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Quand les films d’animation occultent les violences masculines intrafamiliales (II) : L’âge de glace 4, Hôtel Transylvanie, Les Croods

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Après avoir examiné les 3 films fondateurs des années 80-90 dans la première partie de cet article, je vais maintenant passer en revue les films récents qui remobilisent cette figure, en me concentrant sur les 3 plus représentatifs : L’âge de glace 4 (2012), Hôtel Transylvanie (2012), Les Croods (2013). Alors que les « nouveaux pères » dominaient les films d’animations des années 2000, ils me semblent laisser la place en ce début des années 2010 à une nouvelle galerie de « gentils papas abusifs ». Comme on le verra, les problématiques typiques des films de « nouveaux pères » ne disparaissent pas totalement de ces nouveaux films, mais elles me semblent néanmoins passer au second plan. Car si les pères doivent toujours apprendre à être plus « cools » avec leurs enfants, ces nouveaux films passent beaucoup plus de temps à trouver des excuses à leur comportement odieux qu’à les montrer en train de se remettre en question et de changer.  Comme on va le voir, ce qui est au centre ici, c’est la souffrance des pères qui séquestrent, violentent et manipulent leurs filles, et que l’on doit pardonner parce qu’au fond ce sont des braves types. Cette évolution est donc à mon avis très inquiétante, car elle témoigne d’une ré-intensification des discours masculinistes (qui visent notamment ici à occulter les violences masculines intrafamiliales).

***

Avant d’aborder les 3 films qui vont m’intéresser ici, j’aimerais évoquer deux films du début des années 2010 qui peuvent apparaître rétrospectivement comme des symptômes annonciateurs de ce renouveau masculiniste : Raiponce (2010) et Rebelle (2012). Ces deux films ne cherchent pas à légitimer les violences masculines : ils les nient purement et simplement. Dans les deux cas, c’est la mère qui incarne l’oppression patriarcale (Mère Gothel enferme Raiponce à la maison, et Elinor oblige Mérida à se conformer aux normes traditionnelles de féminité). Le père est, quant à lui, soit absent (Raiponce) soit super cool (Rebelle).

De plus, alors que dans les films de « gentils papas abusifs » qui suivront, c’est le point de vue du père violent et de ses souffrances qui primera, les mères ne sont pas du tout les personnages principaux ici. Dans Raiponce, Mère Gothel est la méchante incurable qui ne mérite que la mort. Et dans Rebelle, l’accent est mis sur l’évolution de Mérida, la jeune fille un peu trop féministe qui doit apprendre à être moins « égoïste » et « orgueilleuse ». On est donc loin ici du traitement ultra-complaisant dont bénéficieront les pères dans des films où l’on s’intéressera en priorité leur point de vue, où l’on écoutera abondamment leurs inquiétudes et ses souffrances, où on les comprendra, et où on leur pardonnera finalement toutes leurs horreurs…[1]

Une autre différence de traitement entre les pères violents et les mères violentes réside à mon avis dans le ton adopté par les films pour les décrire. Comme on le verra, les violences masculines sont presque toujours dédramatisées par le rire, alors que les violences féminines font l’objet d’une mise en scène beaucoup plus « grave ». Par conséquent, les premières sont moins « prises au sérieux » (et donc plus relativisées) que les secondes.

 

L’âge de glace 4 (2012) : «  Je t’avais dit que ton père ne nous laisserait jamais tomber »

L’âge de glace 4 est le premier film d’animation des années 2010 à réintroduire la figure du « gentil papa abusif », vingt ans après Aladdin. Cette série produite par Dreamworks est d’ailleurs un bon témoin du changement de problématique qui s’est opéré entre les années 2000 et les années 2010. Le premier opus (sorti en 2002) tournait autour de la figure du « nouveau père » : l’histoire était celle de 3 hommes se retrouvant avec un bébé sur les bras sans savoir comment s’y prendre. A la fin de la décennie, le troisième opus (sorti en 2009) remettait sur la table une problématique typique des films de « nouveaux pères », en montrant les 3 héros lutter contre la menace de féminisation que représente pour eux l’arrivée d’un bébé dans leur famille (à savoir Peaches, la fille de Manny et Ellie). Si le quatrième est encore centré sur Manny le patriarche et les problèmes que celui-ci rencontre dans son expérience de la paternité, le problème ici n’est plus ici de réussir à s’occuper d’un bébé ou de se préparer à l’arrivée d’un bébé, mais il concerne plutôt l’attitude à adopter en tant que père face à une fille qui est devenue autonome et réclame son indépendance.

Le film ressuscite le dispositif masculiniste élaboré dans La Petite Sirène, La Belle et la Bête et Aladdin : la violence masculine est d’abord montrée, mais pour être immédiatement excusée en étant présentée comme autre chose que de la violence (de l’ « inquiétude », de l’ « amour », de la « bienveillance maladroite », de la « surprotection », etc.). Au début du film, Manny empêche sa fille (Peaches) d’aller retrouver les adolescent-e-s de son âge, puis l’embarrasse devant tous ses amis en lui donnant une punition parce qu’elle n’a pas obéi à ses ordres. Ces premières scènes cherchent à mon avis à présenter la situation de manière « neutre » en ne privilégiant ni le point de vue du père, ni celui de la fille. Nous éprouvons bien la violence de l’intrusion de Manny dans la vie de Peaches, et nous comprenons la colère de cette dernière quand elle finit par lui dire qu’elle préfèrerait ne pas l’avoir comme père. Mais nous sommes également invité-e-s à comprendre le pauvre Manny, présenté avant tout comme un papa dévoré par l’inquiétude et sur-protecteur (« Oh, Manny, you are overreacting », lui dit sa femme d’un air mi-amusé mi-attendri). Je trouve cette bienveillance du film à l’égard du comportement de Manny assez problématique, car elle ne revient finalement pas tant à comprendre les raisons du comportement du père (puisque la question de l’intérêt qu’il a à exercer ainsi un pouvoir sur sa fille est évacuée au profit de sentiments plus louables comme l’ « inquiétude » ou l’« amour ») qu’à préparer le terrain pour l’excuser de s’être conduit de la sorte. En résumé, il ne s’agit pas ici de comprendre Manny pour le faire changer, mais de le comprendre pour l’excuser.

La rupture entre Manny et Peaches est dramatisée dans le film par une séparation physique entre les deux personnages : au moment où la fille se détourne de son père (sourde aux paroles de sa mère qui essaie de la « raisonner » en lui disant : « Peaches, ce n’est pas la fin du monde »…), un tremblement de terre se déclare et le sol est scindé en deux gros blocs. Manny et ses deux compagnons se retrouvent à dériver vers le large sur un bout de banquise, tandis que sa femme et sa fille le regardent partir, impuissantes.

sacrépapa01Rupture…

sacrépapa02… Séparation…

sacrépapa03… et papa qui part à la dérive

 

Ce rebondissement scénaristique évite ainsi à Manny d’avoir à régler le problème par le dialogue et d’avoir à se questionner sur le pouvoir abusif qu’il exerce en tant que père. Au lieu de s’orienter vers une telle remise en question de la virilité et de la paternité traditionnelle, le film crée au contraire les conditions pour que le père réaffirme sa valeur en tant que père par la plus virile et la plus patriarcale des manières. En effet, après avoir donné l’ordre à ses femmes d’aller l’attendre au point de rendez-vous qu’il a lui-même déterminé grâce à sa sagesse supérieure de mâle, Manny dérive vers le large, dans un monde sauvage et dangereux, loin de la famille et de son influence « féminisante ». Alors que le 3 combattait cette « menace de féminisation » en réinjectant de l’aventure dans la vie de famille (et en redéfinissant la famille elle-même comme une aventure), le 4 renoue avec un schéma patriarcal plus classique où l’homme retrouve sa nature de dominant en s’éloignant de la compagnie des femmes pour éprouver sa virilité au contact de la nature sauvage[2]. Cette réaffirmation du pouvoir du père atteindra son apogée lorsque celui-ci délivrera sa femme et sa fille en position de demoiselles en détresse kidnappées par des pirates.

sacrépapa04Demoiselles en détresses

sacrépapa05Et papa en super-sauveur-qu’il-faut-pas-chercher…

 

Après avoir combattu le chef des pirates lors d’un face à face viril, Manny revient vers sa famille en héros. Il est le Sauveur, et sa fille lui saute dans les bras. Juste parce qu’il a montré sa bravoure, son autoritarisme du début est oublié, voire pardonné…

sacrépapa06sacrépapa07« Je t’avais bien dit que papa était formidable… »

 

Au lieu de réfléchir au lien entre le pouvoir qu’exercent les pères dans leurs familles et la construction de la virilité traditionnelle dans un contexte patriarcal, le film réaffirme ainsi de manière décomplexée la virilité du père comme valeur ultime. Si bien que le film a non seulement désamorcé son début de critique de la violence masculine, mais est en plus revenu presque en arrière, en deçà de cette esquisse de critique.

De son côté, Peaches n’a cessé de regretter la phrase qu’elle avait lâché à son père avant leur séparation. Alors que celui-ci affronte mille dangers, elle n’a pas grand-chose à faire d’autre que l’attendre et penser à lui[3]. On la voit ainsi à plusieurs reprises soupirer des « je suis tellement inquiète pour mon père » ou des « tu me manques papa ».

sacrépapa08« Où t’es, papa où t’es ? Où, t’es où, t’es où, papa où t’es ? »

 

Cette réaffirmation perpétuelle de la dépendance de la fille vis-à-vis de son père contribue à entourer la figure paternelle d’une aura quasi-mystique et apprend aux jeunes filles à aimer leur père malgré tout ce que celui-ci pourra faire d’horrible. Inutile de préciser à quel point cet attachement peut devenir source de souffrance et de névroses pour les filles (et les garçons) lorsque le père a envers elles un comportement abusif (ou même lorsqu’il les méprise ou tente de leur imposer une identité qu’elles ne désirent pas).

