé s’occuper), monsieur est tout de même un type sympathique et inquiet pour les enfants, un grand maladroit qui suscite de la compassion, alors que madame est d’emblée présentée comme détestable et irresponsable.

"Les enfants !"

« Les enfants ! »

JW_Hammond2

Par ailleurs, Claire est présentée comme vénale (encore un trait ordinairement attribué aux femmes !). En effet, l’exécuteur testamentaire de John Hammond, Simon Masrani, est présent dans le film pour « cadrer » Claire Dearing qui, en femme carriériste, oublie que « John Hammond n’a pas une fois parlé de profits » : « N’oubliez pas le principal Claire, Jurassic World existe pour nous rappeler combien nous sommes tout petit. Cela n’a pas de prix. » Avant de lui asséner, au cours d’un vol en hélicoptère : « Maintenant s’il-vous-plaît… Là on vole ! », un « ta gueule » à peine voilé. Une consigne que Claire n’a pas respectée car elle a créé l’Indominus pour augmenter les profits.

Durant toute la première moitié du film, Claire Dearing est donc présentée comme une femme carriériste et irresponsable, puisque c’est elle qui a supervisé la création de l’Indominus Rex, le dangereux dinosaure, sans même consulter Owen Grady qui, pour une raison mystérieuse (il n’est que dresseur de raptors et pas spécialiste en sécurité) semble être habilité à valider ou non la sécurisation d’un enclot. Probablement parce que ce type de compétence est inné chez l’Homme. Suite à l’évasion de l’Indominus, Claire passe son temps à donner des ordres au téléphone et garde plus ou moins son sang-froid, ce qui pourrait en faire un excellent personnage féminin. Mais ce n’est pas là l’objectif de Jurassic World. Car au milieu du film, en compagnie du viril Owen, Claire va enfin se décider à PLEURER comme toute femme digne de ce nom se doit de le faire en découvrant que l’Indominus a massacré tous les diplodocus du parc. Ce versement de larmes n’a rien d’anodin, car c’est le début du processus de « remise à sa place » de la femme. En effet, Claire, qui était jusque-là indépendante et détentrice de l’autorité, va se transformer en side-kick d’Owen Grady. Et c’est clairement annoncé par l’homme en question après une remarque sur les talons de la jeune femme : « t’es prévenue, ici c’est moi qui donne les ordres, tu fais tout c’que j’dis comme j’le dis. » Avec la petite précision nécessaire pour empêcher toute hystérie féminine : « on reste zens. »

Tu la sens ma grosse autorité, tu la sens ?

Tu la sens ma grosse autorité, tu la sens ?

Deux idées foncièrement sexistes sont à l’œuvre ici : premièrement, il s’agit de ramener la femme à ses émotions, à sa sensibilité, parce que c’est ça la « nature de la fâme » (l’homme c’est l’intelligence/la raison/la pensée/le cerveau, la femme c’est les sentiments/l’émotion/le cœur), et Claire s’en était coupée en étant trop carriériste. Deuxièmement, c’est à l’homme qu’il incombe de guider la femme, de la révéler à sa féminité. D’abord en lui montrant ce qui est censé faire pleurer une femme (des diplodocus morts), après en devenant son mâle alpha (leur union hétérosexuelle s’impose comme naturelle à la fin du film, car une « vraie femme », si elle est vraiment féminine, elle est attiré par l’homme viril et fini dans ses bras).

JW_Redemption

Le début de la rédemption pour Claire-la-carriériste : se laisser aller à ses émotions. A moins qu’elle souffre d’une Jean-François-Copédite aigue et soit simplement profondément choquée.

Dès lors, Claire n’est plus bonne qu’à suivre Owen dans ses péripéties pour ramener l’ordre, et à s’inquiéter pour ses neveux (enfin une attitude sensée pour une fâme !). La perte de pouvoir de Claire est pourtant présentée comme positive en fin de film, car c’est elle qui va risquer sa vie pour libérer le T-Rex afin de celui-ci puisse détourner l’attention de l’Indominus, une attitude qu’elle n’a pas eu au début du film, lorsqu’elle était encore femme de pouvoir, se contentant alors d’aboyer au téléphone et sur ses employés. Autrement dit : n’aie pas peur de t’abandonner aux hommes, femme, ils te rendront émotive et secourable mais aussi forte et courageuse. C’est un bon deal non ? Non. Car :

1/ L’évolution du personnage de Claire prend d’abord la forme d’une féminisation. En effet, elle est clairement ramenée à sa féminité, d’abord dans la scène où elle verse une larme pour les diplodocus morts et s’ouvre ainsi à ses émotions, puis dans toutes les scènes où elle veille sur ses deux neveux (et retrouve ainsi un rôle maternel qu’elle fuyait au début du film). Parallèlement, elle passe sous la domination de l’homme viril, alors qu’elle était au départ sa supérieure hiérarchique.

2/ Le personnage peut sembler acquérir un rôle positif dans la deuxième partie en partageant l’action avec le personnage masculin principal (elle tue un dino volant qui attaquait Owen, conduit la voiture poursuivie par des raptors, libère le T-Rex à la fin du film, etc.). Or on peut tout de même avoir de gros doutes sur le potentiel féministe de ce personnage. En effet, la figure de la femme d’action n’a rien de féministe en soi, mais peut très bien correspondre avant tout à un fantasme masculin (surtout lorsqu’elles sont sexy et peu vêtues). Typiquement, le fait que Claire parviennent à courir presque aussi vite qu’un T-Rex avec des talons aiguilles est un indice parmi d’autres du fait que cette figure féminine qui est forte et sexy à la fois est un pur fantasme masculin qui nie la réalité de l’oppression féminine (la réduction de la liberté de mouvement qu’imposent les tenues imposées aux femmes, ici les talons). Le film l’objectifie d’ailleurs à plusieurs reprises, notamment lorsqu’elle se retrouve à terre, en position de vulnérabilité (cf image ci-dessous).

JW_Vulnerable

Une femme à quatre-patte, en sueur et bouche ouverte, ça ne peut qu’être un hasard. Un hasard très hétéro.

A noter que si Claire fait preuve d’un héroïsme que l’on pourrait penser typiquement masculin en libérant le T-Rex, il n’est est rien : alors qu’Owen affronte sans cesse les dinosaures face à face, voire en donnant des ordres à ses raptors, Claire ne sert que d’appât.

Bref, Claire Dearing est présentée comme un contre-modèle de féminité, un repoussoir que les personnages masculins vont tenter de remettre dans le droit chemin lors de la seconde moitié du film. Comment ? En la « féminisant » selon les critères de la société machiste (laisse couler tes larmes, femme), enfin en lui faisant suivre une sorte de rédemption visant à faire comprendre au spectateur que quand même, le rôle principal d’une femme, c’est de faire des enfants et d’avoir un mari (cf. la fin du film et les regards plein d’envie que Claire lance à ses neveux lorsqu’ils tombent dans les bras de leurs parents, avant de regarder Owen, son nouveau mâle. La dernière réplique du film est d’ailleurs :
Claire : « Et nous maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? »
Owen : « On se quitte plus. » Le mariage et les enfants ne sont pas loin, vu les valeurs réactionnaires véhiculées par le film, comme nous allons le voir tout au long de cet article.

Jurassic World s’acharne à rendre une femme de pouvoir plus féminine en lui attribuant les traits de caractère d’ordinaire dévolus au « sexe faible » : désintérêt pour la carrière professionnelle, intérêt pour les enfants, émotivité, besoin de se reposer sur un homme (le film est évidemment hétéro-centré au possible), etc…

 

Le traitement des femmes dans Jurassic World – Karen Mitchell

La mère de Zach et Gray, Karen Mitchell n’a qu’un tout petit rôle dans Jurassic World, mais il est extrêmement significatif car il représente en quelque sorte la mère de famille telle qu’elle devrait être : elle pense sans cesse à ses enfants, pleure à chacune de ses apparitions (au sujet de ses enfants, ce qui montre à quel point elle les aime) et travaille néanmoins. Au début du film, Karen fait la valise de son plus jeune fils (Gray) et accompagne ses enfants à l’aéroport avant de lâcher une larme devant eux, tandis que son mari ET Gray lèvent les yeux au ciel. Avant évidemment de s’inquiéter de voir sa progéniture s’envoler si loin. Heureusement, son homme lui assure que « c’est rien du tout. »

Par la suite, Karen n’apparaîtra qu’à deux reprises mais à chaque fois pour faire travailler ses glandes lacrymales :
– Une première fois en pleine réunion avec ses collègues masculins lorsqu’elle apprend que ses enfants chéris ne sont pas avec leur tante mais avec une nounou.
– Une seconde fois à la fin du film lorsqu’elle retrouve ses enfants sains et saufs, en se noyant dans la chevelure de Gray tandis que son mari enlace virilement Zach.

Karen Mitchell est donc un personnage féminin typique de fiction : elle est émotive et hystérique.

Mes enfants aux mains d’une nounou ? Enfer et damnation !

Mes enfants aux mains d’une nounou ? Enfer et damnation !

 

Le traitement des femmes dans Jurassic World – Zara Young

Zara Young est en charge de faire visiter le parc aux neveux de Claire, dont elle est pourtant l’assistante, car elle vient « du pays des nounous, ils sont doués pour ça ». On ne peut pas être plus clair.

Bien qu’étant un personnage tertiaire, le film réserve un traitement très particulier à Zara Young. En effet, celle-ci faillit clairement à sa mission de surveiller les enfants : elle passe son temps au téléphone entre conversations privées et professionnelles, au point que Zach et Gray parviennent à lui fausser compagnie. Zara sera donc punie à la hauteur de son crime de lèse-morveux vers le milieu du film au cours d’une scène particulièrement violente et gratuite.

En effet, le film propose une séquence où les ptérodactyles s’échappent de leur serre et fondent sur Jurassic World. Les amateurs de Jurassic Park pourraient s’attendre à une boucherie, mais il n’en est rien. Curieusement, AUCUN touriste présent ne se fait tuer ou même blesser par les centaines de dinosaures qui envahissent le ciel. Aucun, sauf Zara Young, dont le châtiment divin venu du ciel va s’avérer particulièrement sadique. Alors que les mises à mort du film duraient jusqu’à présent une fraction de seconde, celle de Young va durer pas moins de 40 secondes et sera d’un sadisme qui mérite d’être décrit tant il est évident que cette scène a pour seul but de la sanctionner pour son manque d’esprit maternel : devant les enfants, Zara Young va se fait happer par un ptérodactyle, puis par un autre une fois en l’air, avant d’être jetée dans un bassin de spectacle aquatique. Une fois sous l’eau, elle se fait à nouveau attraper à deux reprises par les oiseaux avant d’être finalement dévorée par un dinosaure marin, le tout sans provoquer aucune réaction chez les enfants. A titre de comparaison, l’exécution du Grand Méchant du film par un raptor ne durera que 4 secondes.

L’exécution de Zara Young est bien plus longue et bien plus sadique que celle du méchant du film.

L’exécution de Zara Young est bien plus longue et bien plus sadique que celle du méchant du film.

En résumé, les femmes dans Jurassic World, c’est soit :

  • Des mères qui chialent tout le temps et pensent à leur enfants sans arrêt (même quand elles sont au boulot) (Karen), une attitude présentée comme positive.
  • Des carriéristes qui peuvent découvrir qu’elles se sont trompées et renouer avec leur féminité et leurs émotions grâce à un homme viril (Claire), et ça c’est présenté comme positif aussi.
  • Des carriéristes qui s’en foutent des enfants, et qui peuvent donc crever (Zara), et c’est bien fait pour elles.

 ***

Réaffirmation de l’autorité et de la virilité de l’homme – Owen Grady, le mâle alpha

Owen Grady est le héros du film, et qu’on se le dise, ce n’est pas une tapette. Sa première apparition le montre en train de réparer une moto, mettant ainsi en avant deux clichés sur les mâles : ils aiment la moto, symbole de liberté, et ils aiment bricoler, parce que c’est un truc de mec et pis c’est tout. Avant même la sortie du film, cette scène d’une brutalité sexiste peu commune a fait l’objet de réactions sur le web.

Si Owen Grady se comporte de façon extrêmement grossière et choquante avec sa PATRONNE (tutoiement, allusions sexuelles, sous-entendu graveleux comme quoi elle serait « mal-baisée »…), il est d’emblée excusé car c’est un « ancien US Navy », information visant à faire comprendre au spectateur que lui il a vu la guerre, il connaît le « vrai » monde et ne reste pas le cul dans son fauteuil, donc il peut parler « cash ». Cette scène est aussi l’occasion pour Owen d’accuser à mots couverts sa patronne d’être une control-freak, un trait de caractère généralement négatif lorsqu’associé à une femme (forcément hystérique, maniaque et bien entendu dominatrice lorsque l’on parle d’une femme de pouvoir) et positif pour les hommes (soucieux d’éviter les accidents, puisque Claire vient chercher Owen pour justement qu’il contrôle minutieusement l’enclot de l’Indominus).

Owen Grady n’est pas la moitié d’un mâle, car il faut en avoir pour devenir « dresseur de raptors » ! Heureusement, il est aidé par l’atout naturel que sont des testicules pour contrôler des femelles (tous les dinosaures du parc sont des femelles, comme dans les précédents épisodes de la franchise) : selon ses propres termes, il est leur « mâle alpha ». Rien de moins. Il faudra néanmoins se contenter de cette explication des plus scientifique pour expliquer comment Grady parvient à domestiquer le prédateur le plus dangereux des trois films précédents.

Grady est le personnage masculin standard de film d’action hollywoodien : il est courageux, n’a jamais peur, il sait toujours ce qu’il faut faire et il sert les dents parce que ça donne l’air viril. Son rôle principal dans le film est de transformer Claire Dearing en « vraie femme » en lui offrant une épaule réconfortante en cas de trop forte émotion (par exemple en l’embrassant par surprise, ce qui provoque un « oups » amusé chez Claire, parce que c’est amusant de se faire attraper la bouche sans consentement puisque l’Homme prend ce qu’il veut sans se préoccuper du désir de la fâme). Et enfin de lui mettre des bébés dans le tiroir comme le laisse entendre la fin du film avec une lourdeur que ne renierait pas un élève en première année d’école de cinéma.

Le mâle alpha protège sa meute.

Le mâle alpha protège sa meute.

Le statut de « mâle alpha » d’Owen Grady est pourtant contesté par l’Indominus Rex à la fin du film, puisque les raptors préfèrent se rallier à elle, trahissant leur gentil maître qui croyait jusqu’à présent que le dressage, « c’est juste une affaire de respect. » Une situation des plus anormale (des raptors femelles obéissants à une autre femelle ?! Quelle idée !) rapidement corrigée puisque la scène finale verra les raptors changer à nouveau de camp pour défendre leur mâle alpha contre l’Indominus. Ouf, l’ordre patriarcal est sauf !

Par rapport au premier Jurassic Park, on peut à nouveau noter une régression : en plus de la jeune Lex qui aide à rétablir le courant (voir plus bas), la chercheuse Elie Sattler court dehors pour actionner le disjoncteur cerné par des raptors, occasionnant au passage une petite remarque sexiste d’Hammond, qui se fait remettre à sa place par la jeune femme.

