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50 shades of s*** : la violence conjugale monochrome

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NB : Cet article ne traitera que du film 50 shades of Grey, et pas du livre dont il est tiré.
NB 2 : Comme d’habitude, je ne traite que les aspects politiques de l’œuvre et en aucun cas sa qualité cinématographique.

Je n’avais pas lu le roman 50 shades of Grey avant d’aller voir le film. Cependant, j’avais lu pas mal d’articles sur le sujet et notamment le live-blog de Cécile Dehesdin pour Slate : http://www.slate.fr/dossier/41531/fifty-shades-le-live-blog, qui fait non-seulement un très bon résumé détaillé du livre mais en propose également une analyse intéressante. Contrairement à des blogueuses comme Rosie Waterland [1] ou Sarah de Barbieturix [2], je ne m’attendais pas à rire devant le film. Au contraire, j’ai été surprise de voir que le film était beaucoup moins atroce que ce à quoi je m’attendais vu ce que je savais du livre. Comme Twilight, le livre et le film ont beaucoup été critiqués pour leur “nullité” et leur “niaiserie” [3]. Cependant, lors de la sortie de Twilight, peu d’associations et de journalistes se sont émus de la glorification de la violence conjugale qui était faite dans l’œuvre, tandis que lors de la sortie de 50 shades of Grey, plusieurs associations de femmes battues ont appelé au boycott du film [4]. De plus, de nombreux pratiquants du BDSM ont contesté l’image donnée dans le film de cette pratique. Malheureusement, toutes ces protestations n’ont pas empêché le film de faire un démarrage record en salle [5].

Une histoire de Twilight… et de Cendrillon

A la base, 50 shades of Grey est une fanfiction inspirée de Twilight. Sans vampires qui brillent au soleil. Ou loups-garous. Ou interdiction de faire du sexe avant le mariage. En fait 50 shades of Grey n’a rien gardé de Twilight, sauf…

Sauf une relation entre une jeune fille dénuée de toute personnalité et de toute ambition et un jeune homme riche, beau, talentueux et… complètement abusif [6].

Twilight n’était d’ailleurs pas si original que ça puisqu’il reprenait l’histoire de Cendrillon en y ajoutant un nouvel élément : ici, le preux chevalier ne vient pas sauver sa damoiselle de la misère financière (bien qu’il soit très riche, parce que, hein, quand même), il vient sauver sa damoiselle de l’ennui d’une vie morne et banale (et accessoirement d’une horde de gens qui lui veulent du mal sans qu’on sache vraiment pourquoi…).

Bella et Anastasia, n’ont strictement aucune personnalité, aucune passion, aucun hobby (à part “la lecture”), aucun talent, aucune ambition dans la vie… et pourtant leurs princes charmants savent voir à quel point elles sont “spéciales” (et ils sont bien les seuls…) [7]. Anastasia et Christian sont supposés tomber amoureux sauf qu’à aucun moment dans le film on ne les voit parler d’autre chose que de sexe. Jamais ils n’échangent sur leurs vies personnelles ou leur passions, et la seule fois où ils parlent de littérature (ce qu’est censée étudier Ana) c’est pour servir de prétexte à un onéreux cadeau que Christian offre à Anastasia… [8] Maintenant que les femmes ont compris qu’elles peuvent être indépendantes financièrement et s’en sortir seules dans la vie, il est important de leur rappeler à quel point leur vie leur n’a aucun sens sans un homme pour les aimer et donner de l’intérêt à leur morne vie.

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De l’ambition professionnelle ? Et puis quoi encore ?

On retrouve ainsi dans le film ce que j’aime à appeler le cliché “Ce rêve bleu”, où l’homme montre à la femme les merveilles de la vie, parce qu’elle n’est pas foutue de les découvrir elle-même.

Dans Pretty Woman, Edward emmène Vivian à l’opéra, dans Twilight, Edward prend Bella sur son dos et l’emmène en forêt, dans 50 shades of Grey, Christian envoie Ana au septième ciel, d’abord en hélicoptère, ensuite en planeur.

Dans l’effet “ce rêve bleu”, il y a non-seulement un aspect sexiste mais également un aspect classiste (pour émerveiller chérie, mieux vaut faire chauffer sa carte bleue, le planeur c’est pas à la portée de toute les bourses…)

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“Cette carte bleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeue, je n’y crois pas c’est merveilleux…” (air connu)

En plus de révéler à Ana les merveilles du monde, Christian va également révéler à Ana les merveilles du sexe… Quand Christian apprend qu’Ana est vierge, il “corrige la situation” (selon ses propres termes), en l’emmenant au lit et en lui montrant le plaisir. Plaisir qui est forcément phallo-centré : toutes les relations sexuelles qui sont montrées dans le film sont des relations de pénétration vaginale, bonjour la diversité du plaisir sexuel…

On retrouve encore et toujours, l’image de l’homme qui sait exactement ce que désire la femme. La femme n’est plus passive pour ne pas déplaire à l’homme, elle est passive parce que l’homme sait mieux qu’elle ce dont elle a envie… (mais l’important, c’est qu’elle soit passive comme il se doit…). Et ce dont elle a envie, c’est de rapports sexuels normés où elle est pénétrée, histoire de satisfaire son homme (et la seule chose qui peut combler un homme, c’est bien connu, c’est la pénétration…).

Alors que les livres et les films érotiques destinés aux femmes sont supposés les aider à explorer leurs propres sexualités et désirs, le schéma proposé est celui de l’homme tout puissant qui va tout leur apprendre… Les femmes ne sont pas invitées à faire preuve d’empowerment et d’initiative (en couple et toutes seules) afin de découvrir ce qu’elles désirent, ce qu’elles aiment, ce qui les excitent… mais simplement à attendre l’homme qui va tout leur donner (et ce dans un cadre parfaitement hétéronormé) [9].

50 shades of Grey exploite le “complexe de Cendrillon” que j’avais déjà défini dans mon article sur Pretty Woman :

En psychologie, le « complexe de Cendrillon » désigne un désir inconscient éprouvé par les femmes d’être prises en charge, le plus souvent par leur partenaire masculin. Cette théorie est développée pour la première fois par Colette Dawling dans son livre intitulé Le Complexe de Cendrillon. Le « complexe de Cendrillon » est problématique car il est le résultat direct d’une société patriarcale qui pousse les femmes à se mettre en position d’attente, telle Cendrillon attendant son prince Charmant, plutôt que d’être indépendantes et de prendre le contrôle de leur vie.

Le « complexe de Cendrillon » trouve principalement son origine dans l’éducation « différenciée » que reçoivent les filles et les garçons. En effet, les garçons sont éduqués pour l’action et les filles pour l’attente. De plus, les femmes sont éduquées pour être dépendantes des hommes, tant dans les modèles de fiction (les damoiselles en détresse sauvées par les héros virils et puissants) que dans les injonctions quotidiennes des médias (sois belle pour trouver un homme, ne te promène pas toute seule la nuit, tes enfants avant ta carrière). Le fait de créer ainsi de toute pièce une dépendance des femmes envers les hommes est l’une des bases du système patriarcal qui maintient la domination masculine sur les femmes.

Ce complexe est entretenu tout au long de la vie par les médias comme la télévision, les magazines féminins, le cinéma et la littérature, et notamment par des œuvres créées par des femmes pour des femmes telles que Twilight (que j’ai déjà analysé ailleurs sur le site) ou le roman érotique qui s’en est directement inspiré, 50 Shades of Grey. Dans ces deux ouvrages (et films pour Twilight), l’homme prend le contrôle sur sa partenaire féminine (qui adore ça). Il est effrayant de constater que l’on peut qualifier Edward Cullen et Christian Grey de « harceleurs », et pis encore que leur comportement est plébiscité non seulement par leurs héroïnes mais surtout par des milliers de femmes à travers le monde. Les histoires de Cendrillon où les femmes sont passives et les hommes actifs nous sont vendus comme des fantasmes apportant le bonheur à l’une comme à l’autre des deux parties. Le fait que ces ouvrages soient écrits par des femmes et plébiscités par des femmes montre à quel point les normes hétérosexistes et patriarcales ont été bien intégrées par les femmes elles-mêmes à force d’être martelées à longueur de temps.

L’obsession du contrôle

L’autre caractéristique du Prince charmant version années 2000 c’est son obsession à vouloir contrôl… pardon à vouloir protéger sa princesse. Contrairement à Bella, qui avait un certain don pour se mettre dans des situations impossibles, Anastasia n’est pas ou peu en danger. Dans une séquence absolument magique, Anastasia appelle Christian alors qu’elle est ivre en boîte en déclarant qu’elle va lui rendre l’édition originale de Tess d’Uberville qu’il lui a offerte (oui, on ne fait pas toujours des trucs intelligents quand on est bourré…). Alors qu’elle lui a expressément demandé au téléphone de la laisser tranquille, celui-ci ne trouve rien de mieux que d’arriver en courant, de dégager le jeune homme qui lui faisait des avances un peu trop appuyées (le consentement c’est important pour Christian, mais juste quand il est pas impliqué) et de la ramener à l’hôtel pour la coucher dans son propre lit.

GMoM4Touche pas à mes affaires !

Certes, Christian aurait pu la laisser avec sa meilleure amie et colocataire qui aurait pu prendre soin d’elle, mais ça aurait été trop facile. Le lendemain, Christian ne manque pas de faire la morale à Ana en lui expliquant que boire de l’alcool, c’est pas bien…

593249_w1000Oui, je me suis permis de te déshabiller sans ton consentement, mais c’était pour ton bien, hein…

Il y a ici une totale infantilisation des femmes, un discours doublement nauséabond qui d’un côté répète aux femmes qu’elles sont “en danger” afin de réduire leur liberté de mouvement, et de l’autre tend à insister sur le fait que les femmes ont besoin d’hommes pour les protéger… Le contrôle effectué par Christian est par là justifié puisque sa dulcinée est “en danger”. Un discours parfaitement mensonger puisque la majorité des femmes sont plus en danger dans leur propre foyer qu’à l’extérieur.

Là où le discours de 50 shades of Grey se démarque de celui de Twilight, c’est que l’obsession du contrôle de Christian est présentée assez vite comme « pathologique », alors qu’à aucun moment de la saga Twilight, le comportement d’Edward n’est remis en question.

HsauQJe contrôle tout, surtout mon style vestimentaire…

Il apparaît assez rapidement que Christian veut TOUT contrôler dans la vie d’Ana, il va jusqu’à la surveiller pour vérifier qu’elle fait bien ce qu’il lui demande, ce que le film fait apparaître, à juste titre, comme problématique.

