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The Danish Girl : un mélo transphobe

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Remarques préliminaires : le film met en scène un personnage pour lequel les genres masculin et féminin sont en concurrence, et qui oscille entre les deux. Aussi l’usage fait du prénom et du pronom pour désigner ce personnage dans cet article tâche-t-il de correspondre à cette ambivalence telle qu’elle se manifeste à l’écran. En revanche, lorsqu’il est fait mention du personnage historique Lili Elvenes en tant que tel, le genre féminin est systématiquement employé.

The Danish Girl, réalisé par Tom Hooper est sorti le 20 janvier 2016 sur les écrans français et a déjà reçu un certain nombre de distinctions[1]. L’histoire est celle d’Einar Wegener, un peintre danois vivant avec sa femme Gerda à Copenhague, au début du XXème siècle. À la suite d’un concours de circonstances, Einar découvre sa transidentité[2] et devient Lili. Malgré le chagrin que cette découverte génère en Gerda, celle-ci accompagne Lili dans son aventure. Cependant, Lili doit faire face à l’incompréhension du corps médical. À Paris, les deux femmes font la connaissance d’un médecin de Dresde qui propose à Lili une opération de réassignation sexuelle.

Le film prétend narrer l’histoire vraie de la première personne, Lili Elbe, à avoir subi une opération de réassignation sexuelle en 1930. Il est en fait adapté du premier roman éponyme de David Ebershoff, paru en 2000 aux États-Unis. Le livre a reçu de nombreux prix outre-Atlantique et a été traduit dans une dizaine de langues[3]. L’auteur s’est inspiré de faits réels mais a clairement stipulé avoir complètement imaginé la vie intérieure de Lili, ainsi que les personnages qui gravitent autour d’elle, notamment sa femme. D’après le New York Times[4], le livre s’intéresse moins au parcours de Lili qu’à la façon dont son entourage est affecté par celui-ci, le récit se centrant ainsi davantage sur le personnage de la femme d’Einar/Lili.

L’histoire de la véritable Lili est sans doute plus proche de la réalité dans le livre Man into Woman: an Authentic Record of a Change of Sex. The true story of the miraculous transformation of the Danish painter, Einar Wegener, édité par Neils Hoyer en 1933[5], et composé à partir des notes laissées par Lili elle-même. Cependant, ce livre doit aussi être pris avec précautions, certains faits ayant été modifiés par l’éditeur et par une journaliste de l’époque, sans qu’on sache exactement lesquels[6]. D’abord, Lili Elbe, dont le vrai nom, après sa transition, était Elvenes, n’est pas la première femme trans à avoir eu une opération de réassignation sexuelle : avant elle, Carla van Crist, Toni Ebel et Dörchen Ritcher avaient été opérées par le professeur Magnus Hirschfeld. Leur opération s’était bien passée, contrairement à celle de Lili, et deux d’entre elles vivaient encore après la deuxième guerre mondiale, la troisième ayant été probablement assassinée par les nazis[7]. Lili n’est donc pas une pionnière, mais elle est bien plus célèbre que les trois autres femmes : son histoire a fait l’objet de nombreux articles à son époque, puis a été reprise ensuite dans de nombreux ouvrages, si bien que la plupart des médias jusqu’à aujourd’hui ont perpétué l’idée qu’elle a été la première personne à subir ce genre d’opération. Le film reproduit à son tour cette fausse information.

Titre et casting : le film s’annonce mal

Le titre constitue déjà un indice concernant le contenu du film. Pourquoi employer le mot « girl » ? Lili avait plus de quarante ans lorsqu’elle décida de vivre en tant que femme, période que nous montre le film. On ne désigne généralement pas une femme de plus de quarante ans par le terme « fille » à moins, bien sûr, que l’on ne veuille insinuer que cette personne n’a pas satisfait aux attentes sociales autorisant d’être désignée comme femme, et ainsi jeter le discrédit sur son identité. On sous-entend avec le mot « girl » que la femme dont on parle s’est arrêtée à un certain stade de son développement, qu’elle n’est pas tout à fait une adulte autonome. Commentant les titres des livres Gone Girl et The Girl on the train, Jacqueline Rose parle de « leur sournoise complicité avec l’infériorisation de la moitié de l’espèce humaine et avec le monde qui permet encore une telle chose. »[8] Le film, à maints égards, participe de cette infériorisation.

Deuxième indice : le casting. Que signifie attribuer le rôle principal, celui de Lili Elbe/Elvenes, à un homme cisgenre[9] ? C’est un leitmotiv du cinéma grand public de dénier aux personnes concernées la place qui leur revient légitimement à l’écran lorsque ce sont elles qu’on décide de représenter[10]. « Évidemment, on pourra répondre que le métier d’acteur et d’actrice consiste à se glisser dans une autre peau que la sienne et sur le principe rien n’empêche d’interpréter à merveille un personnage transgenre. Cet argument serait peut-être valable dans un monde où l’on demanderait aux acteurs et actrices trans de jouer des personnages cis […]. Pour autant, ce n’est pas le cas », écrit-on très justement sur le site « Transposition »[11].

Alors que ce film qui se proposait de retracer la vie d’une figure emblématique de la communauté trans était l’opportunité rêvée de donner de la visibilité à une actrice trans et ainsi à la communauté trans, le réalisateur et ses producteurs font passer le message suivant : nous faisons un film sur les personnes trans, mais nous ne voulons pas d’elles ; arrogance et mépris des dominants (les hommes cis blancs hétérosexuels qui possèdent les moyens de production/diffusion/distribution) s’appropriant sans scrupule l’histoire d’une minorité discriminée, s’arrogeant au passage l’auréole de la tolérance. Tom Hooper avait pourtant déclaré au Guardian : « Actuellement, dans l’industrie du cinéma, il y a un problème : il y a un énorme réservoir d’acteurs trans talentueux, qui n’ont qu’un accès limité aux rôles »[12]. Avoir un acteur déjà oscarisé[13] en 2015, et qui aurait pu l’être de nouveau pour ce rôle-ci en 2016[14], aura sans doute résolu Tom Hooper à s’asseoir sur sa déclaration. « Est-ce que je connais des actrices trans qui pourraient jouer ce rôle ? Oui. Mais est que je connais des actrices trans assez célèbres pour faire financer un film de cette ampleur ? Non […]. », déclare l’actrice trans Alexandra Billings dans Cosmopolitan[15].

Mais poussons l’analyse de ce choix un peu plus loin : l’idée du film remonte à 2012, et à l’époque c’est Nicole Kidman qui devait interpréter le rôle de Lili16. En effet, quitte à engager une personne cis, pourquoi alors ne pas engager une femme cis, puisque c’est l’histoire d’une femme qu’on raconte ? Le choix d’un homme cis en dit long sur l’idée que le réalisateur se fait d’une femme trans : au bout du compte, il ne s’agit pour lui que d’un homme qui met des robes.

Dernier point : Eddie Redmayne, au moment du tournage, était âgé de trente trois ans, tandis que Lili, à l’époque de l’opération qui provoqua sa mort, en avait quarante neuf (l’histoire dans le film ne semble durer que quelques années, alors que les événements qu’il retrace se sont étendus sur vingt ans). Une étude[17] américaine parue en 2014 et basée sur sept cents films états-uniens grand public sortis entre 2007 et 2014, révèle que la part de personnages principaux féminins dans ces films était de 11 % , et que parmi ces personnages, le nombre de ceux âgés de plus de quarante cinq ans était de… 0. En outre, les personnages féminins entre 13 et 39 ans y sont en général hypersexualisés et/ou confinés dans des rôles domestiques ou de partenaires de personnages masculins. Hollywood, poursuit l’étude, perpétue et renforce ainsi le sexisme et l’agisme[18]. The Danish Girl s’inscrit dans cette tendance lourde : non seulement le rôle principal, celui d’un personnage féminin, revient tout de même à un homme, mais en plus cet homme a dix ans de moins que le personnage féminin qu’il est censé incarner.

