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Les 100 meilleurs films américains – il paraît

L’autre soir, je n’arrivais pas à dormir. J’ai décidé de ranger mon bureau. Au fond d’un placard, je suis retombée sur un vieux polycopié qu’on m’avait donné à la fac, au tout début de mes études. C’était la liste des « 100 meilleurs films américains de tous les temps«  – rien que ça – selon l’AFI.

L’AFI, c’est le prestigieux American Film Institute. En 1998, l’AFI a établi cette liste en interrogeant plus de 1500 artistes et dirigeants de l’industrie cinématographique à partir d’une base de plus de 400 films. Comment les 1500 personnes interrogées ont-elles été choisies ? Wikipédia ne le dit pas mais on peut facilement deviner qu’il s’agit de personnes reconnues au sein de la profession et qui y occupent une position de pouvoir… Soit une « élite » d’hommes blancs – à l’image du comité des oscars, constitué majoritairement d’hommes blancs et âgés. (Voir à ce propos la polémique à propos de la cérémonie de 2015 où la grande majorité des votants était constituée d’hommes blancs de plus de 60 ans (1))

Cette liste n’évoque que le cinéma américain. Elle a été mise à jour en 2007.

Les critères pour sélectionner les films ? L’AFI en a défini 7. Les œuvres doivent :

  1. Être un long métrage de fiction d’au moins 40 min.
  2. Être en anglais et l’essentiel de la production doit être américaine.
  3. Avoir reçu un accueil critique positif.
  4. Avoir reçu une ou plusieurs récompenses majeures dans un festival américain.
  5. Avoir été populaires (et continuées à l’être).
  6. Avoir marqué l’histoire du cinéma, que soit à travers d’innovations techniques, d’une narration originales ou de tous autres critères esthétiques.
  7. Avoir eu un impact culturel et avoir marqué la société américaine d’une façon ou d’une autre.

Les critères mis en avant sont surtout des critères formalistes (6). Ils favorisent les films salués par la critique et l’industrie du cinéma (3 et 4), c’est à dire des films qui ont été légitimés par un milieu constitué en grande majorité d’hommes blancs de classe supérieure. Si la mention de « l’impact culturel » des films (7) semble témoigner d’une volonté de prendre en compte le sens social de ces œuvres, la formulation reste assez vague pour recouvrir à peu près n’importe quoi et en devient, au final, dépolitisante. Oui, « Les Dents de la mer » ont marqué la société américaine : après sa sortie, tout le monde avait peur d’aller se baigner… Bref, ces critères évitent soigneusement de poser la question du contenu et in fine la question du politique.

Comme je n’arrivais toujours pas à dormir, je me suis dit que j’allais compter, non pas les moutons, mais les personnages représentés dans ces cent supposés chefs d’œuvres. J’ai donc pris la liste telle quelle, puis j’ai mis au point un petit tableau :

  1. Je me suis focalisée sur les 20 premiers films du classement. Je me suis basée sur la version réactualisée de 2007. Sur les 20 premiers, les films cités sont plus ou moins les mêmes que dans la version de 98 (seul apparition notable, « le Mécano de la General de Keaton », soit un film de… 1926), l’ordre, lui, diffère un peu.
  2. J’ai créé 6 entrées. Elles ne sont pas exhaustives, on pourrait en rajouter encore. Je n’ai notamment pas inclus la question de la représentation des handicapés ou des personnes issues des classes populaires. J’ai tenté de condenser différentes questions pour ne pas surcharger la lecture du tableau. Ainsi, on pourrait traiter plus en détail la question des personnes racisées en regardant par exemple plus spécifiquement la question de la représentation des noirs ou celle des maghrébins (« Casablanca »).
  3. Question méthodologie : j’avais vu la plupart des films évoqués. J’ai complété les trous de ma mémoire par l’aide de résumés de Wikipédia. Si jamais vous remarquez des oublis ou imprécisions, n’hésitez pas à le signaler !

Ah et oui, avant de commencer… L’info n’apparaît pas dans le tableau mais 100% de ces films ont été produits et réalisés par des hommes.

tableau2

Résultat des courses :

  • Sur les 20 films cités, seuls 3 ont une femme comme personnage principal, soit une moyenne de 15 %.

Ce chiffre est à mettre en perspective : même si les femmes se retrouvent parfois personnage principal, leur statut est rarement équivalent à celui du héros masculin (qui ont plus rarement à partager l’affiche). Un exemple, dans Autant en emporte le vent, Scarlett partage la vedette avec Rhett Butler. Dans Casablanca, l’histoire reste racontée du point de vue de Bogart et le personnage de Bergman, bien qu’important, reste plus secondaire. Dans ces deux exemples (auxquels on pourrait rajouter Bonnie and Clyde ou l’Aurore si on prend cette fois en compte la totalité des 100 films), les femmes partagent donc la vedette avec un homme.

Dans Psychose enfin, Marion, le personnage de Janet Leigh, se fait assassiner dès le milieu du film et c’est un couple (Leila, la sœur de Marion, et Sam, son petit ami) qui prend le relais.

Dans Le magicien d’Oz, Dorothée est incontestablement le personnage principal mais il s’agit d’une enfant… Bref, dans ces 20 films, aucune femme adulte n’est réellement l’héroïne centrale et unique du récit.

  • Aucun de ces films n’a de personne racisée comme personnage principal. Peu (25%) font intervenir des personnes racisées comme personnage secondaire – et leur traitement est alors souvent problématique, comme dans La prisonnière du désert où les natives americans sont présentés comme des « sauvages ».
  • Aucun ne fait intervenir de personnes LGBTA, comme personnage principal. Lawrence d’Arabie, dont la vie a inspiré le film, était pourtant notoirement homosexuel mais le récit occulte cette dimension. Qui plus est, au cours du film, un personnage très secondaire torture et viole le héros… L’homosexualité est là associée à la perversion et au sadisme : sans commentaire.
  • 2 films font intervenir une personne ayant des troubles psy important dans leur récit. Mais dans un film comme Psychose, les troubles de Norman sont clairement associés à sa criminalité.
  • In fine, dans 95% de ces films, le héros est un homme blanc cis hétéro et valide.

Casablanca

Casablanca

Vas-y joue du piano, je m’occupe du reste

Si on considère les 100 films dans leur globalité (version 2007) – je vous épargne le tableau un peu laborieux – un seul a comme héros un personnage noir (Dans la Chaleur de la nuit) et seuls 10 % ont comme personnage principal une femme (3). Si on prend en compte les films où un couple – ou un duo – se partage la vedette (comme dans Bonnie and Clyde par exemple), on arrive péniblement à 17 % (4).