Le seul point sur lequel L’âge de glace 4 me semble un peu plus progressiste que des films comme La Petite Sirène, Aladdin, Hôtel Transylvanie ou The Croods est le fait que le père reconnaisse à la fin la valeur de sa fille (et pas du petit copain de sa fille…), ce qui la rapproche d’héroïnes un peu plus intéressantes politiquement telles que Pocahontas ou Mulan. Alors que le chef des pirates s’apprête à trucider Ellie sous les yeux d’un Manny impuissant, Peaches désobéit à son père (qui lui avait ordonné de rester en arrière) et sauve sa mère de manière spectaculaire. Cette scène est d’autant plus jouissive que c’est grâce à son « héritage maternel » (son côté opposum) que Peaches parvient à avoir le dessus sur son adversaire et à sauver sa mère.

Néanmoins, le film ne peut s’empêcher de coller à Peaches un petit ami dont le père reconnaît la valeur, et auquel il confie sa fille. Je veux parler de Louis le hérisson. Alors que Manny le méprisait au début du film, le petit Louis fait ses preuves en affrontant les pirates lorsque ceux-ci menacent de faire du mal à son amie.

sacrépapa09Tu touches pas à ma copine, mec

A la fin du film, lorsque Manny autorise Peaches et Louis à partir se promener sans lui, il se tourne vers le hérisson et lui dit : « Tu es un enfant courageux ». Même si, le temps d’une scène, le film a fait reconnaître au père que sa fille est capable de se débrouiller seule, la permission de sortie qu’il lui accorde à la fin semble donc voir pour condition qu’elle soit accompagnée par un garçon. Si cette manière de considérer la fille comme l’objet d’un transfert du père vers le gendre n’est donc pas aussi appuyée dans L’âge de glace 4 qu’elle l’était dans Aladdin et La Petite Sirène (et le sera dans Hôtel Transylvanie et Les Croods), elle est bel et bien présente.

Hôtel Transylvanie (2012) : « Un père met tout en œuvre pour protéger les siens, même s’il doit trahir leur confiance »

Comme L’âge de glace 4 et Les Croods, Hôtel Transylvanie est plus centré sur la figure de « gentil papa abusif » que sur la fille qui subit ses violences. C’est peut-être la grande différence entre ces nouveaux films des années 2010 et leurs précurseurs des années 80-90. En effet, La Petite Sirène racontait plus l’histoire d’Ariel que celle de Triton, et de même, Aladdin nous plaçait d’avantage du point de vue de Jasmine que du point de vue du Sultan. Or ici, le rapport s’est inversé. Les héros ne sont plus les filles mais leurs papas.

Hôtel Transylvanie nous raconte donc l’histoire du comte Dracula, père d’une adolescente de 18 ans[4] (Mavis) qui n’arrive pas à accepter que sa fille le quitte et aille vivre sa vie. Pour l’en dissuader, sa principale stratégie consiste à lui répéter depuis sa plus tendre enfance que les humains sont des êtres dangereux qui veulent du mal aux monstres, et que le seul endroit où elle sera en sécurité est l’hôtel qu’il a bâti pour la protéger du monde extérieur. Le jour de son 18ème anniversaire, il va même jusqu’à créer de toutes pièces un faux village peuplé d’humains méchants (qui ne sont autres que ses serviteurs zombies déguisés), et dans lequel il envoie sa fille pour la dégouter à tout jamais des humains.

Le film excusera ce père abusif grâce en recourant à la rhétorique classique de « l’amour » et de « l’inquiétude ». Si Dracula manipule et séquestre sa fille de 18 ans, c’est juste parce qu’il a réellement peur que les humains lui fasse du mal. Cette peur est d’ailleurs amplement légitime puisque, comme nous le révèle le film, la mère de Mavis a été tuée par des humains qui voulaient anéantir leur famille et bruler leur château. Le film fait donc non seulement du père abusif une victime, un homme persécuté, mais il ajoute de surcroît à ce tableau une « femme dans le frigo » pour légitimer encore plus cette violence patriarcale. Comme le dit Dracula lui-même avec la bénédiction du film : « J’ai construit ce lieu pour ma bien aimée, pour protéger son enfant. Un père met tout en œuvre pour protéger les siens, même s’il doit trahir leur confiance ».

« Il faut le comprendre, le malheureux a déjà perdu sa femme, c’est normal qu’il soit aussi protecteur envers sa fille » : voilà en substance le propos du film. Le personnage de la mère et les violences qu’elle a subies sont donc instrumentalisées pour approfondir la psychologie du personnage masculin et susciter de l’empathie à son égard. On retrouve exactement le même procédé que dans la relation entre Dracula et Mavis : le point de vue de cette dernière et les violences qu’elle subit intéressent moins le film que les tourments du père, tiraillé entre son désir de voir sa fille heureuse et la peur qu’il lui arrive quelque chose. De la même manière, le sort de la mère n’est intéressant du point de vue du film que parce qu’il est la source d’une souffrance masculine.

sacrépapa10Une femme est morte…

sacrépapa11Mais l’important là-dedans c’est que… L’HOMME SOUFFRE

La mère sert à légitimer le comportement du père non seulement en tant que victime des humains, mais aussi parce que ce projet de construire un lieu dans lequel leur petite fille serait à l’abri du monde était aussi le sien. L’aura de la mère morte sert ainsi doublement à légitimer la séquestration que le père impose à sa fille.

sacrépapa12C’est pour toi aussi que j’ai construit cet endroit où je vais enfermer notre fille, ma chérie.

En plus de manipuler et séquestrer sa fille, Dracula se montre régulièrement assez violent. On le voit ainsi souvent être sujet à des « accès de colère », des sortes de crises où il se met brutalement à hurler. Par exemple, à la fin du film, lorsque Mavis et son nouveau petit ami sont sur le point de s’embrasser, il ne le supporte pas et leur hurle dessus, puis finit par reprendre ses esprits, s’excuser et partir.

sacrépapa13sacrépapa14sacrépapa15Papa est super-violent et super-possessif, trop LOL !

 

Cette scène est censée être drôle, mais je la trouve personnellement très glauque. En effet, il me semble que l’on a affaire ici au même genre de justification de la violence masculine que dans La Belle et la Bête. L’homme y apparaît comme un être naturellement violent, qui peut à tout moment être dominé par ses pulsions de mâle. Dracula n’était « pas lui-même » lorsqu’il a réagi ainsi, comme en témoigne la prise de conscience et les excuses qui s’ensuivent. Comme si les hommes violents « n’étaient pas eux-mêmes » lorsqu’ils sont violents… Alors que, précisément, les hommes réalisent leur masculinité (telle que définie notre société patriarcale) lorsqu’ils sont violents et affirment ainsi leur domination et leur pouvoir (sur les autres hommes, mais aussi et surtout sur les femmes).

On pourrait soutenir que si Dracula se comporte ainsi, ce n’est pas tant parce qu’il est un homme que parce qu’il est un vampire (donc une créature terrifiante par essence). Mais pourquoi Mavis n’est-elle pas sujette aux mêmes « crises de violence » alors ? N’est-elle pas une vampire elle-aussi ?

A mon avis, ce genre de scènes a donc non seulement pour effet de dédramatiser la violence du père en en faisant l’objet d’un gag récurrent, mais aussi de légitimer une violence masculine montrée comme « irrépressible » et  « naturelle ». Encore une fois, il me semble qu’il y a là un recul par rapport à un film comme La Belle et la Bête, car si l’on retrouve le même procédé de naturalisation de la violence masculine, cette violence était terrifiante dans le film de 1991, et pas quelque chose que l’on nous invitait à relativiser par le rire.

Comme dans tous les autres films de « gentils papas abusifs », le père laisse finalement sa fille partir, mais uniquement au bras d’un homme dont il a reconnu la valeur. Hôtel Transylvanie est peut-être le film qui insiste le plus sur l’amitié masculine entre le père et le futur gendre. Comme papa Dracula est un peu ringard sur les bords, le jeune Jonathan lui apprend à être cool et à s’amuser un peu. Même si leur relation était au départ un peu tendue, ils deviennent finalement les deux meilleurs potes du monde. Le film consacre au final plus de temps à la relation entre Dracula et Jonathan qu’à celles entre Dracula et Mavis ou entre Jonathan et Mavis.

Pire, ce n’est pas à Mavis que Dracula présente ses excuses dans la longue scène qui est le clou du film, mais à Jonathan !

sacrépapa16Pardonne-moi, Jonathan. Tu comprends, j’ai voulu garder ma fille pour moi tout seul, pour veiller sur elle. Mais c’était une erreur de ma part. Allez, comme t’es sympa j’te la donne.

 

Lorsqu’il ramène Jonathan à Mavis pour donner enfin sa bénédiction à leur union, Dracula ne présente pas d’excuses à sa fille. Il ne lui dit pas : « tu avais raison, mon comportement a été intolérable » ou autre chose du même genre. Non, Dracula parle encore de lui, de sa souffrance, de sa généreuse décision, etc.  « JE pensais que le plus douloureux pour moi serait de te voir partir, mais J’AI découvert que JE ne supporte pas de te voir malheureuse, alors J’AI décidé que tu allais pouvoir partir, et JE t’ai amené le petit copain que J’AI approuvé, etc. etc. etc. ».

Si ce n’est pas en faisant preuve de courage que le gendre a montré sa valeur (comme c’était le cas dans Aladdin, La Petite Sirène ou L’âge de glace) mais en faisant preuve de « coolitude », il reste celui qui domine dans la relation. En effet, parce qu’il est un humain, Jonathan connaît tout du monde dans lequel Mavis veut vivre. Comme Aladdin qui faisait découvrir le monde à Jasmine sur son tapis volant, Jonathan montre à Mavis son premier lever de soleil, en lui expliquant qu’elle peut se mettre à l’ombre pour ne pas être brûlée (parce que la cruche n’y avait évidemment pas pensé toute seule…). Cette répartition profondément sexiste des rôles s’accompagne en plus ici d’un martelage hétérosexiste sur le-coup-de-foudre-qui-n’arrive-qu’une-fois-dans-la-vie-et-lie-deux-êtres-à-jamais (le fameux « zing »). Comme papa et maman avaient « zingué » jadis, Mavis et Jonathan ont « zingué » elleux-aussi. Parce que c’est ça l’Amour avec un grand A, un truc inexplicable qui n’arrive qu’une fois et qui unit un homme et une femme pour l’éternité. Bref…

Le film se termine d’ailleurs sur une chanson à la gloire du « zing », pendant laquelle Dracula fait son show (ben oui, il a mérité son heure de gloire quand même, ce type qui a manipulé et séquestré sa fille pendant 118 ans…) et se paye même un petit rap avec son pote Jonathan.

sacrépapa17sacrépapa18Qu’est-ce qu’on s’éclate entre mecs !