Problématique mais sexy. En effet, Ana se rend assez vite compte qu’il y a un problème et que quelque chose ne tourne pas bien rond, son premier réflexe est de rendre le livre qu’il lui offre, de refuser de signer son contrat, refuser d’accepter la voiture… Mais elle ne peut s’empêcher de céder et finit par tomber dans une relation complètement abusive où Christian harcèle Ana : il se pointe à l’endroit où elle travaille, lui offre des cadeaux hors de prix, s’introduit chez elle et finit par contrôler toute sa vie : il lui impose son médecin et sa forme de contraception (au passage il serait gentil d’informer M. Grey que la pilule n’est pas la seule forme de contraception existante…), l’oblige à manger et lui interdit de boire, il lui impose un dîner dans sa famille sans la prévenir, tente de l’empêcher d’aller chez sa propre mère et finit par se pointer là-bas sans prévenir…

Et Ana accepte tout cela… par amour, parce qu’il est “irrésistible”.

On passe d’une violence conjugale déguisée en amour et volonté de protection à une violence conjugale “irrésistible”, érotisée et glorifiée.

grey3D’abord je vais te dire de te tenir éloignée de moi, puis je vais te harceler pour être certain que tu ne le fasses pas… comment ça, je me contredis moi-même ?

Méfie-toi ma petite, les gens qui font du BDSM sont tordus…

Cette érotisation de la violence conjugale n’est possible que grâce à un double processus : d’une part la pathologisation de Christian, de l’autre l’introduction du BDSM (« Bondage and Discipline, Domination-Submission, Sadomasochism ») dans l’histoire…

Par conséquent le film fait trois amalgames qui sont non seulement totalement faux, mais également dangereux politiquement :

• BDSM et violence conjugale

• BDSM et pathologie mentale

• Maladie mentale/traumatisme et violence conjugale

Le film exprime clairement que Christian est dérangé : dans une scène où il se confie à Ana endormie, il lui explique qu’il a été violenté enfant, que sa mère biologique était une prostituée toxicomane (ami-es de la putophobie et de la toxicophobie, bonjour…). Il déclare que son obsession du contrôle est pathologique et se qualifie lui-même de “50 shades of fucked-up” (50 nuances de bousillé). Il ne supporte pas qu’on le touche et est incapable de vivre une histoire d’amour. Il a de plus été abusé à 15 ans par une amie de sa mère, qui l’a initié au BDSM. La représentation de cette relation dans le film est ambiguë. D’un côté, Ana est choquée et qualifie cette femme de « pédophile », ce qui est une réaction plutôt appropriée face à un abus. De l’autre, Christian continue d’avoir des relations amicales avec cette femme qu’il considère comme une amie et un mentor. A aucun moment Christian ne qualifie cette relation d’abusive, alors que les relations d’hommes plus âgés avec des jeunes filles mineures sont à juste titre considérées comme relevant de pédocriminalité ou du détournement de mineur. Il y a ainsi souvent une certaine tolérance pour les agressions sexuelles commises par des femmes. Ce qui tend, non seulement tend à laisser des agresseuses sexuelles impunies mais également à invisibiliser la souffrance des victimes.

L’instabilité émotionnelle de Christian est directement connectée à son goût pour le BDSM. Même si Ana déteste cela, il n’est pas capable de s’en empêcher. Il déclare lui-même qu’il est obligé de la punir, alors même que cela n’apporte aucun plaisir à la jeune fille. Alors que le livre est un roman érotique et que le BDSM est érotisé, l’idée d’une sexualité “différente” de la norme est immédiatement pathologisée, signe d’un problème. Paradoxalement, alors que le film (et le livre avant lui) tend à démocratiser le BDSM et à donner envie aux gens de pratiquer, il contribue à normer la sexualité (avec d’un côté ce qui est « normal », de l‘autre ce qui ne l’est pas). Rappelons au passage qu’il n’y a absolument aucune corrélation entre la pratique du BDSM et le traumatisme ou la pathologie mentale…

jamie_dornan_fifty_shades_of_grey_a_lJe suis un homme torturé, la preuve, je fais la gueule très fort…

Le traumatisme de Christian sert également à justifier les abus qu’il inflige à Anastasia. Ainsi, son obsession du contrôle et sa façon d’intervenir sont “expliquées” par ses problèmes mentaux.

Cette façon de pathologiser la violence conjugale a un triple effet pervers :

• elle excuse les hommes violents et abusifs, dans une perspective totalement masculiniste.

• elle met les compagnes d’hommes abusifs en position de devoir les sauver par amour (ce qui, si on en croit la vidéo de Lacy Green, est exactement ce qui va arriver à Ana… [10])

• elle transforme un problème de société en un problème personnel : la dimension sociétale des violences conjugales est invisibilisée, et le problème est renvoyé à quelques individus « malades », alors que dans la réalité, il n’y aucun lien entre la maladie mentale et la violence conjugale. Les personnes malades mentales et handicapées sont d’ailleurs plus souvent victimes de violences conjugales et d’agressions sexuelles.

Il y a également un propos fortement masculiniste dans ce film. Christian a beau se montrer violent psychologiquement dans sa relation avec Ana, et la faire souffrir terriblement, on insiste sur sa souffrance à lui. Alors qu’il impose à Ana des règles qui la font terriblement souffrir, comme l’interdiction de le toucher ou une surveillance continue, on insiste sur le fait que LUI souffre de la faire souffrir et de mal se comporter (alors que s’il souffrait réellement à ce point-là, il se contenterait d’arrêter de la harceler et la laisserai vivre sa vie en paix). Le pire dans ce registre-là est probablement la scène ou Ana le confronte et lui déclare littéralement qu’elle n’aime pas le BDSM et que cela la fait souffrir, ce à quoi Christian lui répond qu’il est obligé et qu’il ne peut pas s’en empêcher. La question n’est pas qu’il ne puisse pas avoir d’autres relations que celles du BDSM, mais qu’il se sente obligé de harceler, manipuler et faire chanter une jeune fille pour qu’elle consente à des relations dont elle n’a pas réellement envie… parce qu’il est amoureux. On retrouve ici une justification extrêmement proche des discours pro-viols, comme quoi l’agresseur « n’a pas pu s’en empêcher » ou que « c’est par amour ».

Une notion floue du consentement

Encore plus que leur assimilation à des malades mentaux, ce qui a fait bondir les adeptes du BDSM à la sortie du livre et du film, c’est la représentation de la notion de consentement dans l’œuvre.

Le consentement est une notion clé pour les pratiquants du BDSM (bien que comme dans chaque type de relation, il existe des abus). La communication entre dominant-e et soumis-e est également cruciale. La plupart des témoignages et des sites de conseils insistent sur l’importance du dialogue entre les deux pratiquants. Quand il est pratiqué correctement, le BDSM est précédé d’une discussion qui permet de poser les désirs et les limites du dominant comme du dominé, cette discussion est souvent formalisée sous la forme d’un contrat écrit (comme dans le film), qui n’a aucune valeur juridique. Ce contrat ou accord oral peut être modifié si l’un des deux décide qu’il a envie d’aller plus loin ou au contraire que finalement certaines pratiques ne lui conviennent pas. Il est important de noter que normalement ce genre de contrats n’implique que la vie sexuelle des participants et en aucun cas le reste de leur vie, contrairement au contrat de Christian qui tend à régenter l’existence d’Ana dans ses moindres détails.

De nombreuses sources mettent également l’accent sur le fait que celui qui est le plus expérimenté se doit d’accompagner celui qui débute dans ses découvertes et questionnement. Ce que ne fait absolument pas Christian, puisqu’il pratique du BDSM « soft » (sexe attaché, fessée) sur Ana sans lui expliquer les tenants et aboutissants. Alors qu’Ana lui demande des informations, plutôt que de lui donner des références précises ou mieux de lui expliquer directement, il lui conseille de taper « soumission » sur Google (M. Grey a beau avoir fait fortune dans les télécommunications, il ne sait pas comment effectuer une recherche documentaire…).

Le problème de ce manque de communication entre Ana et Christian n’est pas seulement le manque d’information de cette dernière, mais également la détresse dans laquelle la plonge ce manque de soutien. Après la première fessée, Christian laisse Ana toute seule et elle fond en sanglots. En plus du contrôle que Christian effectue sur sa vie, le fait de créer de la souffrance psychologique chez sa partenaire s’apparente à de la violence conjugale [11]. De plus, dans le BDSM, l’aspect communautaire et le partage des expériences est très important, que ce soit en ligne via les forum et les sites web ou dans la vraie vie via les ateliers et les rencontres. Ici, Ana est isolée, elle n’a aucun point de repère sur ce qui est normal et sain dans la pratique du BDSM et ce qui ne l’est pas, et par conséquent aucun moyen de se rendre compte que Christian est abusif avec elle. Pire, Christian lui fait signer un contrat de confidentialité (légal celui-là) lui interdisant de parler de ce qui se passe entre eux, sous prétexte de se protéger face à la presse à scandales… Quel excellent moyen pour qu’Ana soit encore plus isolée et incapable de se défendre face à la violence conjugale ! Pour que personne ne puisse lui faire remarquer à quel point Christian est toxique et dangereux pour elle !

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Ana, seule et désemparée…

Contrairement à ce qu’annonce une des affiches françaises du film, Ana n’est pas curieuse du BDSM, en aucune façon. La seule raison pour laquelle elle accepte de s’y intéresser est parce que c’est la seule façon pour elle d’être avec Christian. Elle accepte donc de se plier à une pratique qui ne l’intéresse pas parce qu’il lui pose un ultimatum. Et lorsque qu’après avoir réfléchi et s’être renseignée, elle décide de refuser la relation qu’il lui propose (un contrat de soumise dépassant la question du sexe en restreignant sa vie, l’obligation d’être chez lui le week-end, le fait de dormir dans des lits séparés, l’interdiction de le toucher et l’impossibilité de sortir “en couple”), Christian s’introduit chez elle et la surprend dans sa chambre. Si le rapport sexuel qui suit est consenti, Christian exerce sur Ana une coercition sexuelle pour la pousser à faire ce dont elle n’a pas envie. Il ne cesse de lui répéter que le BDSM n’est pas seulement pour son plaisir à lui mais également pour son plaisir à elle. Et effectivement, certains actes sexuels de domination donnent effectivement du plaisir à Ana, mais au final il fait tout pour la pousser à faire ce qu’elle n’a pas envie de faire. Dans la séquence finale, Ana demande à Christian de la “punir” afin qu’elle voit ce que ça fait “le pire”. Le simple fait qu’Ana s’interroge sur le pire qui pourrait lui arriver est symptomatique d’un gros problème, puisque dans une relation sexuelle, BDSM ou non, il n’est pas censé vous arriver “le pire”, vous n’êtes supposé faire que ce dont vous avez envie et au besoin vous arrêter si quelque chose ne vous plaît pas (c’est tout l’intérêt du “safe word” [12] qui permet de s’arrêter n’importe quand). Christian retire alors sa ceinture et commence à donner six coups à Ana. Alors que la détresse de la jeune fille est évidente, aucun des deux ne songe à arrêter (alors qu’Ana est en possession d’un safe-word qu’elle pourrait utiliser et qu’il pourrait l’encourager à utiliser ou juste arrêter tout seul en cas de doute).