Cette analyse est purement quantitative. Il s’agit de chiffres qui, pris tels quels,  ne nous disent rien sur la qualité de ces films ni sur le traitement qu’ils proposent de leurs différents personnages. On pourrait aller plus loin et se demander quelle vision est donnée, par exemple, des personnages racisés de Casablanca (hum), ou encore s’interroger sur la représentation du viol dans Autant en emporte le vent (re-hum)…

Ces chiffres, donc, nous apprennent moins sur ce qu’ils montrent que sur les absences criantes qu’ils pointent du doigt (il y a des femmes dans tel film et pas dans tel autre, oui, et ? un film avec une femme comme personnage principal peut tout à fait être sexiste). Bref, ils mettent en lumière des processus d’invisibilisation extrêmement marqués.

Je repense à mes années de fac et je me dis qu’on m’a très bien expliqué l’avancé technique et esthétique indéniable que représente l’usage  de la profondeur de champ dans Citizen Kane mais qu’on m’a, au final, peu armée à comprendre, en profondeur, le système de représentation véhiculé par ce film. Certes, Citizen Kane et Psychose – pour ne citer que ceux là – peuvent être considérés comme des chefs d’œuvres. Ils ont, à leur façon, fait évoluer l’art du cinéma et révolutionné l’art du récit. Ces œuvres de grands « Auteurs » sont pourtant, également, le produit d’une époque et sont chargés d’une idéologie et de valeurs qu’il est important de déconstruire. Réintroduire des considérations politiques dans ce genre de « panthéon » que constituent ces listes, c’est également, à plus long terme réfléchir à une redéfinition de la conception dominante du jugement de goût. Dans le domaine du cinéma, la critique oublie bien vite les dimensions sociales et politiques des films au profit de critères esthétiques (considérés comme plus « purement cinématographiques »). Renouveler un procédé technique, proposer des avancés formelles, c’est bien, mais ça ne rend pas forcément une œuvre progressiste… Le Naissance d’une nation de Griffith en est le parfait exemple : il invente dans la forme tout en étant profondément raciste. Au fond, qu’est-ce qui fait la valeur d’un film ? Les critères mis en avant, au final, nous disent moins sur la qualité « intrinsèque » des films que sur l’idéologie de ceux qui ont établi ces listes et qui utilisent leur position de pouvoir pour les légitimer.

En terminant ce tableau, il était tard et j’étais un peu déprimée. Pour autant, ces chiffres ne sont pas surprenants. Ils témoignent d’un sexisme et d’un racisme profondément ancrés – et qui continuent à perdurer dans de nombreuses productions cinématographiques actuelles. En contemplant cette liste, on pourrait croire qu’il n’existe pas de films mettant en scène des personnes racisées, des lesbiennes, des handicapés, etc. Il y en a pourtant, mais ces films, la plupart du temps, ont été moins bien financés et ont eu une distribution moins large que les « chefs-d ‘œuvres » de l’AFI. Ce genre de listes, au final, focalise l’attention sur un petit groupe de films réalisés par des hommes blancs et qui racontent toujours les mêmes histoires d’hommes blancs. Ça me rappelle une phrase que j’entendais beaucoup quand j’étais à la fac : il paraîtrait que toutes les histoires ont déjà été racontées et que, depuis la Bible, on ne fait que tourner autour des mêmes mythes fondateurs… Ouais, peut-être… Ou peut-être pas… Et en regardant à nouveau cette liste, je me dis, qu’en fait, le champ d’histoires à raconter est immense, qu’il reste encore beaucoup à faire pour rendre compte de la diversité et de la pluralité des expériences humaines, pour renverser les rapports de force et rendre visible les invisibilisés…

Marion

NOTES

(1) http://next.liberation.fr/cinema/2012/02/21/les-oscars-lavent-trop-blanc_797466

(2) LGBTQIA : Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Intesersexué, Asexuel.le

(3) Pour info, j’ai noté : Le choix de Sophie, le Magicien d’Oz, Ève, Le silence des Agneaux, Cabaret, Intolérance, NY-Miami, Indiscrétions, Blanche Neige, La Mélodie du bonheur.

(4) L’impossible monsieur bébé, Pulp Fiction, Titanic, l’Aurore, Bonnie and Clyde, Qui a peur de Virginia Woolf ?, l’Odyssée de l’African Queen

Il est possible que j’ai oublié un titre, n’hésitez pas à me le signaler.

 

 

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51 réponses à Les 100 meilleurs films américains – il paraît

  1. Il me semble que Raging Bull et le Parrain ont des personnages principaux racisées.
    Et sinon elle doit faire quoi comme étude la noire transgenre lesbienne si elle veut raconter l’histoire qu’elle veut au cinéma? Elle doit attendre que les blancs cis hétero americains fassent des histoires avec un personnage principale lui ressemblant pour qu’elle puisse avoir plus du courage où il faut qu’elle lise tout un tas d’articles français lui expliquant que le système est relativement fermé pour bien déprimer.

    • Bonjour et merci pour votre commentaire. Pouvez vous préciser à quels personnages vous pensez lorsque vous faites références aux personnages racisés du Parrain et de Raging Bull ?
      Merci !

      • Ashley Mayer-Thibault

        Bas le moins que l’on puisse dire est qu’à l’époque de ces films, la position des italo-américains dans la hiérarchie raciale Américaine n’était pas encore complètement assimilable à la « whiteness » dominante. Attention donc à ne pas plaquer nos propres perceptions françaises de 2015 sur des productions Américaines des années 70 et début 80.

  2. Il y a pourtant un film, pas américain il est vrai, qui rassemble tous les critères souhaitables pour être le chef d’œuvre universel antigenré : produit par une femme, et dont l’héroïne racisée est manifestement une queer asexuelle en lutte contre l’oppression. C’est, vous l’aviez deviné, le sublime et éternel Détachement Féminin Rouge.. mais bien sûr, les cis blancs et vieux des Oscars ne pouvaient pas y penser.

    • Certes mais n’était-ce pas un film de propagande (un chouïa) Maoïste? Je ne veux pas « réduire » la dimension du personnage que vous décrivez en disant cela, mais je ne sais pas si ce fait permet de placer ce chez d’oeuvre au dessus de ceux décrit dans l’article car même s’il permettait un meilleurs traitement des personnages, c’était avant tout à visée nationnaliste.

      • Belette, votre perspicacité vous honore.

        En effet, le politiquement correct est un fait de propagande, et même de propagande totalitaire. De même la volonté de cet article, hormis qu’on y apprend (quelle originalité dans la pensée !) que tout objet culturel est le fruit de la société qui l’a enfanté – et qu’à ce titre il est son reflet, j’aurais donc vécu jusqu’en 2015 pour l’apprendre… Mais pour le reste, même volonté « un chouïa maoïste », mais « un chouïa » n’est-ce pas un terme racisant ?, de réduire toute œuvre, et toute analyse d’une œuvre, à un instrument de propagande.

