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Pretty Woman et le complexe de Cendrillon

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En psychologie, le « complexe de Cendrillon » désigne un désir inconscient éprouvé par les femmes d’être prises en charge, le plus souvent par leur partenaire masculin. Cette théorie est développée pour la première fois par Colette Dawling dans son livre intitulé Le Complexe de Cendrillon. Le « complexe de Cendrillon » est problématique car il est le résultat direct d’une société patriarcale qui pousse les femmes à se mettre en position d’attente, telle Cendrillon attendant son prince Charmant, plutôt que d’être indépendantes et de prendre le contrôle de leur vie.

Le « complexe de Cendrillon » trouve principalement son origine dans l’éducation « différenciée » que reçoivent les filles et les garçons. En effet, les garçons sont éduqués pour l’action et les filles pour l’attente. De plus, les femmes sont éduquées pour être dépendantes des hommes, tant dans les modèles de fiction (les damoiselles en détresse sauvées par les héros virils et puissants) que dans les injonctions quotidiennes des médias (sois belle pour trouver un homme, ne te promène pas toute seule la nuit, tes enfants avant ta carrière). Le fait de créer ainsi de toute pièce une dépendance des femmes envers les hommes est l’une des bases du système patriarcal qui maintient la domination masculine sur les femmes.

Ce complexe est entretenu tout au long de la vie par les médias comme la télévision, les magazines féminins, le cinéma et la littérature, et notamment par des œuvres créées par des femmes pour des femmes telles que Twilight (que j’ai déjà analysé ailleurs sur le site) ou le roman érotique qui s’en est directement inspiré, 50 Shades of Grey. Dans ces deux ouvrages (et films pour Twilight), l’homme prend le contrôle sur sa partenaire féminine (qui adore ça). Il est effrayant de constater que l’on peut qualifier Edward Cullen et Christian Grey de « harceleurs », et pis encore que leur comportement est plébiscité non seulement par leurs héroïnes mais surtout par des milliers de femmes à travers le monde. Les histoires de Cendrillon où les femmes sont passives et les hommes actifs nous sont vendus comme des fantasmes apportant le bonheur à l’une comme à l’autre des deux parties. Le fait que ces ouvrages soient écrits par des femmes et plébiscités par des femmes montre à quel point les normes hétérosexistes et patriarcales ont été bien intégrées par les femmes elles-mêmes à force d’être martelées à longueur de temps[1].

Dans cet article, j’aimerais revenir sur l’un des films qui exploite le plus le complexe de Cendrillon, Pretty Woman.

Pretty Woman raconte l’histoire de Vivian (Julia Roberts), prostituée sur Hollywood Boulevard, qui rencontre par hasard Edward, un riche businessman ayant des problèmes sentimentaux. Tombé sous le charme de Vivian, Edward lui propose d’être son escort pour le reste de la semaine.

Au début du film, le personnage de Vivian est très clairement en galère, sa colocataire a utilisé l’argent du pot commun pour acheter de la drogue et elle n’a plus de quoi payer le loyer. Sa rencontre avec le personnage d’Edward lui permet d’être à l’abri du besoin et d’évoluer dans un monde de luxe auquel elle n’aurait jamais eu accès sinon. Edward sort littéralement Vivian de la misère. Elle devient donc financièrement dépendante de lui et les deux personnages finissent en couple à la fin du film, il est difficile d’envisager pour Vivian un autre avenir que celui de « femme de ».

« Pretty », sa principale qualité

Comme la majorité des personnages de conte de fée, Cendrillon est principalement définie comme étant jolie (mais elle est aussi douce et soumise, des qualités « typiquement  féminines »). Pretty Woman reprend cette caractéristique en faisant du physique et du look de son personnage féminin principal l’un des éléments clés du film. Certes, la majorité des films sont aphrodistes[2] et les actrices sont généralement choisies pour leur physique avantageux, mais Pretty Woman (littéralement « Jolie Femme » en français, ce qui annonce déjà la couleur…) pousse le concept très loin.

Pour commencer le personnage de Vivian est hypersexualisé.

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La première apparition de Vivian à l’écran…

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et la première apparition d’Edward.

Le film profite du fait que Vivian soit une prostituée afin de l’objectifier sans complexe… Elle est utilisée comme « eye candy » pour le personnage d’Edward ainsi que pour le spectateur masculin qui se serait égaré à aller voir une comédie romantique…

En plus d’être un procédé violent envers les femmes, il s’agit également d’une forme de violence envers les prostituées, partant du principe que que comme elles vendent leur corps, le réalisateur a le droit de les filmer comme il veut… Paradoxalement, alors que le film « dénonce » la prostitution (pas très violent comme dénonciation), il utilise également le corps des femmes pour vendre…

Mais soyons honnête avec le personnage de Vivian, ce n’est pas seulement un objet sexuel, non c’est aussi un portemanteau… Le film se délecte des longues séquences de shopping et d’essayage de Vivian, la filmant sous tous les angles et de préférence décapitée.

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Vivian sous son meilleur jour…

Dans la scène d’introduction de Vivian et dans les scènes de shopping, le corps de Vivian est morcelé, découpé en morceaux. C’est un procédé très souvent infligé aux femmes dans cinéma traditionnel comme dans la pornographie, qui permet de les réduire à l’état d’objet dont l’homme peut disposer à volonté. La femme est littéralement « réduite » à ses seins, ses fesses ou son sexe.

En plus d’être morcelée et sexualisée, Vivian est un exemple typique de femme offerte au « male gaze »[3], c’est-à-dire les femmes dont le corps est perpétuellement offert au regard masculin, que ce soit celui d’Edward, celui des autres personnages (qui la reluquent allègrement) ou celui du spectateur. Qu’elle soit sexualisée au début du film ou élégante à la fin du film, Vivian est toujours offerte au regard masculin.