Durant tout le film il y a une confusion entre la domination BDSM et la coercition sexuelle. En général, dans une relation BDSM “saine”, ce sont les soumis qui sont demandeurs. Ils posent leurs limites. Certains vont jusqu’à dire que, paradoxalement, ce sont les soumis qui contrôlent la relation. Le processus de soumission est considéré par certains comme un processus d’emporwerment puisqu’il oblige le soumis à s’interroger sur ses désirs et ses limites de manière précise et concrète et qu’une relation BDSM n’exige pas seulement confiance en l’autre mais également confiance en soi. Or, Ana n’a pas réellement confiance en Christian (vu qu’il lui ment et la manipule c’est plutôt normal) et certainement pas confiance en elle. De la même façon, le film entretient la confusion entre “domination BDSM”, à savoir un ensemble de pratiques que les participants ont déterminé ensemble, et “domination abusive” (le contrôle que Christian exerce sur Anastasia).

Il y a cependant quelques séquences intéressantes dans le film où Ana reprend le contrôle sur sa vie, notamment la séquence de “négociations” dans laquelle Ana impose ses conditions et finit par refuser d’avoir un rapport sexuel avec Christian, retrouvant ainsi son libre-arbitre et sa capacité de décision. Cependant, cette scène présente la discussion comme une lutte où Christian tente de pousser Ana à se soumettre à ses désirs. Alors que, dans le BDSM, les discussions préliminaires sont supposées définir ce que soumis-e et le dominant-e ont envie de faire, ici il s’agit de définir jusqu’où Ana est prête à aller pour faire plaisir à son amant. La fin du film est également intéressante puisqu’après sa “punition”, Ana décide de mettre fin à sa relation avec Christian se rendant enfin compte qu’il est abusif est que cette relation est toxique pour elle. La fin fut donc un réel soulagement féministe. Malheureusement, je doute fort que les deux prochains films traitent de la façon dont Ana continue de se tenir à distance de Christian tout en se construisant une vie et une sexualité à elle…

Julie G.

Notes

[1] http://www.mamamia.com.au/rogue/fifty-shades-of-grey-review-rosie-waterland/

[2] http://www.barbieturix.com/2015/02/15/fifty-shades-of-grey-ou-la-culture-du-viol/

[3] Il est important de noter que 50 shades of Grey a reçu de nombreux retours méprisants, voire condescendants en partie en raison du fait qu’il s’agissait d’une œuvre écrite par une femme et à destination des femmes. http://www.ledeuxiemeregard.com/news/critiques/50-nuances-de-grey/

[4]http://www.huffingtonpost.fr/marielaure-makouke/50-nuances-de-grey-apologie-violence_b_6651870.html

[5]http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/En-un-week-end-50-Nuances-de-Grey-a-deja-attire-1-7-million-de-spectateurs-en-France-4133870

[6] Je n’ai absolument aucun problème avec le genre qu’est la fanfiction en général et n’éprouve absolument aucun mépris pour ses œuvres ou ses auteurs. La seule raison pour laquelle je cite l’origine de l’œuvre, est parce qu’elle est tirée d’une œuvre qui était déjà profondément problématique politiquement et que cela me semble important pour l’analyser.

[7] Je me demande si ce manque de caractérisation ne sert pas à faciliter l’identification des lectrices afin qu’elles puissent se fantasmer à la place de l’héroïne.

[8] Il lui offre une édition originale de Tess d’Uberville après qu’elle a déclaré aimer Thomas Hardy.

[9] http://fsimpere.over-blog.com/article-est-ce-ainsi-que-les-femmes-revent-120620101.html

Et je ressors mes chouettes articles sur l’obligation de la pénétration :
http://www.crepegeorgette.com/2013/08/07/lheterocentrisme-ou-lobligation-du-rapport-penetratif/
http://www.crepegeorgette.com/2013/06/17/la-sexualite-heterosexuelle-dans-le-patriarcat-est-elle-necessairement-sexiste/
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/185268-positions-sexuelles-stop-a-la-toute-puissance-de-la-penetration.html

[10] Une très chouette vidéo d’ailleurs : https://www.youtube.com/watch?v=o92hv7La9Sk

[11] Sources :
http://www.slate.fr/culture/63653/cinquante-nuances-de-grey-le-sm-de-fifty-shades-est-il-realiste
http://www.slate.fr/culture/63973/cinquante-nuances-grey-fifty-shades-bdsm-comprend-pas
http://www.cbc.ca/news/arts/fifty-shades-of-grey-critics-slam-bondage-stereotypes-1.1250140
http://rue89.nouvelobs.com/rue69/2012/03/27/sadomasochisme-les-regles-pour-que-la-douleur-soit-toujours-un-plaisir-230538
http://www.madmoizelle.com/fifty-shades-bdsm-temoignages-321226
http://cabinetsdecuriosites.fr/au-fond-des-choses/comptes-rendus-des-ateliers/compte-rendu-latelier-bdsm-fouette-cherie-stp/
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1327959-50-nuances-de-grey-je-pratique-le-sm-ce-film-en-presente-une-version-malsaine.html
http://auroraweblog.karmaos.com/post/1379

[12] Dans la pratique du BDSM, un « safe-word » est un mot défini à l’avance par les participants permettant de tout arrêter si la pratique va trop loin.

Autres articles en lien :

32 réponses à 50 shades of s*** : la violence conjugale monochrome

  1. Ah ouais, encore pire que ce que j’imaginais. En même temps j’ai une amie qui m’a déjà sorti un truc du genre « je préfère sortir avec Chris Brown au risque qu’il me tabasse plutôt que de sortir avec un mec qui me respecte et qui n’a rien de Chris Brown ». Je sais juste qu’elle a grandi dans une famille où régnait la violence conjugale.
    Mais, moi aussi, j’ai grandi dans un environnement difficile, avec des parents abusifs et violents (entre eux, pas avec moi). Ce n’est pas pour autant que je trouve 50 shades of Grey, ou les relations du genre Rihanna/Chris Brown, comme étant « sexy » ou « souhaitables ». Par contre j’ai lu Twilight, franchement j’ai adoré (j’étais djeuns) et ce que j’appréciais c’est que le gars courait après la fille. Car je voulais sans doute qu’un mec super me court après.
    Pourtant quand j’ai vu le film et les extraits des autres films, j’ai ressenti TOUTE la violence que je n’imaginais pas dans les bouquins. Genre la relation sexuelle qui laisse des bleus sur Bella, le fait qu’elle veuille absolument garder un enfant qui la tue de l’intérieur, et la fin chelou où le Loup Garou tombe amoureux d’un nouveau né et attendra qu’elle soit sexuellement mature pour la pecho.
    Et le consentement de la personne passe à la trappe! Je veux dire imaginez-vous grandir avec un type amoureux de vous alors que vous avez 5 ans, amoureux de vous quand vous en avez 15 et désireux de vous pecho, de vous marier et de vous faire 15 marmots?
    Quelle horreur.
    Bref je sors du sujet, pardon. Ce que je voulais dire c’est juste que c’est bizarre toutes ces femmes prêtent à vivre l’enfer juste pour un mec, parce qu’il est beau/riche/whatever. En faire un livre, un film en 2015 je trouve ça affolant.

  2. Je ne comprendrai jamais cette distinction entre « politique » et « qualité cinématographique ». L’esthétique est aussi un sujet politique. Abreuver le peuple de films médiocres, ça a un sens politique. Et les conditions de production (le choix de faire un dessin animé en images de synthèse plutôt que de manière artisanale par exemple, ou celui de produire un film à 100 millions d’euros plutôt qu’un film d’auteur) appartiennent-elles à la catégorie du politique ou de l’esthétique ?

    • Bonjour,
      Vous avez tout à fait raison de mentionner que les conditions de productions des films sont éminemment économiques et par conséquent politiques. Cependant un film indépendant peut avoir un message politique très nauséabond comme « la chasse » ou « the ghost writer » et au contraire un film à gros budget peut avoir un message politique plutôt sympa comme « hunger Games ». De plus la qualité d’un film est subjective. Et il y a des films que je trouve « bons », voire excellents qui sont malheureusement politiquement très mauvais…

      Bref, il est impossible de juger la qualité d’un film, par contre il est possible d’étudier l’implication politique des choix esthétiques (choix des plans, des couleurs…), des choix de production et des réactions critiques.

    • @ Benoît

      Vous pourriez préciser ce que vous entendez par « films médiocres » quand vous dites « Abreuver le peuple de films médiocres, ça a un sens politique » ?

  3. En tant que bibliothécaire, merci pour « M. Grey a beau avoir fait fortune dans les télécommunications, il ne sait pas comment effectuer une recherche documentaire… »
    Ça m’aura au moins fait rire! 😉

    Et pour le reste: merci pour l’article même si je n’ai pas été très surprise. 🙁

  4. Sur le sujet du consentement dans les pratiques BDSM, je voulais partager avec vous qques extraits du chapitre « BDSM pour les nuls », tirés du livre « La révolution du plaisir féminin » d’Elisa Brune. Comme l’a expliqué Julie, les pratiques dans 50 shades of grey tiennent plus de l’abus que du BDSM.