        Et voilà ce qu’est devenu le féminisme dans sa dimension la plus visible, hélas : un amas de sottises et de platitudes décervelantes. La femme à barbe que je suis n’en revient pas, et pleure…

        • J’ajoute que la dimension sociale des films et, pour parler de manière plus précise : l’absence presque totale des luttes sociales dans le cinéma américain (hormis John Ford et quelques autres), ne semble pas beaucoup troubler les nuits de Marion, ni augmenter ses insomnies, sans parler de ses pulsions de classification. C’est bizarre, mais les asexuel(le)s – sic – lui sont infiniment plus précieux(se) – re-sic – que la classe ouvrière, que les gens au chômage, les migrants, les pauvres et j’en passe. On a les valeurs qu’on peut, surtout quand on est néo-féministe et insomniaque.

  3. Vous oubliez de prendre en compte l’époque des films.

    Casablanca par exemple a beaucoup marqué les noirs américains.

    Soit Sam le pianiste demeurait secondaire mais il était aussi le premier noir à ne pas avoir un rôle de bouffon stupide.

    D’ailleurs à Harlem lors de la sortie du film il était coutume de repasser les scènes avec Sam.

    Quant aux personnages gays il ne faut pas oublier que les codes et autres repères étaient différents.

    Ben Hur était bisexuel. Tout comme Marlène Dietrich dans certains de ses rôles (et dans la vraie vie)

    • « Casablanca par exemple a beaucoup marqué les noirs américains. Soit Sam le pianiste demeurait secondaire mais il était aussi le premier noir à ne pas avoir un rôle de bouffon stupide. »

      En disant cela, vous participez aux processus d’invisibilisation que critique l’article, en jetant par exemple dans les oubliettes de l’histoire du cinéma tous les « race films » qui ont mis en scène un grand nombre de personnages noirs (je ne dis pas que ces films sont irréprochables politiquement, mais ils sont très loin de dépeindre uniquement des noir-e-s dans des rôles de bouffons stupides) dès les années 10 et qui visaient les minorités raciales : https://en.wikipedia.org/wiki/Race_film

      « Quant aux personnages gays il ne faut pas oublier que les codes et autres repères étaient différents. Ben Hur était bisexuel. Tout comme Marlène Dietrich dans certains de ses rôles (et dans la vraie vie) »

      A quoi faites-vous allusion exactement ? Au fait que certains de ces films comportaient des sous-textes destinés aux publics lesbiens, gays ou bi (comme le présente notamment le docu The Celluloid Closet : https://www.youtube.com/watch?v=rhygdCjYrdk ) ? Parce qu’il ne me semble pas que Ben Hur soit explicitement présenté comme bi dans le film… Et si c’est à ça que vous faites allusion, est-ce que vous considérez que de telles représentations « cryptées » puissent être mises au même niveau que les représentations hétéros dominantes ? Est-ce que vous considérez ça comme de la visibilité ? Moi pas…

      • Quand je disais le « premier noir » il faut comprendre dans les films grands publics. Ce qui était beaucoup plus audacieux et surtout utile que les race film qui étaient vu que par un public limité.

        Pour Ben Hur je vous conseille de revoir la scène de retrouvaille avec son ami/ennemi romain. J’admets toutefois qu’il faut lire (un peu) entre les lignes dans ce cas là.

        Mais dans Cœurs brûlés (Morocco) Marlène Dietrich est habillé en smoking (le look des lesbiennes berlinoises à l’époque), drague ouvertement une femme, et l’embrasse. Ce n’est pas crypté alors.

        Et il ne s’agit pas d’un cas isolé. Le cinéma des années 20 et 30 étaient très audacieux dans ce domaine. Même si on préfère l’oublier.

        Le seul véritable tabou à l’époque en matière de moeurs demeurait les relations inter-raciales.

        C’est avec les années 40 et surtout 50 que le puritanisme a fait des ravages y compris dans le cinéma. Malheureusement c’est cette époque qu’on préfère retenir comme l’âge d’or du 7ème art.

        • Bonjour Bender,

          « Quand je disais le « premier noir » il faut comprendre dans les films grands publics. Ce qui était beaucoup plus audacieux et surtout utile que les race film qui étaient vu que par un public limité. »

          Déjà, Casablanca n’est pas du tout le premier film à mettre en scène un noir dans un rôle autre que celui du « bouffon stupide » (qui n’était pas d’ailleurs l’unique stéréotype imposé aux noir-e-s, contrairement à ce que vous semblez sous-entendre). Je ne suis pas spécialiste, mais je pense par exemple à des films comme Hallelujah ! de King Vidor (1929) ou Imitation of Life de John M. Stahl (1934) (je ne dis pas que ces films sont irréprochables dans leurs représentations raciales, loin de là, mais c’étaient des films « grands publics » comme vous dites).

          Mais ce qui me gêne surtout dans votre commentaire, c’est la disqualification des race films comme « moins utiles » que des films comme Casablanca. Pour moi, dire ça c’est reconduire l’invisibilisation des race films, de leurs acteurs et actrices noir.e.s et de leur publics. Dire que Casablanca est un film « plus utile », c’est encore une fois valoriser les films faits par les blanc.he.s pour les blanc.he.s par rapport aux films destinés aux noir.e.s.

          J’ai l’impression que votre expression « films grands publics » conforte l’idée (raciste) selon laquelle le blanc serait l’universel (et ici en l’occurrence, les films de blancs pour les blancs comme des films pour tout le monde) et les films pour les noir.e.s des productions marginales dans l’histoire du cinéma.

          (et je ne parle même pas de la représentation de Sam dans Casablanca, qui est un personnage profondément raciste. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas dans le cliché du bouffon stupide que ce n’est pas profondément raciste. Je ne pense pas que substituer une représentation raciste à une autre soit un véritable progrès…)

          « Pour Ben Hur je vous conseille de revoir la scène de retrouvaille avec son ami/ennemi romain. J’admets toutefois qu’il faut lire (un peu) entre les lignes dans ce cas là. »

          Ben c’est pas qu’il faut « lire (un peu) entre les lignes », c’est qu’il faut obligatoirement lire entre les lignes. J’ai l’impression qu’on est tellement habitué.e.s à ce que les sexualités non hétérosexuelles soient représentées de manière cryptée qu’on en arrive à considérer ce genre de sous-textes comme de la véritable représentativité, de la véritable visibilité. Pour moi, ce n’est pas du tout le cas. Ça serait égalitaire avec l’hétérosexualité si Ben Hur pouvait rouler une pelle à son copain à l’écran de la même manière que les hétéros s’embrassent à l’écran à l’époque. En autorisant pas ça, Hollywood invisibilise, opprime, stigmatise les sexualités non hétérosexuelles.

