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Disney: Empire, Marchandise, Idéologie (Partie 1/5: Publicité, marketing, et contrôle de l’information)

 

Castle

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« I think of a child’s mind as a blank book. During the first years of his life, much will be written on the pages. The quality of that writing will affect his life profoundly. » Walt Disney

(« Je pense que l’esprit d’un enfant est comme un livre vierge. Durant les premières années de sa vie, beaucoup sera écrit sur ces pages. La qualité de cette écriture affectera sa vie profondément » Walt Disney)

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Cette suite d’articles va être consacrée non pas à un ou plusieurs films de Disney (même si plusieurs films Disney seront bien évidemment invoqués), mais plutôt à d’autres domaines de l’entreprise Disney: tous les produits dérivés qui sont élaborés à partir de leur films, ainsi que les techniques de marketing et de communication que Disney met en place pour créer et maintenir son image auprès du public.

Je pense qu’il est important de signaler d’emblée comment j’en suis arrivé à écrire ces articles, et quel était mon objectif en le faisant.

Dans ma jeunesse, j’ai regardé (et adoré) de nombreuses fois les films Disney. J’étais émerveillé par l’animation, indiscutablement d’une grande qualité, et je m’identifiais aux personnages et aux histoires sans être en mesure de questionner ces schémas qu’on m’invitait à trouver légitimes et même souhaitables. Je n’avais, il va sans dire, aucun recul critique par rapport à ces films, que ce soit leur contenu ou leur mode et moyens de production et de diffusion.

En grandissant et en me politisant un peu, j’ai commencé à avoir un regard plus critique sur le monde de Disney, mais cette critique se limitait très souvent à me dire « oui c’est une grosse entreprise qui fait ça pour le fric », sans jamais rentrer dans le détail des fonctionnements et des présupposés politiques, que ce soit des films eux-mêmes ou de tout ce qui les entourait, dont j’ignorais un peu l’existence et la portée. Je ne savais pas par exemple que la croissance de Disney ne se limitait pas au succès et aux recettes de leur films, mais correspondait bel et bien à une expansion et une emprise dans un maximum de domaines de la culture et de la communication. Je ne savais pas non plus que cette croissance correspondait à une philosophie agressive d’exploitation des travailleurs-euses les plus précaires et les plus fragiles.

La première fois que j’ai commencé à m’intéresser à Disney en tant qu’entreprise multinationale et non simplement comme simple producteur de films, c’était lorsque j’ai vu pour la première fois le documentaire « Mickey Mouse Monopoly », qui déjà esquissait des pistes de réflexions en ce qui concernait l’étendu de l’influence de Disney, non seulement donc à travers leur films mais également à travers tout le reste. C’est de ce tout le reste que j’ai essayé de rendre compte ici. La lecture du livre « The Mouse That Roared », qui est cité mainte fois dans cet article (et les suivants), a énormément nourri ma réflexion sur le sujet. A la lecture de ce livre, Disney n’apparaît plus comme une simple boîte de production artistique dédiée à créer des films grand public plein de magie et d’innocence, mais comme quelque chose de bien plus complexe et de bien plus politique.

Au début de la rédaction de ces articles, je comptais uniquement écrire un seul article, sur la production et l’influence des produits dérivés des films Disney. Je me suis vite rendu compte qu’un tel article serait quelque peu incomplet, vu la masse d’informations que je dévorais dans mes recherches, et j’en ai conclu que ça serait bien plus pertinent d’essayer de faire un tour (loin d’être exhaustif, bien entendu) des diverses facettes de Disney, qui ne se limitent pas (loin de là) aux films et à leur produits dérivés.

J’essayerai donc ici de dresser un portrait de Disney qui rompt quelque peu (c’est un euphémisme) avec l’image de l’innocence enfantine, de la magie et du bonheur que Disney cultive chez ses consommateurs et consommatrices (de manière très agressive, comme nous allons le voir). Pour cela je vais mobiliser des faits et informations qui ne sont pas ou peu connus du grand public (personnellement je ne connaissais pas, au début de la rédaction de ces articles, les 9/10 ème des informations qui y sont contenues), ainsi que tenter de contextualiser ces infos et d’analyser les stratégies et les buts de cette multinationale qui occupe une place si prépondérante dans notre culture, et surtout dans la culture des enfants.

A vous bien sûr de juger si vous trouvez pertinentes les informations, les contextualisations et les analyses contenues dans ces articles 🙂

En guise d’introduction, je trouve que le mieux à faire est de traduire un passage du livre en question, de Henri A. Giroux et Grace Pollock: « The mouse that roared: Disney and the end of innocence », dont je vous recommande vivement la lecture :

« Dans la dernière décennie, le pouvoir des corporations s’est élargi jusqu’à toucher tous les aspects de la vie de tous les jours. Un des exemples les plus visibles peut se voir dans le rôle chaque jour plus grand que la corporation Walt Disney joue dans le façonnage de la culture populaire et des discours publics plus larges aux États-Unis comme à l’étranger. Jadis une entreprise qui produisait en premier lieu pour les enfants entre 3 et 8 ans avec ses dessins animés, ses parcs d’attraction, et ses émissions télévisées, le Disney du nouveau millénaire est à la pointe des conglomérats des supports multimédias qui commercialisent agressivement leurs produits pour les bébés, les enfants en bas âge, et les pré-ados. Les sites internet, jeux vidéos, images de synthèses, Disney TV, et la musique pop (développé à travers les franchises tel que High School Musical, Hannah Montana et les Jonas Brothers), sont aujourd’hui des outils puissants qui maintiennent les fans en leur pouvoir jusqu’à leur adolescence et leur âge adulte. Allié à Apple Inc. (Steve Jobs tenait la plus grande portion individuelle de parts Disney), ainsi qu’au studio d’animation Pixar, Disney est sans l’ombre d’un doute un modèle exemplaire du nouveau visage du pouvoir des corporations dans ce début de 21ème siècle. Comprendre Disney n’est ni simple ni trivial. Comme nombre d’autres mégacorporations, Disney se focalise sur la culture populaire et étend sans cesse ses produits et services de façon à atteindre toutes les formes de média à leur portée. Ce qui est unique avec Disney, cependant, c’est son image de marque en armure blindée – synonyme d’une notion d’innocence enfantine et de divertissement sain – qui arrive à dévier, si ce n’est écraser, toutes les critiques qui lui sont adressées. En tant qu’icône de la culture Américaine et des valeurs des classes moyennes, Disney plaît à la fois aux parents consciencieux et à l’imaginaire de la jeunesse dans son travail de transformer chaque enfant en consommateur-trice à vie des produits et des idées Disney. Si l’on met Disney sous la loupe, cependant, nous voyons rapidement apparaître une contradiction entre l’ethos commercial acharné de Disney et une culture Disney qui se présente comme étant la panacée de la vertu et de l’innocence enfantine. »

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I. Publicité, marketing, et contrôle de

l’information

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Quelques chiffres…

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En 1991, Disney faisait 6,1 milliards de dollars de recettes. Ce chiffre grimpe à 22 milliards de dollars de recettes en 1999, et, dix ans plus tard, à 37,8 milliards de dollars. Nous avons donc à faire à une entreprise en croissance explosive. En 2011, les produits dérivés des films (sur lesquels je reviendrais plus longuement dans un prochain article) représentent 816 millions de dollars de bénéfices, ce qui est plus que les films eux-mêmes, qui n’en rapportent « que » 618 millions. La plus grosse part des bénéfices de Disney provient des parcs d’attractions et de Disney Media Networks, sur lesquels je reviendrai également dans un prochain article.

Le projet Global Disney Audiences Project a trouvé que sur les 1250 jeunes adultes (de 18 pays différents), 98% avaient vu au moins un film Disney. Une des questions posées demandait quels mots illes associaient à Disney. Les réponses évoquaient le plus souvent les mots « joie », « bonheur », « fantaisie », « imagination », et « famille ».

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Des techniques de marketing acharnées…

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La marchandisation des films Disney, qui depuis le tout premier long métrage Disney, commence des semaines voire des mois avant la sortie du film en question, est d’une agressivité sans complexe, et, bien sûr, vise les publics les plus jeunes, dont on sait (après de nombreuses études sur le sujet) qu’illes sont moins à même de se protéger contre les messages publicitaires. Des sacs d’écoles, des trousses, des figurines trouvables dans les céréales ou au restaurants fast-food, en passant bien sûr par les publicités télévisées ou des affiches, tout est bon pour inciter ou plutôt manipuler les enfants à vouloir à tout prix voir leurs films ou acheter leurs produits.

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Un aperçu, très rapide, de certains des différents produits Disney

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Nous vivons dans une culture capitaliste où les enfants sont de plus en plus les cibles privilégiées des entreprises, qui ont bien compris que si l’on familiarise les enfants très tôt avec ces produits, l’on accroît les chances que plus tard illes en deviennent des consommateurs « loyaux », ainsi que le fait que les enfants influencent une bonne partie des achats des ménages1. Pourtant, de moins en moins d’efforts sont faits pour protéger les enfants de ces messages publicitaires et pour leur apprendre à porter un regard critique sur ceux-ci.