Une femme trans est un homme (maniéré) en robe

Au début du film, Einar et Gerda Wegener vivent une relation complice et joyeuse, amis et amants, amoureux fous, comme le veut la figure récurrente du couple parfait dans de nombreux films américains, écrite toujours sur le même modèle, indépendamment de l’époque/lieu où l’histoire se situe, et donc de la variation des mœurs : ils se lancent des coups d’œil et des sourires complices au cours de soirées mondaines, se promettent un amour éternel, font l’amour dans la lumière matinale. Ce topos a pour but de préparer l’irruption d’un événement qui viendra briser la belle harmonie et par quoi le spectateur ne sera que plus bouleversé : l’invasion d’extra-terrestres, un tremblement de terre ou, horreur ! la découverte par le mari de sa transidentité. Cela se passe un jour que Gerda doit parachever le portrait de l’actrice Ulla Paulson. Celle-ci tarde à venir et Gerda demande à Einar de prendre sa place sur l’estrade. Einar enfile les bas et les escarpins d’Ulla, place la robe de celle-ci sur lui et pose ainsi pour Gerda. Une musique dramatique nous indique que quelque chose est en train de se passer. En effet, Einar est troublé par sa propre jambe enserrée dans un bas, par son pied dans l’escarpin, et surtout par la douceur de la robe, qu’il caresse, bouleversé, du bout des doigts. C’est le retour du refoulé en mode instantané (comme la soupe) : tout allait bien, Einar était un homme cis hétérosexuel qui avait des relations sexuelles avec sa femme, et soudain, on lui met une robe dans les mains, et tout bascule, il se souvient qu’il aimerait bien être une femme finalement. Jusque là, il n’y avait pas trop pensé, c’est vrai que c’est le genre de chose qu’on range facilement dans un coin de sa tête. Et puis il avait sans doute mieux à faire : peindre encore et encore le fjord de son enfance par exemple.

danish01Mince, il m’arrive un truc…

Ulla Paulson arrivant finalement dans l’atelier s’extasie devant la beauté du modèle et le baptise Lili. À partir de là, Einar/Lili se met à adorer les robes. Ainsi va-t-ille porter la nouvelle robe de sa femme sous ses vêtements d’homme. Gerda le découvre en le/la déshabillant, mais ne s’en émeut pas. La scène est une occasion de nous montrer Gerda nue. Quel est l’intérêt narratif de cette nudité ? Aucun. De même qu’il n’y aura aucun intérêt, plus tard, à la scène avec une prostituée, nue elle aussi, qu’Einar/Lili ira voir faire son show derrière une vitre pour en imiter les manières. Dénuées d’intérêt narratif, ces images comportent cependant une fonction signifiante : elles font contre-point au corps de Lili, un corps toujours un peu raide, engoncé, ramassé sur lui-même. Jamais Lili ne sera montrée comme une femme incarnée, en accord avec sa sensualité. Ces images de femmes nues, en contraste flagrant avec le corps de Lili toujours vêtu et fuyant, agissent comme des signaux pour nous rappeler que Lili restera hors du féminin. Car c’est le corps et seulement lui, pour le film, qui fonde le féminin, le corps féminin dans sa nudité exhibant son absence de pénis, tout à la fois cause et finalité du regard masculin, constituant par là-même le masculin comme sujet. C’est-à-dire que le féminin ne saurait exister sans un désir masculin qui le constitue comme tel – désir représenté ici par l’œil de la caméra. Le réalisateur qui ne peut se penser en dehors de cette relation (il est le sujet qui regarde) ne peut pas voir le corps de Lili comme objet de désir. Le paradoxe dans tout cela, c’est que Lili est bien l’objet d’un regard/désir, celui de Gerda, dont elle devient le modèle favori. Il n’y a pourtant qu’une seule scène dans le film où le corps de Lili jouit manifestement de sa propre féminité, et semble pouvoir en jouir précisément parce que le regard de Gerda en jouit également, c’est, au début du film, quand Gerda lui demande pour la deuxième fois de poser pour elle. Mais, à ce moment-là, Lili se présente sous les traits d’Einar et cette féminité affichée n’est encore qu’une forme de jeu. Plus jamais après cela on ne verra Gerda prendre plaisir à regarder le corps de Lili, ni Lili se délecter du regard de Gerda.

Un homme joue à être une femme et ce n’est que cela que le film peut montrer parce que ce n’est que cela que le réalisateur veut voir ; qu’une femme qui était auparavant socialement perçue comme homme fasse irruption dans le champ du réel et soit reconnue comme telle par une autre femme, c’est là le scandale, et c’est cela que le réalisateur ne peut ou ne veut pas voir. « Scandale » parce que cela signifie que la subjectivité d’une femme peut se construire ailleurs qu’en vis-à-vis du regard masculin et, d’autre part, que le regard féminin permet à une autre femme de se sentir narcissiquement valorisée. Le film aurait été tout différent s’il avait raconté la dialectique du désir entre Lili et Gerda, c’est-à-dire comment la transformation d’Einar transforme le désir de Gerda, et comment le désir de Gerda soutient la naissance de Lili. Mais la mise en scène de Tom Hooper reste à l’extérieur des ces deux subjectivités, nous montrant les deux femmes côte à côte plutôt que dans un véritable dialogue, ne s’intéressant qu’à la manière dont elles sont affectées par les événements au lieu d’essayer de nous montrer comment elles sont transformées par eux, comment cette histoire, cette relation, change nécessairement leur représentation du monde et d’elles-mêmes.

Le pendant de ces images de femmes nues est la scène où l’on voit Einar se mettre nu devant un miroir et observer son corps (scène accompagnée à nouveau d’une musique grandiloquente nous indiquant que le personnage est en tension), cherchant à se reconnaître et pour ce faire cachant son sexe entre ses cuisses. Pour le cas où, spectateur.rices imbéciles que nous sommes, nous n’aurions pas compris qu’Einar était mal dans sa peau, le réalisateur se sent obligé de nous le montrer d’une manière grossière en réduisant encore une fois le corps de son personnage à ses attributs physiologiques : l’absence de seins et la présence d’un pénis. Nudité contre nudité : celle d’Einar/Lili est porteuse de souffrances, celle des deux autres femmes, de sensualité.

Mais ce n’est pas suffisant de mettre des robes, il faut aussi savoir se comporter comme une femme ; et puisqu’il y a apprentissage, c’est que le film laisse entendre que Lili n’est pas une femme au premier chef, qu’il s’agit pour elle d’une identité à conquérir ; une conquête vouée à l’échec puisque dans le film, être une « vraie » femme consiste en trois choses inaccessibles pour Lili : avoir la sensualité d’un corps objet-du-regard (comme on l’a vu plus haut, et que le film dénie à Lili) ; enfanter ; se marier. À plusieurs reprises, le film met l’accent sur la nécessité du mariage et de l’enfantement pour une femme : Lili dit à Hans, son ami d’enfance, que le mariage est pour elle la finalité de l’existence ; Lili discute à la clinique avec une femme enceinte qui espère fort pour elle que lorsqu’elle sera « guérie », elle pourra à son tour enfanter ; Lili déclare à son médecin : « J’aimerais avoir un mari comme vous… et un enfant peut-être… comme une vraie femme (like a real woman)». L’expression « vraie femme » est hautement problématique : elle suppose que le mot « femme » recouvrirait un ensemble de caractéristiques physiologiques, et que les personnes dont le corps ne serait pas totalement conforme à ces caractéristiques (ici être porteuse d’un utérus en état de marche et s’en servir) ne sauraient prétendre à cette identité, quoique ce soit ainsi qu’elles se vivent. Qu’il s’agisse de la remarque de la femme enceinte ou de celle de Lili elle-même, le film veut nous faire entendre que, quoi qu’elle fasse, Lili ne pourra pas accéder au féminin, puisque la vérité intrinsèque du féminin consisterait à porter un enfant. Alors qu’il est supposé raconter l’histoire d’un personnage qui se bat pour qu’on reconnaisse que son identité ne correspond pas à celle qu’on a d’office apposée à son anatomie, le film n’a de cesse de reconduire l’idée qu’il n’y a que le corps qui soit, en dernière instance, détenteur d’une vérité de l’identité ; qu’importe ce que ressent, ce que vit Lili, et comment elle se voit. Aussi n’est-il possible pour le/la spectateur.trice que d’éprouver de la compassion pour cette pauvre Lili qui ne court finalement qu’après une illusion.

The Danish Girl est l’illustration de l’idée transphobe selon laquelle une femme trans ne peut être qu’une pâle imitation d’une femme cis et encore, pas de n’importe quelle femme cis, d’une femme cis correspondant aux normes sociales liées au genre féminin. Lili apprend donc à marcher en faisant des pas sur une ligne imaginaire, à croiser les jambes en gardant les genoux collés, à laisser ses doigts flotter de manière coquette ou à les placer sous son menton de façon à se donner un air évanescent, ou bien encore épie au marché la manière dont une femme se tapote le sternum au moment de choisir un poisson (je ne m’étais jamais rendu compte à quel point il y avait une différence flagrante entre les hommes et les femmes dans la manière de choisir un poisson, merci au film de me l’avoir appris).

danish02Ai-je l’air assez évanescent ?

C’est là que le jeu d’Eddie Redmayne outrepasse les limites du ridicule et atteint l’indigne : Lili, dès qu’on la regarde ou qu’on lui parle, a toujours la tête baissée, elle cligne des yeux de manière appuyée comme une idiote surprise qu’on lui adresse la parole, elle fait un petit sourire affecté à la fois de soumission et de reconnaissance, envoyant au spectateur le message qu’être une femme c’est : 1/avoir l’air ingénu ; 2/se faire discrète ; 3/être flattée d’être l’objet des regards. Jamais il n’est suggéré que ces codes comportementaux sont totalement arbitraires et construits par une société, par une culture, à un certain moment de son histoire et qu’il s’agit en réalité pour tout le monde de les intérioriser en les imitant, et ce depuis le plus jeune âge. Il n’est réservé qu’à Lili d’avoir à performer[19] sa féminité, comme si celle-ci, pour les femmes cis, était immanente, comme si la féminité des femmes cis n’était pas, elle aussi, construite. En fait, la problématique de Lili, qui s’était sans doute déjà construite imaginairement une gestuelle, devait plutôt se situer à l’inverse de ce que présente le film, à savoir : comment imiter au mieux la gestuelle masculine lorsqu’elle évoluait sous les traits d’Einar.