Le problème du « male gaze » n’est pas que les femmes suscitent du désir chez les hommes mais que la femme n’existe QUE dans le regard de l’homme, QUE par rapport à lui. De nouveau, la femme est dépendante de l’homme, d’une manière différente que lorsqu’elle est sauvée ou réduite au rang de ménagère, mais non moins aliénante. En plus de subir des injonctions de la part de la société afin de satisfaire le « male gaze » (sois belle, épile-toi, maquille-toi, mets-toi au régime…), les femmes sont dépossédées de leur liberté et de leur indépendance.

La différence d’âge entre les deux acteurs (Richard Gere a 40 ans et Julia Roberts a 22 au moment de la sortie du film), corrobore cet état de fait. En effet, ce que l’on recherche chez une femme, ce n’est pas seulement la beauté mais aussi la jeunesse. Les écarts d’âge entre les acteurs, l’homme étant bien sûr beaucoup plus âgé que sa partenaire, sont loin d’être rares au cinéma :

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Source : http://www.vulture.com/2013/04/leading-men-age-but-their-love-interests-dont.html

Les écarts d’âge entre les protagonistes ne sont pas anodins, car ils naturalisent des rapports de domination : on attend d’un homme qu’il soit intelligent, riche, séduisant, puissant , et d’une femme qu’elle soit belle. On envoie donc un message doublement violent aux femmes : tout ce qu’on te demande c’est d’être belle et si tu es vieille, tu n’es plus belle, et par conséquent tu ne vaux rien.

Le pygmalion

Plus problématique encore, Edward ne joue pas seulement le rôle de Prince Charmant qui vient sauver Vivian et la sortir de la misère, mais également le rôle de Pygmalion qui remodèle Vivian à sa convenance. Dans une des séquences emblématiques du film, Edward emmène Vivian sur Rodeo Drive (plus ou moins l’équivalent de l’avenue Montaigne à Los Angeles) pour qu’elle puisse acheter de nouveaux vêtements. Si Vivian est comblée d’être traitée comme une princesse auquel le personnel de la boutique fait d’innombrables courbettes (car c’est bien connu le plaisir ultime de la femme, c’est le shopping), le but d’Edward est de la rendre « présentable » afin qu’elle puisse l’accompagner aux différents événements. Vivian fait beaucoup d’efforts (pas toujours récompensés) afin de correspondre aux standards du monde d’Edward, elle apprend à se tenir à table, à être élégante, etc… Paradoxalement alors que c’est la spontanéité de Vivian qui séduit Edward au début du film, il se sent obligé de la modeler afin qu’elle convienne aux standards du monde dans lequel il évolue.

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Je prends ça ?

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Nnnnnon

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Ça oui poupée, ouais ouais

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Ça bof bof, limite…

Toujours demander l’avis d’un homme, c’est important…

Plus encore que l’accès à l’éducation et aux bonnes manières, Edward offre à Vivian l’accès à la culture en l’emmenant à l’Opéra pour la première fois de sa vie. L’émotion de Vivian à l’écoute de la Traviata semble suggérer que tout le monde peut apprécier la grande musique et pas seulement les gens « éduqués », ce qui est vrai en un sens. Ce qui est problématique, c’est que le film semble oublier que l’appréciation de la culture est également liée à notre éducation et à notre milieu social, et que les inégalités sociales se reflètent énormément dans l’accès à l’art et à la culture. De surcroît, on se retrouve typiquement dans le schéma de l’homme qui impressionne la femme et lui fait découvrir le monde (que l’on pourrait appeler le schéma « Ce Rêve Bleu », décrit dans l’article sur Aladdin).

A la fin du film, tout ce que possède Vivian de valorisé par le film (ses vêtements et son élégance, ses bonnes manières, son embryon de culture), elle le doit à Edward.

La relation entre Vivian et Edward est biaisée car Vivian est, tout au long du film, redevable à Edward. Au départ, leur accord est professionnel et monétaire, Vivian doit donc se montrer « disponible » pour des rapports sexuels. Puis au fur et à mesure qu’Edward l’initie à « la grande vie », Vivian se retrouve dans une situation de reconnaissance envers Edward.

La dignité retrouvée

Lorsque Vivian tente d’aller seule acheter des vêtements, elle est violemment rabaissée par les employées de la boutique qui pensent qu’elle n’a pas les moyens d’acheter dans le magasin.

En tant que fille de la rue, elle a besoin de l’aide du directeur de l’hôtel, puis de celle d’Edward afin de s’acheter des vêtements chics. C’est lorsque qu’Edward pénètre dans le magasin en promettant de dépenser des sommes d’argent « indécentes » que Vivian est traitée comme une princesse. Dans une scène très représentative, on voit un vendeur obséquieux s’approcher d’Edward qui désigne Vivian en répondant laconiquement : « Pas moi, elle ».

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T’inquiète pas chérie, l’HOMME RICHE va s’occuper de tout…

Vivian ne doit donc le respect qui lui est témoigné qu’à la seule présence d’Edward et à son argent. L’argent est donc, du moins pour Vivian, le seul moyen d’obtenir le respect et la dignité. C’est habillée de ses nouveaux vêtements chics et chers que Vivian vient se venger des vendeuses qui l’avaient humiliée la veille.

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Humiliation

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et vengeance.