Il me semble que cette éducation est absolument indispensable, surtout lorsque l’on comprend un peu les moyens que ces grandes entreprises mettent en œuvre pour calibrer à la nuance prêt leur marketing pour capter les jeunes enfants, les pré-ados, et les ados. En 1983, le marché mondial de la publicité qui vise les enfants étaient d’environ 100 millions de dollars. En 2004, ce chiffre était de environ 14.4 milliards de dollars, et en 2009, il était de plus de 17 milliards de dollars…

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Disney est à la pointe de ces moyens. En 2009, un article à la une du New York Times nous informe2 que Disney fera tout pour capitaliser sur les 50 milliards de dollars que les garçons entre 6 et 14 ans dépensent par an.

Une des façons qu’a trouvé Disney de produire des « hameçons émotionnels » pour appâter les garçons dans le « merveilleux monde de Disney », c’est d’embaucher des psychologues pour enfants, des anthropologues, des chercheurs-euses en tout genre.

Comme Kelly Peña par exemple, mieux connu comme « la femme qui murmure aux oreilles des enfants ». Ses stratégies peuvent laisser songeur-euse…regarder dans le placard des enfants, aller faire du shopping avec les garçons et les payer 75 dollars pour une interview…sans leur dire que c’est pour amasser des informations pour Disney.

Bon nombre de psychologues, comme par exemple Allen D. Kanner, ont publiquement critiqué les psychologues pour enfants qui travaillent pour les grandes entreprises comme Disney.

En effet, l’on peut se demander comment ces gens font pour marier leur profession, qui est quand même censée défendre le bien être physique et psychique des enfants, avec leur travail pour des entreprises qui sont uniquement préoccupées par le souci d’exploiter ces mêmes enfants pour des gains commerciaux.

Lorsque l’on sait que les publicitaires font preuve d’un acharnement sans limites lorsqu’il s’agit de trouver la bonne formule de marketing, jusqu’à tester les réponses biométriques des adultes aux publicités sur internet par exemple3, l’on peut se demander pourquoi il y a si peu de critique ou au moins de débat public en France (mais pas que) sur cet acharnement agressif et malveillant envers les enfants de notre société.

A noter au passage qu’une telle critique a eu lieu en Suède, ainsi qu’en Norvège et au Québec, qui ont interdit la publicité qui utilise ou qui cible les enfants avant 21h du soir et a interdit les publicités immédiatement avant et après, ainsi que pendant, les émissions de télé réservées aux enfants, précisément parce qu’il existe dans ses pays là une vigilance vis-à-vis de la manipulation d’êtres qui sont incapables de se défendre. En Italie, il est interdit d’interrompre les émissions pour enfants avec des pubs. En Grèce, il est interdit de faire de la publicité pour les jouets à la télévision.

En France, entre 1986 et 1992, les lois régulant les publicités pour enfants et utilisant les enfants ont été assouplies, et c’est aujourd’hui les publicitaires elleux-mêmes (représenté-e-s par l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité, la ARPP ) qui sont censés « s’autoréguler ». Autant dire qu’il ne se passe rien.

La ARPP, n’ayant visiblement pas peur du ridicule, est même allé jusqu’à dire « la publicité s’adressant aux enfants ne doit pas susciter un sentiment d’urgence d’achat ou suggérer que cet achat possède un caractère indispensable »4.

Quiconque a déjà regardé une publicité (qu’elle soit pour enfant ou adulte, d’ailleurs) sait que c’est PRÉCISÉMENT cela que cherche à faire toute publicité.

Un exemple parmi tant d’autre, une publicité pour Disneyland Paris qui date de 2011 et qu’on peut trouver ici http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=aFoJtjjLUQI.

Je pense aussi (encore une fois, c’est juste un exemple parmi tant d’autres) à toutes les publicités pour Pokemon, dont le jingle est « Gotta catch ’em all », en Français « Collectionne-les-tous ».

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Il est d’ailleurs à mon avis capital de s’intéresser et de réfléchir à la publicité.

Dans une économie de marché qui voudrait, en principe, que les consommateurs-trices soient des êtres informé-e-s, faisant des choix rationnels sur les produits qu’illes consomment (si si, je vous assure, c’est ce que diront la vaste majorité d’économistes sur la théorie du capitalisme et l’économie de marché), les publicités ne devraient pas prendre la forme qu’elles prennent. Elles devraient être des énumérations de caractéristiques, pour informer les consommateurs-trices du produit dans son ensemble, ainsi que les autres produits que cette boîte veut vendre, pour que les consommatrices-teurs puissent prendre une décision informée, rationnelle, sur le-s produit-s qui les intéressent.

Or, l’on voit bien que l’information réellement donnée sur les produits dans les publicités est minimale, voire, assez souvent, totalement absente. Le but n’est donc PAS d’informer les gens sur le produit, et de les aider à prendre des décisions informées et rationnelles, mais bien de les inciter à l’acheter SANS informations, de façon totalement « émotionnelle » et irrationnelle, bien souvent en jouant sur les névroses des gens, quitte à leur en inventer si jamais il est nécessaire. Je ne trouve pas d’autre mot pour ça que « manipulation », et cela devient encore plus flagrant lorsque le public visé sont des enfants, qui ne sont pas psychiquement en mesure de comprendre cet aspect manipulateur de la publicité avant 8 à 11 ans, selon les études.

C’est d’ailleurs pourquoi la ministre de la culture Suédoise, Mdme Marita Ulvskog, a déclaré en 2001: « C’est seulement lorsque les enfants ont l’âge de comprendre les objectifs cachés de la publicité qu’il est souhaitable de les y exposer. »5

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Il est à mon avis important de souligner que le rapport qu’ont les publicitaires aux enfants est réellement un rapport de prédation. Les publicitaires reconnaissent que les enfants représentent en fait 3 marchés différents: leurs dépenses directes6, les dépenses sur lesquelles illes ont de l’influence, et dernièrement, et peut-être surtout, les futures dépenses de ces mêmes enfants une fois devenu-e-s adultes. Il devient donc capital de créer des « brand loyalties » (la fidélité du client à une marque) quand l’enfant est jeune et vulnérable car l’on comprend que ces « brand loyalites » se poursuivront une fois adulte. Les enfants « ne sont pas des enfants mais plutôt des ‘consommateurs/trices en évolution’ »7.

Dans son très influent livre « Kids as Customers: A handbook of marketing to Children », James McNeal énumère les différentes étapes dans l’évolution de « l’enfant consommateur », de l’âge de 1 an à l’age de 5 ans, et explique les différentes stratégies pour capter l’attention et également la fidélité de cet enfant.

Une autre citation (trouvé dans cet article très intéressant http://www.uow.edu.au/~sharonb/children.html) qui fait plaisir, le président de Kids ‘R’ Us, Mike Searles: « Si un enfant t’appartient dès le plus jeune âge…cet enfant t’appartiendra sûrement pour des années à venir ». Sympa comme ambiance, non?

Les techniques qui découlent de ce rapport de prédation font preuve d’une ingénuité tristement efficace. Il y a par exemple les émissions télé où les personnages sont modélisées sur des jouets, créant d’emblée un rapport à la consommation dans l’esprit des enfants. Également, pour flouter encore plus la distinction entre publicité et émissions télé, tout en manipulant à des fins commerciales l’affection que l’enfant entretien pour ces personnages, les publicités sont passées autant que possible dans le créneau qui se trouve au milieu de l’émission en question.

Chez Disney, notamment, les activités commerciales sont conçues pour toutes se renforcer: « Les magasins Disney promeuvent les produits consommateurs qui eux-mêmes promeuvent les parcs d’attraction qui eux-mêmes promeuvent les émissions télé. Les émissions télé promeuvent l’entreprise Disney. »8.

Sur internet, les scrupules des publicitaires font le très petit bond de « peu » à « non-existantes ». Des enfants aussi jeunes que 4 ans sont visé-e-s en toute impunité, qui plus est en se frottant les mains car internet constitue un accès aux enfants où les parents sont encore moins présents, donc en quelque sorte un « média » avec encore moins de « médiation ». Comme l’explique l’entreprise Saatchi and Saatchi (une grosse agence de marketing qui ventait son service appelé KID CONNECTION): « …la technologie interactive est à l’avant-garde de la culture des enfants, nous permettant ainsi de rentrer dans la vie des enfants d’aujourd’hui et communiquer avec eux dans un environnement qu’ils pensent leur appartenir » (c’est moi qui souligne).

Ainsi on fait remplir aux enfants des informations personnelles pour par exemple peut-être gagner un t-shirt ou quelque chose du genre et puis on utilise l’information recueillie pour leur envoyer des publicités individualisées. Tout ça à un âge où la plupart des enfants ne comprennent même pas le concept d’« informations personnelles ». L’idée semble être de créer un environnement où les enfants se sentent totalement en contrôle alors même qu’illes sont totalement manipulé-e-s.

C’est dans cette optique que Disney à acheté en 2007 Club Penguin9, pour 700 million de dollars, et a également lancé Toontown Online et DisneyFairies.com. Il a également refait son site (Disney.com) en 2007, pour inclure des jeux vidéos, des réseaux sociaux, du contenu customisable, et des vidéos à la demande.

Tout ça avec un succès énorme. Le site DisneyFairies.com, par exemple, attire plus d’un million d’internautes par jour.

Les adolescent-e-s, de façon générale, font moins attention aux publicités, mais sont tout de même extrêmement vulnérables à une industrie qui joue constamment sur leur manque d’assurance et leurs névroses, à un âge où illes sont en pleine construction de leur identité. Les publicités tentent de leur donner la définition de la normalité, à un âge où le besoin d’appartenance à un groupe est souvent extrêmement fort. Cela influe sur leur façon de voir et d’obtenir des modèles appropriés pour le monde adulte, et les encourage à chercher le bonheur et la valeur de soi à travers la consommation.

