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X-Men: Days of Future Past (2014) : traité sur l’origine du mal

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X-Men: Days of Future Past s’ouvre sur une scène de débandade où une équipe de mutants du futur se fait ratatiner par des « Sentinelles » (sorte de robots redoutables programmés pour repérer les « X-Men » et les exterminer).  C’est que les choses ont plutôt mal tourné dans le futur pour les mutant-e-s et les humain-e-s qui combattent à leurs côtés. Confronté-e-s à un ennemi qu’illes ne peuvent pas vaincre (puisque les Sentinelles ont la capacité de s’adapter à chacun de leurs pouvoirs pour les contrer), illes sont enfermé-e-s dans des sortes de camps d’extermination où des néons rose fluo ont remplacé les barbelés, et où les cadavres dégoulinent des camions. Bref, rien qui rappelle de très bons souvenirs…

Du coup, le seul truc qui leur reste à faire quand ça va plus du tout comme ça, c’est de retourner dans le passé pour s’attaquer à l’origine du mal. Professeur Xavier et Magneto (redevenus super potes dans le futur) contactent donc l’équipe des mutants « nouvelle génération », qui compte dans ses rangs la jeune Kitty Pryde, capable d’envoyer des gens dans le passé). Et comme c’est Wolverine qui a la plus grosse quéquette, c’est lui qui s’y colle.

Kitty le propulse dans les années 70, le moment où ça a commencé à mal tourner, et avec l’aide de ses copains du passé, le grand Hugh Jackman (toujours aussi charismatique des pectoraux) réussit à remettre le monde sur la bonne voie. Du coup, quand il revient ensuite du nouveau passé vers le nouveau futur, l’ancien futur n’est plus que du passé, vu qu’il a disparu avec l’ancien passé, vous me suivez ? Enfin bref, l’important c’est que le nouveau futur il est super-chouette.

Je vais essayer ici d’esquisser une analyse politique du film, sans aucune prétention à l’exhaustivité. Et je m’excuse par avance si le ton de j’adopte peut paraître parfois un peu méprisant ou sarcastique. Ce n’est pas du tout parce que je méprise le cinéma populaire (loin de là) ou l’univers des X-Men (au contraire, j’ai l’impression que c’est l’un des univers super-héroïque les plus potentiellement intéressant d’un point de vue politique). Si ce film m’a énervé, c’est uniquement dans son propos politique, que j’ai trouvé profondément réactionnaire à tous les niveaux. C’est uniquement sur cette dimension politique que je vais me concentrer ici.

 « La Femme », cette pécheresse

Dès le début du film, les choses sont posées clairement. Le vieux Professeur Xavier explique aux mutants du futur que si on en est arrivé là, c’est avant tout à cause d’une femme : Raven, a.k.a. Mystique (Jennifer Lawrence). En 1973, elle a en effet tué le Docteur Bolivar Trask, qui travaillait alors sur ce qui allait devenir les « Sentinelles ». Cette sotte croyait ainsi protéger les mutants, mais son acte eut pour conséquence l’exact opposé : effrayé par cet attentat, le gouvernement a encouragé le projet militariste et répressif de Trask[1] vis-à-vis duquel il se montrait auparavant plutôt réticent. Mystique ayant été capturée au moment de l’assassinat, les chercheurs ont en plus élaboré à partir de son ADN la version finale des Sentinelles. Ainsi, comme conclut Xavier : « Tout a commencé ce jour de 1973, le jour où elle a tué pour la première fois, le jour où elle est devenue Mystique ».

Cette figure féminine qui se promène totalement nue et qui est responsable de la chute de l’humanité n’est pas sans évoquer le personnage biblique d’Eve. En effet, toutes souffrances des mutants du futur ont pour origine ultime le péché originel de Mystique. A partir de là, l’enjeu du film sera précisément de réparer cette faute en remettant la femme pécheresse dans le droit chemin. Ainsi, comme on va le voir, ce n’est pas un hasard si c’est une équipe 100% masculine (avec à sa tête le viril Wolverine, amateur de gros cigares) qui est chargée de remettre Mystique à sa place. La femme est une menace, et doit donc être matée par les hommes.

xmen01Dompter la femme[2]

Ayant le pouvoir de se transformer en n’importe qui, Mystique réactive le fantasme misogyne de la femme manipulatrice, qui utilise son apparence pour tromper les hommes et les emprisonner dans ses filets. On la voit par exemple utiliser cette arme « typiquement féminine » qu’est la séduction dans la scène où elle séduit le diplomate vietnamien au bar pour ensuite l’étrangler dans sa chambre, juste après s’être dénudée. Ce qui est dangereux chez « La Femme », c’est donc non seulement son côté fourbe, mais aussi sa sexualité (puisque c’est au moment où elle devrait « se donner à l’homme » qu’elle se révèle la plus « vénéneuse »).

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Mystique ne se contente pas d’utiliser ses « atouts féminins », puisqu’elle s’avère être une experte dans l’art traditionnellement masculin du combat. En faisant d’elle une menace que les hommes doivent neutraliser, le film condamne ainsi son usage de la violence, probablement parce qu’il s’agit d’une violence à la fois féminine[3] et révolutionnaire (comme l’est celle de Magneto, lui aussi condamné par le film comme on le verra plus loin). Par contraste, la violence d’un Wolverine n’est quant à elle jamais remise en question, puisqu’elle est une violence à la fois masculine et « juste »[4].