JW_Hammond4

JW_Hammond3

 

 

Comment on devient un homme, un vrai – Zach & Gray Mitchell

Zach (environ 16 ans) et Gray (environ huit ans) sont envoyés à Jurassic World par leurs parents pour passer des vacances. Le départ semble difficile pour Zach car il doit laisser derrière lui sa copine. Le spectateur constatera rapidement qu’il ne s’agissait que d’une façade, car le jeune garçon passera toute la partie pré-chaos du film à mater les filles sans gêne aucune, aussi bien à l’extérieur que dans le tramway, une attitude qui rappellera de bons souvenirs à toutes les femmes habituées des transports en commun. Loin de critiquer cette attitude, le réalisateur du film porte sur elle un regard complaisant en faisant glousser les filles victimes de ce harcèlement, comme si c’était « cool » de se faire dévisager avec insistance par un illustre inconnu. Par ailleurs, Zach est présenté comme légèrement antipathique car rabrouant sans cesse son petit frère pour un oui ou pour un non. Mais la suite du film montrera qu’il avait raison, car son objectif était en fait de faire de Gray un homme, un vrai. En effet au début du film, Gray a toutes les caractéristiques, que l’on attribut dans notre société patriarcale, aux « intellos » : il est curieux, il s’y connaît en science, on soupçonne même qu’il LIT DES LIVRES, rendez-vous compte ! En gros, c’est une copie conforme de Tim, le petit garçon du premier Jurassic Park. Et à l’époque, si Tim n’avait déjà pas le plus beau des rôles, au moins son personnage était-il présenté tel quel au spectateur sans fard. Mais ici, il semble intolérable de laisser Gray réfléchir avec son cerveau plutôt qu’avec sa bite.

C’est pourquoi Zach va entreprendre (ce n’est pas affirmé dans le film mais c’est clairement visible) de faire de son frère un vrai mec, un mec qui mate les seins des filles plutôt que de regarder un PUNAISE DE DINOSAURE (d’ailleurs, le seul moment où Zach est émerveillé devant un dinosaure, c’est lorsqu’un monstre marin croque un requin dans une grande gerbe de sang. Parce que c’est trop d4rk.). L’aîné va donc entraîner son frère hors des limites prévues pour les visites, pour le simple plaisir d’enfreindre les règles. Pas de chance, cet accès de rébellion intervient au même moment que l’évasion de l’Indominus Rex. Heureusement, les enfants parviennent à échapper de justesse au monstre, malgré que Claire ait manqué tout juste de les faire tuer en les appelants sur leur portable. Cesse d’importuner ces jeunes gens, femme, ils savent très bien se débrouiller sans toi.

Dans leur fuite, les enfants trouvent un 4×4 en panne. Zach va donc mettre Gray à contribution pour réparer l’engin et achève ainsi de faire de son frère un homme, un vrai, qui met les mains dans le cambouis et que rien ne réjouit plus que de se mettre au volant d’une bonne grosse voiture américaine qui pollue la jungle.

Vroum vroum, je sens déjà la virilité monter en moi !

Vroum vroum, je sens déjà la virilité monter en moi !

Cet évènement marque la dernière étape de la transformation de Gray en homme, car à partir de ce moment, il suivra partout son frère sans jamais se plaindre, jusqu’à ce dialogue débordant de fraternité qui montre bien que Gray doit « devenir un homme » car il ne pourra pas toujours se reposer sur les autres hommes pour lui sauver la mise.

Zach : « Tu vois, tant que je suis là y’a rien qui te fera du mal. »
Gray : « Oui mais bon tu seras pas toujours là. »
Zach : « Ouais bon, t’es mon frère, tu seras toujours mon frère et y’en aura toujours un pour aider l’autre. »

Ouf, heureusement qu’ils n’ont pas de sœur, sinon sur qui auraient-il pu compter ? Là encore le film marque un certain recul par rapport à Jurassic Park premier du nom, dans lequel la jeune Lex Murphy sauvait tous les adultes en rétablissant l’électricité dans le parc grâce à un piratage informatique, soit deux éléments assez rares au cinéma : une enfant qui sauve tous les adultes, et une fille non-caricaturale qui pirate un système informatique.

En résumé, les héros masculins dans Jurassic World, c’est soit :

  • Un mec viril qui sauve tout le monde et qui trouve le temps de remettre une femme carriériste dans le droit chemin (Owen Grady).
  • Un ado qui va entraîner son frère dans un road-trip ultra-dangereux pour lui faire abandonner la lecture au profit de la mécanique (Zach), ce qui est présenté comme positif.

Jurassic World ne se contente pas de proposer des représentations profondément sexistes de ses personnages masculins et féminins, mais il s’avère aussi raciste et spéciste, entre autres joyeusetés qui seront décortiquées dans la seconde partie de cet article, qui sera publiée prochainement.

Zorglomme

Pour la deuxième partie de cet article, voir ici.

Autres articles en lien :

75 réponses à Jurassic World (1/2) : le film qui fait mâle

  1. Je m’interrogeais sur le pourquoi de la mise à mort gratuite et « ultra violente » de l’assistante. Je penchais pour une explication liée au fait que le film tend à tout transformer en spectacle (tuer de manière graphique un perso secondaire qui n’a rien demandé c’est tellement fun), mais la vôtre est bien plus convaincante.

    • Bonjour.

      Je trouve que vous vous trompez pas mal (ou en tout cas j’ai pas eu du tout le même ressenti que vous).

      Vous dites que Claire est désagréable, irresponsable etc. C’est pas le cas. Elle fait tourner un parc avec succès, elle dégage des bénéfices et gère 20 000 visiteurs par jours. Bref, elle semble très professionnelle.
      Elle est un peu coincée parce-qu’on sent qu’elle vient d’un milieu très aisé (c’est confirmé par sa sœur, qui semble elle aussi avoir une très bonne position). Néanmoins, ils nous montrent de suite quelle a un bon fond: même quand elle rabroue un de ses employés – un homme- elle rattrape une des du gars (elle devine qu’avec ses grands geste il va renverser son coca, et place une poubelle pour prévenir l’incident) sans lui en faire la remarque, et ait amusé. Elle connait bien son personnel et discute avec eux (ils lui parlent familièrement).

      Quand elle répète son discours dans l’ascenceur, ça nous montre qu’il y a quelqu’un sous la carapace, on peut donc s’identifier à elle. Qui a jamais répété 2-3 phrases avant un rendez-vous important ? Bref, elle est humaine.

      Elle est pas vénale, au contraire, ça semble être la seule qui ait la tête sur les épaules et qui fasse tourner la boutique. A aucun moment elle semble exploiter quelqu’un.
      Dans le JP 2 Hammond est complétement ruiné.

      D’accord avec toi. Owen est construit comme un héros courageux, débrouillard, rebelle et sympathique. On y retrouve pas mal de stéréotype et le tout mélangé fait mec viril, mais sans qu’il y ait pour autant un message anti-féministe.
      Sa construction est très beauf: le US navy qui vient sauver tout le monde. C’est pas pour autant un flingueur, un gros bras. Dans les jurassic park les personnages principaux masculins sont jamais les types les plus costauds, menaçants, qui ont de grosses armes ! C’est plutôt les Mc Giver débrouillard et « couillus ».

      Je vois pas en quoi Claire est réduite à son « état de femme » lorsqu’elle se retrouve dans le parc. Elle est plutôt réduite à son état de « comptable-gérante » incapable de se débrouiller dans la nature. C’est ça pour tous les perso des Jurassic park de ce type:
      – Dans le 1 le comptable incapable de faire quoi que ce soit se fait manger par un T-Rex. Le mathématicien fait des bêtises et attire l’attention du T-Rex.
      – Dans le 2 c’est l’archéologue qui est jamais sorti dehors qui se fait rapidement manger.
      – Dans le 3 y a le couple pas très débrouillard (si je me souviens bien le gars est vitrier ou quelque chose comme ça) qui fait là encore bêtises sur bêtises.

      Pour Karen ça m’a aussi surpris et je suis d’accord avec vous.

      Pour Zara Young, pas du tout d’accord. Encore une fois dans les Jurassic park, c’est:
      1- les méchants ou mercenaires qui meurent.
      2- Les mecs accro à l’informatique/argent qui se moquent des dinosaures qui meurent.
      avec quelques exceptions pour nous faire de la peine).
      Pour preuve: L’informaticien obèse dans le 1 qui a une mort toute aussi sordide que Young. Le second informaticien (le gars noir) qui y passe aussi (on retrouve que sa main). Et enfin le comptable qui pense qu’à l’argent finit par y passer.
      Dans le 2, c’est encore le mec qui s’occupe de la technologie qui y passe: il se fait bouffer par un premier T-Rex, puis un deuxième arrive et le sectionne en 2 ! La encore, c’est sacrément crado.
      Zara Young suit le même principe: personnage très accès modernité (outil numérique), qui y passe.
      J’ai été surpris que les gars du QG sous terrain meurent pas.

      Je trouve pas justifier la critique du fait que Claire profite de l’épaule d’Owen pour se réconforter.
      – c’est logique. c’est lui le type qui à l’habitude de vadrouiller. C’est pas elle qui va le réconforter…
      – Et ensuite faut que ça reste réaliste. L’héroïne va pas se transformer en Lara Croft sous prétexte qu’il faut que le film soit féministe. Elle réagit en fonction de sa condition de départ, soit: quelqu’un qui bosse dans des bureaux et qui a pas l’habitude de la « nature » de Jurassic World ».

      Quand a Zach et Gray, Zach n’a pas le bon rôle. Il ne parait pas du tout viril. Au contraire, il est présenté comme un ado boudeur qui parle mal à son frère. C’est Gray qui parait intéressant: un gamin intelligent. Zach prend de l’ampleur seulement quand il commence a aider son frère.
      Le coup du portable qui sonne, là encore c’est commun aux Jurassic Park: c’est pas pour montrer que Claire est une gourde. Dans le film qui le précède, le téléphone joue encore un rôle important.
      Pour le coup de la voiture, je suis d’accord avec vous. C’est d’un beauf… Comme si tous les hommes/enfants savaient naturellement réparer une voiture.
      Mais ils ne foncent pas dans la nature avec une grosse jeep polluante: ce sont celle de Jurassic Park 1, et elles sont… électriques (pour la virilité on repassera).

      C’est pas Omar qui tue le raptor (je sais même pas si on le voit tirer un coup de feu dans le fim). Il joue le rôle de l’ami du héros. Vous vous trompez COMPLÉTEMENT et vous voyez du racisme là ou y en a pas. Pour le coup, Omar est vraiment l’un des perso les plus équilibrés du film. Il est pas beau gosse increvable comme Owen (il a peur des vélociraptor), il se soucie de la santé des dino et des gens avec lesquels ils bossent.

      Masrani est pas un bon personnage. C’est l’inverse du personnage de Claire.
      On a au début l’impression qu’il est plutôt cool avec son hélico, puis on se rend compte que c’est un redoutable businessman: c’est lui qui veut, contre l’avis de Claire et d’Owen, que les mercenaires ne soient pas armés ! Ce qui entraine leur mort.

      Pour le placement de marque… C’est recherché. Et c’est pour ça que pendant le film, un personnage dit une réplique du genre: « mais pourquoi n’allons-nous pas au bout du truc ? on vend du coca grâce aux dinosaures. On pourrait carrément les appeler le CocaRex, le Nikeraptor ».

      Sur le capitalisme, c’est sur qu’ils se mouillent pas.

      Pour le contrôle des espèces, là encore, je ne suis pas d’accord avec vous. Déjà parce-que le thème du film est « on ne peut pas contrôler les bêtes (ou en tout cas pas toute). Même avant l’incident de l’indominus, Owen n’arrive pas à contrôler les raptors: il est à 2 doigts de se faire manger par eux, alors que c’est la personne qui est le mieux à même de les maitriser ! Et quand le film se termine… Et bien on se rend compte qu’il ne contrôle toujours rien. Les raptors l’ont bien aidé, mais c’était plus par amitié (c’est d’un ridicule ça) que par obéissance. Et à la fin le dernier raptor, sans un regard pour les humains, se barre.

      Y 3-4 trucs sexistes dans le film. Mais sinon c’est juste un mauvais films, qui prête des sentiments/comportement très humain aux animaux (la double trahison des raptors, le fait que ceux-ci soit naturellement agressif avec le militaire méchant, la discussion entre le T-Rex et le raptor en fin de film etc) et des personnages caricaturaux (les gamins et Owen).
      Y a une femme forte, c’est Claire. Au début elle gère son parc. Puis quand les catastrophes commencent à arriver, elle fait le choix d’évacuer le parc alors qu’elle sait que ça lui coutera à son entreprise, et elle se rend compte de la gravité de la situation avant son patron. Et en fin de compte, c’est elle qui prend l’initiative de libérer le tyrannosaure alors que tous semble perdu.
      Je pense que avez regardé le film avec un prisme qui s’est révélé valide 2-3 fois, mais pour la plupart des autres trucs, vous avez carrément forcé la chose.

      • mince mon commentaire est apparu en tant que réponse à une internaute.
        désolé pour les fautes

      • Salut,

        Merci pour ce long commentaire, je vais essayer de répondre point par point.

        Vous dites que Claire est désagréable, irresponsable etc. C’est pas le cas. Elle fait tourner un parc avec succès, elle dégage des bénéfices et gère 20 000 visiteurs par jours. Bref, elle semble très professionnelle.

        Comme je l’explique au tout début de l’article, ce n’est pas le cas.

        Elle est un peu coincée parce-qu’on sent qu’elle vient d’un milieu très aisé (c’est confirmé par sa sœur, qui semble elle aussi avoir une très bonne position). Néanmoins, ils nous montrent de suite quelle a un bon fond: même quand elle rabroue un de ses employés – un homme- elle rattrape une des du gars (elle devine qu’avec ses grands geste il va renverser son coca, et place une poubelle pour prévenir l’incident) sans lui en faire la remarque, et ait amusé. Elle connait bien son personnel et discute avec eux (ils lui parlent familièrement).

        Elle est un peu coincée, donc son employée (Owen), lui propose de se faire baiser (on appelle ça le « coup de bite correctif » dans les milieux autorisés) grâce à une gestuelle des plus fines. On est dans le sexisme le plus pur : une telle séquence aurait été IMPOSSIBLE si les genres avaient été inversés. Quant au coup du coca, on peut aussi interpréter ça comme le fait qu’elle agit comme une brave maman avec ses ados un peu benêts.

        Quand elle répète son discours dans l’ascenceur, ça nous montre qu’il y a quelqu’un sous la carapace, on peut donc s’identifier à elle. Qui a jamais répété 2-3 phrases avant un rendez-vous important ? Bref, elle est humaine.

        Certes, mais dans le cas présent, cela rend Claire plus antipathique qu’humaine, puisqu’elle répète un discours marketing. Par ailleurs, il faut se méfier de cette tendance (très présente dans les jeux vidéo notamment) qui consiste à rendre les personnages féminins « plus humains » en les… fragilisant, en montrant le dessous de la carapace. Est-ce qu’on montre le dessous de la carapace des gros durs masculins ? Pas vraiment, et surtout pas de cette manière. Je ne crois pas que le film montre le dessous de la carapace d’Owen, par exemple.

        Je vois pas en quoi Claire est réduite à son « état de femme » lorsqu’elle se retrouve dans le parc. Elle est plutôt réduite à son état de « comptable-gérante » incapable de se débrouiller dans la nature. C’est ça pour tous les perso des Jurassic park de ce type:
        – Dans le 1 le comptable incapable de faire quoi que ce soit se fait manger par un T-Rex. Le mathématicien fait des bêtises et attire l’attention du T-Rex.
        – Dans le 2 c’est l’archéologue qui est jamais sorti dehors qui se fait rapidement manger.
        – Dans le 3 y a le couple pas très débrouillard (si je me souviens bien le gars est vitrier ou quelque chose comme ça) qui fait là encore bêtises sur bêtises.

        Une fois encore c’est simplement que le réalisateur applique à Claire des choses qui ne sont pas appliquées aux personnages masculins. Owen fait remarquer à Claire qu’elle se balade en talons dans la jungle, est-ce que quelqu’un a fait remarquer aux victimes des précédents épisodes qu’ils se baladaient en costard ou en chaussures qui brillent dans la jungle ?

