Accueil » Tous les articles » Cinéma, Tous les articles » La Planète des singes : Les Origines (2011). Vous avez dit révolution ?

La Planète des singes : Les Origines (2011). Vous avez dit révolution ?

L’affiche annonçant la sortie US du dernier opus de la Planète des singes est claire : il sera question de révolution. Sur fond d’un San Francisco à feu et à sang envahi par des singes se dresse au premier plan un chimpanzé, le poing levé, défiant le spectateur du regard : les humains n’ont qu’à bien se tenir… Le slogan en haut de l’affiche renchérit : « Evolution becomes revolution ». Et il est vrai que l’on peut avoir de bonnes raisons d’espérer quand on sait que le film se propose de remettre en scène le moment le plus politique de la série, celui-là même au cœur du 4ème opus, l’excellent La Conquête de la planète des singes (Conquest of the Planet of the Apes, 1972), dans lequel les singes opprimés se révoltent et renversent le pouvoir des humains. Malheureusement, on s’aperçoit très vite à la vision du film que celui-ci ne peut soutenir très longtemps la comparaison avec son prédécesseur qui était nettement plus conscient des enjeux politiques soulevés par le sujet.

Une certaine idée de la révolution

Comme le laissait pressentir l’affiche, la révolution sera avant tout l’œuvre d’un individu exceptionnel au-dessus de la masse. Son nom, César, le prédisposait à ce rôle, et rien dans le film ne viendra remettre en cause son statut de leader naturel. Supérieur aux autres singes par son intelligence et sa virilité, César passera la deuxième moitié du film à dresser ses congénères pour en faire des combattants dévoués à la cause révolutionnaire. Les limites intellectuelles de ce peuple d’imbéciles seront d’ailleurs clairement énoncées dans le film par la bouche du sage orang-outang les qualifiant de « singes stupides ». Mais peu importe en définitive que ces singes soient incurablement idiots, puisque la seule chose qu’on leur demandera au final sera d’être juste assez intelligents pour comprendre les ordres de leur chef et y obéir. Le bon révolutionnaire est donc celui qui sait reconnaître son chef et se sacrifier pour lui (comme le fait exemplairement le gorille qui se jette sur l’hélicoptère pour sauver César dans l’une des scènes les plus épiques du film). Dans une révolution, il y aurait donc ceux qui pensent, et ceux qui suivent. Si rares sont les films mettant en scène un processus révolutionnaire, encore plus rares sont ceux qui le dépeignent comme l’œuvre collective d’individus présentés comme égaux…

Comme on l’a dit, César est un leader naturel non seulement parce qu’il est courageux et viril, mais aussi et surtout parce qu’il possède un savoir que les autres n’ont pas. Or il est important de noter que ce savoir ne lui vient pas de son espèce, mais d’une espèce posée par le film comme supérieure : l’espèce humaine. En effet, c’est au contact des humains que César va développer les capacités intellectuelles lui permettant de comprendre sa condition et de se révolter contre elle. Malgré la volonté annoncée par les créateurs du film d’éviter tout spécisme dans la représentation des singes[1], l’écueil n’a absolument pas été évité. Un exemple particulièrement parlant est celui du traitement par le film de la question du langage animal. Contrairement aux autres volets de la saga dans lesquels les singes maîtrisaient le langage articulé oral, les scénaristes de ce dernier opus ont pris le parti de faire communiquer les singes quasi-exclusivement en langue des signes. Or loin d’être représentée pour ce qu’elle est réellement, à savoir une langue tout aussi complète et complexe que les autres, la langue des signes est dépeinte par le film comme une langue rudimentaire, primitive, sorte de chaînon manquant entre la « communication animale » et le « langage humain », pour reprendre les concepts anthropocentrés du linguiste Emile Benveniste[2]. En effet, les sous-titres traduisant les dialogues des singes en langues des signes sont systématiquement rédigés en « petit nègre », sous-entendant donc soit que la langue des signes est une langue primitive, inachevée, soit que la « communication animale » ne pourra jamais égaler en complexité le « langage humain ». Dans tous les cas, les singes sont posés comme une espèce inférieure aux humains sur le plan de la communication, comme achève de le montrer la scène où César accède à ce langage supérieur qu’est pour le film le langage articulé oral, scène dont le ton lyrique souligne le caractère extraordinaire de l’individu qui en est au centre et qui parvient par cet acte à se hisser au dessus de sa misérable condition animale pour côtoyer la divine condition humaine.