Ce côté « guerrière badasse » que possède Mystique (et qui peut être très jouissif si l’on fait abstraction du discours que le film tient sur elle) me semble également « contenu » par le film de deux manières. Tout d’abord, si Mystique est violente et puissante, elle reste néanmoins gracieuse lorsqu’elle combat, ce qui est peut-être un moyen de la ramener à une féminité plus traditionnelle (avec un côté « danse et gymnastique » à l’opposé du bourrinage de Wolverine ou de la sauvagerie de La Bête). De plus, elle me semble assez sexualisée lorsqu’elle se bat contre des hommes : elle est non seulement nue (ou si l’on préfère, dans une combinaison ultra-moulante), mais prend de surcroît des positions qui mettent en évidence ses seins et ses fesses, quand elle n’écarte pas tout bonnement les jambes devant les yeux ébahis de ses adversaires. Certes, la rapidité avec laquelle Mystique frappe ses adversaires rend très rares les gros plans s’attardant sur des parties morcelées de son corps. Mais le principe même d’une combattante totalement dénudée me semble néanmoins assez problématique. Ce type d’érotisation du personnage me semble à la fois une manière de présenter sa sexualité comme agressive et menaçante, mais aussi un moyen de neutraliser cette menace qu’elle représente pour les hommes en faisant de sa violence un spectacle pour le public masculin hétérosexuel.

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Si Mystique est construite par ce film comme une menace avant tout en tant que femme, il me semble que l’on peut également faire une autre lecture de ce personnage, qui la verrait plus comme une menace du fait de la relative indétermination de son identité sexuée et genrée. Elle a en effet la capacité de se transformer en n’importe quel humain, et ne se prive pas de prendre l’apparence d’hommes. En cela, son existence représente une menace pour l’ordre « hétéro-patriarcal-cis », puisqu’elle ne rentre pas dans ses cadres normatifs fondés sur l’idée d’une « différence des sexes et des genres » qui serait « fondée en nature dans le sexe biologique ». En effet, dans ces cadres opprimants, passer d’un sexe ou d’un genre à un autre constitue une « transgression » allant contre l’« ordre naturel ». Je ne pense pas que X-Men : Days of Future Past thématise particulièrement cette dimension du personnage, mais celle-ci reste à mon avis assez importante d’un point de vue politique pour qu’on en dise quelques mots.

Si Mystique n’est pas à proprement parler un ou une trans et que sa capacité à se métamorphoser instantanément en n’importe qui n’a pas grand-chose à voir avec les transitions effectuées dans la réalité par les trans, son pouvoir contient tout de même un potentiel subversif vis-à-vis l’ordre cis dominant. Lorsque le co-créateur de Mystique, Chris Claremont, a par exemple suggéré qu’elle et son amie Destiny (dont elle était le compagnon dans les années 30 sous l’identité masculine de « Mr. Raven ») puissent être les parents biologiques de Diablo (grâce à une transformation de Mystique en mâle lors de la conception), Marvel a refusé l’idée en la jugeant trop controversée[5].  Le potentiel subversif de Mystique apparaît également dans ce témoigne d’une trans, qui raconte ce qui l’a attirée dans ce personnage dès son plus jeune âge :

« Une peur de la chirurgie – ou plus précisément d’une décision irrévocable telle que la chirurgie reconstructive – fait partie de ce qui m’a initialement attiré vers le personnage de Mystique, malgré ma réticence à m’identifier avec une méchante. Enfant, même si je rêvais d’être la télépathe et télékinésiste Jean Grey,  la jeune et vibrante Jubilee, ou la déesse africaine Tornade, la capacité de métamorphose de la méchante Mystique avait trop d’attrait pour l’enfant transgenre que j’étais pour que je puisse l’ignorer. A l’âge de 6 ans, j’ai tenté de dire à ma mère que je voulais être une fille. Disons juste que ça ne s’est pas très bien passé. J’ai toujours su que j’étais différente, mais c’était la première fois que je réalisais qu’être différent-e était une « mauvaise » chose. L’idée de posséder le pouvoir de métamorphose de Mystique m’offrit un moyen de m’évader providentiel : le fantasme de pouvoir changer de homme à femme à volonté, selon mes besoins. Cela signifiait pour moi que je pouvais être la personne que tout le monde voulait que je sois, tout en m’autorisant à être la personne que je voulais être. Dans mon fantasme, il n’y avait pas d’ultimatums et je n’avais pas à choisir pour l’un ou l’autre des extrêmes contre l’autre. J’imagine qu’il y a un certain nombre de transgenre/transexuel-le-s qui apprécierait en revanche de posséder le pouvoir de Mystique pour transitionner facilement vers le sexe opposé et ne jamais regarder en arrière.
Etant une fille, et cependant un garçon, mon affinité pour Mystique m’amena à la voir non seulement comme une analogie de la transidentité, mais aussi plus généralement de la non-conformité aux normes de genre. Mystique est née femme et possède une identité de genre féminine, mais rien de tout cela ne la définit. Elle est aussi à l’aise lorsqu’elle adopte une identité masculine et vit comme un homme que lorsqu’elle a sa forme naturelle – un état d’esprit atypique dans un monde où le sexe et le genre définissent de manière si rigide notre perception des autres » [6].