        Zara Young suit le même principe: personnage très accès modernité (outil numérique), qui y passe.

        Ce n’est pas contradictoire avec ce qui est dit dans l’article. Elle y passe de manière particulièrement sadique et longue. Par exemple, en comparaison, la mort de Samuel L Jackson, l’informaticien de premier épisode, n’est même pas montrée !

        Je trouve pas justifier la critique du fait que Claire profite de l’épaule d’Owen pour se réconforter.
        – c’est logique. c’est lui le type qui à l’habitude de vadrouiller. C’est pas elle qui va le réconforter…
        – Et ensuite faut que ça reste réaliste. L’héroïne va pas se transformer en Lara Croft sous prétexte qu’il faut que le film soit féministe. Elle réagit en fonction de sa condition de départ, soit: quelqu’un qui bosse dans des bureaux et qui a pas l’habitude de la « nature » de Jurassic World ».

        – Elle pourrait aussi ne pas avoir besoin d’être réconfortée sans pour autant devenir une Lara Croft.
        – La notion de « réalisme » peut être à géométrie variable, surtout dans un film avec des dinosaures clonés 🙂 Il faut bien se dire que les réalisateurs peuvent faire absolument ce qu’ils veulent avec leurs personnages et le mettre en scène de façon à ce que cela reste crédible aux yeux des spectateurs. S’ils ne le font pas, c’est soit parce qu’ils n’y ont même pas pensé, soit parce qu’ils sont contre, soit parce qu’ils sont paresseux et que c’est sûr, c’est plus compliqué de faire des personnages non-stéréotypés.

        Quand a Zach et Gray, Zach n’a pas le bon rôle. Il ne parait pas du tout viril. Au contraire, il est présenté comme un ado boudeur qui parle mal à son frère. C’est Gray qui parait intéressant: un gamin intelligent. Zach prend de l’ampleur seulement quand il commence a aider son frère.
        Le coup du portable qui sonne, là encore c’est commun aux Jurassic Park: c’est pas pour montrer que Claire est une gourde. Dans le film qui le précède, le téléphone joue encore un rôle important.
        Pour le coup de la voiture, je suis d’accord avec vous. C’est d’un beauf… Comme si tous les hommes/enfants savaient naturellement réparer une voiture.
        Mais ils ne foncent pas dans la nature avec une grosse jeep polluante: ce sont celle de Jurassic Park 1, et elles sont… électriques (pour la virilité on repassera).

        Certes Zach est présenté comme un connard, mais d’un autre côté à la fin c’est bien Gray qui devient comme Zach plutôt que Zach qui devient comme Gray. Dans un film grand public comme JW, on peut donc déduire qu’être Gray, c’est mieux qu’être Zach. Sinon, qu’est-ce qui empêchait le réalisateur de transformer Gray en un ado curieux qui arrête de mater les filles comme un tocard ?
        Pour le téléphone, j’ai pinaillé certes. Quant à la jeep, bien vu ! 🙂 Reste quand même l’étape du bricolage entre mecs.

        C’est pas Omar qui tue le raptor (je sais même pas si on le voit tirer un coup de feu dans le fim). Il joue le rôle de l’ami du héros. Vous vous trompez COMPLÉTEMENT et vous voyez du racisme là ou y en a pas. Pour le coup, Omar est vraiment l’un des perso les plus équilibrés du film. Il est pas beau gosse increvable comme Owen (il a peur des vélociraptor), il se soucie de la santé des dino et des gens avec lesquels ils bossent.

        Il me semble que c’est bien lui qui explose le raptor à la roquette. Et justement, on peut interprêter ce que tu dis comme du racisme : le blanc est increvable et beau gosse (et il se préoccupe aussi des gens avec qui il bosse, il sauve, en plus de tout le monde, l’employé qui tombe dans la cage aux raptors), mais pas le noir, qui lui a peur (et n’est pas beau gosse ? selon nos critères de blancs ?).

        Pour le placement de marque… C’est recherché. Et c’est pour ça que pendant le film, un personnage dit une réplique du genre: « mais pourquoi n’allons-nous pas au bout du truc ? on vend du coca grâce aux dinosaures. On pourrait carrément les appeler le CocaRex, le Nikeraptor ».

        On appelle ça du cynisme. Et le cynisme, c’est de la merde 🙂

        • Merci d’avoir répondu si rapidement.

          Je ne suis toujours pas d’accord sur les points que vous avez repris.

          Juste, par exemple, sur 2 éléments:
          Le grand frère ressemble bien plus à son petit frère que l’inverse à la fin du film. Un(e) internaute le fait très justement remarqué dans les commentaires précédents.
          La seule chose que le petit ait appris de son grand frère, c’est de réparer une voiture.

          Pour Omar, ce n’est pas lui qui est en dessous des autres personnage, c’est Owen qui est au-dessus de tout le monde.
          Et même si Omar tire, ça ne le fait que le mettre au niveau des autres personnages (blancs au passage) qui tirent.
          Je ne pense pas que les spectateurs aient été choqués de voir les humains tirer sur les vélociraptors. D’autant plus que ce n’est pas la première fois que des personnages tuent des vélociraptors (dans le 2 et le 1 ça s’est déjà produit).
          Owen lui même fait finalement feu en fin de film sur l’indominus.

          Imaginons que dans Jurassic Park 2, le personnage Eddie Carr soit une femme. Vous auriez pu écrire le même article. Sauf que c’est un homme, donc bon…
          Est-ce qu’un personnage féminin doit obligatoirement être débrouillard ? (je ne dirai pas meneuse d’homme, car Claire en est une).

          Je pense pas que ce soit Claire qui pose problème dans ce film, mais plutôt Owen qui est présenté comme un personnage digne de figurer dans un Marvel.

  2. Très bon article, et drôle en plus ! Merci !
    J’écoutais le Masque et la plume (émission de radio de france inter) à propos de ce film récemment, et j’ ai été atterrée des critiques de la presse française qui, comme d’habitude, avale tous les films (et particulièrement les blockbusters il me semble) sans aucun recul politique. Seul Xavier Leherpeur (Studio Ciné Live) a soulevé ce que vous allez probablement dire dans la deuxième partie de l’article, à savoir le racisme du film, sans qu’aucun des autres critique ne l’épaule…Ce petit coquinou d’Alain Riou allant même jusqu’à employer l’argument très original du « c’est ceux qui voient des noirs et des asiatiques partout au lieu de voir des Hommes qui contribuent au racisme ». Merci Alain.
    J’en ai vraiment marre de cette complaisance insultante pour l’intelligence des spectateurs.
    Je remercie infiniment ce site de contribuer à endiguer ce genre de critiques élitistes où seule la forme compte.

  3. Pour l’anecdote, dans le roman de Michael Crichton, Lex Murphy est une enfant de huit ans geignarde et énervante, qui met les autres en danger à cause de son immaturité et n’évolue pas de tout le roman.

    Le film a amélioré le personnage: elle est blonde, mignonne, menue, plutôt discrète, c’est une amie des animaux végétarienne qui n’a aucune envie de regarder un dinosaure dévorer une chèvre… et elle sauve les adultes grâce à ses capacités informatiques!

    Comme quoi il est toujours possible de casser un stéréotype.

  4. Excellent article, qui met des mots précis sur ce que je ressentais à propos de cette bouse (que j’ai quand même été voir au cinéma et pas en téléchargement, on a ses faiblesses).

    Ce qui m’avait choqué en premier, c’est le « patron » Masrani, donc actionnaire, qui brame que le profit, on s’en fout et qui prend son pied en pilotant des gros machins. Le « patron cool », quoi, et évidemment c’est Claire la salope dans ce jeu de rôles. Ce pauvre Masrani est donc entouré de vicieux hypocrites ou arrivistes, qui magouillent dans son dos, bref, c’est le Bon Roi entouré de Mauvais Conseillers, habillage habituel du discours de légitimation de tous les abus de pouvoir.

    Dès qu’on descend d’un étage hiérarchique (en-dessous de Claire, par exemple), les gens ne sont que de la valetaille juste bonne à servir de décor. Il se trouve que la gourdasse à qui on refile les horribles marmots est une femme, certes, mais c’est surtout une employée, donc juste un élément de décor, mais vivant. On peut la bouffer, c’est comme une crevette ou un bigorneau, on peut même se demander si elle a bon goût.

    C’est sûr que la domination masculine est à l’honneur, mais ne négligeons pas la domination économique non plus (d’autant que c’est un peu la même)..; 😉

  5. Je suis allé voir Jurassic World. Je savais plus ou moins que j’allais me prendre des clichés dans la tronche, mais soyons honnêtes, j’y allais essentiellement pour voir des gros dinos avec des amis.
    Bah en ressortant, j’étais pas mal choquée. Je sais pas ce qui est le pire, Owen-le-héros-blanc-hétéro-viril copié-collé de tous les héros-blancs-hétéros-virils, la mère qui n’a pas une seule scène sans larmes, ou Claire Dearing en femme carriériste sans enfants qui sera vite remise sur le droit chemin de la Fââââme. Oh, sans oublier l’ado « dragueur » qui mate les filles sans vergogne, et mets tout de même gravement en danger la vie de son frère et la sienne. Pour vous dire, mes amis qui sont pas franchement initiés au féminisme (je tente de les ouvrir mais c’est encore long) ont eux aussi trouvé ça beaucoup trop caricatural.
    Bref, mon bilan à la sortie? Niveau dino, c’était juste sublime, niveau scénario ça se casse un peu la gueule sur la fin, et niveau cliché… ça en devient presque drôle tellement c’est grossier.

  6. Juste une question, si le personnage de Claire avait eu le mêmes défauts et avait été un personnage masculin (ils sont nombreux les personnages masculins comme le sien, au cinéma) est-ce que du coup ça aurait pas été grave ?
    Dans le premier Jurassic Park, le héros déteste les enfants au début du film et finit par les adorer au bout de 2h. Là par contre c’est un rôle positif puisque c’est un homme ?

    • Pour le premier Jurassic Park, le film n’a pas été analysé, donc il faudrait étudier le processus qui amène le héros à apprécier les enfants.

      Pour Jurassic World, on peut supposer qu’une inversion des sexes proposerait une situation toujours aussi sexiste : si le héros était un homme (qui finit par apprécier les enfants) et le side-kick une femme, il y a fort à parier que l’homme apprécierait les enfants parce que la-fâme-qui-aime-les-enfants-parce-que-c’est-dans-sa-nature-de-fâme l’aurait travaillé au corps pendant tout le film. Un processus que l’on ne retrouve pas dans le 1er JP me semble-t-il puisque Grant est séparé de sa femme durant tout le passage du film où il est avec les enfants. Il se fait donc sa propre idée tout seul.

      • Si ma mémoire est bonne, dans le 1er film, Alan Grant est un personnage qui n’est pas complètement négatif (sérieux et passionné par son travail). Son dégoût des enfants est surtout présenté comme un déclencheur de situations drôles. Par exemple, quand Tim, le petit fanboy, tient à s’asseoir dans la même voiture que lui pour lui parler de dinosaures, il ne sait pas comment se débarrasser de lui, ce qui fait sourire!

        Plus tard, il se retrouve seul avec les enfants, s’efforce de survivre avec eux, de les protéger (parce qu’il n’a pas envie de voir mourir qui que ce soit) et finit par s’attacher à eux. Il n’adore pas tous les enfants à la fin du film, il a simplement développé des liens avec ces deux enfants en particulier. Peut-être que ma mémoire me trompe mais je vois surtout ça comme une évolution à peu près crédible.

        • L’animosité de Grant envers les enfants dans Jurassic Park est dépeinte de façon beaucoup plus bienveillante que l’indifférence de Claire dans Jurassic World.

          Le film ne remet notamment pas en cause ses choix de vie pour l’amener à un rôle de papa. Au final il s’attache à ces deux enfants là maispeut-être pas aux enfants en général (comme dit ci-dessus) : dans Jurassic Park 3 il est toujours célibataire et paléontologue, sa compagne du premier s’est mariée et a eu des enfants avec un autre.

      • Dans le 1er film, Ellie veut des enfants (c’est la femme, elle les aime), mais pas Alan. Elle dit d’ailleurs à Lex de monter avec Alan dans la voiture, et à la fin du film, on la voit sourire à Alan, qui a les deux enfants dans ses bras, comme si elle disait « voilà, c’est bien, tu as appris à aimer les enfants ».

  7. Sans vouloir faire l’avocat du diable il y a quand même un (petit) élément positif.
    Owen retrouve le contrôle des raptors basé sur le respect au profit de celui de l’Indominus semblant plutôt lié à la domination. Un peu comme à la fin de Dragon 2.
    Il est vrai qu’on peut aussi l’interprêter comme une lutte mâle/femelle comme dans la critique.
    Mais je préfère naivement me baser sur mon interprétation histoire que tout ne soit pas à jeter dans ce… film.

    • A mon avis, Owen ne retrouve pas le contrôle des raptors grâce au respect mais grâce à un combo sexisme/spécisme bien gratiné : les raptors femelles sont trop débiles se débarrasser elles-mêmes des caméras fixées sur leur tête (alors que les raptors ont toujours été présentés dans la saga comme très intelligents), heureusement y’a un brave humain mâle qui est là pour les aider.
      De plus le ralliement des raptors à l’Indominus n’est pas vraiment lié à un rapport de domination gros dino vs petit dino, puisqu’il me semble que l’explication donnée par le film pour cette « trahison » est que l’Indominus contient des gènes de raptor.

      • Personnellement, je trouve que l’idée même d’un « contrôle des raptors basé sur le respect » est profondément spéciste. Ce que cache ce discours à base de « respect » (que l’on retrouve effectivement aussi dans Dragons 2 si je me souviens bien), c’est juste la légitimation d’une domination. Pourquoi chercher absolument à contrôler les animaux ? Pourquoi ne pas plutôt les laisser vivre leur vie tranquille ?

        Bref, pour moi, il n’y a rien à sauver dans cette idée de « contrôle basé sur le respect ». On est dans la même rhétorique de dominants que lorsqu’on parle de « tuer les animaux dans le respect » (cf. le film Avatar, ou les discours des carnistes qui justifient leurs pratiques en expliquant qu’illes ne mangent que les animaux élévés et tués dans le respect…), ou de « dominer dans le respect ». Pour moi, ce genre d’expression ne sert qu’à cacher la réalité de la domination en l’enrobant de jolis mots. Car derrière, il y a juste des gens qui mangent ou dominent des animaux pour leur plaisir (ou, dans le cas de Jurassic World, juste un type qui enferme des animaux dans une cage, qui les dresse à coups de fouet pour son plaisir personnel, et qui les considère comme des êtres inférieurs dont il peut disposer à sa guise).

        • Sans oublier que cette ligne a sans doute été écrite pour concilier la possibilité d’avoir des raptors « apprivoisés » avec l’idée fondamentale de la franchise, qui est que l’homme ne contrôle pas la nature.

          Doublement ironique, puisque les raptors en sont précisément le meilleur exemple présenté dans les films précédents: intelligents, imprévisibles, toujours à chercher à s’échapper, et capable de s’introduire dans des espaces réservés aux humains grâce à leur petite taille.