          « Mais dans Cœurs brûlés (Morocco) Marlène Dietrich est habillé en smoking (le look des lesbiennes berlinoises à l’époque), drague ouvertement une femme, et l’embrasse. Ce n’est pas crypté alors. »

          Si je me souviens bien, Dietrich embrasse ponctuellement une femme à l’intérieur d’un spectacle bien délimité dans le film (et qui en tant spectacle relève d’une brève performance qui est déconnectée de la personnalité de l’héroïne jouée par Dietrich), d’autant plus que tout le reste du film tourne autour de son histoire d’amour hétérosexuelle avec Gary Cooper. Donc elle n’est pas à mon avis représentée comme bisexuelle dans ce film.

          Et que Marlene Dietrich était bisexuelle dans la vie ne change rien. De la même manière que Hollywood invisibilisait les écarts par rapport à la norme chez les personnages mis en scène (cf par ex Lawrence d’Arabie), les discours médiatiques sur les stars étaient aussi bien normés, et la bisexualité de Marlene Dietrich était ainsi bien dissimulée dans la presse (de la même manière que la bisexualité de Cary Grant ou l’homosexualité de Rock Hudson).

          Bref, ce n’est pas parce que des stars étaient homosexuelles ou bisexuelles dans la vie que ça change quelque chose sur l’invisibilisation massive de ces sexualités non hétérosexuelles à l’écran (et encore plus dans la liste de l’AFI).

          • Je persiste au sujet de l’utilité.

            Car les race films montraient uniquement aux noirs qu’ils n’étaient des bouffons stupides (c’est bien). Casablanca montrait à tous le monde (noirs comme blancs) que les noirs n’étaient pas des bouffons stupides (c’est mieux).

            D’une manière plus général je dirais que c’est mieux que rien.

            J’illustrais avec l’exemple de la série kung fu.

            Elle a sortit les chinois américains du placard en montrant leurs traditions, leurs histoires, et leurs souffrances. Toutefois il a fallut renoncer à mettre Bruce Lee comme héros (bien trop jaune) sinon les producteurs n’auraient jamais accepté.

            C’est un peu l’éternel débat entre les purs (ou idiots) et les pragmatiques (ou traitres).

            C’est un peu pareil pour Ben Hur. De plus les deux homos (ou plutôt bi pour Ben Hur) sont des guerriers et échappent donc aux clichés des gays efféminés.

            Pour Morocco j’admets que ça se discute. Mais une femme embrasse tout de même une autre femme. Ce n’est pas dans le cinéma des années cinquante qu’on aurait vu cela.

            Quant à la bisexualité de Marlène Dietrich c’était juste une précision de ma part sans aucun sous entendu.

            A ce propos sa bisexualité n’était pas tellement cachée.

            D’ailleurs Dietrich ne cachait rien en général. Elle s’amusait même à prendre la pose lorsque les paparazzi la surprenaient avec ses amants (elle était mariée).

            Dietrich pour moi incarne la femme des années trente libérée et qu’on a tendance à oublier à cause du « c’était mieux avant ». Mais bon je digresse peut-être un peu.

          • Bon, je ne vais pas persister car visiblement on n’est pas d’accord (mais pas grave 🙂 ). Juste une dernière chose :

            « Je persiste au sujet de l’utilité. Car les race films montraient uniquement aux noirs qu’ils n’étaient des bouffons stupides (c’est bien). Casablanca montrait à tous le monde (noirs comme blancs) que les noirs n’étaient pas des bouffons stupides (c’est mieux). »

            Visiblement vous n’avez jamais vu de race films, car ils ne consistent vraiment pas à « montrer uniquement aux noirs qu’ils n’étaient que des bouffons stupides »…

            Et si Casablanca ne montrait pas que les noirs étaient des bouffons stupides, il montrait par contre qu’un gentil noir est un noir qui est tout entier dévoué à son maître blanc, et qui n’existe que pour chanter la jolie chanson romantique qui émeut les amoureux blancs. Personnellement je ne trouve pas ça révolutionnaire…

            Vous semblez avoir une conception linéaire du progrès politique, comme si on avançait toujours vers des représentations moins racistes et stéréotypées. Alors que pas du tout. Ce n’est pas parce que la majorité des race films datent d’avant Casablanca qu’ils véhiculent nécessairement des représentations raciales plus archaïques…

  4. Dans « Boulevard du Crépuscule », le personnage de Gloria Swanson, Norma Desmond, est incontestablement autant, voire plus le personnage principal que celui incarné par William Holden, et elle a incontestablement aussi des troubles psychiatriques.

    • Bonjour
      Effectivement, on peut tout à fait se dire que le personnage de Nora a des troubles psys. Merci pour cette précision !
      Je suis moins d’accord avec vous lorsque vous dites qu’elle est incontestablement le personnage principal. Certes, elle joue un rôle clé et est peut être plus « charismatique » qu’Holden. Le film s’ouvre cependant sur William Holden et c’est son trajet que l’on suit. On rencontre Norma par son intermédiaire et c’est à lui que le spectateur est amené à s’identifier. En terme de construction narrative, il est présenté comme le personnage principal. Voilà en tout cas pourquoi je n’avais pas comptabilisé Norma dans le tableau !
      Bonne journée

      • Je pense également que le personnage de Nora est sans conteste le personnage principal de Sunset Boulevard. Le personnage du narrateur (qui narre « post-mortem ») est à l’instar de nombreux romans un point de vue latéral, peu incarné, qui symbolise le spectacteur dans le film (ce n’est pas une coïncidence car il est scénariste). Le personnage de la star déchue occupe toute la scène, le temps d’écran, dont la personnalité laisse une trace indélébile. On s’identifie à son point de vue, non à son personnage car il n’a aucune personnalité. On est évidemment en empathie maximale avec le Monstre sacrée déchue (et on est bien plus touché par sa déchéance et sa chute que par la mort du narrateur).

        Pour la même raison je pense que le personnage principal de Psychose est Norman Bates, le personnage féminin n’étant qu’une « lentille identificatoire » déléguée du spectateur.

        Et pour Scarlett dans Autant en emporte le Vent, le film est son portrait de A à Z, elle en est l’héroïne. Rhett n’est qu’un épisode de son histoire…

  5. Y aurait-il un équivalent pour le cinéma français? Pas sûr que le résultat soit bien meilleur…

  6. Bonjour à tout.es
    Un petit mot pour vous expliquer ma démarche ; je viens de supprimer une partie des commentaires de cet article. Je l’ai fait parce qu’ils me semblaient trop agressifs et que je souhaite que cette page soit un espace d’échange et pas de violence.
    Désolée envers celleux qui répondaient à ces commentaires violents et qui se sont vu.e.s supprimé.es par la même occasion.
    Bonne journée

  7. Tiens, cet article me rappelle cette page du Projet Crocodiles:

    http://projetcrocodiles.tumblr.com/post/108245129893/pour-aller-plus-loin-des-femmes-peintres

    Bonne journée.

