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L’inconvénient d’être un animal de film d’animation

animaux

Je voudrais ici m’interroger sur la manière dont les animaux sont la plupart du temps représentés dans les films d’animation. Cela me semble avoir son intérêt d’un point de vue politique, étant donné que nous vivons dans une société spéciste qui organise à grande échelle l’exploitation des animaux pour notre plaisir (cf. par exemple les millions d’animaux tués et/ou torturés chaque jour pour le plaisir gustatif de certain-e-s d’entre nous, et ce dans l’indifférence quasi-générale). Comme toute exploitation d’une classe d’individu par une autre, le spécisme s’accompagne de discours et de représentations qui le légitiment. Trouver tout à fait normal le fait de tuer (ou de faire tuer) un animal pour agrémenter notre repas n’est pas « naturel », mais le fruit d’une éducation spéciste commencée dès le plus jeune âge. Or les films d’animation participent à mon avis à cette éducation, de manière d’autant plus efficace qu’ils sont regardés (souvent en boucle) par un grand nombre d’enfants.

Je me concentrerai sur les films d’animation produits par les gros studios hollywoodiens (Disney, Pixar, Dreamworks, etc.) parce qu’ils sont les plus regardés dans le monde (et en France), mais on retrouve les mêmes types de représentations ailleurs (que ce soit dans les films plus « indépendants » ou produits dans d’autres pays).

Les films qui vont m’intéresser plus particulièrement ici sont ceux dans lesquels les animaux représentent vraiment des animaux et pas des humain-e-s, comme c’est le cas par exemple dans Le Roi Lion, Robin des Bois ou Basil détective privé. En effet, je pense que le Roi Lion nous parle aussi peu des lions, des hyènes ou des phacochères que Robin des bois nous parle des renards, des ours et des poules. Dans ces films, les animaux servent juste de « peaux » à des personnages ayant des problématiques plus humaines qu’animales (voir par exemple ici et ici pour le cas du Roi Lion). En revanche, même si la manière dont ils sont représentés est plus ou moins anthropomorphique, des personnages comme Abu le singe dans Aladdin ou Meiko le raton laveur dans Pocahontas renvoient plus à des animaux[1]. C’est d’eux dont je vais parler ici, en ne prétendant aucunement à l’exhaustivité.

Dans cet article, j’essaierai simplement de dégager les grandes constantes de la représentation des animaux dans les films d’animation. Comme le sujet de la domesticité est au cœur d’un grand nombre d’entre eux, je lui consacrerai un article spécifique (dans lequel je parlerai des films comme Les 101 Dalmatiens, La Belle et le Clochard, Rox et Rouky, les Wallace et Gromit, Dragons, Les Croods, etc.). Je ferai de même pour les quelques films qui se distinguent par leur propos antispéciste (Chicken Run, Frère des Ours, Free Birds et The Plague Dogs). Enfin, je pense traiter certains autres films particulièrement denses dans des articles spécifiques (Merlin l’enchanteur, les Madagascar, et les Rio).

Comme on le verra, une des constantes dans la représentation des animaux est qu’ils n’ont pas d’arc narratif propre, c’est-à-dire qu’ils ne vivent pas leur propre aventure mais sont seulement là pour accompagner le héros ou l’héroïne humain-e-s dans sa quête. En d’autres termes, ils n’ont pas d’existence autonome, d’intérêts propres, mais sont là uniquement pour nous (pour nous servir, nous divertir, nous regarder, etc.). Ces représentations légitiment et consolident ainsi le système d’oppression spéciste qui traverse notre société, et qui permet aux humain-e-s d’exploiter les animaux à leur guise (que ce soit pour se nourrir, se vêtir, se divertir, avoir de la compagnie ou faire des expérimentations « scientifiques »).

Leur seul but dans la vie : servir les humains

Une des premières choses que nous apprennent la majorité des films d’animation, c’est que les animaux sont à notre service. Et le plus souvent, il n’y a même pas besoin de les dresser pour qu’ils nous obéissent, car ils n’attendent au fond qu’une chose dans la vie : se soumettre à la volonté des humain-e-s. Si certains d’entre eux rechignent un peu à la tâche (en finissant tout de même par faire ce qu’on leur demande), la plupart sont absolument ravis d’être nos esclaves.

On peut penser par exemple aux animaux de la forêt qui viennent aider Blanche-Neige à faire le ménage dans la chaumière des sept nains (« Vous, vous ferez la vaisselle. Vous, vous rangerez la pièce. Vous, vous époussèterez la cheminée. Et moi, je prends le balai ! »), le tout dans la joie et la bonne humeur (« Sifflez en travaillant, lalala la la la la ») :

animaux01Le cerf-porte-manteaux

animaux02Les ratons-laveurs-de-linge

animaux03Les écureuils-lave-vaisselle

On retrouve dans Raiponce le même genre de représentation sexiste et spéciste de femme qui fait le ménage en chantant, aidée par des petits animaux. L’héroïne est alors assistée de Pascal le caméléon, qui récupère la poussière quand elle balaye, brosse le sol, pompe l’eau pendant qu’elle fait la vaisselle, et l’assiste aussi dans ses loisirs, en lui tenant par exemple la palette de lorsqu’elle peint.

animaux04animaux05animaux06Pascal, l’assistant caméléon

On ne compte plus également les représentations de chevaux ravis de trimbaler des humain-e-s sur leur dos, sans qu’il ne soit fait aucune mention des souffrances et contraintes que ces animaux endurent, notamment lors des séances de dressage pendant lesquels ils apprennent à obéir à leurs maîtres. En invisibilisant systématiquement tout ce processus de domestication, ces représentations finissent par naturaliser l’exploitation des chevaux par les humain-e-s, en confortant les discours spécistes qui affirment par exemple que « les chevaux sont faits pour être montés » ou « sont heureux d’être montés par les humain-e-s », avec qui ils ont une « relation réciproque qui profite à chacun » (je te donne des céréales à manger, et en retour je m’arroge le droit de t’enfermer dans un pré ou dans un box et de te monter quand j’en ai envie).

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Que ce genre de représentations se retrouve dans des films comme Mulan ou Rebelle est d’autant plus énervant que leur sujet principal est l’émancipation d’une héroïne soumise à la domination patriarcale. Si les humain-e-s ont le droit d’aspirer à la liberté, ce n’est visiblement pas le cas des animaux, et en particulier des chevaux. Dans Mulan, l’héroïne libère symboliquement le criquet de sa cage au début, mais continuera de se servir de son cheval pendant tout le film. De même, dans Rebelle, Mérida admire un aigle qui vole dans le ciel comme si elle lui enviait sa liberté, mais ne se questionne jamais sur la condition de son cheval, sur lequel elle s’amuse à faire ses exercices de tir à l’arc.

Le sommet de ce genre de contradiction reste néanmoins le comportement de Jasmine dans Aladdin. Alors qu’elle se plaint constamment d’être prisonnière de son palais et de sa condition de princesse, le sort de son tigre Rajah ne la préoccupe pas outre mesure. On avait pourtant de quoi espérer un peu de conscience antispéciste de sa part, dans la mesure où elle libérait des oiseaux de leur cage au début du film. Mais ce n’était visiblement qu’un moyen de symboliser son aspiration de liberté à elle, comme le confirme la scène où elle s’échappe de son palais pendant la nuit. Rajah la suit alors jusqu’au mur d’enceinte qui entoure le jardin. Mais Jasmine l’abandonne après lui avoir déclaré : « Oh pardon Raja, mais je ne peux pas rester ici et les laisser vivre ma vie à ma place ». Si une humaine a le droit de vouloir vivre sa vie comme elle l’entend, ce n’est visiblement pas le cas des animaux… Pour couronner le tout, Jasmine se sert de la tête de Rajah comme d’un marchepied pour escalader le mur et s’enfuir. L’émancipation de l’une se fait donc au détriment de l’autre, dont la condition n’est jamais questionnée.

animaux10« Tu sais Rajah, tu vas me manquer, mais toi tu dois rester enfermé parce que tu n’es qu’un animal, et ta liberté vaut donc beaucoup moins que la mienne, tu comprends ? »

animaux11« Et mets-toi là deux secondes s’il te plaît, que je te marche sur la gueule pour pouvoir me casser… »

Qu’ils soient du côté des gentil-le-s ou des méchant-e-s, les animaux se soumettent toujours volontairement à leurs maîtres et maîtresses, parce qu’ils considèrent leur autorité comme légitime ou partagent les mêmes désirs et projets qu’elleux. Si certains trainent un peu la patte, les films ne nous montrent jamais ces résistances comme une réaction à l’exploitation qu’ils subissent en tant qu’animaux, mais seulement comme un trait de caractère purement individuel. On peut penser par exemple à Sébastien le crabe dans la Petite Sirène, cet esclave Noir qui rechigne à exécuter les ordres du Roi Triton parce qu’il est un peu fainéant sur les bords (sur le racisme de Disney vis-à-vis de ce personnage, voir ici), ou encore à Maximus, le cheval de Raiponce, qui refuse au début de se soumettre à Flynn Rider parce qu’il a une dent contre lui et lui seul.

animaux12J’ai rien contre les humain-e-s, c’est juste ta tronche qui me revient pas

Lorsque l’on trouve une imagerie qui pourrait servir à mettre en évidence la contrainte exercée par les humain-e-s sur les animaux, c’est le plus souvent sur un mode léger ou humoristique qui désamorce toute critique sérieuse. On peut par exemple penser à Iago, qui trime comme un esclave sur la machine de Jafar, ou à Abu, qui exécute les ordres d’Aladdin après s’être mis au garde à vous. Dans le premier cas, on est invité à rire du supplice infligé au perroquet, et dans le second, il s’agit non pas de mettre en évidence la hiérarchie qui existe entre Aladdin et Abu pour la critiquer, mais plutôt de montrer l’interaction entre les deux compagnons comme un tandem bien rôdé où chacun à sa place et sait travailler en équipe (ce qui est une manière de rendre invisible la domination qui se cache derrière ce binôme où l’un donne les ordres et l’autre exécute).

animaux13animaux14A vos ordres, maître.

Pour servir les humains, les animaux sont prêts à prendre de gros risques, qui peuvent parfois aller jusqu’au sacrifice de leur vie, comme c’est par exemple le cas de Ray la luciole dans La Princesse et la grenouille. Les souris de Cendrillon prennent elles-aussi d’énormes risques (en affrontant notamment le chat Lucifer) afin de réunir tous les matériaux nécessaires à la confection de la robe dont l’héroïne a besoin pour se rendre au bal.

animaux15Tou-te-s ensemble pour servir notre maîtresse adorée

Dans le même esprit, le film Les Aventures de Bernard et Bianca va même jusqu’à imaginer une association internationale de souris (« SOS Société ») dont le but est d’aider les humain-e-s en détresse[2]. Les paroles de leur hymne sont éloquentes : « S.O.S Société, nous sommes là pour aider. Quels que soient vos problèmes, nous les règlerons nous même! Etc. ».

Leur grande passion : les humains et leurs problèmes

Une autre grande vérité que nous apprennent les films d’animation est que les animaux sont absolument passionnés par la vie des humains. Derrière cette idée, il y a probablement le présupposé spéciste selon lequel l’existence des humains est passionnante alors que celle des animaux n’a aucun intérêt. C’est bien connu, les animaux s’emmerdent tellement dans leur vie morne et répétitive qu’ils sont toujours ravis dès qu’un-e humain-e se pointe, comme ça ils peuvent l’accompagner et écouter ses problèmes.

Il me semble qu’on a affaire ici à l’une des expressions les plus manifestes de l’« anthropocentrisme » si répandu et banalisé dans notre société spéciste. Comme l’indique l’étymologie du mot, cette conception considère l’humain comme le centre de l’univers, ce à quoi tout se ramène et autour duquel tout gravite :

animaux16Le centre du monde

Si ce genre de représentations peut prêter à rire tellement l’anthropocentrisme y est manifeste, il ne faut pas oublier que l’immense majorité d’entre nous se comporte quotidiennement vis-à-vis des animaux selon cet anthropocentrisme grossier. Le simple fait de se nourrir de chair animale ou de produits animaux par exemple suppose de considérer les intérêts des animaux comme subordonnés aux nôtres. Pour s’arroger le droit de tuer ou de torturer d’autres êtres sensibles, il faut forcément les considérer comme inférieurs à nous, comme des choses dont on pourrait disposer, qui sont là pour nous (pour notre plaisir gustatif en l’occurrence). On peut enrober ces pratiques spécistes de tous les sophismes qu’on veut pour tenter de les justifier, il restera toujours au fondement cet anthropocentrisme primaire pour qui l’humain est le centre de référence, celui qui a le droit de décider qui doit vivre et qui doit mourir, celui pour qui toutes les choses et les êtres existent.