Ainsi, dans un schéma classiste que ne renieraient pas les marxistes les plus avant-gardistes, la prise de conscience révolutionnaire est décrite comme un processus allant nécessairement du haut vers le bas, de l’intelligentsia révolutionnaire vers la masse inculte. De la même manière que les révolutionnaires avant-gardistes conçoivent leur rôle comme étant essentiel au processus révolutionnaire, puisqu’il leur revient la tâche cruciale d’insuffler au peuple le savoir de son exploitation et des moyens de la combattre, le film présente César comme le seul capable de faire prendre conscience aux singes de leur condition d’opprimés. Il est clair que, pour les auteurs du film, l’émancipation des travailleurs ne sera pas l’œuvre des travailleurs eux-mêmes (puisque l’émancipation des animaux n’y est pas présentée comme l’œuvre des animaux eux-mêmes). C’est au contraire un individu exceptionnel qui seul pourra mener les masses sur le chemin de l’émancipation parce que lui seul a eu accès au savoir, détenu exclusivement par la classe ou l’espèce supérieure. Pour reprendre un vocabulaire marxiste, on peut dire que, pour ce film, seul un leader naturel pourra faire passer la classe opprimée de « classe en soi » à « classe pour soi » (comme César fait passer son espèce opprimée d’ « espèce en soi » à « espèce pour soi »). Spécisme et classisme combinent donc ici subtilement leurs schémas pour se consolider l’un l’autre.

 

 Une certaine idée du spécisme

Nous avons montré en quoi la conception de la révolution véhiculée par ce film est fondamentalement avant-gardiste et entremêle inextricablement des schémas spécistes et classistes. Mais reste encore à s’interroger sur le sens de cette révolution que le film nous donne à voir ? Est-elle comparable à celle mise en scène dans La Conquête de la planète des singes (1972) où les singes se révoltaient contre leur exploitation systématique par les humains en renversant leur pouvoir ?

Si elle peut lui ressembler au premier abord, elle en diffère en fait fondamentalement du point de vue de son origine et du but qu’elle se propose. En effet, dans le 4ème épisode de la saga, les singes étaient systématiquement exploités par les humains qui en avaient fait leurs animaux domestiques après la mort de tous les chiens et chats. Avec force détails, le film décrivait tous les dispositifs d’oppression par lesquels les singes étaient dressés à devenir de dociles esclaves soumis à leurs maîtres. Lorsque les singes se révoltaient, c’était donc contre la domination systématique d’une espèce par une autre. Or dans La Planète des singes : Les Origines, le point de départ est tout à fait différent. Il n’est nullement question ici d’exploitation massive des animaux par les humains. S’il y a bien des expérimentations en laboratoire, des animaux domestiqués ou enfermés dans des cages, ces phénomènes ne sont pas désignés comme relevant d’une même logique d’exploitation d’une espèce par une autre. Au contraire, les violences contre les animaux ne sont le fait que d’individus isolés (le gardien sadique du refuge, le directeur de la compagnie). Le spécisme n’est donc pas montré pour ce qu’il est, à savoir un système, mais simplement comme une conduite déviante ne concernant que quelques individus particulièrement méchants ou immoraux. Il individualise donc un phénomène qui est en fait global et concerne la société dans son ensemble.

