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Clash (2016) : l’histoire écrite par les vainqueurs

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Synopsis du film : en 2013, en Égypte, l’armée prend le pouvoir et destitue Morsi. Des manifestations ont lieu, des manifestants sont embarqués dans un fourgon de police. Certains sont pro-frères musulmans, d’autres pro-armée. Le film met en scène les débats et disputes au sein du fourgon de police, alors qu’il fait de plus en plus chaud et que la situation s’éternise.

 

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Bande-annonce :




Avertissement :
Le point de vue neutre n’existe pas, particulièrement à propos des faits d’histoire qui nous sont contemporains. C’est le cas de la révolution égyptienne, qui a bouleversé la vie de nombreux militants égyptiens. Cet article est écrit par un révolutionnaire égyptien, avec l’aide d’une militante francophone pour la traduction et la rédaction. Nous ne prétendons pas être « neutres », même si nous cherchons bien sûr à faire preuve d’honnêteté intellectuelle. La partie dédiée au contexte historique et politique du film constitue à vrai dire la majorité de l’article. Ceci s’explique simplement par le fait suivant : ce film donne une image très biaisée de ce qu’il s’est passé, et il manque au public francophone les connaissances permettant de se faire son opinion. Nous voulons donc rappeler quelques faits essentiels.




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Rapide point sur l’histoire moderne de l’Égypte

 

L’Égypte était une colonie, puis un protectorat britannique jusqu’en 1922.canalsuez
Malgré la décolonisation, les Britanniques et les Français gardèrent sous leur supervision le canal de Suez, lieu hautement stratégique : avant sa construction, il fallait faire le tour de l’Afrique pour aller d’Europe en Asie par voie maritime (pour des raisons commerciales, militaires, etc).

En 1952, un groupe militaire égyptien, surnommé le Mouvement des officiers libres, fit un coup d’État contre le roi, qui était à vrai dire une marionnette des Britanniques. En 1954, Nasser, un officier de ce mouvement, renversa le leader et devint le président de l’Égypte. En 1956, Nasser nationalisa le canal de Suez, déclenchant une attaque des Britanniques, des Français et des Israéliens. Ceux-ci furent forcés de battre retraite face aux habitants de Suez, ce qui resta comme un moment de gloire pour Nasser.

En 1967, durant la Guerre des Six Jours, l’armée égyptienne s’avéra ridiculement corrompue; Nasser avait désigné ses amis comme chefs de l’armée qui était davantage un lieu politique que militaire. Israël remporta la victoire et Nasser démissionna. De grandes manifestations eurent lieu pour demander à ce qu’il regagne le pouvoir (encore aujourd’hui, il est difficile de dire à quel point ce fut réellement spontané car la population idolâtrait véritablement Nasser, et à quel point ce fut organisé par le gouvernement). Il resta ainsi au pouvoir jusqu’à sa mort. Durant les 16 années de sa présidence, il modernisa l’État, instaura un régime militaire autoritaire, créa une police politique. Sadat, son vice-président, lui succéda en 1970. Il dépolitisa un peu l’armée de façon à lui rendre de l’efficacité militaire, et reprit le Sinaï en 1973 (péninsule prise par Israël en 1967). Cependant, à l’inverse de son prédécesseur, Sadat orienta l’Égypte du côté du bloc de l’Ouest. Il commença à adopter une économie plus libérale et signa un traité de paix avec Israël en 1978. Sa politique économique, qui causa une hausse des prix, vit une forte opposition et des révoltes en 1977. Sadat fut assassiné en 1981 par des officiers de l’armée appartenant par ailleurs à un mouvement islamiste.

Moubarak, vice-président de Sadat et général militaire, accéda au pouvoir et y resta 31 ans. Sous Moubarak, l’armée gagna en puissance économique (jusqu’à posséder 30% de l’économie du pays) et en puissance politique. Par ailleurs, toutes les sphères sociales et politiques passèrent sous le contrôle des services secrets de Moubarak, c’est-à-dire la police et non l’armée. En effet, Moubarak, craignant que l’armée ne le renverse, créa sa propre police comme contre-pouvoir et s’en servit pour espionner l’armée.

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Contexte de la révolution égyptienne

 

La révolution égyptienne a éclaté le 25 janvier 2011, la journée des policiers, occasion annuelle où l’État leur rendait hommage. La date du déclenchement de la révolution revêt donc un caractère symbolique fort. La question des origines de la révolution fait l’objet d’un large débat. Certaines personnes remontent aux révoltes de 1977. D’autres en restent aux manifestations pro-Intifada des années 2000 et à un soulèvement qui a eu lieu en 2008, première grande manifestation des travailleurs contre Moubarak.

 

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Quoi qu’il en soit, le régime de Moubarak était incroyablement corrompu (même ses partisans le confirmaient!) et brutalement répressif envers toute opposition politique. Les services de sécurité contrôlaient toutes les sphères de la vie. Les citoyen.ne.s ne pouvaient rien organiser, ni avoir un travail de fonctionnaire (proportion importante de l’emploi en Égypte) sans avoir obtenu auparavant une autorisation de la police politique. Par exemple, quelqu’un qui avait obtenu une place au sein d’une université ou de n’importe quelle institution gouvernementale était susceptible ne pas obtenir cette autorisation si sa famille comptait des membres d’un parti d’opposition politique. Il y avait deux partis, un de droite et un de gauche, pour la décoration; mais Moubarak est resté seul au pouvoir pendant 31 ans et plus de 90% du parlement était constitué de ses partisans.