Il me semble assez clair que lorsque le pouvoir d’une entreprise comme Disney reste sans contre-pouvoir et sans régulation publique, les logiques et idéologies mercantiles et consuméristes qui sont au cœur de ses entreprises vont les pousser vers ce genre de pratiques manipulatrices, en occultant, ou carrément en ignorant le bien-être ou l’équilibre psychique des enfants qu’ils visent. Ce qui est le plus troublant, c’est qu’il semble que cette logique ne connaît aucune limite, et ces entreprises ne semblent trouver aucun problème à exploiter les membres les plus vulnérables de notre société.

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et une valeur marchande avant tout

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Comme je le disais au début de l’article, les produits dérivés des films Disney représentent en terme de bénéfices plus que les recettes de films eux-mêmes. Nous avons donc affaire à un partie de l’empire Disney qui demanderait qu’on s’y attarde au moins autant que ses productions cinématographiques. En effet, à partir de ses films, l’empire Disney a su être pionnier de l’exploitation commerciale des personnages et des univers de ses derniers10, en multipliant à la fois les supports physiques (vêtements, matériel scolaire, tasses, figurines, jeux et jouets pour enfants et j’en passe…) ainsi que les supports médias de leurs histoires (bon nombre de films Disney ont été adaptés en comédie musicale, souvent avec des résultats plus que satisfaisants d’un point de vue économique, sans compter les jeux vidéos et les sites internet, en pleine expansion dernièrement).

Cette commercialisation à outrance de la marque Disney n’est pas sans poser quelques questions, surtout lorsqu’elle touche à l’éducation des enfants ainsi qu’à leur temps de jeu et d’épanouissement. Walt Disney lui-même ne cachait pas sa fascination pour l’éducation des enfants, et pensait que c’était un domaine dans lequel son entreprise devrait fortement investir. Alors que les exemples de « partenariat » entre Disney et des écoles publiques se multiplient11, nous verrons que dans la tristement célèbre ville « Disney » Célébration, aux Etats-Unis, l’école y est presque entièrement financée et gérée par Disney, qui choisissent donc à la fois les contenus et les approches pédagogiques.

Je ne rentrerai pas ici dans le détails de l’aspect genré des produits dérivés (que j’aborde dans un autre article), ni sur les aspects assez troublants des jeux et des jouets liés au films Disney, qui représentent tout de même une tentative (plutôt « réussie », pour l’instant) de la part de Disney de commercialiser la culture des enfants. Tous ces points seront abordés dans l’article suivant.

Mais avant d’aborder exactement ce qui pose problème dans les jeux et les jouets eux-mêmes, il faut rappeler que Disney n’est pas juste une entreprise qui produit des films et qui possède des parcs d’attractions.

En effet, Disney est un véritable empire qui possède six studios de productions de films, le réseau télévisé ABC12 ainsi que ses 226 chaînes affiliées, de nombreuses chaînes télévisés sur le « câble » (l’équivalent de CanalSat), 227 chaînes de radio, 4 studios de productions de musique, 3 lignes de croisières, plusieurs boîtes de production théâtrale, de maisons d’éditions, d’équipes de sports, de boites de production médiatique, 15 magazines différents, et 5 boites de production de jeux vidéos. Cette omniprésence veut dire concrètement que Disney détient, à lui-tout seul, la possibilité de « transformer tous les éléments de communication et d’information en une publicité pour un des ses produits ».13

 Disney

Un petit aperçu de l’innocence et de la magie Disney14

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Cette capacité se dédouble aussi d’une alarmante tendance à censurer toutes les informations qui pourraient aller à l’encontre de l’image de marque que veut se donner Disney. Ainsi, en 1998, un reportage devait passer sur la chaîne ABC sur l’émission d’investigation 20/20 qui pointait le fait que Disney avait 1) embauché dans leur parcs d’attraction des personnes qui étaient sur le registre des délinquants sexuels, a 2) ensuite refuser de passer au crible ses employés et a 3) également refusé d’aider des investigations sur le sujet. Ce reportage a été censuré par le président de ABC News quelques heures avant sa diffusion, soi-disant pour « problèmes avec la qualité du reportage ». Cette censure va bien évidemment complètement à l’encontre de la déontologie en la matière, qui stipule que la direction ne doit jamais interférer dans tout ce qui relève de l’information, pour des raisons assez évidentes qui relèvent de la liberté d’information.

J’ouvre une parenthèse ici pour noter que Disney appartient à cette grande famille de conglomérats médiatiques qui payent très cher pour avoir leur « voix » entendu dans les hautes sphères politiques. Des millions de dollars tous les ans sont versés au « lobbyistes » pour que celleux-ci influencent les politiques pour les encourager à voter des lois favorables aux monopoles médiatiques, ou alors alléger les régulations contraignantes.

Il est assez rigolo de noter que ces entreprises embauchent souvent les mêmes lobbyistes que les compagnies d’assurance, les pharmaceutiques, le tabac et les armes.

Il est difficile, vu la nature opaque des procédés, de savoir exactement combien chaque conglomérat dépense par an, mais le site opensecrets.com nous apprend qu’en 2012, Disney seul a dépensé presque 4 million de dollars en lobbying.15 Et Disney n’est qu’une des gigantesques entreprises médiatiques, les autres étants (aux Etats-Unis en tout cas) : Time Warner (CNN), News Corp (Fox News), Comcast (NBC et MSNBC) et CBS.

Tous ces conglomérats dépensent des millions de dollars par an dans le lobbying, et protègent farouchement le quasi-monopole dont ils disposent. Cela peut se voir autour des projets de lois SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect IP Act). Tandis que la vaste majorité des médias possédés par ces conglomérats se taisaient et ne parlaient pas de ces projets de lois (il ne faudrait pas non plus informer le public sur des projets de lois qui risquent d’avoir un impact majeur sur leurs vies, non mais quel idée!), ces mêmes conglomérats dépensaient des million de dollars pour influencer le Congrès sur les lois en question.16

Tout ça pour dire que Disney n’est pas le seul acteur en jeu ici, et il serait une erreur à mon avis de penser que Disney est foncièrement différent de ces autres gigantesques entreprises, qui ont peu ou prou les mêmes intérêts à cœur. Je ferme la parenthèse.

L’influence du conglomérat qu’est devenu au fil des années Disney ne peut être sous-estimée, et s’étend aussi dans le domaine légal. Henri Giroux et Grace Pollock ont du changer la couverture de leur livre « The Mouse that roared » car la maison d’édition avait peur de se voir poursuivre en procès par Disney, apparemment parce qu’ils ont eu l’idée saugrenue de mettre une photo de Mickey Mouse dans un piège à souris sur la couverture. Bon nombre d’autres auteurs ont connu les mêmes problèmes avec la menace que faisait peser Disney sur leur maison d’éditions.17 Il est assez courant aussi de lire dans des livres critiques sur l’empire Disney que les auteurs n’ont pas eu le droit d’utiliser certain titres pour leur livres parce que leur maison d’édition avait peur d’un procès par Disney.

Mais qui donc pourrait penser que Disney est contre la liberté de la presse? Contre les valeurs d’insoumission et d’esprit critique qui sont la condition sine qua none d’une démocratie en bonne santé?

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Un exemple parlant

 

Cette partie a été écrite par L.D., qui est aussi auteure sur ce site. Merci infiniment à elle pour ces infos et analyses que je trouve très pertinentes.

En grand maître de son image, la compagnie Disney transforme même une des périodes les plus noires de ses studios d’animation en conte de fée. Ainsi, dans le documentaire Waking Sleeping Beauty, Don Hahn, réalisateur et producteur chez Disney depuis les années 80, évoque la période sombre du studio qui a mené à son « nouvel âge d’or » avec les quatre films Disney les plus populaires aujourd’hui : La petite sirène, La Belle et la Bête, Aladdin et Le Roi Lion.