Une scène illustre parfaitement cette manière qu’a le film d’éviter de se confronter à la question du spécisme comme système. Il s’agit de celle où César prend pour la première fois conscience de sa condition : lors d’une promenade avec ses maîtres, celui-ci croise un chien tenu en laisse comme lui. Choqué par cette vision, il demande alors s’il est lui aussi un animal domestique. Pendant un instant, il semble donc que César est en train de se rendre compte de la domination qu’il subit de la part des humains en tant qu’animal domestique. Mais le film prend brutalement une toute autre direction : César demande qui sont ses parents, et où il est né. La problématique de l’oppression (symbolisée par la laisse) est donc immédiatement écartée pour laisser place à un questionnement de César sur son origine. En croisant un homme tenant un chien en laisse, César n’a pas été choqué par la domination d’une espèce sur une autre, mais juste par le fait qu’un individu d’une espèce s’occupe d’un individu d’une autre espèce comme un parent s’occupe de son enfant. Le problème du rapport entre les humains et les animaux n’est pas un problème d’exploitation ou de domination, mais seulement un problème de cohabitation (et le film sera parfaitement cohérent sur ce point jusqu’à la fin, puisque la seule chose que demandent les singes est de repartir vivre dans leur forêt). C’est dans ce même esprit qu’il faut comprendre la scène où César refuse de repartir avec son maître lorsque celui-ci vient le chercher au refuge. Si la scène pourrait, sortie de son contexte, être vue comme une scène antispéciste, cette signification est toutefois totalement étouffée par la logique générale du film. Certes, César referme la grille de sa cellule à la vue de sa laisse. Mais là encore, celle-ci n’est pas le symbole d’une quelconque oppression, mais seulement du lien entre deux espèces qui n’ont rien à faire ensemble. Dans cette scène, César décline la proposition faite par son maître de rentrer chez lui (« home »), parce qu’il a compris que ce « chez lui » n’était pas la maison de son maître mais la forêt, comme il le dira d’ailleurs explicitement à la fin du film.

Au final, les expériences en laboratoire, les zoos ou la domestication des animaux ne sont pas en soi un problème. Le seul véritable problème est d’avoir retiré les animaux de leur milieu d’origine. Les humains n’ont rien fait de plus. Et s’il peut exister des comportements violents envers des animaux, ils ne sont le fait que d’individus isolés qui en portent seuls la responsabilité. Voilà ce que nous dit ce film (qui, contrairement à certains volets précédents de la saga, ne fait comme par hasard jamais mention de la pratique spéciste consistant à manger les animaux). La révolution dont il est question ici n’a donc rien à voir avec celle du 4ème opus de la série, tant dans son origine (problèmes de cohabitation due à une expatriation forcée) que dans son but (retourner chez soi). Toute dimension politique a été évacuée, comme s’il ne fallait surtout pas prendre le risque d’accuser les spectateurs humains d’être responsable et complices de l’exploitation massive des autres espèces animales.

 

            La tragique démesure des humains

La seule chose dont le film accuse l’humanité, c’est d’aller trop loin dans sa démesure techniciste. La chose profondément dramatique qui a eu lieu dans les laboratoires d’expérimentation biologique, ce n’est pas l’instrumentalisation massive d’êtres sensibles pour servir les intérêts de certains membres de l’espèce humaine, mais seulement l’intrusion des scientifiques dans le domaine du « contre-nature ». Un avertissement en ce sens avait d’ailleurs été donné très tôt dans le film par le personnage féminin (représentante de la nature, dans la bonne vieille tradition sexiste opposant « l’homme-culture » à la « femme-nature »[3]).

L’espèce humaine ne fait donc que récolter ce qu’elle a semé. Elle est elle-même la cause de sa perte. Pas au sens où elle finit par se faire asservir par ceux qu’elle asservissait (comme c’était le cas dans les premiers volets de la série). Ici, comme on l’a vu, il n’y a pas d’exploitation systématique des autres espèces par les humains, la révolution ne prend donc pas la forme d’un renversement du pouvoir des dominants par les dominés. Il n’y a même pas au final de révolution à proprement parler. Les singes rentrent chez eux, et les humains s’auto-exterminent tous seuls en créant un virus mortel qui ne touche que leur espèce. Le film se termine ainsi de la même manière que L’Armée des 12 singes (12 Monkeys, 1995) auquel il est d’ailleurs fait explicitement référence avec la dernière scène dans l’aéroport. Le schéma global des deux films est exactement le même : la problématique de l’exploitation animale y est d’abord posée comme centrale, pour être ensuite placée au second plan par un retournement scénaristique qui fait de la démesure techniciste des humains la cause de leur perte. En effet, dans L’Armée des 12 singes, les défenseurs de la libération animale sont dépeints comme des individus impuissants dirigés par un fou. L’antispécisme est donc là aussi ridiculisé, les choses sérieuses se passant ailleurs, dans le rapport tragique de l’humanité avec elle-même…