          • Dans Jurassic World, l’intelligence des raptors a été très mal traitée par les réalisateurs. Là où dans les précédents films il s’agissait de montrer qu’ils étaient dotés de capacités techniques telles qu’ouvrir des portes (donc utiliser un outil) ou transmettre des informations via le langage, le dernier film part du principe que intelligence = humain et a donc anthropomorphisé à outrance des dinosaures en leur donnant des émotions (l’affection pour leur dresseur) et une gestuelle (le signe de tête absolument ridicule que fait Blue pour signifier qu’elle reste fidèle à Owen) qui pourraient être qualifiées d’humaines. Là où les précédents films montraient les raptors comme intelligents, celui-ci les présente comme humains, ce qui pourrait passer pour un message positif (ils ne sont pas forcément une menace, ils peuvent être amicaux et serviables) mais est à mes yeux encore plus problématiques à plusieurs niveaux.

            1) La seule forme d’intelligence animale possible est forcément associée à une forme de conscience humaine, et par extension à un mode de pensée occidental.
            2) Peu importe à quel point les raptors sont proches des humains, leurs intérêts sont secondaires et ils en ont bien conscience. Ils sont prêts à sacrifier leurs vies pour l’espèce supérieure juste après avoir démontré qu’ils étaient dotés des mêmes sentiments et émotions, et ce malgré les mauvais traitements infligés par les humains et que l’I-rex ne leur a jamais fait subir.

            Petite note en passant, j’étais assez perplexe lorsque Owen a affirmé avec assurance qu’un animal ayant grandi seul dans son enclos serait forcément déséquilibré. Pour mémoire, à ce stade de l’histoire il ignore que ce dinosaure possède des gènes de raptor (un animal sociable) et est au courant seulement de la base T-rex. Or, le T-rex est un animal solitaire, et le seul présent dans le parc a également grandi en captivité, tout comme le mosasaure apparemment. Mais visiblement, ces deux-là, on s’en fiche. J’ai eu un peu l’impression que cette remarque était encore une nouvelle tentative de rabaisser Claire en rappelant à quel point c’est une femme froide et inhumaine qui ne prend pas en compte l’aspect affectif et se soucie uniquement de profits.

  8. Pour Dragon je ne suis pas tout à fait d’accord.

    Déjà il s’agit plus d’une collaboration basée sur des intérêts respectifs. Croque-mou parvint à mieux voler grâce à Harold. Les dragons en général ne sont pas enfermées, enchainés, mal traités, ou montrer en spectacle (comme dans jurassic world).

    Ensuite dans Dragon 2 le combat final oppose l’alpha mâle dominant par l’hypnose à croque-mou qui libère les autres de cet état. Puis ces derniers se joignent à lui dans la lutte.

    En gros c’est un système de domination contre un système collaboratif. Un peu comme Windows et Linux si vous me permettez la comparaison.

    • Huhu, faudrait pas faire l’impasse sur les gros rapports de domination qui règnent dans la communauté Linux par contre… (Linus, si tu nous lis)

    • Coucou Bender,

      je ne me rappelle plus bien de Dragons 2 (à vrai dire, j’essaie plutôt d’oublier ce film qui m’avait vraiment horrifié à tous points de vue 🙂 ), mais juste sur cette histoire de « collaboration basée sur des intérêts respectifs » : qu’est-ce que c’est concrètement le monde idéal que nous propose Dragons 2 ? Un monde où les dragons (animaux sauvages à la base) ont été domestiqués par les humain-e-s, qui s’en servent de montures. Donc un monde où une espèce en a dressé une autre pour la mettre à son service (je vous rappelle que les films s’appellent « How to train your dragon », c’est-à-dire « comment dresser votre dragon », difficile de faire plus spéciste comme titre).

      Le postulat de base de ce film, c’est que les animaux sauvages sont faits pour être dressés par les humain-e-s, donc que la domination des humains sur les animaux est quelque chose de bénéfique aussi bien pour les humain-e-s que pour les animaux. Or ce discours sur « la domination qui profiterait autant aux dominant-e-s qu’aux dominé-e-s » n’est rien d’autre qu’une mystification dont le seul but est de légitimer un rapport de domination. Et on ne le retrouve pas que dans le cas du spécisme, cf. par exemple les discours classiques justifiant l’esclavage à base de « il y a des êtres supérieurs par nature qui sont faits pour commander car ils possèdent l’intelligence, et les êtres inférieurs par nature qui sont fait pour être commandés car il sont avant tout des corps ». Là aussi on a affaire à une « collaboration basée sur des intérêts respectifs » si on suit ce genre de discours, or derrière les discours il y a de la pure et simple domination. Vous voyez ce que je veux dire ?

      Et le truc de poser croque-mou comme dépendant de Harold parce qu’il ne peut pas voler sans lui, ça relève de la même logique à mon avis : on rend l’animal dépendant de l’humain pour mieux justifier la domination de ce dernier.

      Un truc qui m’avait fait halluciner dans ce film, si je me souviens bien, c’est que l’idée de laisser les animaux tranquilles est envisagée à un moment, avec le personnage de la mère qui a découvert (ou créé ?) une réserve dans laquelle les dragons vivent leurs vie loin des humains. Mais cette idée est disqualifiée par le film, qui finit par chanter les louanges de la domestication (avec en plus ces scènes super glauques où ils se servent de moutons terrifiés comme de ballons, ce qui est censé être drôle… 🙁 ).

      Enfin, pour ce qui est de l’argument consistant à dire qu’une certaine domination vaut mieux qu’une autre (la domination consentie des autres dragons à croque-mou et de tout le monde à Harold contre la mauvaise domination du méchant et de son mâle alpha), c’est juste une autre stratégie pour légitimer un rapport de domination. On agite le spectre d’une « mauvaise domination » pour mieux justifier la « bonne domination » (exactement comme le Roi Lion agite la menace fasciste de Scar pour justifier le commandement de Mufasa le chef éclairé http://www.lecinemaestpolitique.fr/le-roi-lion-ou-lhistoire-de-la-vie-expliquee-aux-enfants/). Appeler la domination prônée par Dragons 2 un « système collaboratif » me semble vraiment mystificateur, dans la mesure où le film insiste lourdement à la fin sur le fait que croque-mou est le nouveau mâle alpha de tous les dragons, et Harold le nouveau chef de tous les Vikings. Si ça c’est de la collaborations, alors on n’a pas la même conception de la collaboration 😉

      • Rigouste comment oses-tu ne pas être de mon avis (qui forcément le meilleur) ?

        Plus sérieusement il est vrai que j’ai occulté le traitement dégueulasse des moutons (sans doute avec une mauvaise foi inconsciente).

        En ce qui concerne le fait de laisser tranquille les dragons, il ne faut pas oublier que la « cohabitation » se passait mal dans le premier volet : destructions, tueries….

        Harold a su remplacer cela par un système harmonieux et sans user de coups d’épée (du moins pour l’essentiel parce que à la fin le méchant…).

        Quant à la réserve mise en place par la mère je la perçois comme une sorte d’isolacionisme partiellement néfaste.

        Car en refusant tout contact avec le monde extérieur elle et son monde se retrouvent vulnérables face à l’agression de Drago que personne n’avait vu venir.

        Et je maintiens que les rapports entre les dragons et leurs monteurs ne me semblent pas basés sur la domination. Il me rappelle un peu ceux que certaines personnes ont avec leurs chiens.

        Les carectères des animaux et des humains se ressemblent et ils éprouvent une réelle affection l’un envers l’autre. D’ailleurs c’est la perte de leurs dragons en eux-même qui perturbent le groupe de héros et non les avantages qu’ils offraient tel que la rapidité de déplacement.

        Au sujet de la fin c’est vrai que l’appelation mâle alpha est déplaisante. Toutefois croque-mou dans le combat final est plus un guide ou un exemple qu’un chef de guerre pur et dur. J’irai presque à le voir comme une sorte de représentant démocratiquement élu (mais je vais peut-être un peu loin). D’ailleurs il s’agit d’une victoire collective et non d’un duel à classique démontrant que le gentil en a une plus grosse que le méchant. Il est de toute façon très clair que croque-mou ne fait pas le poid tout seul tout héros qu’il soit.

        Au sujet de Harold ça me gène que le fils hérite du pouvoir du père. En revanche son discourt final est intéressant.

        Il oppose aux éventuels futurs agresseurs avec leurs armées, l’unité du clan (humains comme dragons). C’est un peu le facisme contre la démocratie.

        Bref je persiste à penser qu’il y a de bonnes choses dans dragon bien que le deuxième volet ait mis de l’eau dans son vin.

        • Coucou Bender,

          Comme je ne me souviens plus assez précisément de Dragons 2 pour répondre sur le film, je réponds juste sur quelques autres points :

          « En ce qui concerne le fait de laisser tranquille les dragons, il ne faut pas oublier que la « cohabitation » se passait mal dans le premier volet : destructions, tueries…. »

          Oui, mais il ne faut pas oublier que c’est le film lui-même qui choisit de mettre en scène des humain-e-s menacé-e-s par des animaux sauvages pour mieux justifier la domestication de ces derniers. Or est-ce qu’il n’y a pas ici un discours totalement mystificateur sur la domestication? Est-ce que, dans l’histoire humaine, la domestication a été un moyen de se protéger d’animaux menaçants ? Non. Et quels animaux menaceraient aujourd’hui l’humanité s’ils étaient sauvages ? Aucun.

          Pour moi, ce genre de scénario a pour but de légitimer la domestication, qui n’est rien d’autre qu’une domination. Tous les animaux que les humain-e-s ont domestiqué dans leur histoire l’ont été uniquement pour servir les intérêts des humains. Et à chaque fois ce processus de domination a nécessité de la contrainte, et donc des violences infligées par les humains aux animaux. Charles Patterson le décrit très bien dans le livre « Un éternel Treblinka ». Donc pour moi, expliquer que la domestication est en quelque sorte la solution la plus humaine et respectueuse qu’on a pu trouver pour ne plus être menacés par des animaux sauvages, ça relève de la pure mystification. Et idem pour le cas où on nous montre les animaux désirer leur domestication (que l’on retrouve dans Dragons, mais aussi un film comme The Croods, et beaucoup d’autres encore).

          « Et je maintiens que les rapports entre les dragons et leurs monteurs ne me semblent pas basés sur la domination. Il me rappelle un peu ceux que certaines personnes ont avec leurs chiens. »

          Encore faudrait-il établir que le rapport que les humain-e-s entretiennent en tant que classe à l’égard des chiens n’est pas un rapport de domination. Personnellement, j’ai de gros doutes là-dessus. Les chiens sont des animaux que les humain-e-s ont domestiqué, ce qui a consisté à leur dresser pour qu’ils leur obéissent, à les rendre complètement dépendant d’eux, à les extraire de leur milieu de vie (la plupart des chiens domestiqués vivent dans des maisons, souvent isolés les uns des autres), etc. Donc même lorsqu’un « maître » (ce n’est pas un hasard si l’on emploie ce mot pour désigner le « propriétaire » d’un chien) n’est pas violent avec son chien, on a affaire à une relation où l’un est dominé et l’autre dominant, où l’un obéit et l’autre commande. Vous n’êtes pas d’accord ?

          « Il oppose aux éventuels futurs agresseurs avec leurs armées, l’unité du clan (humains comme dragons). C’est un peu le facisme contre la démocratie. »

          On ne doit pas avoir la même conception de la démocratie alors 🙂 . Car pour moi à partir du moment où il y a un chef qui commande, ce n’est plus de la démocratie. Je dirais plutôt que ce genre de film oppose fascisme et gouvernement d’un chef éclairé (expression dans laquelle peut rentrer aussi bien une monarchie éclairée que les gouvernements oligarchiques de nos « sociétés démocratiques », où une poignée de chefs soi-disant plus éclairés que nous décident à notre place ce qui est bon pour nous sans que nous ne prenions un seul instant part à ces décisions. Pour qu’il y ait démocratie pour moi, il faut qu’il y a débat collectif et prise de décision collective (et contrôle étroit des représentant-e-s élu-e-s), sinon dans les faits le pouvoir est dans les mains d’une poignée de personnes qui en use dans leur intérêts et dans ceux de leur classe. Vous ne pensez pas ?

          • Marc-Olivier Pelletier

            Bonjour, j’ai lus vos commentaire qui dit qu’on ne peux pas dressé avec respect des animaux parce que dresser un animal ou quelqu’un n’a rien de respectueux. Autrement dis, le fait que des chefs d’entreprise commande des employé à faire telle ou telle tâche en échange d’argent «récompense gourmandise pour humain» C,EST MAL. Donc, il faudrait interdire le concepte même d’hiérarchie et notre société basé sur l’argent et le travaille ne pourrait plus fonctionner. Il faudrait repartir de zéro dans tout. En passant, je suis désolé, mais une relation parent enfant est légèrement hiéarchique. Quand un enfant fait une bétise, on doit l’empêcher de refère cette bétise, lui expliquer que c’est mal, voir le punir s’il fait trop de bétise pour lui enlever le goût de recommencer. Comme le mettre dans sa chambre où le privé de déssert où de télé pour la journée. Bref, On dresse les enfants COMME DES ANIMAUX. Il suffit juste de donner de l’amour et parfois des récompense pour rendre joyeux l’enfant pour prouver qu’on l’aime. Aussi on lui apprend à faire des efforts comme aller à l’école où être généreux avec les gens. Un jeune enfant et un chien par exemple n’ont pas la mentalité nécessaire pour aller en l’encontre de ses émotions et de ses pulsions juste en penssant aux concéquence que ça va avoir sur lui ou sur les autres. Un enfant a besoin de savoir que le fait de voler un gâteaux par exemple va faire en sorte qu’il va aller dans sa chambre et qu’aller dans sa chambre est plus désagréable que d’avoir un petit creu. Bon j’avoue que dresser des animaux de cirques pour amuser les gens, plus j’y pense plus j’ai un malaise.

          • Merci mon cher Pelletier, c’est plus ou moins ce que je voulais dire plus maladroitement.

            Une personne peut avoir une relation tout à fait saine avec un animal domestique comme un chien basé sur le respect.

            Pour en revenir à dragon on voit que croque-mou s’amuse tout autant que Harold lors de leurs escapades. Il prend même des initiatives. J’irai même jusqu’à voir un exemple d’harmonie entre l’homme et la nature. Car humain et dragon sont absolument égaux à cet instant.

            Pour ce qui est des problèmes de cohabitation n’oublions pas que tout vient de l’espèce de gros monstre dont j’ai oublié le moins. Les dragons sont tout comme les humains victimes de lui.

            Au sujet de fascisme vs démocratie comme je l’ai déjà écrit précédemment le fait que Harold succède à son père est déplaisant. Mais croque-mou est clairement pendant le combat final intronisé par ses pairs et donc d’une certaine manière élu démocratiquement.

            De plus Harold n’agit absolument à aucun moment pour ses intérêts personnels. Et j’en reviens à son fameux discourt final. Il ne dit pas je veille sur vous en bon roi/tyran/chef…mais nous nous entraidons.

            Sans oublier qu’il n’a pas l’égocentrisme propre à un seigneur se croyant irréprochable car de droit divin.

            Il admet ses fautes, sait être à l’écoute, accepte les conseils, et use très rarement de la violence.

            Je maintiens donc que Harold n’ait pas un dictateur bien que son accession au pouvoir soit discutable.

          • Coucou,

            Comme je n’ai pas trop le temps dans l’immédiat, je réponds juste sur la question des animaux domestiques.

            « Une personne peut avoir une relation tout à fait saine avec un animal domestique comme un chien basé sur le respect. »

            Je ne sais pas ce que vous entendez exactement par « relation saine basée sur le respect », mais si vous voulez parler d’une relation où le maître ne bat pas son chien, s’occupe bien de lui, et a de l’affection pour lui, je ne pense pas que ça signifie qu’il n’y a pas un rapport de domination. Encore une fois (car ce point me semble essentiel), n’a-t-on pas affaire à une relation asymétrique où le chien dépend de l’humain, où il a nécessairement été dressé (donc forcément contraint par l’humain), et dans laquelle l’humain commande et le chien obéit ? Et est-ce que ce n’est pas une relation de domination ça pour vous ?