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Dans des Interviews, Don Hahn déclare souvent qu’il lui a été demandé d’écrire un film avant tout basé sur l’émotion (il le déclare ici : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=7yLPzPG-eS0 ou encore ici : http://www.premiere.fr/Bandes-annonces/Video/Waking-Sleeping-Beauty-VOST-Interview ) ce qu’on ressent fortement au visionnage du documentaire qui refuse toute réelle analyse et se contente de dramatiser des faits.
De même, s’il décrit les guerres d’ego et luttes intestines des studios, il le fait plus de vingt ans après les faits ce qui en réduit drastiquement la portée.
Le documentaire est d’ailleurs sorti peu avant un « troisième âge d’or » Disney avec le succès de Raiponce en 2009 et il passe sous silence une période sombre plus récente : pas sombre au niveau monétaire ceci-dit puisque Disney a multiplié ses revenus entre les années 90 et 2000 grâce au merchandising, mais sombre pour les studios d’animation eux-mêmes qui ont enchaîné les flops et se sont notamment fait battre à plates coutures par Dreamworks à plusieurs reprises. De la fin des années 90 au retour en force du conte de fée avec Raiponce, Disney a également multiplié les suites de ses longs métrages, suites généralement moins bien animées et peu cohérente avec l’oeuvre de base sorties directement sur cassette ou en DVD  et que même les plus grands fans du studios aux oreilles de souris critiquent âprement.
Rien n’est dit non plus sur les discordances et la séparation momentanée entre Disney et Pixar (2004)… aujourd’hui, les deux studios semblent réellement ne faire qu’un (Merida, une héroïne Pixar intègre même le clan des Princesse Disney… hélas)
Dans cette interview : http://www.premiere.fr/Bandes-annonces/Video/Waking-Sleeping-Beauty-VOST-Interview , quand on lui demande s’il trouve qu’il y a des différences dans la manière de concevoir les films entre maintenant et aujourd’hui, Don Hahn répond en plaçant Disney comme monument immuable à la qualité éternelle :
« So wether you’re an animator sitting at the Disney Studios in 1937 working on Snow White and the seven dwarves or wether you’re an animator sitting at the Disney Studios working on a film like Toy Story 3, it’s about great stories and it’s about creating wonderful transportive experience in the movie theater, and that hasn’t changed, that’s a tale as old as time, that comes from the greek theater and telling good stories is something we’ll always want and need as human beings. »
« Qu’importe que vous soyez un animateur des studios Disney travaillant sur Blanche Neige et les sept nains en 1937 ou que vous travailliez sur un film comme Toy Story 3, l’essentiel ce sont de bonnes histoires et de créer une merveilleuse expérience qui fasse rêver les spectateurs et ça, ça n’a pas changé. C’est un conte vieux comme le monde, ça vient du théâtre grec et dire de bonnes histoires, c’est quelque chose qu’on voudra toujours et dont on aura toujours besoin en tant qu’être humains. »
Il revient également beaucoup à l’affect en déclarant quelques minutes après que ce qui rend Disney meilleur que les autres studios c’est que ses employés « aiment ce qu’ils font » et qui ont gardé la « même éthique et la même culture », une « culture de qualité ».
A noter d’ailleurs, que le documentaire Waking Sleeping Beauty est assez pernicieux avec les rivaux de Disney. Don Bluth, ancien animateur Disney qui a d’ailleurs travaillé sur Rox et Rouky avant de réaliser ses propres films, lesquels ont d’ailleurs déjà battu Disney au Box Office (Fievel et le Nouveau Monde avait écrasé Basil détective privé à l’époque), est présenté comme un « sous Disney » qui a détourné les animateurs des studios du droit chemin en les débauchant pour ses propres films.
Quant à Jeffrey Katzenberg, fondateur de Dreamworks dont les films ont longtemps parodié l’univers Disney (notamment dans Shrek) et qui est aujourd’hui le concurrent le plus sérieux de Disney/Pixar, il est présenté comme un odieux personnage à l’ego surdimensionné.
(A noter qu’on lui passe néanmoins de la pommade dans la promotion du film en ajoutant qu’il était néanmoins « talentueux et créatif » http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=7yLPzPG-eS0 )
De même, on met en valeur dans la bande annonce le réalisateur Tim Burton aujourd’hui extrêmement connu qui pourtant s’est longtemps épanché sur le mal-être qu’il a ressenti en travaillant chez Disney à l’époque (il s’était notamment fait renvoyer avec Frankenweenie dans les années 80)
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Tim Burton apparaît trois secondes dans le film et ces trois secondes sont bien entendu incluses dans la bande annonce.
La question n’est pas de savoir ici qui a tort, qui a raison où si Jeffrey Katzenberg était réellement imbuvable mais surtout de constater la façon dont Disney modèle la propre mythologie de ses studios, passant sous silence, ou presque, ses périodes les plus sombres pour glorifier inlassablement ses mythiques « âges d’or » et son immuabilité quasi divine.

L.D.

[Les exemples des pratiques plus que discutables de Disney font légion, je ne vous en ai reproduit que quelques unes par peur que ça fasse trop lourd, mais si vous voulez une histoire un peu plus compète de Disney, notamment sur ses activités anti-syndicales, référez-vous au premier chapitre du livre « The Mouse that Roared »]

Cette fusion entre le pouvoir d’entreprise (et les pratiques anti-démocratiques qui s’ensuivent), le divertissement et la pédagogie publique est ce qui caractérise le mieux Disney, et qui rend d’autant plus difficile à accepter l’image que Disney cultive auprès du public, à savoir d’être le paradigme de l’innocence, du bonheur, et de la magie du monde.

Il y aurait plus à dire sur les idéologies hiérarchiques de Disney, notamment à travers la façon dont sont traités les employé-e-s des parcs d’attractions Disney, qui sont soumi-se-s à des codes vestimentaires et esthétiques strictes (pas de cheveux longs pour les garçons, pas de piercings, pas de pilosité faciale…) ainsi qu’à une surveillance constante de leurs supérieur-e-s.

Pour l’instant il convient juste de dire que derrière son image de marque aseptisée se cache une réalité beaucoup moins « innocente » et « magique ».

*

Liam

*

1James Mc Neal, dans un article daté du 30 Novembre 2006 dans The Economist, affirme que « 47% des achats des foyers Américains (ce qui équivaut à 700 milliards de dollars) sont influencés par les enfants âgés de moins de 14 ans, soit « directement » (Je veux une Renault, Maman.) à hauteur de 340 milliards, soit « indirectement » (Je sais que le petit Nicolas voudrait qu’on achète…) à hauteur de 340 milliards de dollars. Les 40 milliards de dollars restant sont des dépenses directes. ». C’est moi qui ai adapté les exemples, ndlr.

2Sans aucun regard critique d’ailleurs

3New York Times 27 juillet 2009

4Propos recueillit dans le livre « Contre les jouets sexistes » aux éditions L’échapée

5http://www.monde-diplomatique.fr/2004/09/BRUNE/11449

6Dont il ne faudrait pas sous-estimer la taille, car ce marché s’élève à 170 milliard de dollar par an (et cela uniquement sur les téléphones portables, les jeux vidéos et les lecteurs mp3) pour les 8 à 12 ans. Chiffres de euromonitor.com

7Citation en 1995 du PDG de Prism Communications, une agence de marketing

8Un « imagineer » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Walt_Disney_Imagineering) de Disney, cité dans « The Mouse that Roared »

9Un jeu en ligne qui consiste à créer un avatar pingouin et puis gagner de l’argent virtuel pour acheter des objets tels que des vêtements, des animaux de compagnie, des ameublements pour son igloo…ce qui bien sûr a pour conséquence de familiariser les internautes avec la consommation (le site vend des pingouins en peluche, entre autre) ainsi que glaner des informations sur ses consommateurs-trices.

10Comme l’explique l’historien Gary Cross dans son livre Kids Stuff, Toys and the changing world of American Childhood, Disney étaitent les premiers à déposer des marques pour ses personnages pour pouvoir exploiter leur énorme potentiel commercial. Déjà dans les années 1930, le visage de Mickey Mouse apparaissait sur « des couvertures, des montres, des brosses à dent, des abats jours, des radios, des bols de déjeuner, des réveils, des lumières de Noël, des cravates, et des vêtements de tout ordre. ».

Également, dans son article « Compulsory Play » du 16 Mars 1998 dans The Nation, Ernest Laursen nous explique que Walt Disney à aussi su être pionnier dans le sens où déjà pour le film « Blanche-Neige et les Sept Nains », environ 70 images du film avaient déjà étaient autorisées pour les produits dérivés plusieurs mois avant que le film ne sorte.

11Par exemple, en 2006 plus de 500 élèves de 8 écoles différentes (niveau CM1) ont participé dans un programme « prototype » qui s’appelait « Comics for Classrooms », dans lequel l’on utilisait la littérature jeunesse Disney pour apprendre aux enfants à lire et écrire. Le Vice-Président de Disney Worldwide Publishing a dit du programme (sans tout à fait maîtriser les implication plus qu’ironiques) : « Les enfants apprennent sans même s’en rendre compte » (http://www.publishersweekly.com/pw/by-topic/1-legacy/24-comic-book-reviews/article/12029-disney-comics-goes-to-school.html). D’autres exemples sont disponibles dans le chapitre 2 de « The Mouse That Roared ».

12ABC était affilié à Capital Cities, un autre conglomérat médiatique, dont Disney est également devenu propriétaire, ce qui a fait de Disney, à ce moment-là (1995), la deuxième plus grande société médiatique au monde.

13Henri Giroux dans « Mickey Mouse Monopoly »

14Pour une liste plus complète, voir ici http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_assets_owned_by_Disney

15http://www.opensecrets.org/lobby/clientsum.php?id=d000000128

16http://mediamatters.org/blog/2012/02/03/how-much-did-media-companies-spend-lobbying-on/184807

17L’exemple le plus frappant est peut être le livre de Michael Sorkin « I’ll see you in Disneyland ». Sorkin voulait utiliser une photo de Disney land (prise de l’extérieur du parc) en couverture, mais s’est vu obligé de la changer quand la maison d’édition à eu peur d’un procès. La couverture a donc été changé à une photo d’un ciel bleu avec des nuages avec comme légende « Le ciel au-dessus de Disneyland ». Il commente dans son livre « DisneyWorld est le premier espace urbain protégé par droits d’auteur au monde »

Autres articles en lien :

23 réponses à Disney: Empire, Marchandise, Idéologie (Partie 1/5: Publicité, marketing, et contrôle de l’information)

  1. Merci pour cet article.

    Sur Wikipedia, la chronologie des rachats de Disney m’avait choqué :

    Principales acquisitions
    1993 – Miramax Films (80 millions de $)
    1996 – Capital Cities/ABC (19 milliards de $)
    2001 – Fox Family Worldwide et Saban Entertainment (5,3 milliards de $).
    2006 – Pixar Animation Studios (7,4 milliards de $)
    2009 – Marvel Entertainment (4,3 milliards de $)
    2012 – Lucasfilm (4,05 milliards de $)

    ————————

    Ce sont qui les pires d’après vous ? Monsanto, Disney ou Charal ?