Comme on le voit sur la photo de Blanche-Neige ci-dessus, cet anthropocentrisme s’exprime typiquement dans les scènes où plein de petits animaux de la forêt s’attroupent autour d’un-e humain-e pour écouter ses problèmes. Dans Blanche-Neige, notre pauvre héroïne s’est perdue dans la forêt, et les animaux viennent la réconforter, avant de lui indiquer où se trouve la maison des 7 nains, dans laquelle elle pourra s’épanouir en faisant le ménage et la popote (en attendant de pouvoir le faire pour son prince charmant).

On retrouve le même genre de scène dans Cendrillon ou dans La Belle au Bois dormant, par exemple dans la scène Aurore raconte son rêve d’amour et de prince charmant à ses amis les petits animaux de la forêt.

animaux17« Cette nuit j’ai rêvé d’un prince charmant qui ressemblait à Robert Pattinson … »

animaux18« Et alors ??? Qu’est-ce qu’il se passait ??? »

animaux19« Ben en fait, moi j’étais endormie à cause d’un sort que m’avait jeté une méchante sorcière moche et frigide, et lui il est arrivé et m’a embrassé sans mon consentement. J’ai tellement adoré ça que ça m’a réveillée, et du coup je l’ai épousé dans la foulée. »

animaux20« Pouah, il est glauque ton rêve… presque aussi glauque qu’un mauvais Disney… »

Quarante-six ans plus tard, on retrouve exactement le même type de scène dans Pocahontas, lorsque l’héroïne vient demander à Grand-Mère Feuillage quel sens peut bien avoir son rêve de boussole. Des animaux sont alors attroupés autour d’elle et sur les branches de l’arbre. Leur impatience et leur excitation sont telles que Grand-Mère Feuillage est obligée de les gronder comme des enfants trop turbulents[3].

animaux21animaux22« Vas-y vas-y, raconte ! »

En plus de cet anthropocentrisme, ces scènes ont également une dimension sexiste. En effet, ce n’est pas un hasard si c’est toujours dans des films centrés autour d’une héroïne que l’on retrouve ce genre de configuration. Inviter les petites filles à s’identifier à des femmes entourées de petits animaux mignons a d’abord pour fonction de les cantonner à des rôles et comportements traditionnellement dévolus aux femmes sous le patriarcat : tendresse, soin (le « care »), douceur, affection, etc., et surtout maternité (puisque ces petits animaux sont souvent dépeint comme des enfants dont elle doit s’occuper).

Une deuxième fonction de cette omniprésence des animaux est probablement de construire les héroïnes elles-mêmes comme des « petits animaux » parmi les autres, c’est-à-dire comme des petits êtres fragiles et craintifs que les hommes auraient à apprivoiser. C’est particulièrement clair dans Pocahontas, où l’héroïne est clairement animalisée, en particulier dans les « scènes d’approche » avec John Smith (le sommet du genre étant probablement la scène de la cascade (sur l’animalisation de Pocahontas, voir ici)).

Enfin, ce dispositif a sûrement une autre fonction : naturaliser des comportements ou désirs qui sont en réalité sociaux (inculqués aux femmes dès leur enfance). Il est à cet égard significatif que les animaux soient mis en avant dans les scènes où l’héroïne fait le ménage/la cuisine (Blanche-Neige, Raiponce) ou partage ses rêves d’amour hétérosexuel (Blanche-Neige, Cendrillon, La Belle au Bois Dormant, Pocahontas).

animaux23« Un jour mon prince viendra… »

De même, dans Anastasia, des petits animaux sortis de nulle part suivent avec passion la transformation de l’héroïne en princesse (c’est-à-dire en femme) sous le patronage des deux hommes (sur ce film, voir ici).

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Dreamworks a tourné en dérision ce type de scène dans Shrek. Le passage où la princesse Fiona chante avec un oiseau dans la forêt est en effet une allusion directe à une scène de Blanche-Neige où l’héroïne fait des vocalises avec un oisillon qui finit par s’égosiller[4]. Alors que le petit volatile s’en tire indemne chez Disney, il finit par exploser dans la parodie qu’en propose Dreamworks, et ses œufs font ensuite office de petit déjeuner pour la princesse et ses compagnons. Le remake parodique de Shrek s’avère ainsi encore plus spéciste que l’original, puisqu’il banalise les violences faites aux animaux, en nous invitant de surcroît à en rire. Encore une preuve que le « post-modernisme » à la Dreamworks ou Pixar n’a souvent pas grand intérêt d’un point de vue politique (contrairement au préjugé répandu selon lequel ces studios adeptes des références et clins d’œil seraient plus progressistes que Disney).

animaux26animaux27animaux28Hihi on va trop critiquer Disney hihi, au lieu de montrer une princesse qui chante avec un oiseau, on va montrer une princesse qui le fait exploser sans faire exprès, comme ça ce sera à la fois spéciste et sexiste, hihi trop LOL

Leur mode d’existence : l’imitation

Que les animaux soient au service des humain-e-s ou à leur écoute, l’idée sous-jacente est qu’ils n’ont pas de vie propre, pas d’autonomie. Cette idée est poussée à l’extrême dans un motif récurrent qui consiste à  mettre en scène des animaux imitant les comportements et attitudes humaines. Souvent, les animaux qui accompagnent les protagonistes humains « singent » ces derniers, comme s’ils n’étaient que des reproductions en plus petit et plus drôle de leurs maîtres et maîtresses.

Les exemples abondent. On peut par exemple penser à Abu dans Aladdin, qui prend exactement les mêmes postures que son maître :

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Ou encore Meeko, le compagnon raton laveur de Pocahontas, qui tente d’imiter le plongeon de sa maîtresse au début du film, avant de se rendre compte qu’il n’a pas le niveau, être inférieur qu’il est :

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Quelques autres exemples en vrac :

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Cette idée selon laquelle les animaux n’ont pas d’existence propre transparaît également dans Pinocchio, où l’on voit au début les animaux domestiques de Gepetto se coucher en même temps que lui, comme si les animaux vivaient forcément au rythme des humains (activités la journée, dodo la nuit).

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Cet anthropomorphisme qui calque la vie et les comportements des animaux sur ceux des humains relève du même anthropocentrisme, et donc du même fantasme de domination absolue des humains sur leurs « frères inférieurs » (« absolue » au sens où elle s’étend jusqu’à la moindre posture corporelle).

Leur seule possibilité d’« émancipation » : devenir comme des humains

Les humains sont le point de référence absolu pour les animaux. Un grand nombre d’entre eux ne rêve d’ailleurs que d’une chose : devenir des humains. On peut penser par exemple au Roi Louis du Livre de la Jungle ou à Louis l’Alligator dans la Princesse et la grenouille (deux personnages que j’analyse de manière un peu plus approfondie ici). Comme on le constate d’ailleurs dans ce dernier film, ce désir de changer d’espèce ne va que dans un sens, puisque lorsque Tiana et Naveen sont transformé-e-s en grenouilles, illes ne souhaitent qu’une chose : redevenir des humain-e-s. Ainsi, si les cas d’animaux voulant devenir des humains abondent, on trouve beaucoup moins d’humains qui voudraient devenir des animaux. Rien de plus logique dans un système de pensée spéciste qui pose les animaux inférieurs aux humains (l’être inférieur peut souhaiter être l’égal de l’être supérieur, alors que l’inverse est absurde). Lorsque des humains sont transformés en animaux, ce n’est pas une chance, c’est une malédiction à laquelle il faut à tout prix échapper (outre Tiana et Naveen de La Princesse et la grenouille, on peut aussi penser à la mère de Mérida transformée en ours dans Rebelle ou à Kuzco transformé en lama dans Kuzco, l’empereur mégalo).

En ce qui concerne les animaux qui veulent échapper à leur condition d’inférieur, deux cas sont possibles. Dans le premier, l’animal en question n’est en fait qu’un animal comme les autres (qui a donc tort de se croire supérieur à son espèce), et sa transgression est alors sévèrement punie. C’est par exemple le cas du Roi Louie dans Le livre de la jungle, ou celui du héros de Bee Movie qui ne supporte pas l’étroitesse et la pauvreté de sa vie d’abeille et copine avec les humains. A chaque fois, la démesure de ces animaux engendre le chaos (pour une analyse approfondie de Bee Movie, voir ici).

A côté ce cela, il existe aussi d’autres cas où les animaux sont autorisés à être les égaux des humains. Malheureusement, ce genre de scénario reste tout aussi spéciste, puisqu’il n’est jamais question de considérer TOUS les animaux comme les égaux des humains, mais seulement UN animal exceptionnel, qui se distingue de la masse des autres animaux précisément parce qu’il a quelque chose de spécifiquement humain qui le rend supérieur à son espèce. Louis l’alligator en est un bon exemple (voir ici). Mais on peut aussi penser à Rémi, le rat de Ratatouille qui rêve de devenir chef cuisinier.

Dès le début de Ratatouille, Rémi est en effet présenté comme un rat au-dessus de la masse des autres rats parce qu’il possède un don exceptionnel : un odorat surdéveloppé. Or le film articule intimement cette capacité extraordinaire à un désir de ressembler aux humains.

animaux43« Le monde se divise en deux catégories mon vieux : les supérieurs qui marchent debout, et les inférieurs qui marchent à quatre pattes »

Rémi reproche ainsi constamment aux siens le fait qu’ils ne soient que des vulgaires « voleurs » (ce qui est bien évidemment un point de vue humain sur les rats), et admire au contraire la noblesse et la supériorité des humains : « Je sais que je suis censé détester les humains, mais ils m’attirent. Ils ne font pas que survivre. Ils découvrent, ils créent. Regardez ce qu’ils font avec la nourriture. ». On retrouve ici la même idéologie spéciste qu’incarne Baloo dans Le Livre de la Jungle (voir ici), selon laquelle la « vie animale » serait « monotone et rivée aux besoins primaires (boire, manger, dormir) », alors que « l’existence humaine » seraient au contraire passionnante, car création et découverte perpétuelle. En résumé, cette conception renvoie la « vie animale » du côté du déterminisme (les animaux sont gouvernés par leurs instincts et immergés dans la nature) et réserve à l’ « existence humaine » le monopole de la liberté (les humains s’élèvent au-dessus de la nature grâce à leur esprit).

Le film s’avère ainsi doublement spéciste : (1) l’ascension de l’animal uniquement dans un cadre de pensée qui hiérarchise humains et animaux (pour un animal, s’élever au-dessus de sa condition signifie devenir semblable aux humains), et (2) seul l’animal exceptionnel et au-dessus de son espèce est pensé comme l’égal des humains (sous-entendu : les autres restent des inférieurs).

Un des films les plus ridicules à ce niveau est probablement le récent Mr. Peabody et Sherman, dans lequel un des enjeux pour Mr. Peabody est de ne pas être méprisé par les humains parce qu’il est un chien. A la fin, il parviendra enfin à se faire accepter parmi ces êtres supérieurs que sont les humains, mais seulement à titre exceptionnel, comme le précise bien George Washington lorsqu’il déclare solennellement  « Tous les hommes, et quelques chiens, ont été créés égaux ». Ainsi, pour avoir le droit de ne pas être jeté à la fourrière, Mr. Peabody a dû faire ses preuves, montrer qu’il n’était pas juste un vulgaire chien mais un chien exceptionnel car plus humain que les humains :

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Quant aux autres chiens qui ne savent pas jouer de la cithare et résoudre des théorèmes mathématiques (c’est-à-dire les chiens réels), pas de droits pour eux. Et idem pour le reste des animaux. Non mais quoi encore, vous ne croyiez quand même pas qu’on allait leur accorder le droit de ne pas être torturés, exploité et tués…

Un personnage qui illustre ce point de manière particulièrement intéressante est le cheval Maximus, dans Raiponce. Au début, celui-ci est un animal comme tant d’autres dans les films d’animations : soumis à son maître (le chef de l’armée), et imitant celui-ci dans ses moindres faits et gestes (lors de sa première apparition, on le voit ainsi « singer » son maître en donnant aux chevaux de l’armée les même ordres que ceux que vient de donner le commandant aux autres cavaliers). Mais voilà, Maximus prend tellement à cœur la mission de son cavalier (capturer Flynn Rider) qu’il va très rapidement « dépasser son maître ». Beaucoup plus efficace et zélé que les humains, c’est lui qui prend alors en charge le voleur, en faisant de cette mission une affaire personnelle.