Lorsqu’Edward révèle à son associé qui est réellement Vivian, celle-ci est fortement contrariée et s’emporte dès leur retour à l’hôtel. De la même façon, Vivian est contrariée lorsqu’Edward lui propose de l’installer dans un appartement et, à demi-mots, de l’entretenir…

Vivian est donc blessée dès qu’on la ramène à sa condition de prostituée, son estime d’elle-même est donc basée sur le comportement des gens, qui est lui-même basé sur un mensonge (Edward ne dit à personne que Vivian est une prostituée)… Le film ne questionne que très peu ce manque d’estime d’elle-même qu’a Vivian, d’autant qu’au début elle semble s’assumer entièrement, allant jusqu’à provoquer le couple qu’elle croise dans l’ascenseur. Comme si le film tentait de nous dire qu’en plus de la sauver d’une condition sociale misérable, l’HOMME RICHE va également sauver la femme de sa condition honteuse en lui apportant le respect sur un plateau (celui des autres et celui qu’elle a pour elle-même…).

A aucun moment le film ne questionne réellement l’attitude de mépris envers les prostituées. Pour Vivian la seule possibilité d’échapper à ce mépris est d’échapper à sa condition de prostituée (grâce à l’Homme Riche). Plutôt que d’affronter la problématique de la condition des prostituées ou d’expliquer d’où elle vient, le film préfère régler le problème grâce au sauvetage par l’Homme Riche.

En montrant Vivian avoir honte de son travail et de sa condition le film reconduit implicitement l’idée que les prostituées sont méprisables.

Je ne sais pas ce qui est plus dérangeant, que dans ce film le respect témoigné à Vivian soit entièrement lié à l’argent ou qu’il ne dépende que d’un homme…

Oppresseurs et Opprimés

Le film tente de mettre en parallèle la souffrance de Vivian et celle d’Edward.

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Être riche et puissant c’est un tel poids dans la vie…

De la même manière que le film montre Edward et Vivian comme souffrant de la même condition (faire un travail qui leur oblige à mettre de côté leurs sentiments et à privilégier la dimension financière), il les montre aussi comme se sauvant mutuellement :

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En mettant en parallèle les souffrances d’Edward et Vivian, le film présente une double imposture :

-Il fait croire que les exploiteurs souffrent autant que les exploités

-Il prétend que la relation entre Vivian et Edward et symétrique et égalitaire.

Tout au long du film, Edward est présenté comme un homme qui souffre, il est quitté par sa fiancée au début du film et se sent terriblement coupable d’être un salaud qui exploite les gens… et qui, au fond, souffre autant que Vivian. Sauf que justement Vivian et Edward ne souffrent pas de la même façon : elle souffre parce qu’elle n’a pas d’argent et doit exercer un métier qu’elle déteste tandis que lui souffre car il est un exploiteur et ne supporte plus son métier. Excepté qu’ Edward a parfaitement la possibilité de changer de travail et de cesser « de baiser les gens pour de l’argent », Vivian n’a pas cette possibilité là. Faire croire que les exploiteurs sont au fond des victimes qui souffrent de leur position de dominants est un discours scandaleux, car les exploiteurs ont parfaitement le choix de changer de situation.Ce genre de discours tend également à faire passer au second plan et donc à invisibiliser tous les bénéfices qu’ils tirent de la domination qu’ils exercent, et donc aussi à invisibiser toute la souffrance dont ils sont responsables chez celleux qu’ils dominent. Vivian ne produit pas de souffrance, elle n’exploite personne, contrairement à Edward qui en plus tente de se faire plaindre.

Le film tente de nous faire croire que la relation entre Vivian et Edward est réciproque et égalitaire, ce qui n’est pas le cas. Déjà car ce que chacun apporte dans la relation est défini par des stéréotypes sexistes : l’homme amène l’argent, la dignité, la culture tandis que la femme amène le sexe, les sentiments et le « care ». De plus les scènes qui montre Edward donner à Vivian sont beaucoup plus nombreuses que les scènes montrant l’inverse. Enfin, c’est elle qui est dépendante de lui, financièrement et socialement.

Cette souffrance du dominant est également exprimée dans la relation entre Edward et James Morse, le propriétaire de la compagnie qu’Edward veut démanteler. Edward exprime très clairement qu’il a souffert à cause de son père et que c’est en partie le désir de vengeance qui l’a poussé à choisir cette carrière (la troisième société qu’il a démantelée était celle de son père). Il trouve en Morse une figure paternelle bienveillante qui l’aide à sortir de cette affreuse souffrance de dominant qui l’oblige à démonter des compagnies de gens qu’il apprécie. On notera que c’est bien sa sympathie pour Morse qui le pousse à vouloir sauver la compagnie, les emplois de gens qui travaillent, pas grand-chose à faire…

Une vision biaisée de la prostitution et de la sexualité

Les rapports sexuels entre Vivian et Edward donnent une image fausse et problématique de la prostitution. Même si Vivian confie dans une scène ses souffrances en rapport avec son métier, lors des scènes de sexe entre Vivian et Edward, celle-ci semble y prendre du plaisir. Le film encourage donc l’idée relativement répandue dans l’imaginaire des hommes que les prostituées prennent du plaisir dans leurs rapports professionnels. Cette représentation est problématique car, que l’on soit ou non contre la prostitution[4], celle-ci reste une activité professionnelle, dans la plupart des cas (et c’est le cas dans le film) pratiquée par obligation en l’absence de toute autre ressources, et ne doit pas être « glamourisée ».

Les relations sexuelles entre les personnages sont ambiguës : au début du film, Vivian explique à son nouveau client, Edward, qu’elle n’embrasse pas sur la bouche. Règle que bien entendu, Edward tente de transgresser à la première occasion (cf. la scène du piano) en tentant d’embrasser Vivian, ce qu’elle refuse. Lors de la séquence, ils sont donc a priori encore dans un rapport professionnel, pourtant le film traite visuellement les rapports sexuels tarifés comme de véritables scènes d’amour. Vivian semble même prendre du plaisir à s’offrir à Edward, on retrouve ici subrepticement instillé le cliché qui veut que les prostituées prennent systématiquement du plaisir lorsque le client est « doué ».

