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American Sniper, ou la propagande selon Eastwood

American Sniper, sorti en salles le 18 février 2015, est un biopic de Clint Eastwood (avec Bradley Cooper dans le rôle-titre) sur le soldat américain Chris Kyle, tireur d’élite considéré comme une légende en raison de son efficacité (160 « terroristes » tués) pendant la guerre en Irak.

Les films de guerre n’ont jamais été ma tasse de thé, et puis le synopsis et la bande-annonce, ainsi que les échos de la polémique aux Etats-Unis (où le film est dénoncé pour son militarisme et son manque de recul), ne me disaient rien qui vaille. Je ne pouvais m’empêcher de penser au film de propagande nazie moqué par Tarantino dans Inglourious Basterds (2009), nommé Stolz der Nation et mettant en scène un soldat nazi dégommant trois cents soldats alliés depuis le haut d’une tour…

stolzdernation

J’ai pourtant tenté, en faisant la démarche d’aller voir ce film au cinéma, de laisser mes a-prioris à l’entrée pour saisir la portée éventuellement critique du film, de l’ironie peut-être, ou au moins un questionnement éthique. La première scène allait d’ailleurs en ce sens : le protagoniste a dans son viseur un petit garçon, image d’innocence par excellence, qui tient une grenade et se dirige droit sur un groupe de soldats américains. Que faire ? L’incertitude, le malaise, la tension de Chris Kyle sont perceptibles, et le suspense est renforcé par l’interruption de la scène, qui se transforme en long flash-back sur l’enfance, la formation et le mariage du héros.

C’est avec ce flash-back que débute le cauchemar. En effet, il s’ouvre sur Chris, enfant, abattant son premier chevreuil à la chasse. Cela crée un parallèle à mon sens très choquant, qui fait de ce petit gamin irakien un animal, une bête à abattre, sans trop d’état d’âme. D’autant plus que Chris-enfant se fait complimenter par son père, tout comme Chris-soldat est félicité ensuite par ses pairs comme par ses supérieurs. Pour avoir abattu un enfant. Et sa mère.

american-sniperLe monde vu à travers un viseur

Tout le film fait ainsi naître des embryons de critiques possibles de la guerre en Irak et du militarisme en général, aussitôt tués dans l’œuf par un manque total de distance et par l’exaltation d’un protagoniste sublime qui met sa force virile (en sacrifiant au passage son équilibre mental et sa vie de famille) au service inconditionnel de sa patrie mise en danger par de cruels sauvages.

En sortant du cinéma, j’ai donc pu noter avec intérêt comment l’industrie cinématographique américaine est capable de produire un film aussi grossièrement propagandiste que le régime nazi (et par extension tout régime totalitaire), alors qu’elle s’en moque régulièrement (voir par exemple Inglourious Basterds) et se présente comme son antithèse. Dans le monde libre, ça n’existe pas, la propagande, c’est impossible, nous ne faisons que des films subtils.1

Eh bien impossible n’est pas Eastwood.

La justification de la guerre en Irak comme noble et juste

La première chose qui m’a dérangée, c’est la mystification complète opérée par le film. La seule « explication » donnée à la guerre en Irak, c’est l’attaque du World Trade Center, à laquelle Chris Kyle et sa femme assistent au début du film en direct à la télévision, réveillant dans la mémoire du spectateur le souvenir traumatisant de ces événements. L’aspect impérialiste, le contrôle les ressources énergétiques (pétrole) , ainsi que la volonté d’installer un régime qui servira les intérêts américains, sont passés sous silence. La guerre est présentée comme une défense des Etats-Unis qui veut neutraliser les terroristes, car après tout ce sont eux qui ont commencé. Sa justification joue donc sur les sentiments du public, sur ses traumatismes, ses peurs. Peut-être que plus de dix ans après, on aurait pu s’attendre à légèrement plus de distance de la part du réalisateur…

Le bon droit des Etats-Unis est réaffirmé à plusieurs reprises dans le film : Chris Kyle dit en effet à un de ses camarades en proie au doute : « Tu veux qu’ils débarquent à San Diego et à New York, c’est ça ? » (c’est par ailleurs l’occasion de réactualiser ici le vieux fantasme raciste de l’Arabe conquérant…), et quand sa femme lui demande de rester avec sa famille plutôt que de repartir, il affirme que c’est pour elle qu’il fait ça, pour la protéger, pour sa sécurité.

Les soldats américains sont présentés comme des « chiens de bergers » chargés de protéger les « brebis » face aux « loups » (ces mots sont employés par le père de Chris dès le début du film, ça fixe le décor). C’est donc une guerre noble et juste, avec d’emblée un gentil et un méchant bien caractérisés.

Plus encore, le film semble exalter un idéal de vengeance, mettant en avant la Loi du Talion. En effet, à deux reprises Chris et ses soldats partent au combat pour venger un de leurs camarades (la phrase est même prononcée : « œil pour œil… » déclare l’un des militaires avec résolution). Si on met cela en parallèle avec le fait que la guerre en Irak est menée au nom des victimes du World Trade Center, on se retrouve face à un film qui glorifie une guerre de vengeance. On a donc un idéal militariste qui, dépolitisé, occulte la dimension impérialiste de la guerre en Irak et qui, en plus, fait une apologie de la vengeance à l’échelle des nations.

Les deux personnages évoqués plus haut, le soldat doutant et la femme pleurnicharde, sont, avec le petit frère de Chris lui aussi dans l’armée, les seuls instances éventuellement critiques du militarisme dans le film, et encore, toujours au niveau individuel  (jamais au niveau social et politique). Mais comme nous l’avons dit, ces critiques sont tuées dans l’œuf. Les deux personnages masculins sont présentés comme des lâches : le petit frère est dès le début du film victime de violences à l’école et c’est son grand frère qui doit le défendre, et quand il rencontre par hasard Chris sur un tarmac en Irak, il apparaît comme terrorisé, malade, fuyant la guerre pour rentrer chez papa-maman : il est donc faible et peureux ; quant à l’autre soldat, il se fait tuer sur le champ de bataille. Mais loin de le considérer avec respect, voire en héros puisque telle serait la logique du film, Chris estime que c’est sa propre faute s’il s’est fait tuer (comme il le dit à sa femme dans la voiture en revenant de l’enterrement, alors qu’ils discutent d’une lettre que le soldat a apparemment laissé avant de mourir), car il ne croyait plus en la justesse de la cause (il a pensé par lui-même, il en est mort, bien fait).

Quant à Tayla, la femme de Chris, elle est toujours montrée dans les mêmes situations, elle rejoue les deux mêmes scènes avec les deux mêmes lignes de dialogue tout au long du film (soit je pleure parce que tu es traumatisé par la guerre quand tu rentres et que tu ne me parles pas, soit je pleure au téléphone parce que j’entends des coups de feu et que tu es peut-être mort). Il semble que le film cherche à montrer que son point de vue n’est pas faux, mais « étroit », au sens où elle ne pense qu’à elle et sa famille, alors que le héros voit plus loin, il pense à sa patrie, à sauver le monde libre. Si son personnage est dans l’ensemble caractérisé positivement (elle est montrée comme une femme qui souffre, et le spectateur est enclin à compatir), elle n’a pas la hauteur de vue de son homme, et son point de vue n’a pas grand poids (ainsi dans la scène dans la voiture évoquée ci-dessus, Chris assène son avis, et la scène se finit là, ne laissant pas à Tayla l’occasion de répondre).

article-2633181-1E06575600000578-125_634x753« Mais arrête de chouiner, femme, tu ne vois pas que je sauve le monde ? »

Mais le film ne se limite pas à donner une image péjorative des figures porteuses d’une critique (déjà faiblarde) de la position et des choix du héros: il fait preuve d’un véritable militarisme décomplexé en présentant le fait de s’engager dans l’armée pour défendre sa patrie comme un but ultime et noble : quand à la fin de son adolescence Chris cherche un sens à sa vie (parce qu’il en a un peu marre d’être un Texan bouseux qui fait du rodéo), il se tourne sans hésitation vers la carrière militaire, car c’est bien connu, l’armée est le seul moyen d’avoir une utilité sociale.

Une idéologie raciste et islamophobe

Cette justification unilatérale (car bien sûr, le point de vue des Irakiens n’est jamais adopté2) de la guerre en Irak pour répondre aux attaques terroristes participe d’une idéologie raciste, très prégnante dans le film.

Je ne m’attarderai pas sur les propos nombreux et récurrents à base de « sauvages » ou « allons évangéliser ces fils de pute », etc…, ni sur l’ouverture du film, qui nous donne à entendre un appel à la prière par un muezzin pour situer le théâtre des opérations (ça donne le ton).

Ce qui m’intéresse est plutôt une sorte de double standard dans la représentation des actes barbares commis par les Irakiens, par rapport à ceux commis par les Américains (car oui, ils en commettent).

En effet, le bras droit du terroriste recherché, appelé « le Boucher » (alors que le sniper qui tue 160 personnes dont des enfants est appelé « La Légende », allez comprendre), commet un acte terrible et totalement traumatisant : il troue à la perceuse le crâne d’un enfant dont le père a donné des renseignements aux Américains. La violence de cette scène est renforcée par une scène censée montrer le traumatisme qu’a subi Chris : le bruit de la perceuse dans un garage, de retour chez lui le met en état de choc. Soit, le Boucher est un affreux jojo, un sauvage cruel et sans morale.