Il est ainsi intéressant de constater que l’autonomisation d’un animal ne peut avoir lieu qu’à condition que celui-ci se réapproprie une quête humaine et des comportements humains (puisque si le personnage de Maximus est si drôle, c’est en grande partie parce qu’il adopte des postures et attitudes typiquement humaines).

animaux47Maximus, un cheval plus humain que les humains

Paradoxalement, cette manière de servir les humains avec trop de zèle et de les imiter trop systématiquement rend le personnage de Maximus un peu trop dangereux, et le film s’appliquera donc à le dompter en le faisant passer sous la domination des  deux héro-ïne-s : Raiponce et Flynn Rider. La première lui apprend d’abord à reconnaître la voix de ses maîtres :

animaux48« Assis le chien ! »

Et le cheval finira par reconnaître cette domination comme totalement légitime, comme l’illustre la scène où il accepte de se faire monter par Flynn sans broncher :

animaux49« A ton service, humain »

Il pourra ainsi à la fin acquérir un poste de pouvoir, soumis néanmoins à l’autorité humaine (celle du couple royal), qui reste souveraine. Là encore, la « promotion » pour un animal consiste à occuper une fonction proprement humaine, chef des armées en l’occurrence.

animaux50« Je voudrais être un homme comme vous, et faire comme vous… tout ouh ouh »

Leur fonction privilégiée : punching ball

Une dernière chose que nous apprennent également ces films au sujet des animaux, c’est qu’il est normal (voire même rigolo) de les violenter. Certes, ils ne sont pas les seuls à subir des violences dans les dessins animés, mais ils me semblent être les seuls individus à subir cette violence de manière aussi systématique, en tant que classe. Plus que n’importe quel-le-s humain-e-s, les animaux sont considérés comme des sous-êtres, que l’on peut donc malmener sans une once de culpabilité.

Ainsi, pour prendre un cas particulièrement éloquent, Iago passe son temps à se faire violenter dans Aladdin, et toutes ces violences sont censées être drôles.

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En plus de banaliser les violences faites aux animaux, ces films profitent des possibilités que leur offre l’animation pour pousser cette violence à son extrême. Les corps des animaux sont ainsi écrasés, compressés, étirés, etc., d’une manière qui n’a pas d’équivalent chez les personnages humains.

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Par là, ces films nous apprennent à regarder les animaux comme des corps insensibles, presque comme de la pâte à modeler (ou plus exactement de la « viande à modeler »).

Ces tendances s’accentuent quand les animaux n’ont pas d’individualité mais sont juste les incarnations interchangeables d’une espèce :

animaux60Ski nautique…

animaux61animaux62… et saute-mouton

Le fait que ces moutons aient l’air complètement abrutis participe d’ailleurs de la même logique spéciste. Dans tous les cas, il s’agit de légitimer les violences à leur égard. Le film ne nous montre pas ici « des moutons », c’est-à-dire des individus qui ont chacun une existence propre et des intérêts propres, mais seulement « du mouton », c’est-à-dire un tas de viande indifférencié et décérébré.

Finalement, à l’horizon de toutes ces représentations, il y a l’animal comme viande, stade ultime de la désindividualisation. A ce stade, les animaux ne sont plus des êtres sensibles qui ont chacun leur identité propre et leur vie propre, mais des êtres inférieurs que l’on peut torturer, tuer, découper en morceaux et manger pour notre plaisir, sans que cela ne nous pose plus aucun problème de conscience.

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 Paul Rigouste

Notes :

[1] Les deux ne sont bien sûr pas exclusifs, car des personnages d’animaux peuvent à la fois avoir des problématiques humaines et animales (comme par exemple dans Les Aristochats, où Duchesse est à la fois une chatte domestique séparée de sa maîtresse et croisant la route d’un chat sauvage (problématique animale), et une aristocrate célibataire et mère de trois enfants qui rencontre un baroudeur et finit par vivre avec lui (problématique humaine où s’entremêlent rapports de classe et de « sexe »).
Un indice qui confirme à mon avis que ces animaux dont je vais parler ici incarnent avant tout des animaux est le fait qu’ils soient presque tous des mâles (ou des animaux dont le sexe n’est pas précisé). En effet, parce qu’ils sont d’abord caractérisés comme des animaux, les films les représentent pour le reste comme « neutres », c’est-à-dire dans le cadre du patriarcat, comme des mâles (le masculin étant dominant dans notre société, il se fait passer pour le « neutre » et « l’universel »). La seule exception qui me vient à l’esprit est comme par hasard un film qui insiste lourdement sur la différenciation sexiste des rôles. Il s’agit de Cendrillon, qui met en scène des souris mâles et femelles, les secondes étant préposées au ménage et à la couture alors que les premiers ont droit au danger et à l’aventure.

[2] En théorie, leur société se donne pour mission de sauver n’importe quel individu en détresse (le fondateur s’est ainsi illustré en secourant un lion, comme le montre son portrait), mais dans les faits, il s’agit toujours de sauver des humain-e-s.

[3] Je reviendrai sur cette manière d’infantiliser les animaux dans l’article sur les représentations de la domesticité, car il s’agit là à mon avis d’un moyen parmi d’autres de présenter les animaux comme des êtres dépendants, donc ayant besoin d’un « adulte » (l’humain-e) pour s’occuper d’eux.

[4] Et dans une moindre mesure à une scène de La Belle au Bois Dormant qui reprend le même motif du duo princesse/oisillon.

 

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154 réponses à L’inconvénient d’être un animal de film d’animation

  1. Dans Frère des Ours,c’est un peu l’inverse qui se produit, puisqu’au final, l’humain choisit de rester un ours…

    • Tout à fait. Sur la question du spécisme, je trouve que Frère des Ours est un film vraiment super, très intéressant sur plein de points. J’essaierai d’esquisser une analyse de sa dimension antispéciste dans l’article que je publierai bientôt sur les films d’animation que je trouve les plus radicalement antispécistes, à savoir Frère des Ours, Chicken Run, The Plague Dogs et Free Birds (le moins intéressant des 4). Si vous en connaissez d’autres d’ailleurs, ça m’intéresse…

      • Personnellement, j’aimerais beaucoup voir ce que vous auriez à dire sur « Spirit, l’étalon des plaines ».

        • Je ne l’ai pas encore vu, mais ce qu’en avait dit Nîme sur le forum (http://www.lecinemaestpolitique.fr/forums/topic/films-series-et-autres-antispecistes/) me laissait penser que l’antispécisme du film n’allait pas aller bien loin…
          Vous l’avez vu vous ? Vous en avez pensé quoi ?

          • J’ai vu « Spirit » il y a un moment (petite), sans être politisée et il me semble qu’il y a quand même de bonnes choses. Spirit ne se soumet jamais, qu’il soit avec les méchants militaires, ou les gentils indiens qui vivent en paix avec leur chevaux (le film est assez bienveillant envers les indiens). Je crois même qu’au moment où il rencontre la jument, il se demande pourquoi est-ce qu’elle reste avec l’humain. Après, il se lie d’amitié avec l’indien et il se laisse même chevaucher, mais parce qu’il l’a décidé. Le moment où il se fait ferrer et marqué aussi peut être intéressant, mais il est traité de manière « comique » je crois. Bref, il y a sûrement des pistes intéressantes à explorer. Faut voir.

          • Après au hasard sans réfléchir et sans avoir vraiment analysé l’éventuel antispécisme dans le contenu, je pense à :

            – Fantastic Mr. Fox
            – Birsby et le secret de NIMH
            – Princesse Mononoké

            Je ne suis pas sûre de ce que j’avance, à part pour Brisby dont je suis à peu près sûre, mais ce sont ceux qui me viennent à l’esprit.

          • Navrée pour le flood, je pense aussi à :

            – Nausicaa de la vallée des vents (que j’ai lu et pas vu, mais le film ne devrait pas être loin du livre) qui présente une héroïne proche d’insecte, insectes « en colère » vus comme légitimes (mais d’autres animaux sont exploités)
            – Les enfant loups, Ame et Yuki (Pas parfait mais dans lequel un des personnages décide de rester « loup », abordé la dichotomie animalité/humanité)
            – Peut être le Monde de Némo? (Enfant séparé, poissons d’aquarium qui cherchent à s’enfuir, poissons qui échappent à la pêche ect.)

            Bon courage 🙂

          • Merci beaucoup pour toutes ces suggestions.

            En ce qui concerne Spirit (que je n’ai pas vu), ce côté « bienveillant envers les indiens » me fait un peu peur a priori, car ça sent le racisme bienveillant à la Pocahontas ou Avatar qui valorisent certains peuples comme étant « plus proches de la nature ». Certes, il s’agit d’une valorisation, mais dans un cadre de pensée raciste qui perpétue par là la vision ethnocentrée que l’on a de ces populations dites plus « primitives ».

            Et cette idée selon laquelle un cheval pourrait « décider d’être monté » me pose aussi question. Est-ce que c’est pas un fantasme d’humain-e-s ? Est-ce que les chevaux qui « décideraient » de se faire monter ne sont pas toujours des chevaux qui ont déjà été domestiqués/dressé par les humains? Je sais pas, je me demande juste, je ne connais pas assez les chevaux pour me prononcer. Mais j’ai du mal à imaginer qu’un-e humain-e puisse réussir à monter sur le dos d’un cheval et à le chevaucher sans exercer une contrainte ou une violence sur lui (en lui tirant la crinière par exemple). Vous voyez ce que je veux dire ?

            Mais bon, je vais regarder ce film de toute façon, car je vais sûrement avoir à en parler dans l’article sur les représentation de la domesticité/domestication des animaux.

          • Salut, désolé du retard de réponse, j’ai été loin de mon clavier pendant quelques temps.

            J’ai vu Spirit il y a assez longtemps, à une époque où je n’essayais pas particulièrement d’analyser les films à quelque niveau que ce soit, donc mes souvenirs peuvent être un peu flous. Ceci-dit, je pense que du point de vue du spécisme il est assez intéressant sur de nombreux points :

            – Même si il y a anthropomorphismes sur certains points, ça reste relativement léger. Les regards et expressions des chevaux rappellent beaucoup ceux d’êtres humains, et je pense que ça a un effet positif puisque facilitant l’identification des spectateurs à des animaux (d’autant qu’on voit l’histoire du point de vue de Spirit du début à la fin).
            – Contrairement à d’autres films d’animation du même genre, les animaux ne parlent pas (on a juste Spirit qui intervient en temps que narrateur extérieur). Je trouve que c’est un bon point parce que ça montre bien que les animaux n’ont pas besoin d’être doués de parole ou d’être particulièrement humains pour être considérés comme des êtres conscients doués d’émotions.
            – Spirit ne se soumet jamais aux humains, qu’ils soient blancs ou amérindiens. Même si les méthodes de dressages des seconds sont montrées comme moins brutales, il les considère comme un asservissement au même titre que celles des premiers et la fin du film lui donne raison. Ses deux dresseurs finissent d’ailleurs par lui manifester un respect comparable à celui qu’on pourrait ressentir pour un individu humain.
            – La seule occasion où Spirit accepte de se faire monter de son plein gré, c’est il me semble de sa propre initiative pour sauver la vie d’un humain. Une circonstance exceptionnelle et qui à mes yeux en fait plus un égal qu’un inférieur puisqu’il est capable d’altruisme et de compassion.

            Il y a cependant sans doute des problèmes de racisme, le contexte de la destinée manifeste y contribuant grandement, et je crois que les deux seuls personnages féminins sont la mère du héros et son intérêt amoureux (qui est loin d’être un personnage aussi positif que lui vu que non seulement elle est domestiquée, mais en plus elle fait tout ce qu’elle peut pour aider le dressage de Spirit).

            Bref, j’espère n’avoir pas trop influencé la lecture que vous pourriez faire de ce film. Si vous le traitez uniquement du point de vue de l’anti-spécisme, je pense qu’il est très positif, mais si vous élargissez l’analyse ça se complique sans doute.

        • Ca me fait penser qu’une analyse de L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux serait aussi intéressante. Apparemment, déjà sur un point de vue purement technique, le film n’est pas totalement réaliste, mais si on rajoute une approche politique et anti-spéciste, alors je pense que c’est une mine d’or.