  2. il y a deux trucs qui me chifonnent dans votre article :

    1. Cette histoire de délinquant sexuel. Comment savez-vous que c’était bien de la censure et pas, en effet, un problème de qualité (par qualité, on peut aussi dire info suffisament vérifiéé)? Imaginez le scandale si le journaliste s’est effectivement planté?

    2. Au vu de l’oeuvre de Tim Burton, je n’ai aucun mal à croire que son passage chez Disney n’a pas du être facile… mais est-ce vraiment à cause de conditions de travail inhumaines?

    3. (et oui) je serais le créateur d’un personnage imaginaire grâce auquel je mettrais (sans plus) à manger dans l’assiette de la famille, je ferais aussi très attention à ce que d’autres n’en fassent pas n’importe quoi. Donc oui, je comprends que Disney ne veule pas d’un Mickey dans un piège.

    Ceci dit, vous avez sûrement raison sur le fait que c’est une société à but très clairement lucratif et pas si bienveillante.

    A nous, parents, de faire gaffe mais en matière de culture enfantine, je vous met au défi de passer outre toutes ces grosses machines, et je ne parle pas seulement de Disney. si vous avez des propositions (qui tiennent la route) je suis preneur.

    • Coucou,

      Merci pour votre commentaire. Je laisserais L.D. répondre sur la question sur Tim Burton, vu que c’est elle qui a écrit cette partie.

      Pour ce qui est de l’histoire de la censure opérée chez ABC, je vais étayer le propos (désolé, ça va être un peu long). Le problème n’est pas tant que le reportage a été censuré, mais c’est que cette censure est venu d’en haut, c’est à dire de la direction de ABC News (David Westin), et non pas de l’édition du journal. C’est ça qui est très important, car la déontologie en la matière veut que la direction de la boite n’interfère JAMAIS avec le contenu du journal, car la journal est là pour informer, (théoriquement) que ce soit pour le bien ou le mal de l’entreprise qui possède le journal (télévisé, dans ce cas précis). Une fois ce pas franchi, la raison invoqué est un détail, car nous avons affaire à un cas où la direction d’ABC News (au moment du reportage, ABC venait donc d’être acheté par Disney) décide d’interférer avec le contenu du journal, qui est censé relever d’un service public.

      Ceci étant dit, tout cela est bien évidemment théorique, car il me semble assez évident qu’un journal télévisé possédé par une entreprise privée va très souvent refléter en grande partie les priorités et a priori politiques de la direction, ne serait-ce que par exemple parce que la direction va choisir lae rédactrices-teurs en chef, la plupart des cadres, des éditeurs-trices… (c’est pas toujours le cas, surtout lors d’une nouvelle acquisition, mais je crois que c’est souvent le cas).
      Du coup, j’ai l’impression que c’est surtout un cas où une limite a été dépassé, mais une limite qui est à la fois très importante et à la fois tout juste symbolique, vu que de toute façon il y a nécessairement une influence de la part de l’entreprise sur le journal et sur les informations qu’on y trouve. Je ne sais pas si je suis clair, vous me direz.

      Ensuite, en ce qui concerne le reportage, je vais étayer là aussi. Le reportage en question a été élaboré par Brian Ross, qui à l’époque avait déjà 20 ans de carrière en tant que journaliste d’investigation (et a gagné un George Foster Peabody Award et deux George Polk Awards), et son collègue de longue date Rhonda Schwartz. Illes avaient commencé à se renseigner sur ce problème à Disney et ont été contacté par les Schweizer, qui écrivaient un livre sur la question, Disney: The Mouse Betrayed,: Greed, Corruption, and Children at Risk. Je ne vais pas vous refaire l’historique de comment tout s’est passé, que vous pouvez trouver ici http://www.nytimes.com/1998/10/19/business/an-abc-news-reporter-tests-the-boundaries-of-investigating-disney-and-finds-them.html

      Ceci dit, je trouve ça assez intéressant de noter que juste quelques jours avant la censure, Michael Eisner avait été sur la radio pour dire « I would prefer ABC not to cover Disney … ABC News knows that I would prefer them not to cover [Disney]. » (Je préférerai que ABC ne fassent pas de reportages sur Disney…ABC savent que je préférerai qu’ils ne fassent pas de reportages sur Disney). Egalement, un journaliste chevronné de ABC avait dit au Philadelphia Inquirer (sous promesse d’anonymité): « Le cauchemar c’est que le journal et notre capacité à faire du journalisme semble être compromis du fait que nous avons changé de propriétaire ».

      Bon, après c’est à vous de vous faire votre propre avis, bien entendu 🙂 .
      Perso je ne peux pas, bien évidemment, affirmer noir sur blanc que le reportage était juste ou pas. Je dis juste que j’ai du mal a penser que cette censure, qui encore une fois est EN SOI un acte extrêmement discutable du fait de qui l’a opéré et de la manière avec laquelle elle s’est faite, relève simplement de « problèmes avec la qualité du reportage ».

      Ensuite, en ce qui concerne votre troisième point sur l’utilisation de l’image de Disney.
      Le problème que j’ai avec ce qu’a fait Disney, ce n’est pas tant leur désir (qui en effet serait justifiable) de ne pas voir une de leur création utilisé n’importe comment. Le problème, c’est que c’est un acte qui se situe dans un contexte plus grand de harcèlement et de défense extrèmement agressif de leur droit à l’image, qui à mon avis piétine rapidement sur la liberté d’informer. J’en ai donné des exemples dans l’article, je vais vous en donner une autre. Dans le documentaire Mickey Mouse Monopoly, Henri Giroux nous dit à un moment: « Lorsque l’on m’interviewait, l’on me demandait quasi-systématiquement: « tu n’as pas peur d’écrire sur Disney de façon critique? »…et j’étais effaré, et j’ai pensé: « mais où je vis? je vis dans un état policier? je croyais que je vivais dans un état qui se décrivait comme le sommet de la démocratie, où la dissidence fait partie intégrante de ce que ça veut dire d’être un citoyen Étasunien » »

      J’ai l’impression que du coup ce qui importe à Disney c’est d’avoir un monopole sur la façon dont ils sont représentés et présentés auprès du public, et d’arriver à réguler et contrôler les représentations qui vont à l’encontre de ce qu’ils veulent. Et le véritable problème avec ça, c’est que c’est en tension très directe avec des valeurs démocratiques de liberté d’expression et d’information, qui me semblent important d’être au centre de notre façon d’appréhender le monde et la façon dont nous recevons nos informations sur celui-ci.
      Car, que Disney ne veulent pas de Mickey dans un piège, c’est un chose. Qu’ils utilisent leur pouvoir (très considérable) pour empêcher des gens (qui n’avait pas du tout l’intention de se faire passer pour Disney, bien au contraire) de se servir d’images Disney (même une photo de Disneyland pris de loin) pour pouvoir critiquer Disney et amener des informations que Disney ne veulent pas voir apparaitre, c’est tout autre chose, et à mon avis est une chose très discutable.

      En ce qui concerne les solutions possibles face à ces grosses machines, c’est un sujet qui j’aborde dans un des prochains articles, du coup on pourra en rediscuter quand les autres articles sont publiés si vous voulez (d’ici une semaine ou deux j’aurai tout publié)?
      Car je suis d’accord avec vous, les grosses machines ont un quasi-monopole sur la culture enfantine et c’est à mon avis un problème qui n’est pas a prendre à la légère, et qu’il convient de réfléchir ensemble.

      J’espère que j’ai réussi à être clair (vous me direz si ce n’est pas le cas), et merci encore pour votre commentaire.

      • Ce qui me laisse rêveuse avec Tim Burton, c’est que ses méthodes à lui contrastent beaucoup avec celles de Disney. Il ne cherche pas à s’aligner sur des études de marché. Il crée des films à sa façon, avec son propre mélange spécial de drôle, de macabre et de touchant, et n’essaie pas d’attirer telle ou telle tranche d’âge, du moins c’est l’impression qu’il donne. Pour caricaturer, on peut dire que les studios Disney sont des « fayots qui font tout pour contenter le public » et Burton, un « cancre qui a réussi grâce à son côté unique ».

        J’ai l’impression que ce que disent ces quelques secondes de documentaire, c’est « regardez, nous on a formé un artiste qui a aujourd’hui beaucoup de succès ». On dirait un peu qu’ils essaient de « récupérer » le talent de Burton!

        • Je ne comprend pas.
          Alice au pays des merveilles et Frankenweenie sont des films réalisés dernièrement par Tim Burton produits par Disney.
          Donc le coté « indépendant » de Tim Burton vis à vis de Disney tombe un peu à l’eau non ?