Une violence anecdotique

Quant à la violence sociale exercée sur les personnes trans, elle est pour le moins atténuée et marginale. Les visites d’Einar chez différents médecins sont des scènes qui suscitent l’amusement : le psychanalyste déclarant Einar homosexuel, le psychiatre le diagnostiquant schizophrène et voulant le faire enfermer, obligeant Einar à s’enfuir par la fenêtre. La vraie Lili avait pourtant laissé une lettre dans son journal dans laquelle elle indiquait vouloir se suicider après avoir été diagnostiquée comme schizophrène et subi une thérapie de conversion par électrochocs[20]. On sait les violences physiques et symboliques que subissent aujourd’hui les personnes trans auprès du personnel médical, du moins en France et aux États-Unis[21], ce n’était certainement pas plus une partie de rigolade au début du vingtième siècle. On ne traverse pas aussi légèrement qu’il nous est montré dans le film le fait d’être regardé.e comme anormal.e, et ce passage du film est une injure faite à ce que les personnes trans ont vécu et vivent chaque jour au sein des institutions médicales.

Car, en outre, c’est bien des suites d’une violence médicale dont Lili est morte. Le film nous montre le professeur Kurt Warnekros comme un homme bienveillant et compréhensif qui ne souhaite que parachever le rêve de Lili. Mais dans la réalité, ce professeur était un homme extrêmement ambitieux qui n’était pas, au contraire de Magnus Hirschfeld, spécialiste des opérations de réassignation sexuelle. On nous dit, dans le film, que Lili subit deux opérations mais elle en a en réalité subi cinq, la cinquième ayant probablement consisté à lui greffer des ovaires et/ou un utérus[22]. Quel était l’intérêt de greffer des ovaires et/ou un utérus sur une femme de quarante neuf ans ? Qui plus est, à une époque où on ne maitrisait pas la greffe d’organe ? Il est clair que Lili n’a été qu’un cobaye pour ce professeur en quête de gloire. Mais de cela dans le film, aucune trace.

Aucune trace non plus de violences de rue, d’offenses publiques, d’humiliations. Une scène, une seule, nous montre deux hommes assis sur un banc dans un parc, visiblement des voyous en train de s’ennuyer et cherchant une victime parmi les passants, insulter et agresser Lili, puis la passer à tabac. La violence est ici circonscrite aux individus, le résultat d’une mauvaise rencontre. De plus, le film véhicule l’idée classiste selon laquelle la transphobie ne serait que le fait de gens appartenant aux classes populaires, l’entourage de Lili, de classe bourgeoise, se montrant remarquablement tolérant. En réalité, à partir du moment où elle a décidé de paraître sous les traits de Lili, tous les amis masculins de celle-ci ont cessé de lui rendre visite[23]. Par ailleurs, Copenhague était une petite ville et la transformation d’Einar en Lili a vite fait d’être relatée dans les journaux. Or, dès après les premiers articles parus, les tableaux d’Einar ne se vendirent plus[24].

Il faut rappeler que 85 % de personnes trans ont subi des agressions transphobes en France en 2014, et 20 femmes trans ont été assassinées aux États-Unis en 2015. La transphobie n’est pas le fait d’individus isolés manquant de tolérance. Elle est systémique et inscrite dans le fonctionnement de nos sociétés où ne pas correspondre au genre qui nous a été assigné ou ne pas vouloir choisir de s’inscrire dans l’un ou l’autre est proscrit[25]. Il y avait certainement moins de personnes trans qui osaient s’afficher comme telles dans l’Europe du début du XXème siècle, donc moins d’agressions, mais gageons que celles qui osaient le faire ne recevaient pas des bouquets de fleurs.

« La transsexuelle pathétique »

« Qu’il s’agisse de personnages fictifs ou de personnes réelles, les représentations médiatiques de femmes trans correspondent habituellement à l’un des deux archétypes suivants : la transsexuelle usurpatrice ou la transsexuelle pathétique », écrit Julia Serano dans Manifeste d’une femme trans[26]. Il est clair que nous avons affaire, dans The Danish Girl, au second cas. Einar est présenté, au début du film, comme un personnage drôle, souriant, épanoui sexuellement avec sa femme, tandis que Lili est un personnage affecté, triste, et semblant ne plus avoir aucune libido. En réalité, telles que les choses sont rapportées dans le livre de 1933, Einar était dépressif et souffrait de quintes de toux, tandis que Lili était éclatante et heureuse, et Gerda préférait la compagnie de Lili[27]. Jamais il ne nous est donné l’occasion de ressentir cette force en Lili. Il en a pourtant certainement fallu de la force et du courage pour vivre en tant que femme trans dans les sociétés européennes des années 20, comme il en faut encore aujourd’hui, et accepter de subir une opération compliquée dont l’issue était loin d’être certaine. Mais Lili nous est montrée seulement comme un personnage neurasthénique, sympathique certes, mais neurasthénique, qui détruit son couple. De toute façon, quel individu normal né homme voudrait devenir une femme ? Étant donné la conception que le film véhicule des femmes, aucun. La constante misogynie du film ne peut que renforcer l’idée qu’Einar est dérangé, et Lili un ersatz[28].

La véritable héroïne du film n’est pas Lili, c’est Gerda. L’histoire qui nous est contée, c’est celle d’une femme qui perd l’homme qu’elle aime et c’est à Gerda qu’on s’identifie. Lorsqu’Einar subit un traitement aux rayons X dirigé sur ses organes génitaux, c’est sur l’inquiétude de Gerda que la scène place le focus, comme si la souffrance d’Einar n’existait pas en elle-même, mais seulement au travers des yeux de Gerda. Et tout au long du film, la tristesse mais aussi l’empathie et les efforts de Gerda pour seconder Lili sont mis en exergue, tandis que Lili passe pour égoïste et centrée sur elle-même. D’un autre côté, semble dire le film, Gerda ne serait-elle pas un peu responsable de ce qui lui arrive ?

Stéréotypes de genre

Revenons à une scène du début, celle où Gerda découvre qu’Einar porte une robe à elle sous ses vêtements. Cette scène nous montre aussi la sensualité « offensive » de Gerda : elle déshabille Einar/Lili, elle le/la caresse sous sa robe, elle le/la met debout devant elle pour le/la regarder. Plus tard, elle se lève pour le/la dessiner pendant qu’ille dort. Le caractère volontaire de Gerda avait déjà été mis en avant au moment du récit de leur rencontre où l’on avait appris que c’était Gerda qui avait invité Einar à prendre un verre et l’avait embrassé (sur quoi il avait rougi, prend-elle soin de spécifier, ce qui prouve une fois de plus sa bizarrerie). Dans une scène du début, on voit aussi Gerda réaliser le portrait d’un notable bon teint un peu ballot, qu’elle décontenance en lui faisant un speech sur le plaisir qu’on peut éprouver à s’abandonner au regard d’une femme. Une femme qui crée, une femme qui regarde, une femme qui désire, une femme actrice de sa vie en somme, devient vite une femme qui déguise son mari en femme (car c’est Gerda qui invite d’abord Einar à se transformer) : n’est-on pas en train d’essayer de nous dire que Gerda est une femme dévirilisante ? Au début, le film montre ainsi un couple où les stéréotypes de genre sont inversés, avec Gerda dans la position dominante (disant à Einar qui l’attire à lui pour faire l’amour : « Je veux que tu me le demandes », ou rentrant, trouvant Einar en train de plier une pièce de lingerie, le prenant par le bras en lui ordonnant : « Laisse ça ! Viens ici ! »), et Einar en compagnon attentif, patient et réservé. Tout se passe comme si ce couple, parce qu’il fonctionnait à rebours du schéma traditionnel, mettait de fait en place les conditions de possibilité d’un événement non naturel. Si Gerda n’avait pas joué à déguiser son mari, si Einar n’avait pas cédé aux lubies de sa femme, peut-être que rien de tout cela ne serait arrivé.

Or, il y a un personnage masculin dans le film qui n’a pas d’autre fonction que de contraster avec Einar – in fine, de prendre sa place – et de remettre Gerda à sa vraie place – celle de la femme vulnérable à protéger – : c’est Hans. Hans était l’ami d’enfance d’Einar. Un jour, il l’a embrassé sur la bouche. Lili se souvient de cette scène et se rappelle ainsi avoir toujours été Lili (comme quoi il faut toujours un homme pour se sentir femme). Gerda retrouve Hans, galeriste d’art à Paris, et lui demande de redevenir l’ami d’Einar, pour l’aider. Mais Hans deviendra plutôt l’ami de Gerda, l’ami très proche. Il est celui vers qui se tourne Gerda, celui sur qui elle se repose. Car une femme ne saurait traverser des épreuves seule, il lui faut une épaule sur laquelle pleurer. Il lui faut un homme qui la désire. Et il lui faut un homme avec qui finir. C’est que Hans est tout le contraire d’Einar : il est viril, imperturbable, équilibré, il n’est pas homosexuel (le baiser donné à Einar n’était qu’un truc de gosse), on peut compter sur lui (« Je veux aider », dit-il à Gerda). C’est la force tranquille ; c’est un homme, un vrai. Le contraste avec Einar est saisissant et la présence de Hans, qui n’a pas existé réellement et qui ne dit que trois mots environ au cours du film, ne sert qu’à renforcer l’idée qu’Einar est, lui, un type pas tout à fait normal.

danish03Le mâle, le vrai

Une femme artiste ?