          • Plutôt d’accord avec Skratsch, au niveau de l’antispécisme dans Spirit. Et en y repensant, la scène du ferrage/marquage est clairement montré comme quelque chose de négatif (torture), même si la scène reste comique. Et même si les indiens sont montrés de manières plus positive, ils n’en sont pas moins des dresseurs auxquels Spirit refuse de se soumettre. Il y a peut être une part de racisme, je ne sais pas, mais je pense que cette « bienveillance » du film par rapport aux indiens vient s’ancrer dans un contexte de ciné américain qui avait tendance à présenté les indiens comme les méchants de l’histoire, alors qu’ici il me semble que Dreamworks essaye de suivre la réalité historique (les indiens se défendent, même si le grand méchant militaire reste caricatural).

            Bref, et si vous deviez retenir un film de la liste que j’ai donné, je pense que ce serait Brisby et le secret de NIMH (animaux avec des intérêts animal, doivent fuir à cause des humains, question des rats de laboratoires, résistance organisés par des rats ect.)

          • Cool, je vais regarder tout ça, merci encore pour toutes ces idées. Je vous réponds quand j’ai eu le temps de regarder Spirit et de revoir Brisby (je ne me souvenais plus de tout ce dont vous parlez).

      • Peut-être Animals Farm ? La révolution des animaux est aussi une métaphore de lutte des classes, mais i y a également un aspect antispéciste très clair.

  2. Encore un article très intéressant.
    Curieuse de voir les prochains, notamment concernant Chicken Run qui possède certainement quelques aspects négatifs et critiquables…

    • Merci. Dans l’article où je parle entre autres de Chicken Run, j’ai pris le parti de me concentrer sur la question du spécisme (en mettant par exemple de côté le sexisme) et j’ai essayé aussi de me concentrer plus sur les aspect positifs du film. Du coup je ne parle pas trop des aspects négatifs. Vous pensiez à quoi par exemple de critiquable (si jamais vous pensiez à un truc en particulier) ?
      Personnellement, ce qui me choque peut-être le plus dans ce film, c’est la misogynie dans la représentation du couple de fermiers (avec la femme complètement horrible qui tyrannise et maltraite le pauvre mari dominé). Après je n’aime pas non plus la manière dont le film montre les poules valoriser les deux mâles un peu « en crise dans leur masculinité » (pour reprendre une expression des masculinistes). Mais sinon sur la question du spécisme le film me semble plutôt pas mal non ? (voir excellent?). Qu’est-ce que vous en pensez vous ?

  3. Article très intéressant, comme toujours. Toutefois, l’ « attaque » dès les premières lignes (« cf. par exemple les millions d’animaux tués et/ou torturés chaque jour pour le plaisir gustatif de certain-e-s d’entre nous ») risque peut être d’en rebuter certains à sa lecture, et il semblerait plus raisonnable de la différer à un autre paragraphe.

    D’autre part, certains passages m’ont assez surpris. Les moutons sont/seraient « des individus qui ont chacun une existence propre et des intérêts propres ». J’ai du mal à imaginer que deux moutons lambda auraient des intérêts divergeant (et ce même dans le cas de races de chats/chien, espèces pourtant plus « proche » de nous). Pourriez vous alors conseiller certains textes explicitant cette idée? Ou même allant à l’encontre de l’opinion que « les animaux sont gouvernés par leurs instincts et immergés dans la nature ». (merci d’avance! :))

    • Merci pour votre commentaire.

      En ce qui concerne « l’attaque des premières lignes », je n’ai pas écrit cette phrase pour « attaquer » les non-végétariens/liens, je cherchais juste à ancrer mon propos sur les films dans une réalité sociale d’entrée de jeu, pour essayer de montrer le lien qu’il y a (à mon avis) entre l’exploitation des animaux dans notre société et les représentations des animaux véhiculés dans les films d’animation (entre autres). Pour moi, ça aurait été une « attaque » si j’avais insulté les mangeurs de viande en les traitant de « nazis » ou d’ « assassins », mais là il me semble que c’est juste un constat non ? Certes formulé de manière assez brutale, mais qui reste un constat à mon avis.

      Si cette phrase paraît violente, peut-être que c’est parce que ce qu’elle énonce un fait qui est lui-même violent, et dont on ne voit généralement pas la violence dans notre vie quotidienne, parce que cette violence est cachée, refoulée, dissimulée, pour qu’elle puisse continuer de s’exercer sans que la majorité d’entre nous (qui la cautionne) n’ait trop de problèmes de conscience, non ?

      Et pour des textes sur le fait que les animaux ont chacun-e une existence propre et des intérêts propres, je n’en connais pas beaucoup personnellement, mais c’est juste parce que je n’ai pas lu beaucoup de livres sur le sujet (mais en cherchant un peu on doit pouvoir en trouver). Le seul que j’ai lu et dans lequel j’ai trouvé cette idée formulée d’une manière qui m’a parlé, c’est le livre de Florence Burgat intitulé « Une autre existence : La condition animale ». C’est un livre de philo difficilement accessible parce qu’il demande à mon avis une culture philosophique assez importante et mobilise beaucoup de concepts compliqués. Personnellement, je n’ai réussi à en lire que quelques petits bouts, car le reste était trop compliqué pour moi, mais ces petits bouts étaient vraiment très intéressants, donc je conseille quand même ce livre si le sujet vous intéresse ! Sur le point précis sur lequel vous vous interrogez, j’ai trouvé très intéressantes les parties « L’expérience animale : expérience vécue en première personne et biographie » et « L’histoire et le nom propre » (p. 352-365).

      De la même auteure, il y a un autre bouquin dont j’ai entendu beaucoup de bien mais que je n’ai pas lu (et qui parle à mon avis aussi sûrement de ça à certains passages). Ça s’appelle « Liberté et inquiétude de la vie animale ». Vous en avez une note de lecture très intéressante ici, qui résume les grandes lignes du propos de l’auteure : http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article335. Et à mon avis ça vaut le coup de chercher aussi sur le site des cahiers antispécistes ou sur les blogs de celleux qui y contribuent (ou y ont contribué) (Y. Bonnardel, E. Reus, D. Olivier, etc.), car vous pourrez sûrement trouver des textes sur ce sujet, et généralement ces articles sont très intéressants (du moins je trouve).

      • Merci pour votre réponse!

        Au sujet de “l’ “attaque””, je comprend tout à fait votre façon de voir, il s’avère toutefois que si vous voulez faire entendre raison, cela ne pourra se faire que par des explications objectives. Ce genre de phrases, pourtant légitime, risque de pousser les lecteurs dans leur retranchement (comme cela peut etre visible dans les commentaires plus bas..). Par sa brutale vérité, sa critique, elle fait débuter votre article par mettre tout non-végétarien dans une situation désagréable. Par la suite, par peur d’être mis à nouveau face à ses fautes, ce dernier se détachera plus de votre lecture, afin de s’en protéger. Bref, ce que je veux surtout dire, c’est qu’il vaut mieux ne jamais laisser transposer un jugement de valeur, que si votre discours s’apparente presque à un article scientifique (dans le sens de neutre, objectif, et même non-engagé), le lecteur sera plus apte avoir confiance en ce que vous dites.

        Merci aussi pour vos conseils de lectures, je vais essayer de m’y pencher un peu plus. (Dans votre lien, quelque chose m’a fait tilté, l’auteur écrit « Les animaux supérieurs goûtent aussi le repos”. Si les antispecistes rejettent la supériorité de l’homme, pourquoi écrire que certains animaux sont supérieurs à d’autres?)

        Pour ce qui est des animaux ayant chacun leur “petite valeur ajouté” (car au final c’est bien de ça dont on parle quand vous dites « des individus ayant chacun une existence propre et des intérêts propres »), je pense cependant qu’une bonne partie des textes spécistes ne vont pas forcément dans le sens que vous en faite. (Je n’ai par ailleurs pas une grande connaissance de ce sujet, j’en avais étudié/survolé quelques uns pour la rédaction de mon mémoire, et notamment Florence Burglat) Il me semble que ces dernier tendent plus à s’éloigner de cette vision, afin de signifier qu’elle n’est pas essentielle. Chaque animal est un être unique, dans le sens qu’il ressent et expérience le monde de la même façon que nous le faisons, il est “un”. Différemment, l’homme aime à se voir comme une personnalité “unique” (avec donc son existence propre, ses interets personnels). Il place ce concept très haut sur l’échelle de valeur, comme si “on est tous différent, à l’opposé des animaux d’une race qui sont tous pareil, on est alors forcément mieux!”. Les animaux n’ont pas nos petites nuances, nos tergiversions, nos combats intérieurs (nos “je rêve de voyage, mais je ne peux pas quitter le confort de mon travail!!”, parmi tant d’autres 🙂 ). Le fait est, leur manque d’intérets personnels et de contradictions ne les rend pas inférieur, juste.. différents.

    • Sur la même problématique, vous pouvez aussi lire les livres d’Elisabeth de Fontenay, notamment « Le Silence des bêtes ». Il y a aussi un essai de Jacques Derrida, « L’Animal que donc je suis », lecture un peu plus ardue, mais qui soulève des questions qu’on refoule trop souvent. On peut aussi mentionner les ouvrages de Peter Singer, en particulier « La Libération animale », une référence. En tout cas, merci Paul Rigouste pour cet article ! Je n’avais jamais pris conscience que les films d’animation concouraient eux aussi à cautionner le spécisme !

      • Merci Maud 🙂 J’avais (rapidement) travaillé sur Singer et Derrida durant mes études, mais je vais essayer de me pencher sur Le Silence des bêtes.
        Je n’avais jamais non plus pris conscience du spécisme des films anims, pourtant après la lecture de l’article cela semble presque.. évident!

  4. C’était quelque chose qui m’avait marquée en regardant « la petite sirène ». Quand Sébastien entre par hasard dans une cuisine, il assiste à ce qui est pour lui un spectacle traumatisant (des animaux comme lui coupés en morceaux). Or, Ariel ne mentionne jamais rien à Eric, même si on lui a probablement servi du poisson à table. On pourrait s’attendre à ce qu’après le mariage, elle lui dise quelque chose comme « les poissons sont mes amis, je t’interdis de manger mes amis. » Etant donné qu’elle est la fille du roi des océans et qu’elle a épousé un prince, on pourrait même penser qu’elle va faire pression pour faire cesser la pêche dans le royaume et… Oh, j’oubliais: c’est un Disney. Les princesses Disney portent des jolies robes, se marient et se taisent!

    Bonne soirée.

    • Est-il possible d’être aussi naïf ? Les Disney sont avant tout des films destinés aux plus jeunes, ne l’oublions pas ! Evidemment qu’Ariel ne va pas dire à son prince de ne plus manger de poisson, ça n’aurait rien à faire dans ce film, là n’est pas la question ! Et vous oubliez également d’évoquer que dans l’une des chansons de Sébastien, il critique les humains pour manger du poisson, alors que sous l’océan ils font la fête…rappelez moi de quoi se nourrissent les poissons ? D’autres poissons ! Certes, la scène de cuisine est traumatisante pour Sébastien, mais elle est l’occasion de voir pendant un court instant un autre point de vue, ce qui n’est cependant pas le point de vue majeur du film, puisque la sirène veut de toute façon rejoindre le monde des humains.

      • En fait je me posais la question, est-ce qu’on voit les sirènes se nourrir dans le film ? Ce n’est pas improbable qu’elles se nourrissent effectivement de poissons mais que seul le cuisinier se retrouve présenté sous un aspect négatif pour cela. Le spécisme ne s’applique pas seul dans la société, il est lié à d’autres oppressions : je pense par exemple au classisme qui fait que les abatteurs ou les bouchers sont considérés avec davantage de mépris que les consommateurs de viande des classes supérieures, bien que les consommateurs soient autant, ou davantage, responsables du massacre généralisé des animaux d’élevage que ceux qui « travaillent » la viande.

        Il me semble qu’on trouve cette hypocrisie dans le Roi Lion aussi : alors que les protagonistes sont des lions, prédateur s’il en est (celui qui mange la gazelle 🙂 ), on ne les voit pas tellement chasser ou manger les animaux qu’ils dirigent (les insectes étant moins présentés comme des animaux que comme un aliment coloré régressif). A part Scar qui tente de tuer une souris au début en précisant bien que c’est son déjeuner, et les hyènes qui mangent une patte de zèbre, soit les méchants de l’histoire…

        • Ou alors, les sirènes sont des créatures magiques qui ne mangent absolument jamais. ça expliquerait au moins leur tour de taille: pas d’intestins, jamais de ballonnements. 😉

          Cet exemple m’a particulièrement troublée parce qu’Ariel a une relation presque fraternelle avec son poisson jaune et bleu, qu’elle lui parle, l’écoute et passe plus de temps avec lui qu’avec ses soeurs. Son point de vue est similaire à celui d’un-e ami-e des chiens qui se trouverait soudain dans un pays où les chiens sont élevés et tués pour être mangés.

