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Irréaliste, violente, destructrice. La représentation de la mobilité au cinéma.

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Cet article a été initialement publié en plusieurs parties sur le site carfree.fr.

Si vous vous déplacez autrement qu’en voiture vous avez sûrement déjà ressenti que des rapports de domination sociale s’exercent aussi sur la route. Une analyse de ces rapports à l’écran peut donc aussi être utile ici.

En tant qu’objet culturel majeur (40 milliards de dollars de recettes par an contre 15 milliards pour la musique) le cinéma a une influence très large sur toute la planète. Si du Ghana à la Corée du Sud on peut voir des enfants jouer à Spiderman ou s’habiller comme la reine des neiges, ceux-ci sont aussi exposés à des façons particulières de se déplacer mises en avant par les films. Ils vont donc grandir en piochant entre autres dans ces productions culturelles pour définir ce qui leur semble normal, désirable ou méprisable comme mobilité. Par exemple si ces productions culturelles mettaient en avant des transports durables et les rendaient désirables, il est probable que les nouveaux adultes seraient plus conscients et soucieux de l’impact de leur façon de se déplacer. On aurait alors peut-être une chance d’assister à des changements majeurs dans les pays riches avec une forte diminution du nombre de voitures. Et peut être une nouvelle voie dans les pays pauvres ou l’on éviterait de reproduire les erreurs du tout-voiture en privilégiant massivement le transport public.

La situation actuelle sur le grand écran est hélas tout le contraire. D’une part,  le cinéma montre un mépris total pour toutes les formes de transport soutenables [1]. Citons entre autres les stéréotypes sur l’auto-stop (présenté comme dangereux pour les auto-stoppeurs ou au contraire pour ceux qui les prennent en voiture), ceux sur les transports en commun (représentés comme étant systématiquement en retard ou réduits à des lieux de tension et de catastrophe), ou encore l’association du vélo à la pauvreté ou à l’enfance. D’autre part, et c’est là l’élément le plus frappant dans cette analyse, le 7ieme art fait preuve d’un véritable fanatisme criminel en déifiant la voiture film après film.

viriliteLoin des bouchons de la réalité, la voiture du cinéma rend viril et vous envoie littéralement en l’air.

On connaît hélas le résultat en terme sanitaire, social et environnemental, 14 ans après le « notre maison brûle et nous regardons ailleurs » de la France. Pourquoi le cinéma s’acharne-t-il autant à regarder ailleurs?

Plusieurs facteurs font que l’on ne peut que s’attendre au pire en terme de représentation des moyens de transport à l’écran.

D’une part, les films commerciaux sont en majorité réalisés par les groupes sociaux en position de pouvoir dans chaque pays. Par exemple, en France, la plupart des réalisateurs sont des hommes blancs et riches. Ces groupes privilégiés vont naturellement mettre à l’écran les choses qui leurs sont familières et donc véhiculer des représentations qui confortent leurs privilèges, à savoir ici des moyens de transports privilégiés et peu durables : principalement la voiture et l’avion.

D’autre part, le cinéma est une industrie capitaliste comme une autre, et noue à ce titre des partenariats entre puissances financières qui renforcent les intérêts de chacun. Les entreprises automobiles permettent aux réalisateurs de faire des gros films, et les gros films font de la pub pour les voitures. Voir par exemple la place de choix pour la voiture dans les productions au budget obscène de Luc Besson.

Aussi, ce sont les États Unis, pays de la voiture et de l’avion et qui a l’un des mode de vie les moins soutenable au monde, qui domine de façon écrasante le marché du film. C’est donc le monde à l’envers : c’est le pays qui a le plus besoin de se taire et de regarder ce que font les autres qui monopolise la parole et impose son point de vue nuisible (pour l’exemple, la distance moyenne que met la nourriture entre son lieu de production et les consommateurs aux US est de 2400 km).

Enfin, la participation de l’industrie automobile dans l’industrie publicitaire et par conséquent dans les médias financés par la pub, est immense. Ne serait-ce qu’en France, les constructeurs automobiles consacrent 2.5 milliards d’euro par an à la publicité alors que le budget global pour la sécurité routière en France est inférieur à 100 millions d’euro. Autant dire que la publicité est une véritable force de police médiatique dont le rôle est d’empêcher la moindre remise en question du tout voiture.

Les ‘journalistes’ travaillant pour des médias financés par la pub ne pourront jamais accorder l’importance que méritent des sujets sur la pollution, les accidents ou le réchauffement climatique. Par contre ils accourront avec enthousiasme quand des constructeurs feront des communiqués sur la dernière voiture électrique ou sans conducteur. Pour l’illustration qualitative, j’ai fait une recherche sur le site du quotidien le plus lu de France : le sac à pubs 20 Minutes. Une recherche des articles mentionnant la « sécurité routière » donne 12100 articles. Tandis que pour « attaque terrorisme » par exemple on trouve 76700 articles. Rapporté au nombre de tués par ces deux phénomènes le journal consacre 0.009 articles par victime de la route et 2.7 articles par victime du ‘terrorisme’ soit 290 fois plus (1.3 millions et 28238 victimes respectivement en 2015 d’après Wikipédia).

On peut donc comprendre que le cinéma aime particulièrement et idéalise le moyen de transport actuel le plus nuisible : la voiture (jusqu’à l’absurde comme on le voit dans ‘Furious’). Cette histoire d’amour occulte bien souvent les nombreux points négatifs associés à la voiture. Combien de films ou la voiture semble ne pas consommer de ressources non renouvelables (pas de mention du coût ou de la disponibilité du carburant)? De la coccinelle de Monte Carlo à la Batmobile il y a toujours de la place pour se garer. De la Doloreane de Retour vers le futur à l’Aston Martin de James Bond les courses poursuites ne font pas de mal à une mouche. Et pour trouver des bouchons au cinéma il faut attendre une attaque d’extraterrestres ou de zombies. Le verdict d’Hollywood est unanime: rien à reprocher à la voiture malgré les 1.3 millions de morts annuelles par accidents (auxquelles s’ajoutent au minimum le double du fait de la pollution) et la catastrophe écologique en cours. Et comme nous allons le voir, les spectateurs français sont aussi invités à partager ce verdict si on en juge par les 5 films qu’ils ont le plus vu en 2015: Star Wars, Minions, Jurassic World, Spectre et Furious.

girlsLe bruit? L’odeur des gaz d’échappement? La pollution qui augmente l’asthme ou les cas d’allergies chez les enfants? Qu’importe… La femme du cinéma ne résiste pas à l’homme automobiliste !

Star Wars VII, Le Réveil de la Force

Commençons doucement avec Star Wars, numéro un du box-office 2015 (10 485 154 spectateurs). La série étant une fiction avec son propre univers, les moyens de transports s’éloignent bien sûr de l’ordinaire. Cependant les choix scénaristiques faits témoignent malgré tout d’un rapport assez occidental au monde. Le contexte est une sorte de mondialisation galactique où les plus puissants se déplacent à toute vitesse (de la lumière sans doute) d’un système solaire à l’autre. L’univers semble colonisé dans chaque recoin par diverses civilisations ce qui doit être le résultat d’une expansion du type « toujours plus vite et plus loin » qui ressemble à la sainte croissance infinie de chez nous et dont le transport est un maillon essentiel.

Cette mondialisation galactique est le type de scénario futuriste qui sous-tend un bon nombre de films où l’humanité doit fuir son ‘berceau’ qu’elle a allègrement détruit. Du coup, une expansion sans limite semble aller de soi : à quoi bon vouloir éviter la crise ? Un petit coup de science et hop on peut aller sur une autre planète faire les mêmes bêtises (comme dans Interstellar par exemple) ! Cette vision fataliste tend à décourager les spectateurs alors qu’ils pourraient être acteurs d’un changement pour éviter le choc qui s’annonce. La science-fiction est pourtant un genre particulièrement propice à la dénonciation des défauts de nos sociétés (dystopies) et à l’invention d’alternatives plus viables (utopies). Ces alternatives peuvent être basées par exemple sur une gestion commune et locale, qui prendrait en compte les limites physiques du monde, en opposant la maturité de la décroissance à la fuite en avant technologique. Citons par exemple Soleil Vert et Silent Running, ou plus récemment Avatar, qui comporte quelques aspects intéressants malgré son racisme, son sexisme et son spécisme.

Revenons à nos déplacements. On peut voir dans cet épisode VII un robot-boule qui roule au sol, des montures (cyborg ou non) et des véhicules individuels qui peuvent léviter. Mais les stars du film ce sont les vaisseaux spatiaux : technologie complexe, grande vitesse, bruit d’enfer (même dans le vide de l’espace) et en plus ils crachent des lasers… Bref, ils sont la version SF de nos avions de chasse. C’est donc principalement la fonction militaire de ces véhicules qui est hélas mise en spectacle. On est loin de déplacements pépères en voiliers de l’espace qui utiliseraient des vents solaires par exemple.

BB8, le robot holonomique qui n’a pas peur des grains de sable.