Tandis qu’Einar connaît la célébrité avec ses paysages, les œuvres de Gerda sont refoulées par le galeriste officiel du coin : « Votre mari a raison, lui dit-il en substance, vous pourriez être un grand peintre si vous trouviez un bon modèle ». Drôle de conception de l’artiste selon laquelle c’est le sujet qui fait le talent. Cette idée va cependant se retrouver tout au long du film, comme une manière d’enlever à Gerda la responsabilité de son succès. Ce n’est que lorsque Lili paraît, lorsqu’elle devient le modèle de Gerda, que cette dernière rencontre le succès. Et chaque fois qu’il y a une réception en l’honneur des œuvres de Gerda, on ne parle précisément pas des œuvres mais seulement du modèle. Puisque le réalisateur ne veut/peut pas voir la dimension performative du regard de Gerda, il n’a pas d’autre choix que de reconduire l’idée commune qui veut qu’une femme ne peut réussir sans le secours d’un homme, même si cette idée est ici un un non-sens puisque cet homme refuse précisément d’en être un. Dans les faits, avant que Lili ne devienne le modèle de Gerda, les œuvres de cette dernière avaient déjà été acceptées dans plusieurs expositions, et avaient même remporté un prix. Gerda fut par la suite reconnue comme une artiste majeure de l’Art Déco, collaborant régulièrement aux journaux La vie parisienne et Vogue, et exposant à la galerie Ole Haslunds à Copenhague[29].

Suite à cette défection de la part du galeriste, Gerda rentre furieuse à la maison et demande à Einar de ne plus jamais parler pour elle. Puis, elle revient quelques minutes plus tard et s’excuse : « J’ai mes règles ». Il est bien connu qu’une femme ne s’énerve pas pour une raison légitime, mais n’est que le jouet de ses hormones.

Une femme, c’est un corps et rien d’autre, dit le film, et Lili enfonce le clou. À la suite de sa première opération et de retour au Danemark, Lili devient vendeuse de parfums dans un grand magasin. Aucune trace de cet épisode dans le livre de 1933, c’est une pure invention du livre de 2000 ou des scénaristes du film. À la fin de sa journée de travail, Lili sort du magasin avec les autres vendeuses. Dans les escaliers qui les mènent vers la sortie, elles discutent et rient ensemble. Or sur quoi porte leur conversation ? : leur poids ! Les collègues de Lili félicitent même celle-ci d’arriver à rester aussi mince. De quoi pourraient parler des femmes entre elles, sinon de leur apparence physique ? Le film insinue à travers cette scène que Lili se rapproche de l’accomplissement ultime qui est, comme pour toutes les femmes bien entendu, de correspondre aux canons de la beauté féminine. Mais on n’a pas encore touché le fond. Un peu plus tard, tandis que Gerda demande à Lili pourquoi elle ne peint plus, celle-ci lui répond : « Je ne veux pas être peintre, je veux être une femme. » Où nous apprenons donc que « femme » et « peintre » sont des réalités qui s’excluent l’une l’autre. Et que Gerda, par conséquent, n’est pas une femme… ou n’est pas peintre.

danish04Gerda, ni vraiment femme, ni vraiment peintre

L’hétérosexualité triomphante

Le film s’ingéniant à perpétuer les normes de genre et conséquemment une vision réactionnaire de la transidentité et des femmes, on ne s’étonnera pas non seulement qu’il ferme la porte à toutes les occasions d’explorer un désir qui ne soit pas le sacro-saint désir hétérosexuel, mais en plus qu’il condamne tout autre sorte de désir. Ainsi, au cours de la fête où Einar et Gerda racontent leur rencontre, Gerda se souvient de leur premier baiser et lance : « J’ai eu l’impression de m’embrasser moi-même ». Bien entendu ! : Einar est une femme qui s’ignore (mais c’est bien la seule fois dans le film où l’on sous-entend qu’Einar/Lili est réellement une femme), or lorsqu’une femme embrasse une femme, elle n’embrasse pas une autre personne, non, elle s’embrasse elle-même.

Revenons à la scène où Gerda découvre qu’Einar portait une robe sous ses vêtements. On pourrait croire, avec cette scène, que le film va s’avancer dans les eaux troubles du désir et en interroger les ressorts, puisqu’on y voit Gerda et Einar en robe se préparant à faire l’amour. Que nenni ! Il s’agissait juste là de donner un court instant le frisson au spectateur lambda. Ne nous imaginons pas qu’on nous montrera une femme cis faire l’amour avec une femme trans, ce serait vraiment… répugnant ? C’est pourtant ce qui a bien dû se passer, contrairement, encore une fois, à ce qui est montré dans le film, puisque Gerda et Lili ont vécu dix ans ensemble et que les nombreuses gravures que Gerda a faites pour La Vie parisienne semblent indiquer plus qu’un intérêt affirmé pour les rapports sexuels lesbiens[30]. De plus, comme il est rapporté dans le livre d’origine, Lili aurait déclaré à son ami Neils Hoyer : « Je t’avoue honnêtement et simplement, Niels, que j’ai toujours été attirée par les femmes. Et aujourd’hui plus que jamais. »[31] Tut-tut-tut, pas de ça chez Tom Hooper. Une femme trans lesbienne et, pire encore, une femme cis attirée par une femme trans ? Ce serait sans doute trop subversif. Il faut garder les choses en ordre : sitôt que Lili s’affiche comme Lili, elle est attirée par les hommes. Mais pas n’importe lesquels. Ainsi Lili, au cours d’un bal, est courtisée par un homme : Henrik Sandahl. Elle a par la suite rendez-vous avec lui dans une maison à la périphérie de la ville. Henrik l’embrasse et glisse sa main dans l’entre-jambe de Lili en l’appelant « Einar ». Sur quoi Lili, choquée et scandalisée, s’enfuit. C’est ici tout à l’honneur du film (pour une fois!) de nous dire qu’une femme trans n’est pas un homosexuel travesti et qu’il est insultant de donner à une personne trans son prénom de naissance. Bien plus tard, Lili retrouve Henrik et est surprise à son bras par Gerda. Elle explique ensuite à Gerda : « Il ne se passe rien entre Henrik et moi, il est homosexuel. » Sous-entendu : Lili ne fricote pas avec ce genre d’individus, elle veut un homme, un vrai, c’est-à-dire un homme hétérosexuel, comme Hans ou le professeur Warnekros.

Du côté de Gerda : point de désir pour Lili, tout au plus de l’affection, reliquat de son amour pour Einar. Et pour nous enfoncer dans le crâne qu’il n’y a rien de rien entre Lili et Gerda, nous avons droit à cette scène ridicule où Gerda et Lili sont dans le même lit mais séparées par un grand voile tendu entre elles ! On ne sait jamais, des fois que leurs épaules se toucheraient, on pourrait avoir le début d’un commencement de soupçon de rapport sensuel entre elles.

Les normes, toutes les normes, sont sauvées. Lili meurt. Gerda et Hans retournent au pays natal de celle-ci et regardent s’envoler le foulard que Lili avait acheté pour Gerda. L’âme de Lili s’envole dans le ciel. L’âme seulement n’est-ce pas, Tom Hooper n’aurait pas eu l’impudence de nous montrer l’essor d’une femme trans vivante. Pourtant, les exemples ne manquent pas[32].

Restent Gerda et Hans, un couple « normal ». Ouf ! Les conventions l’ont échappé belle.

Conclusion

Si Tom Hooper s’était un tant soit peu intéressé à la véritable histoire de Lili et de Gerda, s’il avait quitté la posture surplombante de sa narration et pris le risque de regarder par les yeux de ses héroïnes, il aurait vu que l’identité n’est pas une affaire de traits physiologiques, mais le lieu d’une délicate articulation entre des signes qu’on envoie (à quel modèle fait référence notre manière de nous incarner) et la sanction de ces signes par cellui qui les reçoit. Il aurait donc vu que l’enjeu esthétique de son film était de représenter l’advenue de Lili dans le regard de Gerda et comment Gerda consacre cette naissance par son désir pour Lili, doublé de son désir de la représenter. Au lieu de cela, Tom Hooper le cède à l’esthétisation en apportant un soin excessif aux détails d’époque et à la photographie, condamnant ainsi son film à rester sur le plan le plus pauvre de ce que le cinéma peut faire : un mélo banal au service d’une vision transphobe de la transidendié, d’une vision sexiste des femmes, et d’une vision hétérosexiste des rapports amoureux et charnels. Quand le film s’achève et que sur l’écran apparaît la phrase : « L’histoire de Lili continue d’inspirer la communauté trans », on songe, dépité.e, que les auteurs du film, eux, n’auront vraiment rien fait pour soutenir cette inspiration.

Il faut rappeler pour finir qu’on peut transitionner de manière sociale et/ou physique, la transition physique pouvant inclure la prise d’hormones et/ou des opérations sur les organes génitaux primaires et/ou secondaires. Cependant, alors que de nombreuses personnes transgenres souhaitent garder leurs organes génitaux de naissance, il est encore impossible en France d’obtenir un changement d’état civil sans passer par les cases psychiatrie-chirurgie-stérilisation, condamnant les personnes trans à un parcours médical cruel et déshumanisant.

agmu

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Notes

[1] Mostra de Venise 2015 : Queer Lion ; Festival du film de Hollywood 2015 : Hollywood director award, Hollywood film composer award ; Oscar 2016 de la meilleure actrice dans un second rôle pour Alicia Vikander.