Mais les soldats américains commettent, à deux reprises au moins, des actes tout aussi immoraux à mon sens :

  • d’une part, ils avaient juré à l’homme qui leur a fourni des renseignements de le protéger, mais ont préféré se replier et laisser son enfant se faire trouer la tête parce que quand même, on n’va pas risquer de perdre des hommes pour deux pauvres Arabes.

  • d’autre part, ils obtiennent d’un des complices du Boucher son aide pour infiltrer le bâtiment où se trouve le terroriste, après que l’homme a choisi entre « l’aide ou la prison » ; mais ils n’hésitent pas à l’abattre comme un lapin à peine sa tâche d’appât terminée, et quand le peuple irakien, portant le corps de l’homme, exprime sa colère, les fiers Marines tournent le dos en riant et le général commente « c’est de sa faute, il n’avait qu’à choisir la prison, et puis, c’est la guerre après tout ».

 

boucherLe Boucher, barbare sans pitié brandissant sa perceuse sanguinolente.

De même, ce double standard se retrouve dans la représentation de l’autre ennemi de Kyle, à savoir le sniper irakien. Pour citer le savoureux article de Vodkaster3 : « On a donc mal compris. Un sniper ne tue pas, il préserve des vies. Tous les snipers ? Oh non. ». Si Chris est toujours montré à découvert quand il tire, au grand jour sous le soleil brûlant de l’Irak, l’ennemi au contraire est toujours dans l’ombre, dissimulé par un drap, tirant depuis une fenêtre ou par un trou dans un mur. Cela permet de mettre en scène une opposition viriliste entre le courageux américain qui expose sa vie pour sauver celle des siens et le lâche ennemi qui ne prend pas trop de risques et qui ne peut gagner que par la fourberie – en tirant dans le dos des gentils. Plus symboliquement, on retrouve aussi une opposition lumière/ombre = Bien/Mal, tout ce qu’il y a de plus délicieusement manichéen.

sniper sniper2

Il semble également y avoir deux poids deux mesures quant à la valeur de la vie humaine. En effet, à la fin du film, un psychologue demande à Chris s’il regrette certains actes qu’il a commis. Il répond « non, ce n’est pas mon genre. ». Si ça s’était arrêté là, on aurait pu sentir éventuellement une distance, l’affirmation choquante aurait permis au spectateur/à la spectatrice de moins s’identifier au personnage, de le trouver moins sympathique, de moins adhérer. Mais Chris rajoute : « par contre, je regrette tous ceux des nôtres que je n’ai pas pu sauver ». Et hop, non seulement le sniper redevient aux yeux du public un héros, mais en plus le spectateur le prend en pitié (pauvre homme torturé), sentiment qui rend si facile l’identification… en passant sous silence le vrai sens de cette affirmation : la mort des Arabes, c’est bien joli, mais qu’est-ce par rapport à la mort de bons petits soldats, honorables citoyens américains ?

Plus encore que l’acte lui-même, c’est la réaction des soldats qui m’a choquée : jamais de remise en question, jamais de souffrance face aux actes commis, ou quand il y en a (après que Chris tue l’enfant, qui est sa première victime, il a un léger cas de conscience quand même), c’est contrebalancé par cette phrase magique « c’est la guerre de toute façon », voire par d’autres propos encore plus légers. Ainsi un soldat dit à Chris après le meurtre de l’enfant : « alors, il paraît que tu n’es plus un puceau ? ». Vision intéressante à la fois de la valeur de la vie humaine et de la symbolique de l’acte sexuel…

L’exaltation de la virilité et d’un idéal patriarcal

Cette dernière citation m’amène à étudier un autre parti pris idéologique du film, à savoir la glorification du Mâle.

Chris Kyle est d’emblée présenté comme une sorte de super-héros, un super-soldat qui a suivi un entraînement de choc puisqu’il appartient aux « meilleurs », les SEALs (SEa, Air, Land : principale force spéciale de la Marine de guerre américaine). On suit d’ailleurs cet entraînement, qui apparaît comme brutal et souvent absurde, mais là aussi le début de critique est aussitôt effacé par le résultat qui nous est présenté : un homme fort, qui soulève de la fonte quand il s’ennuie et qui ne supporte pas d’être posté sur un toit avec un sniper (bien qu’il soit capable de tuer un ennemi à 1,5 km de distance) : un homme qui veut de l’action, du sang, du danger. Un homme, un vrai, en somme. D’ailleurs, quand le coéquipier de Chris au début du film refuse de descendre aider les Marines dans la rue et préfère rester en sécurité sur le toit, Chris le toise du haut de son mépris d’homme brave et refuse de le revoir. C’est donc le courage qui est mis en avant, comme qualité numéro 1 de l’homme.

Pour pousser l’analyse, on pourrait voir dans cette scène une volonté de redorer le blason des soldats américains, dont l’héroïsme est souvent remis en question (supériorité technique et militaire des Etats-Unis, idéologie « zéro mort », drones tueurs 4 – complètement absents dans le film alors qu’il y avait des drones Predator en Irak). Ici, le héros est animé d’une vraie volonté de risquer sa vie pour son pays et ses camarades, ce qui met en avant son courage et sa virilité, dans un temps où ces qualités guerrières traditionnelles sont moins visibles.

L’arme à feu est évidemment un symbole de cette virilité exacerbée. « La Légende », Chris Kyle, c’est celui qui tire le mieux, qui ne rate jamais son coup. Cela fait écho à la pique que lui lance sa première petite amie, qui claque la porte de chez lui en déclarant « de toute façon, tu es un mauvais coup », événement à l’origine de la prise de conscience de Chris, qui décide alors de vouer sa vie à défendre sa patrie. L’ascension de Chris vers la distinction suprême de « sniper le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis » peut alors être comprise comme une revanche prise sur ce dénigrement initial de sa virilité… De même à la fin du film, quand Chris rend visite à des anciens combattants dans un hôpital, il aide un blessé aux jambes à réapprendre à tirer, et ce dernier traduit sa satisfaction par « j’ai retrouvé des couilles, on dirait ».

De ce point de vue, l’évolution du personnage de Chris, de cow-boy de pacotille à soldat accompli, est symptomatique. Cette évolution est mise en avant par cette scène à la fin du film où Chris apparaît avec son revolver, tout content, et fait le beau devant sa femme qui l’embrasse et se dit « fière de lui ». Comme si le film voulait nous montrer qu’il est maintenant devenu un vrai cow-boy, non plus un loser qui fait du rodéo, mais un homme qui sait se servir d’un flingue et qui, de ce fait, plaît aux femmes.

Actor-Bradley-Cooper-shown-as-Chris-Kyle-in-a-movie-trailer-for-American-Sniper-Screenshot1-800x430Vous avez dit phallique ?

Cet homme viril et bien armé a pour fonction principale de protéger : protéger les autres soldats moins entraînés, protéger sa famille, protéger sa patrie. Chris se montre à plusieurs reprises très paternaliste, notamment avec son petit frère.

Cette idéologie de l’homme berger du troupeau, à qui on a donné la force mais qui l’utilise pour faire le bien (contrairement au loup) est développée par le père de Chris dès le début du film, et est d’ailleurs transmise par Chris à son fils à la toute fin du film (« protège nos femmes, d’accord ? ») : la boucle est bouclée. De plus, si on croyait encore que le parallèle au début de film entre enfant et chevreuil pouvait mener à une critique de cette éducation viriliste, la fin, avec la scène où Chris emmène son fils à la chasse, renforce cette idée de transmission de l’idéal patriarcal et nous rassure définitivement sur l’image 100% positive qui en est donnée.

Quant à la représentation des femmes (principalement celle de Tayla, la femme de Chris, puisque 1. il n’y a aucune femme dans cette armée apparemment et 2. la seule autre femme qui a une réplique dans le film est la première petite amie de Chris, une « hystérique » qui le trompe « pour attirer son attention », donc je ne prends même pas la peine d’expliquer comment cela apporte de l’eau à mon moulin), elle est l’exact négatif de cet homme d’action né pour protéger le troupeau. Tayla n’agit jamais, a toujours les mêmes répliques, prononce toujours les mêmes mots (qui ne semblent avoir d’ailleurs aucun impact sur Chris, l’homme qui sait et qui agit), et semble cantonnée à un rôle de femme au foyer dont la fonction est d’être enceinte, d’avoir du phone sex avec son mari et d’organiser les goûters d’anniversaire de ses enfants. Les dialogues entre Chris et sa femme, lorsqu’ils ne consistent pas en des monologues de Tayla-femme éplorée, tournent principalement autour du physique de Tayla (je ne sais pas combien de fois il lui dit qu’elle est belle dans le film…). Si lors de leur première rencontre, elle semble faire preuve d’une forte personnalité : « je ne sortirai jamais avec un SEAL, ils sont arrogants et égoïstes », cela disparaît complètement dès la fin de la scène, puisqu’elle change d’abord d’avis : « je ne me marierai jamais avec un SEAL » (on rappelle que c’est un super-héros, fort et protecteur, c’est donc normal que la fille craque, non?), puis se marie avec lui plus ou moins dans la scène d’après (mais d’abord il la harcèle au téléphone en lui laissant 12 messages : sexy non?).

Un « héros » tour à tour glorifié et victimisé : encourager l’identification tout en déresponsabilisant

 

« We looked at hopefully igniting attention about the lack of care that goes to vets. Discussion that has nothing to do with vets or what we did or did not do, every conversation in those terms is moving farther and farther from what our soldiers go through, and the fact that 22 veterans commit suicide each day. » (Bradley Cooper, 2 fév. 2015, New York Times)

« Nous espérions mettre en avant le manque d’attention portée aux vétérans. Les discussions qui n’ont rien à voir avec les vétérans ou avec ce que nous avons ou n’avons pas fait, toute conversation de ce genre s’éloigne de plus en plus de ce que nos soldats traversent, et du fait que 22 vétérans se suicident chaque jour ».