 

Au passage, il est amusant de remarquer comment la thématique du « nouveau père » est utilisée ici pour réaffirmer la domination patriarcale de Dracula. En effet, ce dernier apparaît dès le début sous les traits d’un « nouveau père » : sa femme est morte et il doit donc s’occuper de sa fille tout seul. Dans les premières scènes, on le voit lui faire des câlins, lui chanter des chansons, changer ses couches et jouer avec elle. Or, comme beaucoup d’autres « nouveaux pères » avant lui, Dracula doit combattre la menace de « féminisation » que fait peser sur lui cette redéfinition des rôles parentaux (voir par exemple Le Monde de Némo, Les Indestructibles, ou la série des Ice Age). Cette « menace » est incarnée par un autre personnage du film : Wayne le loup-garou, dépeint par le film comme un homme écrasé par ses enfants sur lesquels il n’a strictement aucune autorité.

 

sacrépapa19Voilà ce qui arrive quand on manque d’autorité…

A la fin du film, quand Dracula lui demandera de retrouver la trace de Jonathan, Wayne lui expliquera que son odorat a malheureusement été bousillé par des années passées à changer les couches de ses gosses et à nettoyer leur merde. Selon le film, un père qui s’occupe trop de ses enfants risque donc de perdre à tout jamais ses talents et sa virilité pour devenir une sorte de loque impuissante.

La figure de Wayne joue ainsi un rôle de repoussoir, qui légitime indirectement le comportement ultra-autoritaire de Dracula : certes, ce dernier y va peut-être un peu fort, mais au moins il n’est pas dominé par sa fille, lui. Au final, le personnage le plus valorisé n’est pas le « nouveau père » qui n’use pas d’une autorité abusive et qui change les couches de ses enfants, mais celui qui a su rester un patriarche viril et dominateur, et qui ne s’est pas sali les mains en touchant du caca de bébé…

sacrépapa20sacrépapa21Tellement puissant qu’il change les couches sans se salir les mains…

 

Les Croods (2013) : « C’est mon boulot de m’inquiéter ! »

 

Les Croods raconte l’histoire d’une famille préhistorique menée par Grug, un patriarche « surprotecteur » qui protège avec zèle toute sa famille, dont sa fille aînée Eep, en les obligeant à rester la plupart du temps dans une caverne. Contrairement à L’âge de glace 4 et Hôtel Transylvanie, Les Croods semble au départ centré non pas sur le père et ses problèmes, mais sur la fille qui rêve d’émancipation. C’est elle qui est la narratrice du film, et l’histoire commence donc par être racontée de son point de vue (« Nous luttons pour trouver de la nourriture dans un monde rude et hostile… et je lutte pour survivre dans ma famille »). Mais un glissement s’opère au cours de film. Progressivement, le père et ses problèmes deviennent le sujet central, et l’histoire se termine par un exploit viril de papa et la réaffirmation de son pouvoir de « chef de famille ». En ce sens, Les Croods ne différent pas fondamentalement des autres films de « gentil papa abusif » des années 2010 : le point de vue qui prime au final est plus celui du père que de la fille.

Grug ne se contente pas de séquestrer physiquement les membres de sa famille à l’intérieur d’une grotte. Comme Dracula dans Hôtel Transylvanie, il les maintient également dans un état de terreur psychologique en leur racontant des histoires édifiantes au cours desquelles tous les personnages qui n’obéissent pas aux règles qu’il a édictées meurent violemment. La violence de l’oppression exercée par Grug sur sa famille est d’emblée dédramatisée par le rire. Cette manière d’utiliser l’humour pour relativiser la violence masculine (en « ne la prenant pas au sérieux ») me semble propre aux films des années 2010. En effet, sans La Petite Sirène comme dans Aladdin et La Belle et la Bête, les moments où les héroïnes subissaient la violence masculine n’étaient pas du tout traités de manière légère, au contraire.

Outre cette manière de refuser de poser sérieusement le problème de la violence patriarcale, le film recourt aux stratégies classiques de légitimation que l’on trouve dans les autres films de « gentils papas abusifs ». Et il ne se fait pas attendre, puisque les bases en sont posées dès les premières phrases par la bouche de la fille elle-même. Après avoir présenté le monde préhistorique comme « rude et hostile » et énuméré toutes les manières par lesquels les voisins de la famille sont morts, Eep conclut : « Les Croods ont survécu grâce à mon père. Il est fort, et il suit les règles ». Dès le début, on nous montre donc le comportement abusif du père comme une réaction tout à fait compréhensible face à un milieu de vie particulièrement dangereux, et qui a porté ses fruits. Certes, Grug est un peu excessif, mais il cherche avant tout à protéger les siens. Le père n’est plus quelqu’un qui exerce un pouvoir totalement illégitime, mais quelqu’un qui a peur, quelqu’un qui s’inquiète pour ses proches parce qu’il les aime, et qui fait ce qu’il pense être bon pour elleux.

 

sacrépapa22Il domine personne ce type, il est juste un peu « sur-protecteur », c’est tout…

 

La famille s’émancipera progressivement d’autorité de Grug grâce à l’intervention d’un autre homme, le bien nommé Guy, qui va « leur montrer la lumière ». Au sens littéral, puisqu’il leur apprendra le secret du feu, qui fonctionne également dans le film comme un symbole de la technique (ce savoir proprement humain qui leur permettra de s’élever au-dessus des animaux et de les dominer). Guy leur apprendra ainsi non seulement à cuire la viande, mais également à fabriquer des pièges, des chaussures, des échasses, etc. Mais c’est aussi au sens figuré que Guy leur « montre la lumière », puisque c’est lui qui les fera sortir de l’obscurantisme du père (qui leur interdisait d’être curieux) en leur montrant la voie du savoir et de la liberté (symbolisés par le soleil dans le film). Si les femmes s’émancipent du patriarcat (ou du moins d’une forme de domination patriarcale), elles ne peuvent visiblement pas le faire toutes seules, mais doivent forcément attendre l’intervention d’un leader masculin pour les guider vers la lumière…

 

sacrépapa23Accroche-toi à mon torse poupée, je vais te montrer ce que c’est que le féminisme !

sacrépapa24Ouah t’es trop intelligent comme type, toi. Moi j’te suis où tu veux et quand tu veux.

 

La scène où la famille se rebelle définitivement contre Grug (qui tente une nouvelle fois de les enfermer dans une grotte) témoigne bien de la mystification opérée par le film. Au lieu de dire à son père quelque chose comme « plus jamais nous ne nous soumettrons à ton autorité », elle lui déclare : « Tu dois arrêter de t’inquiéter pour nous ». Ce à quoi le père répond : « C’est mon boulot de m’inquiéter ! C’est mon boulot de suivre les règles ! ». Ainsi, le père est présenté non pas comme un oppresseur, mais comme une victime. Victime de sa peur tout d’abord (« tu dois arrêter de t’inquiéter »), mais aussi victime de règles qui s’imposent à lui « d’en haut », et dont il n’est donc pas responsable (« c’est mon boulot de suivre les règles »).

Le film utilise ici une rhétorique masculiniste qui présente les hommes comme des victimes du « rôle de sexe » que leur impose le patriarcat. Or, s’il est effectivement important d’avoir conscience que la masculinité est, tout comme la féminité, une construction sociale (« on ne naît pas femme ou homme, mais on le devient »), cette idée est instrumentalisée ici dans un but qui sert la domination masculine. En effet, poser les hommes et les femmes comme des victimes d’un patriarcat désincarné permet de faire oublier que le patriarcat est un système dont les hommes tirent avantage en dominant et exploitant les femmes.

Cette idée d’un rôle social source de souffrance pour les hommes est approfondie quelques minutes plus tard, quand Grug et Guy se retrouvent coincés dans une sorte de matière collante ressemblant à des sables mouvants. Grug déclare alors à Guy qu’il regrette de n’avoir jamais dit à sa fille qu’il l’aimait, et avance comme raison à cela les obligations qui pesaient sur lui en tant que père (« Je suppose que j’étais juste occupé à les garder tous en vie »).

 

sacrépapa25Dur dur d’être un homme sous le patriarcat…

 

On reconnaît ici la rhétorique des « pauvres-hommes-malheureux-de-ne-pas-pouvoir-exprimer-leurs-émotions » qu’affectionnent tant les masculinistes. Or, comme dans tous les « arguments » du même genre qui visent à montrer que « les-hommes-eux-aussi-souffrent-du-patriarcat », il est soigneusement omis que cette contrainte subie par les hommes a pour contrepartie des bénéfices loin d’être négligeables[5]. En effet, « exprimer ses émotions tend fortement à réduire sa position de pouvoir, le pouvoir ayant de forts liens avec la non-expression de la vulnérabilité »[6] (et il ne faut d’ailleurs pas oublier que « les hommes sont souvent très fiers d’exprimer certaines émotions, comme la colère, qui leur permet de réaffirmer parfois brutalement leur autorité »[7]).