  8. Bonjour
    en lisant le site, on comprend bien qu’il vise à déconstruire l’idéologie dominante des films grand public. Vous affirmez qu’un film peut aussi être jugé et classé selon des critères de progressisme. C’est recevable évidemment. Vous ne donnez au lecteur que je suis aucune référence de film progressiste (c’est un reproche que je fais souvent à ce site) qu’il serait intéressant de panthéoniser à la place des films AFI. C’est bien de déconstruire mais pour produire des films « progressistes », il faut bien une inspiration de départ… quels films conseillez-vous qui nous offrent un autre horizon idéologique?

  9. Moi aussi j’amène deux pierres :
    – Quemada (ou Burn) : un film plus connu avec Marlon Brando. Il traite de l’escroquerie du post-colonialisme.

    – La dernière scène : film cubain en huit-clos où le maitre d’une plantation par « charité chrétienne » invite des esclaves à sa table et leur enseigne quelle est la place de chacun.

  10. Dans Psychose, on suit dans la première partie du film une femme. Tout est centré sur elle, on a envie de la voir parvenir à son but, et on tremble pour elle. Ce qui rend sa mort beaucoup plus choquante et douloureuse pour le spectateur.
    Elle a volé de l’argent, ok, mais après tout, on l’excuse… c’est à un riche et vieux texan ridicule et insupportable, parce que vaniteux, paternaliste et intrusif, qui s’assoit sur le bureau de l’héroïne, tente même vaguement de la séduire. Et la première scène du film nous a montré qu’elle a et son amant ont besoin d’argent. Sauf que lui semble passif, n’a pas l’air capable de faire le nécessaire pour qu’ils s’en sortent, c’est elle qui prend les devants, qui est active.
    Elle s’enfuit avec l’argent du texan, un flic la trouve louche et la suit… mais il ne s’agit évidemment pas du « gentil représentant des forces de l’ordre » qui traque une « méchante voleuse », c’est pas du tout comme ça que les choses sont présentées, bien au contraire, le flic est une « menace », il est inquiétant et même déshumanisé, n’apparaissant qu’avec son casque et ses lunettes noires. Dans ces scènes, l’ennemi, le danger, c’est, l’homme, le flic ; et c’est à l’héroïne qu’on s’identifie.
    Après sa mort, on suit un « couple » (enfin, son amant et sa sœur). Mais c’est encore la femme qui est l’élément principal. C’est elle qui comprend avant tout le monde qu’il est arrivé quelque chose de grave à sa sœur. C’est elle qui contacte l’amant, qui tente de le convaincre (lui semble toujours avoir un train de retard). Ils engagent un détective privé… qui va pas faire long feu. Ils vont ensuite se rendre sur place, et c’est toujours la sœur qui semble la plus décidée, active et volontaire. C’est elle qui va inspecter la maison, c’est donc encore pour elle qu’on tremble, alors que le type, pas très finaud, qui devait occuper Norman Bates ne fait que l’énerver bêtement, se fait assommer et met ainsi en danger sa partenaire (parce qu’au fond, on s’en fout qu’il se fasse agresser, c’est qu’un homme, ce qu’on craint, c’est que la femme se fasse agresser, là, c’est plus grave, le spectateur frissonne…) C’est elle qui découvre la vérité, Norman Bates cherche à la tuer, mais il fallait bien que l’homme serve tout de même un peu à quelque chose, à défaut d’avoir un cerveau, il est bien bâti, et peut maîtriser le psychopathe.

    Bref, un film où les hommes sont des vieux cons (le texan), des personnages froids, antipathiques et inquiétants (le flic), pas très perspicaces et un peu à la ramasse (l’amant), et de terribles psychopathes (Norman)… et où les deux femmes, les deux sœurs, sont, elles, actives, volontaires et courageuses. Et ça ne l’empêche en rien d’être considéré comme un des chefs-d’oeuvre de l’histoire du cinéma.

    • Certes, les deux héroïnes du film sont « actives, volontaires et courageuses », je suis d’accord avec vous, mais elles n’incarnent pas du tout le même type de féminité à mon avis, et ne reçoivent en conséquent pas le même traitement de la part du film.

      Marion est une femme qui transgresse l’ordre patriarcal (parce que, comme vous le dites, c’est elle qui prend les décisions dans le couple, mais aussi parce qu’elle vole l’argent d’un homme, échappe à la loi incarné par le policier, et surtout parce qu’elle couche avant le mariage). Or le film la punira très violemment pour cette transgression.

      A l’inverse, Lila n’agit que quand elle est forcée de le faire. Tout dans son comportement montre par ailleurs qu’elle ne veut pas du tout transgresser l’ordre patriarcal (elle obéit à Sam et le pousse à être actif, donc à adopter le rôle masculin conventionnel, ce qu’elle lui permet d’ailleurs de faire à la fin lorsqu’elle est menacée par le monstre et qu’il vient la sauver ; et en ce qui concerne sa sexualité, elle est beaucoup plus « respectable » que Marion : elle vient chercher cette dernière à l’hôtel pour la ramener dans le droit chemin, elle propose à Sam de se faire passer pour un couple pour ne pas éveiller les soupçons, etc.).

      Bref, c’est un film où la femme qui transgresse l’ordre patriarcal est violemment punie et n’est pas autorisée à tenir le rôle de l’héroïne jusqu’au bout (à la différence de celle qui vient restaurer cet ordre).

      D’ailleurs, vous passez rapidement sur la scène du meurtre de Marion alors qu’elle est d’une violence assez hallucinante. Au passage, c’est à mon avis assez symptomatique que cette scène reste aujourd’hui la plus célèbre et la plus commentée de Psycho (souvent pour insister sur le « génie de ce grand artiste de la caméra qu’était Alfred Hitchcock »), alors même qu’elle est une scène de féminicide particulièrement sadique (son corps nu est pénétré à plusieurs reprises à coups de couteau). Que l’on n’ait pas un regard un peu plus critique politiquement sur cette scène de meurtre punitif est à mon avis très problématique.

      Donc oui, personnellement, je suis totalement d’accord avec l’auteure de l’article pour dire qu’il est assez symptomatique que le film ne permette pas à une héroïne active et transgressive telle que Marion de survivre au film, et qu’il la punisse de manière particulièrement violence (pour la remplacer par une femme beaucoup moins menaçante pour le patriarcat…).

  11. Dire que Marion Crane est « punie pour avoir transgressé l’ordre patriarcal », c’est de la pure interprétation. ça n’a pas plus de valeur que de dire l’inverse : « Marion Crane est punie pour ne pas avoir voulu transgresser suffisamment l’ordre patriarcal », car si elle commet ce délit, ce n’est pas pour se marginaliser ou fuir l’ordre patriarcal, mais parce qu’elle veut en finir avec cette situation instable, elle veut qu’ils puissent envisager de s’acheter une maison et se marier !