Quand Bradley Cooper tente de répondre à la polémique, il met l’accent sur le seul aspect du film que j’ai trouvé intéressant : la mise en avant de la détresse du combattant qui doit rentrer chez lui, la difficulté de décrocher, le manque d’aide psychologique et médicale face au traumatisme de la guerre. Ces scènes étaient bien rendues dans le film, notamment par le silence évocateur de Chris Kyle, et par des scènes très fortes comme celle de la perceuse, ou celle où Chris s’en prend au chien pendant un goûter d’anniversaire parce qu’il avait l’air de s’attaquer aux enfants. On ne sort pas indemne de tant de violence, nous dit le film.

Chris est donc un héros, mais un héros blessé, qui apparaît donc comme un idéal atteignable, car humain.

Je voudrais reprendre ici l’hypothèse de Chris Beney sur le site Vodkaster : pour lui, c’est précisément cette glorification d’un « vrai » héros, d’un homme qui a réellement existé, qui fait le succès du film. Il parle de « super-héros pour seniors » : « un super-héros, invincible, charismatique et dont on pourrait faire des jouets, mais qui a existé pour de vrai. Plus Marvel que la Marvel… »5. On pourrait trouver là une explication au générique du film, qui présente des photos prises lors de l’enterrement du vrai Chris Kyle. Si la fonction patriotique (des drapeaux américains partout) est évidente, on y trouvera aussi une fonction émotionnelle (le coup classique du « d’après une histoire vraie », mais puissance 1000) qui a pu faire le succès du film auprès d’une certaine population peu friande des films de super-héros classiques.

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Le lourd fardeau de l’homme blanc défendant les intérêts des Etats-Unis dans la poussière et la sauvagerie.

Mais le paradoxe est que Chris est à la fois glorifié et présenté comme une victime. Victime du terrorisme, victime de la guerre (mais jamais victime d’une politique expansionniste américaine, non, non.). Ce pauvre homme souffre des actions qu’il est obligé de commettre : quel poids que le rôle de chien de berger… Le film, en plus de montrer la souffrance particulière du soldat dans sa période post-traumatique, semble ainsi mettre en avant une idéologie de la domination comme fardeau pour le dominant.

Chris est donc totalement déresponsabilisé en tant qu’individu : c’est pourtant bien lui qui a appuyé sur cette gâchette. Là encore, on retrouve la philosophie de « à la guerre comme à la guerre », une sorte de permis de tuer généralisé parce que le contexte l’exige. Mais dans un monde post-seconde guerre mondiale, où l’homme a découvert que la guerre ne pouvait pas tout excuser, peut-on encore accepter ce type d’idéologie où le contexte, la guerre, la menace (réelle ou fabulée) dispensent de respecter la valeur de la vie humaine, de chaque vie humaine, en appelant héros un homme qui revendique le meurtre de 160 personnes ?

Vous ne pouviez y penser, Clint Eastwood l’a fait.

Eryn

Merci à Paul pour ses suggestions et conseils!

1C’est ainsi que la critique de Studio Ciné Live (relayée par L’Express) nous assène, : « sous ses faux airs de film patriotique, ce qu’il n’est évidemment pas, Eastwood révèle un personnage ambigu ». Bien sûr c’est tellement « évident » que ce n’est pas du tout justifié dans la suite de l’article… (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/video-american-sniper-tempete-de-sable-sous-un-crane_1648981.html)

2Et pourtant, Clint Eastwood a déjà su se montrer plus nuancé, dans son diptyque Mémoires de nos pères (2006) et Lettres d’Iwo Jima (2007), deux films sur la même bataille de la Seconde Guerre Mondiale, d’abord du point de vue américain, puis du point de vue japonais.

4 Voir à ce sujet l’article sur le film Oblivion (2013) : http://www.lecinemaestpolitique.fr/oblivion-2013-tom-cruise-et-ses-drones-de-dames/

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52 réponses à American Sniper, ou la propagande selon Eastwood

  1. Il y a un élément que vous n’évoquez pas dans cet critique et dont j’aimerais bien parler tant elle m’a choqué. C’est une scène qui se déroule pendant la session d’entraînement.

    Je ne souviens plus exactement des paroles, mais il me semble que c’est là le seul moment où une personne afro-américaine prend la parole pour dire qu’elle n’est pas une personne noire comme les autres mais une sorte de noire nouveau qui serait supérieure aux autres à tel point que les blancs seraient fiers si cette personne couchait avec leurs femmes, et accessoirement cette personne s’habillerait chez Gap. Peut-être gardez vous un meilleur souvenir que moi de la scène en question ?

    En dehors de ça je n’ai pas grand chose à redire. Merci pour cette critique.

    • J’avoue ne pas me rappeler beaucoup mieux que vous cette scène, mais en effet c’est très choquant.
      Après, je pense que les scènes de l’entraînement sont à prendre avec plus de distance, parce que dans ce cas-là, il me semble qu’on a une exagération voulue et une volonté de montrer l’absurdité de la chose et le sur-endocrinement (mais c’est un mal nécessaire puisque ça donne des badass comme Chris Kyle après)

  2. Un texte un peu moins idéologique (c’est pas dur) sur le film :
    http://www.bottegazero.com/independencia216/spip.php?article1022

    • J’ai lu votre thèse en lien là. Il ne faut pas confondre critique et analyse. D’autant que si vous ne voulez pas d’une critique axée « politique » pour parler simplement, mieux vaut ne pas venir lire celles d’un site dont l’intitulé est « le cinema est politique ». Je précise que bien que j’apprécie ce site, je n’y suis en rien lié. Pas plus personnellement qu’idéologiquement.

      • Nan mais tout le monde est d’accord, et je pense que les auteurs du texte en lien (qui est un texte critique et pas une « thèse ») ont écrit un texte très politique. Ce n’est pas parce qu’on ne fait pas dans l’idéologie qu’on ne prend pas en compte la dimension politique des films.

        • J’aimerais bien que vous m’expliquiez c’est quoi pour vous la différence entre « la politique » et « l’idéologie ».

          Est-ce que l’ « idéologie » c’est quand on dit des trucs faux ? (Si oui, qu’est-ce qui est faux alors dans l’analyse d’Eryn?)

          Ou alors est-ce que vous qualifiez juste d’ « idéologie » les idées de celleux qui ne pensent pas comme vous ?…

        • NB je dis « thèse » de manière ironique à propos de votre lien. Pour mettre l’accent sur l’aspect soporifique de cet article à l’instar de nombreuses thèses longues et sans grand intérêt mais pleines d’intelligence mal utilisée. Bien à vous.

  3. Bonjour,

    Merci pour cette critique minutieuse et éclairée. En guise de contribution, je me permet de verser au débat quelques éléments supplémentaires :

    Si l’impérialisme américain est bien un facteur à prendre en compte pour expliquer leur intervention, celle-ci se comprend par la conjugaison de nombreux déterminants (parmi lesquels, entre autres, figurent la moralisation de la vie politique et le puritanisme de la société américaine… qui renvoient à la possibilité de fonder une rhétorique de justification l’intervention en Irak et le film dépeint de manière continue le tableau de ce moralisme). Il est un peu hâtif d’évoquer le pétrole sans prendre davantage de précaution dans ces déterminants car cela pourrait sous-entendre que les Américains souhaitaient s’emparer du « brut »… et tel n’est pas le cas. Si l’on observe l’intense redéploiement de la politique énergétique des États-Unis, on se rend compte que ce qui intéresse ce pays c’est le changement des règles institutionnelles et juridiques qui abritent le marché pétrolier (avec des objectifs adjacents comme sortir le pétrole de la main des nationalismes arabes).

    Je voulais aussi contribuer (peut-être un peu à rebours de ce que vous développez) en signalant qu’à mon sens, il n’est guère étonnant de constater qu’un tel film puisse exister et connaître un tel succès. Il reprend à son compte une grille de lecture du monde devenue dominante (celle du choc des civilisations avec tout ce qu’elle comporte d’essentialiste, de culturaliste, de primordialiste…) tant dans les médias, que dans les manuels scolaires, discours politiques, productions artistiques en tous genres qui sont autant de vecteurs de sa propagation. Cette grille de lecture dispose d’un très fort pouvoir de séduction car elle semble accréditée, validée, par la première apparence de certains conflits ou événements (ce n’est bien sûr qu’une apparence). Autrement dit, elle répond à une structure d’attente devenue très forte. Il me paraît évident que ce sont les critiques comme les vôtres qui malheureusement sont de moins en moins audibles et qui susciteront hélas – de plus en plus – l’étonnement qui est le vôtre aujourd’hui.

    • Un documentaire intéressant à regarder, notamment cette partie relative au 9/11 :
      The Shock Doctrine de Naomi Klein – https://www.youtube.com/watch?v=SrpA46YS7P0&t=47m55s

    • Bonsoir GL,

      Pourriez-vous expliciter un peu plus vos idées ? Car ça m’intéresse mais je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire, notamment quand vous mentionnez, entre autres « déterminants » de la guerre « la moralisation de la vie politique et le puritanisme de la société américaine… qui renvoient à la possibilité de fonder une rhétorique de justification l’intervention en Irak et le film dépeint de manière continue le tableau de ce moralisme » ?