          Il y a une dimension « affective » dans la nourriture: même sans être végétariens, la plupart des gens refusent de manger les animaux qu’ils considèrent comme des amis. Personnellement, je ne connais aucune personne qui a un chien chez lui/elle et qui accepterait de manger du steak de caniche.

  5. Merci pour cet article très intéressant. Je comprends bien le parti qui est le vôtre et qui a été clairement explicité dans l’introduction.

    Ceci dit, il serait peut-être bon de préciser que, sans doute, cette utilisation des animaux puise en premier lieu dans le fonds symbolique pour s’assurer de la comprehension des caractères des héros par les spectateurs (Aladdin = vif et agile comme un singe, Jafar = menteur comme un perroquet, Jasmine = a besoin d’une force masculine imposante qui la protège elle pauvre femme). L’identification s’opère alors, et avec d’autant plus d’effacité que ces animaux sont les faire-valoir de leurs maîtres respectifs (il y a un jeu de miroirs spectateur => héros, animal => héros). Le sens est alors remarquablement verrouillé.

    Mais de ce dispositif, au sein duquel les animaux ne sont que des projections, découle effectivement un discours spéciste.

    • Edit : à dire vrai, les animaux (à la suite des fables) servent le versant satirique qu’il y a toujours dans les représentations de la réalité que sont les films d’animation. Dans « Cendrillon » les animaux rejouent le drame des hommes, Lucifer est méchant, gras (donc riche) et fainéant de la même manière que sa vieille maîtresse laquelle semble noble pour paraître plus effrayante, les première souris est bavarde et rusée, la seconde gourmande et peureuse, les défauts que traditionnellement l’on reproche aux enfants et qu’on ne pourrait donner à Cendrillon mais qui lui conviendraient plutôt bien.

  6. Peut-on faire article moins objectif que celui-ci ? Le propos aurait pu être des plus intéressants s’il n’y avait pas tant de prise à parti ! Je m’étonne aussi de toutes ces idées selon lesquels les animaux seraient nos égaux et les films d’animation participeraient à la cruauté que l’on a envers eux. S’il est immoral de torturer un animal, il est cependant « naturel » d’en manger : les lions ne se cassent pas tant la tête lorsqu’il s’agit de se nourrir. Nous ne sommes pas herbivore de nature, merde ! Et oui, les animaux sont moins intelligents que nous ! L’exemple de personnages voulant devenir humains est en ce sens déplacé : concernant Ratatouille, vous dites que la vision donnée pousse au déterminisme selon lequel les animaux sont dominés par leur instinct, mais c’est en partie vrai. Avez vous déjà vu un animal faire preuve de créativité quant à sa nourriture, ou ses jeux ? Je comprends bien que le but de cet article n’est autre que de défendre la cause animal, mais le propos est totalement déplacé lorsqu’il s’agit d’étudier des personnages animés, qui dans l’histoire du cinéma, furent crées non pas avec une arrière pensée sur les animaux réels, mais en utilisant leur potentiel comique et burlesque. Je pourrais et serais heureuse de débattre plus en profondeur sur le sujet, car je ne peux aborder tout ce qui me gêne dans le présent article en un seul commentaire. To be continued…

    • Coucou Paprika,

      Tout d’abord qu’entendez vous pas « objectif »? Il y aurait une façon « objective » d’analyser les films? Ca serait quoi, cette méthode « objective »?
      Ensuite, lorsque vous dites qu’il est « naturel » de manger les animaux? De quelle « nature » voulez-vous parler? Du fait que les humain-e-s sont omnivores, et donc peuvent manger la chair morte animale? C’est absolument vrai, les humain-e-s peuvent le faire, mais nous ne qualifions pas toutes les activités dont les humain-e-s sont capables (ou même qu’illes font) comme « naturels ». Pourquoi donc ce terme apparait ici?
      Si par « naturel » vous voulez juste dire « possible », alors « naturel » ne signifie rien de plus que « tout ce qui est possible ou qui existe », et donc je ne vois pas en quoi cela devient une justification de quoi que ce soit.
      D’ailleurs, de nombreuses sociétés humaines sont végétariennes, ou l’on été. Ces sociétés là ne seraient donc pas « naturelles »?
      Le naturalisme, j’ai l’impression, c’est une pensée dans laquelle les humain-e-s piochent lorsque cela les arrange, et dans ce cas précis lorsque ça leur permet de justifier un comportement qui à mon avis n’a que très peu de justifications éthiques. Personne (ou alors très très peu de gens) n’est contre les vélos car ceux-ci ne sont pas « naturel », ou contre les téléphones portables, les machines à laver, les systèmes d’égouts, la médecine scientifique, les ordinateurs etc. Toutes ces choses sont issues d’activités humaines qui ne sont que possible dans des sociétés hautement développées et donc socialisées, et qui n’ont rien de « naturel ». Ou alors qui ont tout de « naturel », ce qui revient au même*.
      Et donc lorsque les mouvements animaliers commencent à remettre en cause l’idée de manger de la chair morte animale, l’on entend tout d’un coup parler du fait que ça serait « naturel », et donc « bon ». Cela me semble être le même mécanisme que lorsque les pensées homophobes qualifient l’homosexualité de « contre-nature ».
      Mais tout comme dans le cas de l’homophobie, cela n’a rien à voir avec « la nature », et tout avoir avec les systèmes d’oppressions hétérosexistes qui existent et qui veulent disqualifier et stigmatiser l’homosexualité. Et je dis ça parce que bien entendu, « l’homosexualité » au sens de rapports sexuels entre deux animaux de même « sexe » existe largement dans le « monde animal », et donc NE PEUT ÊTRE dit « contre-nature ».
      Il a été prouvé encore et encore que nous sommes absolument de capables de vivre (en bonne santé et longtemps) sans manger de la viande. Alors que nous choisissions d’en manger par goût et donc plaisir (et parce qu’on trouve ça normal que les animaux meurent pour ça, ou alors qu’on évite d’y penser, ou alors qu’on cache ce fait à nos enfants…) est une chose, mais en quoi est-ce « naturel »? Je suis sûr que vous êtes au courant des conditions d’élevages de l’immense majorité des animaux qui sont tués et dont leur chair atterrissent dans nos assiettes (enfin de certain-e-s d’entre nous), pouvez-vous me dire en quoi ces conditions sont « naturelles »?
      La question de ce que nous mangeons est une question éthique, et non pas une question de « naturel » ou pas « naturel ».

      En ce qui concerne votre deuxième point, en quoi est-ce que les animaux sont « moins intelligents que nous »? Quel barême « d’intelligence » utilisez-vous pour dire une chose pareille? Serait-ce par hasard des barêmes que les humain-e-s ont dévellopé-e-s pour juger « l’intelligence » qui est utile pour les humain-e-s? Avec ce genre de critères, tou-te-s les non-humain-e-s seront tout de suite perdant-e-s…mais peut-être que le problème est déjà dans le fondement de l’affirmation, qui comporte un biais anthropo-centré à mon avis indéniable.
      Et d’ailleurs, même si l’on accèpterait cette affirmation, « les animaux sont moins intelligent que les humain-e-s », en quoi cela justifierait de les manger ou de s’en servir comme bon nous semble? Je prends un exemple extrême, et bien entendu hypothétique: Quelqu’un-e dirait « les handicapé-e-s mentaux sont moins intelligent-e-s que les non-handicapé-e-s mentaux, on peut donc les manger », ou alors « les enfants sont moins intelligents que les adultes, on peut donc les manger ». Tout le monde serait scandalisé par une telle affirmation, simplement parce que nous accordons une valeur à la vie humaine sous toutes ces formes, et que nous reconnaissons des intérêts à tous les êtres humains quelque soit leurs particuliarités (ou leur manque « d’intelligence »).
      Donc je répète ma question, en quoi un-e être plus « intelligent-e » qu’un-e autre aurait le droit de tuer celleui-ci pour lae manger, qui plus est lorsque l’on sait que cela est totalement non-nécessaire pour sa vie et sa survie?

      Vous dites d’ailleurs qu’il est immoral de torturer un animal, mais que la question de la moralité n’entre pas en jeu lorsqu’il s’agit de les tuer pour les manger.
      En quoi donc est-ce immoral de torturer un animal? Pourquoi? Ne serait-ce pas parce que vous reconnaissez vous-mêmes qu’un animal à des intérêts, et qu’un de ces intérêts serait de vivre sans souffrance? Encore une fois, si c’est le cas, je vous renvoie aux conditions d’élevages de la vaste majorité des animaux aujourd’hui, et je vous pose la question en quoi cela ne revient pas à de la torture?
      Si un animal n’a aucun intérêt propre, n’a aucune personnalité, aucune individualité, alors le torturer reviendrait à torturer une plante, non? Donc entre le tuer pour le manger et le torturer, quelle est la différence? Mais si l’on accepte qu’un animal à des intérêts propres, une existence propre, des activités qu’ille aime ou qu’il n’aime pas, des relations qu’ille privilégie ou d’autre qu’ille évite etc., bref une individualité, une personnalité et une capacité à ressentir de la souffrance, alors nous pouvons voir que cette ressemblance qu’illes ont avec nous pose la question de notre posture éthique envers elleux, et donc pose la question de l’anti-spécisme.

      En ce qui concerne votre remarque sur la créativité des jeux ou de la nourriture des animaux, encore une fois je vous poserai la même question: En quoi est-ce que ça serait un critère pertinent? Qui plus est, il me semble que la créativité de certains animaux en matière de jeu n’est plus à démontrer, par exemple les chevaux et leurs jeux de « touche-touche » ou les paons et leur « combat de sumo », pour ne citer que les exemples qui me viennent en tête rapidement.

      Pour ce qui est de votre tout dernier point, que penseriez-vous si je vous disais « oh il faut pas prendre la représentation des non-blanc-he-s dans le cinéma à la lettre, illes ont été représentées pour leur potentiel comique et burlesque ». Je fais exprès de choisir cet exemple, parce que historiquement (et même encore aujourd’hui), les personnes noires par exemple (je prend cet exemple parce que c’est celui que je connais le mieux) n’étaient rien de plus (et c’est toujours vrai en grande partie) que les ressorts comiques dans pleins des films que nous regardions et regardent (tout comme par exemple les personnages homosexuels).
      Ne pensez-vous pas que cela vient tout de même en grande partie du fait que nos sociétés considèraient et considèrent encore aujourd’hui (même si les choses ont heureusement évolué, au moins un petit peu) les personnes non-blanches comme inférieures (et donc comiques) aux personnes blanches, tout comme nos sociétés considèrent les animaux non-humains comme inférieurs (et donc comiques) aux animaux humains?

      *Si vous voulez plus d’infos sur le naturalisme, je vous conseille cette brochure http://tahin-party.org/finir-idee-nature.html

      • No comment, le tout serait sans fin et vous trouveriez toujours à redire aux termes utilisés dans le sens qui vous arrange. Le débat est clos. Bonsoir et bonne continuation chers herbivores.

        • Euh mince je me rend compte que j’y suis ptet aller un peu trop fort de café avec mon premier post, je ne voulais surtout pas que vous pensiez que votre point de vue ne m’intéresse pas. Je suis sincère avec mes questions. Après tout c’est vrai que j’ai mon point de vue sur la question, vu que ça fait un moment que j’y réfléchi, mais ça ne veut absolument pas dire que j’ai la science infuse ou quoi que ce soit du genre.
          Je me questionne réellement sur l’utilisation du terme « naturel » depuis un certain temps, je trouve que ça pose problème.
          Je comprends absolument que ça ne soit pas votre cas, et je suis réellement intéressé de savoir pourquoi, et comment vous voyez la chose.
          Je ne voulais certainement pas clore le débat ou vous donnez l’impression que le débat est impossible.
          Après j’ai un tout petit peur de lire un chouïa de mépris dans votre utilisation du terme « herbivore », j’espère me tromper et j’espère que vous n’avez pas lu de mépris dans mon commentaire. Je ne suis surement pas d’accord avec vous, mais je ne vous méprise pas pour autant.