[2] La transidentité est le fait chez un individu d’avoir une identité de genre différente de celle assignée à la naissance.

[3] https://en.wikipedia.org/wiki/The_Danish_Girl (en anglais)

[4] http://www.nytimes.com/2000/02/14/books/books-of-the-times-radical-change-and-enduring-love.html (en anglais)

[5] « Lili Elbe’s autobiography : Man into woman », https://oii.org.au/789/book-review-man-woman/

[6] « Lili Elbe, media construct » : http://zagria.blogspot.fr/2015/01/lili-elbe-media-construct.html#.Vr4T5CjrO7Y (en anglais)

[7] « Lili Elvenes known as Lili Elbe, and the film not of her life », http://zagria.blogspot.fr/2015/11/lili-elvenes-known-as-lili-elbe-and.html#.Vr2w8ijrO7b (en anglais)

[8] « Corkscrew in the neck », The London Review of books, Vol. 37, No 17, 10 September 2015. La traduction est de moi.

[9] Une personne cisgenre est une personne qui s’identifie au genre qui lui a été assigné à la naissance.

[10] Je pense notamment à La famille Bélier où les rôles de personnages sourds sont interprétés par des acteur.rice.s non sourd.e.s, mais encore à de nombreux films portant sur la transidentité interprétés par des acteur.rice.s cisgenres (Boys don’t cry, Transamerica, Dallas Buyers Club…)

[11] « Représentation des personnes trans au cinéma : WTF ?! », http://www.festivaltransposition.com/#!Représentation-des-personnes-trans-au-cinéma-WTF-/cu6k/564087260cf2f51f323200e1

[12] Cité par francetvinfo : http://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/un-homme-pour-jouer-une-femme-trans-pourquoi-le-casting-d-eddie-redmayne-dans-the-danish-girl-fait-polemique_1277529.html#xtor=CS1-747

[13] Eddie Redmayne a obtenu l’Oscar du meilleur acteur pour son interprétation de Stephen Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps en 2015, déjà un rôle de composition.

[14] E. Redmayne était de nouveau en lice pour l’Oscar du meilleur acteur en 2016.

[15] Citée par franceinfotv, voir le lien ci-dessus.

[16] « Lili Elbe’s autobiography : Man into woman », https://oii.org.au/789/book-review-man-woman/ (en anglais)

[17] http://annenberg.usc.edu/pages/~/media/MDSCI/Inequality in 700 Popular Films 8215 Final for Posting.ashx (en anglais)

[18] Discriminations ou préjugés envers une personne en raison de son âge.

[19] L’idée du genre comme performance est élaborée par Judith Butler dans Trouble dans le genre, paru en 1990. Dans son article « De la construction du genre à la construction du ‘sexe’ : les thèses féministes postmodernes de Judith Butler », Audrey Baril écrit : « À l’instar d’Austin, Butler définit le genre comme performatif. Cela signifie que le genre est un énoncé sans substrat métaphysique et ontologique qui, par son énonciation et sa répétition, réalise ce qu’il dit, soit un genre féminin ou masculin. Ainsi, l’humain ne naît pas avec un genre fixe et naturel, mais ce genre se réalise jour après jour à travers les normes et les contraintes, et c’est de cette répétition quotidienne qu’il tire son apparente stabilité, cohérence et naturalité qui sert ainsi de base au cadre hétéronormatif et hétérosexiste. » (https://www.erudit.org/revue/rf/2007/v20/n2/017606ar.html)

[20] « Vous pensez que l’histoire de ‘The Danish Girl’ est d’un autre temps ? Pas vraiment… » : http://www.huffingtonpost.fr/2016/01/20/danish-girl-tom-hooper-histoire-autre-temps_n_9007660.html

[21] Karine Espineira : « Les personnes trans ont tout intérêt à ne pas déclarer leur homosexualité au monde médical » : http://yagg.com/2014/11/25/karine-espineira-les-personnes-trans-ont-tout-interet-a-ne-pas-declarer-leur-homosexualite-au-monde-medical/

[22] « Lili Elvenes surgery and womanhood », http://zagria.blogspot.ca/2015/01/lili-ilse-elvenes-surgery-and-womanhood.html#.Vr30HyjrO7Z (en anglais)

[23] https://oii.org.au/789/book-review-man-woman/ (en anglais)

[24] Idem

[25] http://fra.europa.eu/fr/news/2015/une-action-renforcee-est-necessaire-pour-contribuer-lutter-contre-la-transphobie

[26] Manifeste d’une femme trans, Julia Serano, éditions Tahin Party, 2007

[27] « Einar Wegener, artist » : http://zagria.blogspot.ca/2015/01/einar-wegener-artist.html#.Vr317ijrO7Y (en anglais)

[28] « À partir du moment où l’on prend conscience que la couverture médiatique des personnes transsexuelles est influencée par la valorisation inégale que notre société accorde au féminin et au masculin, il devient alors évident que d’une manière ou d’une autre, les tentatives de mettre en scène […] des femmes trans reposent toutes sur un socle de misogynie implicite. Puisque la plupart des gens sont incapables de comprendre pourquoi quelqu’une abandonnerait les privilèges et les pouvoirs masculins pour devenir une femme relativement impuissante et démunie sur le plan social, elles et ils imaginent que le but principal des femmes trans est d’acquérir le seul pouvoir censé appartenir aux femmes dans notre société : la capacité de séduire les hommes et d’exprimer leur féminité. » Julia Serano, Manifeste d’une femme trans, Éditions Tahin Party, 2007, p 41-42

[29] « Einar Wegener, artist » : http://zagria.blogspot.fr/2015/01/einar-wegener-artist.html#.Vr4RtSjrO7Z

[30] « The Incredibly True Adventures of Gerda Wegener and Lili Elbe » : http://coilhouse.net/2012/08/the-incredibly-true-adventures-of-gerda-wegener-and-lili-elbe/ (en anglais)

[31] « Lili Ilse Elvenes, surgery and womanhood » : http://zagria.blogspot.ca/2015/01/lili-ilse-elvenes-surgery-and-womanhood.html#.Vr320yjrO7Y (en anglais)

[32] On pourra se rendre sur le site « A Gender variance who’s who » : http://zagria.blogspot.fr, pour avoir accès à des centaines de biographies de personnes trans dans le monde entier, depuis les années 30 à nos jours.

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27 réponses à The Danish Girl : un mélo transphobe

  1. ‘ai personnellement aimé le film. Je ne suis pas d’accord avec certaines de vos remarques que je trouve un peu forcées, un peu trop recherchées, soit, néanmoins j’ai ressenti beaucoup d’autres choses que vous relevez et qui ont effectivement amoindri mon amour pour le film. J’ai adoré le jeu de l’acteur principal et je ne suis pas choquée du choix, cependant je suis terriblement déçue que le réalisateur ait choisi de faire une telle lecture hétérosexuelle, comme vous le soulignez dans la dernière partie de votre analyse. J’ai aimé le passage où Lili refuse les avances d’Henrik, c’était louable d’insister sur un fait qui ne semble pas acquis pour tout le monde. Cependant, j’ai été terriblement frustrée, voire me suis senti trahie, par l’absence de relation entre Lili et Gerda. Les peintures de l’artiste Gerda sont pourtant magnifiques et sans équivoque portées sur l’amour lesbien. La scène du lit avec le drap tendu m’a fait avoir un facepalm mental au cinéma.

    D’ailleurs, j’aimerais terminer sur une anecdote… Lorsque je suis allée le voir au cinéma, pendant une bonne moitié du film, les gens riaient de gêne dans la salle lors des scènes où Einar commence peu à peu à se travestir. Personnellement, je trouvais ces scènes absolument bouleversantes (peut-être que la musique ultra dramatique m’a conditionnée effectivement ahaha). Je me mettais à la place d’Einar, de cette future Lili, je comprenais cette douleur de ne pas être né dans le bon corps. Et les autres riaient. C’était des rires moqueurs, ça se sentait. Les rires du style « Ahlol, le monsieur il se déguise en fille trolololol »… C’est surtout ça qui m’a profondément choquée, en fait.

    Bref. J’ai aimé le film, versé plusieurs fois des larmes. Mais il est vrai qu’il est loin d’être parfait, et j’en veux au réalisateur d’avoir emprunté des chemins complètement ‘normés’, alors que la véritable histoire de Lili semblait bien loin de la norme. C’était beaucoup de censure, finalement, quand on y pense. Ca aurait pu être un chef d’oeuvre, mais c’est rapé.

    • Je voudrais revenir sur un élément de votre commentaire à savoir celui-ci : « je comprenais cette douleur de ne pas être né dans le bon corps. »

      Si je tiens à soulever cette remarque c’est parce que j’aimerai bien que l’on arrête d’employer la rhétorique du « mauvais corps ». Je ne suis pas née dans le mauvais corps, notre corps n’est pas mauvais. J’ai le bon corps. Mon corps, quand bien même il est perçu comme mauvais pour bien des personnes cisgenre dans la mesure où le genre est systématiquement associé au corps, est le bon.

      • Lili va faire des opérations chirurgicales pour changer son corps. Elle choisit de se faire opérer pour retirer son pénis et ses testicules. Ça ressemble beaucoup à quelqu’un qui pense ne pas être né dans le « bon corps » pour moi.

