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Toxic (2004) & Womanizer (2008) : Les contradictions de Britney Spears

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Tous deux réalisés par Joseph Kahn[1], ces clips adoptent un schéma relativement similaire : après une chasse à l’homme au cours de laquelle elle prend successivement différentes apparences, la chanteuse se retrouve en tête à tête avec sa proie masculine, qu’elle domine sur un lit dans un jeu érotique mortel (pour lui). Les paroles des chansons la présentent à chaque fois comme étant au départ fortement dépendante d’un homme, mais en même temps consciente de cette dépendance et du caractère « toxique » que celle-ci peut avoir sur elle. Ces clips mettent ainsi en scène une femme prenant le contrôle de sa vie amoureuse en parvenant à avoir enfin le dessus sur un homme.

Womanizer est très clair à ce sujet : il est un coureur de jupons qui manipule les femmes pour coucher avec elles (« You’re a womanizer / You got all the puppets with their strings up »), mais elle n’est pas dupe et voit clair dans son jeu (« You can play brand new to all the other chicks out here, but I know what you are »). Elle refuse ainsi de continuer à être sa petite amie (« Maybe if we both lived in a different world it would be all good, and maybe I could be ya girl, but I can’t ’cause we don’t »). La dernière image du film la montre ainsi en train de nettoyer son lit pour enlever les dernières traces de sa présence. Toxic est de son côté un peu plus ambigu si l’on compare les images aux paroles. Ces dernières semblent s’en tenir à la réaffirmation par le personnage féminin de sa dépendance amoureuse envers un homme  (« It’s getting late to give you up / I’m addicted to you »), avec toutefois la conscience que cette dépendance est peut-être malsaine, comme l’indique le titre (« With a taste of poison paradise / Don’t you know that you’re toxic »). Mais jamais, dans les paroles, il ne sera question de mettre fin à cette relation puisque, bien au contraire, elle semble jouir du contrôle qu’il exerce sur elle (« I need a hit, baby give me it / You’re dangerous, I’m lovin’ it »). A l’inverse, les images du clip nous montrent une femme forte qui domine les hommes et finit par empoisonner son élu par un « baiser de la mort ». Si dans les paroles, c’est lui qui est toxique, c’est plutôt elle qui l’est dans les images. Cette apparente contradiction peut néanmoins être levée si l’on considère que le propos est le même que dans Womanizer, et que l’héroïne a en fait finalement réussi à prendre le dessus sur l’homme toxique dont elle dépendait en s’en débarrassant définitivement[2]

Ces clips semblent donc, au premier abord, donner aux jeunes filles fans de la star un modèle d’indépendance amoureuse pouvant leur être très utile dans un contexte patriarcal (où l’on martèle aux filles qu’elles ne pourront s’accomplir et donner sens à leur vie qu’à l’intérieur d’un couple hétérosexuel). Mais un examen plus approfondi fera cependant apparaître très rapidement que le discours véhiculé par ces deux clips est en fait beaucoup plus ambigu. En effet, cette dimension progressiste que l’on a relevée est fortement contrebalancée par un ensemble de représentations sexistes qui finissent par la recouvrir et atténuer ainsi sévèrement sa portée.

 

La femme-fantasme

Comme on l’a dit, Britney Spears change plusieurs fois d’apparence au cours de ces clips. Et dans les deux cas, cela relève au final d’une stratégie pour prendre sa revanche sur un homme qui l’a fait souffrir. Dans Toxic, ces métamorphoses vestimentaires font partie de la panoplie de l’agent secret qu’elle incarne. Et dans Womanizer, elle utilise différents déguisements pour piéger son mari infidèle. Dans les deux cas, ce jeu avec son apparence est donc présenté comme un instrument de pouvoir sur les hommes. Or, si l’on passe en revue les différentes tenues revêtues par la chanteuse, on s’aperçoit rapidement qu’elles correspondent à chaque fois à des fantasmes typiquement masculins : l’hôtesse de l’air, la secrétaire, la serveuse, etc. Loin d’utiliser le travestissement pour introduire un « trouble dans le genre » et s’attaquer ainsi au fondement de la domination masculine, l’héroïne de ces clips réaffirme au contraire à chacune de ses métamorphose son appartenance à la féminité telle qu’elle est définie sous le patriarcat.