    Une femme des années 50-60 qui, à une vie de célibataire et à des parties de jambes en l’air à l’hôtel préfère la vie de couple et le mariage, et va tout faire pour y arriver, faudra m’expliquer en quoi elle représente une « menace pour le patriarcat ».
    Bref, plutôt que des interprétations très subjectives sur la transgression ou pas de l’ordre patriarcal, s’il faut considérer que Marion Crane est « punie » (ce qui n’est pas mon cas, pour moi, c’est avant tout une victime, qui a le malheur d’être là au mauvais endroit au mauvais moment), c’est tout simplement parce qu’elle a volé de l’argent. Il est là le délit, la cause de sa fuite, son voyage de nuit sur les routes où elle manque de s’endormir, son refuge dans un petit motel discret.

    La scène de la douche, aucun problème pour en parler. Si elle a autant choqué, si elle est aussi terrifiante (en partie aussi grâce à la géniale musique de Bernard Herrmann), c’est bien parce que Hitchcock nous a fait prendre fait et cause depuis le début pour son héroïne ! Si Marion était une « mauvaise femme », une femme qui aurait, au fond, bien cherché ce qui lui arrive, et qui aurait eu « ce qu’elle mérite », la scène de la douche ne serait pas si terrifiante et douloureuse pour le spectateur. Et le fait que cette scène soit particulièrement sadique, violente, traumatisante, c’est bien parce qu’il faut que l’on comprenne que l’on n’est pas ici face à un tueur lambda, mais à un fou sanguinaire, un « monstre ». S’il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher à Hitchcock, c’est de savoir ce qu’il faisait en matière de tension et de mystère. Et plus cette scène allait frapper et terrifier le spectateur, plus la 2° partie du film pouvait être anxiogène et intense. Parce qu’on se demande quel monstre (est-il seulement humain ?) peut commettre un tel acte, et parce que ça rend l’enquête beaucoup plus dangereuse aux yeux du spectateur…

    • Merci GT de m’avoir fait voir la lumière ! Je m’étais égaré dans des « interprétations subjectives » et « sans valeur » alors qu’il fallait juste s’extasier devant le génie de Hitchcock, ce grand homme qui « sait ce qu’il fait en matière de tension et de mystère ». Après tout, le fait que Marion soit une femme est le pur fruit du hasard. Ça aurait pu très bien être un homme à la place, qui aurait crié tout nu sous la douche avant de se faire pénétrer par de multiples coups de couteau, le tout filmé avec des gros plans morcelant son corps. Bizarrement ça n’est pas le cas, et ça semble plus difficilement imaginable…. Peut-être qu’il n’est pas si hasardeux que la victime soit ici une femme… et une femme qui couche avant le mariage, vole de l’argent, voyage seule … mais voilà que je m’égare à nouveau dans des interprétations subjectives. Honte à moi. Promis, je ne recommencerai plus et je n’aurai maintenant plus d’yeux que pour le génie intemporel de ce maître du suspense…

      • Marion est une femme qui transgresse l’ordre patriarcal […] Or le film la punira très violemment pour cette transgression.[…]Peut-être qu’il n’est pas si hasardeux que la victime soit ici une femme… et une femme qui couche avant le mariage, vole de l’argent, voyage seule

        Je ne vois pas en quoi vous démontrez le lien de cause à effet entre sa mort et la « transgression de l’ordre patriarcal ». Surtout que dans votre première phrase vous semblez bien sûr de votre coup sur ce qu’a voulu dire « le film ».

      • Le fait que Marion soit une femme n’est en effet pas du tout le fruit du hasard. L’objectif principal des films d’épouvante, des thrillers, des histoires de serial-killer est de nous faire le plus peur possible, nous scotcher à notre fauteuil, créer le climat le plus anxiogène. Et l’on a en général bien plus peur lorsque la vie d’une femme est en danger que lorsqu’il s’agit de celle d’un homme. On est plus touché, ému, choqué, quand on voit dans un film une femme se faire assassiner que lorsqu’il s’agit d’un homme. Si les rôles avaient été inversées, comme vous le montrez, le film aurait été beaucoup moins prenant et flippant. On aurait beaucoup moins craint pour Sam seul dans un motel lugubre que pour Marion.

        « Ça aurait pu très bien être un homme à la place, qui aurait crié tout nu sous la douche avant de se faire pénétrer par de multiples coups de couteau, le tout filmé avec des gros plans morcelant son corps »

        ça aurait surtout été moins traumatisant pour le spectateur. Et ça n’aurait plus été la même histoire, qui aurait ainsi été vidé de son contenu psychologique et symbolique (Norman tue des femmes qu’il désire à cause de sa relation très fusionnelle avec sa mère / la scène de la douche n’est pas une scène de meurtre lambda, elle nous marque d’autant plus qu’elle revêt une symbolique sexuelle perverse et terrifiante).

  12. Bonjour,

    Je découvre ce site et je trouve cela très intéressant même si je ne comprends pas bien la démarche.

    La proposition de base est elle de dire que l’AFI est composé de vieux bonhommes sans goûts – ce qui revient à enfoncer une porte ouverte – ou bien de remettre en doute la qualité de ces films car ils sont le produit d’une époque qui n’est plus la même qu’aujourd’hui ?

    Pourquoi faire ce tableau tout en avouant plus loin que ce n’est pas un argument qui a de la valeur ?

    Pourquoi essayer de relier des défauts de personnage (par exemple le tortionnaire de Lawrence d’Arabie) à sa sexualité ? S’il lui manquait un oeil cela voudrait il dire que le film fait penser en sous main que tous les borgnes sont des violeurs ?

    Faut il s’étonner de ne pas trouver de femmes dans des films mettant en scène des milieux masculins d’il y a plus de 60 ans ?

    Pourquoi ne pas mettre un peu de contexte historique à cette analyse au lieu et d’analyser ça avec un peu de hauteur (sans forcément dire que ces films sont intouchables) ?

    Un film de qualité moyenne mais socialement équilibré mérite t il plus sa place dans la liste qu’un bon film sur des milieux masculins ?

    faut il s’étonner de trouver des films orientés vers un public masculin blanc quand le public masculin blanc était celui qui achetait le plus ? aujourd’hui on met des chinois parce que la chine fait le box office et on reboot les franchises des années 80 en remplaçant les héros masculins par des femmes car elles consomment plus.

    je pense l’analyse de base assez biaisée dans sa démarche. heureusement un film est beaucoup plus complexe et intéressant qu’une analysé basé sur 1 instant du film, qui la plupart du temps n’est pas représentatif de son ensemble. Il me paraitrait plus intelligent de critiquer l’intérêt de certains de ces films, en les replaçant dans leurs contextes respectifs, plutôt que de faire un portrait à charge, ce qui a autant d’intérêt que de dire que ces films sont des chef d’oeuvres intouchables.