En faisant de Mystique une méchante qui doit être matée, le film me semble donc véhiculer un discours que l’on pourrait qualifier de « transphobe ». Et il est en ce sens assez révélateur que l’acteur envoyé pour résoudre ce « problème » qu’incarne Mystique soit Hugh Jackman, cet ambassadeur de la masculinité cis, qui a gravé sur son corps même les idées d’« imperméabilité entre les sexes » et de « suprématie masculine » à coup de séances de muscu et de bidons de caséine (sur la surenchère musculaire actuelle chez les stars masculines, voir ici).

xmen05Le « problème »

xmen06… et son « remède »

Enfin, il me semble que Mystique est surtout dangereuse dans ce film parce qu’elle menace d’usurper le pouvoir des hommes. En effet, elle ne se contente pas de prendre une identité masculine à de nombreuses reprises, mais prend de surcroît l’apparence d’hommes de pouvoir. Tout d’abord celle d’un militaire dans un camp américain au Vietnam, puis celle d’un diplomate vietnamien (ce qui lui permet de s’introduire dans un lieu de décision exclusivement masculin), et enfin celle du président des États-Unis lui-même. Cette femme s’avère donc extrêmement menaçante pour le patriarcat car susceptible d’exercer un pouvoir politico-militaire traditionnellement monopolisé par les hommes.

Le fait que cette menace féminine émerge selon le film dans les années 70 n’est pas un hasard, puisque cette décennie est celle de la seconde vague féministe. En envoyant en 1973 le viril Wolverine stopper une femme s’introduisant dans les hautes sphères décisionnelles masculines pour tuer un homme de pouvoir, le film développe donc un discours anti-féministe qui diabolise les mouvements d’émancipation des femmes et condamne l’accession des femmes à des postes de pouvoir[7].[8]

Si Mystique finira par se soumettre à cette figure paternelle qu’est pour elle le sage Xavier-qui-a-tout-compris, elle réapparaîtra néanmoins une dernière fois dans la scène qui clôt le film. On la voit embarquer un Wolverine agonisant, et elle a alors l’apparence de Stryker (l’homme qui séquestrait des mutants au Vietnam plus tôt dans le film et qui torture Wolverine dans ses visions). Cette fin reste assez ambiguë, dans la mesure où l’on ne sait pas si Mystique va aider notre héros où lui faire du mal. Mais il me semble tout de même qu’elle nous laisse sur une image de Mystique menaçante, puisque ses yeux réapparaissent dans un corps qui incarne la menace.

Une petite précision avant de passer à la suite : je ne cherche ici qu’à mettre en évidence ce qui me semble être le discours tenu par le film, mais il est bien sûr tout à fait possible de faire une lecture qui s’oppose à ce discours (une « contre-lecture » pourrait-on dire). Au lieu de voir par exemple Mystique comme une menace pour l’ordre « patriarcal-cis » comme nous l’invite à le faire le film, on peut très bien la trouver beaucoup plus cool politiquement et plus intéressante que la bande de phallocrates cis chargés de la ramener à la maison. Mais cette lecture nous oblige à faire abstraction du propos du film (de la même manière que la trans que je cite plus haut  dit avoir dû dépasser sa réticence à s’identifier à une méchante pour apprécier ce personnage). C’est pour cette raison que, même si nous sommes toujours libres de s’opposer au film en détournant certains de ses détails dans le sens qui nous plait, il est tout de même nécessaire d’en critiquer le discours misogyne, masculiniste, transphobe et anti-révolutionnaire, qui conforte les systèmes de domination en place.

Ressusciter le patriarcat

Comme je l’ai dit, l’enjeu du film est de parvenir à neutraliser la menace féminine (et féministe) incarnée par Mystique, car c’est à cause d’elle que le monde en est arrivé là. Le lien entre cette femme pécheresse et l’oppression que subissent les mutants dans le futur est explicitement fait, puisque si les « Sentinelles » sont si redoutables, c’est parce que leur version finale a été créée à partir de son ADN.

Le film développe ainsi un propos masculiniste qui articule haine du féminin (et plus précisément de l’émancipation féminine) et peur de la modernité technologique  (discours que l’on retrouve dans un grand nombre de films sortis ces dernières années[9]). Une scène condense ce propos : il s’agit du moment où le Xavier du passé tente de réutiliser le Cerebro (machine qui décuple ses pouvoirs de télépathe) pour retrouver la trace de Mystique.

xmen08L’homme et la machine

A son premier essai, l’homme ne supporte pas le pouvoir de la machine et fait tout capoter. On comprend ainsi que l’enjeu pour le héros est de réussir à dominer la machine pour pouvoir dominer la femme. Comme Xavier a ici clairement besoin d’un supplément virilité, Wolverine intervient et lui permet de rencontrer son moi du futur. Il se confie à lui dans un face à face émouvant, et écoute attentivement la leçon de virilité de Dieu-Le-Père : « Tu souffres, mais ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, et si tu arrives à accepter cette souffrance, ça te rendra encore plus puissant, et patati patata, blabla masculiniste, patati patata ».

xmen09Quand l’homme s’auto-enseigne les secrets de la sagesse viriliste…

Le jeune Professeur revient alors gonflé à bloc, et réussit ainsi à dominer la machine, ce qui lui permet de retrouver la femme émancipée dans un aéroport pour lui dire que maintenant il faut arrêter de déconner et « rentrer à la maison ».

Ce lien entre « peur de l’autonomie des machines » et « peur de l’autonomie des femmes » cimente le scénario tout entier. En effet, dans le futur, humain-e-s et mutant-e-s sont dominé-e-s par des machines connotées comme « féminines » par le scénario, puisque les « Sentinelles » sont des robots dont la version finale a été créée à partir de l’ADN de celle qui est pendant tout le film pensée comme « La Femme ». On retrouve d’ailleurs la trace de cette parenté avec Mystique dans l’apparence des robots (dont la « carapace écaillée » évoque la peau de Mystique) et dans leur redoutable « pouvoir de transformation » (qui leur vient directement de la mutante, comme l’explique le Professeur Xavier dans son petit cours d’Histoire : « Elle a été capturée le jour même, torturée, on a fait des expériences sur son corps. Son ADN a révélé à ses ravisseurs les secrets de ses pouvoirs de transformation. Tout ce dont ils avaient besoin pour créer des armements capable de faire face à un pouvoir mutant quel qu’il soit. »).