    « On ne pratique jamais quelques chose dont on n’est pas sûr que l’autre y consent. Et si elle ne sait pas elle même, et veut essayer pour voir, elle a un mot de code qui lui permet d’arrêter à tout moment. Dès qu’elle dit ce mot, l’autre s’interrompt. C’est une règle très importante, et elle est destinée à être utilisée. (…) Ce n’est pas le plaisir du dominant que l’on cherche, c’est celui du soumis. Utilisez votre mot de code, il est là pour ça. Même si c’est pour faire une pause et reprendre après, il faut que vous sentiez que vous pouvez décrocher quand vous le voulez. (…)
    Le BDSM reste par définition totalement consensuel. Il n’y a que dans cet esprit là qu’il peut être source de plaisir. Sinon, sans la volonté de l’autre, on est dans tout autre chose. Laisser une fille attachée dans la douche, seule, nue, grelottant pendant deux heures contre son gré, ce n’est pas du BDSM, c’est de l’abus. Ce serait du BDSM si c’est elle qui le demande et qui le décide, et qui peut arrêter à tout moment – ce qui exclut de la laisser seule. Il ne doit y avoir aucune domination psychologique « réelle » du dominant sur le dominé.C’est un jeu entre personnes égales. Et quand on dit consensuel, cela veut dire qu’il faut disposer du niveau d’information nécessaire pour décider en connaissance de cause. Dans certains cas, on croit que l’on veut quelque chose sans réaliser ce dont il s’agit réellement. Par exemple, si une personne demande à être attachée avec de vraies menottes, il vaut mieux s’assurer qu’elle sait ce que c’est. Souvent, c’est un fantasme qui vient du cinéma et , une fois les menottes au poignets, on se rend compte que c’est horriblement douloureux au bout de dix minutes, surtout si l’on bouge avec des gestes un peu brusques. Si la personne insiste pour avoir des menottes métalliques, il ne faut pas la brutaliser dans cette situation car elle aura les poignets en sang très vite.
    (…) Ne laissez jamais votre soumis seul dans la pièce. Vous pouvez faire semblant : dire que vous sortez et claquer la porte. Mais ne sortez pas. Vous devez veiller sur lui. et quand vous vous occupez de lui, essayez de garder le contact en permanence avec son corps.
    (…) Il est capital de pouvoir définir clairement les limites. Tout le monde en a. Il faut négocier avant de jouer. Sinon, on risque des malentendus malheureux. Par exemple, je pourrais m’asseoir sur lui et le gifler parce que je crois qu’il a envie de cela, mais lui ne comprend rien car il avait rêvé de recevoir de la cire chaude sur les fesses. Comment pourrais le deviner ? Il fallait le dire !
    Une méthode simple consister à procéder par écrit et de façon systématique, par exemple avec liste de pratiques sexuelles possible. A côté de chaque item, on peut inscrire une croix dans l’une des colonnes : oui, non, peut être. »

    Voilà, c’est un peu long, mais je trouve que ça décrit très bien la relation entre dominé et dominant dans les pratiques BDSM, qui repose avant tout sur la confiance réciproque !

    • Ce qui est magique avec le BDSM c’est que c’est très idéaliste et j’ai l’impression qu’à chaque fois que j’en lis une défense, je lis une personne qui vit dans un monde théorique et pas matériel.

      Vous partez du principe que la relation est égalitaire, sauf que dans le monde réel, celui où les femmes sont dominées en tant que classe, elles n’ont pas nécessairement les mêmes connaissances sur leur corps et leur sexualité, les mêmes capacité à dire non et à négocier que les hommes.

      Vous nous dites qu’il ne doit pas y avoir de domination psychologique « réelle », sauf que c’est le lot commun de l’écrasante majorité des relations de couple et que de fait ça interfère assez durement avec la réalité fantasmée de la relation BDSM. La domination pré-existe à la relation sexuelle, l’activité sexuelle n’est pas un instant magique où les règles sont redéfinies. Le privé est politique tout ça… Il y a une domination des hommes à la base quant à la sexualité, comment les femmes sont-elles censées rattraper leur retard ? Il y a forcément une différence d’information au départ et donc cette transmission dépend du premier arrivé, qui dans le domaine des relations sexuelles et quasiment toujours l’homme. Donc de fait cela dépend encore du bon vouloir de quelqu’un pour transmettre et appliquer les règles correctement.

      Vous nous parlez d’une relation entre égaux (en continuant de dire « votre » soumis, bien ouéj), mais le fait est que les relations sexuelles dans la société patriarcale ne partent jamais de relations entre égaux-ales. Vous semblez ne jamais vous demander comment changer ça à la base, on part du principe que ça marche bien, mais que faire justement quand ça marche mal ? On se cache derrière le « c’est pas du VRAI bdsm », circulez il n’y a rien à voir. Pourtant des hommes utilisent le bdsm pour brutaliser des femmes, cela devrait au moins questionner. Vous nous parlez de relation policée entre puristes mais que se passe-t-il dans la réalité ?

      Toujours on ramène au fait que c’est ok parce que le/a bottom consent. Mais jamais on ne parle de la personne top, jamais on n’énonce que certaines personnes prennent leur pied en en brutalisant d’autres, ça ne semble jamais être questionné ni problématisé. Vous nous dites que « Ce n’est pas le plaisir du dominant qu’on cherche », c’est juste de la poudre aux yeux, vous voudriez nous faire croire que ces personnes acceptent comme ça de brutaliser quelqu’un et qu’il n’y a rien derrière, qu’elles ne prennent pas de plaisir à faire du mal ? Genre presque pour elle il n’y a pas de relation sexuelle…

      Le « consentement » devient la sauce magique qui transforme des agressions sexuelles et des viols en trucs cools donc. Sauf que le consentement est quelque chose de très complexe et qu’il est très dur dans notre société patriarcale de l’apprendre et de le faire respecter. Il est aussi dur de le faire advenir, pour les femmes de le demander et le faire tenir et pour les hommes de s’y plier. Le BDSM n’existe pas dans une sphère détachée de la société où on apprend que le désir masculin est le but de la sexualité hétéro. Le consentement est très souvent cédé parce que la pression qui existe sur les femmes est très grande. Quelle est la valeur réelle de ce consentement quand il est de plus en plus souvent utilisé comme argument par des violeurs pour justifier leurs actes. Le consentement est le début, mais pas la fin ni la cessation de l’argumentation et ça le bdsm tout comme les discours pro-sexe en général semble avoir du mal à l’enregistrer, alors que les féministes matérialistes se sont penchées dessus depuis des décennies.

      Vous laissez échapper des phrases très étrange : « Si la personne insiste pour avoir des menottes métalliques, il ne faut pas la brutaliser dans cette situation car elle aura les poignets en sang très vite. » En filigrane on peut donc déterminer qu’il y a des situations où c’est ok de brutaliser quelqu’un ? Parce qu’elle a donné son consentement ? Et jamais on se demande ce que ça induit sur la personne qui brutalise, jamais on se demande si c’est ok d’avoir le désir de brutaliser quelqu’un dans un cadre où l’on ne peut-être tenu pour responsable ?

      « On risque des malentendus malheureux »
      Donc des viols et des actes de torture en fait… Et que se passe-t-il lorsque ceux-ci arrivent ? Comment une personne peut-elle se défendre, si nécessaire devant la justice, puisque la base du BDSM c’est la violence. Comment peut-on être pris au sérieux et faire valoir ses droits sans que l’agresseur se barricade derrière le consentement ? Ceci est encore plus criant dans le BDSM que dans toute autre relation sexuelle  »classique ».

      Vous ne cessez de parler de confiance et de négociation, sans se rendre compte que les deux se conjuguent mal. S’il y a besoin de safe-word, de négociation, c’est bien que la situation est dangereuse et que la confiance ne suffit pas. On ne fait pas confiance à la personne pour respecter les limites et donc on est forcé de les négocier ? Quelle genre d’égalité est-ce que celle là !? Comment fait-on pour s’assurer que le contrat est fait en bonne et due forme et respecté ? Au final on compte donc toujours sur la bonne volonté des personnes, en se détachant du fait qu’il y a bien une domination dans la vie réelle et donc dans tous les horizons de la sexualité.

      Le bdsm semble toujours se cacher derrière le bon vieux « pas du vrai bdsm » pour ne pas questionner ses pratiques dans le cadre d’une société patriarcale. Sans jamais questionner le rôle du dominant ni le fait que souhaiter conduire une relation sexuelle par la domination et la violence n’est absolument pas subversif dans la société dans laquelle on vit.
      Relisez Nicole-Claude Mathieu et Frantz Fanon par exemple, mais il va falloir cesser de prendre en compte le bdsm de manière idéaliste et théorique et questionner les implications réelles que son idéologie sous-tend et comment cette idéologie est utilisée pour mettre en danger des femmes et les pousser à abaisser leurs défenses mentales en jouant le cachet de la confiance et du consentement.

  5. J’en profite pour aborder quelques questions qui me taraudent autour des fantasmes ou autre lié à la violence et à la douleur. Sur le site, il y a parfois des analyses (notamment sur les films de rape & revenge) sur des femmes qui reprennent des codes et des méthodes « masculines » de combat, de violence, etc, et qui disent – en substance – que cela peut être cool parce que cela leur permet de s’émanciper, mais qu’en même temps cela peut être problématique parce que cela signifie renforcer et/ou promouvoir des formes, des pratiques de violence.

    J’ai l’impression qu’on pourrait faire un parallèle avec les pratiques BDSM : on utilise des codes, mises en scène, actions qui ont une signification en tant que telle (entraver la liberté de quelqu’un avec des menottes, donner des coups, etc). Aux interrogations sur ces codes, j’ai l’impression qu’une réponse courante est : « on ne régit pas les désirs et plaisirs personnels, c’est comme ça, il faut garder cette liberté » (autre exemple : lorsqu’il s’agit de questionner les fantasmes sur des personnes racisées spécifiquement). Mais cela veut dire alors qu’on ne peut pas réfléchir sur l’aspect politique de ces pratiques, fantasmes, désirs, etc, sous le prétexte qu’il s’agit d’une sexualité « libre », comme si le droit à jouir justifiait le fait revendiquer ces pratiques de manière dépolitisée.

    Enfin voilà, sans stigmatiser les personnes qui ont telles ou telles envie, fantasmes, pratiques, j’ai quand même le sentiment que politiquement il y aurait des choses à déconstruire.
    C’est comme avec la musique métal, par exemple (qui pour le coup, me parle plus): certains groupes font une super musique et procurent un vrai plaisir musical, mais politiquement, leurs idées, leurs symboles et la tonalité de leur oeuvre sont super sombre, craignos voire carrément morbides… mais en même temps sont des facteurs d’appréciation du groupe dans son ensemble. Du coup, sans remettre en question la possibilité et le droit d’apprécier cette musique, il semble pertinent de se demander pourquoi ces musiques/pratiques ont émergé, quels sont leur impact politique, etc… (mise en avant de la puissance (surtout virile, mais pas seulement), tonalités et thèmes sombres et souvent négatifs, violence dans les expressions musicales…)

    • Ah oui, moi ça me paraît très clair qu’il y a beaucoup à déconstruire — comme partout. Pour moi, l’état de base de presque tout (fantasme, goût, opinion, etc) dans notre société, c’est d’être au minimum coloré de domination (que ce soit sexisme, racisme, ou, dans le cas du bdsm, un érotisme autour de la domination en tant que telle, sans forcément que ce soit homme dom et femme sub), voire complètement de la domination. (Je ne sais pas si la nuance est très claire ? En gros ce que je veux dire c’est qu’on a de la domination brute, comme des viols, mais aussi beaucoup de choses «  » »non agressives » » » qui vont dans le sens de systèmes oppressifs, comme les normes de beauté genrées, les looks beaucoup plus colorés/esthétiques/sexy pour les femmes.)
      Bref, je n’ai pas tellement l’impression qu’il y a de débats là-dessus, en tout cas pas au sein de milieux féministes, ça me paraît assez basique comme concept.