On voit aussi des gens, dont l’héroïne Rey, se déplacer à pied dans le monde désertique du début du film. Cela semble avoir pour but de suggérer la pauvreté du personnage principal. Il existe donc des inégalités sociales dans l’univers de Star Wars : certains peuvent voler à travers les étoiles alors que d’autres semblent être contraints à rester piétons et ne quitteront probablement jamais leur monde. Rey possède tout de même un véhicule individuel, mais c’est seulement parce qu’elle l’a elle-même construit à partir de pièces récupérées dans la décharge. Elle semble également condamnée à ne pas pouvoir partir de sa planète pour des raisons financières. A l’inverse, les méchants du Premier Ordre ont des capacités de transports dantesques qui leur permettent d’intervenir et d’agir sur toute la galaxie.

Cet aspect est intéressant car il laisse voir que l’accès au transport est aussi une source de pouvoir politique. Le film montre alors comment le personnage principal, alors qu’il semble déterminé socialement à ne pas bouger, va s’approprier la mobilité en s’emparant d’un gros vaisseau pour partir dans l’espace puis affronter ceux qui s’accaparent le pouvoir.

speederRey, trop pauvre pour s’acheter un véhicule, s’est bricolé un ‘speeder’ à partir de pièces de la décharge.

Le film se focalise donc sur la trajectoire individuelle d’une héroïne échappant à sa condition en s’appropriant un moyen de transport de privilégié. Ainsi, l’hégémonie d’un certain type de mobilité n’est pas critiquée en tant que telle, puisque l’acquisition du pouvoir passe par le pilotage de gros vaisseaux (alors qu’on aurait pu par exemple avoir des représentations valorisant par exemple des actes de sabotages ou des types de transports alternatifs du côté des rebelles). Le film aurait pourtant pu être intéressant dans la mesure où le monde qu’il dépeint ressemble beaucoup au nôtre, où 85% de la population n’a jamais pris l’avion, et où les personnes les plus riches sont celles qui se déplacent le plus mais aussi celles qui polluent le plus et consomment donc le plus de ressources. Mais comme les producteurs, scénaristes et réalisateurs de Star Wars (comme de l’immense majorité des autres films) font partie de ces personnes les plus riches, le film ne se soucie pas une seconde de l’impact des véhicules mis en scène. Il occulte ainsi les problèmes posés par cette hégémonie d’un certain type de mobilité, notamment ceux liés à la pollution et à la destruction de ressources dues au transport. Par exemple les réacteurs des vaisseaux font de belles lumières bleues ou rouges. Pourtant dès qu’ils sont touchés, on voit de la fumée bien noire puis ils explosent en flammes. Ces vaisseaux utilisent donc bien du carburant. D’où vient le carburant ? Dans quel état sont les planètes dont il est extrait ? Où vont les résidus de la combustion du carburant? Les vaisseaux font aussi pas mal de bruit mais il se garent et décollent souvent près des habitations. Ceux qui habitent à proximité d’un aéroport savent très bien où est le problème.

vaisseauRey s’extirpe de sa planète en volant le vaisseau d’une célébrité. Est-ce que ce genre de vaisseaux passe des tests anti-pollution? Est-ce que les membres de l’empire se permettent de tricher sur ces tests grâce à leur influence politique?

Si, contrairement à la grande majorité des films, il est suggéré ici un aspect politique du transport, il n’y a par contre aucune mention dans cet épisode d’un impact des véhicules utilisés en terme de sécurité, de consommation de ressources ou encore de pollution. Ce Star Wars est hélas pourtant le film le moins pire de notre série en terme de représentation du transport ! Pour les 4 prochains succès du box office à être commentés, l’action se passe sur terre et ça va aller crescendo dans l’apologie du tout-voiture..

 

Les Minions

En deuxième position au box-office, un film d’animation tout public: Les Minions (6 588 715 spectateurs). Dieu merci il ne s’agit pas de Cars ou encore de Planes (on attend toujours des films qui s’appelleraient Bikes ou Autocars de la part de Disney).

Les Minions est donc un film d’animation qui se déroule aux États-Unis et en Angleterre en 1968 et met en scène des créatures fantastiques. Le film prend par conséquent quelques libertés avec la réalité comme par exemple le fait que la méchante utilise une robe à réaction pour voler. Les autres libertés sont bien plus classiques : on voit des voitures dans les villes mais elles ne font que passer silencieusement. Comme d’habitude au cinéma, le bruit de la circulation est totalement ignoré. C’est vrai que les dialogues seraient plus durs à suivre s’ils incluaient réellement le vacarme accompagnant les véhicules à moteur dans les rues (Godard s’était essayé au son direct et réaliste dans « A bout de souffle », résultat : il y a tellement de voitures qu’on a parfois du mal à comprendre les acteurs).

Autre habitude de la représentation de la voiture au cinéma: minimiser l’accaparement de l’espace public par les voitures. Tout au long du film, très peu d’entre elles semblent garées sur la chaussée ou prendre de la place, alors qu’il y avait pourtant déjà beaucoup de voitures en ville à cette époque. A la fin du film, c’est magique, les rues sont carrément vides, on se croirait dans un grand centre piéton dans lequel les minions marchent en toute sécurité au milieu de la rue. C’est bien pratique pour les scènes d’action en extérieur mais dans la réalité des villes, il est désormais bien difficile de trouver ne serait-ce que des enfants qui jouent dans la rue. Cette confiscation de l’espace public par la voiture est souvent minimisée à l’écran : alors que les héros garent leurs voitures pour être immédiatement sur les lieux de l’action, certains spectateurs auront tourné 10 minutes pour trouver une place de parking puis marché 300m pour atteindre le cinéma du centre ville.

Hors de la ville, le film comporte une scène de poursuite en voiture qui se termine par un carambolage dont la violence est, comme bien souvent, totalement ignorée: 3 voitures de police se rentrent dedans à une vitesse qui semble suffisante pour tuer ou sévèrement mutiler les passagers. Est-ce que les policiers survivent ? Cela n’intéresse pas le film qui passe à la scène suivante.


Tiens un triple carambolage, ne nous attardons pas sur les conséquences.

Une autre scène nous offre une accumulation de clichés concernant l’auto-stop : on est en 1968 et les minions décident d’essayer le stop en voyant une personne quitter la ville de cette façon. Cette personne est comme par hasard un stéréotype de « baba-cool » avec des vêtements fluos. Il fait un V avec les doigts et est pris par un combi Volkswagen à fleurs. Ce trope nous rappelle que la pratique de l’auto-stop est un mode de transport marginalisé qui n’est quasiment jamais pris au sérieux (Les « babas » sont très souvent caricaturés, voire ridiculisés, à l’écran). Dans la suite de la scène, la voiture qui s’arrête pour prendre les minions a l’air menaçante et ses passagers semblent très louches. Et effectivement, une minute plus tard ceux-ci s’arrêtent et dévalisent une banque tout en demandant aux minions de les attendre sagement dans la voiture !


On veut aller à Orlando gratuitement mais pas avec des gens louches svp.

On retrouve ici une représentation traditionnelle du stop au cinéma qui dépeint cette pratique comme dangereuse car on peut être pris par des violeurs/tueurs en série (ou alors ce sont les conducteurs qui sont en danger car ils s’arrêtent pour prendre des tueurs/violeurs en série). Ce cliché est tellement courant qu’il a sa définition sur un site qui répertorie les lieux communs du cinéma. Dans la réalité, la pratique du stop est effectivement dangereuse et des auto-stoppeurs perdent régulièrement la vie : la différence c’est qu’ils ne sont pas assassinés par un psychopathe mais dans l’immense majorité des cas victimes d’un accident ordinaire de voiture impliquant le véhicule où ils se trouvent. Ce cliché exagère donc la dangerosité des personnes tout en diminuant celle de la voiture. Avec ces 2 tropes, Les Minions méprise et dénigre un mode de transport qui devrait être fortement encouragé pour son impact en terme de pollution, de coût (pour l’utilisateur et pour la société) et de lien social, dommage.


Un autre accident où le chariot de la reine d’Angleterre finit sa course folle dans un arbre: « Nous allons nous prendre un arbre à pleine vitesse! »


« Ah ben on a rien en fait! C’est chouette les fictions, pas besoin de sensibiliser les enfants aux accidents qui tuent des milliers de personnes chaque jour. Effrayons-les plutôt avec de l’auto-stop! »

En parallèle à l’histoire qui se focalise sur les personnages principaux, on suit aussi une partie des créatures jaunes qui font un très long voyage pour rejoindre leurs amis. A pied dans la toundra, en radeau sur la banquise, sur des bouées accrochées derrière un paquebot ou dans des ventres de kangourous les minions traversent les continents. Mais.. c’est seulement dans le but de faire quelques effets comiques, un moyen de transport alternatif un tant soit peu vraisemblable n’est hélas pas envisagé.

En résumé, Les Minions minimise tous les aspects négatifs liés à la voiture, se moque de l’auto-stop et ne donne aucune crédibilité à d’autres formes de transport. Il s’agit simplement d’un film ordinaire comme il en existe des milliers d’autres en terme de représentation du transport. Les 3 films restants sont en revanche bien pire que la moyenne.

 

Jurassic World

Les choses ne vont pas en s’arrangeant avec ce 3ème film : Jurassic World (5 204 879 spectateurs) a déjà été critiqué sur le site « Le cinéma est politique », notamment pour son sexisme et son racisme. En ce qui nous concerne, même si l’action se passe dans un parc et qu’il y a donc a priori peu de déplacements, le film se débrouille très bien pour promouvoir des modes de transport polluants.