      Et sinon, quand vous dites « ce qui intéresse ce pays c’est le changement des règles institutionnelles et juridiques qui abritent le marché pétrolier« , je ne comprends pas bien non plus. Est-ce que vous parlez d’autre chose que la recherche par les US de la mainmise sur les ressources énergétiques de la région ?

  4. Vous démontrez là comme ailleurs que la grille de lecture politiquement correcte ne permet qu’une approche au premier degré des choses, donc de ne jamais comprendre une oeuvre ni le propos d’un auteur (pour une compréhension correcte du film, cf: https://www.bakchich.info/m%C3%A9dias/2015/02/26/american-sniper-la-guerre-dans-le-viseur-63919).
    De surcroît, comme cette grille est hyper-idéologisée, elle tente de faire entrer chaque élément dans son schéma explicatif quitte à regretter qu’un film montre réellement quelque chose de réel sous son spect réel. En d’autre terme si votre théorie implique que l’auteur doit montrer que l’herbe est bleue, vous lui reprocherez de l’avoir montrée verte. C’est ainsi que pour vous, les marines devraient parler comme Simone de Bauvoir, les armées régulières se cacher et les terroristes opérer en plein jour.

    • Admettons que je n’ai pas eu une compréhension « correcte » du film, ni moi ni tous les journalistes, critiques et spectateurs à travers le monde qui ont été comme moi choqués par ce film. Soit, on considère que la moitié du monde est imbécile. Soit, on considère que, si le message était différent de ce qui a été perçu par beaucoup de gens, c’est que le message est mal formulé.
      Je ne regrette pas que le film montre les choses sous leur aspect réel, parce que je n’étais pas Irak, je n’ai pas fait la guerre, et je ne sais pas ce que c’est « l’aspect réel » de tout ça. Je regrette que cela n’ait pas été fait avec plus de distance critique et plus de subtilité (car le lien que vous joignez manque de me convaincre sur la subtilité du film). Ce n’est pas parce que « c’est comme ça » qu’on a le droit de le présenter comme non problématique.
      Et si être « politiquement correct », insulte sous votre bouche, c’est refuser d’encenser un film *qui apparaît comme* militariste, viriliste et raciste, alors je le prends comme un compliment 🙂

      • Bonjour.

        Je ne peut juger de votre critique j’ai vaguement regarder le film par dessus l’epaule de ma compagne en liant un bouquin. Malgre la confiance que j’ai pour le realisateur de « Mémoires de nos pères » je n’ai pas pu me resigner à le suivre à cause de la scene d’ouverture (femme et enfant dans un viseur).
        Je me souviens vaguement de la scene « call of duty » dans la tempete de sable, je m’étonne de vos impressions de « realisme », surtout pour avoir vu « Lettres d’Iwo Jima » du meme real, mais ca vient peut etre d’autres scenes.

        Mais qq remarques sur la forme:

        Le fait que le film ai pu choquer n’est pas un argument.

        Vous ouvrez sur une anecdote qui nivelle Eastwood (ou Hollywood?) au niveau d’un propagandiste nazi, sans analyse (deux films de sniper certe mais bon).

        Vous ressortez deux points (l’abandon de la mission de protection et un meutre des soldats amercains) en partant du presuposé que vous etes le seul choqué pour analysé une absence de critique du realisateur.

        De meme vous vous dites choqué par l’absence d’empathie des soldats sans y voir une intention d’Eastwood, puis vous ouvrez un paragraphe pour expliquer que les consequences psychologiques sont en fait montrées. Vous refusez une critique du real là encore par l’analyse des drapeau, puis en refusant le statut de victime et de dominé aux soldats car il y a plus dominé (les civils) et car ils sont americains
        (Je rapelle que si l’imperialisme neo cons a creer les deux guerres d’Irak de toute piece, le peuple irakien et le « monde arabe » est depuis victime de surcroit de mouvements reactionnaires et d’imperialisme d’autres etats de la region. Les occidentaux occupent et financent sans plus de visions imperialismes lisibles que ca et sont peu dominants hors des marchés financiers, des ministeres et aux marges de leurs bases retranchees).

        Je n’ai toujours pas vu le film mais Eastwood a deja traiter de la propagande (Mémoires de nos pères), du nationnalisme (Lettres d’Iwo Jima), du racisme issu d’un conflit (Gran Torino) de la violence aux femmes (Impitoyable), du masculanisme (Mystic river)… je me demande si il a realiser un film si unidimentionnel (ce qui reste possible) meme dans un genre verouillé du biopic.
        Vous rejetez a longueur de texte toute ouvertures positives ou toute analyses pourtant ammorcees par votre analyse dans du blockburster bashing (par exemple le classique recours a la partition raciste pour justifier une domination injuste d’un groupe sur un autre vu uniquement comme un modele a suivre inculquer du real aux spectateur encore une fois sur l’argument « ca me choque mais pas ses neocons de ricains »).
        Meme pas un « c’est raté car… » ca fait louche car Eastwood a prouvé un gout pour ses ressors narratifs (meme si bon c’est aussi l’inspecteur Harris).

        Votre modestie et le fait de citer vos source vous honore. Mais la lecture est un travail intellectuel qui vous appartient alors que vos analyses persos s’effacent parfois derrier une sorte d’argument d’autorité.

        Pas mal de qualités aussi. Je vous en fait la liste sur demande si vous voulez un coup de brosse a reluire.

        Bel effort. Selection « rezo.net » c’est classieux et toujours merite.
        Bonne continuation.

    • Gratinée cette critique…

      J’ai particulièrement ce passage : « Chez Eastwood, la guerre est un enfer, un chaos absolu où les soldats doivent tirer sur des femmes, des enfants, mariner dans leur pisse pour abattre une nouvelle cible, tenter de survivre une heure de plus, pour (parfois) rentrer à la maison, mutilés, à mieux, complètement brisés »

      La guerre ça n’est pas dur avant tout pour les femmes et les enfants qui se font tirer dessus par des soldats, mais c’est surtout dur pour les soldats qui « doivent » tirer sur des femmes et des enfants…

      C’est avec des phrases comme ça qu’on se rend compte que les films ne se contentent pas de « montrer réellement quelque chose de réel sous son aspect réel », comme vous dites. Mais qu’ils adoptent un point de vue sur ce réel. Et le point de vue que Clint Eastwood a choisi d’adopter ici, ce n’est bizarrement pas celui des femmes et enfants irakiens…

      • Bien entendu que toute oeuvre, quelle qu’elle soit, adopte un point de vue sur la réalité. Mais pour que ce point de vue soit crédible, on sait depuis Aristote qu’il faut assurer un minimum de vraissemblance. Aussi, prendre le point de vue du serpent face à la souris n’autorise pas de mettre des poils au premier et une sonnette au second. Donc quand l’auteure de ce blog reproche le fait que les marines tiennent des propos machistes, que l’armée US opère en plein jour et que les rebelles se cachent, elle fait montre d’aveuglement idéologique car elle critique des éléments de vraisemblance qui rendraient la narration fort peu crédible s’ils étaient différents (soit, comme je le dit, si les marines parlaient comme Simone de Bauvoir, les armées régulières se cachaient et les terroristes opéraient en plein jour).

        • Non, l’auteure de cet article ne reproche pas au film de montrer du machisme, du racisme ou du militarisme. Elle reproche au film de ne pas porter un regard critique dessus, et même pire, de glorifier tout ça.

          Parce qu’adopter un point de vue, ça ne consiste pas juste à choisir de montrer certains faits, mais ça consiste aussi à choisir de les montrer d’une certaine manière. Un film, ce n’est pas la réalité, c’est un discours sur la réalité. Et quand on tient un discours sur quelque chose, on le fait forcément d’une certaine position, avec des présupposés politiques (plus ou moins conscients), et pour produire un effet. Vous n’êtes pas d’accord avec ça ?

          • Je suis entièrement d’accord avec ça, c’est évident, mais cela n’invalide en rien ce que j’ai dit.
            Au reste, Eastwood ne glorifie pas tout ça, l’auteure de l’aricle se méprend.

          • Quand un film cherche à nous émouvoir avec un générique final qui montre des vraies images de l’enterrement du vrai Chris Kyle, ce type horrible (cf. le commentaire de Kratz ci-dessous) qui est alors érigé en héros et martyr, pour vous ce n’est pas de la glorification? C’est quoi alors ? un portrait neutre ? Une œuvre critique ?

            (de plus, il me semble que votre discours sur ce film est ambigu, voire contradictoire : à certains moments vous semblez le présenter comme une oeuvre réaliste (« un film montre réellement quelque chose de réel sous son aspect réel »), et à d’autres vous semblez le considérer comme un point de vue situé et politiquement intéressant. Quelle est votre position exactement ?)

          • Je ne comprend pas du tout la contradiction:
            « à certains moments vous semblez le présenter comme une oeuvre réaliste (« un film montre réellement quelque chose de réel sous son aspect réel »), et à d’autres vous semblez le considérer comme un point de vue situé et politiquement intéressant »

            Eastwood fait des films a portee politiques depuis longtemps (parfois puants d’ailleur et je ne suis pas certain du second degres de sa filmo des annees reagannes ou de son efficacite), un point de vue de plus en plus personnel et decomplexe.

            La critique ouvre sur une comparaison a la propagande nazie, pas sur la denonciation de l’omnipresence des actes de violence sur grand ecran ou dans le « spectacle » en général, ou l’insuffisance de film sur une geopolitique non basee sur le point de vue americain.