Étrangement, l’esthétique de la scène est exactement la même que pour les scènes d’amour, alors que le film met très clairement en scène « un turning point » lorsque Vivian embrasse Edward et lui avoue son amour, leur relation passe alors du « professionnel ambigu » au personnel.

Même lorsqu’elle bascule dans le personnel, la relation entre Edward et Vivian n’est jamais entièrement déconnectée de la prostitution, Vivian restant toujours dépendante d’Edward au niveau financier et Edward jouant de son argent pour couvrir Vivian de cadeaux et l’impressionner…Il y a aussi la célèbre réplique à la fin qui va totalement dans ce sens, quand le majordome dit à Edward qui rend le collier : « Ce doit être difficile de se séparer de quelque chose d’aussi beau ». Vivian est ainsi clairement comparée à un objet, certes un objet précieux mais un objet tout de même, qu’Edward possède.

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La prostitution… un métier fabuleux, quelle joie d’être soumise à un homme.

L’idée est bien évidemment problématique car elle dénie aux femmes le droit et la possibilité de prendre du pouvoir sur leur propre sexualité.  Ce genre de représentations ultra-répandues au cinéma, qui montrent les femmes prendre automatiquement plaisir dans des relations sexuelles entièrement contrôlées par des hommes est problématique car elle entraîne l’idée qu’une femme ne peut prendre du plaisir que dans une relation sexuelle entièrement contrôlée par un homme et par conséquent empêche les femmes de chercher à devenir les maîtresses de leur plaisir et de leur sexualité ». Cette idée est malheureusement de plus en plus développée dans les médias. On peut notamment penser à l’héroïne de 50 shades of Grey qui attend l’homme qui la révèle à sa propre sensualité et sexualité.

La sexualité est donc entièrement contrôlée par les hommes et très souvent phallocentrée (Vivian fait au début une fellation à Edward, puis lorsqu’ils « font l’amour » c’est avec l’inévitable pénétration). Cette représentation phallocentré du sexe est très présente dans les médias (par exemple les suppléments sexes des magazines féminins ne proposent que des positions de pénétration).

Pour aller plus loin sur la question de l’inévitable pénétration :

http://www.crepegeorgette.com/2013/08/07/lheterocentrisme-ou-lobligation-du-rapport-penetratif/comment-page-1/

http://www.crepegeorgette.com/2013/06/17/la-sexualite-heterosexuelle-dans-le-patriarcat-est-elle-necessairement-sexiste/

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/185268-positions-sexuelles-stop-a-la-toute-puissance-de-la-penetration.html

 

Comparaison avec Maid in Manhattan, une autre histoire de Cendrillon

 

Maid in Manhattan (Coup de foudre à Manhattan) est lui aussi une histoire de Cendrillon, avec deux personnes diamétralement opposées dans le système social qui tombent amoureuses l’une de l’autre.

Marisa Ventura est femme de chambre dans un luxueux hôtel new-yorkais. Un jour, poussée par sa collègue et amie, elle essaye pour s’amuser la tenue luxueuse d’une cliente de l’hôtel et croise par hasard Chris Marshall, candidat au sénat. Après une journée passée ensemble, celui-ci est persuadé que Marisa fait partie de la haute société new-yorkaise et cherche à la revoir tandis qu’elle doit absolument l’éviter si elle ne veut pas perdre son travail.

Maid in Manhattan reprend exactement le même type de scénario que Pretty Woman, ou une femme dans une position peu enviable tombe amoureuse d’un homme puissant.

Paradoxalement, Maid in Manhattan se rapproche plus du conte original (on retrouve le Bal, le malentendu, la quête de l’inconnue, les méchantes sœurs, la bonne fée, etc…) mais est beaucoup moins nauséabond politiquement.

Pour commencer, Marisa est beaucoup moins désespérée que Vivian. En effet si son travail n’est pas épanouissant, celle-ci à l’ambition de devenir manager dans l’hôtel ou elle travaille. Cette ambition sera conservée tout au long du film et même atteinte dans l’épilogue.

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Ce n’est pas parce que tu as rencontré le prince charmant, que tu dois renoncer à tes ambitions…

Alors qu’on voit clairement le personnage de Vivian se transformer pour correspondre aux attentes d’Edward. Marisa reste entière tout au long du film, n’hésitant pas à défendre ses valeurs et à donner des opinions bien tranchées.

De plus la relation entre Chris et Marisa n’est pas principalement monétaire, si Marisa se retrouve à porter de luxueux vêtements à deux reprises dans le film, ceux-ci sont « empruntés » à une cliente de l’hôtel et non pas fournis par son « prince charmant ». De même les activités qu’ils font ensemble (promener le chien, aller au zoo) ne sont pas des activités « de luxe », on peut donc voir que Marisa apprécie Chris pour sa compagnie et non pas pour les avantages qu’il lui apporte.

Si Maid in Manhattan est beaucoup moins sexiste que Pretty Woman, le film n’évite pas certains poncifs, notamment avec le personnage de Caroline Lane. Elle est, avec son amie Rachel, l’équivalent des deux méchantes sœurs de Cendrillon dans le conte.

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Les deux méchantes « sœurs » au meilleur de leur forme…

Caroline est une riche mondaine sortant d’une rupture qui s’est mis en tête de séduire Chris Marshall, son personnage est la caricature typique de l’hystérique, à la fois dans sa gestion de la rupture et dans ses tentatives pour séduire Chris Marshall. Car au cinéma une femme prenant l’initiative de séduire un homme est le plus souvent soit une femme fatale, soit une hystérique désespérée. De plus, Caroline devient la méchante de l’histoire car c’est elle qui dénonce Marisa par pure rivalité féminine.