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Malgré cela, Moubarak était populaire dans l’ancien bloc de l’Ouest et soutenu par les dirigeants de celui-ci.

Durant les quelques années précédant la révolution, de plus en plus de manifestations et de grèves eurent lieu. La révolution tunisienne, apportant l’espoir d’un changement possible, fut l’étincelle qui déclencha réellement la révolution. Un leader de l’opposition réussit à unir tous les mouvements opposants au régime, notamment les Frères Musulmans, la plus grosse force d’opposition. Les Frères Musulmans avaient été particulièrement réprimés, torturés, poursuivis en procès. Ils étaient en effet les principaux rivaux au régime : ils étaient les plus nombreux et les plus enracinés dans la société égyptienne, avec un nombre de sympathisants atteignant quelques millions. Le régime a beaucoup utilisé les Frères Musulmans comme épouvantail pour les pays occidentaux : « si ce n’est pas nous, ce seront des extrémistes musulmans à la place ». Le gouvernement égyptien, en réalité, ne les avait pas toujours considérés comme des extrémistes : des alliances avaient eu lieu (par exemple pour combattre les communistes dans les années 1980), qui ont été suivies de forte répression envers les Frères musulmans pour éliminer la menace d’opposition qu’ils représentaient pour le régime. Il est difficile de classer l’appartenance politique des Frères Musulmans, ne serait-ce que parce que c’est un mouvement très large et pluriel. On pourrait les rattacher, grosso modo, à une droite conservatrice ou réactionnaire — voire  très gravement réactionnaire, mais pas « fasciste » ni « terroriste » [1]. Bien sûr, avant la révolution, aucun groupe de l’opposition, Frères Musulmans inclus, n’avait le moindre pouvoir politique.

L’un des événements déclencheurs de la révolution fut le cas de Khalid Said. L’histoire de ce jeune homme qui fut capturé et torturé à mort par la police en juin 2010 fit grand bruit bien que son cas fut loin d’être isolé. Ce qu’il y a eu de particulier avec Khalid, c’est peut-être justement qu’il n’avait rien de particulier : il était remarquablement « normal », pas militant, de sorte que beaucoup s’identifièrent à lui. Son cas devint emblématique : « si lui peut être torturé à mort par la police, alors tout le monde peut l’être ».

Le 25 janvier 2011, la révolution explosa; le 28 janvier, la police et le régime s’effondrèrent sous la pression des manifestants. [2]

L’armée descendit dans la rue pour maintenir l’ordre, ce qui ne fut pas vu comme une menace immédiatement pour les révolutionnaires : l’armée n’était pas les services secrets du gouvernement, et était perçue comme soutenant leur combat pour pousser Moubarak à démissionner. De plus, comme Moubarak planifiait de transmettre le pouvoir à son fils, un civil, cela plaçait l’armée dans le camp de l’opposition; elle ne fut pas perçue comme anti-révolutionnaire.

Alors que Moubarak s’accrochait au pouvoir, de plus en plus de révolutionnaires exigèrent sa démission, un changement de constitution, une justice sociale. Les places furent occupées par les manifestants (comme la célèbre place de Tahrir).

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La place Tahrir au Caire, durant les premiers jours de la révolution

Le 12 février, Moubarak finit par démissionner et annonça qu’il serait remplacé par le conseil suprême des formes armées (CSFA). Durant ces 18 premiers jours de révolution, on compte 800 morts et des milliers de blessés par des policiers ou des soutiens du régime.

A ce moment, l’armée bénéficiait encore d’une image de gloire et de protection du peuple très répandue, y compris au sein des révolutionnaires. Néanmoins, il ne se passa pas longtemps avant que l’armée ne révèle son agenda politique. Le message envoyé par l’armée à la révolution était, en gros : « rentrez chez vous, on s’occupe du reste ». Le plan annoncé était que l’armée se retirerait pour laisser au pouvoir un gouvernement civil sous six mois. Ce délai fut prolongé, encore et encore, et pendant ce temps, les révolutionnaires continuèrent à mener des manifestations de masse écrasées dans le sang. Malgré ces répressions meurtrières, l’opinion publique resta en faveur de l’armée. [3]

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Les élections

 

Durant ce temps, les Frères musulmans faisaient davantage de manoeuvres politiciennes que d’activités révolutionnaires[4]; ils remportèrent les élections parlementaires et firent alliance avec l’armée en promettant notamment de ne pas la critiquer. Ceci créa la plus grande division que connurent les révolutionnaires, entre ceux qui voulaient commencer à négocier avec le régime et ceux qui voulaient continuer de renverser le régime. Des élections présidentielles eurent lieu. Morsi (des Frères musulmans) les remporta, suivi de près par Shafiq, le dernier premier ministre de Moubarak. Celui-ci ne participait pas seulement en son nom, mais au nom du régime de Moubarak.