          • Ah, oui. C’est vrai, il n’est pas indépendant de ce côté-là. Mea culpa. Je pensais simplement au fait qu’il sort du schéma de la princesse en jolie robe, c’est tout. Faut que je sorte de ma caverne de temps en temps, moi. mdr

    • Hoop j’arrive après la bataille pour Burton. Alors j’ai jamais dit que Burton avait subi des conditions de travail inhumaines, juste qu’il n’en gardait pas un excellent souvenir et qu’il y a longtemps fait allusion de manière assez moqueuse et revancharde avant qu’on ne lui déroule le tapis rouge aujourd’hui au vu de son succès ^^
      Donc je trouve très ironique qu’on le mette tellement en avant dans un documentaire sur le second âge d’or de Disney sachant que les contributions de Burton a cette époque ont été très limitées car son style n’était pas du tout en adéquation avec le studio (il faisait des arrières plans de Rox et Rouky parce qu’il n’arrivait pas à dessiner des animaux mignons aux gros yeux et toutes ses propositions pour Taram et le Chaudron Magiques furent rejetées)

  3. merci pour les éclaircissements, c’est juste que le sujet du docu « censuré » me laisse songeur. Qu’ un seul délinquant ait pu passer entre les mailles du filet… c’est très, très, très dommage mais je n’irai pas jeter la pierre sur toute une société pour cela. Mais s’il y avait DES délinquants, c’est énorme, ça sous-entend une vraie complaisance vis-à-vis de ce genre de détails de la part de l’employeur mais aussi de toute une série de gens sensé « contrôler » un minimum ce que font ces délinquants listés. C’est un super scandale. il fallait vraiment avoir un dossier en béton armé pour publier ça.

    D’où mon doute sur la « censure » car un truc pareil entre les mains d’une rédaction, c’est limite de la combustion spontanée, directeur ou pas.

    • Je pense qu’un autre (court, je le promet 🙂 ) éclaircissement est peut-être nécessaire/pertinent.
      L’idée n’est pas nécessairement (de fait j’en sais rien, je n’ai pas vu le reportage) que Disney a fait EXPRÈS d’embaucher des personnes coupables de délits sexuels, mais plutôt qu’ils n’ont pas jugé pertinent de faire attention à cela lorsqu’ils ont embauché, et ont ensuite en effet fait preuve de complaisance dans le sens où ils ont refusé de passer au crible leurs employé-e-s et aider avec des investigations sur des crimes perpétués sur des sites Disney. Il se peut très bien qu’ils se sont rendu compte de leur erreur et ont voulu laver leur linge sale en famille, plutôt que de voir cela exposé publiquement et voir l’image de Disney affectée.
      Mais ce que je trouve le plus alarmant dans tout ça, c’est que de fait on a très très peu d’infos sur l’affaire car ABC et Disney ont globalement refusé de s’exprimer dessus. Alors qu’ils n’aient pas voulu s’exprimer sur une affaire qu’ils considéraient calomnieuse pour ne pas crédibiliser l’histoire, c’est une possibilité.
      Mais rappelons-nous, ce n’est PAS LA REDACTION qui a censuré le reportage. Le reportage était prêt à être diffusé, ce qui signifie qu’il avait été approuvé par la rédaction, par les éditeurs-trices, qui ont du a priori penser que le reportage était suffisamment en béton pour mériter d’être diffusé. C’est la DIRECTION qui a décidé que le reportage avait des « problèmes de qualité », ce qui est une toute autre chose. Et le moins qu’on puisse dire c’est que la direction avait certainement (alors ptet entres autres, j’en sais rien) des raisons politiques pour prendre une telle décision, que la rédaction, elle, n’ayant pas ses raisons politiques, n’a pas prise.
      Du coup il aurait été assez pertinent à mon avis d’exiger que la direction fournisse des raisons un peu plus détaillées et argumentées que « ya des problèmes de qualité avec le reportage ».
      Après, en effet, ptet que la direction avait raison et la rédaction avait tord. Encore une fois, n’ayant pas vu le reportage, difficile de trancher.

      Bon, j’arrête là-dessus, encore une fois chacun-e son avis, je pensais juste que l’éclaircissement était nécessaire/pertinent 🙂

  4. La ville rêvée de Mickey

     » Welcome to Walt Disney Company. For the best ! « . C’est ainsi que Jacques Chirac accueillait en 1987 l’entreprise Disney à l’hôtel Matignon. En signant un accord historique avec la multinationale américaine, l’Etat français n’a pas seulement autorisé la construction d’un parc d’attraction, il a, pour la première fois de son histoire, délégué l’une de ses prérogatives à une entreprise privée, l’aménagement du territoire. Car à Marne-la-Vallée, autour du parc Disneyland Paris, c’est une véritable ville qui a été créée de toute pièce. Une ville idéale, la ville rêvée de Walt Disney. Un mariage unique entre le public et le privé, pour le meilleur ou pour le pire.
    Alors 25 ans après, à quoi ressemble cette ville ? L’équipe d’Attention Grands Travaux a mené l’enquête.

    http://www.publicsenat.fr/vod/attention-grands-travaux/la-ville-revee-de-mickey/francis-borezee,vincent-pourquery-de-boisserin,jean-paul-balcou,olivie/116350

    • Intéressant ce doc, dans un autre registre, plus poétique je conseil celui ci
      http://m.youtube.com/watch?v=76U5DTEwltk&desktop_uri=%2Fwatch%3Fv%3D76U5DTEwltk
      Arnaud Des Pallières « Disneyland, mon vieux pays natal »

      « Le film est une commande d’arte pour la série Voyage, Voyage. Arnaud des Pallières a pu tourner le film qu’il souhaitait, malgré le regard intransigeant de Disney. La société, à l’idée de 45 minutes consacrées à son site sur une chaîne à laquelle ils n’ont habituellement aucun accès, accepte le projet du cinéaste. Des Pallières, malin, demande à Disney de dresser une liste de tout ce qu’il souhaitent interdire dans le film. Méthode qui lui permet de réaliser l’œuvre qu’il entend, sans subir une censure après coup. Le résultat est prodigieux. Arnaud des Pallières réalise son film en DV, triture les images, les sons, transformant son film en un voyage expérimental au cœur du monde Disney. Un monde effrayant, triste et morbide. Lorsque des Pallières monte en boucle la courte image d’un Mickey embrassant un enfant, il nous fait ressentir une sorte de folie, d’existence vide et répétitive qui décrit à la perfection ce monde factice. Ces parades, ces déguisements, ces jeux provoquent paradoxalement une impression de tristesse tenace, comme lorsque l’on assiste à un spectacle de clown. Les enfants sont sommés de s’amuser dans cet univers spécialement fabriqué à cet effet. Mais pourquoi s’amuser à ce moment précis ? Comment soutenir la pression des parents inquiets à l’idée que leurs chères têtes blondes n’éprouvent pas un plaisir à la mesure de leur attente ? Il y’a une sorte de suspens qui se crée, d’angoisse latente qui transforme Disneyland en cauchemar. Des Pallières veut réinjecter de la réalité dans ce monde factice, cette entreprise qui s’est réappropriée les grands contes européens pour les transformer en histoires inoffensives, bien éloignées de leurs premières vertus qui étaient d’aider les enfants à grandir. Disney prend en otage ces personnages, ainsi que les enfants qu’il souhaiterait voir à jamais prisonniers de ce monde idyllique. Martin Wheeler (collaborateur attitré d’Arnaud des Pallières, tout comme le chef opérateur de Godard Julien Hirsch et le mixeur Jean-Pierre Laforce qui, chacun, participent pleinement à la création des œuvres du cinéaste) compose une bande sonore étrange, décalée, qui accentue l’angoisse du film, son aspect hypnotique et cauchemardesque. »

  5. « Dans une économie de marché qui voudrait, en principe, que les consommateurs-trices soient des êtres informé-e-s, faisant des choix rationnels sur les produits qu’illes consomment (si si, je vous assure, c’est ce que diront la vaste majorité d’économistes sur la théorie du capitalisme et l’économie de marché), les publicités ne devraient pas prendre la forme qu’elles prennent. Elles devraient être des énumérations de caractéristiques, pour informer les consommateurs-trices du produit dans son ensemble, ainsi que les autres produits que cette boîte veut vendre, pour que les consommatrices-teurs puissent prendre une décision informée, rationnelle, sur le-s produit-s qui les intéressent. »

    Absolument d’accord avec vous. Sur la majorité de l’article d’ailleurs.
    Je suis impressionné. L’analyse est pertinente, il n’y pas de polémiques à deux francs, et pas de racolage, tout est bon.
    Reconvertissez votre dans la critique sociale, c’est juste bien plus réfléchi que la cinématographique.

    Encore bravo 🙂

    • Coucou Flavien,

      Alors je vais essayer de prendre sur moi et poliment esquiver les piques et insultes à peine cachées dans votre post (je ne voudrais pas, après tout, me lancer dans une « polémique à deux francs », ou « faire du racolage », ou partir dans une critique cinématographique « irréfléchi » 😉 ), pour juste me concentrer sur et vous remercier pour vos (quelques) mots encourageant.
      Je suis content que nous soyons d’accord sur la publicité, et apparemment sur la majorité de l’article aussi.
      J’espère que vous êtes reparti (au moins un peu) enrichi de votre lecture et je vous souhaite bonne continuation.

  6. Salut,

    Déjà, merci pour les articles de ce site qui m’ont fait prendre conscience de pas mal de choses.

    Je voulais juste revenir sur l’histoire des délinquants sexuel. Il faudrait savoir ce qu’on exactement fait les personnes incriminé, parce que la liste des crimes qui entrainent le fichage des gens sur la liste (publique) des délinquants sexuels est très très large et incluait même la sodomie dans certain état.