L’affiche promotionnelle annonçant « Evolution becomes revolution » était donc en quelque sorte mensongère. Si de révolution il semble être question dans les scènes de combat menées par César, l’extinction annoncée de l’espèce humaine à la fin du film n’aura en tout cas pas pour cause une révolution, du moins pas au sens politique. Si révolution il y a, c’est uniquement en un sens biologique, évolutionniste. Le processus par lequel l’espèce humaine disparaît suit un schéma darwinien : l’apparition du virus condamne les humains, espèce inadaptée à son milieu, à disparaître et sélectionne dans un même mouvement les autres espèces animales. Contrairement à ce que laissait espérer l’affiche du film, la dimension politique et révolutionnaire des premiers épisodes de la série a bel et bien disparu dans cette réécriture de l’histoire des origines de la Planète des singes, et c’est bien dommage.

 Paul Rigouste

 


[1] Cf. par exemple les déclarations de Rupert Wyatt, le réalisateur, cité dans Mad Movies n°243 (juillet/août 2009)

[2] « Communication animale et langage humain », in Problèmes de linguistique générale I

[3] Signalons au passage le sexisme ordinaire de ce film qui ne compte qu’un seul personnage féminin, et dont le rôle est uniquement de tomber amoureuse du héros masculin pour constituer avec lui et son enfant de substitution une belle famille nucléaire hétérosexuelle, sa relation avec César se réduisant à la fonction de care (elle est par ailleurs vétérinaire). Le personnage finira d’ailleurs par disparaître progressivement de l’écran dès que le scénario se concentrera sur les thèmes plus sérieux de la science et de la révolution. Il est vrai qu’on ne voit pas ce qu’une femme pourrait bien avoir à faire dans des histoires de savoir et de pouvoir… Sexisme, quand tu nous tiens…

Autres articles en lien :

5 réponses à La Planète des singes : Les Origines (2011). Vous avez dit révolution ?

  1. Bonjour,

    C’est un très bon article.
    J’ai juste une remarque à faire sur le parallèle avec les avant-garde marxistes, je le trouve pertinent mais je trouverais plus judicieux, par rapport à la suite, de le placer comme tout le film dans une perspective libérale-individualiste. J’ai trouvé que le film entier était sous tendu par cette vision-du-monde.
    (Le parallèle avant l’avant-garde communiste traditionnelle est compatible avec le libéralisme puisque les deux ne considèrent la « puissance d’agir » qu’individuelle et exceptionnelle, le leader usant de sa puissance pour diriger les autres, aveugles et aveuglés).
    Dans la pensée libérale, l’on considère une multitude mais pas vraiment un collectif (à part pour le dépeindre comme une masse vulgaire soit qui prend de mauvaise décisions soit qui est purement passif, sous le joug de l’état) et l’on ne conçoit aucune domination systématique – les dominations sont des discriminations,faite par des gens méchants, et que l’on règle de manière légale ; il n’y a aucune pensée de la société en tant que structure.
    Il y a donc dans ce film une sorte de pensée progressiste, mais c’est une pensée qui a comme limitation d’être pensée par des dominants qui ne sont pas conscients de l’être (ce qui donne ces fameuses bonnes intentions dont sont pavées les enfers), et qui ne peut mener qu’à un wellfarisme (je fais le parallèle avec le féminisme islamophobe notamment) et qui ne peut évacuer aucun x-centrisme, ici un anthropocentrisme ou un capitalocentrisme.
    Peut-être aussi que l’on pourrait faire mention à ce problème théorique que l’on trovue dans les oeuvres sur le colonialisme ou de l’esclavagisme (j’ai pensé à la critique de Django sur ce même site), le dominé non-blanc se révolte en adoptant la pensée et l’habitus du dominant blanc. Le singe pour se révolter adopte le langage humain, se dresse sur ses pattes arrières (tout en enlevant ses habits, ce qui est pour moi le signe d’une inconséquence critique, provenant de cette non-théorisation de la domination en tant que structure sociétale).