        • Je ne suis pas une experte mais d’après ce que j’ai entendu dire, toutes les personnes transgenre n’ont pas le même ressenti à ce sujet. Il y a des personnes transgenre qui veulent faire une transition chirurgicale, d’autres non. Et puis, les personnes transgenre sont les mieux placées pour savoir ce qu’ils/elles ressentent à propos de leur propre corps.

        • Le corps ne se résume pas aux parties génitales, heureusement. C’est marrant, parce les personnes qui font de la chirurgie esthétique pour un bout de nez ou de pénis, on leur dit pas qu’elles sont nées dans le « mauvais » corps. Cette focalisation sur les parties génitales est en partie construite sur une histoire de normalisation et stérilisation des personnes trans pour s’assurer 1) qu’elles ne « reviennent » pas en arrière, 2) qu’elles soient conformes à la norme binaire d’association sexe/genre. Chaque personne trans a ses raisons personnelles de recourir ou non à des opérations chirurgicales. Et il ne faut pas oublier pour un certain nombre de personnes, le problème c’est qu’on leur a assigné le mauvais genre parce qu’on leur a jamais demandé leur avis, pas le mauvais corps.

          • Mais il faut demander son avis à quelqu’un au sujet de son genre ? C’est quelque chose qui se décide en cours de vie ? Je n’avais pas envisagé que l’on puisse questionner des fondamentaux de la société comme çà, le seul exemple qui me vient en tête, là, ceux sont les formes d’adresses, le fait que l’on dise « madame » ou « monsieur » à quelqu’un, « il » ou « elle », je suis en train d’essayer d’imaginer la société si on enlevait çà de notre langage, ou si on rendait toutes ces formes d’adresse réversibles, çà serait intéressant comme sujet de film de type univers alternatif.
            Pour ce qui est de la focalisation des parties génitales, je ne sais pas si le commentaire laissé par « Arroway » répondait directement ou non au mien, j’ai laissé ce commentaire parce que en lisant la biographie de Lili Elbe j’ai vu qu’elle avait fait ces opérations là (parties génitales), en plus de celle pour l’utérus, et que elle en était morte et cette histoire m’a perturbé (au même titre que que toutes les histoires illustrant les actions que font les hommes pour transformer/vivre leur vie), mais du coup je n’ai pas vraiment compris à quoi faisait référence la « focalisation sur les parties génitales », qui c’est qui focalise sur çà ? C’est à dire « pour s’assurer qu’elles ne reviennent pas en arrière » ?
            J’ai lu la critique et je l’ai trouvé extrêmement bien argumentée et convaincante, le(s) auteur(s) du film ne se sont visiblement pas mis à la place d’une personne transgenre, ils n’ont pas essayé d’aborder la question sous différents angles, ou en tout cas ils n’en ont retenu qu’un seul (le plus « traditionnel »), ce qui donne une oeuvre peu originale, avec beaucoup d’idées préconçues… Ce qui me rassure un peu c’est de lire que des médias comme « les cahiers du cinéma » ou « les inrockuptibles » pointent ces défauts.

          • Mais il faut demander son avis à quelqu’un au sujet de son genre ?

            Et bien ça serait bien ! Aujourd’hui, la majorité des gens assigne le genre et le sexe d’une personne à sa naissance. Le genre d’un bébé est déterminé en fonction de son sexe, et le sexe lui-même est déterminé à partir de critères modelés par la société : si l’organe qui pend entre les jambe du bébé fait plus de 2.5 cm, alors c’est un garçon ! Sinon, c’est une fille ! (mais on « aide » un peu la « nature » en le raccourcissant médicalement). Je résume un peu vite, mais c’est l’idée. Comment on a choisi 2.5 cm, bien sûr, ça c’est arbitraire. Cette manière de faire a des conséquences 1/ pour les personnes intersexes que l’on cherche à faire rentrer dans la case « sexe masculin » ou « sexe féminin » à partir de leurs organes génitaux, quitte à les opérer chirurgicalement, 2/ pour les personnes trans à qui le genre assigné ne leur convient pas.

            C’est quelque chose qui se décide en cours de vie ?

            Il y a des personnes trans qui ont su depuis leur enfance qu’iels étaient d’un autre genre que celui qui leur était assigné ; d’autres découvrent ou conscientisent qu’elles ont un autre genre plus tard dans leur vie ; d’autres ont un genre qui varie dans le temps de manière cyclique (les genderflux).

            Je n’avais pas envisagé que l’on puisse questionner des fondamentaux de la société comme çà, le seul exemple qui me vient en tête, là, ceux sont les formes d’adresses, le fait que l’on dise « madame » ou « monsieur » à quelqu’un, « il » ou « elle », je suis en train d’essayer d’imaginer la société si on enlevait çà de notre langage, ou si on rendait toutes ces formes d’adresse réversibles, çà serait intéressant comme sujet de film de type univers alternatif.

            Un roman est sorti il y a quelques temps qui reprend cette idée : « Sexus nullus ». C’est l’histoire d’un candidat aux présidentielles qui a pour seul et unique programme la proposition suivante : et si on enlevait la mention du sexe sur les papiers d’identité ?

            Pour ce qui est de la focalisation des parties génitales, je ne sais pas si le commentaire laissé par « Arroway » répondait directement ou non au mien, j’ai laissé ce commentaire parce que en lisant la biographie de Lili Elbe j’ai vu qu’elle avait fait ces opérations là (parties génitales), en plus de celle pour l’utérus, et que elle en était morte et cette histoire m’a perturbé (au même titre que que toutes les histoires illustrant les actions que font les hommes pour transformer/vivre leur vie), mais du coup je n’ai pas vraiment compris à quoi faisait référence la « focalisation sur les parties génitales », qui c’est qui focalise sur çà ? C’est à dire « pour s’assurer qu’elles ne reviennent pas en arrière » ?

            Oui, je répondais à votre commentaire par rapport à l’idée du « bon corps » ou pas, et le fait que quand des gens parle des trans, leur corps semble se résumer aux parties génitales (cf les questions récurrentes mais déplacées pour savoir s’iels ont fait « L’Opération »). Notamment, aujourd’hui, dans beaucoup de pays y compris la France, par exemple, si une personne trans veut changer ses informations d’état civil, elle doit être passée par la case opération/stérilisation (et bien sûr, uniquement pour dans le cas où elle est de genre féminin ou masculin… si iel est de genre non-binaire, c’est même pas la peine de chercher).

          • Merci d’avoir répondu à mes questions. Je n’avais pas réalisé que effectivement des bébés naissaient « intersexe » et que il existait des procédures (avec possible opération) pour ces bébés. Je n’avais pas non plus réalisé que des personnes pouvaient effectivement vouloir changer d’état civil et qu’il y avait des conditions spécifiques.

          • (Du coup le fait que j’ai mis intersexe entre guillemets c’est bizarre… çà fait comme si je reprenais le propos de quelqu’un d’autre tout en y étant opposé or ce n’est pas le cas !)

          • L’intersexe est le sujet d’un drama japonais (pas mal du tout d’ailleurs) =>

            IS~男でも女でもない性~ (IS – Otoko demo onna demo nai sei -)

            https://peuventilssouffrir.wordpress.com/2014/09/03/is-ni-homme-ni-femme/

          • @Celi: il y a pas mal de ressources sur internet, je peux conseiller la lecture de :
            – cette BD qui aborde pas mal de ces questions de manière rafraîchissante : http://assigneegarcon.tumblr.com/
            – ce site qui brasse pas mal de thématiques :
            https://trolldejardin.wordpress.com/category/genre/cissexisme/
            En particulier: sur le cissexisme (https://trolldejardin.wordpress.com/2016/01/09/le-cissexisme-ordinaire/), le genre est-il est un choix ? (https://trolldejardin.wordpress.com/2016/03/28/le-genre-est-il-un-choix/), la binarité obligatoire (https://trolldejardin.wordpress.com/2016/01/09/le-binarisme/)
            – sur la non-binarité: http://lechodessorcieres.net/non-binarite/ et en anglais http://nonbinary.org/

  2. Même si je n’ai pas interprété ce film de la même manière que vous d’un premier abord, quelque chose, en le regardant, m’a dérangé, sans que je puisse déterminer de quoi il s’agissait exactement.

    Maintenant je comprends toute cette symbolique péjorative, qui se cache derrière de belles images.

    Deux scènes m’ont parues particulièrement irritantes. D’abord, celle affichant la nudité sensuelle de Gerda, par opposition avec le corps de Lili ainsi « ridiculisé », car le réalisateur, au lieu de nous montrer un échange de désir, ne fait que souligner, involontairement ou non, l’illégitimité de ce corps qui se veut celui d’une femme, tel un jeu puéril, une lubie égoïste, vision profondément transphobe particulièrement maladroite et malvenue ici. De plus, cette excuse facile pour exposer le corps d’Alicia Vikander, dans ces moindres détails, car on y voit jusqu’à la forme de son sexe, n’est pour moi qu’une façon grossière de flatter le regard hétérosexuel, et de discréditer encore plus Lili, en détournant l’attention d’elle et en la faisant apparaître comme un élément indésirable.