L’équipe de X-Men mise en échec par les Sentinelles dans la première scène du film est une bande de petits jeunes au sein de laquelle personne ne semble jouer le rôle de leader, mais où deux personnages se détachent de par le rôle clé qu’illes jouent pour la survie du groupe[10] : Kitty Pryde et Bishop (Ellen Page et Omar Sy). Le fait qu’il s’agisse d’une femme et d’un Noir est peut-être un hasard, mais il me semble possible de mettre en lien ce détail avec le personnage d’Afro-Américaine évoquant Angela Davis (dont j’ai parlé dans la note 8) et avec la période historique posée par le film comme l’« origine du mal » (les années 70). A la manière des discours masculinistes qui mettent en garde contre les dangers de la « féminisation de la société », peut-être que le film est ici en train de mettre en scène les dangers d’un « leadership » un peu trop collectif, féminin et noir…

Heureusement, le club des vieux patriarches blancs vient à la rescousse, dominé par le duo Xavier-Magneto en guise de cerveau et Wolverine pour le supplément musculaire. Alors que chez les X-Men du futur c’est la femme et le Noir qui se détachent du groupe et sont mis en avant, chez les vieux de la vieille la femme noire (Tornade) ferme sa gueule et écoute parler les hommes blancs.

xmen10Les jeunots…

xmen11… et les vieux de la vieille

Les anciens sont ici les représentants du monde d’avant la domination des machines et d’avant l’intervention funeste de « La Femme ». Ce bon vieux temps auquel il va falloir revenir est donc en même temps celui des bonnes vieilles valeurs patriarcales. Et pour s’en convaincre, il suffit de voir qui est envoyé dans le passé pour remettre la société sur ses pieds, le seul à « pouvoir supporter un tel voyage », j’ai nommé :

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La dimension politique de ce choix scénaristique apparaît d’autant plus clairement si l’on compare le film au comics dont il est inspiré, puisque dans celui-ci, c’était Kitty Pryde elle-même qui revenait dans le passé. En s’écartant ainsi du scénario original, le film consolide son discours masculiniste : c’est à l’homme viril qu’il revient d’aller tuer d’œuf la menace féminine/féministe qui a mené l’ordre patriarcal à sa perte.

La première scène qui se déroule dans le passé résume bien ce qu’incarne Wolverine dans le film. On le voit d’abord se réveiller au côté d’une femme (et vu la psychologie du bonhomme, on se doute qu’ils n’ont pas passé la nuit à discuter féminisme et sexualité hétéro-patriarcale). Puis il se lève,  admire sa musculature dans la glace (comme il le fait sûrement tous les matins), et se tabasse une petite bande de mafieux qui venaient lui rappeler que son patron ne le payait pas pour baiser sa fille mais pour la protéger. Femmes, muscles et bastons : Tom Cruise n’aurait pas fait mieux.

Après cette petite mise en bouche, il part chercher ses copains pour former la dream team phallocratique qui permettra de remettre la femme à sa place. Et ça commence plutôt mal, puisqu’il tombe sur un professeur Xavier en piteux état. Le malheureux souffre, et pas qu’un peu. Déjà que c’est pas facile d’être un homme, il a en plus perdu tout ce qu’il avait, et en particulier la femme qu’il aimait, Raven/Mystique. Dans un flashback émouvant, il se souvient de sa rencontre avec elle quand ils étaient enfants. La pauvre fille était paumée, et le gentil Xavier l’avait alors accueillie sous son toit et protégée (parce que les femmes ont besoin d’être protégées). Et aujourd’hui, après tout ce qu’il a fait pour elle, cette ingrate l’a laissé tomber pour Magneto. Si c’est pas malheureux tout ça. Du coup le professeur s’enferme tout seul dans sa chambre, boit un peu, et se drogue beaucoup. La substance qu’il s’injecte est l’équivalent de celle que prend son pote Hank pour éviter de se transformer en « La Bête ». Parce que Xavier ne veut plus de son super-pouvoir de télépathe. Et il faut le comprendre, le pouvoir c’est un sacré fardeau, hein ?…

xmen13Xavier dans sa robe de chambre des mauvais jours

En résumé, Wolverine tombe donc sur deux hommes qui restreignent volontairement leur pouvoir, qui ne laissent pas s’exprimer leur nature de dominant. Dans le cas de La Bête, la dimension virile de ce pouvoir est évidente, puisqu’il consiste à se transformer en une sorte de loup-garou surpuissant. Pour Xavier, assumer son pouvoir semble au contraire impliquer une forme de « féminisation » (il perd alors l’usage de ses jambes et doit se déplacer dans un fauteuil roulant). Mais il ne faut pas s’y méprendre, car la contrepartie de cette semi-paralysie est un pouvoir énorme qui le rend pareil à Dieu, puisqu’il peut entrer dans l’esprit de n’importe qui pour lire ses pensées ou lui faire faire ce qu’il veut comme un pantin. En assumant son pouvoir, Xavier devient ainsi Le Père (rôle qu’il tient d’ailleurs auprès de tous les mutants, qui sont par rapport à lui comme des brebis égarées qu’il va trouver pour les prendre sous son aile dans son école sur laquelle il règne en Dieu-tout-puissant-mais-juste). La nature virile de ce pouvoir apparaîtra clairement à la fin du film, lorsqu’il s’agira de dompter la femme. Xavier entrera alors dans l’esprit de Mystique pour lui expliquer de manière bien paternaliste ce qu’elle doit faire. Après quelques résistances, la pécheresse reconnaîtra la Loi du Père et s’y soumettra (temporairement du moins).