    PS : désolé si le message est très brouillon, j’ai une forte migraine.

  2. J’ai pour ma part bien aimé ce film, en dehors de son dernier quart d’heure, inutilement bruyant et mouvementé. Et je le trouve, contrairement aux films précédents et à la série, assez fidèles à la manière dont Pierre Boulle a présenté les choses dans son roman, qu’il n’est pas inutile de lire et qui réservera beaucoup de surprises aux lecteurs qui ne connaissent que les films. Dans le roman, c’est bien le contact avec les scientifiques qui altère la vie des singes et fait que ceux-ci, précisément, singent l’homme (et singent le scientifique). Boulle écrit que les singes ont une intelligence généralement moyenne qui ne les rend apte qu’à l’imitation, mais écrit ensuite des pages très drôles sur le fait que la plupart des hommes peuvent vivre, travailler, et obtenir des positions sociales enviables sans rien faire d’autre que d’imiter sans grande intelligence. Enfin, dans le roman, ce sont moins les singes qui progressent, que l’homme qui s’abêtit.
    Les films de la première série américaine faisaient référence, de manière assez transparente, à la conquête des droits civiques, ce qui est finalement un peu douteux – ceci dit je suis très attaché au premier film de la série.
    Dans le film que vous critiquez, j’ai bien aimé le rapport à la responsabilité : l’homme est brutal envers les autres singes, par l’expérimentation, par le fait d’abandonner un animal une fois qu’il ne sert plus, etc.
    Je ne vois pas vraiment de complaisance ici.

  3. Le film est bien fait et plutôt cohérent dans son récit (sauf pour ma part l’orant-outang qui ne devrait pas être aussi intelligent), à mon sens bien évidemment. Mais il ne va pas au bout du discours révolutionnaire et violent que l’on retrouve dans le dernier épisode de la saga des années 70 dont le fond historique est la révolte noire. Il ne va pas au bout du discours de Pierre Boule dans son livre qui met en avant l’utilisation des animaux dans nos expériences, la notion d’âme, de conscience et le fait que l’homme apprécie d’être sans responsabilité juste à dormir et manger dans un parfait farniente ce qu’il l’amène a sa dégénérescence et sa domination par le singe. Grosso modo, on pourrait même dire que les films comme le livre dénonce le fait qu’une espèce intelligente devient forcément une espèce dominante et oppressive, incapable de vivre en harmonie avec la nature. Non, le discours ici, celui d’un blockbuster américain, est purement créationniste. L’homme a été créé par Dieu, il est au dessus et au centre de la nature, le sommet de la pyramide. Donc tout naturellement, les singes, mêmes intelligents, ne peuvent pas prendre le pouvoir sur les humains, seul l’humain, lui-même, peut se conduire à sa perte ; c’est le sens du virus mortel à la fin. Le discours sur le rabaissement accepté de l’humain dans le texte de Pierre Boulle ne peut pas faire parti de la charte des blockbusters américains.

    En ce qui concerne la révolution, il s’agit juste de montrer sa différence et de faire ouvrir les yeux aux autres sur celle-ci en vu de la faire respecter. Il ne s’agit donc pas de révolution, mais de révolte ou de manifestation car nous ne sommes pas là devant un film qui veut renverser un ordre établi : la supériorité de l’homme, le capitalisme, l’impérialisme… non, il s’agit juste de se libérer de ses chaînes pour faire respecter ce qui existe sur terre ; qu’il faut cesser de tout opprimer ou de tout rabaisser pour montrer que l’homme est supérieur. Donc il n’y a pas de message révolutionnaire.