En construisant ainsi Grug comme une victime d’un patriarcat archaïque au même titre que les autres membres de sa famille, le film déplace les termes de la lutte pour l’émancipation. Ce ne sont plus les femmes et les enfants qui doivent s’émanciper du pouvoir du père, mais toute la famille qui doit s’émanciper d’une conception archaïque de la famille (et de la paternité) pour entrer dans une « nouvelle ère ». Ainsi, c’est tout naturellement que le père, c’est-à-dire celui qui était clairement posé au départ comme l’oppresseur, devient celui qui va émanciper sa famille ! Cette réappropriation par l’homme de la lutte féministe contre les violences masculines est explicitée clairement par le film au moment où la famille est arrêtée par une faille et plongée dans l’obscurité. Alors que la mère ordonne à tout le monde d’aller s’abriter dans une grotte, Grug lui tient exactement le même discours que celui qu’elle lui tenait quelques scènes plutôt : « Finie l’obscurité, finies les grottes, fini de se cacher » (« No more dark, no more hiding, no more caves »). En mettant dans la bouche de la femme le discours de l’oppresseur (« tout le monde à la grotte ») et dans celle de l’homme le discours émancipateur, le film parachève le renversement total de son propos féministe initial, et réinstaure définitivement la domination patriarcale.

Le film se termine ainsi par un exploit héroïque du père, qui sauve toute la famille grâce à sa force (attribut qui reste donc la « possession naturelle de l’homme », et ce malgré la musculature pourtant assez développée des personnages féminins). Comme il le dit lui-même : « Je ne peux pas changer, je n’ai pas d’idées, mais j’ai ma force. Et en ce moment, c’est tout ce dont vous avez besoin ». Grug finira même par « changer », en étant le premier Croods à avoir une idée. Il montrera ainsi la voie au reste de sa famille, comme le rappelle Eeps à la fin : « Notre monde est toujours rude et hostile, mais maintenant nous savons que les Croods peuvent y arriver, parce que nous avons changé les règles qui nous ont maintenues dans l’obscurité, et grâce à mon père, qui nous a montré que tout le monde pouvait changer ». Ainsi, hommes et femmes « ont changé les règles » du patriarcat archaïque qui les opprimait pour instaurer… un nouveau patriarcat plus moderne et plus cool, dans lequel papa commande toujours, mais où tout le monde l’adore !

sacrépapa26Papa dit « on devrait aller là-bas », et tout le monde est d’accord. C’est chouette le nouveau patriarcat !

 

La fin du film se focalise tellement sur la figure du père que la relation de Eeps avec Guy passe presque totalement à la trappe. A un moment, l’héroïne exprimait pourtant le désir de « partir avec Guy ». Comme dans les autres films de « gentil papa abusif », la seule option pour la fille qui veut s’émanciper est de partir avec un garçon dont le père a reconnu la valeur. De la même manière que Jonathan avait de la valeur aux yeux du père de par sa « coolitude », Guy montre qu’il mérite la fille de Grug grâce à ses multiples démonstrations d’intelligence. La relation amicale qui se noue progressivement entre le père et le gendre ressemble d’ailleurs dans les deux cas à une sorte d’échange : tu m’apprends à être cool/intelligent (ce qui me permet de retrouver ma place de patriarche), et en échange je te donne ma fille. Sauf que Les Croods est tellement occupé à glorifier le père et son « nouveau patriarcat » que la relation qui prend le plus de place à la fin est celle entre Grug et Eeps.

 

sacrépapa27T’es tellement formidable papa…

 

Comme Hôtel Transylvanie et L’âge de glace 4, Les Croods articule à tout cela une problématique des films de « nouveaux pères ». En effet, Grug était un père un peu trop distant et autoritaire, mais s’est transformé pour devenir un père doux qui dit « je t’aime » à sa fille et lui fait des câlins. Or, comme on l’a vu, cette transformation prend place au sein d’un dispositif masculiniste qui construit le père comme une victime du patriarcat au même titre que les femmes et enfants. Ce n’est pas un hasard si le moment où il se livre à ces gestes d’affection correspond au moment où il devient le leader de la lutte pour l’émancipation. Cela permet au passage d’exorciser la menace de « féminisation » qu’implique ce genre de comportements, puisque le film les transforme ainsi en acte de courage (le courage de l’homme qui lutte contre le patriarcat archaïque). Le câlin est même présenté comme une « invention » de Grug, qui déclare l’avoir appelé ainsi (« hug » en anglais) car cela rimait avec son nom. Ce qui est une preuve d’affection devient ainsi une preuve d’intelligence. Grug est un « nouveau père », mais il reste le patriarche viril qui possède le savoir et le pouvoir. Nous voilà rassuré-e-s…

 

***

 

Pour terminer, je voudrais rapidement évoquer deux autres films qui me semblent eux-aussi légitimer les violences des pères sur leurs filles : Moi, moche et méchant 2 (2013) et La Reine des Neiges (2013). Je n’en dirai que quelques mots, car des analyses en ont déjà été faites sur ce site (ici et ici).

Dans Moi, moche et méchant 2, Gru se montre ultra-jaloux et possessif vis-à-vis de l’aînée, Margo, à partir du moment où celle-ci tombe amoureuse d’un garçon de son âge. On le voit ainsi à plusieurs reprises tenter de s’immiscer entre les deux amoureux pour les séparer et garder sa fille pour lui tout seul (comportement qui est aussi l’objet de « gags » récurrents dans Hôtel Transylvanie et Les Croods). Finalement, le film donnera raison à papa, puisque le jeune premier s’avère effectivement être un « petit salaud ».

Dans La Reine des Neiges, la violence patriarcale est euphémisée par un ensemble de stratégies qui la rendent au final quasi-invisible. Papa apparaît comme une figure bienveillante qui ne cherche qu’à protéger ses deux filles du pouvoir dangereux de l’ainée. Le film s’ouvre en effet sur une scène dramatique où Elsa manque de tuer malencontreusement sa sœur car elle n’arrive pas à contrôler son pouvoir. C’est en réaction à cet accident que le père d’enfermer Elsa et de la séparer de sa sœur (il se montre d’ailleurs confiant dans la capacité de sa fille à devenir maîtresse de son pouvoir quand elle sera plus grande). Ce qui est une séquestration passe ainsi comme la réaction naturelle et bienveillante d’un père inquiet. Au final, le personnage du père est très peu présent à l’écran (il meurt 10 minutes après le début du film) et n’est jamais montré en train d’exercer une domination illégitime sur sa fille. Par conséquent, Elsa apparaît moins comme une victime du patriarcat que comme une victime de son propre pouvoir. Ce qui aurait pu donner lieu à un propos féministe (mettant en évidence les conséquences néfastes de la domination masculine sur les femmes) se transforme ainsi en un récit aux tonalités nettement antiféministes (qui présente les femmes de pouvoir comme des dangers pour elles-mêmes et pour les autres).

 

 Paul Rigouste

 

 

Notes :

[1] Si Elinor peut sembler bénéficier en un certain sens d’un traitement plus complaisant que Mère Gothel (dans la mesure où le film lui donne raison contre sa fille), c’est parce que Rebelle tient également un discours antiféministe sur les désirs d’émancipation de Mérida. Ainsi, lorsqu’il donne raison à Elinor à propos de l’égoïsme de Mérida, le film est moins en train d’excuser la mère que de condamner la fille (la transformation de Elinor en ours pendant la moitié du film limite du reste assez drastiquement l’exploration psychologique de ce personnage…).

[2] C’est dans ce même esprit que la grand-mère de Sid est présentée comme une intruse perturbant le compagnonnage exclusivement masculin des trois héros.

[3] Sa seule « petite aventure » aura lieu lorsqu’elle trainera avec les adolescents que Manny lui interdisait de fréquenter. Or au lieu de nous montrer l’héroïne s’épanouir loin de l’autorité abusive de son père,  cette scène se conclut au contraire par une reconnaissance implicite de la sagesse paternelle, puisque Peaches trouve les occupations de ses petit-e-s beaucoup trop dangereuses et « pas marrantes du tout ». Papa avait raison, ces jeunes font vraiment n’importe quoi…

[4] Plus exactement, Mavis a « 118 ans » dans le film.

[5] Sur cette question en général, voir Francis Dupuis-Déri, « Le discours des « coûts » et de la « crise » de la masculinité et le contre-mouvement masculiniste » (chapitre du livre Boys Don’t Cry ! Les coûts de la domination masculine)

[6] Corinne Monnet, citée par Léo Thiers-Vidal dans De l’Ennemi Principal aux principaux ennemis, p. 108

[7] Francis Dupuis-Déri, « Le discours des « coûts » et de la « crise » de la masculinité et le contre-mouvement masculiniste » (chapitre du livre Boys Don’t Cry ! Les coûts de la domination masculine, p. 62)

Autres articles en lien :

21 réponses à Quand les films d’animation occultent les violences masculines intrafamiliales (II) : L’âge de glace 4, Hôtel Transylvanie, Les Croods

  1. A chaque fois que je retrouve devant un film « pour enfant », je suis sidérée par ce que se permettent les scénaristes et les productions… Tout ça est d’un passéisme éculé, et comme vous-dites de plus en plus enclin à légitimer la violence.

    Merci pour cet article (et les références !)

  2. Sur Crood, ce dont je me rappelle c’est qu’on assistait au passage d’une virilité « archaïque » basée sur la force à une virilité basée sur le savoir mais que le pouvoir restait au mains des hommes. Je me demande d’ailleurs si on ne pourrait pas mettre ça en relation avec le fait que Eep qui se caractérise par une force physique et une carrure d’épaule peu habituelle chez les héroïnes se trouve au final reléguée en arrière plan de sa propre histoire. Dommage le film partait bien.

    • C’est tout à fait ça! Alors que l’on aurait pu croire au début que, de par sa force et son agilité, Eeps allait avoir le dessus sur son Guy (et il y a d’ailleurs quelques blagues très drôles à ce niveau si je me souviens bien), elle finit dominée dans son couple parce qu’elle ne connaît rien, alors que lui sait tout (il est plus « intelligent », plus « évolué », etc.). Au final, on se retrouve à mon avis avec une femme qui est avant tout définie par son corps (même s’il s’agit d’un corps puissant et musclé), et un homme qui est avant tout définit par son cerveau, son intelligence (avec en prime quelques muscles bien placés). Intelligence qui est, comme vous le dites, la valeur finalement glorifiée par le film.