On pourrait objecter que ce jeu de séduction auquel se livre Britney Spears est ici un instrument de pouvoir entre ses mains qui lui permet au final de dominer les hommes en les menant par le bout du nez. Mais ce serait oublier que le « pouvoir de séduction » est un pouvoir tout relatif, au sens où il dépend en dernier lieu des hommes. En effet, qu’est ce que le pouvoir de séduction à part le pouvoir de séduire ceux qui ont le pouvoir pour leur en grappiller quelques miettes ? Dans cette configuration, les hommes ont effectivement le pouvoir, et les femmes ne l’ont qu’indirectement, si elles arrivent à les séduire. Loin d’être le pouvoir le plus redoutable, le pouvoir de séduction n’est qu’une apparence de pouvoir qui permet de cultiver l’illusion selon laquelle hommes et femmes seraient à ce niveau sur un pied d’égalité. De ce « pouvoir » féminin les hommes s’accommodent d’ailleurs très bien, puisqu’en échange d’une infime partie de leur pouvoir (réel), ils peuvent jouir du spectacle perpétuel de femmes cherchant à se caler sur leur désir et à assouvir leurs fantasmes. Un plan de Toxic résume à lui seul ce rapport de force : après avoir embarqué un homme en costume-cravate dans une torride partie de jambes en l’air dans les toilettes d’un avion, l’héroïne lui vole subrepticement un passe qu’il avait dans sa poche avant de disparaître. On le voit alors sortir des toilettes en remettant sa cravate, avec une moue signifiant à peu près : « ok, je me suis fait volé, mais c’est le jeu ». Et effectivement, pour les hommes, le jeu en vaut la chandelle.

L’homme volé, mais content.

Que le but soit avant tout la séduction du spectateur masculin, le réalisateur l’affirme clairement dans une interview, lorsqu’il explique que l’idée de choisir un homme gros et moche pour la scène de l’avion venait de lui : ainsi, en jetant son dévolu sur un homme au physique plus que banal, Britney Spears devient un fantasme accessible à tous les hommes[3]. Pour autant,  l’image de la star en train d’embrasser fougueusement un être aussi commun étant absolument intolérable dans cette société aphrodiste[4], le clip le remplace immédiatement par un beau blond musclé.

Ces clips sont ainsi des déclinaisons de fantasmes masculins. Dans Womanizer, Britney Spears est successivement la femme au foyer super-hot, la secrétaire super-hot, la serveuse super-hot, le « chauffeur » super-hot.

Les multiples incarnations fantasmatiques de Britney Spears

 

Au début de Toxic, elle est ainsi une hôtesse de l’air qui renverse « malencontreusement » un verre de champagne sur le pantalon d’un des voyageurs, et s’empresse de lui éponger soigneusement les parties intimes.

« Oops, I did it again »…

Apparaît ainsi bien vite la limite du propos émancipateur de ces clips. Certes, l’héroïne décide enfin de se passer de l’homme qui la fait souffrir, mais sans pour autant remettre en question les injonctions patriarcales qui exigent d’elle qu’elle se cale avant tout sur les désirs des hommes. Du coup, on a du mal à s’imaginer cette femme continuant sa vie sans se préoccuper du regard masculin (et effectivement, dans Toxic, elle redevient l’hôtesse de l’air sexy qu’elle était au début, c’est-à-dire un fantasme masculin : la boucle est bouclée). On peut alors se demander ce qu’en retiendront au final les jeunes spectatrices : qu’il est possible de se passer d’un homme ? Ou que travailler sans relâche à être la plus sexy possible est à la fois jouissif et source de pouvoir ?

 

La violence féminine, mais juste pour jouer

Dans la mesure où ils mettent en scène une femme usant parfois de la violence pour parvenir à ces fins, ces clips peuvent avoir par moment une apparence progressiste en ce qui concerne la représentation qu’ils donnent des rapports sociaux de sexe. En effet, dans notre société patriarcale, la violence est un privilège exclusivement masculin. Représenter une femme usant de la violence contribuerait donc à faire bouger les représentations à ce sujet. Sauf qu’il faut aussi être attentif au contexte dans lequel cette violence s’exprime. Or dans les clips de Britney Spears, le contexte invite à relativiser cette violence en la faisant relever essentiellement d’un jeu érotique.