      Et le BDSM je pense que c’est très complexe, déjà c’est de la sexualité dans notre société donc ça part sur des mauvaises bases; des gens viennent y chercher des choses « malsaines » (agressives pour autrui, autodestructrices ou les deux)(pour « autodestructrice » j’hésite à l’enlever parce que je pense que c’est une notion super mal traitée en général et j’ai peur qu’on y lise autre chose que ce que je veux y mettre) ; on peut s’interroger sur ces pratiques en soi et il y a clairement beaucoup matière à réfléchir.

      Aux interrogations sur ces codes, j’ai l’impression qu’une réponse courante est : « on ne régit pas les désirs et plaisirs personnels, c’est comme ça, il faut garder cette liberté »

      Tu parles de quel(s) milieu(x) en fait ? Parce que dans les discussions sur le bdsm que j’ai eues, c’était surtout entre féministes, et si c’est ça, ce n’est pas du tout comme ça que je perçois les discussions. (Par contre ailleurs je suis sûre que tu peux voir plein de discussions tout à fait dépolitisantes.)
      Dans les discussions où j’étais, déjà il n’y avait pas « d’interrogations sur ces codes » mais une stigmatisation hyper violente. Donc forcément, ça met en position de rappeler que le féminisme, à la base, ce n’est quand même pas censé stigmatiser ou culpabiliser une sexualité déjà stigmatisée entre adultes consentant.e.s (bon après le débat est autour de ce que vaut ou non le consentement, bien sûr, mais tu vois ce que je veux dire ?). Et en plus c’est faussé comme question, ou, pour répondre à an30o sur le même thème :

      Sans jamais questionner le rôle du dominant ni le fait que souhaiter conduire une relation sexuelle par la domination et la violence n’est absolument pas subversif dans la société dans laquelle on vit.

      Il n’y a vraiment pas besoin de chercher très loin pour trouver des auteurices, blogueuses ou écrivain.e.s qui écrivent sur les liens entre BDSM et féminisme (d’ailleurs, je vais bientôt les rejoindre avec une série d’articles).
      Donc ça fait une fausse opposition entre les gens qui pratiquent le bdsm sans se poser la moindre question, et les autres qui, elleux, ont le courage moral et la subversion de critiquer le bdsm.

      De plus, les gens qui pratiquent le BDSM ne le font pas pour être subversif.ve.s ! Les gens ont des fantasmes, iels réfléchissent à comment bien les réaliser, parfois iels réfléchissent à ce que ça veut dire politiquement, d’où leurs fantasmes peuvent venir, etc, mais à la base les minorités sexuelles n’ont pas pour mission de renverser tout ce qui est pourri dans la société. Je me méfie énormément quand le féminisme est utilisé pour taper sur des groupes opprimé.e.s ou stigmatisé.e.s…pour faire un parallèle qui a ses limites mais qui me semble parlant, je suis une femme cis donc je peux avoir des cheveux longs et me maquiller si je veux, très très peu de féministes vont me tomber dessus pour me dire que ça renforce trop le patriarcat. Par contre, si j’étais née avec des organes génitaux externes et que j’avais voulu transitionner, beaucoup plus de féministes m’auraient reproché de nourrir le patriarcat en renforçant l’idée que la féminité existe et se traduit par des cheveux longs et du maquillage. C’est un privilège cis qui se reproduit au nom du féminisme radical…
      Pour le BDSM c’est différent, déjà ce n’est pas une oppression, contrairement au cissexisme, mais je vois des points communs dans la manière dont, au nom du féminisme, on « questionne » ces pratiques, alors qu’honnêtement je vois beaucoup moins de féministes questionner la sexualité hétéro vanille, sujet complexe également. Alors oui, il y a des articles (souvent très intéressants d’ailleurs) qui critiquent la sexualité hétéro vanille, mais :
      – ce n’est pas pareil de critiquer quelque chose d’aussi répandu et accepté comme allant de soi que la sexualité cis hétéro vanille, et de critiquer une sexualité déjà stigmatisée
      – ce sont des articles, et je n’ai jamais, jamais vu (heureusement d’ailleurs), des féministes « questionner » (tomber sur) une femme qui arrive en disant qu’elle est en couple hétéro, lui demander si elle se rend compte qu’elle n’est trop pas subversive, qu’elle renforce le patriarcat, etc. (Je dis pas que c’est le cas ici mais c’est ce que j’ai vu ailleurs, et comme tu parles de discussions d’ailleurs, ben je réponds sur les discussions ailleurs que moi j’ai vues 🙂 ).

      Voilà…j’espère que je ne réponds pas trop à côté.

      • « Je suis une femme cis donc je peux avoir des cheveux longs et me maquiller si je veux, très très peu de féministes vont me tomber dessus pour me dire que ça renforce trop le patriarcat ».

        Alors excusez-moi nous ne vivons pas dans le même monde parce que dans mon monde on va jusqu’à reprocher aux femmes cis comme vous dites d’aimer le rose et de vouloir en porter. Dans mon monde, les femmes nées avec un vagin ont toujours à se justifier d’être toujours trop ou pas assez féminines.

        Je signale ce texte, lu et trouvé aujourd’hui (comme de par hasard) :

        https://liberationcollective.wordpress.com/2015/03/03/leaving-liberal-feminism/

        • C’est vrai, je suis d’ailleurs tombée hier sur des trucs anti-maquillage assez culpabilisants.
          Je pense quand même que les femmes trans sont bien plus culpabilisées que les femmes cis de suivre/reprendre certains codes de la « féminité ».

  6. Pour information, « Fifty Shades of Grey » est en effet un livre complètement nul et très malsain, mais il contient des faits crédibles dans le sens où il y a bien un lien entre le BDSM et un vécu traumatique, tout comme il y a un lien entre le fait d’infliger ou de subir des violences conjugales et le fait d’avoir été maltraité-e dans l’enfance. Ce qui bien sûr n’excuse en rien le comportement des agresseurs. C’est un peu long à expliquer, aussi je vous mets en lien le texte de Muriel Salmona, une psychiatre féministe qui fait un travail formidable pour aider les victimes de violences, ainsi que le site de son association.
    http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/Memoire_traumatique_et-
    conduites_dissociantes_Dunod_2012.pdf
    http://memoiretraumatique.org/

    • bonsoir,
      j’ai lu l’article en question et il me semble que si un lien est fait entre avoir subi violences sexuelles et être sujet à la reproduction – réelle ou fictive-ludique-bref – de ces violences (voire carrément à la mise en danger volontaire), en aucun cas il n’est question de lier les pratiques bdsm à une pathologie.
      si on peut interroger le bdsm en soi, pour soi, le lier systématiquement à un ou des traumatisme(s) ne semble, dès lors, pas tout à fait pertinent.

  7. En lisant les différentes critiques du BDSM, je me rends compte qu’il est souvent assimilé à une autre forme de d’oppression de la femme par l’homme. ça m’a poussé à m’interroger : Est-ce que le schéma dominant masculin/soumise féminine est prépondérant, sans inversion des rôles ou relations à la fois homo et BDSM. Après une rapide recherche, j’ai pu trouver ça :

    « Dans l’échantillon néerlandais, une majorité d’hommes ont affirmé être dominants (48%, contre 33% de soumis), tandis qu’une grande majorité de femmes se sont dites soumises (76%, contre 8% de dominantes). Dans l’échantillon californien, 61% des hommes se disaient exclusivement ou principalement dominants (contre 26% d’exclusivement ou de principalement soumis); 69% de soumises et 30% de dominantes (principalement ou exclusivement) chez les femmes. Dans l’échantillon canadien, qui était de taille plus réduite, on observe aucune de ces différences, et les auteurs affirment que rien dans leurs résultat «ne permet d’affirmer que les sadomasochistes sont antiféministes». Mais le sujet de l’écart existant entre hommes et femmes mérite d’être étudié plus avant. Si on le retrouve dans d’autres études, cela soulèvera de difficiles questions sur la subordination des femmes –par la culture comme par la nature. »

    Je ne garantis pas la fiabilité totale de cette source ni l’impartialité de l’auteur, j’ai vraiment pris les premières statistiques sur lesquelles je suis tombé. Par ailleurs, je n’ai rien trouvé concernant l’homosexualité.

    Quoi qu’il en soit, on peut constater un écart assez important dans la plupart des études. Je ne sais pas si c’est suffisant pour tirer des conclusions, mais il me semble que ces chiffres sont intéressants.

    • Je suis tombée sur les mêmes études !
      Je me demande si la différence ne vient pas du fait que pas mal de BDSM sont switchs, alors que là ils ne semblent considérer que les dominant.e.s et les soumis.e.s ; suivant comment la question est formulée, un.e switch pourra être classé.e comme dom ou sub ou les deux…non ?

      Sinon, comme à chaque étude, faudrait voir combien de sujets il y a, est-ce qu’il n’y aurait pas un biais dans la sélection des gens, dans la manière de poser les questions, etc.

      Après je me pose aussi la question de ce qui peut être classé comme BDSM, alors que ça relève pour moi plus de la vanille dans une société dominante. Je n’ai pas de conclusion arrêtée dans un sens ou dans l’autre, mais je me demande dans quelle mesure on peut considérer que les fantasmes sexuels violents, l’érotisation de la violence, sont du bdsm, sont proches du bdsm, ou non. Par exemple, les pubs super érotisées qui sont violentes (le mec qui a sa main sur le cou de la femme, ou qui a un regard dur vers elle), pour moi ce n’est pas du bdsm parce que le bdsm comporte des notions telles que le cadre, des mots qui sont posés sur les jeux autour de la domination ou de la souffrance, au contraire de la conception silencieusement très dominante de la sexualité hétéro vanille…mais bon après, comme je le disais, la question n’est pas toujours évidente non plus et de toute façon,le BDSM c’est vachement un spectre, avec différents axes (la domination ce n’est vraiment pas le même axe que le sadomasochisme), il y a des tas de façons de faire du bdsm.