  7. Bonjour,

    Votre analyse est intéressante et me parait très juste. Néanmoins, j’aurais de petites choses à dire.
    Que le marketting ne soit en rien moral, qu’il joue sur la séduction et pas sur la rationalité, c’est une chose très vraie et que nous savons tous. Est-ce réellement son rôle ? Non, absolument pas, c’est de faire du chiffre. Une fois qu’on a dit cela, on sait à quoi s’attendre et si on peut le dénoncer, peut-on vraiment espérer que les grosses boîtes pourront gagner leur vie sans que les consommateurs soient des pigeons ? Vaste question, quasi insolvable.
    Je voudrais juste faire une petite remarque: vous dénoncez à juste titre le fait que les enfants soient pris pour cible. La morale n’étant pas la première vertu du commerce, ne devrait-on pas compter sur autre chose pour éduquer les enfants ? Peut-on espérer que Disney se transforme en éducateur ? Doit-on le lui demander d’ailleurs ? En attendant que les grosses entreprises fassent de l’éducation, il me semble que vous oubliez quelque chose: certes, les enfants sont influençables. Mais n’ont-il pas des parents ? Est-ce que ce n’est pas aux parents, et non au commerciaux, de faire attention à ce que regardent leurs enfants à la télévision et sur internet ? Est-ce que ce n’est pas aux parents d’appendre à consommer à leurs enfants ?
    Bien sûr que les entreprises sont immorales ! Mais ce n’est pas parce qu’un enfant veut aller à Disneyland qu’il ira. Il n’ira que si ses parents acceptent. On peut reprocher énormément de choses aux fast food et aux entreprises qui font de l’argent en utilisant les enfants, mais il me semble que ceux qu’il faut blâmer, ce sont les parents, car c’est leur rôle à eux et pas aux entreprises d’éduquer les enfants.
    Vous voyez que vous avez adoré regarder les Disney étant enfant. Êtes vous pour autant dénué totalement de bon sens aujourd’hui ? Non, parce qu’il n’y a pas que les entreprises qui vous ont éduqué.

    Bef, si vous avez raison, prenez garde, parce que vous donnez l’impression de diaboliser Disney à l’extrême alors que ce n’est tout de même pas le mal absolu qui perverti durablement l’âme humaine. On n’est pas pris dans une spirale infernale parce qu’on aime regarder des Disney (qui sont de très beaux films) ou parce qu’on va au Disney store. Evidemment, si on n’est pas capable d’y réfléchir du tout, c’est problématique.

    • Coucou Cow-Pox,

      Merci pour votre commentaire. Je vais juste, si vous le permettez, vous poser quelques questions, car j’ai du mal à comprendre certaines de vos interrogations.

      « Que le marketting ne soit en rien moral, qu’il joue sur la séduction et pas sur la rationalité, c’est une chose très vraie et que nous savons tous. Est-ce réellement son rôle ? Non, absolument pas, c’est de faire du chiffre. Une fois qu’on a dit cela, on sait à quoi s’attendre et si on peut le dénoncer, peut-on vraiment espérer que les grosses boîtes pourront gagner leur vie sans que les consommateurs soient des pigeons ? »

      Voulez-vous dire que de façon générale, il n’y rien à attendre du capitalisme, et qu’il ne faut pas attendre à ce qu’il change, et qu’il faut plutôt le démonter et proposer autre chose (par exemple, enfin mon exemple, une société anarchiste basée sur l’absence de propriété privée)? Et donc que critiquer ses parties revient à vouloir réformer l’inréformable?
      Ou bien voulez-vous dire que c’est une sorte de mal nécessaire, que de toute façon l’on ne peut changer, et donc il faut composer avec?

      « Je voudrais juste faire une petite remarque: vous dénoncez à juste titre le fait que les enfants soient pris pour cible. La morale n’étant pas la première vertu du commerce, ne devrait-on pas compter sur autre chose pour éduquer les enfants ? Peut-on espérer que Disney se transforme en éducateur ? Doit-on le lui demander d’ailleurs ? »

      Mêmes questions du coup…
      Est-ce que votre idée c’est que de toute façon le but de Disney c’est de se faire du fric, et que vu que leur but c’est de se faire du fric, l’on n’a pas à s’attendre qu’ils soient éthique, car l’un empêche nécessairement l’autre, et donc que c’est tout le système qu’il faut changer?
      Ou est-ce que l’idée c’est plutôt que ce n’est juste pas leur « rôle » dans la société d’éduquer les enfants, et qu’il est donc illusoire de les critiquer là-dessus, vu que l’éducation, c’est aux autres de la faire?

      Je répondrais à ce second point qu’à mon avis Disney est déjà éducateur, parce qu’il est divertisseur. Les histoires qu’on raconte sont vecteurs de valeurs, par les personnages crées, à qui on demande l’identification, via les interprétations privilégiées par la trame narrative etc., et il est aussi vrai que selon le contexte social dans lequel l’histoire est raconté, elle aura des significations différentes.
      Donc à mon avis, dire « Disney n’a pas à être éducateur », c’est mystifier le fait que c’est déjà le cas, surtout avec le fait que Disney à une influence assez remarquable dans la culture des enfants aujourd’hui.

      « En attendant que les grosses entreprises fassent de l’éducation, il me semble que vous oubliez quelque chose: certes, les enfants sont influençables. Mais n’ont-il pas des parents ? Est-ce que ce n’est pas aux parents, et non au commerciaux, de faire attention à ce que regardent leurs enfants à la télévision et sur internet ? Est-ce que ce n’est pas aux parents d’appendre à consommer à leurs enfants ?
      Bien sûr que les entreprises sont immorales ! Mais ce n’est pas parce qu’un enfant veut aller à Disneyland qu’il ira. Il n’ira que si ses parents acceptent. On peut reprocher énormément de choses aux fast food et aux entreprises qui font de l’argent en utilisant les enfants, mais il me semble que ceux qu’il faut blâmer, ce sont les parents, car c’est leur rôle à eux et pas aux entreprises d’éduquer les enfants. »

      Alors là plusieurs choses à mon avis. Premièrement, j’ai l’impression que pour vous, les parents auraient « en soi » des objections à Disney…alors que je ne vois pas du tout pourquoi illes les auraient, vu que comme je l’ai expliqué dans ma suite d’articles, les critiques politiques envers Disney sont très peu nombreux, et Disney est extrêmement agressif en ce qui concerne la protection de son image et ses droits d’auteurs.
      Qui plus est, comme je l’ai aussi expliqué dans ma suite d’articles, ces entreprises ont compris depuis longtemps qu’il est important de cibler les enfants, AUSSI parce qu’illes savent que ces enfants-là seront plus tard adultes, et donc peut-être parents, et donc il est important de s’immiscer dans leur vies le plus tôt possible, car à partir de là le recul critique est extrêmement difficile, vu que ces images-là font parti intégrante de ton enfance, tes plaisirs, ta vie…

      Mais tout cela étant dit, je ne vois pas aussi pourquoi les parents devraient être à ce point responsabiliser.
      Premièrement, les sommes d’argent en jeu, au niveau des entreprises, sont colossales. Leur accès aux enfants, dans l’espace public, à la télé, sur internet au cinéma, sur les cartables, trousses, housses de couettes, verres de tables, pot de moutarde etc. est assez énorme, et il est impossible, à mon avis, de cacher à ses enfants (même si on le voulait), l’existence de ses grandes marques, et a fortiori Disney. De toute façon ses entreprises mettent énormément de sous l’industrie de la communication pour découvrir toujours des nouvelles façons pour « communiquer » avec votre enfant.
      Deuxièmement, votre équation « les parents ne veulent pas, cela ne se passe pas » est à mon avis extrêmement simpliste, et nie ou mystifie le pouvoir réel que les enfants peuvent avoir sur leur parents à certains moments. La plupart des enfants savent pertinemment que si illes sont suffisamment insupportable, leurs chances de voir leurs désirs se matérialiser va accroitre.
      C’est d’ailleurs PRECISEMMENT ce fait qu’exploite les marketeurs-trices, ça s’appelle le « nag factor », et c’est un concept utilisé par les marketeurs-trices. « Nagging », c’est le fait de constamment harceler quelqu’un-e pour qu’ille fasse quelque chose. Et dans des études opérées par ces marketeurs-trices, il a été trouvé que la corrélation est très grande entre la quantité de nagging que va faire un enfant, et la probabilité que les parents vont céder à leur demande. Et du coup illes s’en servent, et le but du jeu est de susciter un désir pour qu’illes harcèleront leurs parents jusqu’à obtenir ce qu’illes veulent.
      Si vous ne me croyez pas, regardez ce bout du documentaire « The Corporation » http://www.youtube.com/watch?v=0ZmQ-YL63fM entre 1:04:05 à 1:08:34. Je vous conseille bien sur le documentaire en entier 🙂
      L’étude dont elle parle montre texto que un quart des visites aux parcs d’attraction n’auraient pas eu lieu si l’enfant n’avait pas harcelé ses parents.
      Le but de ces entreprises n’est donc pas d’aider les parents à gérer ce « nagging », mais au contraire d’exploiter les enfants de façon à ce que ce harcèlement ait lieu.

      Du coup, pour moi, des gens isolés ou des familles isolées, c’est exactement ce que veulent ce genre d’entreprise, car le rapport de force est du coup totalement en leur faveur. Ce n’est que en s’organisant, en partageant des points de vue, des expériences, en essayent de construire quelque chose ensemble, qu’à mon avis il est possible de contrecarrer le pouvoir colossal de ces entreprises et l’influence énorme qu’elles ont sur nos enfants.
      Les parents ne sont pas des sur-humains, ce sont des êtres humains normaux, et un ou deux êtres humains isolées ne pèsent à mon avis pas très lourd face aux milliards de dollars dépensées tous les ans par ces entreprises.