Womanizer enchaîne ainsi les séquences où l’homme se fait pousser en arrière, gifler, tirer par la cravate, monter dessus, (etc.). Or bizarrement, tout cela semble plus l’exciter que l’effrayer. C’est qu’en effet, celui-ci peut continuer à garder son sourire et son assurance de dominant, puisqu’il ne s’agit pas ici d’exercer une réelle violence sur lui, mais plutôt de le manipuler grâce à un jeu de séduction (en le « chauffant » sévèrement pour le laisser ensuite frustré). Et si à la fin du clip, le personnage masculin semble par contre ici passer un réel mauvais quart d’heure, le spectateur ne sera pas quant à lui fondamentalement inquiété. En effet, l’ambiance érotique qui domine l’ensemble du clip fait perdre à cette dernière scène son effet de réalité. Le caractère potentiellement choquant de la fin de Toxic est lui aussi neutralisé par le même procédé. Comme l’explique le réalisateur, il était important que le personnage masculin meure avec le sourire, pour désamorcer l’effet choc que pouvait avoir le meurtre d’un homme par une femme[5]. Toute cette violence n’était donc bien qu’un jeu érotique sans conséquence…

Le potentiel subversif de cette violence féminine est aussi atténué par un autre moyen redoutablement efficace : pour ne pas faire trop peur aux spectateurs masculins excités par le spectacle de cette femme forte en action, le clip prend bien soin de ramener régulièrement l’héroïne à une image rassurante de la féminité (ici à un corps désirable). Ainsi, les deux clips alternent, dans un montage en parallèle, les scènes d’action et de violence féminines avec des plans de Britney Spears totalement nue (ou le corps uniquement parsemé de diamants).

La femme comme on l’aime : désirable et vulnérable.

La violence féminine est ainsi cantonnée dans des limites très précises : en plus de rester un spectacle érotisé que l’on regarde avec distance, elle est aussi constamment contrebalancée par des représentations rassurantes qui l’évacuent pour ne laisser exister que le corps excitant et vulnérable de la femme-objet.

 

En conclusion, si les clips de Britney Spears mettent en scène une femme forte sachant affirmer son indépendance amoureuse face à ses partenaires masculins, cette dimension progressiste est en même temps complètement étouffée par l’érotisation de la violence féminine et la soumission totale de l’héroïne aux impératifs de séduction émanant du pouvoir patriarcal.

Dans le monde de Britney Spears, les dominants peuvent au final tranquillement continuer de dominer puisque que la violence féminine n’était qu’un jeu érotique destiné à les exciter.

 

 

 

Et en bonus, un peu de racisme : agent secret en combinaison latex, Britney Spears chevauche un noir musclé réduit à son corps, pur prolongement de son bolide

 

Paul Rigouste


[1] Qui s’est par ailleurs illustré au cinéma avec le tristement fameux Torque (2004)…

[2] C’est ce qu’affirme par ailleurs le réalisateur Joseph Kahn (cf. http://www.mtv.com/news/articles/1490554/vma-lens-recap-britneys-toxic-video.jhtml)

[3] http://www.mtv.com/news/articles/1490554/vma-lens-recap-britneys-toxic-video.jhtml

[4] J’appelle ici « aphrodisme » la domination des gens « beaux » (c’est-à-dire correspondant aux normes de beautés dominantes dans notre société) sur les gens « moches » (ne correspondant pas à ces normes). Cette domination est analogue à d’autres formes de domination, comme le sexisme ou le racisme. Elle entraîne de la même manière, la discrimination et la souffrance d’un nombre énorme d’individus sur la base de critères totalement arbitraires.

[5] http://www.mtv.com/news/articles/1490554/vma-lens-recap-britneys-toxic-video.jhtml

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8 réponses à Toxic (2004) & Womanizer (2008) : Les contradictions de Britney Spears

  1. Joseph Kahn s’est amélioré, dernièrement. Il a réalisé le fameux « Detention », avec des personnages décalés et fort sympathiques. Il s’est même permis une touche d’auto-dérision, en faisant qualifier Torque de « navet » par ses personnages. Article intéressant, au passage.

  2. Bonjour !

    Ce n’est pas le premier article que je lis sur ce blog à évoquer la violence féminine, ou plutôt à déplorer son absence dans une certain nombre de films – les textes qui s’y rapportaient traitaient des héroïnes DIsney, si mon souvenir est exact -. J’aimerais bien avoir quelques précisions sur cette question : s’agit-il de promouvoir une sorte de droit à la violence pour les femmes, dans un souci d’égalité avec les hommes ? Pardonnez-moi si vous trouvez ma question naïve. Simplement, si tel est le cas, je trouve cette idée discutable : il n’y a selon moi pas de droit à la violence, et cette règle est certes allègrement transgressée, mais pourquoi s’en réjouir ou déplorer de ne pas y prendre part ?