Le film est également problématique car si Chris ne « sauve » pas Marisa, il remplit cependant un manque dans sa vie, en devenant un père de substitution pour son fils, on retrouve ainsi la fameuse famille « normale » si chère aux médias…

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La famille parfaite…

Bien qu’il reste beaucoup plus fidèle au conte original (c’est d’ailleurs cette fidélité qui lui confère des éléments sexistes comme les deux méchantes sœurs), Maid in Manhattan reste néanmoins beaucoup moins sexiste que Pretty Woman, principalement grâce à un personnage féminin fort et intransigeant et à une relation beaucoup moins basée sur l’argent. Le film valorise également l’empowerment des femmes au travers de leur carrière professionnelle. Il est donc possible d’adapter un conte de fée d’une façon qui ne soit pas atrocement sexiste.

La damoiselle en détresse, ennemie de l’indépendance des femmes

L’histoire de type Cendrillon n’est au fond pas autre chose qu’une dérive du schéma de la damoiselle en détresse, qui est l’un des schémas que l’on retrouve excessivement souvent dans les œuvres de fiction et qui s’adresse aux hommes comme aux femmes. On retrouve ce schéma dans quasiment toutes les cultures patriarcales et à quasiment toutes les époques. On peut considérer qu’il s’agit que l’un des éléments fondateurs de notre société patriarcale.

http://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Main/DamselInDistress?from=Main.DistressedDamsel

Le trope de la damoiselle en détresse enseigne aux femmes que plutôt de se sortir d’une situation elles-mêmes, il faut attendre l’aide d’un homme. Plutôt que de prendre leur vie en main, les femmes sont donc maintenues dans la dépendance des hommes.

Que ce soit sous forme de conte de fée, de film ou de livre, les histoires de Cendrillon, et par extension de damoiselle en détresse, sont problématiques car elles façonnent nos fantasmes, nos désirs, nos attentes et nos relations avec l’autre sexe. Ces tropes ont un double effet pervers : maintenir les femmes dans la passivité et imposer des normes quasi-inaccessibles aux hommes.

En effet ceux-ci doivent absolument faire preuve de puissance, de richesse et de pouvoir afin d’être désirables. Les hommes subissent également la pression patriarcale, et plus encore ceux qui ne correspondent pas aux clichés traditionnels de la virilité : les homosexuels (même s’ils ont des comportements « virils », la société les considère souvent comme des « peu masculins »), les hommes voulant exercer un métier traditionnellement réservés aux femmes, les hommes dit « sensibles ». Les hommes souffrant de la pression patriarcale ont d’ailleurs tout intérêt à déconstruire le genre comme les féministes le font plutôt que de rejoindre les rangs des masculinistes…

Les femmes sont tout de même les premières victimes des injonctions patriarcales venant des tropes de damoiselle en détresse et des contes de fée qui non seulement les privent de toute forme de pouvoir, mais leur font en plus croire que cette absence de pouvoir et cette soumission à l’homme sont la clé d’un réel bonheur qui répond aux « aspirations naturelles » de « lafâme »[5].

Julie Gasnier

Sur Pretty Woman, voir aussi sur ce site l’article de Paul Rigouste : Sleeping with the Enemy (1991) : le cauchemar de Pretty Woman

[1] Un lien qui analyse cette nouvelle standardisation des fantasmes : http://fsimpere.over-blog.com/article-est-ce-ainsi-que-les-femmes-revent-120620101.html

[2] L’aphrodisme est le système de domination consistant à valoriser dans une société donnée les individus correspondant aux normes de beauté physique de cette société, tout en dévalorisant ceux/celles qui n’y correspondent pas. L’aphrodisme est analogue à d’autres systèmes de domination comme le sexisme ou le racisme en tant que, comme eux, il construit socialement une inégalité à partir d’une différence physique qu’il a arbitrairement posée comme significative, voire essentielle. Cf : L’article de Paul Rigouste : http://www.lecinemaestpolitique.fr/en-finir-avec-laphrodisme-au-cinema/

[5] Oui, lafâme, vous savez, cet éternel féminin qu’on trouve beaucoup dans les médias et si peu dans la réalité…

Autres articles en lien :

26 réponses à Pretty Woman et le complexe de Cendrillon

  1. Merci Julie pour cette analyse.

    J’ai deux réactions après cette lecture.

    1- Pourquoi ce film a-t-il fait un tel succès lors de sa sortie au cinéma ?
    Pourquoi reste t il culte à ce jour ?
    Il serait intéressant, au delà de l’analyse du film, de comprendre les raisons du succès. Comment un film avec autant de débilité puisse etre accepter par le public…
    C’est peut être de la sociologie… Je ne sais pas…

    2- Je penses à James Cameron.
    Les héroïnes de ce réalisateur sont tout l’inverse de Vivian.
    Je pense notamment au Lieutenant Ellen Ripley ou Sarah Connor qui toutes deux évoluent dans des mondes très masculins.
    Une petite analyse de ce type de film serait un bon contre exemple à Pretty Woman…

    • Pour la petite histoire, Richard Gere a déclaré depuis que de tous les films dans lesquels il a tourné, « Pretty Woman » est celui qu’il apprécie le moins. Il le trouve stupide.
      http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Richard-Gere-deteste-Pretty-Woman-3289694

      C’est vrai que c’est troublant, cette façon de glorifier le complexe de Cendrillon… Bravo, Julie.

      • Merci 🙂

        Je pense qu’il faut s’interroger sur le succès des contes de fées donc les vieux Disney, Twilight, 50 shades of grey et les succès de Mommy Porn, Pretty woman ne sont que des variations…

        Les contes de fée sont très conservateurs (comme les mag féminins…) ils rassurent les gens, chacun sa place chacun son rôle… ça évite de se poser des questions et épargne l’effort de déconstruire.