 

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La période pendant laquelle Morsi a été au pouvoir a été très clivante. D’un côté, l’armée effectuait une pression constante pour gagner plus de pouvoir. De l’autre, les révolutionnaires virent leurs espoirs déçus avec Morsi qui, une fois au pouvoir, n’a pas du tout fait avancer la révolution, et discutait davantage avec l’armée qu’avec les révolutionnaires. [5] Celle-ci était plus puissante que le gouvernement et l’avait sous surveillance, y compris le palais présidentiel. Morsi nomma le général Sissi ministre de la Défense. Sissi était à la tête du renseignement militaire de Moubarak; les Frères musulmans espéraient que cette nomination leur donnerait plus de contrôle sur l’armée mais c’est exactement l’inverse qui s’est produit.

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Sissi (à gauche) prêtant serment face à Morsi (à droite)

Pendant ce temps, l’armée avait beaucoup de contrôle sur les médias, qui diffusaient sa propagande, à l’exception d’une ou deux chaînes appartenant aux Frères musulmans. Par exemple, de grosses coupures en électricité et en essence furent organisées par l’armée [6] avec l’aide de ces médias pour mobiliser l’opinion publique contre les Frères musulmans (« regardez l’état du pays quand nous ne sommes plus là »). [7] La propagande de l’armée contre les Frères musulmans mobilisa d’ailleurs des argumentaires contradictoires, en présentant un coup les frères musulmans comme des extrémistes islamistes, un coup comme des agents infiltrés de l’Occident et du sionisme (cela alors que l’armée est en réalité le premier bénéficiaire dans le pays des aides financières américaines). Malgré tout cela, les Frères musulmans préférèrent toujours négocier avec l’armée que de s’opposer à elle, creusant encore plus le gouffre entre ses partisans et les révolutionnaires. Quant à la police, elle refusa également à plusieurs reprises de travailler avec le gouvernement des Frères musulmans.

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Le coup d’État

 

Quelques mois avant le coup d’État, un mouvement prétendument populaire (dont on sait maintenant qu’il ne l’était pas, mais au contraire organisé par les militaires), du nom de « Rebelles », visait à récolter des signatures pour renverser Morsi. De plus en plus de manifestations eurent lieu. Le 3 juillet 2013, Morsi fut emprisonné et Sissi déclara avoir renversé Morsi, abolit la constitution et nomma un « monsieur personne » comme président. Un an plus tard, Sissi organisa ses propres « élections » présidentielles qu’il gagna à 97% et devint lui-même le président.

De grandes mobilisations éclatèrent et l’armée les réprima dans le sang. Le plus grand massacre de l’histoire moderne de l’Égypte eut lieu place de Rabia et place de Nahda, au Caire (plus d’un millier de personnes tuées en un jour). Tous les dirigeants des Frères musulmans et de très nombreux militants anti-coup furent arrêtés (de l’ordre de dizaines de milliers de personnes). Les Frères musulmans ont en effet été dépeints comme un groupe terroriste à ce moment-là, donnant à l’État des moyens légaux pour les massacres et arrestations. [8]

 

La situation maintenant

 

Depuis l’été 2013, la situation en Égypte est catastrophique : il y a près de 70 000 emprisonnements politiques, 5 nouvelles prisons construites, des centaines de personnes sont mortes sous la torture, des disparitions forcées, des exécutions sommaires. La crise économique en Égypte est sans précédent : la monnaie égyptienne est en chute libre, les denrées de base coûtent extrêmement cher, et il y a de graves pénuries de médicaments et de produits de base.

L’armée possédait 30% de l’économie du pays sous Moubarak, ce qui était déjà énorme, mais depuis le coup d’État de 2013, la situation a dégénéré beaucoup plus gravement encore [9]. L’armée a un monopole complet sur de nombreuses branches de l’économie. Déjà par décret pur et simple (« à partir d’aujourd’hui, toutes les routes appartiennent à l’armée »). Ensuite par concurrence déloyale : tous les jeunes hommes, forcés de faire un service militaire de quelques années, se retrouvent à travailler dans les industries de l’armée pour presque aucune rémunération. De plus, l’armée gère les taxes, ce qui se traduit par le fait que ses industries en sont exemptées, contrairement aux autres. Tout cela a beaucoup aggravé la situation économique. [10]

Cette situation est intimement liée à la vision de Sissi qui veut marcher dans les pas de Nasser et construire des « projets nationaux » qui se sont révélés être des fiascos complets aggravant la dette du pays. Mais avant de développer sur sa vision de l’Égypte, quelques mots sur Sissi lui-même. Il n’est pas seulement un dictateur militaire, mais aussi un dirigeant grotesque. Trump lui ressemble, à cet égard. Si ce qui suit vous semble absurde, c’est parce que ça l’est. Sissi est capable de sortir des phrases comme « nous n’allons pas envahir la Libye, parce que quand j’étais petit, ma mère m’a dit de ne pas prendre ce qui était à autrui ». Face à la crise économique et aux protestations, il a déclaré « avoir déjà passé 10 ans avec juste de l’eau dans son frigo, et ne s’être pas plaint une seule fois ». La propagande du régime, qui le fait passer pour le garant de la laïcité face aux Frères musulmans, et qui a très bien marché dans les pays occidentaux, est une farce également. Sissi serait, de ses dires et de ceux de ses partisans, envoyé par Dieu pour diriger l’Égypte; il a déclaré qu’il était dans le devoir de l’État de régenter la religion et la moralité; et un blogueur a compté qu’il faisait dans ses discours deux fois plus de références à la religion que Morsi (le président des Frères musulmans élu en 2012).