            J’ai vu le film et sans faire de contre critique, le film conspue une large part du discours officiel americain:

            Enormements de victimes sont civiles.
            Le peuple irakien prend les armes contre les americains.
            L’armee abandonne ses sources, ne protège pas du boucher et assassine.
            Le sniper adverse est humanisé, a une famille et a une demarche et des methode proche du héros (paralle armee et « boucher » possible)
            Aucune violence n’est glorifiée (la scene la plus « epique » est une fuite confuse obscurcie par une tempete de sable).
            Meme si la scene est hors cadre le heros meurt d’un des soldat americain qu’il a recueilli selon son ideologie de « chien de bergé »,initié à la pratique du tir (comme son pere), et en ne pouvant se debarrassé du regard envieux d’une gloire qu’il refuse et denonce.

            Une mere tient ce discours a un enterrement de son fils marines:

            « L’honneur, une chose pour laquelle certains hommes se battent et d’autres trébuchent. Si l’action est noble, vous serez distingués…
            Mais ma question est…
            quand l’honneur disparaît-il pour se transformer en actes de guerre injuste, où des moyens déséquilibrés nous consument totalement. J’ai vu la guerre et, j’ai vu la mort… »

            Soit j’ai une vison trop péjorative des films de propagande nazi (que je ne connais pas), soit j’ai une vision trop idealiste d’une analyse politique complete, soit il est homis des scenes qui ne cadre pas avec la these.

            Apres l’article et frais, plein de bonne volonte, je ne voit pas de partit pris ideologique mais il est biaisé car insuffisant et peut faire mieux et les critiques argumentees peuvent aider à l’amelioration.

            Et sans sombrer sans l’autorisme Eastwood c’est aussi ça:

            « Mémoires de nos pères » et « Lettres d’Iwo Jima »
            Une des tentative de travail cinematographique sur la propagande et le film de guerre les plus marquante du septième art.

            @Kratz: effectivement votre critique porte.

  5. Eastwood était meilleur réalisateur à ses débuts, quand il faisait de la série B style « Pale Rider » ou « Honkeytonk Man ». « Bird » est pas mal aussi dans mon souvenir.

    C’est à partir de « Impitoyable » et des pâtés libertaro-conservateur néo-classiques suivants qu’il est devenu le chouchou de la critique US qui s’est mit à la comparer à John Ford, on rigole !

    Ford est le cinéaste du collectivité et de la famille, du groupe et de l’amitié, des femmes dignes qui doivent faire face à l’oppression machiste, de l’hystérie masculine et du peuple investit en politique. Eastwood est celui de l’individualisme forcené, de la famille dysfonctionnel, de l’état décatit et de la virilité comme refuge.

    C’est une erreur assez courante chez les « critiques » de cinéma, de confondre la forme et le style. Aujourd’hui il suffit de filmer un sous-bois lentement en traveling et on vous compare à Tarkovsky ou une rangée de maison pavillonnaire en anamorphique et on fait de vous l’égal de Carpenter. Hors ça ne suffit pas : la forme fait partie du style mais ce n’est pas son seul attribut.

    Pour une meilleure idée de ce qu’était l’Irak côté US il vaut mieux revoir « Génération Kill » de Dave Simon.

  6. Bonjour… Mon premier commentaire procédait un peu trop par raccourcis en effet. Ce que j’ai voulu dire c’est qu’à partir des années 2000, un axe très clair a réorienté la politique internationale américaine, c’est l’axe du moralisme, (et ce avant le 11/09). Ce moralisme se développe autour du combat contre le terrorisme, de la lutte pour la démocratie et il y a tout un discours qui lui est consubstantiel, un discours sur le bien et l’axe du mal (rhétorique biblique par derrière, influence d’une lecture très évangélique de l’Ancien Testament qui se cristallise de plus en plus souvent autour d’une lecture des livres prophétiques (Isaïe, Ezéchiel, Jérémie) et qui permet de relire les événements actuels dans une perspective eschatologique). Ce moralisme s’appuie et se développe sur le retour en force de la droite chrétienne, un certain retour des conservateurs (néo pour certains), la personnalité présidentielle de Bush, (deux mandats) particulièrement chrétienne, une société très puritaine qui peut en assurer le soubassement (et dont l’existence permet de rassembler autour de ce moralisme). Certes, il n’en pas toujours été ainsi : ce moralisme contraste avec la politique menée sous Bush père et sous Clinton et on peut questionner l’administration d’Obama pour voir s’il n’y a pas eu quelques ruptures avec ce moralisme mais quand même, pendant une décennie approximativement (celle de l’intervention en Irak qui nous intéresse) tous les observateurs sérieux constatent la même chose. On peut toujours se poser la question du sens (pourquoi ce moralisme, il permet quoi ?) et alors les réponses sont assez simples : ce moralisme produit de la sacralité, avec tout ce que cela implique de justification du pouvoir et de la violence. Il justifie les grandes options de la politique internationale (Afghanistan, Irak, Iran) et permet un interventionnisme qui ambitionne de sécuriser le Proche-Orient afin d’y être influent notamment en mettant en place des régimes pro-occidentaux et des formes plus déréglementées de marché pétrolier. Ce moralisme légitime la notion de guerre préventive, de guerre juste, (dont la justification est explicitement augustinienne, reprise ensuite par St Thomas d’Aquin qui la soumet à trois conditions : l’autorité du Prince, la cause juste, les méthodes droites). Bien sûr, on voit qu’il sert des desseins bien réalistes et assez classiques en termes de géopolitique. Les Etats-Unis par la politique de démocratisation du « Grand Moyen-Orient », souhaitaient s’appuyer sur les opinions publiques et les classes moyennes contre les régimes autoritaires. Evidemment, ça ne s’est pas passé comme ça. Au-delà de ces premières questions, il y en a d’autres : Comment ce moralisme est-il possible ? Par quels processus ce discours sur la défense de la liberté, du bien, contre le mal, peut-il se tenir et susciter autant d’adhésion, rassembler autant ? Là, il faudrait voyager un peu d’une rive à l’autre de la Bible Belt américaine, rencontrer les associations politico-religieuses de la Nouvelle Droite, ou Droite religieuse, se pencher sur leur millénarisme et alors on comprendrait mieux la portée de la rhétorique de l’axe du mal, de la sauvegarde de la liberté, etc. On peut s’économiser un tel voyage, assez épuisant, avec quelques chiffres qui indépendamment de petites divergences démontrent clairement que la société américaine est très croyante. Une énorme proportion de la population se déclare « croyante » ou « chrétienne » (qu’importe qu’il s’agisse de 75 ou de 90%)… et donc nécessairement, beaucoup d’américains – sans être pour autant des évangélistes – se reconnaissent dans les conceptions de ces derniers sur un grand nombre de questions de morale et donc sur les questions de politique puisque la réduction de la politique a des questions de morale s’observe hélas beaucoup aux Etats-Unis. On peut aussi faire remarquer que le degré de pratique religieuse est à son zénith historique. Ce qu’on peut déduire de tout ça c’est que la rhétorique du bien et du mal, le moralisme, sont des instruments redoutables, privilégiés pour justifier, présenter, faire accepter l’interventionnisme américain, pour tenir un discours du pouvoir sur lui-même (« regardez comme vous avez besoin de nous ») et pour légitimer de grandes formes de violence et pour capter un peu de la sacralité des valeurs que l’on défend (le pouvoir cherche toujours à se lier au sacré, que ce soit celui des rois de France ou celui de l’administration américaine). Evidemment, de nombreux américains n’acceptent pas ces justifications, condamnent tout cela mais on parle d’une majorité. Si l’on veut être complet, on doit admettre qu’un tel moralisme satisfait pleinement toute la nébuleuse des lobbyings chrétiens (enjeu électoral de contenter ses soutiens). Bref, quel est le processus, comment ça se passe, de quels agencements tout cela procède-t-il ? Pour faire triompher leur programme politique (qui n’avait rien religieux), les nouveaux conservateurs vont se servir des évangélistes, de tout cet univers institutionnel, doctrinal, rhétorique… et dans cette alliance les évangélistes ont vu là le moyen de faire passer dans les actes publics leur idéal moral… C’est un schéma classique dans l’histoire de la politiquer américaine. La guerre de Sécession vécue des deux côtés en termes messianiques. Pour les abolitionnistes elle fut interprétée dans certains cercles comme l’Armageddon purificateur et le triomphe du Nord comme la possibilité d’instaurer le millenium. Dans le Sud, l’interprétation inverse des événements s’élabora. Les Sudistes se voyaient comme poursuivant le plan de l’Ancien Testament, comme les forces du bien tenant tête à celle du diable. Roosevelt lança une de ses campagnes présidentielle avec le slogan « Nous sommes à Armageddon et nous combattons pour le Seigneur ». Wilson, qui lui ravit malgré tout l’investiture, invoquera plus tard l’impérieuse nécessité de lutter contre les forces du mal pour préserver celles du bien. Lors de La Révolution de 1776, George III fut appelé la Bête. Cette révolution ressuscitait l’âge d’or, ou plutôt l’enfantait, but final du millénarisme. Reagan baptisa l’Union soviétique l’ »empire du mal », etc. Pour la critique du film, je pense qu’on peut ajouter que ce moralisme, cette rhétorique, ce puritanisme, cette moralisation des questions politiques, toute cette armature de justification de la violence et de la guerre par la défense de la liberté, par la mise en évidence du mal qui menace le bien, etc.… sont les éléments constitutifs de la trame narrative. Ils sont partout, tout le temps. Bien sûr, il s’agit là d’une vision essentialiste, d’une grille de lecture qui pense par les catégories essentialisées de la différence et qui devient une machine à produire de l’altérité, à justifier tout ce qui ne peut pas être justifié autrement. Là, ça devient impérieux, on « ontologise » l’ennemi en quelque sorte. La désignation de l’ennemi ne relève plus d’une décision politique, par nature toujours discutable, mais d’un fait de nature, par nature indiscutable pour le coup (des bouchers, des barbares, comme vous l’avez si bien relevé). De quelle plus belle justification de l’omniprésence des Etats-Unis pouvait-on rêver ? Je ne mentionne pas les sources parce que ce serait trop fastidieux pour moi et parce que nous ne sommes pas à l’université. J’ai juste essayé d’expliquer mieux ce que j’ai voulu dire en quelques lignes. Pour le pétrole, les conditions institutionnelles, législatives et contractuelles qui prévalent dans ces pays du Moyen-Orient constituent pour les Etats-Unis de véritables goulots d’étranglement. C’est pourquoi il leur paraît indispensable de changer le cadre global afin de lever toutes ces contraintes et de faciliter l’expansion de la production « libre » de ces ressources. Il s’agit bien sûr de sortir des règles d’un jeu dictées par l’OPEP, de desserrer les règles pour ouvrir le domaine pétrolier de l’Irak, tirant dans le même sens les autres domaines pétroliers, de bien évidemment de pouvoir influencer les prix. de permettre au dollar de rester la monnaie de référence. Il n’y avait que l’Irak nationaliste pour exiger que ses factures soient honorées en euros. C’est donc aussi un moyen de préparer l’avenir du dollar par rapport aux autres monnaies fortes (yen et euro). Certes, il s’agit aussi de s’imposer sur un marché proche-oriental que les compagnies française, italienne et surtout, russes (Lukoil, Slavneft) ont commencé à se partager. Mais cette politique qui n’est destinée à être rentable qu’à moyen terme présente surtout un autre avantage : elle permet de faire contrepoids au régime saoudien, mais aussi de contraindre ce dernier à ouvrir son économie (Riyad refuse, en effet, de remettre en cause le monopole de l’ARAMCO). une telle libéralisation ferait sortir le problème de l’approvisionnement du cadre de la négociation serrée entre les Etats. L’idéal est que cette région applique les règles du marché » en banalisant les conditions d’investissement pour les aligner sur celles de la mer du Nord, c’est-à-dire accorder une facilité d’établissement à ceux qui ont les moyens techniques et financiers de produire du pétrole : les compagnies internationales, aujourd’hui essentiellement anglo-saxonnes et américaines (pour aller vite). Ces compagnies ne sont aujourd’hui, dans les pays de l’OPEP, que des sociétés de distribution qui ne contrôlent pas la politique des quotas. Il s’agit aussi de rompre avec le danger permanent d’un nationalisme arabe qui aurait le pétrole pour arme d’État… ce qui était le cas dans l’idéologie du Bass en Irak et c’est entre autre pour cette raison que le sunnisme bassiste résiste tant au redémarrage de l’exploitation pétrolière qui va sortir du giron du nationalisme arabe. Ces efforts ne concernent pas que le Proche-Orient : les USA livrent le même genre de bataille avec le Mexique, mais sous une autre forme. Malheureusement, je ne pourrai pas contribuer davantage. Je ne vous en salue pas moins parce que vous dénoncez va à l’encontre d’une « structure d’attente ». Cette grille de lecture qui est celle du film est celle qui donne aujourd’hui une explication simple à des choses ambivalentes et complexes. Forcément, des contenus comme ceux du film sont attendus. Ils permettent de fournir des explications, de proposer des compréhensions tout en garantissant à tous ceux qui sont inquiets, déclassés, perdus, une sorte de capital symbolique très valorisant : ils sont du côté des civilisés et retrouvent un peu de couleur en se convertissant au mythe de l’occident.