      Mais bref, tout ça pour dire, les sujets qui répondent à ces questionnaires, je me dis qu’un coup les questions ont pu être posées avec un « vocabulaire BDSM », parfois ça peut être plus sur l’intériorisation plus ou moins consciente des schémas de domination dans la sexualité vanille, ce qui peut aussi expliquer des différences très importantes entre les études autour du BDSM.

      Comme toi, malgré les écarts importants entre les études, je trouve ça intéressant. On pourrait s’attendre, vu la conception que notre société se fait de la sexualité, à des écarts plus importants entre hommes et femmes. Au final il semble y avoir une différence nette mais pas écrasante.

  8. Bonsoir,
    Merci pour cet article qui m’évitera de dépenser la batterie de mon ordinateur pour une vision curieuse en streaming. Il y a tout de même un point sur lequel je me permettrai de chipoter: lorsque vous dénoncez le « mythe de Cendrillon », vous oubliez que l’héroïne du conte original mérite cette fin heureuse. La morale renforcée par le long-métrage des studios Disney (qui eux au moins se donnent la peine de raconter de véritables histoires et ne puisent pas leur inspiration dans un succès exagéré dû à un fan service navrant) est que tout travail mérite salaire. La situation de cette chose que certains osent appeler film est une étudiante sans personnalité, sans réel problème, qui tombe sur un psychopathe et se sent envahie de… désir? amour? ou fuite de neurones d’après votre article.

  9. Bonsoir,

    Juste en passant je viens de revoir « la secrétaire ».

    Or ce film traite d’un sujet presque similaire mais d’une façon totalement différente.

    Je vous suggère d’y jeter un œil si vous ne connaissez pas. Car la comparaison me semble intéressante.

  10. Bonjour
    Comme le developpe l’encadré sur « Le syndrome de Cendrillon », Fifty Shades of Grey, qui exploite l’histoire d’une femme passive face à un homme actif, renforce les ideaux du patriarcat.
    Ce qui est le plus perturbant est que livre et film ont été écrit et réalisé par des femmes, à destination d’une audience essentiellement féminine (à moins que je ne me trompe, la saga Fifty Shades of Grey laisse la gent masculine dans l’indifférence). Plus perturbant, livres et film ont eu un succès considérable, porté par les femmes. La conclusion serait que le patriarcat aurait réussi l’impossible, un tel lavage de cerveau que même des femmes à priori non directement dominées par des hommes font d’une certaine façon l’éloge de leur propre aliénation.
    Comment rendre compatible le succès de ce martelage répété du patriarcat avec pourtant les nombreux exemples de refus du patriarcat qui font consensus chez les femmes :
    – le désir de l’indépendance financière et de l’égalité des chances et des opportunités avec les hommes
    – le désir du contrôle des naissances, et d’avoir le contrôle sur son propre corps
    – le refus absolu de minimiser le viol, l’abus sexuel sur les femmes

    Comment rendre compatible ce refus des codes patriarcaux dans de nombreux domaines de vie, prouvant que les femmes souhaitent s’émanciper de l’oppression par les hommes, et le plébiscite apporté par les femmes à un livre profondément sexiste?

    Un syndrome de Stockholm de l’opprimée à l’oppresseur serait logique s’il était complet ; or dans ce cas, il y a ce contraste.
    En tant qu’homme, je ne peux m’empêcher d’être perplexe, car je ne comprends pas.
    Attention : je ne veux offenser personne, et mon but n’est pas d’affirmer un savoir, mais de poser des questions.

    • Bonjour,

      Tout d’abord, le refus du patriarcat ne fais pas consensus chez les femmes, par exemple le Tumblr « I don’t need feminism » à fait scandale récemment.

      Il existe deux formes principales de sexismes : le sexisme hostile (« les femmes sont inférieurs aux hommes », « elles doivent rester à la maison ») et le sexisme bienveillant (« les femmes sont douces et gentilles », « elles ont besoin de protection »…).

      Si le sexisme hostile est en général bien perçu par les hommes comme par les femmes, le sexisme bienveillant n’est souvent pas perçu comme du sexisme, hors il est tout aussi dangereux, notamment le discours essentialisant (« les hommes et femmes ont un cerveau différent », « les femmes sont naturellement douées pour s’occuper des enfants »).

      Pour répondre à votre question, le sexisme de 50 shades of Grey ou de Twilight s’apparente à du sexisme bienveillant (Grey ne cesse de répéter à Ana qu’elle est spéciale, qu’il va la protéger…) c’est donc un sexisme masqué que certaines femmes ne perçoivent pas, même si elles ont des revendications féministes à côté (égalité des salaires, etc…)

      Et oui, le fait d’avoir certaines notions martelées depuis toujours influe sur les femmes. Même quand on est féministe, il est difficile de gérer les injonctions que l’on reçoit depuis la naissance : être belle, être en couple, faire des enfants, etc…

      D’ailleurs sur le refus de minimiser le viol, Crèpe Georgette vient de sortir un article sur le sujet (TW viol) : http://www.crepegeorgette.com/2015/08/27/tolerance-viol/

      • Un commentaire sur cet article : La tolérance face au viol montre surtout le problème de l’inconfort que représente l’image du violeur quand il est, non pas l’image du monstre et de l’inhumain, mais de l’homme qui semble normal, du voisin, de l’ami, du frère, du père, de la figure d’autorité tel que le soldat et le policier, ou bien du cinéaste réputé? Si le violeur est un homme comme tout le monde, et que dans certains pays (certains sondages l’ont montré) une fraction non négligeable de la population masculine admet avoir commis un viol, comment faire pour lutter contre le viol sans se retrouver avec un pourcentage énorme ( plusieurs %) de la population en prison pour viols ou violences conjugales?

        Quelques remarques additionnelles sur l’affaire Polanski evoquée dans l’article : s’il a été longtemps défendu par certains milieux, est ce que cela n’implique pas que le viol de Samantha Geimer en 1977 n’est en fait que la partie emergée de l’iceberg d’un nombre enorme d’actes similaires commis en cette période par bien d’autres personnes du même milieu social? Il y a aussi la solidarité de classe, de groupe, ou les membres d’une caste, d’une profession voudront défendre l’un des leurs malgré ses actes?
        Pour ceux qui savent lire l’anglais, voici un exemple different, mais eloquent http://www.miamiherald.com/news/special-reports/florida-prisons/article27738046.html

        Sans compter que le cirque médiatico-judiciaire de l’affaire Polanski a éludé le vrai débat, le seul qui compte :
        « Polanski a-t-il fui la justice? » ou « Polanski a fui un système judiciaire corrompu, miné par les conflits d’intérêts, où les décisions d’un juge sont plus liées à des questions d’image de marque, de prestige personnel, qu’à un vrai souci de justice », comme l’affirment Polanski, sa victime, leurs avocats respectifs et l’ancien procureur chargé de l’affaire? et bien sur, les conséquences liés à cela « est qu’une justice où les magistrats sont élus, et doivent être attentifs à l’opinion publique peut juger un cas aussi médiatique en évitant les conflits d’intérêt »? et « Quelle est la peine que doit executer le cinéaste en fonction du dossier judiciaire établi à l’époque, et l’a t-il déjà purgée ou non »?

    • Bonjour,

      cela s’appelle l’internalisation des normes, l’aliénation ou encore l’assimilation des normes. En gros, étant éduquées dans une société qui leur martelle les mêmes messages et leur répétant qu’elles n’ont pas de pouvoir, les femmes reproduisent les schémas du patriarcat, ou pour dire ainsi les choses, ramassent les miettes de pouvoir là où elles les trouvent pour pouvoir vivre un minimum tranquilles (ou pas).
      A noter que « les femmes » n’est pas une catégorie homogène et que « les femmes » vivent le patriarcat différemment, luttant ou non contre certaines normes, reproduisant ou pas des schémas de domination, etc. Les exemples que vous citez sont par exemple loin de faire consensus : contraception, IVG, rôle social des femmes.

      Pour creuser ses sujets sous l’angle du sexisme, je conseillerai la lecture de cet article (et même du livre entier dont il est question) : http://antisexisme.net/2012/12/20/les-femmes-de-droite/

      • J’ai lu l’article, et je voudrais faire certains commentaires :
        – le deal de la droite « femmes, restez soumises et on vous protègera » n’est pas sans similitudes avec la manière dont un gouvernement ou des politiciens font avaler des systèmes de surveillance potentiellement très invasifs sur la vie privée au nom de la sécurité nationale, ou alors du lobby des armes promettant l’accès aux armes au nom du droit à l’autodéfense, alors que le nombre de morts par balles est directement corrélé à la facilité de circulation et d’accès aux armes.
        – Même si l’analphabétisme touche majoritairement les femmes dans le monde, dans beaucoup d’autres pays les femmes sont plus diplômées, réussissent mieux scolairement que les hommes : est ce que les hommes peuvent nier l’intelligence des femmes? Par ailleurs, n’y a t il pas souvent, chez les gens de pouvoir, un refus d’écouter la voix de l’intelligence si celle-ci révèle des vérités gênantes pouvant nuire aux intérêt de tel groupe de pression puissant? Le mépris de l’intelligence n’existe il pas aussi autre part que dans le cadre de l’oppression des femmes, notamment dans les brimades subies par « l’intello » de la classe?
        Par ailleurs, même si les femmes sont sous payées par rapport aux hommes, ne peuvent elles pas au moins lutter contre la dépendance avec un mode de vie adapté à leurs ressources, ce qui permet l’indépendance, en attendant d’améliorer, par le travail et la lutte féministe, leur salaires?
        – La centralité du coït dans la sexualité? Comment y remédier? Que faire pour que cet acte ne soit pas considéré comme le gold standard de la sexualité? Et comment faire pour que les hommes puissent voir les femmes sans souhaiter en faire leur objet sexuel, tout en évitant ou au moins en gérant la frustration sexuelle? Je pense que les hommes sont capables de respecter une femme, mais comment éviter l’interférence du désir sexuel, susceptible de tenter l’homme à l’asservissement de la femme, dans la relation homme-femme?
        – Le message du chapitre sur l’homosexualité implique que l’homme ne maintient en vie la femme que du fait de son rôle dans la procréation, et que l’homosexualité menace cette sécurité. Mais pourquoi l’homme tuerait la femme, mêm si elle était inutile pour la reproduction? Et pourquoi plus une femme qu’un autre homme?
        – Je ne sais pas sur le statut des personnes âgées, et malgré le « gynocide », les femmes en général vivent plus longtemps que les hommes. En ce qui concerne la surmédication, j’y vois aussi le lobbying de firmes pharmaceutiques puissantes qui veulent créer une demande pour vendre leurs poisons. Cela dit, je ne crois pas que l’homme arrivera à se passer de la femme pour la reproduction, pour la même raison que la dialyse n’a jamais remplacé le rein convenablement, ni l’intérêt de la transplantation rénale.
        – Enfin, si les hommes haissent autant les femmes et les féministes, comment sera-t-il possible de la faire cohabiter en paix? Comment l’esclave libérée peut cohabiter près de son ancien bourreau? Comment la libération des femmes peut éviter la séparation en deux groupes distincts les hommes et les femmes?
        L’article passe beaucoup de temps à analyser les problèmes, mais les solutions proposées restent vagues. Si ce système de classes de sexe est à prendre en compte, comment éviter la lutte des classes et une guerre femmes vs hommes? Et comment, après cette lutte, établir une paix et une cohabitation basée sur l’égalité et l’équité? Comment pouvoir réconcilier les femmes avec les hommes, l’opprimée avec l’oppresseur? Et quid de la tendance naturelle de l’être humain à s’identifier à groupe qu’il soit un genre, une nation, une race, une religion? Et cela d’autant plus que les différences physiologiques entre hommes et femmes empêchent de pouvoir les voir comme un individu identique, même s’il n’empêche pas l’égalité de droits?
        L’article propose une définition d’un critère unique de dignité humaine, tout en même temps, en évoquant une lutte de classes femmes vs hommes à toujours mettre en évidence. Comment résoudre cette contradiction, qui voudrait à la fois unir, tout en même temps mettre en valeur l’opposition et le conflit femmes vs hommes?
        Peut être je semble un peu naif, et peut être je suis ignare, mais l’article montre beaucoup de problèmes, mais reste évasif sur la mise en place de la solution.