Parmi ses nombreux et catastrophiques projets nationaux, celui d’un « nouveau canal de Suez ». L’idée est à peu près la suivante : un canal de Suez, c’était chouette, alors deux, ça serait doublement chouette. C’était absurde dès le départ car le canal était très loin d’être à sa capacité maximale de toute façon. Les travaux du canal de Suez avaient été monstrueux, et le chantier s’annonçait énorme pour le deuxième également. Malgré tout, Sissi avait fait la promesse intenable de le réaliser en un an. Or, les industries égyptiennes étant dans l’incapacité totale de suivre ce rythme, des compagnies étrangères furent payées pour le faire, coûtant des sommes monstrueuses à l’État égyptien. Le résultat final n’est même pas un deuxième canal de Suez, mais une petite branche de quelques kilomètres.

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Le film Clash

 

« Après la révolution du 30 juin, les Frères musulmans déclenchèrent des manifestations sanglantes afin de contrer la transition de pouvoir pacifiste. »

C’est ainsi que le film, dont le plan d’ouverture consiste en quelques lignes de texte, présente la situation en Égypte à l’été 2013. Cette première phrase, déjà extrêmement politique, en dit long sur la perspective du film sur le coup militaire. Celui-ci n’est pas nommé comme tel, l’armée n’est pas  davantage mentionnée, il y aurait eu une « transition de pouvoir pacifiste », et on passe sur les détails. Les Frères musulmans, eux, sont d’emblée présentés comme les responsables d’un chaos sanglant.

Rappelons donc l’été 2013 : l’armée a fait un coup d’État militaire, emprisonné Morsi le jour même, il y a eu des manifestations anti-coup, auxquelles l’armée a répondu par une répression d’une violence inouïe en allant jusqu’à envoyer des hélicoptères tirer sur la foule et faire plus d’un millier de victimes en un jour.

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Un film neutre ?

 

On voit mal comment un film abordant ces événements pourrait ne pas être politique, et pourtant, le film se drape de « neutralité ». Le réalisateur et scénariste, Mohamed Diab, insiste en interview sur l’aspect « humain, et non militant » de ses personnages et répète qu’il s’est « attaché à rester neutre ». [11] Plus connu pour son film « Les femmes du bus 678 », il a également réalisé « L’île, partie II » (2014), décrit à l’époque comme un parfait film de propagande de l’État, dont le propos était de résumer la révolution à une sorte de chaos dont seuls des extrémistes islamistes bénéficiaient.

Quant au producteur de « Clash », Moez Masoud, jeune érudit musulman (« prêcheur » musulman), il est connu pour son émission télévisée qui critiquait, après le coup d’État, les Frères musulmans sous l’angle de la religion. C’était d’ailleurs la ligne de tous les médias, puisque toute opposition médiatique était réprimée (les journalistes de l’opposition étant soit en prison, soit en exil politique).

Avec un tel réalisateur et un tel producteur, on mesure un peu mieux l’étendue de la farce qu’est cette prétendue neutralité, qui ne pouvait être qu’une illusion de toute façon. Rien que de choisir quels sont les acteurs politiques (la police, les Frères musulmans), de choisir comment on les met en scène, sont autant de choix politiques. Mais ce qui est peut-être plus frappant encore dans ce film, c’est l’acteur qui n’est pas mis en scène : l’armée. Comme on l’a dit, elle n’est pas mentionnée dans la phrase d’ouverture se référant au coup d’État militaire (« Après la révolution du 30 juin, les Frères musulmans déclenchèrent des manifestations sanglantes afin de contrer la transition de pouvoir pacifiste. »). Mais en fait, elle n’est pas montrée une seule fois durant tout le film (c’est toujours à la police que les manifestants ont affaire).

En réalité, dans son entreprise de simuler une pseudo-neutralité, Diab renvoie dos à dos les manifestants pro-Frères musulmans et les manifestants pro-armée. Or, dans cette image, l’État et l’armée sont complètement cachés. Car alors ce qu’il s’est passé devient un « clash », d’où le titre. Diab parle d’ailleurs en interview d’une fracture au sein de la société égyptienne qu’il dit vouloir illustrer dans Clash. Évidemment qu’il y a des fractures au sein de la société égyptienne, mais ce récit-là, allant jusqu’à cacher complètement l’armée pour montrer seulement les « clashs » entre manifestants, est une ignominie et une falsification de l’histoire pure et simple.