Passé le générique, on voit des enfants prendre l’avion puis le ferry pour se rendre au parc à dinosaures.  Par ces seuls gestes, ils appartiennent à la part de la population la plus riche du monde. En effet, si l’avion est totalement banalisé au cinéma, dans la réalité environ 85% de la population mondiale n’a jamais voyagé une seule fois dans les airs. Or malgré le peu de monde concerné, le trafic aérien est quand même responsable de 5% des émissions mondiales de CO2. On pourrait donc s’attendre à moins de légèreté dans les représentations de voyages en avion au cinéma, mais il est fort probable qu’une grande majorité des réalisateurs et réalisatrices des États-Unis prennent régulièrement l’avion.

Dans le parc jurassique, les clients marchent ou prennent le train comme dans un parc d’attraction. Le personnel lui, a accès à une flotte de véhicules qui sont tous des Mercedes. En effet, le film est (entre autres) un spot de pub pour le fabricant de voiture qui est actuellement attaqué en justice pour la pollution dont il est responsable. Le montant alloué par Mercedes au film est confidentiel mais il est tout a fait possible que ce genre de placement ait coûté dans les 10 millions de dollars, ce qui représente, à titre d’exemple, 140 fois le budget annuel de l’association Française « Respire » qui milite contre la pollution de l’air.


Non content d’avoir exploité 40 000 esclaves sous le nazisme ou d’avoir payé 30 millions de dollars d’amende pour violation des normes anti-pollution, le constructeur Allemand va jusque dans la jungle pour mettre ses phares dans les yeux des dinosaures.

Forcément le réalisateur montre les Mercedes sous leur meilleur jour, quitte à  faire quelques plans dignes d’un spot de pub et à s’affranchir de la réalité. Notons de nombreuses scènes de conduite sur piste dans la jungle où les voitures ne subissent aucune vibration comme si la piste était parfaitement lisse. On a même une scène ridicule où une moto et un camion foncent hors piste en suivant des raptors tout droit à travers la jungle. Les dinosaures zigzaguent ou sautent agilement entre les troncs d’arbres et les racines mais les Mercedes toutes puissantes suivent en ligne droite comme si elles étaient sur l’autoroute. On en oublierait presque que ces véhicules sont incompatibles avec un milieu un peu naturel et ont besoin de route goudronnée pour se déplacer (contrairement à la marche ou au vélo). Ce genre de représentation malhonnête où voitures, camions et motos s’intègrent discrètement dans l’environnement alors qu’ils le transforment radicalement en réalité, est hélas légion et minimise encore une fois les impacts négatifs engendrés par ces moyens de transport.

Une publicité de 2 heures pour seulement 10 euros la place! 5 millions de Français ont dit oui.

Une autre scène montre les enfants rouler en ‘gyrosphère’, une boule en verre qui se déplace ‘grâce à la magie de la science’ comme dit le film. Outre le fait qu’ils critiquent très rarement les modes de transport massivement utilisés dans nos sociétés, les films présentent aussi souvent des véhicules individuels ‘magiques’ qui ne se préoccupent ni d’énergie ni de pollution (comme on l’a aussi vu dans Star Wars). Cette approche déresponsabilise le spectateur puisque, avec ces exemples de véhicules futuristes, on s’en remet aux avancées (plus ou moins probables) de la science pour trouver des solutions aux problèmes actuels. On est ainsi invité à laisser les décisions qui impactent notre vie entre les mains  « d’experts » et la résolution de problèmes urgents est mise de côté pour laisser place à une sorte de foi quasi religieuse dans les progrès de la science (on peut parler de ‘scientisme’).

Par exemple:

L’automobile ce n’est pas un problème, c’est même dans bien des cas une solution. La vérité, c’est que nous sommes en mesure d’apporter des réponses aux problèmes d’énergie, aux problèmes d’environnement qui se posent à condition de faire confiance aux capacités d’innovation, aux capacités scientifiques, aux capacités technologiques de l’être humain. Derrière l’acharnement de certains contre l’automobile il y a au fond le rêve d’une société qui, au prétexte des dangers réels qui menacent l’individu, nie sa liberté. Au fond, derrière ce débat qui fait rage dans notre pays autour de l’automobile, autour de la protection de l’environnement, on voit quand même grosso modo deux conceptions de la société, deux conceptions de l’avenir qui s’affrontent. Y a ceux qui sont favorables à une forme de décroissance, de retour en arrière et peut-être même à une forme de collectivisme, d’organisation de la société pour faire face aux dangers qui la menacent, et puis y a ceux qui pensent que le développement durable, c’est-à-dire celui qui mise tout sur le progrès de la science, sur le progrès de la technologie, qui fait confiance à l’homme, qui fait confiance à l’individu, nous permettra de relever les défis qui sont devant nous. (…) Une de mes premières voitures a été une Renault 5 turbo qui est une voiture formidable mais avec laquelle je me suis mis dans un ravin avec mon épouse le jour de mon voyage de noces (rires dans la salle).
François Fillon, 26-2-2010.

Cette posture détourne ainsi d’une action politique qui permettrait de résoudre nos problèmes, en restreignant par exemple les déplacements polluants ou en développant les transports collectifs. En promettant toujours une technologie merveilleuse (si l’on veut bien patienter), cette vision apolitique du transport au cinéma empêche la critique à un moment crucial. Malgré toutes ces voitures magiques qui « sont pour bientôt » il y a une réalité : même si une voiture magique était vraiment propre les seules ressources nécessaires à sa fabrication font que son utilisation ne pourra jamais être généralisée à l’ensemble de la population mondiale. Par contre, si au lieu d’attendre le véhicule qui roulera en brûlant du CO2 comme le messie on mettait le frein sur les véhicules individuels polluants (voitures et motos) au profit des modes de transports alternatifs actuels on résoudrait immédiatement bien des problèmes.

Bien sûr ce genre de solution politique n’inspire ni les cinéastes qui peuvent parfois être les premiers acheteurs de véhicules polluants ni les journalistes de sacs à pubs qui les vendent. Voilà pourquoi des spots de pubs géants comme Jurassic World continueront d’être réalisés et d’être promus par la presse.

La mystérieuse gyrosphère, véhicule sûrement électrique, fait déjà rêver deux futurs actionnaires d’Areva

007 Spectre

Depuis 1962, la série James Bond raconte les aventures d’un homme blanc ultra riche qui passe son temps à tuer des ennemis de l’occident, séduire des femmes et conduire des voitures hors de prix. 24ème épisode de la série (avec 4 982 985 spectateurs), 007 Spectre est entré dans le livre des records pour avoir supposément brûlé 8418 litres de carburant pour une seule  explosion : ça annonce le niveau.

L’action commence à Mexico lors de la fête des morts ce qui est l’occasion de voir des milliers de piétons dans la rue. Toutefois, dès que la caméra porte au loin dans la ville, la vision s’amoindrit vite (est-ce le nuage de pollution de Mexico?). En montrant le Mexique sous ce jour spécial le réalisateur est-il en train de subtilement signifier qu’une scène de vie piétonne est plus intéressante que le tout-voiture quotidien de Mexico ? Non [2]. Il utilise juste la fête comme un rassemblement exotique de gueux où Bond peut mettre la zone comme bon lui semble à coup d’assassinats, d’explosions et de bousculades en bon impérialiste. Le générique se lance après que Bond se soit élevé au-dessus de toute cette foule piétonne en volant un hélicoptère. Ouf, le pauvre venait de passer 10 minutes à se déplacer à pied, on ne l’y reprendra plus !

Sympa cette journée sans voiture mais je vais pas rentrer en bus quand même !

On change de décors pour Rome où James roule en voiture de luxe et dépasse une voiture par la droite pour se rendre à une réunion de vilains. Le  statut de héros dispense apparemment de respecter le code de la route comme tout le monde. Et, ça alors, c’est bien pratique, il n’y a pas de bouchons ni de difficultés pour se garer dans la capitale italienne ce jour-là.

Vient rapidement une course poursuite dans les rues étroites du centre de Rome.

Heureusement, la réunion des méchants a dû finir très tard car les rues sont encore plus désertes. Pour l’effet comique, un papy (symbole repoussoir d’une virilité déclinante) en voiture ralentit Bond durant sa poursuite. Celui-ci emboutit la voiture du papy par derrière afin de le pousser pour qu’il aille plus vite. Notre héros doit aimer ce genre d’agression car plus tard dans le film il emboutit carrément l’arrière d’une voiture… avec un avion.  Le film occulte ici la violence des entorses cervicales  (aussi connues sous le nom ‘coup du lapin’ [3]) qui représentent près d’un tiers des déclarations d’accidents avec lésions corporelles effectuées auprès des assurances en Europe. C’est-à-dire des millions de cas et des dizaines de milliards de dollars de coût.  La vitesse du choc à partir de laquelle ces entorses apparaissent est de 8km/h, vitesse dépassée par Bond lorsqu’il cogne la voiture du papy. Les nombreuses personnes en situation de handicap à cause de ce genre de choc apprécieront cette constante du cinéma de minimiser les conséquences des accidents de la route…

La voiture cognée finit par emboutir un plot à petite vitesse, ce qui déclenche l’Airbag pour un nouvel effet comique. On peut toujours rêver d’une représentation plus réaliste à l’écran. En effet, les airbags, s’ils peuvent sauver la vie, peuvent aussi entraîner des brûlures, des lésions du tympan ou des traumatismes au visage.  Leur utilisation ne devrait donc pas être montrée aussi légèrement.