        • Je réponds ci-dessous à certains de vos commentaires (pas tous car il se fait tard, mais n’hésitez pas à relancer si vous souhaitez explorer certains points) :

          – le deal de la droite « femmes, restez soumises et on vous protègera » n’est pas sans similitudes avec la manière dont un gouvernement ou des politiciens font avaler des systèmes de surveillance potentiellement très invasifs sur la vie privée au nom de la sécurité nationale, ou alors du lobby des armes promettant l’accès aux armes au nom du droit à l’autodéfense, alors que le nombre de morts par balles est directement corrélé à la facilité de circulation et d’accès aux armes.

          Oui, c’est assez juste. On retrouve un schéma similaire lorsqu’il s’agit de « l’assimilation » des populations des pays anciennement colonialisées et des immigrés.

          – Même si l’analphabétisme touche majoritairement les femmes dans le monde, dans beaucoup d’autres pays les femmes sont plus diplômées, réussissent mieux scolairement que les hommes : est ce que les hommes peuvent nier l’intelligence des femmes? Par ailleurs, n’y a t il pas souvent, chez les gens de pouvoir, un refus d’écouter la voix de l’intelligence si celle-ci révèle des vérités gênantes pouvant nuire aux intérêt de tel groupe de pression puissant? Le mépris de l’intelligence n’existe il pas aussi autre part que dans le cadre de l’oppression des femmes, notamment dans les brimades subies par « l’intello » de la classe?

          Vous touchez ici à un point sensible, qui est le fait que ce qui peut être perçu comme intelligent ou juste ou respectueux des personnes, n’est pas forcément dans l’intérêt d’être reconnu par celleux qui ont vraiment du pouvoir. Justement parce que cela remet en question leur pouvoir ! Vous citez l’exemple de la réussite scolaire des femmes, mais ceci n’est valable que dans le domaine scolaire justement : dès qu’il s’agit de transposer ces résultats dans la vie professionnelle (c’est-à-dire lorsque cela se transforme en argent et en statut social), un tout autre tableau se dessine. A savoir que les femmes, en sortie d’école d’ingénieur pour citer cet exemple déjà privilégié, gagne déjà 3 à 5 mille euros de mois que leurs collègues masculins. Et qu’elles n’accèdent pas facilement aux postes à responsabilités (que ce soit dans le privé ou le public). En gros, l’équation intelligence = pouvoir ne se vérifie pas pour tout le monde…
          Pour ce qui est du mépris de l’intelligence dans le cadre des « brimades subies par « l’intello » de la classe », pour l’avoir vécu je pense qu’il s’agit d’un sujet différent, qui peut être croisé avec le sujet du sexisme peut-être, mais il me semble que les mécanismes mis en œuvre sont différents.

          Par ailleurs, même si les femmes sont sous payées par rapport aux hommes, ne peuvent elles pas au moins lutter contre la dépendance avec un mode de vie adapté à leurs ressources, ce qui permet l’indépendance, en attendant d’améliorer, par le travail et la lutte féministe, leur salaires?

          Le truc, c’est que la mise en pratique est toujours plus compliquée que ce qu’on peut imaginer… Par exemple, il ne faudrait pas estimer la pression des modèles sociaux que l’on peut avoir: pour une femme, la réussite sociale, cela peut rester d’avoir un mari et des enfants. Or, dans le monde de l’entreprise, avoir des enfants signifie prendre un congé maternité et donc laisser son poste vacant un certain nombre de mois, passer à côté de promotions, voire dans le pire des cas être virée (oh, pas forcément diretement, mais lorsque l’on embauche quelqu’un d’autre pour prendre sa place…)… Autre exemple : qu’est-ce qu’un « mode de vie adapté à ses ressources » lorsque l’on a des enfants, un salaire pas très important (voire aucun) et que l’on subit des violences conjugales ? Comment quitter son compagnon si l’on n’a pas de rentrée d’argent pour subvenir aux besoins de ses enfants ? On pourrait multiplier les exemples qui font qu’en, pratique, il n’est pas, matériellement ou psychologiquement, facile de sortir des normes que l’on a apprises.

          – La centralité du coït dans la sexualité? Comment y remédier? Que faire pour que cet acte ne soit pas considéré comme le gold standard de la sexualité? Et comment faire pour que les hommes puissent voir les femmes sans souhaiter en faire leur objet sexuel, tout en évitant ou au moins en gérant la frustration sexuelle? Je pense que les hommes sont capables de respecter une femme, mais comment éviter l’interférence du désir sexuel, susceptible de tenter l’homme à l’asservissement de la femme, dans la relation homme-femme?

          Lorsque l’on accepte le fait – testé scientifiquement et empiriquement – qu’un nombre important de femmes jouissent par stimulation clitoridienne, on peut commencer à imaginer une sexualité plus diversifiée qui ne serait pas centrée seulement sur le coït. Et pas seulement pour les femmes d’ailleurs !
          Je pense qu’à force de relier systématiquement des représentations des femmes en tant qu’objets de désir hétérosexuel des hommes, cela influence la perception des femmes par les hommes. Mais c’est aussi une injure faites aux hommes de les considérer comme gouvernés uniquement par leur désir sexuel ! Et tous les hommes n’ont pas de relation d’asservissement des femmes dans leurs relations sexuelles ! L’une des clés, à mon avis, est de prendre en compte les désirs de son/sa partenaire et de développer son empathie : accepter de ne pas être constamment au centre de l’attention des autres, de donner plutôt que de recevoir, et finalement de partager de manière bilatérale (ou plus selon affinités).


          – Enfin, si les hommes haissent autant les femmes et les féministes, comment sera-t-il possible de la faire cohabiter en paix? Comment l’esclave libérée peut cohabiter près de son ancien bourreau? Comment la libération des femmes peut éviter la séparation en deux groupes distincts les hommes et les femmes?

          Je pense que l’une des solutions à ce problème est déjà de sortir de cette binarité homme/femme. Tous les hommes ne se comportent pas comme l’archétype des hommes « virilo-virils », toutes les femmes ne se comportent pas comme l’archétypes des femmes « féminines » ; un grand nombre de personnes sortent des normes de genre pour explorer une infinie diversité de rôle, d’expression, d’identités. Tout comme tout être humain ne rentre pas dans les catégories binaires définies comme étant de sexe féminin ou masculin (ce sont les personnes intersexuées).
          En bref, la réalité est bien plus riche que deux catégories distinctes. Les analyses des féministes ont montré comment le patriarcat pouvait aussi nuire à des personnes de genre masculin en leur imposant des rôles prédéterminés. Les différences biologiques entre les sexes ne justifient pas les différences de statuts sociaux des individus : en quoi avoir un utérus (ou autre attribut biologique arbitraire) ou pas justifierait le droit d’avoir tel ou tel centre d’intérêt, tel ou tel métier ? Les études sur le cerveau ne prouvent pas une différence entre les sexes, mais plutôt une plasticité étonnante du cerveau qui s’adapte en fonction des expériences vécues… d’où l’importance de l’éducation par exemple…

          L’article propose une définition d’un critère unique de dignité humaine, tout en même temps, en évoquant une lutte de classes femmes vs hommes à toujours mettre en évidence. Comment résoudre cette contradiction, qui voudrait à la fois unir, tout en même temps mettre en valeur l’opposition et le conflit femmes vs hommes?

          Je pense que la démarche de l’autrice est la suivante : pour résoudre un problème, il faut déjà reconnaître, analyser et donc verbaliser le problème. Il existe des différences de considération et de traitements entre les femmes et les hommes : pour mieux les combattre, il est pertinent de les nommer, de les décrire pour mettre en place de solutions pour contrer ses différences. Avec à terme, la volonté de ne pas du tout prendre en compte ses différences, ou encore de décliner à l’infini toutes les variétés possibles d’identités et de les reconnaître d’égale valeur.