          • Ne vous remettez pas en question! Votre réponse était parfaite: explicite, objective, nuancée (et très intéressante). Vous ne vouliez pas clore le débat et cela se voyait que vous cherchiez la discussion, pour faire évoluer son opinion, ou même pourquoi pas remettre aussi en question vos idées.

            Cependant avec certaines personnes, le débat, ou même la conversation, est impossible. Les évolutionnistes vous diront que Dieu créa les fossiles pour tester leur foi, Paprika vous a résumé à un herbivore (et tout était dit).

          • *créationnistes, pas évolutionnistes 😉

      • difficile de lire plus complète réponse que celle de Liam, j’admire et apprécie l’analyse! (le questionnement et le cheminement de pensées) bravo!

        • Entièrement d’accord avec mizuko, réponse exhaustive dont tous les arguments sont irréfutables, bravo Liam. Paprika, vous devriez visionner les conférences de Gary Yourofski, vous changeriez peut-être d’avis sur notre supposé statut d’omnivores…

  7. Une foi de plus merci pour cet article qui aborde un sujet dont on entend tres peu parler!

  8. Ce qui est bien, c’est que dès l’introduction, tu nous montres que les approches du sujet sont très diversifiées, et nécessitent donc plusieurs articles.
    Car l’article est juste mais, du coup, anecdotique. Comme pour changer, vous analysez d’une manière plutôt adéquate, quoique subjective, les films sélectionnés (lorsque que l’on part d’un postulat de départ pour choper les arguments après, c’est toujours plus simple, m’enfin). Cependant, vous êtes encore une fois centrés sur un panel non-représentatif de l’éventail du film d’animation.
    Si on ajoute les films qui ne seront évidemment pas cités car contraires à l’argumentaire (je pense aux Ghibli, à Ernest et Célestine, ou aux productions indépendantes (cf. groupe facebook « l’animation tue »)), on obtient un rapport plus équilibré entre quantité et diversité des représentations.
    Si c’est pas beau.

    • Oui, j’ai annoncé d’entrée que je me concentrais sur les « gros » films d’animations américains, et que je ne les traitais pas tous parce qu’il y en a trop (patience, la suite arrivera bientôt 🙂 )

      Après, je connais beaucoup moins exhaustivement les films d’animations produits dans d’autres pays ou par des studios plus indépendants, mais j’en ai quand même vu pas mal, et il me semble qu’on y retrouve à peu près les mêmes tendances. Mais si vous avez des exemples précis à m’opposer ça m’intéresse. En quoi les Ghibli s’opposent à mon argumentaire ? C’est possible mais vous pensez à quel film en particulier ? Et Ernest et Celestine ne met pas d’humain-e-s en scène si je me souviens bien, non ? Les animaux servent juste de peau à des personnages plus humains qu’animaux (comme le Roi Lion ou Basil Detective privé par exemple), non ?

  9. Merci pour ce super article !

    « [2] En théorie, leur société se donne pour mission de sauver n’importe quel individu en détresse (le fondateur s’est ainsi illustré en secourant un lion, comme le montre son portrait), mais dans les faits, il s’agit toujours de sauver des humain-e-s. »

    Il y a là forcément un clin d’oeil à La Fontaine, donc le lion est une personnification de la figure ultime de la domination, un symbole de celle-ci : le roi des animaux est un roi humain. Ainsi, le secours d’un lion n’invalide pas le fait que, en définitive, de façon symbolique ou pragmatique, ce sont toujours les humains compris comme dominants qui sont aidés par les souris.

  10. Merci pour cet article, très intéressant !

    Comme dessin animé qui peut être intéressant d’un point de vue antispéciste, je pense à certains Miyazaki. Par exemple Nausicaa de la vallée du vent : je trouve très intéressant que ce soit des insectes (animaux avec lesquels il est particulièrement difficile d’empathir, éloignés biologiquement de nous, impossible de communiquer, etc) que l’héroïne défend. Mais on voit quand même des bêtes qui servent de cavaliers aux héros sans que ce soit montré comme problématique, c’est dommage.

    Sinon Mon voisin Totoro est très intéressant aussi parce qu’il montre des animaux, un peu humanisés, mais quand même animaux, qui vivent à côté des héroïnes, pour leurs propres raisons, dans leur monde. On ne sait pas exactement à quel point iels sont intelligent.e.s ou non, parce que ce n’est pas la question. On sait qu’iels sont pacifiques, qu’iels ont un peu peur des humain.e.s, qu’iels aiment roupiller tranquillement et le bruit de la pluie sur le parapluie. Et c’est suffisant pour qu’on s’attache à elleux, et il paraîtrait grotesque/horrible que les humain.e.s leur fasse du mal.
    (Mais bon, pareil, ya des scènes où on voit les héroïnes manger du poisson, faut pas rêver non plus…)

    Sinon je trouve que Chihiro a un côté antispéciste et antiraciste, dans sa manière d’aborder tous les êtres qu’elle ne connaît pas sans préjugé négatif, et d’être très respectueuse avec tout ce qu’elle peut rencontrer, du lampadaire qui gambade aux grenouilles humanisées, en passant par Sans-visage et toutes les formes indéfinissables qu’elles peut croiser ^^

    Mais il reste pas mal de trucs à critiquer, c’est clair. Mononoké par exemple, est un peu frustrant, parce qu’il y a des messages écologiques et qui pourraient être antispécistes, mais au final c’est pas mal aigre-doux, entre le fait qu’on ait quelques animaux dotés de parole et c’est tout, l’élan qui choisit d’être monté par Ashitaka plutôt que d’être libre, les loups qui sont beaucoup plus sauvages et agressifs que Mononoké alors qu’iels ont pourtant grandi ensemble, etc.

    • Merci pour votre commentaire. Ce que vous dites correspond au souvenir que j’ai de ceux que j’ai regardé, mais ça fait longtemps, je vais les revisionner (ou les visionner tout court dans certain cas, comme Nausicaa, que je n’ai jamais vu).

      Je ne connais pas bien les films d’animation japonais, et pas non plus exhaustivement les films produits par Ghibli ou autres (comme les films de Mamoru Hosoda que j’ai vu), mais j’avais l’impression que la problématique du rapport humain-e-s/animaux y était le plus souvent (voire toujours) secondaire par rapport à la problématique du rapport entre les humain-e-s et la Nature (qui se décline dans des oppositions comme civilisation/Nature, technologie/Nature, ville/Nature, etc.). Et du coup, dans ce cadre, il me semble que les animaux sont souvent pris en considération, mais moins pour eux-mêmes que parce qu’ils font partie de la Nature (au même titre que les végétaux). D’où peut-être la déception qu’on peut avoir devant ces films si on y cherche de l’antispécisme (car ils ne parlent pas de ça, mais avant tout du rapports des humain-e-s à la Nature). Est-ce que je dis des bêtises ou pas ? (car encore une fois je connais très mal les animes japonais, donc peut-être que mon intuition est totalement fausse…)

      • Non ça me paraît juste, comme analyse ! D’ailleurs, même dans les films que j’ai cités comme positif, elle s’applique très bien (à part Chihiro qui ne traite pas du tout de la Nature et les différents êtres sont présentés comme des…ben, êtres) :
        – Dans mon voisin Totoro, Totoro est une incarnation de la forêt, à la base (même s’il finit par être un réel personnage par certains côtés, il est très clairement le vecteur de la Nature, contrairement aux deux fillettes).
        – Dans Nausicaa, les insectes et la forêt toxique sont quasiment la même chose (la forêt toxique progresse, les insectes se multiplient, les deux phénomènes sont identiques).

        Mais je vous conseille Nausicaa, déjà c’est vraiment un bon film d’animation à la base, et puis il est très intéressant sur pas mal de plans politiques (attention spoilers) :
        – super personnage principal féminin, avec beaucoup de qualités, très humaine, et représentée avec des vrais bras musclés et qui contrôle un petit aéronef mieux que personne ce qui en fait le personnage qui se déplace le plus vite de l’histoire
        – la « méchante » ressemble à l’héroïne, ce qui est intéressant d’un point de vue anti-aphrodiste, je trouve
        – ce que j’avais dit plus haut sur les insectes
        – j’extrapole peut-être mais je trouve qu’il y a un côté anti-xénophobe aussi, car tout le monde a peur de la forêt toxique qui envahit tout, et il se révèle que c’est la peur de la forêt qui conduit à la destruction, et non la forêt en elle-même…

        (Je peux aussi penser à des trucs négatifs, malheureusement ^^ à commencer par le fait que c’est la princesse Nausicaa…).

  11. https://www.youtube.com/watch?v=X-UIIqTLYfg

    Très bon article : penses tu que le film d’animation ci-dessus consiste en une exception dans un des points que tu as présentés au-dessus ?

  12. Bambi ?

  13. Plusieurs détails de cette analyse me gênent. Je ne suis pas végétarienne (ou végétalienne?) et je comprends bien les commentaires de certains concernant le manque d’objectivité dans ce texte. Ayant dans mon expérience dû écrire plusieurs analyses littéraires et cinématographiques, j’ai aussi remarqué quelques inexactitudes que j’aimerais spécifier. Je suis d’accord en partie avec le commentaire de Paprika et j’aimerais bien obtenir des réponses à mes interrogations.

    « Trouver tout à fait normal le fait de tuer (ou de faire tuer) un animal pour agrémenter notre repas n’est pas “naturel”, mais le fruit d’une éducation spéciste commencée dès le plus jeune âge »

    Je veux d’abord préciser que tuer un animal pour le manger n’est pas du spécisme, car le spécisme se définit par une discrimination basée sur le critère d’espère. Donc, on traite mal les animaux parce qu’ils sont justement des animaux. Or, nous en mangeons d’abord parce qu’il est aussi naturel pour l’humain (qui est aussi un animal, ne l’oublions pas) d’être carnivore que d’être herbivore, de par son organisme. Chacun a un mode de vie différent qui le mène ou non à manger de la viande. Et pourquoi ne mange-t-on pas de la viande humaine? Parce que notre système ne le supporte pas. Certains animaux peuvent manger ceux de leur propre espèce, mais pas l’humain. Ce n’est donc pas naturel pour nous. (Je qualifie de naturel les comportements humains que nous avons grâce à certaines particularités de notre organisme. Il est donc naturel de dormir, d’avoir des actes sexuels, de tuer. À noter que naturel ne veut pas dire moral, la moralité étant un concept inventé par l’humain.)
    Je ne pense pas non plus que tuer un animal veut nécessairement dire qu’on le considère comme inférieur. Tuer pour se nourrir relève selon moi plus du besoin que de la cruauté. Nous n’avons peut-être pas mis le doigt sur la source du problème. Si chacun contrôlait sa consommation de sorte que chacun mange à sa faim, mais sans exagérer (manger de façon santé), la consommation mondiale de viande s’amoindrirait considérablement et l’industrie animale serait beaucoup moins sauvage et cruelle.
    Je dois dire que je n’avais jamais remarqué l’anthropocentrisme présent dans plusieurs films d’animation, mais maintenant que vous en montrez des exemples, je vois à quel point les animaux sont peu importants et toujours associés à un personnage humain. Cela doit probablement relever en partie de notre incapacité à comprendre les autres espèces. Je pense au commentaire d’un certain Liam : « Si un animal n’a aucun intérêt propre, n’a aucune personnalité, aucune individualité, alors le torturer reviendrait à torturer une plante, non? » Ici, je m’interroge sur la différence qu’il peut y avoir entre une plante et un animal. Nous savons qu’une plante réagit à la musique, il y a même des études sur de possibles terminaisons nerveuses présentes dans le système de la plante et de transmission d’informations par des réseaux de racines. Là encore, je pense que notre connaissance sur les autres espèces reste très limitée et qu’il est difficile d’en offrir un portrait réaliste. Je suis sur ce point d’accord avec Paprika sur la dimension comique et burlesque des personnages animaux dans les films d’animation, bien qu’on puisse y trouver des utilités politiques.

    « Le remake parodique de Shrek s’avère ainsi encore plus spéciste que l’original, puisqu’il banalise les violences faites aux animaux, en nous invitant de surcroît à en rire. »

    Ici, je suis tout à fait en désaccord. Le film de Shrek critique justement le spécisme en déconstruisant les stéréotypes que l’on retrouve dans d’autres films d’animation! La méthode utilisée est l’exagération au possible des scènes spécistes au point que les scènes en question en deviennent ridicules pour le spectateur en pleine prise de conscience. Pour ma part, quand j’ai écouté ce film dans ma jeunesse, ma première réaction devant ces scènes a été de vouloir qu’on laisse ces pauvres animaux tranquilles. Ces scènes choquent le spectateur au lieu de le conforter dans l’anthropocentrisme.