    • Merci pour ces précisions. Donc on est d’accord sur le fond j’ai l’impression. Je croyais que ce que vous critiquiez dans votre premier commentaire, c’était l’idée que la vraie raison de la guerre en Irak était pour les US de s’assurer une mainmise sur les ressources énergétiques de la région. Mais en fait vous êtes bien d’accord avec ça si je comprends bien. Pour moi, tout ce que vous dites sur le « moralisme » ce n’est pas de l’ordre des raisons véritables, mais du discours pour justifier/légitimer la guerre. On est d’accord, le film est aussi peu critique sur ça. Mais à mon avis il ne faut pas confondre les raisons véritables de l’intervention (économique) et l’idéologie qui vient la justifier (la rhétorique Bush). (Je ne dis pas que vous le faites, mais comme vous mettiez tout ça au même niveau sous le nom de « déterminants » en sous-entendant du coup que ce que disait l’auteur sur les « vraies raisons » était erroné, j’ai cru que vous vouliez dire autre chose 🙂 )

    • La question c’est de savoir si vous ne confondez pas cause et consequence, la question religieuse s’aggrège avec un peu tous les aspects de la vie des religieux.

      La 1ere guerre d’Irak est declarée pour défendre le Koweit musulman, sur des exagerations intentionnelle de l’armée irakienne, des photos satellites truquées, un temoignage fallacieux d’une niece ou cousine (voilée) d’ambassadeur koweitienne autour d’un faux massacre de bebes en couveuse en alliance avec l’arabie saoudite…

      La deuxième s’appuie sur des liens truqués entre Hussain et Al Quaida, des renseignements truqués (bases chimiques mobiles, trafic d’iranium nigerian, armes ddm…), l’exploitation d’un fait divert (antrax par la poste), sur un concept volontairement areligieux (axe du mal dont la coree du nort non musulmane), dans une coallition avec la turquie…

      Peu ou pas de propagande religieuse (les USA venerent leur liberté de culte, malgrè leurs problemes de racistes)

      J’ai beau etre athée, je me méfie du concept de guerre « de religion » qui cache beaucoup de realites, laisse sous entendre des chocs de civilisations, stigmatise la foi et reduit des critiques de la propagande à deux types de conflits religieux ou pas (quid des guerres civiles ou entre pays de majorité religieuse de meme obedience ou les guerres athees ou communistes).

      Il est vrai que son education en partie basé sur des images bibliques (tres achetypables et pouvant etre trouvé dans quasi tout ideologie d’ailleur) est une clef de la caracterisation du heros, mais il ne dit pas un mot sur les musulmans, c’est plus « eux » contre « nous » sans plus de recul.

  7. Encore une fois, LCEP nous pond une critique idéologique, au point d’être drôle quand on a comme moi l’esprit suffisamment pervers pour apprécier ce genre de chose, d’un film qui a l’heur de ne pas rentrer parfaitement dans ses canons étriqués du politiquement correct. N’ayant pas les compétences nécessaires, je ne vais pas faire une contre-critique, mais une critique de la critique est parfaitement possible.

    L’auteur admet ne pas aimer les films de guerre. Est-il bien à même de porter un jugement ? On pourrait penser qu’il y a dès le début comme un gros biais, sans compter que ne pas être amateur de ce genre de film pourrait amener à rater bien des choses, si l’on n’a pas trop visionné ce genre.

    Mais j’entre dans le vif du sujet. L’auteur a, tout au long de sa critique, omis (volontairement ?) un certain nombre de faits essentiels. Le film est tiré d’un livre, écrit par un soldat réel qui décrit sa vie de sniper. En soi c’est vital, mais l’auteur n’en parle pas : le film n’est pas un film SUR la guerre en Irak, c’est l’histoire, dans toute sa subjectivité, d’un homme, loin d’être parfait même si c’est un bon gars, qui décrit son expérience, qui lui est propre, d’une guerre a laquelle il a participé. Partant de là, reprocher au film de ne pas critiquer la guerre en Irak est hors de propos : ce n’est pas Full Metal Jacket, c’est juste l’histoire d’un gars embarqué dans un truc exceptionnel.
    Reprocher au film, par exemple, de ne pas se lancer tel un Michael Moore dans une dénonciation de l’impérialisme américain. On s’en fout : si le vrai Kyle est entré dans l’armée pour cette raison, aurait-il fallu travestir la réalité ? Pour éviter que les spectateurs oublient le contexte par magie ? Il me semble important de rappeler/apprendre un truc à ceux qui écrivent ce genre de choses : les gens ne sont pas lemmings qui suspendent leur esprit critique devant un écran est dont le cerveau est une éponge. Ils font la part des choses.
    De même, s’offusquer que Kyle se soit lancé à la poursuite du sniper qui a tué son frère d’arme (au lieu de porter plainte devant le commissariat ?) est digne des plus grands facepalms : Kyle reconnait après coup que c’était une erreur de réagir comme il l’a fait, qu’ils n’ont pas pu atteindre la cible, que c’était un piège qui a mené à la mort de son ami. Pour les gens avec un peu de culture littéraire, ça s’appelle une morale. Pour LCEP, ça s’appelle faire l’apologie de la loi du talion.