Et ça continue pendant tout le film: après avoir poursuivi des voitures avec un avion pour sauver le Dr Swann (la femme que Bond doit protéger pendant tout le film en accomplissant des exploits virils), la voiture dans laquelle se trouve le docteur a un accident où le passager de devant traverse le pare-brise.  Bien sûr, Swann sort de l’épave sans le moindre bobo, ça ne fait qu’un accident irréaliste de plus. Vers la fin, Bond et M se font rentrer dedans en voiture avec un choc qui pourrait être mortel dans la réalité. Mais Bond est juste inconscient 5 minutes tandis que M s’échappe indemne. Voilà qui ne va pas encourager les spectateurs à conduire prudemment.


Détruire le monde oui, mais avec un costard.

Bond prend l’avion comme il change de smoking. Il a au moins le mérite de prendre le train (qui émet 300 fois moins de CO2 par kilomètre que l’avion) une fois pour un trajet à l’intérieur du Maroc, même si c’est juste pour prendre le temps de séduire Swann. L’agent secret vole sans vergogne sur Mexico, Londres, Rome, l’Autriche, Tanger, puis rentre à Londres. J’ai fait une estimation de ses émissions de CO2 dues au transport pendant sa mission et j’arrive à un strict minimum de 12 tonnes de CO2 émises. Les seuls déplacements de Mr Bond lors de cet épisode équivalent donc à au moins 2 fois les émissions de CO2 annuelles d’un Français pour l’ensemble de ses activités (environ 6 tonnes par an). En prenant aussi  en compte l’explosion record qui a brûlé 8418 litres de carburant on peut rajouter 20 tonnes soit 3 années d’émissions d’un Français.

Pour information, pour seulement arrêter d’augmenter la concentration en CO2 de l’atmosphère, les émissions ne devraient pas dépasser 1.6 tonnes par personne et par an.

Qu’attend donc la police anglaise pour arrêter ce délinquant environnemental?

Ça suffit, il n’y a rien d’intéressant dans ce film. Passons à la séquence finale : Bond allume le moteur de sa nouvelle voiture de luxe, la jolie fille est assise à côté, le moteur vrombit,  les roues crissent. La planète peut bien mourir, Bond gardera la classe.

Entre K2000 (1982) et 007 Spectre (2015), 33 ans de non remise en question du patriarcat et de l’automobile.

 

Furious 7

« Accrochez-vous » comme on dit, on finit en ‘beauté’ avec le dernier film de notre série qui est de très loin le plus affligeant en matière de transport.

La série Fast and Furious, avec le viril Vin Diesel, brûle son essence et ses freins depuis 2001. Or, ceci correspond justement à la période où les années les plus chaudes jamais mesurées sur Terre ont été enregistrées. Que diraient des archéologues du futur en découvrant que cette série a été massivement regardée au début du nouveau millénaire? Au moment même où l’humanité réalise qu’elle est en train de brûler toutes les énergies fossiles que la Terre a accumulées pendant des millions d’années et provoque ainsi un réchauffement climatique qui aura des conséquences sur la vie des générations futures pendant des milliers d’années?

Alors que 2015 a été l’année la plus chaude depuis au minimum 1880 (date où l’on a commencé à enregistrer les températures), Fast and Furious 7 (4 637 718 spectateurs en France) a engrangé plus d’un milliard de dollars de recettes. Rien qu’en Chine, pays où le nombre de voitures et leurs victimes augmente de manière catastrophique, le film a fait 64 millions d’entrées, un record pour un film étranger.

Ouuuuiiiii ! On se rassemble dans le désert et on est excités parce qu’on fait des courses de voitures ! On lève les bras pour brûler du pétrole ouiiiiiii !

Assez parlé, enchaînons les scènes ridicules : le générique de début montre une voiture dont le moteur rugit parce qu’elle fonce sur une route déserte. Quand le couple qui se trouve à l’intérieur parle, le bruit du moteur ne gêne pourtant absolument pas leur conversation. Ils arrivent ensuite sur le site de « Race Wars » où se trouvent des voitures de luxe et des femmes sexy en bikini (l’entrée doit être interdite aux femmes qui ne rentrent pas dans la norme). La copine de Vin est venue ici pour brûler de l’essence afin d’aller le plus vite possible en ligne droite. Dans la scène suivante, le personnage joué par l’acteur Paul Walker emmène son fils chez maman et on le voit mal à l’aise car il conduit une voiture « familiale ». La scène est censée être comique car on y voit l’acteur se faire déviriliser par sa conduite responsable. Un peu plus tard, ses amis disent d’ailleurs qu’il « se fait violence avec ce job de père au foyer », lui qui aimait tant « les filles et les voitures ».

Une première course-poursuite montre 2 voitures conduire dangereusement au milieu du trafic mais personne n’est blessé. Je suis gêné de commenter cette scène tant elle est ridicule mais les deux voitures se font ensuite face comme dans un duel de western et les moteurs rugissent, puis elles s’élancent  et… se rentrent dedans à toute vitesse. Pas besoin d’être ingénieur pour imaginer qu’une collision frontale à grande vitesse est obligatoirement mortelle. Ici, les deux conducteurs sortent de leur épave tranquillement et s’étirent. Dans un monde sans violence routière le film serait juste kitch. Sauf que dans ce monde où la violence routière tue des milliers de personnes chaque jour, cette scène est glaçante quand on réalise que le public principalement visé par le film  est un groupe sur-représenté en terme de mortalité routière, les hommes entre 17 et 25 ans, et que leur conduite est influencée par ce qu’ils regardent.

Pour changer des films où les personnages prennent l’avion comme ils changent de chemise, nos héros prennent l’avion avec leur voiture et sautent en parachute avec… leur voiture. Celles-ci se collent ensuite les unes aux autres pour poursuivre des méchants à fond la caisse. Rien qu’en France des dizaines de personnes sont tuées à cause du non respect des distances de sécurité chaque année mais dans l’univers de la franchise Fast les lois de la physique doivent être différentes. La preuve, plus tard, une femme est accrochée sans problèmes sur le capot d’une voiture qui va à grande vitesse et qui se cogne à une autre voiture. En réalité le type de poussée qui accompagne ce genre de choc est bien supérieur à ce que peuvent encaisser des bras, on participe donc encore à la sous-estimation du danger de la vitesse alors que celle-ci est un facteur d’accident important. Passons sur la continuation de la poursuite en pleine forêt et la voiture du méchant qui chute de 30m en faisant des tonneaux (même pas mal) car arrive un nouveau moment d’embarras : Vin et la femme qui surfe sur les capots sont acculés par les méchants dans une voiture au bord d’un précipice. Dans un éclair de « réflexion », Vin donne un casque de moto à sa passagère (lui n’en a pas besoin), envoie un regard viril au méchant, fait vrombir le moteur puis… se jette de la falaise dans sa voiture qui fait des tonneaux sur environ mille mètres pendant qu’on le voit s’accrocher à la barre du toit avec ses gros bras. Rien que sur le plat, le tonneau a une très forte mortalité. Je n’ai hélas pas trouvé de statistiques sur les chutes de falaises de 1000m.

Tout le film n’est qu’une succession d’appels au crime écologique et de scènes en voiture édifiantes.

Après un passage où une voiture passe à travers 3 gratte-ciels de Dubaï en volant, je pense que la voiture dans Fast and Furious n’est plus seulement un véhicule mais une sorte de dieu tout puissant pour une secte fanatisée. A peine plus tard, les mêmes gars du début du film recommencent leur face à face viril façon western et se rentrent encore une fois dedans de plein fouet sans la moindre blessure. Ça a l’air tellement chouette que ça donne envie d’essayer… Je suis complètement atterré.

Sans commentaire.

Avant de finir, il est difficile de ne pas mentionner une anecdote tristement ironique concernant Furious 7 : l’un des acteurs principaux, Paul Walker, s’est tué en voiture pendant la période de tournage du film. Lui et un ami étaient en train de conduire à environ 140km/h dans une zone résidentielle où la vitesse est limitée à 70km/h. Le virage où ils se sont tués est un « spot » connu des amateurs de course urbaine illégale et la voiture était modifiée pour être plus rapide. Walker possédait un magasin de voitures de luxe, a piloté en Rallye et disait qu’il aimait les belles voitures. J’ai épluché les articles parlant de la mort de l’acteur et absolument aucun article n’a fait de rapprochement entre l’accident et la fascination pour la vitesse automobile portée par la série! De nombreuses hypothèses ont été faites : défaut de la voiture, de la route, présence d’une autre voiture mais c’est seulement après une enquête scientifique établissant que la vitesse était la seule cause de l’accident que celle-ci sera brièvement mentionnée dans les médias. On est véritablement en présence d’un dogme et même la mort d’un acteur parce qu’il a conduit « comme dans le film » n’a absolument pas provoqué de remise en question de cette apologie de la vitesse (fast) et de l’agressivité (furious) au volant.