            Pour mieux se rendre compte de ça, il me semble qu’il faut prendre en considération le rapport animaux/humains comme un rapport social entre deux classes d’individus. N’êtes-vous pas d’accord que, si l’on considère les humains en tant que classe, ces derniers n’exercent pas une domination sur les chiens ? Quand une espèce en domestique/dresse une autre, il n’y a pas de rapport de domination pour vous ? Et donc, par conséquent, est-ce que le rapport d’un maître à son chien ne repose pas sur un rapport de domination ? (même si le maître est gentil et affectueux)

            Peut-être qu’une analogie permet de mieux faire comprendre ce que je veux dire. Par exemple, si vous essayiez d’expliquer à quelqu’un que le capitalisme repose sur l’exploitation des ouvriers par les patrons, et que cette personne vous répondait : « Mais un patron peut avoir une relation tout à fait saine avec ses ouvriers, basée sur le respect ». Est-ce que vous considéreriez que c’est un argument valable ? Est-ce le fait qu’il y a des patrons sympas enlève quoique ce soit au fait qu’il y a une relation de domination entre le patron et l’ouvrier ? Une relation asymétrique où l’un possède le capital et les moyens de production, et l’autre juste son corps à vendre ?

          • Marc-Olivier Pelletier

            Juste une question. Est-ce qu’il y a un rapport de domination dans une relation parent/enfants? Je dis ça parce que dès qu’on discipline un enfant, c’est automatiquement un rapport de domination à mes yeux. Or, je ne vois pas en quoi la discipline n’est pas un rapport de domination et je ne voix pas comment on peut apprendre un enfant à bien vivre sans aucune discipline.

          • Est-ce qu’il y a un rapport de domination dans une relation parent/enfants?

            Ah oui, pour moi, dans notre société, très clairement. Les enfants sont généralement très dénigrés et dévalorisés, vus comme des chieurs, des petits monstres à dresser avant qu’ils ne deviennent des « enfants-rois », à côté de quoi l’enfance peut être idéalisée comme une sorte de période dorée sans aucune difficulté, autant d’éléments qui évoquent très fortement une domination pour moi (et je ne parle pas des deux enfants qui meurent sous les coups de leurs parents chaque jour en France…).

            Après je pense effectivement que la domination humaine comme la domination adulte présentent une différence assez fondamentale avec d’autres dominations (comme le sexisme, le racisme), qui est justement cette dépendance qu’on ne peut pas, je crois, effacer totalement (après, peut-être que je pense cela car je suis encore imbibée d’âgisme ou de spécisme). Mais cette dépendance (des bébés, des animaux), d’une part, est très renforcée par les systèmes de domination et pourrait être bien moindre, d’autre part, ne justifie en aucun cas les mauvais traitements infligés aux animaux / aux enfants (j’aurais presque envie de dire « au contraire »).

            Pour donner quelques ressources : l’elfe en parle ici, et sinon Yves Bonnardel va sortir un livre intitulé « la domination adulte » à l’automne avec une préface de Christine Delphy 😀

          • J’arrive un peu après la bataille, mais si je suis d’accord avec ce qui est dit sur la domination adulte et la domination spéciste, l’évocation du chien « non domestiqué » me laisse quelque peu perplexe. A la différence d’autres animaux « domestiques » (chat compris), le chien s’est construit dans la domestication ou dans le compagnonnage avec l’homme. Même s’il existe des meutes de chiens sauvages, il ne s’agit pas de la condition « naturelle » du chien. Des loups sont devenus des chiens au contact de l’homme. Donc je suis un peu dubitative quand on parle de « chien domestiqué ». Le chien est par définition un loup domestiqué.
            Pour autant, on peut imaginer que le rapport originel entre le chien et l’homme n’était pas un rapport de domestication et donc de dépendance, mais un rapport de coopération et de compagnonnage.

        • Bonjour Bender,
          je vais ajouter un élément à ta remarque, car Paul Rigouste ne l’a pas soulevé :
          « En ce qui concerne le fait de laisser tranquille les dragons, il ne faut pas oublier que la « cohabitation » se passait mal dans le premier volet : destructions, tueries…. »
          dans le premier, les destructions sont perpétrées car les dragons obéissent à leur mâle-alpha (planqué dans le nid) que Harold et Astrid découvrent avec Krokmou.
          Harold l’a bien compris, puisqu’il l’explique à son père, que les dragons sont obligés de ramener leur chasse à leur « reine »…
          A la fin de Dragons 1, le dragon géant du nid a été tué, les dragons n’ont plus de raisons de piller les villages humains.

  9. Je voudrais réagir sur de nombreux points. Je suis normalement, globalement d’accord avec vos articles sur de nombreux films, que je les aime ou non. Mais là il y a de nombreux points que j’ai trouvé exagérés/ mal représentés.

    Pour commencer, quand vous dites que Claire est « hésitante (elle ne sait quoi faire lorsque l’Indominus s’échappe ». Eh bien si, elle sait quoi faire, elle appelle le centre de contrôle pour la localiser, elle décide de fermer les attractions, etc.
    Vous dites aussi qu’elle est le contraire de Masrani, puisqu’elle a décidé de créer l’Indominus. Or, Masrani est content de cet hybride, quand il apprend qu’elle est plus grande que prévue, qu’elle est blanche… Claire se montre même un peu effrayée, alors que le directeur du parc est totalement en admiration.

    Il y a aussi la mort de Zara qui a semblé vous choquer. Je voudrais déjà vous rappeler que dans tous les autres films de la franchise, aucune femme n’est jamais morte, comme si elles étaient trop faibles pour cela, ou bien toujours protégées par leur statut de femme. D’ailleurs, comme mort horrible, on a aussi Masrani qui tombe dans son hélicoptère, avec un gros plan sur son visage horrifié, et Hamada qui se fait attrapé par l’Indominus, avant d’être jeté à terre et écrasé.

    Ensuite, vous dites que Zach n’est émerveillé que devant le repas du mosasaure, mais il se fichait royalement du repas du t-rex, et était tout autant émerveillé (avec un « oh m***e ») devant les apatosaures et triceratops. Et vous faites la remarque que Gray doit passer « d’intello » à un homme qui aime la mécanique, or c’est Gray qui dit à Claire qu’ils ont besoin de « plus de dents » (en les comptant, donc en sachant combien de dents ont les raptors), et qui déclenche le « sauvetage ».

    Je voudrais réagir enfin sur ce que vous dites à propos d’Owen Grady. J’ai bien écouté le film, et aucune fois je n’ai entendu Owen proclamer lui-même qu’il est le « mâle alpha » des raptors. Il dit juste à un moment que les enfants regardent l’alpha.
    Vous dites qu’il n’a jamais peur. Il y a pourtant de nombreux moments où l’on peut voir qu’il ne fait pas le fier (une photo avait d’ailleurs été mise en ligne, dans laquelle il a l’air aussi effrayée que les enfants).
    On peut d’ailleurs remarquer que, à la fin, lorsque Claire va libérer le t-rex, que fait-il ? Il manque de se faire tuer, parvenant à peine à protéger les enfants. Alors certes, il a affronté l’Indominus en « face-à-face », mais sans résultats, alors que Claire, en servant « d’appât » (même si elle a plus l’air de guider le t-rex), arrive à un résultat.

    Bref, voilà, il y a d’autres points sur lesquels j’aurais aimé réagir, mais je pense faire trop.

    • Coucou,

      Juste sur le truc du « male alpha ». A un moment quelqu’un lui demande « Et c’est qui le male alpha? » et il dit « Tu le regarde » ou « Il est en face de toi » ou un truc du style.

      Le reste je me souviens plus, et j’ai pas lu l’article alors je vais pas dire n’importe quoi ^^

  10. Je suis assez étonnée par votre critique de Jurassic World. Je l’ai lue avant de voir le film et je ne suis pas du tout d’accord avec votre interprétation des personnages. Je précise que je suis féministe, même si je ne suis pas engagée; à titre d’exemple, il m’est impossible de revoir les Indiana Jones tellement ces films suintent la misogynie. Alors oui, c’était l’époque, mais je n’y arrive pas!

    Je rejoins Zoé, sauf sur son dernier point: comme l’indique Liam, Owen dit bel et bien qu’il est le « mâle alpha ». En français, on dit « mâle dominant ». Mais je ne vois pas où est le problème: dans les meutes, il y a toujours un mâle dominant, c’est comme ça. On ne va pas changer la nature pour faire plaisir à l’égalité homme/femme!

    Je trouve au contraire que le film évite les stéréotypes. On retrouve le personnage de la personne carriériste, assoiffée par l’argent, qui ne souhaite pas fonder une famille et ne s’intéresse pas à celle qu’elle a. MAIS, pour une fois, c’est une femme, femme qui va évoluer au fil du film: elle va tout de même mettre sa vie en danger pour sauver ses neveux.

    Le personnage d’Owen est aussi nuancé: oui, il a fait l’armé, mais ce n’est pas non plus un gros bourrin. Il est déçu de ne pas avoir eu de 2ème RV avec Claire (donc il souhaite se mettre en couple), est sensible au bien-être animal. Il sait aussi être fort, mais pour un mec qui a fait l’armé et qui travaille avec des raptors, ça me semble être la moindre des choses!

    Retour à Claire: oui, elle est insupportable au début, comme toute personne qui a l’habitude de donner des ordres, mais elle se montre très utile par la suite. Elle lui sauve la vie (scène suivie par le baiser) et la fin est particulièrement féministe, je trouve: c’est elle qui a l’idée de faire sortir le T-Rex ET elle se met volontairement en danger pour l’attirer au bon endroit (pendant qu’Owen se cache). Je trouve que c’est plutôt équilibré. Et contrairement à ce que dit l’article, ce n’est pas Owen qui émancipe Claire, elle le fait toute seule. Le seul moment où elle ne contrôle pas la situation, c’est quand elle se retrouve dans la brousse en talons. Je sais pas vous, mais moi non plus, la jungle, ce n’est pas mon environnement de prédilection. Je trouve au contraire qu’elle gère plutôt bien la situation, appelant régulièrement la tour de contrôle histoire de faire le point et obtenir les infos nécessaires, voire demander du renfort ou autre (ex: le T-Rex). On ne peut pas transformer une femme qui travaille dans des bureaux, même une scientifique, en G.I.!

    Le personnage le plus antipathique (à mon sens) est Vic Hoskins (joué par D’Onofrio), qui pour le coup n’évolue pas du tout, et Masrani passe pour un original un peu idiot.

    Quant aux deux enfants, l’ado manque clairement d’empathie et son personnage va évoluer au fil du temps. Le petit frère, qui exprime ses sentiments, est présenté de manière nettement plus positive.

    A ce propos, je trouve l’auteur de l’article très dure avec leur mère: si elle pleure et se montre aussi émotive, c’est à mon avis parce qu’elle et son mari sont en instance de divorce. Et je précise qu’elle ne pleure pas au moment de leur dire au revoir à l’aéroport. Elle pleure au téléphone avec sa sœur, mais vu la situation…

    Bon, j’arrête là, je ne vais pas tout analyser (pourquoi une femme ne pourrait-elle pas se faire gober par un dinosaure marin – désolée, j’ai oublié son nom), mais vraiment, je ne comprends pas les accusations de sexisme envers le film

    • @ Julie

      Je réponds juste sur deux points :

      « Je rejoins Zoé, sauf sur son dernier point: comme l’indique Liam, Owen dit bel et bien qu’il est le « mâle alpha ». En français, on dit « mâle dominant ». Mais je ne vois pas où est le problème: dans les meutes, il y a toujours un mâle dominant, c’est comme ça. On ne va pas changer la nature pour faire plaisir à l’égalité homme/femme! »

      Un des problèmes de cet argument il me semble, c’est que dans la nature, l’alpha n’est pas forcément un mâle, ça peut très bien être une femelle. Du coup, pourquoi avoir choisi de faire d’Owen (le mâle viril) l’alpha des raptors ? Pourquoi ça n’est pas Claire par exemple ? Parce que là du coup on se retrouve avec un l’opposition entre le mauvais alpha femelle (l’Indominius Rex) et le bon alpha mâle (Owen). Donc la valorisation d’un leadership masculin contre un leadership féminin, ce qui ne me semble pas très féministe personnellement.

      De plus, la symbolique de l’alpha mobilisée par le film à propos d’Owen convoque en même temps l’imagerie sexiste du « mâle alpha », cet homme viril qui domine ses semblables, et surtout les femmes (qui adorent ça évidemment…). Cf. la scène où Owen embrasse Claire brutalement, le fait qu’elle tombe définitivement amoureuse de lui après l’avoir vu en action, l’admiration qu’il suscite chez les deux garçons, etc.

      Bref, ce qui se dégage quand même assez clairement de ce film, c’est que l’alpha doit être un mâle, et qu’un « mâle alpha » comme Owen est trop cool et sexy. Dans les deux cas, la nature ne justifie rien, puisque chez les animaux, l’alpha peut très bien être une femelle, et que chez les humains, ce fantasme du « mâle alpha » est une pure construction sociale (éminemment patriarcale). Vous n’êtes pas d’accord ?

      « Je trouve au contraire que le film évite les stéréotypes. On retrouve le personnage de la personne carriériste, assoiffée par l’argent, qui ne souhaite pas fonder une famille et ne s’intéresse pas à celle qu’elle a. MAIS, pour une fois, c’est une femme, femme qui va évoluer au fil du film: elle va tout de même mettre sa vie en danger pour sauver ses neveux. »

      Justement, comme le montre bien l’auteur de l’article, cette évolution du personnage fonctionne comme une rédemption : alors qu’elle est au début posée comme un problème (elle est responsable de la catastrophe), elle ne devient un personnage pleinement positif QUE LORSQU’ELLE se soucie de ses neveux (maternité) et tombe amoureuse d’Owen (amour), donc quand elle se conforme aux normes dominantes de féminité. Pourquoi faut-il absolument qu’elle démontre sa féminité pour être valorisée ? Et plus généralement, pourquoi les films n’autorisent que très rarement les femmes à être carriéristes sans montrer cela comme un problème, alors que les personnages d’hommes carriéristes présentés comme positifs sont pléthore ?

      Du coup, pour moi, étant données les représentations dominantes qui condamnent encore aujourd’hui les femmes carriéristes sans enfants, le film aurait été féministe sur ce point s’il avait permis à Claire d’être carriériste sans montrer ça comme un problème. Vous voyez ce que je veux dire ?

      • En ce qui concerne « mâle dominant », vous avez certes raison, ça peut être une femme (pourquoi pas). Cela étant, vu le film, il aurait été étonnant qu’une femme scientifique plus intéressée par les affaires que par les animaux soit également proche des animaux. Le réalisateur a choisi une femme comme personnage désagréable au début qui va évoluer tout au long du film. On aurait eu un film complètement différent et je trouve qu’il s’en sort bien.

        En ce qui concerne votre deuxième remarque, je ne suis pas du tout d’accord avec vous. Dans le premier Jurassic, le scientifique subi la même transformation: il s’humanise à mesure qu’il s’intéresse aux enfants. Je rappelle que dans Jurassic World, ce sont les enfants de sa propre sœur, donc ses neveux. A un moment, faut aussi prendre un peu de recul avec le féminisme. Le film ne se termine pas par Claire souhaitant avoir des enfants avec Owen. Elle a simplement évolué par rapport à son préjugé de départ (je rappelle qu’ils avaient eu un RV, donc elle n’est pas non plus tout à fait fermée à l’idée d’une relation, mais avait refusé à cause de son… bermuda!). Par ailleurs, je ne trouve pas qu’elle ne devient un personnage positif qu’à la fin: comme Owen qui est doué au combat (c’était son métier), elle est doué dans son domaine de compétence: la gestion de crise, la coordination, etc. Le film doit être un minimum crédible. Et je rappelle, car vous semblez l’oublier, qu’elle SAUVE deux fois Owen: quand elle tue le dinosaure juste avant de retrouver les enfants et à la fin, quand il part se cacher alors qu’elle va chercher le T-Rex. C’est ELLE, l’héroïne!