Le seul fait de détourner l’attention de l’armée tout en se ménageant une image de neutralité se comprend mieux quand on voit que le film induit l’idée que les clashs au sein de la société égyptienne étaient si importants qu’il fallait bien qu’on la protégeât d’elle-même. En effet, les manifestants du fourgon, à la fin, semblent menacés de mort par d’autres manifestants et sont protégés par le fourgon. C’est finalement exactement la version des événements diffusée par la propagande de l’armée : celle-ci aurait été contrainte d’intervenir pour préserver la paix.

Comme nous en avions parlé dans l’introduction, la propagande met une emphase particulière à dénigrer les Frères musulmans. [12]

Dans la phrase d’ouverture du film, ils apparaissent comme les responsables de manifestations sanglantes (rappelons que c’est l’armée qui a envoyé des hélicoptères sur les manifestants, faisant le massacre le plus terrible de l’histoire de l’Égypte moderne).

Une seconde dimension qui apparaît peut-être de façon plus implicite dans le film, mais qui est très présente dans la propagande de l’armée en général, est que les Frères musulmans seraient extérieurs au corps de la Nation égyptienne. Il y a une dichotomie entre le bon/vrai égyptien, celui qui soutient l’armée, et le mauvais/faux égyptien, le Frère musulman qui corrompt le pays. Ainsi, les Frères musulmans ne sont pas un mouvement égyptien qui a beaucoup mobilisé, mais ils « déclenchent » des manifestations. Par ailleurs, cette dichotomie entretient l’idée que tous ceux qui ne sont pas des Frères musulmans soutiennent le coup d’État militaire (ce qui est bien évidemment faux).

Entendons-nous bien, notre propos n’est pas de faire l’apologie des Frères musulmans. Si nous voulions les critiquer, nous aurions de quoi écrire des textes très longs et acerbes sur eux. Mais ici, nous analysons le message du film qui se fait le relai de la propagande de l’armée. Et compte tenu du contexte de répression violente, la critique des Frères musulmans, en l’occurrence, justifie la répression et les violences dont ils sont les objets.

 

La campagne de publicité de Clash

 

La sortie du film (à l’été 2016 en Égypte et en France), fut très controversée. Diab, connu pour son engagement pro-révolutionnaire en 2011 (avant qu’il devienne pro-État), utilisa cela à profit. Il a fait une campagne de pub à base de « soutenez ce courageux film sujet à la censure », alors que le film est sorti absolument sans encombre dans tous les grands cinémas d’Égypte, avec les bandes-annonces diffusées à la télévision, toutes les conférences de presse organisées autour du film qui se sont déroulées normalement.

Chaque film égyptien passe à travers une censure qui force parfois à retirer des scènes, voire interdit tout bonnement le film; or ici aucune scène n’a été retirée.

Dans la campagne de publicité autour du film, un élément est particulièrement symbolique. Comme le film se déroule entièrement dans un fourgon de police, ils n’ont pas trouvé mieux que d’en créer une maquette grandeur nature et d’inviter les gens à « vivre l’expérience du fourgon ».

C’est quoi, « l’expérience du fourgon » ? Au cours de l’été 2013, 37 personnes sont mortes dans des fourgons tels que celui-ci. Elles sont mortes de chaleur, de suffocation et de brûlure. Le fourgon métallique était laissé sous le soleil pendant des heures. Les gens qui étaient dedans, brûlant et suffocant, ont demandé à sortir. L’officier de police a alors lancé une grenade lacrymogène dans le fourgon avec la porte fermée. Et ils sont morts. L’officier, quant à lui, a été disculpé.

Le film se déroule dans un fourgon de police, laissé sous le Soleil brûlant, très contemporain à cet événement (le même été, après le coup d’État). Et alors que le film prétend « dénoncer », « peindre la réalité », il ne fait aucune mention aux 37 personnes décédées dans un vrai fourgon de police cet été-là.

Et la campagne de promotion du film, proposant de faire vivre « l’expérience du fourgon », est une atrocité. Le réalisateur a présenté de rapides excuses et la maquette du fourgon n’a pas été retirée.

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Une police dont les crimes sont tus

 

Malgré des événements comme ceux que nous venons de décrire, Diab dépeint toujours la police comme étant très professionnelle. Dans le film, elle n’utilise que des canons à eau, et des armes une seule fois, contrainte et forcée de se défendre. Le film montre les officiers de police se comportant de façon humaine en promettant de s’occuper du vieil homme et de sa fille. Les personnes arrêtées le sont parce qu’elles lancent des pierres sur le fourgon de police. La seule personne tuée par la police dans le film est un jeune frère musulman qui avait tiré sur les officiers en premier. Tout ce que la police fait dans le film est justifié par un contexte qui le légitime ou du moins rend ses actions rationnelles et explicables.