    • Même si Cameron a réalisé Aliens (le deuxième opus de la saga, donc), le premier film nous vient de Ridley Scott. Il est intéressant de noter que, dans le script original, Ripley était un homme, et c’est d’ailleurs le cas de nombreux « strong female characters » du cinéma hollywoodiens. Je n’ai pas d’autres exemples en tête, mais j’étais déjà tombé sur une liste mettant ce fait en avant, il est assez curieux de noter que malgré l’existence de personnages dont ils pourraient s’inspirer les scénaristes ont plus de facilités à créer et développer un personnage féminin intéressant en modifiant un script où il s’agissait originellement d’un homme qu’en travaillant dès le départ sur une femme.

      • Tres interessant Skratsch, je ne savais pas.
        Sujet à approfondir 😉

      • Ça me semble particulièrement logique dans la mesure où, dans notre culture, et, pour nous francophones, jusque dans notre langue (où le genre grammatical « masculin » occupe aussi les fonctions occupées par le « neutre » dans les langues qui en ont), le masculin est à la fois une caractérisation et une non-caractérisation. L’Homme (avec un grand H) est, par défaut, le plus souvent représenté par UN homme, tout simplement parce qu’il n’existe pas vraiment dans notre sémantique de représentation d’un humain neutre (sinon comme un homme glabre à l’entrejambe non-détaillé, cf. la statuaire) ; au contraire, le féminin est toujours pensé comme une caractéristique (en terme de silhouette par exemple, c’est de la silhouette féminine qu’on dit qu’elle « a des formes »).
        Quand un auteur donc commence à créer une nouvelle oeuvre, il peut partir d’un personnage pleinement caractérisé (s’il pense à quelqu’un de son entourage par exemple), mais dans le cas contraire, par défaut, il aura tendance à écrire « il », pour « le héros » – sans que cela veuille forcément dire qu’il pense à un héros expressément masculin, avec tous les attributs « virils » que ça implique généralement (ou, au contraire, avec la critique de cette conception de la virilité).

        À mon sens le problème réside donc plus dans cet amalgame entre le masculin et le neutre / l’universel, que dans une réelle volonté de vouloir mettre du masculin partout au nom du patriarcat (qui est déjà suffisamment fort pour ne pas avoir besoin de tels procédés). Même si dans les conséquences, ça importe peu, le résultat est le même : les femmes sont bien moins visibles sur nos écrans, les hommes occupant autant les rôles « virils » que les rôles « neutres », alors que les femmes sont le plus souvent réduites aux « love interests »…

  2. Que penses tu de ce court métrage dans lequel la prostitution est présentée réellement comme un métier comme les autres :
    http://www.atlantico.fr/pepitesvideo/avez-deja-pense-aux-metiers-sexe-880213.html

    • Alors, l’image est moche, les acteurs sont mauvais, les dialogues sont pas crédibles…

      Politiquement ?

      je vous renvoie à l’article de Mélange Instable qui est une prostituée qui est à mon avis l’auteure la plus juste sur la prostitution qu’elle décrit comme éprouvante, douloureuse mais également comme un choix et comme un moyen de survie :

      http://melange-instable.blogspot.fr/2013/10/prostitution-ces-campagnes.html

      Ses autres textes sont également passionnants si la question de la prostitution vous intéresse.

      • je viens de lire le texte.
        Je voulais réagir sur le blog mais apparemment ça ne fonctionne pas… Il faut être enregistré ou chez pas quoi… Bref, très intéressant.

        Bon, faut dire qu’en voyant la vidéo, j’ai eu la réaction de base : mal à l’aise, dégoût…

        Mais c’est intéressant de lire un point de vue qui va dans le sens contraire.
        Je suis entièrement d’accord avec elle au sujet des abribus…
        Mais bon, le jour où les abribus afficheront des messages intéressants ou digne d’intérêt… tu m’appelles.

        Et sinon, c’est quoi LGBT-phobe ?

        • C’est la compilation de Homophobe (rejet de l’homosexualité), Biphobe (rejet de la bisexualité) et transphobe (rejet de la transexualité).

          bref tout ce sors du schéma hétéro…

          LGBT= Lesbienne Gay Bi Trans

  3. Article intéressant, merci d’avoir pointé du doigt à quel point ce film peut contenir des messages nauséabonds et être bien plus qu’une comédie romantique nunuche mais inoffensive.

    Je m’interrogeais cependant sur la partie sur les scènes d’essayage où Julia Roberts apparaît décapitée et réduite à des parties du corps. Je ne cherche pas à nier l’existence du male gaze, qui est un problème bien réel et omniprésent dans les médias, mais le film ciblant théoriquement un public féminin je me demandais si ces scènes n’avaient pas également pour but de « vendre » une image de la femme à ce même public afin qu’il s’y conforme. En effet, le fait de cacher le visage de l’actrice peut encourager les spectatrices à vouloir s’identifier à elle et envier sa place, un peu comme dans les pubs ultravirilistes de Malboro. Bien entendu toutes les femmes n’ont pas la carrure de Julia Roberts (heureusement d’ailleurs), mais le visage reste le meilleur moyen d’identifier une personne et le cacher peut donner l’illusion que n’importe qui pourrait être à sa place, surtout dans la logique aphrodiste d’Hollywood.
    Cette idée est d’autant plus malsaine du fait que la personne à qui le public féminin est censé s’identifier est une prostituée, mais je pense que ma théorie est assez plausible si on la met en relation avec le complexe de Cendrillon.