        Quant aux talons ou à sa féminité, c’est plus une femme d’affaire qu’une scientifique sur le terrain. Que ça vous plaise ou non, ce sont les codes en vigueur à l’heure actuelle. Il aurait été au contraire étonnant de la voir avec des rangers alors qu’elle doit se charger des RP! D’ailleurs, je trouve sa féminité toute en simplicité (parole d’une femme qui se maquille quasiment jamais), rien d’aguicheur. Le réalisateur a choisi une femme jolie mais qui n’est pas exagérément sexy.

        Je pense que le réalisateur a choisi de calquer certains personnages sur ceux du premier film mais en inversant les sexes. N’oublions pas que ce film fait partie de la saga « Jurassic ». Faut pas s’attendre à un film d’auteur non plus!

        • Coucou Julie,

          Par manque de temps, je réponds juste sur la comparaison entre Claire et le personnage du premier Jurassic Park.

          Pour moi, on ne peut précisément pas les comparer en vertu du même critère précisément parce qu’on vit dans une société patriarcale qui impose des idées très différentes de ce que doit être un homme et de ce que doit être une femme. Au niveau de la parentalité, il y a encore aujourd’hui beaucoup plus de pression qui pèse sur les femmes à propos du fait d’avoir des enfants et de savoir s’en occuper, alors qu’on accepte beaucoup plus facilement qu’un homme n’ait pas d’enfant ou ne sache/veulent pas s’en occuper.

          Du coup, il me semble que dans ce contexte, un personnage masculin plutôt progressiste serait un personnage qui s’occupe des enfants et qui est valorisé pour ça (comme dans des films comme Monstres et Cie ou Moi, moche et méchant http://www.lecinemaestpolitique.fr/nouveaux-peres-i-de-monstres-et-cie-a-moi-moche-et-mechant-apprendre-a-etre-doux/, qui seraient d’ailleurs encore plus progressistes s’ils n’étaient pas en même temps misogynes 🙂 , mais bon…). Et des personnages féminins progressistes seraient plutôt des femmes qui n »ont pas d’enfants et qui sont très heureuses et s’épanouissent très bien dans d’autres domaines que la maternité, ou alors des personnages féminins qui ne savent pas s’occuper des enfants « instinctivement », mais doivent l’apprendre par exemple (pour casser l’idée sexiste d’ « instinct maternel »). (Je ne dis pas qu’il ne faudrait QUE des personnages comme ça, car ça reviendrait à imposer une nouvelle norme, mais juste qu’il en faudrait des comme ça AUSSI, pour contrebalancer les représentations dominantes et casser les stéréotypes).

          C’est pour ça que, pour moi, le Jurassic Park 1 qui montre un homme s’intéresser aux enfants est plutôt progressiste (après c’est sûrement un peu plus compliqué, il faudrait bien décortiquer tout le film pour être sûr, et le remettre dans le contexte du début des années 1990), alors que Jurassic World est complètement conservateur, puisqu’il réaffirme la même norme qui est en permanence imposée aux femmes dans notre société, en condamnant explicitement celle qui s’en écarte (la femme qui ose ne pas s’intéresser aux enfants).

  11. Cher rigouste

    Sans vouloir passer pour un naïf ce n’est pas parce que la société favorise voir impose des rapports de domination entre certains types de personnes que ces dernières le suivent forcément.

    A mon tour de prendre un exemple.

    Dans un couple hétéro l’homme est clairement favorisé par la société. En cas d’adultère on sera beaucoup plus indulgent pour lui que pour elle. Son apport financier dans le ménage au vue des inégalités de salaire, sera certainement plus important. on trouvera normal que sa compagne se tape les tâches ménagères en plus de son travail pendant que lui regarde le foot à la télé….

    Pourtant il existe des couples hétéro qui fonctionnent différemment et sur un pied d’égalité.

    Il en va de même des fois entre un homme et son animal domestique.

    • Coucou bender,

      Je pense qu’une analogie avec le couple hétéro qui correspondrait mieux avec ce que vous soutenez, ce serait par exemple un couple où l’homme domine économiquement de sorte que la femme est dépendante de lui, et à propos duquel on dirait « oui mais il est très généreux et gentil avec elle, car il lui donne tout l’argent qu’elle demande, et puis il ne la frappe pas, etc. ». Donc un discours qui nie la domination structurelle entre les deux membres du couple (qui renvoie plus largement à la domination économique de la classe des hommes sur la classe des femmes dans notre société) au motif que l’homme « respecterait » sa femme (à un niveau individuel). Car c’est cet argument que vous avancez par rapport au spécisme il me semble (et auquel j’ai essayé de trouver un équivalent dans la relation d’exploitation patron/ouvrier).

      Parce que je ne dis pas que les relations égalitaires sont impossibles, mais pour moi l’égalité est avant quelque chose à laquelle on doit viser collectivement, et pas juste individuellement. Non seulement parce que le fait qu’il puisse exister des relations égalitaires à l’intérieur d’un système de domination ne remet pas du tout en question la domination, puisque celle-ci reste la règle et les relations égalitaires des exceptions. Mais en plus, je ne suis même pas sûr d’être d’accord pour considérer comme totalement égalitaire une relation qui serait exceptionnellement égalitaire au sein d’un système de domination. Parce que dans ce cas là, le dominant qui a réussi à abandonner un peu de ses privilèges (si tant est que ce soit possible totalement, ce dont je suis loin d’être sûr) jouit encore du privilège d’avoir eu le choix de le faire, et retire aussi des privilèges symboliques du fait d’être égalitaire (par contraste avec les autres dominants qui ne le sont pas, ou le sont moins).

      Je pense ici en particulier à la domination masculine (car à mon avis les dominations sont toutes différentes, alors il ne vaut mieux pas trop parler « en général ») : un homme proféministe qui décide par exemple individuellement de faire autant ou plus de tâches ménagères, de s’occuper autant des enfants, etc., a non seulement le choix de le faire (là où la société martèle à la femme que ce serait normal qu’elle le fasse), ce qui est un privilège, et peut retirer des bénéfices symboliques du fait de ce comportement (« il est vraiment merveilleux, il a fait la vaisselle sans qu’on lui demande », etc.), là où la femme ne sera pas particulièrement valorisée quand elle fait « sa part du travail », car la société trouvera ça normal. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire ?

      Pour revenir à la question du spécisme, le fait que certains « maîtres » soient respectueux et affectueux envers leur chien ne changent rien au fait qu’ils restent des « maîtres ». Et à mon avis, il le resteront tant qu’il existera un rapport de domestication, car je ne vois pas comment il peut y avoir domestication sans dressage, contrainte, violence. Personnellement, la seule relation égalitaire que je peux concevoir entre des humain-e-s et des animaux, c’est la rencontre entre humain-e-s et animaux sauvages. Rencontre où l’humain-e n’impose rien à l’animal, et où une relation se noue que si l’animal en a envie (ce qui a mon avis est très très rares avec les animaux sauvages).

      Du coup, pour revenir plus précisément à la série Jurassic Park, la relation « basée sur le respect » entre humain-e-s et dinosaure c’est moins pour moi celle que nous propose Jurassic World que celle qui est valorisée par le 2ème volet de la série (si je me souviens bien), à savoir les dinosaures qui vivent dans leur milieu (une île il me semble) sans que des humain-e-s viennent les chasser ou les étudier de manière intrusive.

      • Cher Rigouste

        Je n’ai pas peut-être été très clair mais je ne sous-entendais absolument pas çà.

        Bien entendu une action purement individuelle ne vaudra pas un véritable changement structurel. Nous sommes d’accord sur ce point.

        Il s’agissait juste d’une analogie pour dire qu’un homme peut avoir une relation saine avec une bête (oui je sais comparer la relation homme/femme à celle homme/bête peut être mal interprété désolé).

        Justement c’est là que nos opinions diverges. Car je pense qu’on peut avoir un animal domestique (chien, chat…) sans que cela soit blâmable. Si la bête n’a pas été arrachée de son vivant à son milieu naturel, si on ne la dresse pas pour en faire sa chose, personnellement je ne vois pas où est le problème. Évidemment la bête sera dépendante de son « maitre ». Mais si ce dernier n’en abuse pas.

        Bref il ne faut pas faire culpabiliser tous les détenteurs d’animaux domestiques.

        Ce n’est pas eux qui ont crée cette situation. Et je ne pense pas qu’on puisse techniquement relâcher tous les animaux domestiques dans la nature.

        Mais c’est évident qu’il faut revoir nos rapports avec eux. Car entre les zoos, les combats de chien, les élevages intensifs…. il y a des progrès à faire.

        Par contre on est d’accord sur jurassic park 2, une réserve naturelle c’est nettement mieux qu’un zoo (si j’ai bien compris).

        • Vous me faites pensé à un ami qui m’expliquait que la domination masculine ce n’est pas très grave car les femmes peuvent avoir un mari qui ne les maltraite pas. Je lui ai demander si il défendrait l’esclavage au prétexte que quelques propriétaires n’utilisaient pas le fouet sur leurs esclaves. Et comme vous dites dans la domesticité il arrive que les humains ne frappent pas les animaux.

          Les dominants peuvent ne pas « abuser » de leurs privilèges, mais c’est seulement si illes en ont envie et si la personne ou l’animal soumis se soumet aux desirs des dominant·e·s. C’est à dire tant que chacun est à sa place le dominant peut rester « gentil ». C’est unilateral, c’est toujours le mâitre qui décide selon son bon vouloir. Par exemple si votre chien se met à manger votre pâté, ou si il dort dans votre lit en vous jettant au sol, ou si il veut copuler avec vous, manger votre bébé, pisser et chier ou bon lui semble… je présume que vous saurez vous souvenir de qui est le mâitre et à qui reviennent les décisions. Aussi la notion d’abuser de ses privliège est définie par le dominant, qui pour apaisé sa culpabilité se rangera du coté des gentils qui n’abusent pas, l’abuseur c’est toujours l’autre.

          Ce n’est pas parcequ’il y a des dominants moins odieux que d’autres que la domination est légitimé ou excusé ou devrait ne pas faire culpabiliser les dominants.
          La domination n’est pas rendu acceptable au prétexte que le dominant n’utilise pas tout le temps l’ensemble de ses privilèges. Et de toute facon même si le dominant n’utilise pas de moyens coercitifs pour se faire obéir, le dominé sait que c’est une possibilité offerte au dominant.

          Je signal que j’ai un chat en appartement et je suis lucide sur ce que je lui fait (enfermement, stérilisation, pucage, alimentation et défécation contrainte, imposition d’un environnement humain et non félin…) et pourtant autour de moi on dit que je suis trop laxiste avec ce chat et que je me laisse dominé. On pourrait dire que je suis une gentille maitresse, alors qu’en réalité ce chat je l’ai fait stérilisé de force, je le réprimande quant il pisse dans mes habits, je lui rationne la nourriture… tout ceci est de l’ordre de la violence à mon avis même si la société me fait croire que c’est légitime. Alors parfois je culpablise mais je sais que pour ne plus culpablisé, ce qu’il me faut, c’est ne plus avoir d’animal domestique et pas changer la définition de la domesticité.

          La domestication est un rapport hiérarchique, que le maître soit gentil ne change rien à l’affaire. Et si mon chat me donne l’impression de m’aimé, ce n’est qu’une impression que j’ai, en fait mon chat n’a pas le choix. C’est vital pour mon chat de me faire croire qu’il m’aime car ses besoins vitaux dépendent de moi vu que mon chat vit dans un environnement dans lequel il est incapable de survivre sans mon bon vouloir.

          Par rapport à ces questions j’écoutait il y a peu une emission interessante sur le consentement à l’oppression. C’etait dans une perspective féministe mais à un moment il y a la lecture d’un texte sur un paysan, son âne et la carotte qui m’a semblé très interessant. Je cite approximativement  » Le paysan dit que l’âne aime la carotte et qu’il aime tellement la carotte qu’il consent au travail contre cette carotte. Mais l’âne ne connait pas la carotte comme le paysan la connait. Pour l’âne la carotte n’est jamais séparé du bâton. L’âne n’est pas nourri de carottes, la carotte de son point de vue c’est seulement l’absence de punition. En fait l’âne n’aime pas la carotte, il préfère simplement la carotte au bâton. »
          voila l’émission en question http://www.radiorageuses.net/spip.php?article460

          bonne journée

        • ps – sur l’idée du retour hypothétique à la vie sauvage. Certains animaux s’adapteront et pas d’autres. La selection naturelle fera le tri tout comme la selection humaine l’avait fait auparavent. C’est drole que ces morts naturelles hypothétiques d’ex-animaux domestiques vous apitoie plus que les morts réelles et par milliards des animaux domestiques provoqué par la domestication actuellement.

          Regardez la tortue de Floride ou l’escargot geant du congo, leur retour à la vie sauvage se passe tres bien. Quant aux vaches laitières elles s’adapterons aussi et évolueront comme elles l’ont fait sous la contrainte humaine. Je ne comprend pas pourquoi cette histoire de vie sauvage serait un argument en faveur de la domesticité.
          En captivité la plus part des bovins sont executé autour de 3 ans, alors qu’une vache peut vivre 25 ans facilement. En liberté si la vache peut vivre jusqu’a 4 ans c’est deja un bénéfice pour elle. Si vous êtes un poulet on vous bute à tous les coups à seulement quelques mois alors qu’une poule peut vivre 20ans… Je pense que les poules s’adapterons parfaitement à un retour à la vie sauvage. Pour le chat persan (et autres animaux plus trafiqués) il y aura probablement plus de difficulté a cause des poiles et des problèmes de sinus trop courts, mais si les chats persans venaient à disparaitre l’univers s’en remettra et vous aussi. Au pire ca fera un 5ème volet à la saga Jurassic.
          http://www.catchannel.com/images/jurassic-kitten-1.jpg

          Et puis le péril de l’extinction des especes domestiques n’est un argument valable que lorsque les humains ont encore quelque chose à exploité de ces espèces. Lorsque l’espèce n’est plus rentable on la laisse s’éteindre sans états d’âme. C’est le cas de la sangsue médicinal est un animal domestique en grand périle sans que ca n’émeuve grand monde et qui ne bénéfice pas de la popularité du Baudet du Poitou qu’on maintiens parcequ’on a en a encore un petit usage touristique.

          Pour finir, l’idée que la libération des animaux causera le mort de beaucoup d’animaux est certes vrai pour certaines especes, mais la captivité en tue beaucoup aussi et l’homme ne laisse aucune chance de survie aux animaux captifs.

          • Regardez la tortue de Floride ou l’escargot geant du congo, leur retour à la vie sauvage se passe tres bien.

            Très bien pour eux. Pour les espèces qui vivaient précédemment dans le même environnement, l’arrivée de NAC relâchés dans la nature peut être assez catastrophiques.
            (Notez, je ne dis pas ça pour prétendre qu’il ne faudrait pas rendre leur liberté aux tortues de Floride, mais plutôt qu’il aurait mieux valu dans un premier temps ne pas les arracher à leur milieu naturel).

          • Cher Meg

            J’ai peut-être été encore flou. Mais ton interprétation de mon dernier post est fausse.

            Je ne tente pas d’atténuer une quelconque domination.