    pour prendre un exemple prenons 2001 : une fois qu’on a dit que le personnage principal (et parler de personnage principal pour 2001 c’est aller un peu court, sachant que le film commence avec 30mn de singes, que le premier protagoniste disparait…) était blanc hétéro et masculin, quel est l’intérêt de l’anecdote ? le film ne porte en rien sur 1) son sexe 2) sa couleur de peau 3) sa sexualité. si le personnage principal avait été une femme, le film aurait été tout aussi « discriminant ». si il avait été d’une autre couleur de peau également. aurait il du avouer à hal qu’il était bisexuel pour rendre le film plus « compréhensif » ? doit on voir une facture de son psy pour le rendre plus « adapté à l’époque » ? bref à moins d’envoyer le casting de glee dans l’espace je ne vois pas trop comment régler le problème.

    aussi il me semble assez faussé (et révélateur) de n’aborder que la question du sexe. pourquoi pas aborder la question sociale ? combien de prolétaires dans ces films ?

    bref le cinéma est politique mais cette analyse l’est encore plus. je ne comprends pas cette tendance révisionniste et légèrement dystopique de vouloir absolument que tous les films aient la même couleur ou les même enjeux ou qu’ils soient tenus légalement de représenter toutes les minorités et aspects de la vie. On aura compris que 1500 vieux blancs qui la plupart du temps ne regardent pas les films dont ils parlent, choisissent en top 100 des films qui font déjà parti de l’inconscient collectif et ne sont pas très complexes. Le but de l’AFI c’est un but commercial et rien d’autre. Perso j’aime beaucoup Gregg Araki mais je ne m’attends pas (ni aurais envie) de voir débarquer the doom generation en top 2 de l’AFI.

    Moins d’indignation et plus de réflexion svp.

  13. Bonjour,

    Puisque vous parlez des meilleurs films américains, pourquoi il n’y a pas de films latinoaméricains, canadiens ? Et pourquoi les films doivent être en anglais, l’Amérique comprend d’autres langues comme l’espagnol ou le portugais, sans compter toutes les langues natives.
    A moins que vous parliez du cinéma étasunien… 🙂 dans ce cas, c’est une précision à apporter dans le titre !

    • MERCI <3

    • En tant que canadien, je dois dire que je me sens plus irrité que supporté quand des gens sortent cette sotte rengaine que ‘américain’ désigne les habitants du continent et non pas les habitants des États-Unis.

      Moi, je suis canadien, pas américain. Les américains? Ce sont mes voisins du sud. États-Uniens? C’est un mot à la sonorité ridicule qui manque de respect envers les américains sans aucunement montré du respect envers les canadiens et les mexicains.

      Un habitant d’Irlande veut que je l’appelle irlandais plutôt que britannique? Ok, il est irlandais.

      Une personne assigné homme à la naissance veut être considéré une femme? Ok, c’est une femme.

      Un individu né au Montana veut être appelé ‘américain’? Ok, c’est un américain. Pas sorcier, non?

      États-Uniens… quel mot merdique. Qui vous a mis en charge de changer le nom qu’on donne à la nationalité de 400 millions de personne?

      • Bonjour Vincent,

        Je trouve votre précision étonnante et vous en remercie. Elle m’intéresse d’autant plus que j’envisage d’émigrer de mon pays français.

        Est-ce que vous souhaitez que les habitants des Etats-Unis soient appelés Américains alors que le continent entier a pour nom Amérique ? Il y a pourtant un jeu de mots dans le slogan l’Amérique aux Américains.

        Que reprochez-vous au mot d’Etats-Uniens ? C’est ce que disent les espagnols (estaounidenses). Vous dites le « nom qu’on donne »… parlez-vous d’une tradition ?

        Les Canadiens ne sont-ils pas aussi Américains que la France est européenne ?

        Je pose ces questions sans du tout critiquer, je ne me le permettrai pas et les questions de langue m’intéressent. Les Canadiens sont parfois plus puristes que l’Académie française ! 🙂

        Bien cordialement,
        NM

        • Bonjour Nicolas,

          Refuser de désigner les habitants des États-Unis comme étant ‘Américains’ sou prétexte que ce nom devrait désigner tous les habitants des Amériques sous-entend que l’on est en train de défendre les Canadiens, Mexicains et autres pauvres victimes de l’impérialisme de l’Oncle Sam qui voudraient aussi pouvoir se réclamer d’une identité américaine.

          Voilà le problème avec cet argument; en ce qui concerne les Canadiens, je n’en ai jamais entendu ou lu un seul, en trente-huit ans d’existence sur cette terre, qui clame être ‘Américain’ dans le sens que vous souhaiter donner à ce mot. Jamais. Pas un seul. Pas un ami, pas un collègue universitaire militant, pas un chroniqueur dans un grand journal ou même un petit brûlot polémique. Je ne peux pas jurer qu’il ne s’en cache pas à Rivière-du-Loup ou Saskatoon, c’est un grand pays, mais je vous assure qu’il n’existe pas de mouvement organisé même marginal pour se réapproprier le terme ‘Américain’ de la part des Canadiens et que je n’ai même pas personnellement la connaissance d’un seul hurluberlu qui mènerait seul ce combat.

          J’affirme avec à peine moins de certitude que la situation est la même au Mexique ou au Brésil.

          Sachant que les habitants des États-Unis ont établi un consensus quasi-unanime sur le fait qu’ils sont ‘Americans’ et que la seule traduction raisonnable en français de ce mot est ‘Américains’, il faut concéder que c’est quelque peu irrespectueux de le leur refuser. Je sais que les (trois) Américains parlant le français de ma connaissance préfèrent de loin ‘Américain’ et manifestent divers degré d’inconfort ou d’irritation devant ‘États-Uniens’.

          En contrepartie en employant le terme États-Uniens vous ne manifester pas de soutien à la cause de quiconque. Personne ne se réclame du terme ‘Américain’ sauf les Américain!

          Alors pour quel raison insister pour utiliser le terme États-Uniens? Je ne sais pas pourquoi un français le fait, mais pour les Québécois, c’est assez clair; ceux qui le font, et ils ne sont pas très nombreux, c’est précisément pour emmerder les Américains qu’ils le font. Parce que comme je l’ai expliqué, personne ici ne clame être Américain, incluant ceux qui emploient le terme ‘États-Uniens’! Donc ils ne le font pas pour des questions identitaires, ils le font pour la même raison qu’un ado en insulte un autre en lui niant le respect d’employer son nom correctement et en le modifiant contre son gré. Quand je lis un Québécois sur un forum qui utilise le terme États-Uniens, je sais immédiatement qu’il va s’en suivre une critique virulente des États-Unis qui fera probablement peu de distinction entre le gouvernement et les citoyens.
          Et pourquoi un Français emploie ce terme? Vous me le direz.

          PS : Si on doit désigner toutes les Amériques, le terme ‘Panaméricain’ est là pour ça.

          • En contrepartie en employant le terme États-Uniens vous ne manifester pas de soutien à la cause de quiconque. Personne ne se réclame du terme ‘Américain’ sauf les Américain!