Véritable étendard de la civilisation automobile, Fast and Furious pourrait bien être une pièce à conviction importante dans le futur tant cette série est une illustration caricaturale de la sacralisation  de la voiture dans nos sociétés et du déni absolu en ce qui concerne ses impacts négatifs.

 

Dans ce film, la seule chose qui arrive après une collision, c’est de sortir de la voiture encore plus viril qu’avant. Dans la réalité c’est une autre histoire.

Quelques réflexions pour finir

On a clairement vu, dans les 5 films analysés, une pratique de la mobilité irresponsable et incapable de se remettre en question : celle de riches qui refusent de voir la violence qu’ils exercent ou d’envisager des solutions autres que technologiques aux problèmes qu’ils causent. On peut s’interroger sur la surenchère d’effets et la mise en scène de la violence pour créer du spectaculaire et de l’émotion dans les courses poursuite en voiture. Ne peut-on pas susciter du suspense, de la surprise et de l’attente d’une autre manière qu’en multipliant les cadavres de bagnoles et les destructions matérielles ? Piloter demande juste de tourner ses mains à droite et à gauche et à appuyer sur la pointe des pieds. On peut pourtant faire des films d’action où c’est le corps qui agit: à vélo ou à pied! Ou faire un carton au box-office en transport en commun.

Il faut une réflexion au niveau individuel car nous avons la responsabilité des produits que nous finançons. Tant qu’il y aura des gens pour payer il y aura des Fast and Furious (oui le 9ieme épisode va sortir en 2019!). Le boycott n’est pas ringard et s’il y a des pressions de la part des enfants ça peut être l’occasion de discuter avec eux du potentiel politique du téléchargement illégal..

Il y a aussi beaucoup de possibilités au niveau de l’Etat :

Les catégories d’âges pour les films pourraient être revues. Pourquoi un film qui montre un buste de femme est déconseillé aux moins de 16 ans alors que des films qui cumulent des scènes d’accidents de la route ne sont pas problématiques au-delà de 12 ans ? Sachant que les catégories d’âge influent fortement la diffusion et les recettes il y a là un levier fort pour calmer la violence routière à l’écran.

Aujourd’hui les producteurs de films ont droit à des crédits d’impôts si le film n’est pas « à caractère pornographique ou d’incitation à la violence ou utilisables à des fins de publicité ». On peut facilement imaginer exclure de ces crédits les films qui font la promotion de la violence routière ou de moyens de transport polluants (et appliquer la loi actuelle sur les films qui font des placements publicitaires comme Taxi!). Il y a d’autant plus d’urgence à légiférer qu’à l’heure actuelle le cinéma est l’une des industrie les plus polluantes qui soient!

Pour la publicité enfin, il y a déjà un code de déontologie qui prohibe la valorisation de la vitesse dans les spots pour voitures depuis 1988. Il serai temps d’interdire purement la publicité automobile en tant que problème majeur de santé publique (accident, pollution, obésité..) comme cela a été fait pour la cigarette.

On peut aussi considérer la contribution de la culture de la virilité à la violence routière. Combattre le sexisme ne peut qu’être bénéfique à notre époque où on peut encore entendre des remarques idiotes sur la conduite des femmes alors que ce sont avant tout les hommes qui tuent sur la route.

Des problèmes de virilité vous disiez ?

Enfin, s’il est possible d’analyser les représentations de la violence directe due au transport au cinéma, la question des violences indirectes, elle, est purement absente et se fait attendre. On assiste tout juste à un début de prise de conscience sociétale en ce qui concerne par exemple le pillage des ressources ou la pollution atmosphérique.

La route est longue…

Hdkw

**

Notes :

[1] Je qualifie un objet ou un comportement de soutenable dans le cas où son adoption à l’échelle de la planète n’entraîne pas de conséquences catastrophiques. Dans ce sens, la voiture, l’avion et tous les moyens de transport individuels consommant des énergies fossiles ne sont absolument pas durables. Si chaque habitant de la planète avait ne serait ce qu’une moto, ce serait un désastre écologique. Nous en sommes d’ailleurs peut-être déjà au désastre étant donné que l’on va approcher des 2 milliards de véhicules à moteur en 2020. A l’inverse, un monde avec 6 milliards de vélos est facilement imaginable sans impact majeur en terme de ressources ou de pollution.

[2] En fait la scène à Mexico a été commandée par la ville de Mexico en échange de ristournes fiscales bienvenues vu le coût du film (300 millions de dollars!). Le gouvernement Mexicain a ainsi demandé entre autres:

  • des vues aériennes de bâtiments modernes de Mexico
  • que le méchant Sciarra ne soit pas joué par un Mexicain
  • que l’action se passe durant la fête des morts
  • que la première femme objet qui apparaisse soit une actrice Mexicaine connue (hélas ils ont oublié de préciser qu’elle puisse parler)

Source : http://www.forbes.com/sites/benjaminmoore/2015/03/15/james-bond-spectre-300-million-budget-mexico/#47371c0d3dbb

[3] Les entorses cervicales surviennent lors d’un choc par derrière et peuvent provoquer des maux de tête, inflammation des structures cervicales, des spasmes musculaires, douleurs, engourdissement ou picotements dans les bras (névralgie cervico-brachiale), des nausées, difficultés à avaler, des étourdissements et des troubles de la vision, vertiges, anxiété ou dépression. Dans certains cas des symptômes resteront à vie et seront source de handicap.

Autres articles en lien :

28 réponses à Irréaliste, violente, destructrice. La représentation de la mobilité au cinéma.

  1. J’ai lu votre article et globalement je suis d’accord avec ce que vous dites. Concernant stars wars le monde dépeint dans l’oeuvre de Lucas n’est à mon sens pas montré comme un monde où l’on aimerai vivre. Je veux dire par là que je ne comprend pas très bien ce qu’il fait dans votre liste car les vaisseaux sont à mon sens utilitaire mis à part certains qui sont iconisé.
    Globalement on démarre tout de même la saga sur un fermier qui veut partir de chez lui, et qui éprouve des difficultés à le faire.
    Ensuite je me demandais juste pourquoi il y avait une image de mad max dans les illustrations puisque les films dénoncent justement la surconsommation et l’utilisation de l’essence.
    Cordialement.

    • Concernant la « liste » des films. Il est bien précisé dans l’article = « les spectateurs français sont aussi invités à partager ce verdict si on en juge par les 5 films qu’ils ont le plus vu en 2015: Star Wars, Minions, Jurassic World, Spectre et Furious. » …… Il ne s’agit pas d’un choix de l’auteur.

    • … Et concernant Mad Max. Ce film a beau « dénoncer » (en théorie) « la surconsommation et l’utilisation de l’essence », il n’empêche qu’il y a peu de films qui glorifient autant et rendent aussi « sexy » l’image virile et sauvage de la voiture. — Mad Max = une référence ultime pour les fans de moteur !

  2. Bonjour, oui je n’ai pas choisi les films. Sinon je ne me serai jamais infligé le visionnage de ‘Furious 7’. 😉

    Comme dis Ben, le dernier Mad Max a bien su s’y prendre pour rendre la voiture et sa violence spectaculaire.
    J’aime bien le passage de cette vidéo:
    https://youtu.be/0RXhcqdewf0?t=2m10s
    qui dit « tout le monde manque d’eau et d’essence mais on conduit des énormes voitures qui consomment un max et on gaspille l’eau comme jamais ».

  3. .. affairant. Totalement affairant.
    Mention special a l’avion qui se transforme en vehicule individuel. Faites un instant le calcule, en divisant le fioul utilise par le nombre de passagers et par le nombre de kilometres parcouruts. En gardant un oeil sur le temps du trajet. A partir de la, l’avion est incroyablement econome. Et sur.

    Quand au reste … entre la violence lombaire et le patriacat automobiliste … juste … vous croyez vraiment a ce que vous dites ?
    Donc le prochain James Bond devrait avoir un 007 faisant son trajet en stop ou a pied et faisant de la prevention routiere. J’imagine qu’il ne faudra pas qu’il utilise la violence, et que si c’est une lesbienne noire et pauvre ce ne sera que mieux.

    • Merci d’avoir laissé un commentaire malgré votre réception de l’article (effarant + affligeant).

      Mes calculs d’émissions de CO2 ont bien sur été rammenés a la contribution seule de James Bond. Il est facile d’imaginer qu’entre faire rouler un bus et maintenir un énorme bus en l’air (un avion quoi) la différence de consommation de carburant est énorme!
      Par kilomètre et par personne, un trajet long courrier (Paris – New York) en avion bien rempli revient a faire la même distance tout seul en voiture. Pour des trajets plus courts (intra Europe), il est plus écologique de prendre sa voiture seul!

      Sans rentrer dans les détails, j’ai largement sous estimé les émissions de James Bond: j’ai utilisé des valeurs qui supposent un voyage en seconde classe dans un avion normalement rempli. Or, il est certain que notre agent secret voyage en première classe dont la consommation par personne et kilomètre est significativement plus élevée.
      Et si jamais il prend un jet privé, alors la l’empreinte écologique explose!