Dans un premier temps, Wolverine doit donc permettre à ces deux hommes torturés et impuissants de retrouver leur essence de mâle dominant (Bête sauvage et violente pour l’un, Dieu-Le-Père pour l’autre). La deuxième partie de sa mission est quant à elle légèrement plus ardue, puisqu’elle consiste à réconcilier ceux qui sont devenus les meilleurs ennemis du monde : Xavier et Magneto. Là encore, le scénario s’avère profondément masculiniste, car l’idée sous-jacente est que seules l’amitié et la solidarité masculine peuvent permettre de vaincre « La Femme ». Et ça, les deux vieux patriarches du futur l’ont bien compris, puisque c’est eux-mêmes qui envoient Wolverine dans le passé pour les réunir.

xmen14Unir nos forces pour vaincre la femme

Rapidement, les divergences politiques entre les deux hommes, qui se cristallisent dans l’attitude à adopter vis-à-vis de « La Femme » (l’un veut dompter, l’autre veut la buter), rendront cette collaboration un peu difficile. Mais le film nous offre quand même quelques beaux moments de compagnonnage masculin, comme lorsque les deux super-mutants boivent un verre de whisky ensemble, puis se livrent à une petite partie d’échecs (pour mesurer leurs grosses intelligences).

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Le rôle de Mystique là-dedans oscille entre « celle qui divise les hommes » (puisque Xavier en veut à Magneto de lui avoir « pris la chose qui comptait le plus pour lui », la « chose » en question étant bien sûr La Femme) et « celle qui réunit les hommes », à la fois parce qu’ils doivent s’unir pour l’arrêter et parce qu’ils partagent le même amour pour elle. L’unique personnage féminin un peu développé est donc non seulement posé comme la menace du film, mais est placé de surcroît au centre d’un « triangle amoureux »[11] (voire même d’un « carré amoureux », puisque La Bête a lui-aussi vécu une histoire avec elle, comme nous le rappellent quelques plans s’attardant sur le visage ému du jeune homme).

La souffrance de Wolverine

Ce tableau masculiniste ne serait pas complet si l’on ne s’attardait pas un peu sur le personnage de Wolverine, qui occupe d’ailleurs une place centrale dans le film, comme en témoignent les affiches qui le mettent la plupart du temps en avant.

Si c’est lui qui a été choisi pour fédérer l’équipe des super-phallocrates du passé, c’est non seulement parce qu’il est le plus hétéro-cis-viril, mais aussi parce que c’est l’homme qui a le plus souffert. Quand le Xavier du passé fait un petit tour dans sa tête, on se rend compte qu’il en a vraiment bavé le pauvre homme.

xmen16Dur dur d’être un homme

Le film va même jusqu’à faire explicitement de Wolverine une figure christique. Pendant tout le film, il tient le rôle du prophète, chargé de répandre la bonne parole de Dieu-le-père (le Professeur Xavier) auprès des brebis égarées du passé. Nouveau messie, Wolverine est également un martyr qui semble porter toute la souffrance du monde sur ses épaules (il est celui qui a vu de ses yeux toutes les atrocités de l’Histoire, et porte ce fardeau en lui). A la fin, au cas où ce ne soit pas encore assez clair, Magneto le crucifie avec des grosses barres de fer, et le film se conclut sur l’image de ce Jésus ressuscité.

xmen17Wolverine, le martyr crucifié

Pour permettre à cet homme en souffrance d’atteindre la paix, il faudra la dévotion absolue d’une femme : Kitty Pryde. Pendant tout le film, elle reste à son chevet et ne se soucie que de lui. Même lorsque Wolverine lui plante accidentellement ses griffes dans le corps, elle doit endurer silencieusement cette violence masculine pour que l’homme puisse retrouver la paix. Le film oppose ainsi Mystique (la femme-problème qui mène le monde à sa perte parce qu’elle n’obéit pas aux hommes) et Kitty (la femme dévouée et soumise qui permettra à l’homme de retrouver sa suprématie).

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Lorsque Wolverine revient dans le futur après avoir changé le cours de l’histoire, le bon ordre patriarcal a été restauré. On retrouve le Professeur Xavier en patriarche trônant derrière son bureau, et veillant sur les mutant-e-s comme Dieu-Le-Père sur ses sujets.

Les dangers de l’extrémisme

S’inscrivant dans la tradition des comics et autres films X-Men, ce dernier opus aborde également la question du mode d’action légitime pour les dominés qui cherchent à s’émanciper, avec une référence sous-jacente (et plutôt discrète dans cet opus[12]) aux mouvements antiracistes états-uniens des années 60-70. Wolverine est en effet envoyé dans le passé en 1973, donc à une époque où les luttes des Afro-Américain-e-s pour l’égalité font encore partie de l’actualité (le Black Panther Party vient de subir une répression étatique extrêmement violente[13], et de nouveaux groupes tels que la Black Liberation Army poursuivent la lutte[14]).