            Il ne s’agit pas de défendre la cause de quiconque. Il s’agit d’être précis. Et pourquoi aucun autre pays ne se réclame du terme « Américain » sauf les Etats-Unis ? C’est parce qu’ils se le sont appropriés très tôt, donc forcément aucun autre pays ne va l’utiliser pour se désigner maintenant…
            C’est à peu près aussi illogique que d’imaginer que les habitants de la France seraient désignés par le terme « européens », plutôt que « français », et qu’on reproche aux autres pays européens de ne pas se reconnaître dans le terme. Pareil avec les termes « sud-américain » et « nord-américain ».

            Quelques infos historiques sur les termes états-unien et américain:
            http://meteopolitique.com/Fiches/langue_bois/Analyses/Gentille/Les%20am%C3%A9ricains%20ne%20sont%20pas%20tous%20%C3%A9tats-uniens.htm

            PS : Si on doit désigner toutes les Amériques, le terme ‘Panaméricain’ est là pour ça.

            Le terme « panaméricain » fait référence à un mouvement politique précis (comme le panafricanisme par exemple), donc c’est très spécifique et connoté. « africain » et « panafricain » s’emploient dans des contextes différents, et cela devrait être pareil pour « américain » et « panaméricain ».

  14. Comme à chaque fois que vous pondez un article, vous ignorez volontairement un aspect essentiel pour comprendre le cinéma, le contexte.

    Les dates où ces films ont été tournés, combien d’entre eux sont des année 20,30,40,50ect….

    La place de la femme, des personnes de couleur et lgbt étaient bien différents à chacune de ces époques, tout comme le système de valeur. Beaucoup de ces films étaient progressistes en leur temps, vous pouvez pas les regarder et les « deconstruir » avec une vision idéologique du 21e siècle.

    Sans compter le Code Hase qui a duré Jusqu’en 1967 et qui interdisait de parler d’homosexualité, les rapports interraciaux et pratiquement tout le reste. Donc il était difficile de faire autre chose que des films de blancs.

    Le cinéma se juge par son apport au cinéma en terme de technique et de mise en scène, ensuite on peut le juger mais uniquement dans son contexte. Naissance D’une Nation de Griffith est une oeuvre raciste glorifiant le Ku Klux Klan qui a fait un scandale absolu quand elle est sorti, mais son apport à la technique est tel qu’on ne peut l’ignorer. C’est comme ça que l’on juge le cinéma que ça vous fasse plaisir ou non.

    • « Comme à chaque fois que vous pondez un article, vous ignorez volontairement un aspect essentiel pour comprendre le cinéma, le contexte. Les dates où ces films ont été tournés, combien d’entre eux sont des année 20,30,40,50ect…. »

      Cet article ne porte pas sur les films sélectionnés par l’AFI, mais sur la sélection de l’AFI elle-même. Ce que l’auteure de l’article analyse, c’est moins les films en eux-mêmes que le fait qu’ils aient été choisis comme « les meilleurs films américains ». Cette sélection a une signification politique, parce qu’elle valorise certains films plutôt que d’autres, et elle ne date pas des années 30, 40 ou 50, mais de 1998 (puis de 2007 pour la réactualisation). Donc son contexte politique, ce n’est pas les US des années 30-50, mais le contexte politique d’aujourd’hui.

      « La place de la femme, des personnes de couleur et lgbt étaient bien différents à chacune de ces époques, tout comme le système de valeur. Beaucoup de ces films étaient progressistes en leur temps, vous pouvez pas les regarder et les « deconstruir » avec une vision idéologique du 21e siècle. »

      J’aimerais bien que vous m’expliquiez en quoi les films en question étaient particulièrement progressistes dans leur contexte historique. En quoi, par exemple, Casablanca est-il un film progressiste, même dans le contexte de la guerre, dans sa représentation des femmes et des noir-e-s par exemple ? J’ai du mal à voir.

      « Sans compter le Code Hase qui a duré Jusqu’en 1967 et qui interdisait de parler d’homosexualité, les rapports interraciaux et pratiquement tout le reste. Donc il était difficile de faire autre chose que des films de blancs. »

      Il y a eu avant, pendant et après l’application du Code Hays, des films beaucoup plus progressistes que ceux sélectionnés par l’AFI (cf mon comm plus haut dans lequel j’évoque par exemple les « race films »). En les ignorant, la liste de l’AFI contribue à leur invisibilisation, et conforte ainsi une vision de l’histoire du cinéma blanche, masculine, hétérosexuelle, etc.

      « Le cinéma se juge par son apport au cinéma en terme de technique et de mise en scène, ensuite on peut le juger mais uniquement dans son contexte. Naissance D’une Nation de Griffith est une oeuvre raciste glorifiant le Ku Klux Klan qui a fait un scandale absolu quand elle est sorti, mais son apport à la technique est tel qu’on ne peut l’ignorer. C’est comme ça que l’on juge le cinéma que ça vous fasse plaisir ou non. »

      Non, c’est juste comme ça que vous avez choisi de juger le cinéma parce que ça vous plaît. Mais ce n’est pas comme ça que nous avons envie, nous, de le juger. Que ça vous plaise ou non.

  15. Je suis d’accord avec l’ensemble du message mais il me paraît injuste de ne pas noter la présence d’un personnage féminin principal dans Vertigo. Même si elle change d’identité pour duper le héros, Judy Barton me semble occuper la place d’un personnage de premier-plan (en terme de temps d’apparition en tout cas …)

    • Oui moi aussi. Certes la majeure partie du film tourne autour du personnage joué par James Stewart, adopte son point de vue, s’attarde sur ses problèmes, etc., il y a quand même le retournement important aux deux tiers du film qui fait véritablement émerger le point de vue du personnage féminin, qui cesse d’être vue juste à travers le regard fétichisant du héros. Bref moi aussi je mettrais une croix dans la case « un personnage féminin principal » du coup (surtout si le le statut de héros est accordée à Rhett Butler pour Autant en emporte le vent, alors que le film est avant tout l’histoire de Scarlett O’Hara).

      • beaucoup de personnages ont plus d’importance que celui qu’on voit le plus dans la durée du film. L’histoire est centrée sur le personnage principal parce qu’il a un problème, non pas parce que c’est le plus fort et le plus viril.

  16. J’adore cette article. Vous oubliez totalement que cette liste de films porte sur la qualité de ceux-ci. Or ces films ont tous en effet de gros problèmes, et portent les symptômes d’epoques plus sombres, mais cela n’empêche que ces films sont des chefs d’œuvre absolus. D’où cette liste.

  17. Merci pour cet article qui donne quelques repères quantitatifs sur le racisme et le sexisme dans les films. Pour une note plus positive, quels seraient selon vous les meilleurs films politiquement dans cette liste ?

    L’absence d’Alien dans cette liste me surprend, sur quel critère a-t-il pu être écarté ?

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