      Votre question sur la ‘croyance’ met le doigt sur un sujet important qui est la perception de la violence:
      aujourd’hui environ 30000 personnes ont été blessées sur la route. C’est un chiffre incroyable qui justifierait bien des états d’urgence et des lois liberticides non?
      Pourquoi une telle indifférence? En même temps, je me souviens d’un documentaire sur des djihadistes qui était passé a la trappe après les attentats de 2015. Pourquoi une telle aversion pour la violence jihadiste, alors qu’elle détruit aveuglement des corps exactement comme le fait la voiture? La réponse a déjà été donnée par les sciences sociales et cognitives, et j’ai donné des éléments dans l’article. Oui je crois a ce que dis.

      Quant a avoir plus de films sans violence et avec une plus grande variété de protagonistes oui c’est une bonne idée!

      • Appreciez donc les westerns. A part les residuts de plombs qui fusent, on fait difficilement plus ecologique que le transport a cheval. Mention au Bon, le Brute et le Truand presentant egalement la marche (dans le desert) comme un excellent moyen de se trouver de nouveaux amis.

        • Je me permets de me repondre plus en detail.

          Je sais qu’un film est souvent politique, qu’il est charge emotionnelement et intellectuelement. Mais je suis en total desaccord avec le gros des analyses politiques, voulant mettre en place des grilles de lectures, et surtout pensant que globalement une oeuvre culturelle est capable de mettre a mal la psychee des spectateurs.
          Nous avons entendu dire que les comics book, puis le rock, puis les jeux videos et enfin le rap seraient en partie responsable de la violence de la societe. Vous dites la meme chose du cinema.
          Hors, pour les precedents nous savons maintenant qu’il n’en est rien.

          Pour continuer à moudre du café, c’est mieux que le cafard :
          Je coupe brutalement seulement pour eviter de prendre de la place, pas pour denaturer les propos.

          – Mes calculs d’émissions […] écologique explose!
          – Au contraire. Pour moi, en allant au cinema, je sais que je vois un film, encore plus quand le personnage central est un certain 007.
          Je sais qu’il a un permis de tuer, et qu’il est le meilleur agent d’Angleterre. Il me paraitrait etrange qu’il soit paye au SMIC ou que son gouvernement lui demande de prendre un transport economique, car bon, c’est la crise, vous comprenez.
          De meme, qu’une personne charge de sauve son pays utilise un transport aussi peu discret qu’un avion de ligne …

          – Votre question sur la ‘croyance’ […] liberticides non?
          – De telles lois existent pourtant. Reduction de la vitesse, multiplication des radars, limitations diverses, controles reguliers … Lorsque vous regardez le nombre de morts sur les routes, vous remarquerez une diminution significative des deces, au fur et a mesure du durcissement de la loi.

          – Pourquoi une telle indifférence? […] sociales et cognitives,
          – Le cinema est capable de soigner les plais. Apres le 11 septembre, les USA acceptaient tres mal la destruction des monuments divers en film. Puis, petit a petit, ces destructions se sont rapprocher de l’Amerique, et maintenant on retrouve des monuments americains detruits sur de la pellicule moderne. A mon sens, ce genre de film a permis a la psychee americaine de faire son deuil. Mais il a fallut 10 ou 15 ans pour ca.
          Les evenement djihadistes sont encore tres recent. Il faudra du temps pour arriver a prendre du recul.

          – et j’ai donné des éléments dans l’article. Oui je crois a ce que dis.
          – On vit dans un pays libre, alors …

          – Quant a avoir plus de films sans violence et avec une plus grande variété de protagonistes oui c’est une bonne idée!
          – Pour le coup, j’etais ironique. Mais merci d’apprecier l’idee ^^. Plus serieusement, certains personnages sont ressentis a partir d’un certain nombre d’archetypes : 007 est un gars bitanique des pieds a la tete, avec un flingue a silencieux, dans une belle voiture et se promene en smocking impeccable. Et mine de rien, enlever un de ces elements, rentres dans l’imagination populaire, serait pour le moins deconcertant.
          La blackexploitation avait contourne ca par la parodie ou en creant leurs propres personnages. La blackexploitation est d’ailleurs un reccueil riche pour les gens voulant des protagonistes plus varies, ainsi que le cinema hongkongais par exemple

          • Désolé de ne pas répondre a tout mais vous soulignez un point fondamental:

            « globalement une oeuvre culturelle est capable de mettre a mal la psychee des spectateurs.
            Nous avons entendu dire que les comics book, puis le rock, puis les jeux videos et enfin le rap seraient en partie responsable de la violence de la societe. Vous dites la meme chose du cinema.
            Hors, pour les precedents nous savons maintenant qu’il n’en est rien. »

            C’est hélas tout le contraire et il y a 40 ans de recherche qui montre l’influence des médias sur nos comportements.
            (vous pouvez voir par vous même:
            https://scholar.google.com/scholar?as_ylo=2016&q=media+exposure+violence&hl=en&as_sdt=0,5
            )
            J’ai inclus un mémoire dans l’article qui fait le lien entre représentations violentes du transport a l’écran et conduite dangereuse. C’est hélas en Anglais, mais le mémoire comprends une revue bibliographique sur le sujet:

            http://stars.library.ucf.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=2681&context=honorstheses1990-2015

            Le problème est que nous n’avons absolument pas les ‘outils’ ou connaissances nécessaires pour gérer notre environnement culturel. La question des médias violents n’a pas besoin d’une réponse par la censure mais par le savoir. Aucun parent n’a une idée précise de l’effet des médias sur ses enfants alors que la littérature scientifique a plein de résultats..

            Je renvoi les curieux a ces vidéos intéressantes sur la psychologie de la perception:
            https://www.youtube.com/channel/UCGeFgMJfWclTWuPw8Ok5FUQ

            Et pour faire court: oui, ça arrive, des gens se font tuer par d’autres qui s’amusent a conduire « comme dans le film ».

          • Cher Hdkw,

            mouais. Je pense que certains aiment accuser un média populaire et nouveau pour accuser une montée de violence contemporaine (… ou non).
            Et tout a déjà été interdit. La pornographie menait à la Bastille car elle était pousser le peuple à l’outrage … misère, pénurie de pain, toussa, ça passe, mais le porno textuel, c’est la vrai poudre qui fait mèche.
            C’est comme accusé Doom, bien plus tard à pousser des gens à tuer, plus que la dépression ou les armes en vente libre.

            A mon sens, un média comme un journal ou une télévision a effectivement un pouvoir. Mais un film, un livre, une image, une musique ? On sait que c’est faux, que ça a été créé. Quand on rentre dans un cinéma ou un concert, on sait que l’on ne va pas voir le monde vrai et véritable.

            Bien peu de gens de la communauté de wh40k deviennent des xénophobes fanatiques violents ou des motards aimant la pollution et le bruit des moteurs (et l’hygiène douteuse).

            Quand à vouloir faire pareil que dans un film … à la limite ça peut donner des idées, mais quand à la mise en oeuvre … il faut déjà être « prédisposé » à passé à l’acte. Si en voyant un film avec une bombe à savon j’en viens à me faire un attenta meurtrier, c’est certainement que quelque part j’avais depuis un moment dans l’idée de tuer des gens.

          • « C’est comme accusé Doom, bien plus tard à pousser des gens à tuer, plus que la dépression ou les armes en vente libre. »

            La question, c’est dans quel contexte social et politique un jeu vidéo comme Doom est créé et rencontre un succès, de même que les cas de dépression se sont multipliés et que les armes sont en vente libre.

            Il est simplificateur et réducteur de vouloir trouver « une » cause unique à certains phénomènes ou comportements. En revanche, on peut analyser comment différents facteurs participent de manière cohérente au développement de certains phénomènes.

            A mon sens, un média comme un journal ou une télévision a effectivement un pouvoir. Mais un film, un livre, une image, une musique ? On sait que c’est faux, que ça a été créé.

            C’est quoi « le faux » ? A partir du moment où il y a un médium, la « réalité » est vue à travers un certain prisme (le point de vue, les mots, les choix de narration, la mise en avant de certaines informations, personne). Un journal et une émission de télé sont « créées », conçus, au même titre que films, livres, images et musique.

            J’ai l’impression qu’ici vous partez du principe que les livres, images, musique et livres sont forcément des spectacles ou des fictions (donc « fausses », « créées ») alors que qu’une émission de télé reflète « la réalité ». Or on peut citez pléthore de contre-exemples, évidemment (la « télé-réalité » est scriptée par exemple alors que des livres d’enquête sociologiques se veulent être des reflets les plus nuancés possibles d’une certaine réalité).

            Et enfin, vous partez du principe qu’un discours « réel », porté par une personne qui dirait « va faire ci, va faire ça » contient un pouvoir d’influencer ou de mobiliser des personnes, que n’aurait pas une fiction qui mobilise l’imaginaire des gens.
            Ce n’est pas ce qu’a l’air de penser l’armée états-unienne qui dépense de l’argent pour susciter des vocations et recruter via des films de SF et des jeux vidéos alors… https://www.youtube.com/watch?v=N5xfBtD6rLY (vidéo en anglais, sous-titres anglais disponibles)
            Et ils font ça depuis des décennies, c’est que ça doit pas marcher si mal.