      C’est d’autant plus injuste pour Eeps que son père se trouve quant à lui valorisé pour sa force (et même aussi pour son intelligence à la fin, alors qu’il était présenté au départ comme un des plus « limités »).

      Comme vous dites très bien, cette mise à l’écart/dévalorisation de Eeps est lié au fait que cette histoire est avant tout celle du passage d’un patriarcat à un autre, une histoire de transformation/passation/partage du pouvoir masculin, et pas du tout une histoire d’émancipation féminine comme pouvait le laisser croire le début.

    • Bonjour,

      Je tenais à vous remercier cher Paul, ainsi que les autres contributeurs et contributrices de votre site.

      D’une part parceque votre travail d’analyse est salutaire et tellement rare que je ne peux que le saluer. D’autre part car vous prenez la peine de répondre aux commentaires, d’autant que parfois ils sont tout de même sacrément gratinés. Je sais à quel point cela nécessite de la patience et vous en êtes tous et toutes équipées

  3. Merci pour ces excellents articles!

  4. Merci pour cet article !

    Il y a dans l’article un passage d’analyse qui conclut que selon un schéma patriarcal, tous les hommes sont un peu des violeurs (pulsions incontrôlables, etc), qui me fait penser que c’est vraiment du gros foutage de gueule de reprocher aux féministes d’être misandres et de dire que tous les hommes sont des violeurs, quand on dénonce la potentialité, la crainte d’être violée qui surgit très rapidement quand on marche seule la nuit, à cause des mythes sur le viol…

    J’ai l’impression que si j’étais un homme, je serais (pro-)féministe par souci de justice, mais également parce que je me sentirais insulté par les discours masculinistes, par l’image d’une personne peu sensible, incapable de se contrôler, qui ferait subir ses colères à son entourage, du coup j’ai du mal à comprendre comment ça se fait que ce genre de discours ou de films rencontrent un tel succès, et que la critique féministe soit mal reçue.
    (Mais si ça se trouve, si j’étais un homme, je ne serais pas féministe du tout, je ne pourrai jamais savoir ^^).

    Désolée pour le HS. 🙂

  5. Merci milles fois pour ces articles, ils mériteraient d’être lu par tous !
    C’est tout de même inquiétant, cette remontée du masculinisme. On le voit particulièrement sur internet, sur des sites comme 9gag par exemple, et les films d’action qui vont à reculons et les films pour enfants pareil, c’est comme si il y avait un complot gigantesque pour décrédité la parole féministe, que s’en est devenu « in ». 🙁

  6. Cet article est très intéressant, tout comme le précédent, parce qu’il dit des choses totalement vraies dans un esprit d’analyse logique et ça me fait penser à un truc:
    est-ce que le seul Disney qui existe et qui justement serait contre les violences masculines intrafamiliales serait « Le bossu de Notre-Dame »?
    Réfléchissons, Frollo joue le rôle du père de Quasimodo dès les premières minutes du film le « père biologique » de Quasimodo disant deux mots et étant arrêté hors-champ et dont on n’entend plus du tout parler après ça. Juste après, Frollo tue la mère de Quasimodo, fait enfermer celui-ci dans la tour de Notre-Dame en lui interdisant de voir le monde extérieur (à l’aide de violences psychologiques passives-agressives cachées par de la fausse bienveillance), à ce moment-là, seule une « aide féminine » (ici Esméralda) peut lui venir en aide et lui remets la clé de la cours des miracles pour sortir de Notre-Dame et « quitter cette prison ». Même si cela manque de coûter la vie à Quasimodo, Esméralda (encore une fois, « l’aide féminine ») surgit et lui sauve la vie (on peut remarquer qu’Esméralda est vive d’esprit durant tout le film et assez indépendante même si Quasimodo la sauve à deux reprises [mais c’est parce que ça repose sur de l’aide mutuelle « vous m’avez aidé, maintenant, c’est à mon tour » dit Quasimodo après qu’Esméralda soit la seule « extérieure à la tour à ne pas l’avoir jugé sur son physique » à ne pas avoir eu peur de son physique, d’ailleurs quand Quasimodo hésite à aller l’aider parce que Frollo est son maître qui déteste les gitans et qu’il a encore peur de lui désobéir, Phoebus lui rappelle qu’Esméralda est son amie mais ce ne sera pas lui qui remettra Quasimodo sur le droit chemin mais « une adjuvante féminine: la volière » |je pense que c’est important|], elle se cache des soldats de Frollo, elle sauve Phoebus de la noyade, elle aide Quasimodo moralement… ). (Et Frollo bien sûr sera perdu par son désir sexuel obsessionnel envers Esméralda après lui avoir fait du chantage sexuel « Choisis-moi ou le feu » mais ce n’est pas ça qui m’intéresse ici, c’est ce qu’il fait à Quasimodo et sa punition). Il a séquestré Quasimodo en jouant le rôle de son père (même si ça n’est pas « directement » via lien familial contrairement à la Mère Gothel qui a prétendu être la mère de Raiponce puisque Frollo ne joue que le rôle du « père d’adoption » de Quasimodo et lui a fait croire qu’il a été abandonné par sa famille ou plus exactement « [son] indigne mère » (qu’il a tué au passage [bien qu’involontairement, il lui quand même couru après en voulant lui prendre le paquet parce qu’il croyait que c’était de l’argent qu’elle avait volé car « tous les gitans sont des voleurs et des démons]), ce qui veut dire que sa famille biologique l’acceptait tel qu’il était à la base) comme je l’ai dit sous prétexte de « bienveillance » et de le voir sans peur contrairement à ce que les gens feraient s’il sortait de la tour de Notre-Dame. Et quand Quasimodo se fait humilier au Festival des fous, au lieu de lui venir en aide comme le ferait tout parent bienveillant, il ne le fait pas sous prétexte que c’est une leçon. Et après tous les actes horribles de Frollo, Quasimodo finit par dire « Toute ma vie, vous m’avez répété que le monde est noir, cruel et méchant. Maintenant, je sais que les seuls êtes noir ici-bas, ce sont des gens comme vous! » Ce qui décrit Frollo comme un vrai père indigne. Et tout comme les « mères abusives » telles que Mère Gothel, Ursula, Madame Medusa dans « Bernard et Bianca » dont il est clairement suggéré qu’elle sera dévoré par ses propres alligators, son châtiment sera la mort et en plus, une mort violente puisqu’il brûlera dans de la lave (je crois que ce sont plutôt des métaux fondus mais bon).
    Maintenant, le seul problème, c’est que Frollo est montré comme faisant tout ce qu’il fait parce qu’il veut « purifier le monde et qu’il pense faire quelque chose de bien » (il est sûr d’être un bon chrétien en faisant ce qu’il fait alors que Mère Gothel, Ursula et Madame Medusa avaient clairement conscience qu’elles étaient motivées par leurs égoïsmes, leurs cupidité et le « mal »: séquestrer une fille avec don pour rester jeune, trouver quelqu’un d’assez petit pour aller dans une grotte et trouver un diamant d’une immense valeur et se servir moralement du désespoir d’une adolescente pour arriver au pouvoir, ce qui est une sacré différence de psychologie puisqu’elles sont montrées comme pourries jusqu’à l’os alors que Frollo semble plus humain bien que monstrueux dans un autre sens comme je vais le démontrer plus bas) et qu’il veut aller jusqu’à tuer Quasimodo quand ce n’est qu’un bébé parce qu’il est laid et que « ce n’est qu’une créature démoniaque qu[‘il] renvoie à l’enfer auquel elle appartient ». Et même si ses actions sont montrées comme mauvaises et qu’il est classés parmi les « méchants », il est décrit comme un « humain » (c’est d’ailleurs ça qui a plu et terrifié les spectateurs en même temps). Il est monstrueux mais sa monstruosité est « justifiée ». Et contrairement aux « pères trop protecteurs » qui avaient juste peur pour leurs enfants et les enfermaient pour les protéger, Frollo n’a élevé Quasimodo que par intérêt parce qu’un prêtre l’a averti que « tuer une pauvre femme innocente, c’est pas bien, tuer un petit bébé qui ne peut pas se défendre, c’est pire et que toutes ses mauvaises actions risquent d’être punies et qu’il ne peut racheter son âme qu’en élevant l’enfant de la femme qu’il a tué comme si c’était le sien » et qu’après, à la fin du film, il finit par en avoir tellement assez que Quasimodo échappe à son autorité et veuille sauver une gitane qu’il se dit qu’il veut revenir à cette « vieille affaire » et le tuer à nouveau. Et on a toujours le problème de « l’homme qui est violent par nature et qui n’y peut rien » à travers Frollo. Esméralda est une femme et elle est « gentille et douce » (mais néanmoins rebelle et selon Phoebus « [se] bats aussi bien qu’un homme »). Mais il y a toutefois un contraste avec Phoebus: lui est un soldat, mais il n’est pas violent par nature malgré tout. Il est certes fort physiquement, mais il a un certain sens moral, quand Frollo veut incendier la maison d’une famille sur une simple suspicion, Phoebus refuse « Mon rôle de soldat n’est pas d’assassiner des innocents. » et il ne se fait traiter d' »insolent » et de « couard » par Frollo. Mais pourtant, même du côté des « gentils » du début du film, les hommes ne sont pas sympathiques, quand le bébé (Quasimodo) pleure, c’est à la mère qu’on demande de le calmer parce qu’ils risquent de se faire repérer avant de pouvoir arriver à la cours des miracles. Et celle-ci s’exécute et va même jusqu’à tenter de sauver son bébé quand la situation est désespérée alors que les autres ne font rien pour. Les seuls adjuvants masculins sont les gargouilles (deux d’entre elles sont des garçons [rocaille et muraille] et il y a une fille: la volière) et Phoebus (faut bien un homme viril [pas violent naturellement certes mais violent que quand il faut pendant les batailles et qui sera le mec viril qui se tape la fille à la fin] et pas que des statues parlantes quand même et notons aussi que celui-ci est devenu un gentil tout gentil) parce que sinon, les adjuvantes ne seraient que des femmes et une statue féminine: la mère de Quasimodo qui tente de le sauver (mais n’y parvient pas malheureusement [bon, sinon, il n’y aurait pas d’histoire]), Esméralda qui aide Quasimodo moralement et est quelqu’un de doux et rebelle face à la loi injuste et la volière qui est une « vieille gargouille » donc fait office de grand-mère.
    Quasimodo, lui, bien qu’il soit un homme, n’est pas violent non plus. Il a certes une grande force (il peut soulever des poutres à lui tout seul, il arrive à briser des chaines qui le retenaient prisonnier et des colonnes), il est agile (il peur se baller sur le toit et sur les murs de Notre-Dame comme bon lui semble. Cependant il a un caractère très doux: il est sympathique et attachant, il aime partager ce qu’il a dès qu’il en a l’occasion (ses amis gargouilles lui en font bien profiter) et il sait apprécier les choses simples. Mais ça vient uniquement du fait qu’il est malheureux et quand il est porté en triomphe à la fin du film parce qu’il a prouvé sa valeur en sauvant une femme, c’est le coup du « J’ai prouvé ma virilité, on me reconnait enfin ». Et ça, c’est toujours problématique dans les films d’animation Disney mais aussi en général parce que ça renvoie à l’idée qu’on ne peut se libérer qu’en devenant plus fort. Et il y a aussi le problème du fait que Quasimodo ne peut pas être avec la fille qu’il aime parce qu’il a un physique ingrat et qu’elle est belle (d’ailleurs il y a un article sur les personnages de sexe opposé qui ne finissent pas ensemble dans les films d’animation parce qu' »ils ne sont pas de la même espèce » intéressant sur ce site), que les femmes ne peuvent que finir dans les bras d’un homme viril qui saura bien prendre soin d’elle (alors que Phoebus n’a pas pas fait grand-chose pour Esméralda, qu’elle lui tombe dans les bras parce qu’il a sauvé une famille en détresse alors que c’est Esméralda elle-même qui l’a sauvé de la noyade après). Mais si on revient qui aux aspects je pense sont positifs: que Frollo soit le seul « père abusif » qui ne soit pas montré comme un papa trop protecteur dont on justifie le comportement par une peur pour son enfant mais bel et bien comme un très mauvais père dangereux qui privait son enfant (ici d’adoption) de toute liberté et qui devait être puni à tout prix à la manière des « mères abusives » de chez Disney (la mort violente), qu’on ait deux (je pourrais dire trois mais l’une d’entre elles est tuée dès les premières minutes du film) adjuvantes féminines qui soient là moralement, pour les prises de décisions et pour les batailles (parce que oui, la volière se bats aux côtés des gargouilles et envoie ses oiseaux à la manière de la sorcière de l’ouest du magicien d’oz sur les gardes) (même si malgré tout, on a droit, hélas, à un seul adjuvant masculin cliché de soldat viril un peu énervant) et que la monstruosité, quelques que soit les raisons pour lesquelles on l’utilise même si on pense que ça peut être des bonnes, n’est pas justifiable, est-ce qu’on peut voir « Le bossu de Notre-Dame » comme un film d’animation comme un film qui tente d’être contre les violences masculines intra-familiales (et peut-être conjugales même si ça ne serait que très vaguement évoquées vu que la mère est tuée par le père d’adoption dans les premières minutes du film)?