    Ensuite, celle durant laquelle Lili avoue au médecin vouloir être une « vraie femme » (médecin qui d’ailleurs semble particulièrement gêné, il ne faudrait quand même pas que ce dérangé travesti ce mette à le reluquer…). Cette réplique est une insulte autant envers les femmes cisgenres que transgenres, car elle affirme qu’une femme ne possédant pas un utérus fonctionnel (soit étant fertile et n’ayant jamais subi de chirurgie, en cas de cancer ou endométriose grave par exemple) ou n’ayant aucun désir d’enfant n’est pas une vraie femme. Ceci s’applique également aux transgenres, qui ne seraient donc pas, si on en croit cette affirmation, de « vraies femmes » si elles ne possèdent pas un appareil génital féminin fonctionnel. Cette vision si réductrice, reléguant la femme à un rôle de pondeuse dépendante de son cycle menstruel est tout simplement répugnante. Le fameux « j’ai mes règles » m’a littéralement fait bondir.

    Tout comme vous, j’ai été rebuté par cet étalage de clichés sur la gestuelle supposément féminine, les codes sociétaux imposées aux femmes (et aux hommes) affichés comme innés. J’ai également ressenti ce malaise en voyant Lili décrite comme une « pâle copie de femme », immature et ingénue.

    L’arrivée de Matthias Schoenaerts, le mâle au charisme, au sex-appeal et aux bonnes manières enfin dignes d’un vrai homme, nous rappelant à quel point Lili/Einar est ridicule dans son petit jeu égoïste. Le personnage de Hans est extrêmement malvenu dans ce film. Ayant vu la version originale sous-titrée en anglais, il ne fait la plupart du temps qu’ordonner des choses en français, incompréhensible pour Gerda, et démontrer sa virilité, en français, toujours, en saluant chaleureusement des amis sous les yeux admirateurs de la petite Gerda qui se décompose devant cette masculinité déconcertante, éclatante, si réductrice pour la pauvre Lili, qui commençait à peine à s’épanouir en tant que femme. La façon dont il réagit au récit de ce souvenir d’enfance, ce baiser qu’il a donné à Einar dans un jeu puéril, ne fait encore que rabaisser Lili au rang de pathétique égoïste, dégoulinante de mièvrerie, en opposition avec la virilité de cet homme, ce vrai mâle adulte et responsable, maintenant épanoui dans sans masculinité.

    Le seul point positif que j’ai pu trouver dans tout ceci est l’apparente indépendance de Gerda, une femme de caractère, ouverte d’esprit et qui ne recule devant rien. Pourtant, en lisant ce billet, je viens de réaliser à quel point ce personnage est rabaissé à un rang de pauvre chose faible dès l’arrivée de Hans, à quel point ce trop grand dynamisme est dénoncé comme une forme de « dévirilisation » comme vous l’avez écrit.

    Bref, pour moi ce film est faussement « trans-friendly » et ne fait que véhiculer des clichés monstrueux. J’espère seulement qu’il sera plutôt perçu comme un message de tolérance par son public, car il est tout de même un des premiers dans son genre à vouloir montrer une image plus sensible et moins caricaturale de la transidentité, même si pour moi il a lamentablement échoué.

    • Cette réplique est une insulte autant envers les femmes cisgenres que transgenres, car elle affirme qu’une femme ne possédant pas un utérus fonctionnel (soit étant fertile et n’ayant jamais subi de chirurgie, en cas de cancer ou endométriose grave par exemple) ou n’ayant aucun désir d’enfant n’est pas une vraie femme. Ceci s’applique également aux transgenres, qui ne seraient donc pas, si on en croit cette affirmation, de « vraies femmes » si elles ne possèdent pas un appareil génital féminin fonctionnel. Cette vision si réductrice, reléguant la femme à un rôle de pondeuse dépendante de son cycle menstruel est tout simplement répugnante. Le fameux « j’ai mes règles » m’a littéralement fait bondir

      Le problème que j’ai avec cette phrase est qu’objectivement, la seule différence objective entre hommes et femmes est le fait justement que les femmes soient celles qui donnent la vie ou au moins, potentiellement peuvent ou ont pu être potentiellement capables de donner la vie, avec des ovaires, utérus et les règles. Mêmes les femmes qui ont du être opérées avec retrait des organes génitaux féminins ont au moins eu cette expérience de donner la vie ou être en mesure de la donner, à un moment donné de leur vie.
      Toutes les autres « différences hommes/femmes » ne sont que des constructions sociales artificielles, que justement, le féminisme et notamment un site comme celui-ci cherche à démonter comme des constructions artificielles. Après tout, à part ne pas être capable de porter un enfant, qu’est ce que cela veut dire être un homme? Toutes les qualités dites « masculines » peuvent être retrouvées chez les femmes.
      Or, un homme qui veut devenir une femme, au final, ne pourra connaître des expériences qui sont des expériences essentielles de la vie féminine. Cela signifie qu’au final, son expérience de la « féminité » ne restera que très partielle.

      • Mêmes les femmes qui ont du être opérées avec retrait des organes génitaux féminins ont au moins eu cette expérience de donner la vie ou être en mesure de la donner, à un moment donné de leur vie.

        Ben justement, pas forcément: y a des femmes qui n’ont jamais eu la capacité d’être enceintes (organes génitaux pas formés, question d’hormones, accidents physiques, etc, etc).

        • Ben justement, pas forcément: y a des femmes qui n’ont jamais eu la capacité d’être enceintes (organes génitaux pas formés, question d’hormones, accidents physiques, etc, etc).

          Oui : mais dans ces cas, il s’agit de femmes présentant des pathologies : ces femmes sont des exceptions, et ne sont pas représentatives de la gente féminine. Or, là, on parle d’un homme qui veut devenir une femme : or il ne pourra non pas être une femme en bonne santé, mais une femme atteinte d’une pathologie, qui la rend différente des autres femmes. Est ce vraiment cela devenir une femme ?

        • PS : quand je dis « être en mesure de la donner », je voulais dire « avoir des cycles rythmés par les règles »

          • Si je comprends bien, par vos propos vous insinuez qu’il y a un antagonisme homme / femme et que cette antagonisme né de la faculté de pouvoir porter des enfants… Il y a des hommes trans qui ont eu des enfants et ce sont des hommes sans que cela ne soit à remettre en question. Et en tant que femme trans il n’est pas possible d’être enceinte bien qu’étant une femme.

            Avancer que « la seule différence objective entre hommes et femmes est le fait justement que les femmes soient celles qui donnent la vie » est non seulement transphobe mais aussi sexisme. Cela réduit le fait d’être femme au fait d’être un utérus sur patte à même d’avoir des enfants. Tandis que cela vient nier l’identité des femmes grandes qui, je le répète, sont belles et bien des femmes.

            Par ailleurs vos propos sur « un homme qui veut devenir une femme » sont tout autant insultant. Bien qu’assignée garçon à la naissance, je n’ai pas voulu devenir quoique ce soit. La seule différence est que pendant des années j’ai essayé de me conformer à l’image que l’on se faisait de moi. Tout le monde dit que je suis un garçon alors ça devait être cela, je devais être un garçon alors que non je suis et j’ai toujours été une personne trans non-binaire.

          • Cela réduit le fait d’être femme au fait d’être un utérus sur patte à même d’avoir des enfants. Tandis que cela vient nier l’identité des femmes grandes qui, je le répète, sont belles et bien des femmes.

            Vous m’avez très mal compris : je ne réduis pas le fait d’être une femme au fait d’être un utérus sur pattes : je dis simplement que les autres composantes qui font des femmes ce qu’elles sont des composantes « neutres » que l’on trouve autant chez les hommes que chez les femmes. C’est vous qui avez un préjugé sexiste, puisque vous présupposez que tout ce qui ne relève pas de la reproduction est « masculin ». De plus, si une femme est un utérus sur pattes, un homme est une banque de sperme ambulante, dans le même raisonnement. Et effectivement, le seul élement purement « masculin » est le fait de produire du sperme. Tout le reste est neutre, et correspond à la composante « humaine » de chaque individu.

            Et en tant que femme trans il n’est pas possible d’être enceinte bien qu’étant une femme.
            A votre avis, pourquoi Bruce Jenner a attendu d’avoir eu des enfants en tant qu’homme avant de devenir Caitlyn Jenner? Il souhaitait devenir une femme à un âge bien plus jeune que l’âge où il a changé de sexe, mais il a quand même attendu d’avoir six enfants (il a failli devenir une femme avant de se raviser lors de son mariage avec la veuve Kardashian qui lui a donné ses deux derniers enfants) avant de le faire.

            Il y a des hommes trans qui ont eu des enfants et ce sont des hommes sans que cela ne soit à remettre en question.

            Et comment ont ils eu des enfants? Parce qu’ils avaient conservé leur appareil génital féminin. Si l’on parlait au sens strict, cela n’en fait pas des hommes, mais plutôt des hermaphrodites, c’est à dire des être étant littéralement des deux sexes simultanément. De plus, pour une femme, il est plus facile de prendre des traits « masculins », car les organes génitaux ne sont pas extériorisés et l’on peut ressembler à un homme même avec des organes génitaux féminins à l’intérieur.

            Tout le monde dit que je suis un garçon alors ça devait être cela, je devais être un garçon alors que non je suis et j’ai toujours été une personne trans non-binaire.