    La première scène du film est poignante, dommage que l’auteur omette, là encore, certains éléments essentiels. Il est dit à Kyle que le rôle d’un sniper est de PROTÉGER ses camarades (réalité tactique, j’ajouterais…). La première scène montre Kyle apercevant un garçon se lançant avec une grenade sur une colonne américaine. Il le tue, ainsi que sa mère, après qu’elle ait tenté de récupérer l’engin. Contrairement à ce qu’insinue l’auteur, Kyle vit très mal ce premier tir : il conjure l’enfant de lâcher la bombe, et quand il est félicité par ses camarades, il reconnait qu’il aurait préféré que son baptême du feu ne l’ai pas amené à tuer un enfant. La scène réelle du film n’a pas du tout la tournure que prétend lui donner l’auteur. Tant que je suis sur ce paragraphe : voir un parallèle entre tuer l’enfant et tuer le chevreuil est absurde : cette scène (qui rappelle une scène du même genre dans Stalingrad, ce que l’on peut savoir si l’on regarde les films de guerre) montre comment Kyle a fait connaissance avec cet outil d’un genre très particulier qu’est l’arme à feu. Elle est à l’évidence un épisode réel de la vie de Kyle, et elle a à ce titre toute sa place dans cette séquence, « comment en est-il arrivé là ». Par ailleurs le sous-titre de l’image « Le monde à travers un viseur » est encore une déformation d’un élément du film : toute une scène est consacrée au fait que Kyle tire… les deux yeux ouverts, pour ne pas perdre de vue son environnement et le contexte du combat. Rien à voir avec un tueur obnubilé par sa cible, contrairement à ce que semble dire ce sous-titre.

    Les deux paragraphes sur la famille de Kyle, surtout sur sa femme, sont pareillement manipulateurs. Kyle dans sa relation avec sa femme (et ses enfants) apparait de plus en plus froid, distant, complètement insensible. Il ne se reprend qu’après avoir abattu sa cible et avoir arrêté de partir en OPEX en Irak. Le film présente les effets psychologiques négatifs de la guerre et de la violence (thème classique des films de guerre… mais il est vrai que l’auteur ne le savait peut-être pas, qu’il en soit excusé). Ces séquences suffisent à discréditer la prétention de l’auteur à faire d’American Sniper un film militariste qui exalte la violence : il aborde frontalement la transformation en monstres de ceux qui se battent dans son environnement de violence permanente. A la fin du film, il montre également les soldats américains mutilés, qu’aide Kyle pour lui-même retrouver une vie normale. Je ne comprends pas que l’on puisse de bonne foi faire d’AS un film militariste après avoir visionné ces scènes. C’est juste… grotesque. Idem quand Kyle balance des saloperies sur les Irakiens : diabolisation de l’ennemi, deshumanisation, tous ces phénomènes bien connus. Eastwood montre la guerre telle qu’elle est. On l’accuse de la montrer comme bonne. ça en dit plus sur les critiques qui tiennent ce genre de propos que sur le film…

    Tout le passage sur le double discours est à jeter aux orties. Celui sur le Boucher est particulièrement agaçant : les faits ont eu lieu lors de la bataille de Falloujah, particulièrement atroce, où les insurgés ont commis sur les civils irakiens des crimes qui dépassent de loin ceux que les US ont pu commettre tout au long du conflit (bien qu’ils tentent de les éviter, d’ailleurs). C’est un peu comme mettre en balance les crimes de guerre des Allemands et ceux des Alliés pendant la 2GM et en conclure que Le Pianiste est un film raciste anti-allemand malhonnête.
    Et tant que j’y suis, le paragraphe où l’auteur prétend que le film oppose les américains qui se battent dans la lumière et les insurgés qui se battent dans l’ombre est faux : à plusieurs reprises on voit Kyle, ou un autre soldat, caché ou dans l’ombre faire feu.

    LCEP est vraiment hilarant. A chaque fois que lis ce genre de critique je passe un bon moment. Même si cela revient à m’énerver, au moins je m’amuse en lisant la prose outrancière de ses critiques (ici, le film d’Eastwood est carrément comparé à un film de prop’ nazie !), leurs interprétations venue de l’espace pour faire relier le moindre détail de leurs thèmes obsessionnels (Ouh, le fusil est un symbole phallique !), c’est un régal.

    Ayant vu AS, je conseille son visionnage. Ce n’est pas le plus grand film de guerre de son époque, et certaines scènes sont dures à supporter, mais il a clairement la patte d’Eastwood, il montre avec une certaine subtilité un personnage hors du commun, sans dénonciation, exaltation ou commisération.

    • Le film est tiré d’un livre, écrit par un soldat réel qui décrit sa vie de sniper. En soi c’est vital, mais l’auteur n’en parle pas : le film n’est pas un film SUR la guerre en Irak, c’est l’histoire, dans toute sa subjectivité, d’un homme, loin d’être parfait même si c’est un bon gars, qui décrit son expérience, qui lui est propre, d’une guerre a laquelle il a participé.

      Justement parlons en du vrai Chris Kyle: le film nous dépend un homme bien plus sain qu’il ne l’était en réalité. En plus de son nombre incroyable de victime et de la justification spéciale de ses actes, il avait affirmer avoir abattu des pillards lors du cyclone Katrina perché sur le stade de La Nouvelle-Orléans ou avoir ou encore avoir tué des voleurs de voiture (http://www.vulture.com/2015/01/real-american-snipers-5-alleged-lies.html).
      Il a aussi crée une agence de mercenaires après la guerre. Il croyait complètement au mensonges de l’administration Bush sur les armes de destructions massive et il se voyait comme un croisé.
      Tout ceci pour dire que Eastwood a (volontairement?) omis certains fait ou effacé une certaine dimension du personnage.
      Après il faut savoir que 1) il n’aurait pas du faire le film à la base 2) sa famille a fait pression pour que « sa mémoire soit respectée » .

      • Ceci et ajouté à cela le fait que beaucoup de ses collègues ont mal vu le fait que Kyle soit une grande gueule, qu’il ait écrit sur ses tours en Irak, ce qui est relativement mal vu dans les forces spéciales et dans les seals en particulier. Il a également craché dans le dos de beaucoup de ses anciens coéquipiers et de ses aînés pendant sa vie civile; la plupart des reproches montrent que s’il était un soldat d’exception, il manquait de professionnalisme, de discrétion et était bien trop en attente de reconnaissance pour son travail.
        Sans avoir vu le film, il me semble que toutes ces problématiques en sont absentes.

      • Ces critiques sont déjà plus pertinentes que celle de l’article. Mais ce n’est pas le point que fait l’article. L’article parle de l’objet qu’est le film d’Eastwood, pas de la vie du vraie Kyle.

        • @sanson Je trouve moi aussi cet critique un petit peu biaisée mais je n’ai pas aimé le film, et certaines des raisons y sont présentées dans cet article.
          Le problème de ce film n’est pas tant son coté idéologique que le fait que ce soit (à mon sens) un navet sans aucune profondeur. Je ne comprends franchement pas la « hype » autour de ce film qui n’est pas un film réaliste du fait de sa distance avec la réalité, qui n’est pas un film moraliste du fait de la niaiserie des passages censés nous faire réfléchir sur le sens de l’engagement de Kyle, ce n’est pas un film de Sniper du fait du duel farfelu et totalement inventé entre Kyle et un tireur olympique (vous noterez l’emprunt à Stalingrad). Bref le film essaye de faire plaisir à tout le monde pour finalement ne plaire à personne, ce qui me déçoit grandement de la part de EastWood.

  8. Gottesmann Pascal

    Eastwood m’a déçu sur ce film car il avait récemment fait des films beaux et humanistes comme Million Dollar Baby et surtout Invictus, splendide ode à la tolérance et au respect mutuel. Par contre j’ai été choqué par le discours ultra sécuritaire et droitier prononcé par Eastwood à la tribune lors des dernières élections américaines.
    C’est un immense artiste mais l’homme n’est pas à la hauteur.

    • Attention à ne pas confondre l’auteur et son œuvre. Caravage est à la fois un des plus grand peintre de l’histoire et un meurtrier. On peut très bien être un grand artiste et un sale con.

  9. Ce texte est effrayant par sa méconnaissance crasse de la filmographie de Clint Eastwood, de ses thématiques, et de son style comme réalisateur. Ou comment arriver avec ses présupposés et faire rentrer au forceps le film dedans. J’y suis arrivé par rezo.net et ça me déçoit d’autant plus.

    Quelques textes utilisant des arguments cinématographiques et pas d’autorité, qui permettront aux curieux de voir en quoi consiste une véritable analyse critique :
    http://louvreuse.net/critique/american-sniper.html
    http://www.capturemag.net/etat-critique/sniper-blanc-coeur-noir/

    Et surtout cette critique extrêmement complète de (une fois n’est pas coutume) Mediapart : http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/170215/american-sniper-tours-et-retours-de-clint-eastwood?onglet=full

    • Donc, d’après vous, il faut connaître par coeur la filmographie d’un auteur pour porter un jugement sur une de ses oeuvres ?
      Si je dois lire tout Balzac avant de pouvoir apprécier le Père Goriot, je ne suis pas sorti de l’auberge.

    • Peut-être est-ce d’ailleurs une chose intéressante de voir dans cette critique un point de vue extérieur, qui voit le film comme il est, indépendamment de la filmographie ou des thématiques d’Eastwood. Cette critique manquera certainement certains aspects du film, mais d’autres n’en ressortiront que mieux à ce regard vierge.
      S’il faut prétendre à l’exhaustivité à chaque fois qu’on exprime une opinion, comment voulons-nous que les critiques de cinéma arrêtent d’être pris pour des snobs prétentieux ?

  10. Critique très juste. Mais au fond, ce que ce pauvre type défend, ce sont les zones commerciales, rien d’autre. Non ? L’Amérique de la bière et du rodéo….

    GF

    • Merci pour ce lien ! C’est avec ce genre de témoignages qu’on réalise le mieux à quel point les parti-pris politiques de ce film (et de ceux qui le défendent) sont vraiment vraiment politiquement puants….

      • Je vois que vous avez la même remarquable inclination au dialogue et au respect des autres opinions que la rédactrice de la critique.