    • Bonne question. Le seul autre Disney que je connais où il y a un père « pas sympa », c’est Tarzan. Ne lisez pas si vous n’aimez pas les spoilers.

      Le protagoniste a d’excellentes relations avec sa mère adoptive (les femmes sont toutes des mères!) et est rejeté par son père adoptif. Et encore, le père a un revirement à la fin du film, et on nous fait comprendre qu’il veut avant tout protéger son groupe de gorilles (encore un homme plein de bonnes intentions!). Oh, et on a l’éternel image du mec qui doit forcément avoir un comportement « plus viril tu meurs » pour être accepté. OK…

      • Oui, lui est excusé parce qu’il a perdu son fils biologique qui a été tué par un être différent (la souffrance justifie tout comportement abusif, vous comprenez) et contrairement à Frollo, il n’a pas de mauvaises intentions. Il n’empêche que il ne protège pas Tarzan par amour contrairement à Triton qui surprotège Ariel mais qui comprend à la fin « qu’il doit laisser à sa fille la liberté totale de vivre sa propre vie », il le rejette et ne l’accepte que lorsqu’il tue l’être qui a tué son fils biologique mais le rejette à nouveau quand il veut se pencher vers des êtres différents). Cependant, contrairement aux pères trop protecteurs sympas, lui finit par mourir et est donc puni malgré ses bonnes intentions et seulement au moment où il acceptait Tarzan et où le spectateur était incité à avoir de l’empathie pour lui. C’est la seule fois où je me souviens qu’un « mauvais père aux bonnes intentions » a été puni chez Disney (Frollo compte moins parce qu’il n’en a pas et ne se soucie que de son âme bien qu’il soit malgré tout un père d’adoption pour Quasimodo) contrairement aux autres pères trop protecteurs aux bonnes intentions comme Triton et le Sultan qui finit par laisser Jasmine « épouser l’homme qu’elle estime digne d’elle ». Un peu comme si Le bossu de Notre-Dame et Tarzan essayaient de dire « Non! Les mauvais pères sont des mauvais pères pas des papas-poules. Ils doivent être punis, pas excusés » et remettaient en cause les codes paternels établis dans La Petite Sirène et Aladdin (même ça reste très discret cela dit)

    • Merci beaucoup à vous pour toutes ces idées. Je ne me souviens pas assez de ces deux films pour en discuter précisément, il faut que je les revois. Mais effectivement, on a là deux figures de pères « méchants » (après, comme vous le dites, les films tentent peut-être de les comprendre avec un peu plus d’empathie que c’est le cas pour les mères méchantes comme la belle mère de Cendrillon ou Médusa de Bernard et Bianca). Mais bon, encore une fois, je ne les ai pas assez en tête pour en parler, alors je me tais 🙂 .
      Encore merci en tout cas pour vos analyses et idées.

      • Bon courage si tu essaies de revoir Tarzan, tu devras supporter cette immondice de Phil Collins (opinion personnelle)
        Et sinon, une analyse intéressante du Bossu de Notre-Dame qui mets en avant le complexe d’Oedipe, la peur du père, l’envie de la mère et l’adolescence. Pour toi qui n’a pas vu le film depuis longtemps, l’article décrit bien le scénario avant d’aborder l’analyse, ça devrait t’intéresser
        http://psychanalyste-paris.com/Le-Bossu-de-Notre-Dame-Adolescence.html

      • Ah et pour le Bossu de Notre-Dame, si tu essaies de le revoir aussi, il y a…Francis Lalane (je m’abstiendrai de faire une blague sur lui, il y en a tellement). Et oui, certains films d’animation ont beau mériter des analyses dans leurs bons et leurs mauvais aspects, leurs choix de casting sont parfois plus durs à supporter que leurs aspects problématiques.

  7. merci pour ces articles (je viens de lire les deux à la suite). Vous m’avez permis de mettre des mots sur des choses qui me déplaisaient de manière diffuse dans ces films – généralement j’étais irritée que les filles ne disent pas ouvertement « merde » à leur père, mais c’est vrai qu’avec leur bouille de papa gateau qui veut bien faire, je n’avais pas saisi l’ampleur de la violence morale qu’ils exerçaient sur leurs filles.

    Cela dit, dans le cas de la reine des neiges, pour le coup quand Elsa pète un cable et « let it go », c’est parce qu’elle n’en peut plus de cacher ses pouvoirs et de devoir mentir, d’obéir à l’injonction de ses parents qui l’empêche d’être elle-même. Donc pour le coup, pour moi c’est précisément la première figure Disney à se rebeller contre ses parents – même si en effet elle ne le dit pas explicitement, en répétant les mots qu’avaient prononcé ses parents (son père ? je ne sais plus), à savoir « cache tes pouvoirs, n’en parle pas », elle désigne tout de même indirectement son oppresseur.

    • Personnellement, je trouve que l’idée de rébellion contre une autorité parentale (et en particulier paternelle) abusive est beaucoup moins claire dans La Reine des Neiges que dans des films comme La Petite Sirène, Aladdin, Pocahontas ou Mulan. Parce que la Reine des Neiges ne montre que très brièvement le père dire « bon ben on va t’enfermer pour te protéger », et parce que celui meurt très rapidement (et du coup, a une très faible importance dans le récit, les deux grands méchants devenant Hans et Elsa elle-même (ou plus exactement son « côté osbcur » qu’elle a à combattre pour devenir une femme plus « inoffensive »)). Comparez les vagues allusions ambiguës de la Reine des Neiges avec les colères de Triton ou celle du père de Mulan au repas (avec l’émancipation de Mulan qui s’ensuit), et vous verrez à mon avis clairement la différence. Dans l’un c’est dit à demi-mot, de manière quasi-implicite, alors que dans les autres c’est explicite (même s’il y a, comme j’ai essayé de le montrer, toutes ces stratégies de légitimation de la violence du père).

      A ce niveau, il y a pour moi une grosse régression politique de Disney dans La Reine des Neiges par rapport à Pocahontas et Mulan, et même par rapport à la Petite Sirène et Aladdin. On est plus à mon avis dans une invisibilisation/négation de la violence masculine type Rebelle ou Raiponce que dans une légitimation (et encore moins dans une dénonciation bien sûr).