Or, dans la réalité, depuis le coup d’État, la police a été responsable de dizaines de massacres, que nous avons déjà évoqués. Elle a tué des manifestants non-armés — et pas avec des canons à eau. Depuis la révolution, la politique de la police a été de tirer à balles réelles sur les manifestants. Ceci a coûté la vie à des centaines de personnes. Après le coup d’État, au moment où le film est censé se dérouler, ce sont des snipers et des hélicoptères qui ont été lâchés sur les manifestations pour perpétrer des massacres immenses. Sissi a déclaré à de nombreuses reprises que les officiers de police, même ceux qui ont tué des manifestants, ne devraient pas être tenus responsables. En lien direct avec les événements montrés dans le film, il y a l’histoire du fourgon dont nous parlions plus haut. Depuis le coup d’État, le niveau de brutalité commis par la police et les SS est sans précédent, avec des dizaines de tortures à mort et des centaines de « disparitions » pour lesquelles des innocents sont tenus responsables et tués. On pourra citer le cas de Guilio Regini, un Italien tué par la police en Égypte l’année dernière, ce qui a débouché sur une crise diplomatique grave entre l’Italie et l’Égypte. Afin d’être innocentée, la police a tué 5 jeunes hommes égyptiens innocents et les a accusés d’avoir tué Regini.

Au regard de cette réalité, le film est purement mensonger  en ayant choisi de représenter la police comme très disciplinée, usant d’un minimum de violence et seulement en dernier recours, allant même jusqu’à témoigner de la sympathie pour leurs détenus.

 

Conclusion : la réception du film en France [13]

 

Encensé par les critiques presse françaises qui parlent d’un « témoignage sur l’Égypte contemporaine », « mené impartialement et honnêtement », il a également été reçu par les spectateurs comme un film « réellement engagé ». [14]

Effectivement, en regardant le film sans connaître le contexte politique, on peut facilement se laisser berner. Déjà parce que, bien que très malhonnête, le film a une certaine finesse et évite de montrer les Frères musulmans comme des méchants de dessins animés (ce qu’avaient fait des films de propagande de l’armée). À première vue, la violence semble émaner de tous côtés et on n’a pas l’impression de voir un film partisan. Par ailleurs, cette violence écœure le public français, même si elle est très atténuée par rapport à la réalité. On n’imagine pas que cela puisse être encore bien pire; un film qui contient autant de violence ne semble pas suspect de cacher quoi que ce soit. Le film tend à annihiler l’esprit critique par un recours brutal au choc émotionnel.

Il faut dire que la situation politique en Égypte est très méconnue en France, laissant un terrain idéal pour la propagande de l’armée, qui a très bien fonctionné. Les Frères musulmans semblent une pire menace que la dictature militaire, aux yeux de beaucoup. L’islamophobie, racisme très prégnant dans nos sociétés, y joue un grand rôle. Les Frères musulmans sont vus comme des musulmans « trop musulmans », « extrémistes » (voire assimilés à des groupes terroristes, ce qui est complètement erroné). On parle de l’armée ou de Sissi comme étant « laïques » : des remparts contre la « barbarie musulmane ».

En fait, c’est tout le traitement français des révolutions arabes qui a révélé un profond racisme anti-arabes. Ceux qui ont réussi à mettre à bas des dictatures militaires et accompli une révolution ont été considérés avec un mépris inqualifiable. En effet, entre la vision selon laquelle les dictatures militaires sont un moindre mal car ils feraient barrière au terrorisme islamiste, et une vision prétendument anti-impérialiste, selon laquelle tout s’explique par des arguments « géo-politiques », il reste très peu de place pour parler des révolutions arabes avec la considération qu’elles méritent. Dans ces deux visions opposées, les révolutionnaires arabes ne sont plus des acteurs politiques à part entière mais ils se seraient juste fait manipuler (soit par des islamistes, soit par des  « forces géopolitiques occidentales »). La situation réelle en Égypte, ainsi que les revendications de liberté et d’égalité des révolutionnaires, sont au final ce dont on entend le moins parler. [15]

Ahmad et Douffie Shprinzel

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Cet article s’est nourrit de critiques déjà parues sur le film Clash, en arabe :

http://www.masralarabia.com/%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%82%D8%A7%D9%84%D8%A7%D8%AA/907-%D8%A3%D8%AD%D9%85%D8%AF-%D9%85%D8%AF%D8%AD%D8%AA/1180705-%D9%85%D8%A7-%D9%84%D8%A7-%D9%8A%D8%B9%D8%B1%D9%81%D9%87-%D8%AA%D9%88%D9%85-%D9%87%D8%A7%D9%86%D9%83%D8%B3-%D8%B9%D9%86-%D9%81%D9%8A%D9%84%D9%85-%D8%A7%D8%B4%D8%AA%D8%A8%D8%A7%D9%83

https://www.alaraby.co.uk/supplementyouth/2016/8/4/%D9%81%D8%B6-%D8%A7%D8%B4%D8%AA%D8%A8%D8%A7%D9%83

سامح فرج يكتب: مع من نشتبك إذا؟ إنطباعات سريعة عن فيلم “اشتباك”