        • J’adore quand la rhétorique du « respect des autres opinions » est utilisée pour conforter les oppressions et les discours qui les légitiment….

          Ce genre d’appel au respect me fait penser au discours des carnistes qui, quand on a le malheur d’avancer l’idée selon laquelle leur régime alimentaire reposerait sur le meurtre d’animaux, vous répondent « mais quelle intolérance ! tu pourrais au moins respecter mon opinion ! ». Pour moi, il n’y a pas de différence entre ce type de discours, et celui un esclavagiste par exemple qui défendrait ses idées et ses pratiques en disant « mais respectez mon opinion ! j’ai le droit de penser que les noir-e-s sont inférieur-e-s et que je peux les traiter comme des sous-humain-e-s ! chacun a le droit d’avoir ses propres opinions ! »

          Est-ce que vous comprenez ce qui me pose problème dans ce genre de discours ?

          En ce qui concerne le sujet qui nous occupe ici, on a un film qui construit en héros un type qui se vante d’avoir tué un nombre record de personnes lors d’une guerre impérialiste qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, dont une bonne centaine de milliers de civils (selon les rapports officiels). Et à côté de ça, on a une grande partie du public occidental qui s’insurge dès que quelqu’un-e ose qualifier ce film de propagandiste. Un public occidental qui, il va s’en dire, n’a pas vécu tout ce qu’a vécu la population irakienne pendant toute ces années de guerre, et qui vient expliquer tranquillement que ce film « montre la réalité », « est un bon film de guerre », « n’a rien de problématique politiquement », voire même « est critique par rapport à ce qu’il montre ». Pour moi, ce genre de discours revient à légitimer une oppression, en restant du point de vue de l’oppresseur occidental sans jamais remettre en question le rapport de domination qui s’exerce ici.

          Et quand j’ose dire que les présupposés politiques de ce film et de ceux qui le défendent sont politiquement vraiment puants, on vient me dire que je ne « respecte pas l’opinion des autres ». Ça voudrait dire quoi la « respecter » ? Ne pas contredire ? Ne pas dire ce que je pense, à savoir que les gens qui tiennent ce genre de discours confortent une oppression ?

          Pour moi, s’il y a un manque de respect quelque part, il est à chercher du côté de ce film, qui méprise totalement les victimes irakiennes de cette guerre impérialiste (on s’émeut des images de l’enterrement de Chris Kyle, mais les images de l’enterrement de toutes les victimes irakiennes de cette guerre impérialiste, dont celles de cette « Légende », ça, on ne les verra pas), et il est aussi à chercher du côté de ceux qui le défendent de leur point de vue d’occidentaux qui se moquent bien du point de vue des irakiens.

          Renverser le rapport de domination en faisant passer pour intolérants et irrespectueux celleux qui le dénoncent, c’est conforter cette domination, en la faisant passer pour « une opinion comme une autre », alors qu’il s’agit d’une pensée qui justifie et conforte une oppression.

          • Votre intolérance et votre sectarisme sont bien caractéristiques d’un végétarien(« celleux » ?! Vraiment sérieux ?!?!)

          • Oui ! Vous avez bien raison ! On ne respecte plus assez les gens racistes, impérialistes, sexistes et les meurtriers !
            Intolérable ! Alors qu’ils apportent tant à nos sociétés. Sans elles et eux (elleux quoi), ce site n’existerait même pas. C’est dire qu’on leur doit un minimum de respect tout de même !!

  11. Ah ces vegetariens! 🙂 C’est vrai que c’est tous des intolerants ^ ^

  12. Bonjour, je voudrais juste dire que j’ai écrit le long commentaire du 27 mars à 16h20 sous le pseudo de GL mais que je n’ai absolument pas écrit les autres commentaires pourtant signés du même pseudo et datées du 1er avril.

  13. Bonjour,

    J’ai lu avec grand intérêt votre critique que je trouve fondée sur bien des points.
    Il me semble que, justement, les « ficelles » sont tellement grossières que le parti pris « caché » de Clint est de faire ne sorte que les « bourrins » le soient confortés dans leurs mode de pensé binaire et que les autres (un peu plus fins dirons-nous) se rendent comptent à quel point les situations étaient pour le moins stupides et décalés du discours de Bush.
    J’aime à le croire car apprécie beaucoup les films de ce réalisateur et je ne l’imagine pas tomber dans ce type de travers boueux… je me trompe peut-être, j’espère pas.
    Bien à vous

  14. Bonjour,
    Même si je trouve une partie de votre critique fondée, la partie sur le jeu de lumière soit disant manichéen m’a fait réagir car je vois plus ici un procédé stylistique utilisé à des fins vierges de sens plus profond que l’identification claire du gentil et du méchant. Je trouve que l’extrapolation de cette opposition à americains = gentils est surinterprétée, comme une partie de vos critiques malheureusement.

  15. C’est clair que le personnage est un criminel de guerre. Mais comme on dit, ce sont les vainceurs qui réécrivent l’histoire.

  16. Désolé de vous le dire ainsi, mais vous n’avez strictement rien compris au film.

    Si vous connaissiez les positions politiques d’Eastwood ainsi que sa manière d’aborder le cinéma militaire vous auriez compris qu’American Sniper est une dénonciation de l’idéal militaire associé la culture américaine.

    Le personnage principal du film est moralement injustifiable en tout point (et encore plus a son père) et c’est ce que Eastwood cherche a montrer tout au long du film. Je vous rappelle qu’aux Etats-unis, ce film a provoqué la colère des républicains qui avaient bien compris que ce film étaient une critique du « va t’en guerre » américain.

    Bref, c’est quand même dommage que sur un blog qui se veut spécialiser en cinéma, vous ne pouviez remarquer l’intention (évidente) du film, et que vous le jugiez selon vos première intention. Vos intentions, qui manifestement reflete une tres mauvaise connaissance du cinéma d’eastwood, et même du cinéma militaire américain essentiellement antimilitariste depuis les années 2000

    • « Vos intentions, qui manifestement reflete une tres mauvaise connaissance du cinéma d’eastwood, et même du cinéma militaire américain essentiellement antimilitariste depuis les années 2000 »

      Vous pourriez elaborer? Je ne suis specialiste ni de l’un ni de l’autre, mais cette affirmation me surprend quand meme beaucoup

  17. Sur bien des aspects, vous ne prenez pas assez de recul sur le personnage principal. On constate rapidement que c’est un type « qui n’a pas inventé l’eau chaude ». Un gars doué au tir, plutôt brave, qui ne comprend pas grand chose à la géopolitique, dont la naïve bonté est facilement exploitable, prenant pour acquis ce coté « l’amérique est attaquée ». Les bons sentiments d’une personne naïve et mal informée sont exploitables par toutes sortes d’idéologies, fussent elle d’orientation opposées.

  18. Je trouve fascinante la critique élaborée sur ce film, mais c’est bizarre, je n’ai pas eu du tout la même vision sur celui-ci quand je l’ai écouté. J’ai plutôt eu l’effet que Clint Eastwood avait voulu faire un film pour montrer comment le contexte social, identitaire, politique, religieux et j’oserais même dire sexuel dans lequel grandit une personne peut l’amener à faire les actes qu’il a fait. Il est totalement justifié dans sa propre psychée. Il tue des gens pour protéger les siens, il va faire la guerre ailleurs pour protéger sa famille, etc. Dans son propre monde, il est le chien de berger mentionné au début du film. Le langage est guerrier pour montrer comment tout participe à renforcer le message qu’il a reçu au départ (pucelage pour son premier tir entre autre). Et c’est justement parce que l’on voit ce message auquel il est soumis que l’on est en mesure de faire la part des choses et de le voir tel qu’il est. Il fait ses choix et s’engage volontairement dans une voie parce que tout a pointé dans son éducation et sa formation pour qu’il aille dans celle-ci. Mais il choisit de s’y engager, de s’en faire l’agent. C’est son «devoir». Cependant, le film a l’intelligence (à mon avis) de tout nous montrer pour le comprendre, mais sans le juger comme tel. On a le choix de se faire notre propre opinion. Et de le considérer comme un héros ou comme un tueur. D’ailleurs la scène finale montre qu’à ses funérailles, les gens étaient nombreux et que certains le considérait comme un héros. Donc, pas tout le monde, ce qui est heureux… Ce film est moins un film de propagande qu’une oeuvre sur la propagande que vivent les américains et comment tous y participent. Le seul point de vue critique sur les actes de Chris Kyle vient de sa femme, quand elle condamne collectivement les Seals d’être trop attachés à leurs frères d’armes et à leurs combats. Ce qui est évidemment une critique rattachée à sa famille, mais pas seulement. Elle continue sa vie dans un contexte social où la menace (tu attends qu’ils débarquent à San Diego?) est beaucoup moins pesante et réaliste que pour son époux et ce faisant, a un point de vue différent sur les événements. En dehors de ça, pas grand chose comme point de vue divergeant, ce qui est la réalité d’un certain nombre d’américains qui s’enferment dans leur propre bulle. Et ça le film nous le montre bien. Ainsi que les conséquences de ce mode de pensée sur les actes des États-Unis à travers le monde. J’ai vu beaucoup de liens, indirects et subtils certes, mais réels entre le sous-texte du film et la pensée de Hannah Arendt et la banalité du mal: l’absence de toutes critiques dans son entourage permet à Chris Kyle de ne jamais remettre en question ses actes et de commettre des meurtres sans culpabilité car tout est justifié par le contexte où il a été éduqué et a grandi. Il a arrêté de penser ou n’en a même jamais développé la capacité. Avec les conséquences que ça a eu.

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