Comme dans les précédents épisodes,  X-Men: Days of Future Past oppose ainsi le Professeur Xavier, partisan de l’« intégration » et de la « cohabitation pacifique », à Magneto le « radical ». Ces deux figures sont traditionnellement interprétées comme des  allusions aux positions respectives de Martin Luther King et Malcolm X (le premier comics dans lequel apparaissent les X-Men a été publié en septembre 1963, soit un mois après la « Marche sur Washington » durant laquelle Martin Luther King prononça son célèbre discours « I have a dream »[15]). Les clins d’œil fourmillent d’ailleurs dans les premiers films de la saga :

Il semble que les cinéastes aient repris à leur compte cette allusion aux deux grands leaders noirs des années soixante. J’en veux pour preuve les derniers mots de Magneto dans X-Men (2000) qui ne sont autres que « by any means necessary » (« par tous les moyens nécessaires »), la formule-choc associée à Malcolm X. Autre exemple : dans X-Men l’affrontement final, lors d’un interrogatoire musclé, Raven, alias Mystique, la plus proche collaboratrice de Magneto, affirme qu’elle refuse de répondre aux policiers sous son « nom d’esclave » – comme Malcolm qui avait choisi le X en remplacement de son « nom d’esclave ». Par ailleurs, nombreuses sont les autres allusions à l’histoire des Noirs américains ; par exemple X2 s’ouvre sur une scène durant laquelle un guide promène des visiteurs dans la Maison Blanche puis s’arrête devant le portrait de Lincoln avant de réciter un extrait de son discours inaugural prononcé en 1860 à la veille de la guerre civile : « Nous ne sommes pas ennemis,  mais amis, ne cédons pas à la discorde, nos passions pourrons éprouver mais sans jamais les briser les liens qui nous unissent ». Quelques secondes plus tard, un plan nous montre l’effigie de Kennedy devant lequel apparaît un Mutant téléporteur qui va tenter d’assassiner le président des États-Unis au cri de ralliement « Mutant freedom now », qui rappelle l’un des mots d’ordre de la lutte pour les droits civiques[16].

X-Men: Days of Future Past remobilise cette opposition pour condamner les « excès » de la position trop « radicale » de Magneto. Le but du film est de montrer que révolutionnaires comme lui  « vont trop loin », et cela apparaît clairement  lors du discours qu’il adresse à la fin au gouvernement américain (et au peuple entier, puisque les images sont diffusées en direct). Magneto commence par condamner les armes anti-mutants du Docteur Trask (« Vous avez construit ces armes pour nous détruire. Pourquoi ? Parce que vous êtes effrayés par nos dons. Parce que nous sommes différents. L’humanité a toujours eu peur de ceux qui sont différents »). Jusqu’ici, le film adhère à son discours[17], qui semble tout à fait sensé et compréhensible puisque le mutant ne fait que dénoncer une oppression subie par les sien-ne-s. Puis tout à coup, le discours bascule d’une manière que je trouve assez invraisemblable psychologiquement, et qui me semble du coup chercher à mettre en évidence le basculement de Magneto « dans la folie », c’est-à-dire pour le film, « dans l’extrémisme » : « L’humanité a toujours eu peur de ceux qui sont différents. Et bien je suis là pour vous dire, pour dire au monde : « Vous avez raison de nous craindre. Nous sommes le futur. Nous sommes ceux qui hériteront de cette Terre. Et ceux qui oseront se dresser sur notre chemin subiront le même sort que ces hommes que vous voyez devant vous » (il montre alors du doigt le docteur Trask ainsi que le président des États-Unis et son administration). Le film diabolise ainsi tout mouvement refusant l’« intégration pacifique » prônée par le professeur Xavier (c’est-à-dire le réformisme qui reste dans les limites de la légalité, et qui ne remet donc pas en cause les termes défini par le pouvoir blanc). Ces révolutionnaires ne veulent pas l’égalité, ils veulent renverser le rapport de domination à leur avantage pour dominer à leur tour. On retrouve ici un fantasme réactionnaire qui est régulièrement utilisé pour diaboliser les mouvements d’émancipation (« les féministes veulent dominer les hommes », « les gays et lesbiennes veulent interdire l’hétérosexualité », ou autre fadaises).

De plus, Magneto le révolutionnaire est montré comme trop radical parce qu’il se réapproprie les armes de l’oppresseur pour les retourner contre lui. Les images sont assez fortes dans le film : on le voit prendre le contrôle des Sentinelles et retourner toutes les armes des gardes du corps du président contre eux. Le mutant est donc allé trop loin car il s’est attaqué au monopole étatique de la violence. L’Etat a le droit d’exercer une répression à l’encontre de ceux qu’il juge « menaçants pour la sécurité du pays », mais il est intolérable que des opprimés prennent les armes pour lutter contre cette répression et obtenir l’égalité. En présentant Magneto comme un dangereux terroriste qui doit être neutralisé, le film caricature et diabolise les positions révolutionnaires qui s’opposent à l’ordre dominant et refusent de collaborer avec celui-ci.