    Je m’explique : certes, les femmes sont presque toujours montrées en situation d’infériorité physique par rapport aux hommes, ce qui justifie d’ailleurs qu’elles aient soit disant besoin d’un autre homme pour les protéger. Et certes, en cela, il paraîtrait pourtant plus légitime que les femmes se défendent toutes seules. Mais je ne vois pas en quoi il serait valorisant de se mettre dans la situation de l’agresseur : justement, la solution au problème serait qu’il n’y ait pas d’agresseur. En me relisant, je trouve ma réponse encore plus naïve que la question, mais peu importe, j’espère que vous verrez où je veux en venir !

    Désolée de m’etre un peu éloignée du sujet et merci pour cet article intéressant à bien des égards !

    À bientôt,

    Marie.

    • Bonsoir Marie,

      Je n’ai pas l’impression que la question que vous soulevez soit naïve. Au contraire, j’ai l’impression qu’elle est très complexe. Personnellement, je n’ai pas d’avis tranché sur la question, alors je vais essayer de répondre comme je peux 🙂

      D’abord, oui, je suis d’accord avec vous sur un point : le mieux dans l’idéal est qu’il n’y ait pas de violence du tout, qu’elle soit féminine ou masculine. Et en ce sens là, tous les films/séries/clips/etc. qui glorifient la violence sont critiquables pour moi. C’est pour ça que les films que je préfère personnellement à ce niveau, c’est moins ceux où les femmes usurpent le privilège masculin de la violence, que les films où des hommes arrêtent d’être violents, et assument ce comportement pensé comme « féminin » sous le patriarcat comme quelque chose de positif (cf. par exemple Shotgun Stories, sur lequel j’ai écrit un truc sur ce site : http://www.lecinemaestpolitique.fr/shotgun-stories-2007/ , et il me semble d’ailleurs qu’on a discuté un peu de cette question dans les commentaires, si je me souviens bien).

      Mais après, si on se place dans le contexte concret du patriarcat où la violence est quasi-exclusivement privilège masculin, le problème se complique un peu à mon avis. Parce que j’ai l’impression qu’être contre la violence en soi, dans l’abstrait, ça peut aussi être parfois peu stratégique. En effet, j’ai l’impression que toutes les violences ne sont pas équivalentes : la violence du/de la dominé-e qui se rebelle ou se défend contre l’oppression qu’ille subit est pour moi différente de la violente du/de la dominant-e qui inflige la violence initiale.

      J’ai l’impression que vous niez ce cas de figure quand vous dites « Et certes, en cela, il paraîtrait pourtant plus légitime que les femmes se défendent toutes seules. Mais je ne vois pas en quoi il serait valorisant de se mettre dans la situation de l’agresseur ». Vous passez imperceptiblement de la « violence défensive » à la « violence agressive », alors que ce n’est pas exactement pareil à mon avis. La « violence agressive » est condamnable en soi pour moi. Du coup, je pense que ce n’est pas à cette violence là qu’il serait bien que les femmes « ait droit » comme les hommes, mais à la « violence défensive ».

      J’ai l’impression que cette question du « droit » à la violence défensive contre l’oppresseur mérite peut-être d’être posée. L’idée d’une violence défensive me fait penser aux « atelier de self défense » qui sont parfois organisés par des féministes (en non-mixité). Je ne connais personne qui y a participé, donc je vais peut-être dire des âneries. Mais j’ai l’impression qu’un des intérêts pour les femmes là-dedans est de prendre conscience des ressources physiques qu’elles ont et qu’on ne leur a pas du tout encouragé à développer parce qu’elle était des filles (alors que les garçons sont quant à eux beaucoup plus encouragés à utiliser leur corps dans un affrontement). J’ai l’impression qu’il y a un enjeu dans cet usage du corps que l’éducation a réservé aux hommes. (et c’est pour ça que je vois aussi l’intérêt féministe de films qui valorisent des femmes qui se battent « comme des hommes » (ce qui est souvent malheureusement « récupéré » par le patriarcat par une érotisation des femmes violentes, qui devient ainsi des objets de désir pour le regard masculin au lieu d’être seulement des sujets de l’action).