          • Vous citez l’exemple de la réussite scolaire des femmes, mais ceci n’est valable que dans le domaine scolaire justement : dès qu’il s’agit de transposer ces résultats dans la vie professionnelle (c’est-à-dire lorsque cela se transforme en argent et en statut social), un tout autre tableau se dessine. A savoir que les femmes, en sortie d’école d’ingénieur pour citer cet exemple déjà privilégié, gagne déjà 3 à 5 mille euros de mois que leurs collègues masculins. Et qu’elles n’accèdent pas facilement aux postes à responsabilités (que ce soit dans le privé ou le public). En gros, l’équation intelligence = pouvoir ne se vérifie pas pour tout le monde…

            Exact: cette discrimination est honteuse, et il faut lutter contre ; cependant, comment faire? En effet, la clé est l’éducation des enfants et jeunes, qui est le seul moyen vraiment efficace de faire changer les mentalités, or les postes de pouvoir sont tenus souvent par des gens plus âgés, élevés dans une mentalité plus sexiste. Peut être le changement de géneration pourra aider

            Le truc, c’est que la mise en pratique est toujours plus compliquée que ce qu’on peut imaginer… Par exemple, il ne faudrait pas estimer la pression des modèles sociaux que l’on peut avoir: pour une femme, la réussite sociale, cela peut rester d’avoir un mari et des enfants. Or, dans le monde de l’entreprise, avoir des enfants signifie prendre un congé maternité et donc laisser son poste vacant un certain nombre de mois, passer à côté de promotions, voire dans le pire des cas être virée (oh, pas forcément diretement, mais lorsque l’on embauche quelqu’un d’autre pour prendre sa place…)… Autre exemple : qu’est-ce qu’un « mode de vie adapté à ses ressources » lorsque l’on a des enfants, un salaire pas très important (voire aucun) et que l’on subit des violences conjugales ? Comment quitter son compagnon si l’on n’a pas de rentrée d’argent pour subvenir aux besoins de ses enfants ? On pourrait multiplier les exemples qui font qu’en, pratique, il n’est pas, matériellement ou psychologiquement, facile de sortir des normes que l’on a apprises.

            Sortir des normes est très difficile, et cela est vrai pour bien autre chose que les rôles des femmes dans la société.
            Le problème de la conciliation vie de famille/vie professionnelle est un problème très complexe, car souvent, l’intérêt particulier de l’entreprise est en conflit avec l’intérêt général de la famille et du renouvellement des générations. Or, et pour des raisons physiologiques (grossesses), la carrière de la femme sera plus directement confrontée à ce dilemme que la carrière de l’homme, puisque, alors qu’une entreprise pourra faire pression pour que l’homme dont la compagne aura un enfant ne prenne pas ou le moins possible de temps pour sa famille, ce sera plus difficile avec la femme, car son corps est directement affecté lors de la reproduction. L’épée de Damoclès pour une entreprise, en particulier dans des pays ayant des lois sociales permettant des absences liées à la petite enfance, que représente l’arrivée des enfants est bien plus facilement gérable avec un homme employé qu’avec une femme, ce qui peut expliquer en partie les discriminations à l’embauche. Même si des lois permettent au futur père de prendre du temps pour sa famille, il sera plus facile pour l’entreprise de faire pression sur lui pour qu’il ne profite pas de ces privilèges. Pour la femme, ce sera plus difficile, voire impossible.
            Par ailleurs, est ce qu’une société peut se permettre d’avoir une part importante de sa population féminine qui choisit l’option de ne pas avoir d’enfants au profit de sa carrière? Une société cherche aussi à survivre.
            Enfin, pour la question du « mode de vie adapté à ses ressources » : la démarche doit se faire en amont : la femme doit se poser la question du choix de la mise en couple et de la possibilité d’avoir des enfants en fonction de ses possibilités d’indépendance avant de se retrouver avec le potentiel mari violent et les mômes. Si les femmes savent que leur indépendance est menacée en cas d’augmentation des dépenses liées aux enfants et aux risques de carrière et de salaire que cela pose, uen démarche préventive peut être efficace, alors qu’une fois les charges familiales présentes, il sera trop tard.

            Lorsque l’on accepte le fait – testé scientifiquement et empiriquement – qu’un nombre important de femmes jouissent par stimulation clitoridienne, on peut commencer à imaginer une sexualité plus diversifiée qui ne serait pas centrée seulement sur le coït. Et pas seulement pour les femmes d’ailleurs !
            Je pense qu’à force de relier systématiquement des représentations des femmes en tant qu’objets de désir hétérosexuel des hommes, cela influence la perception des femmes par les hommes. Mais c’est aussi une injure faites aux hommes de les considérer comme gouvernés uniquement par leur désir sexuel ! Et tous les hommes n’ont pas de relation d’asservissement des femmes dans leurs relations sexuelles ! L’une des clés, à mon avis, est de prendre en compte les désirs de son/sa partenaire et de développer son empathie : accepter de ne pas être constamment au centre de l’attention des autres, de donner plutôt que de recevoir, et finalement de partager de manière bilatérale (ou plus selon affinités).

            J’irais même beaucoup plus loin : pour moi, on peut même se poser la question : « est ce que le plaisir sexuel est dépendant de la présence d’une autre personne »? « Ne peut on pas avoir une sexualité épanouie, même si l’on est seul? »
            La pulsion sexuelle est un ressort puissant de l’action humaine, notamment car elle relève de l’instinct de survie pour l’espèce. Effectivement, la stimulation clitoridienne est la clé du plaisir chez la femme, mais pourquoi ne pourrait elle pas elle même trouver, sans l’aide de personne, les voies de son propre plaisir? Et quid de l’homme? Pourquoi ne pourrait il pas trouver le plaisir sexuel par lui même, en l’absence de la femme, sans que cela soit considéré comme ridicule? Si l’on considère que le désir sexuel peut être assouvi et satisfait même en l’absence de partenaire, cela signifiera que la recherche du partenaire se fera plus dans l’esprit du partage et non pas dans l’esprit de désir d’obtention.

            Je pense que l’une des solutions à ce problème est déjà de sortir de cette binarité homme/femme. Tous les hommes ne se comportent pas comme l’archétype des hommes « virilo-virils », toutes les femmes ne se comportent pas comme l’archétypes des femmes « féminines » ; un grand nombre de personnes sortent des normes de genre pour explorer une infinie diversité de rôle, d’expression, d’identités. Tout comme tout être humain ne rentre pas dans les catégories binaires définies comme étant de sexe féminin ou masculin (ce sont les personnes intersexuées).
            En bref, la réalité est bien plus riche que deux catégories distinctes. Les analyses des féministes ont montré comment le patriarcat pouvait aussi nuire à des personnes de genre masculin en leur imposant des rôles prédéterminés. Les différences biologiques entre les sexes ne justifient pas les différences de statuts sociaux des individus : en quoi avoir un utérus (ou autre attribut biologique arbitraire) ou pas justifierait le droit d’avoir tel ou tel centre d’intérêt, tel ou tel métier ? Les études sur le cerveau ne prouvent pas une différence entre les sexes, mais plutôt une plasticité étonnante du cerveau qui s’adapte en fonction des expériences vécues… d’où l’importance de l’éducation par exemple…

            Je pense que le problème de la binarité, et du désir de nombreuses sociétés de classer les personnes par catégories est un problème qui va bien au delà de simple division homme femme. En effet, une société contrôle mieux les individus qui la comprennent en luttant contre la notion d’individualité, au profit de l’esprit de groupe, de personnes classées en catégories : le fait que beaucoup de gens recherchent aussi à appartenir à un groupe établi dans la construction de l’identité facilite ce travail de « classement » de la société.
            De plus, dans le cadre du marketing, avoir une population classée par catégories aide à vendre, car il est beaucoup plus difficile de cibler commercialement des gens que l’on voit comme autant d’individualités différentes que de cibler un groupe défini par une caractéristique quelconque (sexe, âge, etc…)
            Cela explique entre autres que les sociétés adorent formater les gens, les faire rentrer dans une norme, et que souvent le fait d’être hors norme est vu comme nocif, car rendant le contrôle de l’individu par la société plus difficile.

            Il existe des différences de considération et de traitements entre les femmes et les hommes : pour mieux les combattre, il est pertinent de les nommer, de les décrire pour mettre en place de solutions pour contrer ses différences. Avec à terme, la volonté de ne pas du tout prendre en compte ses différences, ou encore de décliner à l’infini toutes les variétés possibles d’identités et de les reconnaître d’égale valeur.

            Exact : parler d’un problème honnêtement est indispensable pour le résoudre. Décliner à l’infini la diversité et la reconnaître d’égale valeur serait génial, mais ce serait pour une société d’accepter d’être incapable de contrôler ses membres, ce qui n’est pas facile. De plus, comment ne pas prendre en compte qu’une femme peut tomber enceinte, et non un homme, avec toutes les différences que cette situation entraîne entre l’homme et la femme?

  11. Etant une grande lectrice (de tous les genres), j’ai pu constater, malheureusement, un problème plus que récurrent… le viol !

    Le nombre de romances où l’héroïne se fait violer ou subi des attouchements sexuels) par le héros mais ils finissent quand même ensemble me sidère ! Le plus classique étant bien entendu le fameux « baiser volé », ou comment embrasser une femme par surprise/force sans son consentement…

    Et ce bouquin/film ne fait malheureusement pas exception à la règle, il porte même à sa quasi-apogée tous les abus physiques et psychiques dont sont victimes les héroïnes de romance par le héros dans la littérature sentimentale !

    Je suis vraiment écoeurée par toutes ces littératures (que je ne me gêne pas de critiquer à la moindre incartade de ce genre sur divers sites)… et je suis également atterrée car la plupart de ces livres sont l’oeuvre… de femmes !

    • … et le pire, c’est que dans la quasi totalité des cas, ces abus ne sont pas présentés comme tels mais comme une technique de séduction, comme romantiques !

  12. Bonjour,

    J’ai pas vu le film et les livres (la flemme, l’oubli et j’ai pas envie), mais j’ai un article sur 50 shades et le porno et une page Facebook à vous partager si ça vous intéresse.

    L’article:
    partage-le.com/2015/03/la-pornographie-cest-ce-a-quoi-ressemble-la-fin-du-monde-chris-hedges/
    Je ne sais pas si tout ce qui est dans cet article est vrai (je ne regarde pas de pornos) mais je trouve ça très intéressant.
    Même si l’article original vient d’un homme, ce qu’il dit est intéressant et assez intelligent.

    La page Facebook:
    https://fr-fr.facebook.com/2en1dualite/?rc=p

    Qu’est-ce-que-vous en pensez?

  13. Notons également l’onomastique dérangeante. Le surnom de l’héroïne est « Ana », et le nom de la soeur de Christian, « Mia », deux « surnoms » donnés respectivement par des anorexiques et boulimiques à leur mal être, le personnifiant. Et en effet, Ana, dans 50 nuances, mange peu, est décrite comme étant trop maigre, insiste même auprès de Christian pour sauter des repas, etc… et Mia est débordante de joie, pulpeuse, etc… Ces deux représentations correspondent à la visions qu’ont les mouvement « pro ana » et « pro mia » (des mouvement prônant l’anorexie et la boulimie comme étant un mode de vie apparus dans les années 2000) des troubles du comportement alimentaire.
    Je trouve absolument dingue que personne n’en parle (même si, bien sûr, la culture du viol est le point le plus problématique du film).

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