          • « La question, c’est dans quel contexte social et politique un jeu vidéo comme Doom est créé et rencontre un succès, de même que les cas de dépression se sont multipliés et que les armes sont en vente libre.
            Il est simplificateur et réducteur de vouloir trouver « une » cause unique à certains phénomènes ou comportements. En revanche, on peut analyser comment différents facteurs participent de manière cohérente au développement de certains phénomènes
            . »

            Du coup, vous me donnez raison (si j’ai bien compris ?)

            Pour la suite, c’est simplement que ce qui est montré à la télévision (et bientôt sur internet) est préjugé comme « vrai ». Évidemment que c’est une construction, la réalité est difficile entièrement compactée dans un JT de 20 minutes. Pour autant, la télévision jouit d’une très bonne réputation de qualité et de sérieux pour beaucoup de gens.

            A l’inverse, le cinéma est souvent conçu comme un espace fictionnel, quelque soit le degrés de réalisme de l’œuvre. Au point où l’on doit préciser « inspiré d’une histoire vraie » ou « autobiographique ». Je pense que c’est inconscient. De plus, le montage, la musique, les images contribuent à ça.

            Pour prendre un exemple extrême, prenons la Guerre des Mondes. Lors d’une lecture à la radio (un média sérieux, donc), des gens prient de panique se sont réfugiés en montagne … hors ce ne fut pas le cas avec la diffusion au cinéma. Dans un cinéma, on a tendance à savoir que l’on plonge dans le faux. Ce qui permet, via la suspension consentie de l’incrédulité de pleinement l’apprécier.
            Cette suspension est volontaire pour un film, et inconsciente pour la télévision. C’est pour celà que les choses d’un côté semble réelles et de l’autre non.

            Puis j’me dis qu’avec toutes les comédies françaises dont on est si friand, on devrait vivre dans une société qui rigoles de tout sans difficulté si on était aussi « porreux ».

          • Du coup, vous me donnez raison (si j’ai bien compris ?)

            Je suis d’accord avec Hdkw lorsqu’il parle de l’influence des médias sur nos comportements, j’élaborais juste.


            Dans un cinéma, on a tendance à savoir que l’on plonge dans le faux. Ce qui permet, via la suspension consentie de l’incrédulité de pleinement l’apprécier.
            Cette suspension est volontaire pour un film, et inconsciente pour la télévision. C’est pour celà que les choses d’un côté semble réelles et de l’autre non.

            D’accord, mais il faut franchir un pas supplémentaire pour arriver à la conclusion « cela n’a pas d’impact/d’influence sur la vie des gens ». Ce n’est pas parce que les gens savent que quelque chose est fictionnel que les idées et les images véhiculées ne génèrent rien en eux (ni idée, ni ressenti, ni émotion, conscientes ou inconscientes).

          • « Ce n’est pas parce que les gens savent que quelque chose est fictionnel que les idées et les images véhiculées ne génèrent rien en eux (ni idée, ni ressenti, ni émotion, conscientes ou inconscientes). »

            C’est que cette personne doit être mieux éduqué auquel cas. Un spectateur est toujours actif. Il essaye de décrypter, ordonner et mettre du sens à son expérience de cinéma. Il n’est pas passif à ne capter que ce que la surface de son cerveau est capable de saisir.
            Ainsi et pour rester dans le thème, ce n’est pas parce que je vois deux véhicules se rentrer dedans et que les personnages ressortent sans blessure que j’ai envi de polluer ou de provoquer des carambolages. De plus, je suis tout à fait conscient de la débilité de ce que je peux voir.
            Si en regardant un film on a envie de voter Mitterand, c’est soit parce que l’on est un vieux de gauche ou que c’est bourré d’images subliminales. Rarement parce que le film dit en sur ou sous texte que Mitterant pèse.

          • Blinouf, connaissez-vous la technique de l’épouvantail ou homme de paille?

            Pour résumer il s’agit de contredire son interlocuteur-ice, non pas sur la base des propos qu’iel a effectivement tenu, mais sur la base d’une déformation, exagération ou simplification de leurs propos.

            Il me semble que c’est ce que vous êtes en train de faire lorsque vous dites par exemple:

            « ce n’est pas parce que je vois deux véhicules se rentrer dedans et que les personnages ressortent sans blessure que j’ai envi de polluer ou de provoquer des carambolages. »

            alors que le propos de Hdkw et surtout de Arroway à qui vous répondez est nettement plus subtil, je la cite:

            « Il est simplificateur et réducteur de vouloir trouver « une » cause unique à certains phénomènes ou comportements. En revanche, on peut analyser comment différents facteurs participent de manière cohérente au développement de certains phénomènes. »

            autrement dit, elle serait probablement d’accord pour dire que, non, il n’y a pas de lien de cause à effet unique entre voir des représentations d’accidents sans trauma physique et « avoir envie de provoquer des carambolages ».

            Si vous preniez au sérieux les arguments de l’auteur de l’article et de Arroway vous ne perdriez pas votre temps (et le leur) à ridiculiser des thèses qu’iels n’ont jamais soutenu.

          • Cher Milu (et Tintin ?)
            L’Homme de Paille ne consiste pas à exercer un pouvoir par le truchement d’une personne que l’on contrôle ?
            La technique de l’Epouvantaille est un sophisme. Or un sophisme est fallacieux. Donc vous remettez à la fois mon honnêteté et la valeur de mes arguments sans rien justifier en retour. C’est insultant, non ?

            -> Voilà qui ne va pas encourager les spectateurs à conduire prudemment.
            -> Tout le film n’est qu’une succession d’appels au crime écologique et de scènes en voiture édifiantes.
            -> J’ai épluché les articles parlant de la mort de l’acteur et absolument aucun article n’a fait de rapprochement entre l’accident et la fascination pour la vitesse automobile portée par la série!
            -> Aujourd’hui les producteurs de films ont droit à des crédits d’impôts si le film n’est pas « […] d’incitation à la violence […] ». On peut facilement imaginer exclure de ces crédits les films qui font la promotion de la violence routière ou de moyens de transport polluants

            En appeler au sophisme est une faiblesse de l’esprit critique (et une grande facilité)

          • très cher et précieux Blinouf, désolée désolée mille fois désolée si j’ai un tant soit peu écorné votre égo au point que vous vous sentiez obligé pour vous défendre à faire des jeux de mots pourris sur mon pseudo.

            plus sérieusement, oui je trouve à redire à votre façon de répondre aux commentaires d’Arroway, et j’ai bel et bien justifié cette critique en mettant en regard une citation d’Arroway et une citation à vous. Vous auriez souhaité quoi de plus? C’est une vraie question.

            Sinon, il y a autre chose qui m’interpelle et me gêne dans votre raisonnement: je ne suis pas sûre que vous distinguiez description (ce qui est) et prescription (ce qui devrait être, selon vous).

            Arroway dit que le fait qu’une information soit clairement fictionnelle n’empêche pas qu’elle ait un effet sur la personne qui la reçoit; vous répondez:

            C’est que cette personne doit être mieux éduqué auquel cas.

            Est-ce qu’on est d’accord que vous acceptez donc la présupposition que certaines personnes au moins subissent un effet de suggestion lors de la consommation de divertissements, notamment audiovisuels?

            Partant de là, vous nous informez que ces personnes doivent donc être « mieux éduquées ». OK, dans un monde idéal (enfin, dans le vôtre) la fiction ne devraient pas avoir d’influence sur l’esprit des gens; mais pour ce qui est de l’analyse de ce monde-ci qui ne correspond pas (encore) à votre idéal, vous êtes donc d’accord avec l’analyse d’Arroway?

          • http://www.obion.fr/blog/2013/12/mastodonte/

            « description » -> ce blog ne fait plus dans la description depuis bien longtemps
            « prescription » -> le site ne décrit pas les films. Il les prend, les charcute et énumère des éléments qui ne serait pas dans son giron moral. Ainsi, la scène de piano sur table (du Pianiste ?) qui est à la base est une ode du combat ordinaire contre le puritanisme devient une invisibilisation de l’esclavage (en gros et avec des sabots).