Les deux personnages qui incarnent cette position (et que le sage Professeur Xavier remettra à la fin dans le droit chemin), à savoir Mystique et Magneto, sont tous les deux présentés comme des individus aveuglés par la haine et enfermés dans un extrémisme inhumain. Dans le cas de Mystique, cela prend la forme du stéréotype misogyne de la femme froide qui s’est coupée de ses sentiments. En s’enfermant ainsi dans la radicalité, la mutante a donc perdu le contact avec sa « nature de femme » (compassion, patience, générosité…), et tout le travail du professeur Xavier consistera à lui faire retrouver le contact avec cette « nature ». Dans la scène de l’aéroport, où il tente pour la première fois de réveiller la femme en elle, le Professeur prend les traits des gens qui l’entourent, comme pour la forcer à sortir de son égoïsme et retrouver son altruisme et son empathie féminine. Significativement, c’est par la bouche de femmes que Xavier s’adresse le plus longtemps à Mystique. Sous les traits d’une hôtesse de l’air, il fait appel à ses sentiments : « La fille avec laquelle j’ai grandi était incapable de tuer. Elle était bonne, honnête, plein de compassion ». Durant cette séquence, Xavier lui dit également à deux reprises qu’elle doit « rentrer à la maison » (« you just have to come home »). Le message est donc clair : « Femme, écoute un peu tes sentiments et revient à la maison où est ta place ». A la fin du film, pendant que le Professeur lui assène le discours qui réussira à la remettre sur le droit chemin, on voit la carapace de la jeune femme se briser progressivement : elle semble avoir du mal à dissimuler ses émotions, toute troublée qu’elle est par la Vérité sortant de la bouche de Dieu-le-Père. C’est sa nature de femme qui remonte alors à la surface, et finit par vaincre le monstre froid et cruel qui avait pris la place de la « fille pleine de compassion ».

De son côté, Magneto est dépeint comme un homme à moitié fou, ou qui a du moins perdu en partie sa raison, une sorte de leader mégalo (il fait voler un stade entier autour de lui dans la scène finale) qui rêve de régime totalitaire et de culte de la personnalité…

xmen19xmen20Magneto le mégalo

Certes, on trouve dans le film quelques moments qui rappellent en quoi la haine de Mystique et Magneto prend racine dans l’oppression systématique des mutant-e-s par les humain-e-s. Mais la souffrance de ces « freaks » que sont les mutants n’est pas le sujet central de X-Men : Days of Future Past. Elle n’est évoquée que très ponctuellement et brièvement (comme par exemple quand Mystique confie à son infirmière sur son lit d’hôpital qu’elle souffre encore du fait qu’on l’a rejette quand elle est en bleu-écailles, ou quand Hank est maintenu au milieu de la fontaine et que les gens le photographient comme une bête de foire). Car la vraie lutte du film n’est pas celle qui oppose humain-e-s et mutant-e-s, mais celle qui oppose les gentils réformistes et les méchants révolutionnaires (ou mieux : celle qui oppose les gentils hommes de tout poil à « La Femme », puisque Xavier et Magneto sont finalement redevenus potes dans le futur, Mystique restant ainsi la seule à n’avoir rien compris). Cette focalisation sur les modalités légitimes de l’émancipation laisse au second plan les moments où la souffrance et l’empathie de Mystique et Magneto se manifeste (dans le coffre-fort de Trask pour la première, lorsqu’elle verse une larme pour ses ami-e-s torturé-e-s, et dans le face à face avec Xavier dans l’avion pour le second). Si leur émotion face à cette oppression est posée comme légitime par le film, la réponse qu’illes lui apportent (« l’extrémisme froid » et la « violence terroriste ») est quant à elle sévèrement condamnée, et c’est sur ça que le film insiste avant tout.

Les dernières scènes nous montrent finalement que ces deux radicaux  étaient bel et bien dans l’erreur, puisque dans le monde qui a résulté des belles idées réformistes de Professeur Xavier, humain-e-s et mutant-e-s vivent en paix. C’est donc uniquement de la faute aux méchants révolutionnaires si la société en est arrivée à l’enfer totalitariste qui ouvrait le film. Espérons que les radicaux de tout poil retiendront la leçon à l’avenir : ne jamais embêter l’Etat et les industriels qui fabriquent des armes surpuissantes, car c’est seulement en restant bien sage et en collaborant avec les gentils dominants (qui ne veulent au fond que le bien commun) que les oppressions disparaitront toutes seules et que tout le monde pourra vivre heureux.

Paul Rigouste

Notes :

[1] Au passage, je pense qu’il peut être intéressant de s’interroger sur le choix de Peter Dinklage pour incarner Trask. Ce choix semble au premier abord plutôt progressiste, puisque c’est un acteur « nain » qui a été choisi pour incarner un personnage qui ne l’est pas dans les comics. Mais quand on y réfléchit un peu, n’est-ce pas très limite de faire incarner par un « nain » (donc par quelqu’un appartenant à une classe d’individus encore très violemment méprisés et opprimés aujourd’hui) le méchant du film, celui dont l’obsession est d’exterminer ceux qui s’écartent des normes dominantes. Surtout que les grands gentils qui luttent contre l’intolérance de Trask (à savoir Wolverine, Xavier et Magneto) sont des incarnations par excellence des normes dominantes (si l’on excepte le fait que Xavier est paraplégique).

[2] Dans le premier volet, Erik comparait d’ailleurs Mystique à un tigre :
Raven: [sous sa forme mutante] Pourrais-tu me passer ma robe?
Erik: Tu n’as pas à te cacher.
[Erik s’assoit en face de Raven sur le lit]
Erik: As-tu déjà regardé un tigre et pensé qu’il faudrait le couvrir? (Have you ever looked at a tiger and thought you ought to cover it up?)
Raven: Non, mais…
Erik: Raven, tu es une créature magnifique. Toute ta vie les gens ont voulu te dompter. Il est temps pour toi d’être libre. (You are an exquisite creature, Raven. All your life the world has tried to tame you. It’s time for you to be free.)
[Erik se penche et embrasse Raven]
On retrouve dans ce second opus des traces de cette animalisation (notamment dans certaines postures qu’elle adopte lorsqu’elle est traquée par les hommes, dans la scène où ceux-ci l’empêche d’assassiner Trask à Paris par exemple)

[3] Il me semble intéressant de la comparer sur ce point à l’autre personnage féminin (absolument positif celui-là) que l’on voit beaucoup combattre dans le film, à savoir Blink. En effet, contrairement à Mystique, celle-ci n’exerce pas « directement » une violence, mais seulement « indirectement », comme lorsqu’elle se fait s’entretuer les Sentinelles grâce aux disques de téléportation qu’elle fait apparaître.