    Je ne suis pas allée au fond de toutes mes idées et je soulève brièvement de nouvelles idées, je suis ouverte à la discussion et je serais heureuse d’obtenir une réponse (tant qu’elle n’est pas violente, comme cela peut arriver dans ce genre de discussion)

    Merci beaucoup,
    Sadrina

    • Coucou Sadrina,

      Je ne répondrais pour ma part juste aux trucs qui m’interesse et je connais (donc pas sur Shrek, par exemple 🙂 ). Vous aurez sans doute droit à plusieurs réponses du coup, ce qui est toujours mieux! 🙂

      Premièrement, sur le point de l’humain carnivore et herbivore, je veux just être sur de quoi on parle. En effet, « carnivore » veut soit dire (dans le langage courant), « qui se nourrit uniquement de viande », soit désigne une classe de mamifère qui ont une certaine machoire et dentition qui leur permet de chasser et manger et digérer de la viande, MAIS qui ne mange pas nécéssairement de la viande (par exemple le panda géant ou le panda roux qui sont herbivores).
      Alors ça c’est déjà en soi complexe à mon avis, parce que le deuxième terme, bien qu’un terme scientifique, est bien sur une construction humaine, qui découpe (partiellement arbitrairement) dans le réel des catégories, qui sont donc évidemment en partie anthropo-centrées et bien sur critiquables.
      Mais bon admettons pour l’instant la définition comme étant non problématique, et du coup je me demande de quoi vous parlez?

      Pour ma part, j’ai lu pas mal détudes qui tenderaient a suggérer que les êtres humain-e-s ne sont pas « fait-e-s » pour manger et digérer de la viande, en tout cas pas au même plan que les loups, les chiens, les tigres etc., non seulement de par la forme et faiblesse de notre machoire, mais aussi la taille de notre appareil digestif et l’acidité faible de nos sucs digestifs, peu propice à digérer de la viande.
      Mais au final, même cet argument est naturaliste, et donc à mon avis suspect, car il présuppose un « ce pour quoi on est fait », un « ordre ou équilibre naturel » dans lequel les humain-e-s s’insèrerait et qui serait en quelque sorte « garant » de notre consommation de viande (ou plutôt de la consommation de viande de certain-e-s d’entre nous). Or je pense, comme je l’ai dit dans une de mes réponses à Paprika, que le naturalisme est une idéologie dans lequel nous piochons lorsque ça nous arrange, et surtout lorsqu’il convient de justifier des oppressions et des violences.

      Deuxièmement, vous dites « Chacun a un mode de vie différent qui le mène ou non à manger de la viande. » comme si « chacun » serait totalement déconnecté de la société et/ou culture dans laquelle ille a été élevé et éduqué. Or il me semble clair (mais peut-être ne seriez-vous pas d’accord) que ce paramètre influence ENORMEMENT notre régime alimentaire. Un-e enfant-e élevé-e dans une culture boudhiste ou jain ou hindou en Inde par exemple, qui pratiquent toutes les trois le principe d’ahimsa* (la non-violence), auraient autant de mal (il me semble en tout cas, je ne suis pas expert sur la question, bien entendu) avec l’idée de tuer un animal pour le manger que nous aurions avec l’idée de tuer un être humain pour le manger.

      A noter, et c’est à mon avis assez important, qu’il existe et a existé des cas de cannibalisme chez les êtres humain-e-s. Que ce soit dans des conditions extrêmes pour la survie ou des actes rituels ou quoi, le fait est que les êtres humain-e-s sont capables d’avoir ce comportement, qui doit donc être considéré comme « naturel » au même titre que les autres comportements dont sont capables les êtres humain-e-s, que ce soit des comportements réguliers ou sporadiques.
      Il y a une tout autre question je pense, qui est « quelle alimentation est saine »? Cette question est vaste et complexe, mais (pour ne prendre que les exemples que je connais le mieux) les sociétées américaine et canadienne de la diététique ont conclu (après des années de débats et de tests et de polémiques à ce sujet) que les régimes végétarien et végétaliens étaient sains et appropriés pour tous les cycles de la vie (y compris l’enfance et la grossesse).
      Il me semble, également, qu’une alimmentation omnivore est aussi considéré comme saine. Un régime carnivore il me semble n’est pas considéré comme sain pour l’être humain.

      Troisièmement, en quoi est-il « naturel » pour un être humain de tuer? Possible, oui, mais pourquoi « naturel »? Si vous voulez dire que notre corps nous permet de tuer quelqu’un-e alors que notre corps ne nous permet pas à lui seul de voler (ou en tout cas pas plus que quelques mètres), alors oui d’accord. Mais a priori notre corps est capable de fabriquer une machine qui nous permettra de voler, alors en quoi cette machine ne serait-elle pas « naturelle », elle aussi? Où, et surtout pourquoi, mettez-vous la frontière entre le « naturel » et le « non-naturel » (ou même « contre-naturel »?).
      Je comprends (et je suis d’accord avec vous) que vous faites la distinction entre « naturel » et « moral » (moi je dirais plutôt « éthique » ou « politique », mais ça c’est moi 🙂 ), mais pourquoi tenez-vous a garder le terme « naturel »?
      Il existe des humain-e-s qui n’ont pas et n’ont pas envie d’avoir de rapports ou d’actes sexuels. Leur comportement n’est pas « naturel »? Que cela veut-il dire pour vous?

      Perso je trouve ces questions assez importantes à réfléchir, parce que l’idée du « naturel » est une idée que notre culture nous murmurre à l’oreille depuis qu’on est bébé, mais sa signification me semble (une fois qu’on s’y penche dessus), au mieux très flou, au pire très douteux à plein de niveau politique, et avec des conséquences très réelles sur la vie de milliards d’animaux sur cette planète**.

      Quatrièmement, sur la question des plantes qui réagissent à la musique et qui auraient des terminaisons nerveuses, j’ai déjà entendu ça. Il y a plusieurs choses qui me tracassent avec.
      La première chose, c’est que je n’ai pas l’impression qu’il a été démontré de manière convainquante que les plantes souffriraient (ce qui demande a priori un système nerveux plus compliqué), ce qui est ce qui pose question lorsqu’il s’agit de parler des animaux.
      La deuxième chose, c’est que je n’ai jamais entendu (vous êtes la cinquième personne qui m’en parle) cet argument évoqué par des personnes qui soient végétarienne ou végétalienne, et donc qui a priori se pré-occupe de la souffrance animale et trouverait ça intéressant de réfléchir à une possible souffrance végétale. Du coup l’argument me semble systématiquement invoqué pour tenter de porter à l’absurde l’idée de se soucier de la souffrance dans l’alimentation, à base de « bin si les plantes souffrent, on peut plus rien manger ce qui montre bien qu’il ne faut pas se soucier de la souffrance d’autrui », et donc in fine justifier la consommation de viande de la personne (ou des personnes) qui évoque l’argument.
      La troisième chose, c’est que je pense aussi que cet argument est aussi invoqué (comme il me semble que vous le faites, je peux me tromper bien entendu) pour dire « ça montre qu’on ne connait pas très bien les autres espèces, la recherche est encore en cours, donc il n’y a pas pour le moment de questions à se poser sur la consommation de viande ». Outre le fait que de très nombreuses sociétés humaines n’ont pas attendu les recherches scientifiques pour questionner le fait de tuer les animaux, je trouve que cet argument est volontairement aveugle. Par exemple, il existe actuellement des recherches qui visent à montrer que l’homosexualité est une compostante génétique, et d’autres qui visent à montrer que ça ne l’est pas. Ces recherches me semblent non-concluantes. Pourtant, que diriez-vous à un-e homophobe qui dirait « ah bin les recherches sont encore en cours pour savoir si les homos sont comme nous ou pas, d’ici là moi je vais continuer à les traiter comme de la merde »? Je pense (en tout cas j’espère 🙂 ) que vous seriez profondément choquée et que vous verriez tout de suite en quoi l’argument ne tient pas debout, ou plutôt en quoi l’argument n’est rien d’autre que la justification d’un préjudice haineux et une volonté de ne pas remettre en cause son comportement.
      En ce qui me concerne, je trouve les recherches sur la question de la souffrance animale LARGEMENT plus convaincante (en l’état actuel des choses) que celles sur la souffrance végétale. Mais quand bien même elles n’existeraient pas, je me fierai à mes sentiments. Et lorsque je regarde des vidéos de vaches ou de cochons ou de singes ou de n’importe quoi se faire violentées, brulées, torturées etc. (je ne dis pas ça pour être violent, ce que je décris ne touche même pas le début de la réalité de la façon dont sont traités la vaste majorité des animaux que les êtres humain-e-s exploitent), je ne me dis pas perso « bon je vais attendre ce qu’en disent les scientifiques ».
      Ensuite, si un jour je trouve des raisons convaincantes de croire que les végétaux souffrent, je pense que cela me posera des vrais questions, car je pense que cette question de la souffrance est centrale si l’on cherche à avoir un rapport éthique et politique avec les êtres qui nous entourent.
      Et d’ailleurs, si vous avez des liens vers ce genre de recherches (des articles ou autre), je suis intéressé! 🙂

      *idée bien entendu complexe et ouvert à l’interprétation. je ne cherche pas du tout à faire lle tour de la question ici, juste à montrer en quoi des cultures différentes peuvent avoir des approches très différentes au monde qui vont largement affecter leur alimentation (ainsi que les raisons qui justifient ou pas cette alimentation)

      **et d’ailleurs sur plein d’êtres humain-e-s aussi, par exemple les femmes a qui on martèle depuis qu’elles sont enfantes qu’il est « naturel » pour elles de vouloir et d’avoir un-e enfant-e, prophécie largement auto-réalisatrice, mais qui n’a rien de « naturel ».

    • Coucou,

      Comme Liam a déjà répondu à la première partie de la question et que je suis d’accord avec ses réponses, je ne vais répondre que sur la partie concernant Shrek.

      Tout d’abord, juste un éclaircissement : vous semblez parler de plusieurs scènes antispécistes du film (« La méthode utilisée est l’exagération au possible des scènes spécistes au point que les scènes en question en deviennent ridicules pour le spectateur en pleine prise de conscience. »). Je ne me souviens plus bien du film en détails. Pourriez-vous préciser à quelles autres scènes vous faites allusion ?

      Et sinon, sur la scène que vous citez, je ne pense pas du tout que ce soit le spécisme de Disney qui soit moqué. Et plus généralement je ne pense pas au fond que la critique proposée par cette scène soit politique. Je pense juste que Dreamworks reprend un cliché des premiers films de princesse Disney (la princesse qui chante avec les oiseaux) et lui fait prendre un tour « comique », « parodique ».

      A la rigueur, le seul truc à mon avis qui est peut-être l’objet d’un regard critique de la part de Dreamworks (même si c’est à mon avis raté), ce n’est pas la représentation des animaux, mais la représentation des femmes. Je pense que cette scène peut être comprise dans le même sens que celle où l’on voit la princesse Fiona roter ou se bastonner : comme une sorte de « déconstruction » de la représentation stéréotypée de la princesse chez Disney (à savoir la princesse ultra-« féminine », au sens de la féminité traditionnelle telle qu’elle est pensée par notre société : douceur, beauté, élégance, etc.). Là on s’attendrait à avoir une princesse qui sait chanter, en fait elle casse les oreilles (sous-entendu : le modèle de féminité que les films Disney valorise est irréalisable, donc nocif pour les petites filles à qui on le martèle).

      Mais à mon avis, donner ce sens politique à la scène est déjà bien gentil. A mon avis ça ne va pas jusque là. Personnellement, je vois plutôt ça comme une autre forme de sexisme qui consiste à se foutre de la gueule des femmes qui nous cassent les oreilles. Ça me semble assez correspondre aux « doubles contraintes » que les femmes subissent régulièrement dans notre société. Ici, on les enjoint à être élégantes en chantant joliment, et en même temps on se fout de leur gueule quand elle chantent parce qu’ « elle nous casse les oreilles avec leur voix aigüe les bonnes femmes » (cf, dans le genre, la castafiore dans tintin, sommet de lol sexiste s’il en est)

      Tout ça pour dire que dans ce contexte, je pense que le film s’en fout pas mal de l’oiseau qui vient de se faire exploser. La preuve : la princesse récupère ses œufs pour faire un petit déj à ses deux hommes. Et de l’oiseau on entend plus parler. Il est mort, c’était lol, point. Vous voyez ce que je veux dire ? Après c’est mon interprétation, on peut sûrement lire la scène différemment, mais j’avoue que dans la mesure où nous vivons dans une société spéciste qui ne questionne quasiment jamais les violences faites aux animaux, j’ai du mal à voir comment cette scène peut inviter à une telle remise en question…

  14. Sachez que j’ai beaucoup apprécié lire vos réponses et que ça a soulevé plusieurs questions sur ma façon de voir les choses. Je vais faire quelques recherches et vous répondre bientôt.