            « Est-ce qu’on est d’accord que vous acceptez donc la présupposition que certaines personnes au moins subissent un effet de suggestion lors de la consommation de divertissements, notamment audiovisuels? »
            – Oui … et non. La propagande peut forger des esprits, mais il faut qu’ils y soient favorables.
            Et globalement, rare sont les gens favorables aux accidents de la route ou à la pollution décomplexée par exemple. On est rarement « pour » ce genre de chose, et plus souvent « contre » ou « osef » … des positions qui ne sont pas révolutionné par F&F qui tiens plus du cartoon que de la feuille de route de Gobbels

          • hey j’ai pas dit que décrire c’était « bien » et prescrire c’était « mal » en fait. juste que c’est un peu compliqué de discuter si on mélange tout.

            et « ce blog » n’a jamais eu la prétention de ne faire que décrire les films en fait. c’est un site de critiques militantes. ce qui ne les rend pas « fausses » en fait. la différence entre des critiques « neutres » et des critiques qui revendiquent leur point de vue situé politiquement c’est juste que les « neutres » refusent d’admettre qu’elles sont situées politiquement (or elles le sont bien sûr, en général à droite).

            mais bref, ce débat là a eu lieu des dizaines de fois sur ce site, cf. par exemple le fil de com de la page « Pourquoi ce site ».

            rare sont les gens favorables aux accidents de la route

            alors, je crois pas qu’une seule fois, quiconque ici ait soutenu qu’il y ait des personnes qui sont « favorables aux accidents de la route ». mais je veux bien que vous trouviez une citation pour étayer vos propos, sinon on risquerait encore de vous accuser de mauvaise foi ce qui serait insultant.

            en revanche Hdkw explique bien qu’au ciné les conséquences des accidents de la route sont minorisées, voire ignorées; ce qui est en accord avec une culture dans laquelle la voiture et la vitesse sont idolatrées, dans laquelle il existe des infrastructures gigantesques aux frais des états et où des guerres (pour le pétrole) sont menées pour assurer la persistence et la quasi hégémonie de ce mode de déplacement, et que cet état de fait ne rencontre que très peu de résistance. le cinéma de divertissement ne jouerait donc aucun rôle là-dedans? (attention « jouer un rôle » n’est pas synonyme de « être en totalité responsable ».)

            du coup non: la « propagande » en question n’a pas pour effet d’encourager les spectateur-ices à aller s’encastrer dans des pylones, comme vous nous l’avez si courageusement démontré. Car en fait ce n’est pas ça son but. Son but c’est: de vendre toujours plus de voitures, et de ne pas remettre en cause un monde dans lequel le transport individuel est valorisé en dépit de la mortalité et de la pollution et des coûts qu’il implique.

            en fait cette propagande produit une représentation mentale de la voiture qui l’associe à des valeurs « positives »: liberté, puissance, virilité, amusement, aventure etc, et qui évite de l’associer à des valeurs « négatives »: pollution, mortalité, coûts, ennui, guerre, destruction de l’environnement…

            je sais pas, est-ce que c’est un peu plus clair pour vous ou bien?

          • en fait je me fatigue pour rien, tout ça a été très patiemment expliqué par Hdkw dans l’article, puis de nouveau en réponse à vos premiers commentaires, par terryjil et par Arroway.

            tout est là, ça ne demande qu’un effort de relecture et de bonne foi.

            mais vous préférez déformer les propos, ironiser (ce qui n’est pas une « faiblesse de l’esprit critique » quand c’est vous qui le faites j’imagine) et vous ériger en victime de calomnie plutôt que de contre-argumenter sérieusement.

            y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

        • J’ai inclus un mémoire dans l’article qui fait le lien entre représentations violentes du transport a l’écran et conduite dangereuse. C’est hélas en Anglais, mais le mémoire comprends une revue bibliographique sur le sujet:

          http://stars.library.ucf.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=2681&context=honorstheses1990-2015
          M’ouais, une corrélation toujours entre -0,15 et 0,25 quand il s’agit de corréler la consommation de films (3) ou de jeux vidéos (4) avec les comportements au volant et leur perception (5,6,7) (table 2). Pas très fort comme lien, surtout quand on sait que corrélation n’est pas synonyme de causalité… Idem pour la régression entre la conduite non sécurisée et la consommation de médias avec des coefficients de 0,07 et 0,17 (table 5). Pas de relation significative entre les comportements à risque et la consommation de média (table 4). Et dans la table 3, on en croirait presque que la consommation de films aide à reconnaître les comportements à risques (relation positive significative, mais encore une fois la valeur est bien faible).

          • J’ai utilisé ce lien avant tout pour sa revue bibliographique et les liens qu’il contient (comme les travaux de Fisher..). La littérature est claire sur les liens de causalité (pas que corrélation) qui existent.

            Ceci étant, je ne suis pas d’accord avec votre interprétation du mémoire, les corrélations observées sont très significatives pour de la psychologie! On parle d’un échantillon de 1000 et de valeurs-p très faibles. C’est même surprenant d’ailleurs de voir que la consommation médiatique a un effet plus fort que l’age ou le sexe dans cette étude.

          • Cher Hdkw :
            On est bien d’accord qu’un échantillon de 1000 personne est signifiant et représentative et que les valeurs p signifient la probabilité ? Donc celà veux dire que ce que vous disiez n’arrive que très rarement.

            Pour ce qui est de la corrélation significatives pour de la psychologie … si vous ne vous basez ni sur les mathématiques, ni sur les statistiques, en quoi êtes vous capables de faire valoir vos observations d’un point de vu des sciences sociales ?

          • Non, nous ne sommes pas d’accord.
            Je ne rebondi pas sur le sens des valeurs-p (qui ne sont pas des probabilités) car l’important n’est pas la.

            J’ai donné des pistes bibliographiques pour que ceux qui soient intéressés puissent fouiller le sujet. Des milliers de travaux montrent l’influence des médias sur les comportements. Vous êtes libre de refuser ces faits et de critiquer sans fondement chaque détail de ce qui est dit.
            Votre commentaire montre que vous ne connaissez pas ce domaine d’étude, je vous conseille fortement (et a tous les lecteurs) les vidéos suivantes qui sont de très bonnes qualité et ne pourront que aiguiser votre sens critique:

            https://www.youtube.com/channel/UCGeFgMJfWclTWuPw8Ok5FUQ

          • Effectivement et mea culpa, j’ais confondu la p-value (la probabilité que l’hypothèse 0 soit vrai) et la probabilité p. Donc votre lecture du document est bonne. C’est pas bon de vieillir.

            Par contre, je dois de part mon domaine étudier ces phénomènes. Et globalement, je pense que le problème vient d’avantage de l’âge (comme d’ailleurs votre étude en parle), mais aussi de l’état dépressif et la condition sociale des personnes commettant des actes violents. Par exemple, les massacreurs de Colombine sont d’abord des paumés dépressifs que des joueurs de GTA.
            Et du coup, que les actes anti sociaux sont plutôt du fait de la jeunesse et des classes populaires. Qui sont naturellement plutôt portées sur le divertissement populaire, ainsi que les hobby jeunes (jeux vidéos, films, mangas, comics, etc. …)
            En gros, ce n’est pas le média qui pose problème, mais surtout le public qui a ses propres problèmes. Pour prendre un truc d’actualité, c’est comme les gens provocants des attentas maintenant. Le problème est-il leur exposition à l’Islam et internet, ou alors qu’ils sont jeunes et mis en seconde zone de la société et subissent de plein fouet la pauvreté et la précarité ? Attention, une des réponses est de droite ^^

  4. Hdkw< Article très drôle et intéressant, sur un combat anti-voiture, auquel je n'avais encore jamais pensé ainsi! Effectivement l'écologie et la sécurité routière ne sont culturellement pas aidées par le cinéma!
    Par contre je mets un peu de côté les films comiques, dans les minions, il y a un côté déréalisant tout de même… pour moi, c'est un peu comme les cartoon de Tex Avery ou les carambolages des Blues Brothers, ça vise la caricature et l'excès, pas la vraie vie ( à part des cosplays en convention je n'ai jamais vu en réalité de minion jaune en salopette bleue qui braille "banana!" ) ^^
    A part ça, merci pour votre article qui comme les précédents sur ce blog instructif, décortique les mécanismes idéologiques à l'oeuvre dans les films!

    • Merci Terry. Cependant les productions pour les enfants ont très souvent des messages moralistes ou de prévention, bien évidement parce qu’ils sont influençables. Si des l’enfance on voit des carambolages mortels (comme celui des policiers dans Minions) sans conséquences on risque bien d’être désensibilisé a la violence routière.

  5. Blinouf> Le cinema n’est en effet pas responsable à lui seul des abrutis qui font des courses de voitures dans la réalité et de toute la pollution automobile, mais le cinema est à la fois un symptôme et une influence: il reflète ce que montrent/croient les réalisateur/ices (la bagnole, c’est viril, cramer du carburant le plus vite possible donne l’air cool, et un accident ce n’est pas si grave) et le transmet au public qui se met à adopter une partie de ce point de vue ( et fait donc des concours de quéquette via les voitures – je dis « quéquette », mais je précise que les femmes ne sont pas épargnées par cette influence et achètent des gouffres à essence tout autant que leurs homologues masculins). Si le cinema arrêtait de projeter une image valorisante de la vitesse en voiture, l’idée de se mettre au vélo ou aux transports en commun ne paraîtrait plus aussi saugrenue aux gens. Après, si on avait une vraie volonté politique (ne serait-ce qu’en France!) consistant à investir dans les transports en commun, en les rendant compréhensibles et fiables, c’est sûr que ça aiderait aussi! XD Le cinema ne fait pas tout, mais il contribue à faire évoluer les mentalités. Autant contribuer en prônant la tolérance et les comportements responsables, non?

    Pour l’image de 007: tout se change! Bond a déjà pas mal évolué de Sean Connery à Daniel Craig… on peut le mettre en opposition avec un ennemi polluant. On peut varier avec des scènes de course à cheval (oui, je sais, c’est spéciste), de luge en haute montagne, en ski, du téléphérique, et pourquoi ne pas revenir aux poursuites dans des trains, hautement cinégéniques. La belle bagnole, les hélicos, le jet privé ou la classe affaires peuvent rester, mais prendre une place moins importante dans les péripéties… Ce n’est pas une fatalité! 🙂

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