            Pour moi même si un mari ne bat pas sa femme au sein d’une société qui l’autorise, la société en question demeure blâmable.

            De mon point de vue une bonne société est égalitaire. Et cette égalité pour être pleinement efficace doit être institutionnalisé.

            Suis-je clair cette fois ?

            Quant au retour des animaux à la vie sauvage. L’idée de sacrifier certains au profit d’autres fait un peu trop dommage collatéral à mon goût. Même si on songe aux conditions dans les abattoirs…

          • Coucou,
            Juste pour rebondir sur 2 points (je suis par ailleurs d’accord avec tout ce que dit Meg).

            « Bref il ne faut pas faire culpabiliser tous les détenteurs d’animaux domestiques. Ce n’est pas eux qui ont crée cette situation. »

            Ce n’est pas parce qu’on n’a pas créé un rapport d’exploitation ou de domination qu’on ne contribue pas à le reproduire ou qu’on ne profite pas des privilèges qu’il nous offre. Pour faire encore une analogie avec l’exploitation capitaliste : ce n’est pas parce que les patrons d’aujourd’hui n’ont pas participé à l’expropriation originelle qu’ils ne reproduisent pas et tirent profit de cette dernière. Ça me semblerait très critiquable de dire à leur propos « il ne faut pas les blâmer, ce n’est pas eux qui ont créé cette situation ».

            Après il ne s’agit pas de faire « culpabiliser » (je n’aime pas trop ce mot car il est souvent utilisé contre les gens qui tentent de combattre les rapports de domination, du genre « qu’illes sont chiant-e-s les critiques du néocolonialisme, c’est fini tout ça, il faut arrêter de faire culpabiliser les blanc-he-s à propos de leur passé colonial », etc.), il s’agit juste d’essayer de réfléchir, d’essayer de prendre conscience collectivement de la domination qu’on exerce. J’ai moi-même toujours eu des chiens ou des chats, et ce n’est que très récemment que je commence à prendre conscience de tout ça et à essayer de voir ce qu’il peut être possible de faire. Et si je peux me sentir « coupable » à ce niveau, c’est pour moi de la « bonne culpabilité », au sens où c’est un peu la preuve que je commence à prendre de plus en plus conscience qu’il y a un problème.

            Et juste pour la question de qui a « créé cette situation », comme vous dites. Il me semble déjà que l’on peut distinguer plusieurs cas de figure. Comme par exemple, d’un côté, les cas où des gens recueillent et s’occupent du mieux possibles des animaux qu’il est impossible (momentanément ou définitivement) de libérer, et d’un autre côté, les cas où des gens font se reproduire des animaux domestiques (voire même parfois les font se reproduire pour les vendre à d’autres gens). Le premier cas me semble plutôt louable, alors que le deuxième très condamnable. Et alors que le premier ne me semble pas participer à « créer la situation » ou à la reproduire, le deuxième cas si.

            Il me semble aussi qu’il est plus pertinent de penser en termes d’individus plutôt que d’espèces. Car personnellement, qu’une espèce de chien domestique disparaisse, je crois que je m’en fous, alors que des chiens souffrent je ne m’en fous pas du tout. En ce sens, que l’on continue à faire reproduire des chiens entre eux pour les domestiquer, je trouve que ça craint. J’aurais plutôt tendance à penser qu’il faudrait au contraire ne pas forcer cette reproduction (qui est le plus souvent organisée par les humain-e-s pour leur intérêt), et que comme ça, à terme, les chiens domestiqués disparaitraient. Je pense qu’il vaut mieux essayer de favoriser le plus possible la vie des espèces d’animaux sauvages déjà existants (en ne détruisant pas leur milieu) plutôt par exemple d’essayer de réintroduire de forces des espèces domestiquées à la vie sauvage, non ?

            Désolé, je dis peut-être des trucs pas clairs et/ou très critiquables. C’est quelque chose auquel je commence juste à réfléchir alors je n’ai pas vraiment d’idée encore… Si quelqu’un-e a des idées (ou a lu des choses) sur comment mettre fin à l’exploitation domestique des animaux, ça m’intéresse.

          • En ce sens, que l’on continue à faire reproduire des chiens entre eux pour les domestiquer, je trouve que ça craint. J’aurais plutôt tendance à penser qu’il faudrait au contraire ne pas forcer cette reproduction (qui est le plus souvent organisée par les humain-e-s pour leur intérêt), et que comme ça, à terme, les chiens domestiqués disparaitraient.

            Ce qui suppose qu’on continue de pratiquer massivement la castration et la stérilisation, à la fois pour garder le contrôle sur la reproduction de l’espèce et pour influer sur son comportement (ou tout simplement par adhésion à la norme). Je ne suis pas sûr d’être très à l’aise avec cette idée.

          • Oui, moi non plus 🙂 . En fait quand je disais ça, je pensais surtout à la reproduction des animaux domestiques organisée par les humain-e-s. Parce que la reproduction spontanée des animaux domestiques entre eux me semblait (sans que je sache vraiment) plutôt une exception que la règle. Mais mes préjugés sont sûrement faussés par mes expériences personnelles (quand j’étais petit je me souviens par exemple qu’on avait fait rencontrer notre chienne avec un autre chien pour qu’ils fassent des bébés, et que ça n’avait pas marché, j’avais trouvé ça violent, ça m’avait assez marqué).

            Après, si la stérilisation est déjà pratiquée massivement sur les animaux domestiques, est-ce que ce serait vraiment un problème de continuer momentanément si le but est d’empêcher la reproduction de l’exploitation domestique? Est-ce que ça ne serait pas la seule solution (pour les animaux que l’on ne peut pas remettre à l’état sauvage je veux dire) ?

            Parce que j’ai l’impression que l’état actuel niveau domesticité et stérilisation, c’est une espèce de stérilisation « régulée » par les humain-e-s pour satisfaire au plus près leurs intérêts (on veut que les animaux domestiques se reproduisent pour nous « tenir compagnie », mais en même temps on n’en veut pas trop parce que sinon ça fait chier, il faut s’en occuper, ça coûte cher, etc.). J’ai l’impression que c’est une stérilisation qui est utilisée pour optimiser l’exploitation domestique, et du coup j’ai l’impression qu’une stérilisation dans le but de mettre fin à ce rapport d’exploitation serait un peu plus acceptable. Mais bon après y a un problème de contradiction entre les moyens (stériliser, donc violenter les animaux) et la fin visée (en finir avec l’exploitation des animaux)… C’est compliqué comme question… 🙁

          • Je pense que la nature se régule tres bien sans intervention humaine. Je pense a la zone interdite autour de Tchernobyl. Depuis que les humains ne peuvent plus y mettre les pieds la faune et la flore y prospère comme jamais. Les problemes causé par les radiations ne sont pas aussi nocifs pour la faune et la flore que la simple présence humaine. En fait des qu’on cède quelques mètres de terrain aux non-humains tout se passe plutot vite et bien.
            http://www.courrierinternational.com/breve/2005/08/10/une-fantastique-experience-en-faveur-de-la-biodiversite

            aussi par rapport à garbage trash patch, le « continant » d’ordure (il y en a plusieur maintenant au moins deux dans le pacifique et un en Atlantique sud). L’accumulation d’ordures sur ces zones empêche la pêche. Les poissons ont pris ces zones comme des refuges et s’accommodent du plastique et de la surmortalité qu’il implique qui sera toujours préférable a l’industrie de la pêche. Du coup ces zones ultra polluées ou l’homme ne va plus, qu’il abandonne aux non-humains, sont en passe de devenir les plus riches zones de biodiversité sur terre.

            Tout ça pour dire que les animaux, domestiques ou pas, s’accommodent tres bien de l’absence des hommes dans la mesure ou on leur accorde un endroit pour vivre. Par contre les humains sont deja incapables de toléré un loup alors des hordes de chiens sauvages je pense que c’est tres utopique. Perso je ne prône pas la liberation animal mais je trouve cette perspective intéressante.

  12. Je crois que ce qui m’a le plus choquée, c’est que le film de 94 était beaucoup plus évolué que celui-là… Le personnage de Laura Dern était fort, déterminé (c’est quand même elle qui plonge les mains dans la merde de dinosaure, quoi…), elle n’était d’ailleurs pas spécialement sexualisée (pas plus que ses partenaires masculins) alors que là on a tous les clichés de la femme (en talons aiguilles jusqu’au bout, hein) idiote, faible et qui n’est là que pour être jolie.
    A se demander si en 20 ans on n’a pas régressé…

  13. Bonjour,
    C’est une analyse intéressante! Je suis assez d’accord avec le point de vue exprimé par l’article, même sans chercher à analyser le film, le traitement du personnage de Claire m’avait interpellé.
    Je n’ai seulement pas eu le même point de vue pour Zara. Pour moi, son personnage est surtout d’aucun intérêt. Je n’ai absolument pas remarqué son manque de comportement maternel, je trouve juste qu’elle ne sert à rien, et à part pour la scène de sa mort, elle aurait aussi bien pu ne pas apparaître dans le film que ça n’aurait rien changé.
    Pour ceux et celles qui veulent rire un peu, je me permets de partager un article publié sur un blog, qui rejoint certains points de l’article et qui parle aussi des failles du scénario (avec humour): http://unodieuxconnard.com/2015/06/14/jurassic-sick-world/

  14. Attention Gaëlle Odieux Connard dans un de ces articles a été très méchant (et un peu de mauvaise foi) au sujet du site Le cinéma est politique.

    P.S : j’ai adoré le coup de ritalin et hormonax

    • désolé, je ne savais pas!

    • Personnellement, je trouve qu’Odieux Connard a un peu (beaucoup) tendance à ce comporter comme un privilégié typique qui ne voit pas le mal a lancer une petite pique sexiste/raciste/autre par ci par là (mais l’humour bien sûr).

      • Certes, mais en l’occurrence, il a fait plusieurs remarques sur le sexisme du film. Pour que même lui le remarque, c’est dire le niveau …

      • C’est exact. Il avait notamment participé à la volée de bois vert que Mar_Lard s’était prise suite à ses articles sur le sexisme « geek ». Et son article concernant lecinemaestpolitique.fr est particulièrement odieux et réactionnaire. Mais c’est sûrement de l’humour 😀

      • Lirienne je vous trouve un peu dure.

        D’accord Odieux Connard est parfois (souvent) de mauvaises fois. Il modifie voir invente des trucs dans ses chroniques.

        De plus il a un côté south parkien consistant à mépriser toute forme de contestation.

        Mais en ce qui concerne le sexisme il se moque régulièrement de la sexualisation à outrance des femmes dans le cinéma. Sa chronique sur le dernier transformer contient même à mon sens un passage féministe (si si)

        Les clichés raciaux en prennent aussi pour leur grade.

  15. Je suis d’accord que ce film a de sérieux problèmes niveau sexisme et je trouve le personnage d’Owen particulièrement affligeant. Pourtant, je ne suis pas d’accord avec certains passages de cet article qui prennent un peu de liberté avec le film.

    D’abord l’adjectif de « vénal » pour Claire ne me parait PAS DU TOUT adapté. Et son intérêt pour l’argent n’a rien de « féminin ». Une personne vénale c’est une personne qui est prête à « se vendre » pour de l’argent, qui est corruptible. Quand on l’applique aux femmes, c’est surtout pour dire qu’une femme est prête à coucher ou se entamer une liaison parce qu’elle pense pouvoir en tirer un bénéfice financier, peu importante que son partenaire lui plaise réellement ou non.
    Claire est une directrice commerciale, elle fait du marketing. Elle s’intéresse à l’argent que peut faire le parc. Il me semble qu’à aucun moment, on ne la voit préoccupée par son propre argent ou prête à sacrifier ses principes pour vivre dans le luxe. C’est son projet professionnel qui la motive à faire de l’argent, ce n’est pas pour elle et dans un sens c’est donc désintéressé. Ce n’est pas un comportement vénal du tout. C’est une logique capitaliste ou mercantile si on veut mais pas vénale, et encore moins « vénal comme les femmes ». Au contraire, elle a là une attitude très souvent attribuée à des hommes dans les films : le capitaliste obnubilé par les profits est un profil souvent masculinisé.

    Ensuite, le successeur de Hammond lui fait peut-être un rappel sur les idées philosophiques derrière le parc mais c’est un personnage parfaitement contradictoire. C’est lui-même qui empêche Claire de faire évacuer le parc parce que ça signerait sa perte. Celui qui fait la morale à Claire est donc l’un des principaux responsables de la catastrophe. D’ailleurs, plusieurs signes montrent qu’il est lui-même victime de cette folie des grandeurs qu’il dénonce : il se prend pour un pilote d’élite alors qu’il semble avoir des difficultés à piloter… et n’arrive d’ailleurs pas à se tirer d’affaires à la fin. Même si son acte à quelque chose de courageux, pour moi c’était aussi un acte expiatoire pour ses erreurs. Son discours moralisateur à Claire est donc en quelque sorte invalidé!

    (Petite parenthèse, Owen est un personnage quasi-grotesque mais ce n’est pas parce que c’est « un mâle » qu’on lui attribue la tâche d’évaluer la sécurité de l’enclos, c’est clairement expliqué : c’est un ex-Marine d’élite, apparemment avec un parcours spécial, et il connait très bien le comportement des dinosaures… contrairement à Claire qui est une commerciale. Comme le proprio l’a sous la main, ça ne me parait pas illogique qu’il s’intéresse à son avis).

    La mère des enfants aussi. (elle apparait 3 fois il me semble puisqu’on la voit au départ des enfants). J’ai personnellement trouve assez juste le passage où elle pleure au téléphone et je ne comprends pas le qualificatif « d’hystérique » que vous utilisez. C’est un jugement bien rapide du personnage… Elle pleure parce qu’elle réalise que sa soeur est totalement indifférente à sa famille et oui, ça peut blesser. Un personnage féminin n’a pas besoin d’être dur et froid en mode héros viril pour qu’on lui trouve un intérêt… Je ne vois pas pourquoi le personnage d’une femme qui exprime des émotions légitimes serait méprisable… D’autre part, elle a plus de consistance que son mari qui est juste « le père ». Son personnage a elle est un minimum développé, ne serait-ce que par sa relation avec sa soeur.

    Ensuite je suis la première à m’énerver devant l’apologie du harcèlement de rue mais là, je n’ai pas été particulièrement marquée par ça. Le grand frère zieute les filles et elles trouvent ça amusant mais il ne leur fait pas de commentaires et j’ai trouvé que c’était plutôt ridiculisé, notamment grâce aux interventions du petit qui trouve clairement ça affligeant ou au fait qu’il n’aboutit jamais à rien. Le grand frère n’est d’ailleurs pas le personnage le plus sympathique pendant sa période « drague » : il est blasé de tout, pas très sympa avec le petit, indifférent aux dinosaures contrairement au specateur… Bref, il n’y a pas grand chose qui le valorise. Par la suite, il abandonne ce comportement pour se consacrer à son petit frère : c’est donc son évolution « positive » que de ne plus faire ça. Honnêtement, j’ai trouvé ce trait du personnage « dragueur » très lourd et artificiel mais pas vraiment du niveau « culture du viol ». Les remarques d’Owen à Claire lors de leur première rencontre sont déjà plus dérangeantes.