    • coucou Sadrina,

      juste, au sujet des être humain-e-s qui seraient ou pas « fait » pour être carnivore ou herbivore ou omnivore, je pensais à ce genre de truc. c’est en anglais, donc ptet que ça ne vous sera d’aucune utilité, mais c’est assez simple comme tableau.
      encore une fois, je trouve l’argument naturaliste donc assez critiquable en soi, mais ça peut avoir son utilite stratégique je pense, et ptet interessant à réfléchir.

      bref, voici, dites-moi ce que vous en pensez si vous avez le temps et/ou l’envie 🙂
      http://www.scribd.com/doc/147656248/What-is-the-Natural-Diet-for-Humans

      et merci encore à V3nom pour ses liens! 🙂

  15. Je trouve l’article intéressant par contre je demande bien à quoi ressemblerai un dessin animé de ce genre sans anthropomorphisme ; parce que même un documentaire scientifique sur les animaux ou les plantes a recours à ce process de façon plus ou moins prononcé rien qu’à travers la narration proposé.

    Après j’avoue être un peu gêné par le discours des anti-spécistes / végétarien-n-e-s / Végétalien-n-e-s quand il s’agit de dire :  » découper en morceaux et manger pour notre plaisir, sans que cela ne nous pose plus aucun problème de conscience. » comprendre vous n’êtes pas végétarien-n-e-s ou végatalien-n-e-s == c’est mal, barabare et vous êtes des brutes. De même si manger de la viande n’est peut être pas naturel, ne pas en manger ne l’est pas non plus bref cette partie du discours me semble un peu hors de propos, mais ça suscite du débat ^^

    En fait j’aimerai des contres exemples de films d’animations mettant en scène des animaux sans anthropomorphisme qui auraient des objectifs et intérêt propre une sorte de dessin animé documentaire donc.

    Paradoxalement beaucoup s’accordent à dire que l’anthropomorphisme participe à l’Empathie ressenti envers les animaux.

    J’aimerai votre avis sur Tarzan par exemple ou les dessins animés avec des protagonistes majoritairement non-humain-e-s comme les aristochats, les 101 dalmatiens, Robin des bois, Rox et Rookie, Bernard et Bianca, Fievel,

    • Peut-être que je n’ai pas été clair sur ce point dans l’article, mais je n’ai rien contre l’anthropomorphisme en soi. Je suis parfaitement d’accord que cela peut être un moyen de faire éprouver de l’empathie envers certains animaux. Je n’y ai pas beaucoup réfléchi, mais j’ai l’impression que tout dépend du contexte et de la manière dont l’anthropomorphisme est utilisé (quel but politique, quels effets politiques).

      Ce qui me gêne c’est plus l’anthropocentrisme, le fait que les humains se posent comme le centre (et les maîtres) de l’univers. C’est surtout lorsque l’anthropomorphisme est utilisé dans un but anthropocentriste que ça me gêne. Et donc, en ce qui concerne les dessins-animés, ça ne me gêne pas vraiment que des animaux soient anthromorphisés si c’est pour véhiculer un message antispéciste (comme dans Chicken Run ou Frère des Ours par exemple). Vous voyez ce que je veux dire ?

      Après si vous cherchez des dessins animés qui essayent de limiter au maximum l’anthropomorphisme, il y a par exemple ceux de Martin Rosen (Watership Down et The Plague Dogs). Par contre il faut avoir le cœur bien accroché, car c’est assez violent et déprimant. Mais bon, encore une fois, il me semble que cette question de savoir si l’anthropomorphisme ça craint ou non politiquement n’a vraiment de pertinence qu’au cas par cas et est subordonné au propos spéciste/antispéciste de l’œuvre (par exemple, on pourrait très bien avoir un dessin-animé où les animaux ne sont pas du tout anthropomorphisés et qui serait horriblement spéciste, et inversement).

      Du coup, pour les dessins animés sur lesquels vous me demandez mon avis, ça dépend, il faut voir au cas par cas. Je vais analyser la plupart d’entre eux dans le prochain article que j’écris sur les représentations de la domesticité dans les dessins-animés, donc on pourra en parler à ce moment si vous voulez.

      Et quant à la question de savoir si manger de la viande et ne pas en manger est naturel ou pas, je vous renvoie aux commentaires de Liam au-dessus (dans ses réponses à Paprika et Sabrina), qui résume bien ce qui me pose problème avec cette manière de poser le problème (qui est pour moi totalement mystificatrice). Vous êtes d’accord avec ce qu’il dit ? Et si non, pourquoi ?

      Et sinon je n’ai pas dit que celleux qui mangent de la viande sont des « brutes » ou des « barbares », je constate juste le fait que le système d’oppression spéciste est si bien organisé et légitimé dans notre société que quelque chose comme l’extermination et la torture quotidiennes de millions d’animaux est possible (et cautionnée par celleux qui en mangent le produit) sans que très peu de monde ne s’en offusque ou ne développe de problème de conscience, de culpabilité. Vous n’êtes pas d’accord avec ce constat ?

      • Le grand paradoxe dans votre critique du spécisme est qu’elle est extrêmement spéciste elle même : vous demandez aux humains d’avoir une démarche de respect des autres animaux, alors que vous ne l’exigez d’aucun animal. Cela voudrait dire que les humains peuvent être supérieurs aux animaux, puisqu’à la difference des autres animaux, ils meuvent ne pas être centrés sur leur propre espèce?
        Qu’est ce que vous croyez? Que les animaux se soucient de la vie d’autres animaux, s’ils ont besoin de manger, ou de défendre un territoire, ou de lutter contre une compétition? Qu’ils ne sont pas eux mêmes spécistes? La nature est un monde brutal et violent, et tout dessin animé montrant des espèces différentes cohabiter en harmonie, notamment dans des dessins animés anthropocentrés, est un mensonge qui en réalité, paradoxalement, montre les animaux comme plus « civilisés » qu’ils ne le sont vraiment.
        Il n’est pas si anormal d’avoir une vision anthropocentrée, puisque , en tant qu’humains, notre point de vue sur les animaux passe par ce prisme, et souvent nous essayons d’assimiler les animaux à des « pets », tels que les chiens et les chats domestiques.
        La principale critique de ces dessins animés avec des animaux au service de l’humain est d’abord leur profonde niaiserie et leur total manque de réalisme au niveau du comportement animal. Par ailleurs, prendre Iago comme exemple d’animal esclave est franchement contre productif, Iago étant probablement l’un des personnages animaux remettant le mieux à sa place ses « maîtres », et d’ailleurs, le personnage est d’abord une caricature animale de l’humoriste Gilbert Gottfried. Par ailleurs, pensez vous automatiquement que la vie des animaux « domestiques, esclaves de l’homme » est tellement plus horrible que celle d’animal sauvage (bien sur, je ne parle pas des animaux destinés à la consommation humaine (et aussi animale d’ailleurs, les chiens et les chats domestiques ne se nourrissent pas de plantes))? A l’exception des prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire ou des grands animaux sans prédateurs, tous sont à risque permanent d’être mangés par plus gros que soi.
        Le problème de l’élevage industriel (ou même de l’élevage en général) est plus son impact désastreux sur l’environnement et la biodiversité, plutôt que sa cruauté, puisque a vie sauvage est tout aussi cruelle.
        Tout végétarien qui a un chat domestique est un hypocrite, car il a besoin de viande pour nourrir son chat.
        Quant aux animaux punching ball, si vous croyez que dans les mêmes dessin animés, les humains n’ont pas leur part en terme de baffes.
        Enfin, je vais me faire l’avocat du diable, mais vu le fait que l’humain ait réussi à s’adapter à tant d’écosystème et à devenir l’espèce dominante sur la planète, il n’est pas si incohérent que des animaux veuillent devenir humains? Qui à votre avis à la vie la plus facile? L’humain ou le rat, le cerf, le lézard, ou même le lion ou le tigre, surtout avec les progrès technologiques actuels?

      • PS : le régime végétarien implique aussi de tuer des animaux en quantité énorme (rongeurs, insectes, etc…) pour les empêcher de manger la nourriture ou la préserver. Donc, quoi qu’on mange, on a besoin de tuer des animaux pour cela. La domestication du chat s’est faite à une époque où l’essentiel de l’alimentation était végétale, afin d’éliminer les rongeurs qui mangeaient les récoltes)

    • Un exemple tout bête de docu animalier sans anthropomorphisme, ni même voix off nous expliquant quoi et comment penser ce qu’on observe : Microcosmos. (bon ceci dit c’est un faux bon exemple, étant réalisé en « studio » sous environnement contrôlé)

      Je peux même donner un exemple de documentaire dénonçant industrialisation et exploitation (animale et humaine) sans voix off : Notre pain quotidien (de Nikolaus Geyrhalter)
      http://rutube.ru/video/7af89de0e49f894c5d6d8e569c110d59/
      http://rutube.ru/video/2e38cd2a74c03ecfb1703b64548306b1/

      • Je songe également à « Bovines » de Emmanuel Gras. On y épie un troupeau de vaches charolsaies, dans leur grand pré, à leur rythme, sans voix off ni commentaire. On peut y critiquer beaucoup de choses, et de conséquences implicitement et involontairement provoquées par les choix du réalisateur, mais il a le mérite de donner un point de vue vivant et personnel à ces individus d’une espèce que notre société nous apprend, au delà même du mépris, à dénier toute notion d’existence psychologique, culturelle ou sociétale.

  16. J’approuve totalement cet article. relativement complet, bien structuré, clair, moins partial que les spécistes trouveront à en redire, et purement factuel.
    Je regrette peut-être un ptit peu ne pas avoir vu paraitre le terme, sans doute encore aujourd’hui barbare, mais qui permet de nommer ce qui est longuement décrit en terme de déni d’existence propre : la mentaphobie. Le déni total que les animaux ont une existence qui leur est propre, selon leurs sens et émotions qui sont les leurs, et qui en l’état actuel des choses ne peuvent pas être accessibles par nos théories scientifiques anthropomorphes. (ce sont entre autre les travaux de Florence Burgat, directrice de recherche à l’INRA, et travaillant occasionnellement pour la Revue semestrielle de droits animalier)
    http://www.unilim.fr/omij/publications-2/revue-semestrielle-de-droit-animalier/

    Un autre point, très pertinent, ce sont les travers sexistes de l’usage des tropes spécistes, mais il en manque un, (peut-être trop évident), qui avait été évoqué par Sandrine Delorme dans le JT des animaux N° 67 : le caractère (arbitraire) infiniment « féminin » du sujet même animal, que ce soit en terme de défense ou même seulement d’attention. (on peut difficilement remettre en question le caractère intrinsèquement viril de la chasse, son parfait antagoniste)
    http://rutube.ru/video/2b01fe2935f01cae5d06790f2abff3e6/

    Sinon un traité qui exprime bien à quel point le caractère traditionnel et culturel du spécisme est très complexe à déconstruire est bien exposé (mais non exhaustif) dans ce document-là : http://fr.scribd.com/doc/147652146/Psychologie-Du-Crime-de-l-Exploitation-Animale?in_collection=4277879

    PS : les 2 premiers liens du 3ème paragraphe sont passés à la trappe. « (voir par exemple ici et ici pour le cas du Roi Lion) »

    PS2 : mention spéciale pour les commentaires des captures sur Rajah ^^

    • un grand meri pour tous les liens, surtout les liens scribd :-). j’en ai lu quelques-uns, très chouette. le texte de Jocelyne Porcher je l’ai trouvé très drôle. plus je la lit, plus j’ai l’impression d’habiter une planète différent d’elle. en plus elle est d’une mauvaise foi assez impériale je trouve.
      le texte sur la disinformation du journal de la santé autour du soja est tout à fait incroyable. bravo france télévision, que du beau!
      j’ai récemment lu un synopsis d’un livre qui s’appelle Wild Justice, sur le sens de la justice et de la reciprocité dans le monde animal non-humain. c’était assez fascinant, avec plein d’exemple super interessant que je ne connaissais