[1] Nous n’avons pas beaucoup développé notre position sur les Frères musulmans pour plusieurs raisons. La première est qu’il faudrait beaucoup plus de place pour faire une critique correcte de ce mouvement, qui, comme nous l’avons dit, est très large, très pluriel, et qui ne peut se comprendre qu’en détaillant beaucoup plus les événements historiques et politiques de l’Égypte moderne. Cela nécessiterait de traiter des multiples phases qu’il a traversées, mais également des critiques très contradictoires qui lui sont faites, depuis l’accusation d’être un outil de l’Occident et des sionistes pour infiltrer la Nation égyptienne, à celle d’être le coeur du fondamentalisme islamiste et le moteur des mouvements violents auxquels nous assistons aujourd’hui. Cela n’est pas sans lien avec le fait que les Frères musulmans forment un mouvement extrêmement divers. Il compte plusieurs millions de sympathisants en Egypte, également des branches du Maroc en Syrie, de la Turquie au Soudan, chacune avec leur histoire locale.
Mais partout, vous retrouverez des membres et des leaders se réclamant des idées du fondateur Hassan el-Banna (en arrivant chacun à des conclusions différentes voire contradictoires). C’est sans doute l’une des critiques centrales que nous adressons au mouvement : il capte un sentiment davantage qu’il n’a une ligne politique solide, et cela le maintient dans une fluidité que l’on pourra dénoncer comme du pragmatisme, de l’opportunisme, ou même de l’extrémisme ou du fondamentalisme.
Le sentiment principal qui donne sa force au mouvement est celui d’une vision idéologique de l’histoire pré-impériale d’un monde musulman idéalisé et dont il faudrait retrouver les valeurs. Pas étonnant donc que le mouvement baigne dans un flou généralisé, allant du réactionnaire à une forme de « renaissance islamique ».
Vous pourrez donc trouver des leaders en Turquie ou en Tunisie disserter sur un État laïque et démocratique issu de valeurs islamiques, comme vous pourrez trouver au Soudan un État totalitaire. Le mouvement bénéficie d’une grande influence, allant même jusqu’à jouer un rôle sur l’interprétation des jurisprudences islamiques dans leur tentative d’unifier la Nation musulmane. Enfin, leur rhétorique est basée sur des piliers religieux. C’est déjà un problème car ils puisent dans des sources religieuses quand cela sert leur agenda politique, mais également car ils sont souvent critiqués en tant que mouvement prenant sa source dans l’Islam. En d’autres termes, à la fois eux et nombre de leurs opposants ont une grille de lecture politique préétablie.

[2] Ce jour-là, de nombreuses stations de police furent envahies et neutralisées par les manifestants (sachant que la police était au coeur du régime puisque Moubarak, craignant que l’armée le renverse, créa une police très puissante). Mais cela pris deux semaines supplémentaires pour que Moubarak démissionne, le 12 février.

[3] Cette phrase a soulevé des questions chez nos relecteurs, qui nous dit qu’elle donnait l’impression que les gens étaient stupides. Mais à la vérité, il n’y a pas d’explication rationnelle pour expliquer que l’armée bénéficie d’une image si positive, ou en tout cas pas d’explication simple. Les états-uniens sont-ils stupides de voter Trump ? L’armée est centrale dans l’identité et l’économie égyptienne… c’est le pouvoir de l’État égyptien. Elle a un poids symbolique très fort.

[4] http://studies.aljazeera.net/ar/positionestimate/2012/04/2012417104949318130.html

[5] Ahmad :
« Je ne parle pas de la révolution avec le point de vue d’un analyste. La révolution égyptienne n’a pas « attiré mon attention »; ce sont des événements que j’ai vécus. Par exemple, quand je parle des Frères musulmans comme ayant complètement trahi la révolution, je pense à la fois où nous avons manifesté près de la place Tahrir (près du parlement) pour faire pression sur l’armée pour qu’elle transmette le pouvoir au parlement élu. Nous étions stoppé par les Frères musulmans (qui avaient la majorité au parlement) dont les membres formaient un bouclier humain autour du parlement, le protégeant des manifestants qui seraient anti-démocratiques, alors que nous exigions de donner le pouvoir au parlement. C’était là leur soif de pouvoir et leur désir de ne pas entrer en conflit avec l’armée. Cet événement a été très marquant car nous avons fini par manifester contre des membres des Frères musulmans, fracturant irréversiblement la coalition révolutionnaire, plutôt que de s’unir contre l’armée. »

[6] https://www.alaraby.co.uk/economy/2014/9/4/%D8%A7%D9%84%D8%AB%D9%88%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B6%D8%A7%D8%AF%D8%A9-%D8%A3%D8%B4%D8%B9%D9%84%D8%AA-%D8%A7%D9%84%D9%88%D9%82%D9%88%D8%AF-%D9%84%D8%A5%D8%AD%D8%B1%D8%A7%D9%82-%D9%86%D8%B8%D8%A7%D9%85-%D9%85%D8%B1%D8%B3%D9%8A

[7] https://www.theguardian.com/world/2015/jun/25/egyptian-media-journalism-sisi-mubarak

http://www.huffingtonpost.com/soumaya-ghannoushi/egyptians-say-no-to-sisis-propaganda_b_8345470.html

[8] http://english.al-akhbar.com/node/17018

[9] http://www.madamasr.com/en/2016/09/09/feature/economy/the-armed-forces-and-business-economic-expansion-in-the-last-12-months/

[10] Sur le monopole de l’armée :
https://www.theguardian.com/world/2014/mar/18/egypt-military-economy-power-elections

The Army And Its President

http://www.middleeasteye.net/news/analysis-egypts-military-economic-empire-35257665

[11] http://www.lexpress.fr/culture/cinema/avec-clash-le-spectateur-est-oblige-d-ecouter-l-autre-l-ennemi_1828618.html