    • Je suis d’accord avec Paul Rigouste, dans La Reine des Neiges, l’ennemie d’Elsa est « son côté obscur » même si son père est indirectement désigné comme « celui qui a fait d’elle ce qu’elle est » parce que c’était quelqu’un qui avait à la base de bonnes intentions et cela même si malgré tout, le méchant et les antagonistes qui s’en prennent à Elsa sont hommes (Hans, le vieux et ses fils qui voulaient faire des échanges commerciaux avec Elsa: les trois sont d’ailleurs punis à la fin) car malgré tout, Elsa est victime de son incapacité à contrôler ses pouvoirs dès le début du film et ça avant même qu’elle ne soit enfermée.
      Comme je l’ai dit plus haut, l’un des rares films dont je me souviens à avoir un mauvais père aux mauvaises intentions qui doit être puni parce qu’il exerce une violence sur le héros est Frollo. Je cite
      \Frollo joue le rôle du père de Quasimodo dès les premières minutes du film le « père biologique » de Quasimodo disant deux mots et étant arrêté hors-champ et dont on n’entend plus du tout parler après ça. Juste après, Frollo tue la mère de Quasimodo, fait enfermer celui-ci dans la tour de Notre-Dame en lui interdisant de voir le monde extérieur (à l’aide de violences psychologiques passives-agressives cachées par de la fausse bienveillance), à ce moment-là, seule une « aide féminine » (ici Esméralda) peut lui venir en aide et lui remets la clé de la cours des miracles pour sortir de Notre-Dame et « quitter cette prison ». Même si cela manque de coûter la vie à Quasimodo, Esméralda (encore une fois, « l’aide féminine ») surgit et lui sauve la vie (on peut remarquer qu’Esméralda est vive d’esprit durant tout le film et assez indépendante même si Quasimodo la sauve à deux reprises [mais c’est parce que ça repose sur de l’aide mutuelle « vous m’avez aidé, maintenant, c’est à mon tour » dit Quasimodo après qu’Esméralda soit la seule « extérieure à la tour à ne pas l’avoir jugé sur son physique » à ne pas avoir eu peur de son physique, d’ailleurs quand Quasimodo hésite à aller l’aider parce que Frollo est son maître qui déteste les gitans et qu’il a encore peur de lui désobéir, Phoebus lui rappelle qu’Esméralda est son amie mais ce ne sera pas lui qui remettra Quasimodo sur le droit chemin mais « une adjuvante féminine: la volière » |je pense que c’est important|], elle se cache des soldats de Frollo, elle sauve Phoebus de la noyade, elle aide Quasimodo moralement… ). [Frollo]a séquestré Quasimodo en jouant le rôle de son père (même si ça n’est pas « directement » via lien familial contrairement à la Mère Gothel qui a prétendu être la mère de Raiponce puisque Frollo ne joue que le rôle du « père d’adoption » de Quasimodo et lui a fait croire qu’il a été abandonné par sa famille ou plus exactement « [son] indigne mère » (qu’il a tué au passage [bien qu’involontairement, il lui quand même couru après en voulant lui prendre le paquet qui contenait Quasimodo bébé parce qu’il croyait que c’était de l’argent qu’elle avait volé car « tous les gitans sont des voleurs et des démons])comme je l’ai dit sous prétexte de « bienveillance » et de le voir sans peur contrairement à ce que les gens feraient s’il sortait de la tour de Notre-Dame. Et quand Quasimodo se fait humilier au Festival des fous, au lieu de lui venir en aide comme le ferait tout parent bienveillant, il ne le fait pas sous prétexte que c’est une leçon. Et après tous les actes horribles de Frollo, Quasimodo finit par dire « Toute ma vie, vous m’avez répété que le monde est noir, cruel et méchant. Maintenant, je sais que les seuls êtes noir ici-bas, ce sont des gens comme vous! » Ce qui décrit Frollo comme un vrai père indigne. Et tout comme les « mères abusives » telles que Mère Gothel, Ursula, Madame Medusa dans « Bernard et Bianca » dont il est clairement suggéré qu’elle sera dévoré par ses propres alligators, son châtiment sera la mort et en plus, une mort violente puisqu’il brûlera dans de la lave (je crois que ce sont plutôt des métaux fondus mais bon).
      Maintenant, le seul problème, c’est que Frollo est montré comme faisant tout ce qu’il fait parce qu’il veut « purifier le monde et qu’il pense faire quelque chose de bien » (il est sûr d’être un bon chrétien en faisant ce qu’il fait alors que Mère Gothel, Ursula et Madame Medusa avaient clairement conscience qu’elles étaient motivées par leurs égoïsmes, leurs cupidité et le « mal »: séquestrer une fille avec don pour rester jeune, trouver quelqu’un d’assez petit pour aller dans une grotte et trouver un diamant d’une immense valeur et se servir moralement du désespoir d’une adolescente pour arriver au pouvoir, ce qui est une sacré différence de psychologie puisqu’elles sont montrées comme pourries jusqu’à l’os alors que Frollo semble plus humain bien que monstrueux dans un autre sens comme je vais le démontrer plus bas) et qu’il veut aller jusqu’à tuer Quasimodo quand ce n’est qu’un bébé parce qu’il est laid et que « ce n’est qu’une créature démoniaque qu[‘il] renvoie à l’enfer auquel elle appartient ». Et même si ses actions sont montrées comme mauvaises et qu’il est classés parmi les « méchants », il est décrit comme un « humain » (c’est d’ailleurs ça qui a plu et terrifié les spectateurs en même temps). Il est monstrueux mais sa monstruosité est « justifiée ». Et contrairement aux « pères trop protecteurs » qui avaient juste peur pour leurs enfants et les enfermaient pour les protéger, Frollo n’a élevé Quasimodo que par intérêt parce qu’un prêtre l’a averti que « tuer une pauvre femme innocente, c’est pas bien, tuer un petit bébé qui ne peut pas se défendre, c’est pire et que toutes ses mauvaises actions risquent d’être punies et qu’il ne peut racheter son âme qu’en élevant l’enfant de la femme qu’il a tué comme si c’était le sien » et qu’après, à la fin du film, il finit par en avoir tellement assez que Quasimodo échappe à son autorité et veuille sauver une gitane qu’il se dit qu’il veut revenir à cette « vieille affaire » et le tuer à nouveau. Et on a toujours le problème de « l’homme qui est violent par nature et qui n’y peut rien » à travers Frollo. Esméralda est une femme et elle est « gentille et douce » (mais néanmoins rebelle et selon Phoebus « [se] bats aussi bien qu’un homme »). Et côté des « gentils » du début du film, les hommes ne sont pas sympathiques, quand le bébé (Quasimodo) pleure, c’est à la mère qu’on demande de le calmer parce qu’ils risquent de se faire repérer avant de pouvoir arriver à la cours des miracles. Et celle-ci s’exécute et va même jusqu’à tenter de sauver son bébé quand la situation est désespérée alors que les autres ne font rien pour. Les seuls adjuvants masculins sont les gargouilles (deux d’entre elles sont des garçons [rocaille et muraille] et il y a une fille: la volière) et Phoebus (faut bien un homme viril [pas violent naturellement certes mais violent que quand il faut pendant les batailles et qui sera le mec viril qui se tape la fille à la fin] et pas que des statues parlantes quand même) parce que sinon, les adjuvantes ne seraient que des femmes et une statue féminine: la mère de Quasimodo qui tente de le sauver (mais n’y parvient pas malheureusement [bon, sinon, il n’y aurait pas d’histoire]), Esméralda qui aide Quasimodo moralement et est quelqu’un de doux et rebelle face à la loi injuste et la volière qui est une « vieille gargouille » donc fait office de grand-mère. Bon si on revient qui aux aspects je pense sont positifs: que Frollo soit le seul « père abusif » qui ne soit pas montré comme un papa trop protecteur dont on justifie le comportement par une peur pour son enfant mais bel et bien comme un très mauvais père dangereux qui privait son enfant (ici d’adoption) de toute liberté et qui devait être puni à tout prix à la manière des « mères abusives » de chez Disney (la mort violente), qu’on ait deux (je pourrais dire trois mais l’une d’entre elles est tuée dès les premières minutes du film) adjuvantes féminines qui soient là moralement, pour les prises de décisions et pour les batailles (parce que oui, la volière se bats aux côtés des gargouilles et envoie ses oiseaux à la manière de la sorcière de l’ouest du magicien d’oz sur les gardes) (même si malgré tout, on a droit, hélas, à un seul adjuvant masculin cliché de soldat viril un peu énervant) et que la monstruosité, quelques que soit les raisons pour lesquelles on l’utilise même si on pense que ça peut être des bonnes, n’est pas justifiable, est-ce qu’on peut voir « Le bossu de Notre-Dame » comme un film d’animation comme un film qui tente d’être contre les violences masculines intra-familiales (et peut-être conjugales même si ça ne serait que très vaguement évoquées vu que la mère est tuée par le père d’adoption dans les premières minutes du film)?\
      Après, une autre personne,Miss, avait pensé à un autre Disney où on retrouve un père pas sympa. Je ne me souvenais plus de son nom mais il s’agit du père d’adoption de Tarzan, Kerjack. Je cite Miss (en y ajoutant des notes entre crochet)
      \Le protagoniste a d’excellentes relations avec sa mère adoptive{la mère en question s’appelle Kala et j’ai aussi remarqué que bien que cela soit ne soit pas harmonieux au début, Tarzan se fait une amie, Tok et un autre ami (éléphant cette fois) Tantor} (les femmes sont toutes des mères!) et est rejeté par son père adoptif. Et encore, le père a un revirement à la fin du film, et on nous fait comprendre qu’il veut avant tout protéger son groupe de gorilles {de toutes les menaces potentielles, en gros, tous ceux qui sont différents: pas de l’espèce des singes, pas de la jungle…quitte à rejeter ceux qui peuvent même paraître vulnérables dont Tarzan lui-même et ne l’accepte que parce que Kala lui dit que Sabor le léopard a tué ses parents biologiques: même léopard qui a tué son propre fils biologique mais dit tout de même à Kala « J’ai dit qu’il pouvait rester, ça ne fait pas de lui mon fils. », ce qui veut dire que contrairement aux pères qui « sur-protègent » leurs progénitures, lui ne s’en soucie même pas} (encore un homme plein de bonnes intentions!) {et encore, lui, ce n’est pas vis-à-vis de son enfant qu’il en a mais vis-à-vis d’un groupe collectif, ce qui montre encore un gros problème de « comportement compréhensif « presque excusé » ‘je vais dire pourquoi pas tout à fait plus tard’ non pas de père mais d’homme bienveillant soucieux. Oh, et on a l’éternel image du mec qui doit forcément avoir un comportement « plus viril tu meurs » pour être accepté. OK…{oui, car en effet, même si Sabor a tué le fils biologique de Kerjack et Kala ainsi que les parents biologiques de Tarzan, ce n’est pas le méchant principal, le méchant principal est un chasseur qui s’appelle Clayton mais je ne vais pas parler de lui ici, enfin le père adoptif du protagoniste l’accepte ‘presque’ quand celui-ci tue Sabor pour sauver la tribu donc le débarrasse d’un poids qui l’avait depuis longtemps sur le coeur. Mais finalement va le rejeter encore et je vais dire pourquoi tout de suite en me citant moi-même à nouveau}\
      \contrairement à Frollo, [Kerjack] n’a pas de mauvaises intentions. Il n’empêche que il ne protège pas Tarzan par amour contrairement à Triton qui surprotège Ariel mais qui comprend à la fin « qu’il doit laisser à sa fille la liberté totale de vivre sa propre vie », il le rejette et ne l’accepte que lorsqu’il tue l’être qui a tué son fils biologique {comme je l’ai dit au-dessus } mais le rejette à nouveau quand il veut se pencher vers des êtres différents {les premiers humains qu’il voit: Jane dont il va s’éprendre, le père de Jane et Clayton} ). Cependant, contrairement aux pères trop protecteurs sympas, lui finit par mourir et est donc puni malgré ses bonnes intentions et seulement au moment où il acceptait Tarzan {réellement et l’appelait son fils} et où le spectateur était incité à avoir de l’empathie pour lui. C’est la seule fois où je me souviens qu’un « mauvais père aux bonnes intentions » a été puni chez Disney (Frollo compte moins parce qu’il n’en a pas et ne se soucie que de son âme bien qu’il soit malgré tout un père d’adoption pour Quasimodo) contrairement aux autres pères trop protecteurs aux bonnes intentions comme Triton et le Sultan qui finit par laisser Jasmine « épouser l’homme qu’elle estime digne d’elle ». Un peu comme si Le bossu de Notre-Dame et Tarzan essayaient de dire « Non! Les mauvais pères sont des mauvais pères pas des papas-poules. Ils doivent être punis, pas excusés » et remettaient en cause les codes paternels établis dans La Petite Sirène et Aladdin (même ça reste très discret cela dit)\
      En clair, ce que je veux dire, c’est que entre Frollo et Kerjack, on est amenés à avoir de la haine pour le premier, mais malgré tout de la compréhension, et que le deuxième, on est amenés à avoir de l’antipathie pour lui mais malgré tout de compassion. Mais les deux font souffrir les héros et c’est ça qui fait qu’on ne peux pas les aimer et ce qui m’a plu quand j’étais enfant, c’est que les adjuvantes de ces héros étaient des personnages féminins: Kala, La Volière, Esméralda, Jane, Tok. Bon, Disney mets toujours deux, trois adjuvants masculins figurants avec peu de personnalité parce que « il en faut » mais j’ai constaté que La Rocaille, La Muraille et Tantor n’en avaient pas tant que ça et étaient plus des caricatures d’abruti, d’intellectuel et de complexé plus qu’autre. Seul Phoebus a un peu de développement mais c’est plus par rapport à sa romance avec Esméralda. après, on peut être énervés que les femmes soient souvent des mères et pas autre chose mais après les avoir vues absentes, être diabolisées, castratrices, séparées de leurs enfants, mortes dès le départ ou tuées en cours de films, c’est plutôt sympa de les voir toujours présentes en cours de films et là pour aider leurs enfants en bonnes parentes aimantes, pas en tant que figurantes |et pas rabat-joie| [et encore plus fortes quand on les rejette] pourquoi ce serait le plus souvent aux pères d’avoir le privilège non seulement de rester en vie? Tok, elle, c’est l’amie, camarade de jeu et confidente de Tarzan-y a aussi Tantor l’éléphant mais on le voit beaucoup moins, il n’arrive à se montrer utile qu’avec Tok-(et au passage, l’un des rares personnages féminins comiques de Disney [avec La Volière] mais aussi du cinéma en général les personnages comiques sont encore à ce jour essentiellement masculins) et elle a à peu près son âge, la seule raison pour laquelle il n’y a pas romance entre elle et Tarzan est qu’il ne sont pas de la même espèce (ici littéralement mais il y a un article sur ce site qui traite sur les personnages Disney du sexe opposé qui ne finissent pas en couple parce qu’ils ne sont pas de la même espèce [problème que l’on rencontre dans Le Bossu de Notre-Dame d’ailleurs: Quasimodo trop laid pour être avec Esméralda qui elle est trop belle alors qu’on nous montre pourtant qu’il l’aime sincèrement]). Ce n’est pas comme La Volière qui est une vieille gargouille au rang de grand-mère. Jane, l’intérêt amoureux, mais qui a une personnalité: excentrique qui admire tout ce qui est autour d’elle mais qui en même temps ne supporte pas qu’on aille au-delà de ses limites. Et même si Tarzan doit la sauver une fois, elle finit par lui faire découvrir comment fonctionne le monde humain et lui lui fait découvrir le monde animal donc elle n’est pas juste une amoureuse de personnage masculin, elle est un personnage à part entière et en plus, elle finit par l’aider à sauver la jungle à la fin (là où beaucoup de héros Disney auraient dit à leurs copines « s’il te plait, reste en sécurité, c’est moi qui m’en chargerai »). Esméralda, je crois que je l’ai bien résumée plus haut. Bon après, Le Bossu de Notre-Dame et Tarzan nous montrent ces personnages féminins uniquement comme des bonnes fées pour les hommes et pas des femmes qui vont prendre leurs vies en mains (Esméralda exception faite puisqu’elle laisse Quasimodo de côté mais va finir avec Phoebus [un homme quand même] toutefois qu’elle a sauvé) mais le fait que la rédemption pour les « pères pas sympas » soit impossible et la punition inévitable (ici la mort) démystifiait l’image du père soucieux parce qu’on a tout simplement pas le droit d’infliger de la souffrance morale à un enfant ou de l’enfermer quelque soit les raisons.
      Et que des films récents essaient de remettre ces idées sur la balance comme quelque chose de positif, ce n’est pas bon signe parce que ça va stopper tous les progrès qui avaient été faits et c’est ça qui est dommage quand on a tenté de transmettre des messages qui finalement ne vont peut-être pas être retenus.