    Et dernier point. Le côté « maternel » de Claire qui se réveillerai… Je le vois souvent revenir mais je pense encore une fois que le terme est inapproprié. Claire se soucie de ses neveux pas par « instinct maternel » mais simplement parce qu’ils sont de sa famille et… bah généralement, on est quand même un peu attaché à sa famille. Le lien des enfants avec sa soeur qu’elle aime visiblement est plusieurs fois évoqué : d’abord elle semble touchée par la déception de sa soeur qui lui reproche d’avoir laissé les enfants et promet de s’en occuper ; puis la catastrophe arrive et en comprenant le danger elle décide d’aller chercher ses neveux ; à deux ou trois reprises elle discute avec ses neveux de la réaction qu’aura sa soeur par rapport à eux ; enfin à la fin, elle s’excuse auprès de sa soeur pour ce qui s’est passé. On n’oublie jamais que ses enfants sont ceux de sa soeur et que la réaction de sa soeur compte beaucoup pour elle. D’ailleurs, une fois qu’ils sont réunis avec leurs parents, elle s’éloigne comme si elle en avait fini avec ce rôle de protectrice.
    Je ne vois absolument rien de sexiste ou anti-féministe à ce qu’une femme décide face à un danger imminent de protéger des enfants de sa famille placés sous sa responsabilité, même si en tant normal elle s’y intéressait peu.

    Sinon je rejoins Zoé et une partie du message de Julie (Claire sauve véritablement Owen à 2 reprises et c’est elle qui est responsable pour la victoire finale, pas Owen par exemple etc.) donc je n’insisterai pas. Mais pour moi c’est surtout Owen qui pose problème et je ne comprends pas sa popularité!

    • Ah sinon je voulais ajouter sur Zach, je ne vois pas trop en quoi ce qu’il est fait est positif. Lorsqu’il encourage Gray à partir dans le « road-trip ultra-dangereux » comme vous dites, c’est clairement arrogant et stupide. Sur ce coup-là, Gray a raison et Zach a tort, je ne vois pas du tout où on valorise la décision de Zach.
      Ce qui se passe ensuite, c’est qu’il se rachète en protégeant son frère qu’il délaissait jusque là (comme Claire avec eux finalement).
      Et leur dialogue « tu es mon frère », je pense que vous surinterprétez totalement. Gray et Zach utilisent le mot frère pour dire qu’ils sont de la même famille et que leur amour sera donc toujours là, par pour insister sur le fait qu’entre mecs on s’entraide. S’ils avaient eu une soeur, je ne vois pas pourquoi le dialogue est différent « tu seras toujours ma soeur » aurait eu exactement le même sens.

    • Je suis d’accord. Les pensées et actes des personnages dépendent de leur situation et non de leur genre, même si celui-ci a une influence.

      Claire est à l’origine du duel final entre les deux monstres, l’un négatif, l’autre positif. Il n’est pas expliqué je crois dans le film pourquoi le second n’a pas été délivré avant, ni pourquoi il est « gentil » vu qu’il a été élevé dans un enclos lui aussi.

      Comme je le dis plus bas, le héros ne fait pas grand-chose. D’après moi cela ne signifie pas qu’il a d’autant plus le beau qu’il n’a pas besoin de prouver qu’il est un héros… c’est pousser l’interprétation anti-machisme dans le très-compliqué

  16. Et les dinosaures qui sont toutes des femelles ?

    Ce n’est pas aussi un problème qu’elles soient toutes mises en cage ?

  17. Il y a quelques années, après avoir vu le film « Jurassic Park », j’avais acheté et lu le roman de Michael Crichton dont il est tiré, et qui présente de nombreuses différences : Hammond y est présenté comme antipathique, vénal, irresponsable (le concept même du Jurassic Park y est présenté comme condamnable – pour cette raison d’ailleurs je trouve que « Jurassic World » est une trahison complète du message de l’œuvre originale-) et n’ayant aucune affection pour ses petits enfants, pour qui il n’éprouve que de l’indifférence (même lorsqu’ils sont en danger) et qu’il n’a fait venir que pour des raisons publicitaires.

    Dans le film, Spielberg adoucit le personnage en un faisant un grand père gâteau et un industriel conscient de ses responsabilités ; quasiment un héros, ce qui est un comble !

    Et voilà, que des années plus tard, la personnalité du Hammond original revient… Mais associé à une femme et dans le but de développer des tropes sexistes.
    Hollywood me surprendra toujours.

    • De fait, même selon les opus cinématographique précédant, il y a trahison.

      En fait, à chaque fois que les personnages disent que l’I rex n’est pas un dinosaure, cela ma hérissé le poil. C’est comme si c’était un monstre, et que sa nature animal lui était dénié. Hors, ça reste un animal. Artificiel si ça vous chante, mais un animal.

      Il y a bien un discours du héros, comme quoi le processus de sociabilisation de la bestiole ne c’est pas fait correctement, mais c’est noyé dans les considération que ce n’est pas un « vrais » dinosaure.

      C’est franchement dommage…

      • Les êtres humains ont peur du monstre, ils n’envisagent que sa mort pour toute solution, c’est pourquoi sa nature animale lui est déniée. Cela dit, Owen donne une prévision de son comportement : intelligent, rusé, veut connaître sa place dans la chaîne alimentaire. Le genre féminin du monstre empêche toute interprétation du film selon laquelle il serait pro-machiste, puisque la puissance ultime est féminine. De plus, c’est sa jumelle pendant positif qui lui fait la peau.

        Le monstre est présenté comme un non dinosaure, parce que les autres dinosaures sont maîtrisables.

  18. Une petite observation concernant le statut héroïque d’Owen Grady. Au-delà de son rôle de mâle alpha et des sous-entendus sexistes qui parcourent le film (et en lien avec ces sous-entendus), on peut voir à l’œuvre cette tendance profonde du cinéma hollywoodien qui distingue « le héros » des autres. Comme le super-héros façon Marvel dont les superpouvoirs en font un surhomme, un héros théoriquement plus normal (ou, tout au moins, plausible) comme Grady se trouve hissé à un rang finalement bien supérieur ; et c’est avant tout la vision (c’est-à-dire le discours) du film qui le hisse de la sorte. Pour résumer les choses, les héros de ce genre sont tout à la fois plus intelligents, plus forts, plus courageux, plus finauds, plus aptes à la décision etc. que la totalité des autres personnages, qui ont un rang soit subalterne, soit de pure figuration. On est ici à l’opposé du film choral à la Robert Altman où la distribution des rôles et des points de vue est, en quelque sorte, démocratisée.

    Or, cette manière de procéder, courante dans les blockbusters, peut aller jusqu’à nous masquer certains événements du film qui, pourtant, révèlent de graves faillites chez le héros. Ainsi, dans le cas de Jurassic World, c’est très clairement par la faute de Grady que l’Indominus rex s’échappe, et en aucun cas à cause de Dearing. Quand Owen Grady vient s’assurer de la sécurité concernant l’enclos de la bébête et qu’aucune signature thermique n’apparait, il indique des marques de griffes très haut placées sur le mur, suggérant qu’elles n’y étaient pas avant ; là-dessus, Claire Dearing dit « oh non ! » puis s’en va au poste central du parc, précisant en partant qu’elle pourra y suivre l’animal grâce à un émetteur. Et c’est en arrivant sur place qu’elle découvre (1) que l’Indominus n’a pas quitté l’enclos et (2) que les autres y sont entrés. La question est alors la suivante : qui a eu l’idée géniale d’entrer dans l’enclos d’un dinosaure carnivore XXL sur la simple supposition qu’il n’y était peut-être plus ? Pas Dearing, puisqu’on entend ses dernières paroles sur place et qu’elle ne suggère nullement d’entrer. Le gardien qui mange son sandwich ou l’employé en bleu de travail ? Soyons sérieux : le premier est bedonnant et mollasson (la caméra nous le fait voir très clairement), le second est latino (si vous connaissez bien les films et les séries américaines, vous ne pouvez ignorer ce que cela signifie) ; leur avenir ne pouvait être que « rien » ou « repas pour Indominus » ; ce sont les dignes héritiers des porteurs noirs des premiers Tarzan et aucune autorité ne saurait émaner de leurs personnages. Reste donc Grady : il a indiqué les marques de griffes, il est qualifié dans le domaine de la sécurité (par la volonté de Masrani), on l’a déjà vu entrer dans l’enclos des vélociraptors. C’est bien un héros quasi surhumain qui sait et fait tout mieux que tout le monde. Aucun doute n’est possible : c’est lui qui a pris cette décision. Or, c’est également suite à cette décision précipitée et stupide que l’animal s’échappe.
    Mais le film condamne-t-il Grady en soulignant cette réalité ? Bien sûr que non ! Plus savoureux encore, Grady débarque au poste d’observation du parc et fait une grosse colère en sermonnant Dearing : « Qu’est-ce qui s’est passé, bon sang ? (…) Vous n’avez pas compris ou quoi ? Elle avait marqué le mur pour faire diversion ! » Là, si l’on a en tête le déroulement des événements précédents, on a envie de lui dire : « ben oui, gros malin, mais c’est toi qui n’a rien compris ; c’est toi qui t’es précipité dans le piège tête baissé ; c’est à cause de toi que deux personnes sont mortes et que le dino est dans la nature. Tu devrais faire profil bas, l’as des as, plutôt que de donner des leçons. » Le film, au contraire, se gardera bien de laisser Dearing lui demander pourquoi il est entré.

    Pour conclure, je me demande ce que l’on peut déduire de ce genre de duplicité dans la narration : serait-ce une ruse destinée à nous montrer la faiblesse d’un soit disant héros ? Pourquoi pas, mais j’ai des doutes. Peut-être est-ce tout simplement cet aspect des blockbusters qui tendent parfois à n’être que des nanars avec de gros moyens : nous avons une incohérence (un héros qui déclenche une catastrophe mais qui doit rester le héros), alors on maquille cette incohérence. Car une idéologie est véhiculée que nous sommes invités à croire, et qui nous dit que certains êtres ont plus de valeur que d’autres.

    • Je n’y avais jamais réfléchi mais maintenant que vous le dites, ça me semble effectivement récurrent. Personnellement, j’aurais tendance à y voir une justification parmi d’autres de la domination masculine : qu’un mec fasse des erreurs ne doit pas l’empêcher de dominer, de garder le pouvoir. Il me semble qu’on retrouve souvent ce genre de schéma dans la vraie vie. Par exemple quand un mec engueule une femme pour un truc dont il est responsable. J’ai déjà souvent assisté à ce genre de comportement (et je l’ai même fait moi-même plusieurs fois…). A mon avis c’est une moyen parmi d’autres pour les hommes de conforter leur domination : faire culpabiliser les autres (et donc miner leur confiance) tout en se faisant passer pour irréprochable (aux yeux de celleux que l’on domine et à ses propres yeux). Vous ne pensez pas qu’il y a quelque chose de cet ordre ?

      • Plus généralement, il s’agit d’un ressort de la domination et du contrôle tout court : pour dominer ou contrôler, il ne faut pas être faible, i.e ne pas être pris en défaut, donc nier/masquer toutes ses erreurs et rediriger au besoin la faute sur quelqu’un d’autre si quelqu’un insiste dessus. S’excuser ou reconnaitre ses fautes, c’est avouer une faiblesse, donc il faut éviter ces situations.

        Il y a des gens pour qui c’est même un mode de fonctionnement assez habituel, indépendamment de leurs privilèges dans la société. Qu’il se trouve être aussi l’archétype d’une « virilité virile », cela est tout à fait logique dans le cadre d’une société patriarcale…

        • Oui, tout à fait d’accord. Je parlais de la domination masculine à cause de l’exemple de Owen qui engueule Claire pour une erreur qu’il a faite lui, mais c’est vrai plus généralement dans tout rapport de domination, tu as raison. (J’ai souvent assisté à des comportements de ce genre dans une relation adulte/enfant aussi, lorsqu’un-e adulte ne reconnaît pas avoir fait une erreur, et va même parfois jusqu’à engueuler l’enfant..).

          • Aah, l’ego… 🙂

          • Paul, Arroway, c’est la preuve que le héros n’en est pas un : il ne fait pas grand-chose pour sauver les seconds rôles. A part calmer les raptors dans l’introduction du personnage et la ruse consistant à dégoûtant le prédateur en s’asperger d’huile de vidange, il ne se débarrasse pas du ptérodactyle qui attaque les enfants puisque c’est Claire qui le fait, il n’a pas l’idée de faire venir la jumelle du monstre puisque c’est Claire qui le fait, il arrive trop tard deux fois pour sauver les enfants, une fois sur le lieu de la dévastation du véhicule transparent et une fois dans le garage, et s’il est prompt à déclarer qu’il est l’alpha de la meute de raptors, s’il fait de la moto parmi ses animaux de chasse, ceux-ci trouvent un autre alpha en la personne du monstre.

            Quels sont les actes héroïques de celui que vous appelez le héros ?
            – son physique
            – son comportement
            mais pas d’actes, socles de tout héroïsme.

            Partant, le film ne me semble pas viriliste, il y a un équilibre entre ce qui est fait, ce qui aurait dû être fait, ce qui est fait par les uns et par les autres.

  19. Ce film est une honte !

    Je n’arrive pas à croire qu’en 2015, on nous ait sorti un truc pareil !
    Moi qui me faisait une telle joie de retrouver l’univers de Jurassic Park, tout le film a été plombé par ce sexiste indigeste, ces remarques ras-les-pâquerettes, ces stéréotypes crasseux et j’en passe…
    J’ai bien failli sortir de la séance de cinéma (et je ne l’ai pas fait uniquement parce que j’avais payé ma place – plutôt chère) !

    Quel retour en arrière !

    Merci en tous cas d’avoir pointé du doigts toutes ces choses (et on en a certainement oublié, je suis sûre, le film ENTIER est une ode au sexisme !)

  20. Vous parlez de Lex Murphy dans Jurassic Park, on pourrait aussi évoquer la fille de Ian Malcolm dans le Monde perdu, qui grâce à ses talents de gymnaste, se sauve des raptors et sauve Sarah Harding (Julianne Moore). Ce passage est assez ridicule, mais ce n’est pas le sujet.

  21. « Son rôle principal dans le film est de transformer Claire Dearing en « vraie femme » en lui offrant une épaule réconfortante en cas de trop forte émotion (par exemple en l’embrassant par surprise, ce qui provoque un « oups » amusé chez Claire, parce que c’est amusant de se faire attraper la bouche sans consentement puisque l’Homme prend ce qu’il veut sans se préoccuper du désir de la fâme). »

    J’espère Zorglomme que tu as conspué Jurassic World 2 pour les deux scène d’agressions de fâme sur homme. Lorsque Claire a sa main sur le sein de Owen Grady sans que celui-ci ne lui ait donné son consentement, et surtout la scène où elle embrasse sauvagement Owen Grady, l’agressant ainsi sexuellement et niant sa capacité à produire un consentement (si tu n’en parles pas dans le futur article sur Jurassic World 2, c’est que tu es d’une immense mauvaise foi d’idéologue, qui ne parle des choses que quand elles l’arrangent. Ah oui, et pour avoir revu Jurassic World, lorsqu’il l’embrasse, Claire ne se débat pas, parce que ça lui plait, si ça lui avait déplu, elle se serait retiré (comme le montre trés clairement, la scène miroir avec les scientifiques).

    « Et enfin de lui mettre des bébés dans le tiroir comme le laisse entendre la fin du film avec une lourdeur que ne renierait pas un élève en première année d’école de cinéma. »

    Ah bon ? Hé ben raté, puisque Jurassic World 2 ne vient pas seulement contredire ta prédiction, il l’atomise. Donc niveau lourdeur d’élève en première année d’école de cinéma je crois que tu as raté une belle occasion de te taire, d’ailleurs ce n’est pas du tout ce que laisse entendre la fin du film, mais au contraire le fait qu’il ne la quittera plus, c’est tout.

    A un moment, il va falloir arrêter de poser vos certitudes et vos idées préconçues sur un film, et de faire rentrer au forceps des carrés dans des trous ronds. Va falloir que vous vous en rendiez compte un moment donné. Vous êtes la risée du net analytique d’ailleurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.