    Le ou les discours sous-jacent(s) est celui de la charte des blockbusters américains comme nous le retrouvons dans beaucoup de films de cette catégorie. Il n’y a aucune raison pour qu’il y ait un discours nouveau.

    Merci de m’avoir lu

  4. J’ai trouvé ce film extrêmement intéressant du point de vue antispéciste (sûrement parce que je ne le suis pas réellement moi-même… parce que bon le seul contexte où j’arrive à concevoir une « Libération animale » d’un point de vue anarchiste, c’est avec une politisation et une conscience de classe animale qui me semble irréaliste sauf dans une situation similaire à celle de ce film) et je trouve qu’il faut nuancer sur le concept d’« avant-gardisme » marxiste, avec le chef culte qui guide le petit peuple stupide : on a une grosse dose de naturalisme là dedans. Les singes n’ont pas été encore contaminés par cette thérapie génique virale (d’ailleurs j’ai l’impression que c’est le même virus qui rend les singes intelligents et qui tue les humains, le premier contaminé, le voisin, n’est pas mis en contact avec le chercheur infecté, mais avec le singe) qui les « rend intelligents/évolués/anthropomorphes », une fois qu’ils le sont ils peuvent être réunis, politisés et mener la révolution (d’ailleurs on retrouve l’idée de « nature » et d’« instinct » qui justifierait l’individualisme et l’absence de solidarité), et César sert plus de guide que de chef, de nombreux singes se battent se façon autonome, et l’idée de renverser le bus est certes indiquée, mais absolument pas expliquée. On voit de plus César exposer aux singes les idées révolutionnaire (avec certes un rituel vocal fort militariste sur les bords) mais pas les imposer (qui a vu un singe être puni pour avoir été contre-révolutionnaire ? personne, c’est bien qu’ils sont tous d’accord de base, après je surinterprète sans-doutes ^^). L’organisation semble spontanée et pas si centralisée que ça… Mais oui, c’est vrai, César guide et ça donne un aspect marxiste… qui peut être vu comme négligeable. Personnellement j’ai bien trippé, les meurtres d’humains sont rares (je pense qu’il devrait y avoir eu surtout des blessés et des incapacités temporaires, pour mener la révolution à bien, mais on a bien une vengeance à l’aspect fort viriliste) et l’organisation est largement meilleure que celle des humains… et pas forcément par plus grande intelligence (ou peut-être si, d’ailleurs c’est mentionné chez César l’intelligence supérieure à celle des humains de son âge, mais pas sous le point de vue habituellement conçu) mais surtout parce qu’elle est plus spontanée et moins bureaucratique et hiérarchisée, ça m’a semblé exprimer à merveille le « l’Anarchie est la plus haute expression de l’Ordre » d’Élisée Reclus, et c’était bien trippant.

    Et comme dit juste avant : le virus qui affecte les singes est le même que celui qui tue les hommes. Donc quand on voit le virus se multiplier c’est pas seulement la mort des humains (qui sont censés rester en vie en minorité, on peut penser à des rares immunisés) mais surtout les révolutions simmiesques qui s’imposent à travers le monde. Donc quand les singes rejoignent la forêt, c’est ni pour cohabiter ni pour retrouver leur « vraie maison », mais pour se construire leur nouvelle utopie révolutionnaire et préparer la colonisation mondiale.

    Utopie qui semble alors d’autant plus réaliste en tant qu’utopie que les singes sont quant-à eux absolument pas genrés, et qu’on observe aucun patriarcat chez les singes à ce moment là, contrairement aux hommes. Donc une société solidaire qui commence en maîtrisant la Technique sans avoir de propriété ni patriarcat, pour moi ça commence bien.

    • Merci pour votre commentaire. Je ne peux pas encore y répondre, car je ne me souviens plus du tout du film (que j’ai regardé pour la dernière fois au moment où j’ai écrit l’article, c’est-à-dire il y a plus de 2 ans). Mais je vais très probablement le revisionner bientôt (avant de regarder le nouveau qui vient de sortir cet été), donc je pourrai vous répondre à ce moment là.
      A bientôt donc 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*