  8. Excellent article comme les précédents d’ailleurs ! Vous m’avez fait ouvrir les yeux sur certains points dont je ne faisais pas vraiment attention en voyant ces films. J’ai juste une petite précision à faire si vous le permettez, ce n’est pas Dreamworks qui a fait la série L’âge de glace mais le studio Blue Sky à qui on doit également la série Rio. C’est un petit détail important car ces deux studios sont bien différents. Sinon je tiens à vous dire que je connais votre site depuis peu et je suis très contente de l’avoir découvert, j’adore beaucoup vos analyses sur les films d’animations qui sont des plus intéressantes à lire ! J’en attends d’autres impatiemment !

  9. Bonjour

    Ce commentaire s’appuie sur la remarque relative à la dimension masculiniste de la « souffrance des hommes » – passage sur les Croods)

    Si penser la masculinité et montrer des masculinités non hégémoniques ne font que renforcer et conforter la position de domination du genre masculin, alors y a t-il quelque chose à attendre d’une pensée et de représentations qui problématiseraient la masculinité ?

    • Suite…
      Je poursuis le questionnement de votre lecture politique du dernier acte du film, les Croods, (lorsque le père jette les membres de sa famille au-delà de la faille) non pour la contredire, mais pour tenter de faire percevoir une autre analyse possible.
      Il me semble que le renversement du propos féministe du film que l’on peut voir à la fin du film, lorsque le père s’approprie le discours émancipateur à son profit, ne peut être considéré comme masculiniste qu’a postériori. Il me semble en effet que son changement d’attitude ne peut pas, de manière univoque, être considéré comme participant du masculinisme, et ne peut, par ailleurs, être interprété comme tel qu’à la condition que son acte de courage constitue l’acte fondateur d’une nouvelle forme du patriarcat, (celui du leadership), et non un acte isolé.
      Certes, par ce geste, le père, un moment déchu de sa position de dominant, retrouve celle-ci. Pourtant, parce que la voie qu’il emprunte n’a pas été ouverte par lui, mais par celleux qui sont (étaient ?) sous sa domination, ce geste ne peut-il pas aussi être interprété comme le début d’une transformation du père, (une prise de conscience de la dimension oppressante et absurde de son système)? Le geste du père ne serait plus le geste d’un dominant, mais le geste d’un membre de la famille, d’un « égal » en devenir qui chercherait à quitter sa position de dominant et à sortir du système ; et le « grâce à mon père » de la phrase que vous citez ne signifierait pas « grâce à mon père » nous arrivons à vivre dans ce monde rude et hostile, mais « grâce à mon père » qui a donné au Croods un exemple concret de possible transformation de soi pour une société où ce serait le collectif qui, tout ensemble, ferait face à un monde rude et hostile…
      Certes, le fait que cette transformation soit réalisée par le père reste problématique, c’est pourquoi il aurait fallu matérialiser concrètement cette émancipation, par exemple en montrant que la décision d’aller plus en avant soit soumise au collectif et non prise par le père seul. Or, ce n’est pas le cas, et c’est pourquoi j’adhère à votre idée d’un patriarcat « new look », mais un patriarcat quand même.
      Qu’en pensez-vous ?

      • Ben oui pour moi il y a absolument zéro critique du patriarcat là-dedans. Le but c’est juste de présenter une sorte de « nouveau patriarcat plus cool » où le père arrête de séquestrer sa famille dans une grotte et fait même des câlins, mais où il commande quand même. C’est une stratégie classique par lequel le patriarcat se légitime en agitant comme repoussoir un ancien patriarcat présenté comme « archaïque » pour mieux valoriser un nouveau patriarcat plus « moderne » (et qui ne se dit pas comme tel).
        (Après comme je suis assez fatigué je ne comprends peut-être pas bien ce que vous voulez dire, désolé si c’est le cas …)

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