      « Vous voyez que vous avez adoré regarder les Disney étant enfant. Êtes vous pour autant dénué totalement de bon sens aujourd’hui ? Non, parce qu’il n’y a pas que les entreprises qui vous ont éduqué. »

      Oui bien sûr, je ne dis pas que c’est impossible (encore heureux), et je ne dis pas non plus que juste parce qu’on regarde des Disney enfant on se retrouve forçément lobotomisé à 20 ans, ce n’est pas mon propos 🙂 .
      En ce qui me concerne, les valeurs qui me tiennent à cœur aujourd’hui, bien que certains ont été relayé par mes parents, me viennent surtout en premier lieu des personnes qui se sont regroupé-e-s à plusieurs et qui ont lutté (pour leurs droits, pour leurs statuts, pour un salaire décent, pour une éducation digne de ce nom etc.), donc des actions collectives avant tout. Et à mon avis mes parents vous dirons la même chose.

      « Bef, si vous avez raison, prenez garde, parce que vous donnez l’impression de diaboliser Disney à l’extrême alors que ce n’est tout de même pas le mal absolu qui perverti durablement l’âme humaine. On n’est pas pris dans une spirale infernale parce qu’on aime regarder des Disney (qui sont de très beaux films) ou parce qu’on va au Disney store. Evidemment, si on n’est pas capable d’y réfléchir du tout, c’est problématique. »

      Peut-être n’avez-vous lu que le premier article? Car j’explique très clairement dans deux des autres articles en quoi mon but n’est point de diaboliser Disney, car plein d’autres entreprises font la même chose, et également que les solutions ou les réponses au pouvoir qu’à Disney (et plein d’autres entreprises) ne sont pas monolithiques et je ne prétends pas avoir la science infuse et les connaitre toutes. Différentes personnes réagiront différemment aux informations que je relaye, y verront différentes choses et trouveront différentes réponses aux problèmes posées (si elles y voient des problèmes du tout), et c’est tant mieux, c’est ce qui rend la discussion, l’échange et le débat riches, intéressants et stimulants.

      Merci encore pour votre commentaire, qui à mon avis soulève de nombreuses question très intéressantes.

  8. Bonjour,
    depuis la rentrée scolaire Disney a envahi l’école MATERNELLE de mon fils. Quand il pleut: dessin animé, au périscolaire dessin animé, sur le temps de travail: La belle au bois dormant, sous prétexte que c’est au programme! Ils y passent des heures, j’ose pas imaginer le total avec le retour à la maison, car effectivement les parents ni voient en général rien de mal. Mais je suis choquée. L’éducation nationale ne devrait elle pas être un sanctuaire. Le marketing hors des cours? Auriez vous une suggestion? Une idée de levier pour leur faire entendre raison? Sachant que leur projet pédagogique est de comparer les princesses Disney :(. N’y a t il rien à faire?

    • Bonjour,

      invitez Liam pour faire une intervention scolaire, ils seront pas déçus du voyage :p

    • Coucou Debroise,

      Alors tout d’abord merci pour votre commentaire. Je n’ai pas pas moi-même d’enfants, mais j’en ai gardé pendant plusieurs années, et je vois tout à fait de quoi vous parlez.
      Je n’ai bien entendu pas de solution miracle, et je pense qu’avant tout, peut-être parlez-en au comité des parents d’élèves, pour voir si il y a des personnes que ça intéresse? Ça vous permettra de voir si vous avez des alliés ou pas aussi, parce que toute seule ça sera démotivant j’imagine.

      Je pense qu’il y a pas mal d’angles d’attaques.
      Vous pourriez porter l’attention sur le fait que regarder la télé, de façon générale, nuit à la santé physique et psychique, ainsi que la capacité linguistique de tous les enfants (surtout les plus jeunes), et qu’il y a bon nombres d’études qui le montre. Je vous laisse en lien une vidéo d’un type intéressant là-dessus (malgré les remarques sexistes énervantes qu’il ne peut pas s’empêcher de glisser dans son truc). C’est un peu long mais plein d’info intéressantes. http://www.youtube.com/watch?v=NvMNf0Po1wY
      C’est un argument de taille je crois car appuyé par bon nombre de recherches scientifique vérifiables (fait par des gens avec des manteaux blancs et tout et tout 🙂 ), et qui ne peut pas être facilement rejeté à tour de bras.
      Vous pourriez aussi leur dire que dans les textes de lois (c’est les directives Lang de 2001 il me semble, à vérifier)), l’école est obligé de faire trois séances par niveaux et par an sur l’égalité filles-garçons, et qu’il serait donc ptet intéressant de faire ces séances-là sur les Disney en question, pour voir ce que les enfants retiennent de ces Disney et peut-être discuter avec elleux de comment cela peut nuire (vu qu’on parle quand même de La Belle au Bois Dormant) à l’égalité filles-garçons.
      Parce que perso, regarder des films Disney avec les enfants, pourquoi pas. Mais le faire sans discussion critique avant ou après, c’est rater une formidable opportunité d’aiguiser (ou plutôt de donner naissance à) leur sens critique et de discuter de toutes les questions que peuvent poser un film Disney (surtout la Belle au Bois Dormant, qui en posent quand même pleins des questions 🙂 ). Surtout que si c’est censé faire partie d’un programme pédagogique, l’idée de développer leur sens critique pourrait faire mouche chez les instits, même les plus réacs.
      Également, vous pourriez essayer de porter leur attention sur le fait qu’illes sont en train de faire de la publicité pour une entreprise privée (et les produits dérivés très nombreux), qui en plus a un bilan en terme de droits humains (ainsi que droits des enfants donc) plus que discutable, exactement comme si illes faisaient venir des pancartes de publicité au milieu de la cour. Demandez-leur si ça leur plairait de faire cours avec un t-shirt Crédit Agricole, et lorsqu’illes vous riront au nez vous pourrez leur faire remarquer que c’est grosso modo les mêmes choses…
      Je pense que peut-être l’argument qui sera le plus entendu, et qui fera le plus mal, c’est est-ce que tout le monde trouverait ça acceptable de montrer aux enfants un film raciste sans aucun recul critique et aucune analyse. Là je pense (ou plutôt j’espère) que vous allez au moins faire réfléchir les gens, parce que La Belle au Bois Dormant c’est quand même velu niveau sexisme…

      Je sais pas trop, c’est juste quelques idées un peu comme ça sans y avoir trop réfléchi et surtout ne connaissant pas le contexte et la situation.
      Mais je dirais que la première chose à faire ouais ça serait en parler avec d’autres parents d’élèves pour voir si ça choque quelqu’unE, parce que comme dit la vieille maxime, ensemble on est plus fort-e-s! 🙂

      En tout cas bon courage avec ce combat, qui est à la fois super intéressant et important et j’ai l’impression très difficile car encore dans son stade embryonnaire en France.

      Si vous voulez discuter plus longuement là dessus et/ou me faire part d’éventuel retour que vous avez pu avoir, bien entendu je suis intéressé!

  9. Trouvé sur le site lapublicite.fr, pour expliquer les raisons de l’assouplissement de la loi en 1992 : parce que la mondialisation rend le problème ingérable (aveu d’impuissance, surtout ne faisons rien), parce qu’il n’est pas prouvé que la pub a le moindre effet sur le consommateur (et donc, les publicitaires s’acharnent inutilement, consciemment ?… sans parler de toutes ses personnes qu’on embauche pour évaluer les effets de la pub…alors que tout le monde sait qu’il n’y a pas d’effets), parce que les enfants ont le droit d’être informés (or les pubs n’informent pas, comme vous le souligner, sur les caractéristiques matérielles des jeux vendus), et le meilleur : parce que les enfants ont un sens critique !!

    « L’absence de preuve sur les effets de la publicité

    Selon l’Advertising Education Forum, agences de conseil en communication, une enquête vient de publier les résultats d’une étude concernant 5 000 parents, dans 20 pays européens. Selon 85% des sondés, la publicité influencerait peu ou pas du tout leur progéniture. Les enfants sont plus influencés par leurs parents et leurs camarades de jeux que par les médias.

    La force du sens critique chez les enfants

    D’une absence de preuves convaincantes à l’inefficacité de la publicité, il n’y a qu’un pas que franchirent les publicitaires. Les jeunes seraient plus difficiles à cibler et à fidéliser et n’hésiteraient pas, en ce qui concerne les moins de six ans, à remettre en cause la crédibilité de la publicité.

    Le droit d’être informé

    Réduisant la publicité à un message informatif, la liberté d’expression et le droit d’être informés sont invoqués : « A-t-on le droit de priver les enfants des publicités qui les concernent » », repris un publicitaire dans Libération le 17 juillet 2000. Ainsi, « adopter une loi « restreindre ou interdire la pub, pour et avec les enfants, serait inutile, anti-économique et contraire à l’esprit français ».

    Le lien : http://www.lapublicite.fr/publicite-audiovisuelle/reglementation/modification-de-loi-et-regles-deontologiques-au-niveau-des-enfants.html

    Mais, même ainsi, on voit que beaucoup de pubs sont hors des clous en utilisant des impératifs du type « demande à ta mère », collectinne-les tous etc… Des plaintes ont-elles déjà été posées ? Je vais faire des recherches dans ce sens.

  10. Merci merci merci pour l’utilisation de pronoms et de formes neutres!

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