[12] http://www.aljazeera.net/news/reportsandinterviews/2013/9/7/%D9%86%D8%B4%D8%B7%D8%A7%D8%A1-%D9%8A%D9%86%D8%AA%D9%82%D8%AF%D9%88%D9%86-%D8%A5%D8%AD%D9%86%D8%A7-%D8%B4%D8%B9%D8%A8-%D9%88%D8%A5%D9%86%D8%AA%D9%88-%D8%B4%D8%B9%D8%A8

http://english.al-akhbar.com/node/17018

[13] A propos du contexte français et de l’armée égyptienne, on peut aussi mentionner le commerce d’armes entre la France et l’Égypte : en 2013, pendant et après le coup, la France a conclu des accords d’une valeur de 5,2 milliards d’euros pour la vente d’avions et de bateaux de combats.

[14] http://www.allocine.fr/film/fichefilm-236466/critiques/presse/

[15] Phénomène qui a été poussé à son paroxysme dans le cas de la Syrie et qui a été analysé par Marie Peltier dans L’ère du complotisme, édition les petits matins.

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13 réponses à Clash (2016) : l’histoire écrite par les vainqueurs

  1. Merci infiniment pour le résumé de la situation en Égypte! J’ai vraiment l’impression que personne, dans les médias français, ne nous explique les contextes politiques du moyen orient de cette manière, c’est assez navrant et dangereux.

    Je suis d’accord avec votre conclusion sur la réception en France: on boit ce genre de film partisan comme du petit lait, habitués à la propagande médiatique anti-islam. J’ai en plus été très intéressée par le film « Les femmes du bus 678 », donc je serais partie avec un apriori positif sur le réalisateur…C’est inquiétant, et des articles comme le votre nous rappelle qu’il est indispensable de se créer sa propre opinion à partir de sources contradictoires.
    Merci!

  2. pas génial cet article

  3. joffrey pluscourt

    La démarche est particulièrement cool (traduction d’un militant local)
    La contextualisation est bienvenue.
    Les diagnostiques sont justes et argumentés.

    Peut être que « En fait, c’est tout le traitement français des révolutions arabes qui a révélé un profond racisme anti-arabes. » aurait mérité plus d’exemples pour être rapprochés du film (les propagandes étatiques et de médias capitalistes se recoupent en simplifiant les mèmes complexités, invisibilisant les mème violences et dominations, accusant les mèmes barbares, étrangers, traitres…) mais ça demande un énorme travail de recherche et de traduction

    Je ne m’attendais pas à un tel article sur ce site sur ces sujets (j’ai ragequit depuis la critique pro policière de Zootopia en pleine émeutes BlackLivesMatter)

  4. Frédéric Martin

    Super article, merci beaucoup pour la traduction ! Comme dit plus haut nous manquons en France de ce genre de mise en contexte, et la réception de ce film contrastée avec votre critique le met vraiment en relief.

  5. J’ai beaucoup apprécié l’article, comme dit plus haut à plusieurs reprises la mise en contexte aide à mieux comprendre la situation sur place alors qu’on manque d’analyses approfondies de la part des medias dominants.

    Concernant le film en lui-même, étrangement j’étais passé complètement à côté alors que j’avais beaucoup aimé les femmes du bus 678 et plusieurs autres films issus des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord sorti dans la même période. Vu votre critique, je ne regrette pas tellement de l’avoir raté.

  6. Anne, ma soeur Anne

    Merci pour cet article!

  7. Preuve diabolique

    Une chose me chiffonne (un rien) :
    le film se passe au tout début des évènements, dans un huit clos et avec une poignée de personnes ne possédant pas forcément un grand bagage critique et une vision d’ensemble.
    Et si tout simplement … ils se trompaient ? Ils n’avaient accès ni à la 4G, ni au futur depuis leur fourgon.

    C’est comme les soviétiques dans les films qui ne parlent pas de goulags. Ce n’est pas forcément par volonté de cacher ces lieux, c’est juste que les personnages ne connaissent/ne croient pas en leur existence.

    • Douffie Shprinzel

      Eh bien, c’est à peu près ce qu’essaie de vendre le réalisateur et ce à quoi on répond dans l’article. A noter d’ailleurs que nous n’avons pas du tout parlé des dialogues ou des personnages. On aurait pu, car si dans votre commentaire vous parlez d’une poignée de personnes se retrouvant dans un fourgon au milieu de manifestations (et qui donc ne représenteraient pas grand-chose au final), il faut quand même voir que ce sont des personnages écrits et mis en scène, pas du tout choisis au hasard et qui ont chacun un rôle symbolique.
      Mais on ne l’a pas fait, de toute façon.
      De plus, même juste après le coup, les gens savaient très bien que c’était un coup, sans avoir besoin de 4G ou du futur.

  8. J’avais envie de voir le film, toujours maintenant… mais pour d’autres raisons ! avec en tête, vos considérations …
    Merci beaucoup pour cet article, cette critique du film et comment vous l’utilisez pour mettre en lumière des perspectives qui sur la situation politique en Egypte sont rarement restituées dans les médias francophones.

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