    • Je n’avais pas vu cette interprétation de la scène, elle me parait très juste…

      Effectivement, le fait de couper le visage de Julia permet à la spectatrice de s’identifier, on joue effectivement sur le fantasme « shopping » des filles.

      on retrouve l’exploitation du « fantasme shopping » dans « Sex and the city » (qui est pourtant BEAUCOUP moins rétrograde), le deuxième film m’avait tout particulièrement choqué pour ça…

    • Juste une remarque en plus : Julia Roberts a été doublée pour les scènes dans lesquelles on ne voit que son corps, par Andréa Parker…

  4. Je suis d’accord avec tout ton article Julie Garnier! Très bon article, comme la plupart sur ce site d’ailleurs! Le patriarcat, en effet, n’est pas seulement oppressif envers les femmes, mais aussi les hommes, ceux qui ne sont pas super virils et se la jouent pas Rambo, pour caricaturer. Etant un jeune homme, je trouve ça super chiant. D’autant plus que là ou la société dit aux femmes que pour féminine faut « être belle, jeune et gentille », aux hommes pour être masculin on dit « soyez entreprenant, actif, conquérant, puissant, intelligent, surtout pas sensible, autonome financièrement, soyez leader dans votre couple avec votre femme » etc…

    • C’est pour ça que je préfère le terme de viriarcat à celui de patriarcat. Pour réussir dans cette société, être viril marche mieux que d’être un père.

      • C’est pas faux… Mais quand on voit le ton paternaliste de certains, on comprend bien pourquoi « patriarcat »…

        Plus sérieusement, le terme patriarcat renvoie à l’idée du père comme chef de famille, le chef comme père de la nation… donc le terme à sa justification même si elle est moins valide dans nos sociétés modernes comme vous le faites remarquer…

        • Je comprends bien, mais le terme me dérange toujours un peu. Je sais que ce n’est pas le but, mais il me donne toujours l’impression que ce qui est remis en cause c’est la notion même de père ayant un rôle dans la famille, et pas seulement le fait qu’il soit le dominant. Après je sais qu’il y a sans doute une part de psychologie personnelle dans tout ça, mon père n’a jamais été le père idéal et j’ai l’impression que le terme de « patriarcat » implique que fatalement tous les hommes sont de mauvais pères. Je sais que c’est un peu idiot, mais je me dis aussi que si je le ressens de cette façon d’autres personnes peuvent interpréter ce terme de la même manière à un niveau subconscient et donc réagir négativement pour une simple question de formulation.
          Par ailleurs, je trouve que le terme viriarcat rend mieux compte du fait que les rapports de domination qu’ils impliquent ne sont pas uniquement déterminés par l’âge et le sexe biologique, mais aussi par le degré d’adhésion et d’expression d’une appartenance à un système de valeur genré. C’est une formulation excessivement longue mais j’avais du mal à exprimer ça de manière plus succincte.

    • @ Vagaboon

      Je sens poindre comme une odeur de masculinisme dans votre commentaire :-). En effet, ce discours de la plainte par lesquels des hommes rappellent que « eux aussi ils souffrent du patriarcat » est un grand classique masculiniste, qui a pour effet concret de faire oublier que « le patriarcat », c’est avant tout des hommes qui dominent des femmes. De plus, qu’ils soient des « Rambo » ou des geeks introvertis, TOUS les hommes tirent quotidiennement des bénéfices du fait qu’ils sont des hommes, qu’ils le veuillent ou non. Pour ces raisons, mettre en avant les souffrances des hommes sous le patriarcat comme vous le faites est souvent un bon moyen pour les hommes de ne pas s’interroger sur leur place de dominant et les privilèges qu’ils en retirent, et sur l’oppression subie par les femmes (qui n’a absolument aucune commune mesure avec « celle des hommes »). Du moins c’est mon avis. Je vais un peu vite là par manque de temps, mais est-ce que vous voyez à peu près ce que je veux dire ? Est-ce que vous comprenez les dangers d’un tel discours ?

      PS : Si cela vous intéresse, il y a ici des brochures qui analyse le masculinisme : http://lagitation.free.fr/spip.php?rubrique37. J’ai aussi lu un bouquin pas mal sur le sujet : Boys don’t cry, Les coûts de la domination masculine. Il y a à mon avis du bon et du moins bon dans ce livre. Certaines contributions me semblent en effet verser justement dans le masculinisme, mais il y en a d’autres qui sont passionnantes sur le sujet, comme celles de Francis Dupuis-Déri et celle de Michael Messner, que je trouve très bien (l’intro du bouquin est bien aussi si je me souviens bien).

      @ Skratsch

      C’est marrant, mais il y a toujours des mecs pour critiquer le vocabulaire des féministes. Je me demande si ça peut être le signe de quelque chose… 😉

      • Ce n’est pas moi qui ai inventé le terme de viriarcat, je l’ai trouvé par-ci par-là utilisé par L’elfe sur son blog « Les questions composent », qui parle de féminisme, de veganisme, de droits de l’enfant, de biologie et de fruits. Je ne suis pas sûr de l’utiliser dans son sens premier, mais je suis à peu près certain qu’il n’a pas été inventé par des masculinistes qui cherchaient à se faire plaindre.
        Après je ne pense pas avoir le recul intellectuel nécessaire pour véritablement faire une critique du vocabulaire féministe, qui a une longue histoire assez complexe pour le peu que j’ai pu en voir, c’est surtout une question de ressenti personnel et ça a plus à voir avec l’émotion que la raison. Après si vraiment mes choix de vocabulaires vous paraissent choquants pour une raison autre que sa non-conformité au vocabulaire féministe historiquement établi et consensuel, je veux bien vous écouter et peut-être ne plus y avoir recours, mais du moment que je ne fais qu’exposer mon ressenti sans demander à quiconque de le partager et d’y adhérer, j’ai du mal à comprendre le problème.

        • @ Skratch

          Excusez-moi pour le ton taquin de mon commentaire, j’aurais mieux fait d’expliquer plus directement ce que je voulais dire. Après je n’ai pas non plus une idée tranchée sur le sujet, mais ça me titillait juste un petit peu.