            Est qu’est ce que cela veut dire « être un garçon »? A part avoir des organes génitaux masculins, ce qui peut être retiré par la chirurgie, qu’est ce que cela veut dire? Même des garçons non trans ont aussi du mal à se conformer au clichés sociaux « masculins »?

          • joffrey pluscourt

            @david r bio:
            Vouloir combattre toute discrimination en essentialisant le plus purement les sexes à une qualité la plus éthérée possible part d’un bon sentiment et j’écris surtout pour signaler une excellente « youtubeuze »:

            « Un pavé dans la mare #13 : La transidentité »
            https://www.youtube.com/watch?v=gF9nPd1bCMU

            <3 en plus elle filme Lyon <3

            Mais Arroway signale un point très marquant, le fait que l'on résume des personnalités et des parcourts à quelques centimètres carrés d'entre jambe très arbitrairement.

            Etre femme (ou homme ou racisé(e) ou beau ou "handicapé(e)…) pour soi mème et autrui, recoupe une multitude d'habitus, de mère à ouvrière, de patiente médicale à inconnue croisée, d'artiste à réact en repas de famille… Etre genré(e) dépasse de loin UN role social et UN regard (ou UN système organique).

            Je reposte un "classique" qui a inspiré "l'Histoire de la sexualité" de Foucault (Foucault dont je n'ai lu que "Surveiller et punir" et sur qui je n'ai d'avis sans être aller à la fac)
            C'est l'autobiographie facile à lire d'une prolétaire du 19ème réassignée à l'age adulte pour "raison" médicale (et politique):

            http://www.leboucher.com/vous/herculine/barbin.html

          • @Dave R Bio

            Pourquoi parlez vous toujours « d’hommes » et de « femmes » alors que vous vous référez aux organes génitaux?
            Au pire, parlez de « mâle » et « femelle » dans ces cas là, vu que vous semblez être d’accord que « le masculin » et « le féminin » sont des pures constructions sociales? Ca embrouille sacrément votre propos que d’utiliser les termes « hommes » et « femmes » de manière aussi flou.
            Après, peut-être que vous n’êtes pas d’accord avec cela, vu que vous dites que la seule expérience « essentielle » des femmes est le fait d’avoir porté, ou de pouvoir porter, ou d’avoir pu porté des enfants, même si cela ne les intéresse pas (comme c’est le cas de plein de femmes).
            Cette définition vous amène, inévitablement (comme toute définition essentialiste), à patholiger les femmes qui ne sont pas nées avec des utérus, ou des utérus endommagés, ou autres cas de figures qui feraient qu’elles ne pouraient pas porter d’enfants.
            Cette pathologisation d’un certain nombre d’individu-es, qui se réfère ici (mais ce n’est pas toujours le cas) à la norme statistique, est bien entendu d’une violence inouïe, et est (dans la très grande majorité des cas), une pensée issue du privilège et du statut de dominant dans des rapports d’oppression, et qui a donc pour but de faire perdurer ce statut de dominant.
            Pathologiser la différence, rendre ce qui est anomal anormal, perçu comme un manque, une blessure, une névrose etc. par rapport à l’idéal (forçément défini par les dominant-e-s), voilà des outils de domination qui, bien qu’ils ne soient en rien nouveau (vous êtes en bonne compagnie, qui remonte très loin dans le temps), vous flattent d’autant moins que vous discutez avec des personnes concernées par ses oppressions-là, et qui ont donc une connaissance de première main des conséquences de ce genre de discours. Des personnes qui, j’espère que vous en conviendrais, ont autant droit à une bonne qualité de vie, libérée de toute oppression, insulte, dégradation etc. que vous et moi, hommes cis.

  3. Bonjour

    Excusez-moi mais que signifie les termes « transgenre » et « transsexuel(le) »?
    Je ne suis pas sûre des définitions, mais pour moi (et c’est TRES SUBJECTIF)mais je crois que les transsexuel(el)s sont les personnes qui ont changé de sexe et que les transgenres sont les personnes qui ne s’identifient pas au sexe qui leur est donné à la naissance (je ne sais pas comment très bien l’expliquer) mais comme vous vous y connaissez mieux que moi sur le sujet, j’aimerais comprendre (la définition des dictionnaires est assez compliquée pour moi).
    J’ai l’air un peu stupide, c’est vrai mais c’est important et utile pour moi.

    • Avant de vous répondre, j’aimerais revenir sur cette phrase : « les transsexuel(el)s sont les personnes qui ont changé de sexe et que les transgenres »

      Transgenre / transsexuel sont des adjectifs et non des noms communs. On parle alors de personne transgenre par exemple. Dans un second temps, le terme transsexuel est parfois utilisé pour définir une personne ayant effectué une opération de « changement de sexe ».

      Néanmoins c’est là un terme à éviter car il s’agit d’un terme pathologisant employer par les psychiatres dès lors que l’on a été désigné-e comme étant atteint-e de transsexualisme (« maladie » psychiatrique n’étant pourtant plus censée être reconnue). De là, encore aujourd’hui, il faut se faire déclarer « malade » pour obtenir un certain nombres de droits comme celui d’entamer une procédure de Changement d’Etat Civil.

      Par ailleurs, il est possible que vous rencontriez un jour une personne trans se définissant comme transsexuelle ce qui est parfaitement son droit dans la mesure où elle est à même de se réapproprier se terme.

      Enfin, je vous conseillerai plutôt de parler de personnes trans pour éviter tout malentendu.

      • D’accord, excusez-moi d’avoir mal formulé la question alors.

        Comme je ne connais pas de personne dans mon entourage qui sont trans, je voulais savoir si quelqu’un sur le site savait ce que signifiaient les 2 termes que j’avais demandé plus haut.

        Je regrette mon idiotie et d’avoir éventuellement énervé,choqué et/ou blessé quelqu’un qui passait par le site.

        Grâce à vous, je crois avoir compris le terme transsexuel (je l’ai mal formulé, c’est vrai et je le regrette).

        Encore une fois, excusez-moi et merci de votre (éventuelle) future réponse sur les 2 adjectifs dont j’ai demandé la signification.

  4. Comme a dit Eric, j’ai vu le film sans en mesurer certains aspects assez déplorables. Si j’avais effectivement tiqué à certaines répliques de Lili, notamment celles qui révélaient sa vision de la femme qui DOIT se marier, faire des gosses et surtout, SURTOUT, ne pas être une artiste, la mise en perspective que vous apportez en comparant le film à la réalité des faits que j’ignorais rend cette adaptation vraiment exécrable.
    J’aimerais au passage revenir sur deux points qu’il ne me semble pas que vous ayez développé.
    Tout d’abord, le choix de l’acteur Eddie Redmayne. Au-delà du fait de caster un homme cis pour jouer une femme trans, je ne peux m’empêcher de me dire que son rôle dans « Une merveilleuse histoire du temps » a très probablement été déterminant dans ce choix. En dehors du cachet « film d’auteur » qu’il apporte, il m’a semblé que son jeu d’acteur changeait très peu entre son incarnation de Stephen Hawking, un homme piégé dans un corps dont il perd petit à petit le contrôle, et Einar… et je préfère ne pas pousser la comparaison plus loin parce que ça me semble assez sinistre et offensant, mais j’ai la sensation que le parallèle a été fait, consciemment ou non, par l’acteur et le réalisateur.
    Deuxièmement, j’ai le souvenir que Lili parle plusieurs fois de la nécessité de « tuer Einar » pour pouvoir vivre réellement. Or, j’ai trouvé que le film faisait beaucoup plus d’effort pour rendre le personnage d’Einar attachant et sympathique que ça n’a été le cas pour Lili, tous deux étant écrits et incarnés de manière très différente. J’ai presque eu l’impression de voir un film sur la dissociation de personnalité davantage que sur la transidentité, et j’ai par moment eu l’impression que Lili était l’antagoniste de l’histoire, qui cherchait à usurper le corps et la vie de ce pauvre Einar si gentil et timide, ce qui a mon sens dénote soit d’une extrême maladresse du réalisateur, soit d’une condescendance et d’un mépris certains concernant son sujet. Ou peut-être un mélange des deux.

  5. Merci beaucoup pour cet article qui m’a fait comprendre plein de choses que je n’avais pas saisi sur ce film, qui m’avait énervé et déplu. La contextualisation avec la vraie histoire (ou du moins ce qu’on en sait) est très éclairante, elle met d’autant plus en lumière les choix (transphobes, sexistes, hétéronormés etc.) du réalisateur et de l’équipe qui ont fait ce film.
    Le seul passage que je n’ai pas trop saisi c’est lorsque vous parlez de dialéctique du désir entre Lili et Gerder, le vocabulaire devient trop universitaire pour moi et j’ai eu du mal à saisir ce que vous vouliez dire.
    Merci pour cet article qui m’a beaucoup aidé à comprendre ce film et pourquoi il est politiquement archi-douteux.

  6. […] film a beaucoup d’autres aspects problématiques, dans son scénario, […]

  7. La réplique « j’ai mes règles » sur laquelle plusieurs d’entre vous ont tiqué n’est-elle pas un quiproquo ? Vous oubliez le contexte, il me semble. Le couple essaye depuis plusieurs mois d’avoir un enfant… Ce qui explique leur échange juste après quand Einar lui répond « Sorry ».

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