      Après je ne dis pas non plus que encourager les femmes à la violence soit le meilleur moyen de mettre fin aux violences faites aux femmes. A mon avis, le problème de fond, ce n’est pas que les hommes soient plus fort que les femmes et qu’ils sache mieux se battre (parce qu’ils ont plus été encouragés à développer leur corps et à affronter les autres dans l’éducation qu’ils ont reçu), mais c’est plus le fait qu’ils se sentent légitimes à user de la violence, et en particulier à user de la violence contre les femmes, qui sont constamment posées comme inférieures aux hommes par l’idéologie patriarcale. Mais même si c’est pas le fond du problème, j’ai l’impression que si toutes les femmes savaient se battre comme les hommes, ces derniers ne les violenteraient peut-être pas toujours aussi impunément qu’ils le font dans notre société. Mais ptet que c’est idiot ce que je dis, je sais pas. Qu’est-ce que vous pensez de tout ça ?

      PS : et pour la question du « droit à la violence », si c’est moi qui est employé cette expression, c’était dans le sens de la légitimité à user de la violence dont je parlais plus haut. Au sens où on encourage un garçon à user de la violence, donc il se sent légitime à en user, il pense qu’il a un « droit à la violence », alors que les femmes beaucoup moins, si ce n’est pas du tout. Vous voyez ce que je veux dire ?

      • L’idée d’une violence défensive me fait penser aux « atelier de self défense » qui sont parfois organisés par des féministes (en non-mixité). Je ne connais personne qui y a participé, donc je vais peut-être dire des âneries. Mais j’ai l’impression qu’un des intérêts pour les femmes là-dedans est de prendre conscience des ressources physiques qu’elles ont et qu’on ne leur a pas du tout encouragé à développer parce qu’elle était des filles (alors que les garçons sont quant à eux beaucoup plus encouragés à utiliser leur corps dans un affrontement).

        J’y ai participé et maintenant j’organise de tels ateliers, et ce ne sont pas du tout des âneries. Un point crucial de l’autodéfense féministe, c’est de prendre en compte le conditionnement « sexe faible », « tu ne pourras jamais te défendre », de casser ce conditionnement profondément ancré.

  3. Bonjour,
    je trouve cette analyse très pertinente, cependant, je ne vois pas en quoi la séduction, qui est une arme de femme si j’ai bien tout compris, serait plus mal que les armes masculines, telles que la bagarre ou les poings dans la tronche. il est vrai que dans le clip avec l’histoire du gars dans l’avion n’est pas très glorifiante, mais la séduction est une manière subtile d’obtenir les choses qu’on veut sans user de la violence. Je vais peut être avoir l’air bête, mais je ne comprends pas pourquoi c’est aussi mal vu ? C’est parce que, vous trouvez ça dommage que les femmes n’utilisent en général que ce genre de pouvoir, ou c’est parce que les hommes ne l’utilisent pratiquement jamais ?

    • La séduction c’est un peu LA grande arme des dominé.e.s, aussi bien que les femmes que, si on y réfléchit, les enfants (les enfants gentil.le.s et sages, on va beaucoup plus s’offusquer qu’iels soit tapé.e.s par exemple), les animaux (animaux mignons vs pas mignons)…

      C’est une arme caractéristique des dominé.e.s parce que le but, c’est de mettre de ton côté les gens qui ont le vrai pouvoir. Si la séduction a marché, tu as obtenu ce que tu voulais…pour le moment, rien ne te garantit que tu vas arriver à défendre tes futurs intérêts comme cela.

      D’autre part la séduction c’est très lié à des injonctions. Pour avoir ce « pouvoir » et donc arriver à séduire, il faut te plier à des injonctions émises par, encore une fois, celleux qui ont le vrai pouvoir. Les enfants devront apprendre à se tenir calme sans bouger sur leur chaise, et puis aller dans leur chambre à telle heure, et puis ci et ça qui arrivent au fur et à mesure et qui vont tomber de manière assez arbitraire. Et il suffit qu’une fois ils disent merde, pour casser tout l’effet. Pour les femmes c’est pareil : pour être séduisante il faut flirter, et puis il faut faire du sexe, et puis absolument sucer ou x ou y sinon t’es trop coincée et pas séduisante…

      Donc au final, la séduction, c’est jouer le jeu de se plier totalement à des injonctions qui viennent d’en haut en espérant défendre un peu ses intérêts, et ça, c’est même pas certain.

      (Je précise que je ne juge absolument pas les dominé.e.s qui se défendent avec les moyens du bord, j’explique juste pourquoi le pouvoir de la séduction n’en est pas vraiment un.)

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