          Déjà, je me méfie un peu des gens (et surtout des mecs) qui remettent en question le vocabulaire des féministes. Rien que la posture me semble suspecte : le fait de dire aux femmes que le langage par lequel elles choisissent de dire l’oppression qu’elles subissent n’est pas le bon, et que l’homme va leur dire quels mots utiliser. Je ne dis pas du tout que c’est l’esprit de votre message, mais je pousse la logique à l’extrême pour essayer de mettre en évidence la signification possible d’une telle posture.

          L’exemple qui me vient à l’esprit lorsque je dis un truc comme ça est l’incontournable « moi je n’aime pas le mot « féminisme » parce qu’il témoigne d’une volonté de domination d’un sexe sur un autre alors que moi je suis pour l’égalité » (que j’ai d’ailleurs encore entendu dans la bouche d’un mec pas plus tard que la semaine dernière, et comme par hasard, le mec en question s’adressait à des femmes qui se disaient féministes, pour leur expliquer évidemment qu’elles avaient tort de penser ce qu’elles pensent). Une des fonctions de cet « argument » me semble être de diaboliser le féminisme en le ramenant à une volonté de domination des femmes sur les hommes. Une fonction anti-féministe donc.

          Du coup je m’interroge par rapport à votre intervention sur le terme de « viriarcat » (je ne condamne pas du tout le mot en soi, mais je cherche juste à réfléchir aux raisons de votre préférence pour ce terme, et surtout aux effets de ce choix ici et maintenant). Vous l’introduisez en disant être d’accord avec ce qu’a dit Vagaboon juste au-dessus dans son commentaire, qui me semble lorgner un peu dangereusement vers le masculinisme (comme j’ai essayé de l’expliquer juste au-dessus). Du coup je me dis qu’il y a peut-être un peu la même logique, à savoir de dire : oui les vrais dominants ce sont les hommes virils, pas moi. En insistant sur la « virilité », le terme « viriarcat » peut peut-être permettre à certains hommes de se dédouaner de toute participation à la domination masculine, en se posant même comme des victimes de celle-ci aux côtés des femmes (« nous aussi nous souffrons des injonctions à être des Rambo »). Encore une fois, je ne dis pas que c’est votre intention, mais je me dis juste que dans le cadre de cette discussion, ça peut être un effet de ce discours. Est-ce que vous voyez ce que je veux dire ?

          Et encore une fois, je n’ai rien contre le mot « viriarcat » en soi, je m’interroge juste sur le sens qu’il y a dans un certain contexte et dans le cadre d’une certaine discussion, à dire qu’on le préfère au terme « patriarcat ».

          • J’ai déjà expliqué mes raisons plus haut, mes elles sont en partie affective ce qui peut-être rend mon raisonnement biaisé.
            Après, le fait qu’il y ait des hommes qui ne trouvent pas leur place dans cette société parce qu’ils ne répondent pas à l’injonction générale à être viril, ça me semble être indéniable. Il n’y a qu’à voir, pour prendre un exemple extrême, comment sont traités les trans. Je ne dis pas que la souffrance et le sentiment d’exclusion d’un homme blanc cis hétéro qui ne correspond pas à l’idéal viriliste est comparable à celle des femmes, qui doivent vivre dans une culture du viol (qui est avant tout une culture du viol des femmes, je pense que là-dessus nous serons bien d’accord), ou à celle des homos et trans, qui se voient régulièrement remis en question jusqu’à la légitimité de leur existence en temps que personnes. Simplement, ça ne me semble pas masculiniste de dire que ce rapport de domination est présent, et que dans une société féministe et, par conséquent, égalitaire, il n’aurait pas lieu d’être.
            Je ne prétendrais jamais que je me suis totalement débarrassé de tous les préjugés et idées préconçues sur les questions de sexe, de genre, d’orientation sexuelle, d’origine ethnique ou de convictions religieuses que j’ai assimilé et que je pourrais reproduire de manière inconsciente, ni que ce que je vis est comparable à ce que vivent d’autres personnes bien plus victimes que moi de cette société. Ceci-dit reconnaître que mon manque de virilité est socialement dévalorisé et m’assumer comme tel plutôt que de chercher à me conformer à un idéal qui n’est pas le mien, ça ne me semble pas être masculiniste. D’autant plus que, à ce qu’il me semble, une société féministe et non essentialiste aurait notamment pour conséquence de résoudre mon problème par effet de ricochet.
            Par ailleurs, je ne remets pas en cause le terme même de féminisme. Il y a eu une époque où il me posait effectivement problème, mais j’ai trouvé un article sur le blog Genre! qui expliquait ses origines et sa dénotation, et je ne peux depuis qu’y adhérer. Quand bien même un autre terme devrait lui être substitué, ce changement ne devrait pas être initié par des hommes.

          • On est d’accord. Je cherchais juste la petite bête… Non pas juste pour vous embêter vous en particulier, mais aussi pour réfléchir moi à ce genre de questions, sur lesquelles je n’ai pas d’idée arrêtée, mais auxquelles j’essaie de réfléchir en tant que mec, pour éviter au maximum de reproduire des comportements ou discours masculinistes ou antiféministes. A bientôt.

          • Y a pas de mal, je pense que c’est le genre de réflexions qui demandent sans cesse à être réactualisées je pense.
            A bientôt à vous aussi.

  5. @Paul Rigouste

    Merci pour votre message. C’est pas la première qu’on me dit que j’ai des propos masculinistes, la première fois j’ai pris ça à la rigolade, j’ai pensé que c’était un hasard ou une méprise, mais là, je prend conscience que c’est du sérieux. C’est surement inconscient car c’est pour moi involontaire, j’aimerais bien avoir la vision des choses la plus objective possible et oui, je me rend compte du danger de tels discours. Je vais donc voir les liens que vous m’avez proposé.

  6. Sinon je suis aussi d’accord avec les posts de dessus. Pour ce qui est de la référence à Rambo, c’était pour caricaturer hé hé. =)

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