[4] Ainsi, ce n’est peut-être pas un hasard si c’est sous les traits de l’« homme juste » par excellence (le président des Etats-Unis) que Mystique neutralise Magneto en lui tirant une balle dans le coup. Juste après, lorsqu’elle s’apprête à perpétrer à nouveau un acte violent condamné par le film, elle a de nouveau les traits de « La Femme ».

[5] “Though [writer Chris] Claremont did not make it explicit, he implied that Mystique and Destiny were lovers. In fact, in the 1930s Mystique adopted a male identity, ‘Mr. Raven,’ as Destiny’s companion. (…)
In “The Bisexual Mystique” by Cheryl Ingro at afterellen.com, the author states that “X-Men writer and Mystique co-creator Chris Claremont has also since stated in interviews that it was his original intention that Mystique and Destiny be Nightcrawler’s biological parents by way of Mystique having transformed into a man for conception. However, given Marvel’s attitude at the time, the idea was considered entirely too controversial.” While most women would be disturbed at the idea of growing a penis and fathering a child, I would gather, given Mystique’s defiance of normative gender roles, that her commentary on the subject would be “… whatever.” (http://www.comicbookbin.com/Mystique_Crossing_the_Boundaries_of_Sex_Gender_and_Human_Nature001.html)

[6] “A fear of surgery—or more precisely, a fear of an irrevocable decision such as reconstructive surgery—is what part of what initially drew me to Mystique’s character, despite my reluctance to identify with a villain. As a child, even though I dreamed of being the genteel telepathic and telekinetic Jean Grey, the youthful and vibrant Jubilee, or the African weather goddess Storm, the villainous Mystique’s ability to shape-shift was too alluring for a transgender child to ignore. At age 6, I attempted to tell my mother that I wanted to be a girl. Suffice it to say, it didn’t go over well. I had always known I was different, but that was the first time I realized being different was a “bad” thing. The idea of possessing Mystique’s shape-shifting powers gave me a much needed escapism: the fantasy of being able to change from male to female at will, when such a transformation could suit my needs. It meant being able to spend part of the time as the person everyone expected me to be, but would also allow me to be the person I wanted to be. In my fantasy, there were no ultimatums and I didn’t have to choose between one extreme over the over. I would imagine there are a number of transgender/transsexual individuals who, in contrast, would appreciate possessing Mystique’s capability to effortlessly transition into the opposite sex and never look back.
Being a girl, and yet a boy, my affinity for Mystique led me to view her not only as an analogy for trans-identification, but for a more universal theme of gender non-conformity. Mystique was born female and possesses a female gender identity, but neither defines her. She is as comfortable adopting a masculine persona and living as a man as she is in her natural form—an atypical mindset in a world where sex and gender so rigidly define all cultures and our perception of one another.”
(http://www.comicbookbin.com/Mystique_Crossing_the_Boundaries_of_Sex_Gender_and_Human_Nature001.html)
[7] L’insistance du film sur le contexte de la fin de la guerre du Vietnam va à mon avis dans le même sens, puisque cette « défaite » a été interprétée par certains (notamment a posteriori par l’administration Reagan) comme une preuve de la faiblesse/féminisation du gouvernement américain de l’époque (et plus généralement de la société états-unienne dans son ensemble). Cf. par exemple les livres Hard Bodies : Hollywood Masculinity in the Reagan Era et The Remasculinization of America : Gender and the Vietnam War, de Susan Jeffords
[8] Une des transformations de Mystique résume à mon avis tout ce qu’elle incarne dans le contexte politique des années 70. Il s’agit du moment où les héros menés par Wolverine viennent de l’empêcher de commettre l’assassinat du Docteur Trask. Alors qu’elle tente de s’échapper par la fenêtre, Magneto lui tire une balle dans la jambe. Mystique se relève alors tant bien que mal, et tente de se fondre dans la foule en prenant l’apparence d’une afro-américaine, que l’on peut voir par exemple sur cette photo de tournage au côté de Mystique/Jennifer Lawrence (http://www.aceshowbiz.com/images/news/misty-knight-look-alike-spotted-next-to-mystique-on-x-men-days-of-future-past.jpg).On peut interpréter ce visage de Mystique un clin d’œil au personnage de Misty Knight, héroïne Marvel inspirée des films de blaxploitation dont la première apparition dans un comics date de 1975, et qui fut liée aux X-Men. Mais étant donné le contexte dans lequel elle apparaît dans le film, je pense qu’on peut aussi y voir une référence à Angela Davis, célèbre militante antiraciste, féministe et antimilitariste (notamment lors de la guerre du Vietnam), et qui fut inculpée pour meurtre, kidnapping et conspiration par l’Etat de Californie, emprisonnée pendant 16 mois, avant d’être jugée et acquittée (elle sort de prison en 1972)(http://fr.wikipedia.org/wiki/Angela_Davis). Ainsi, mettre en scène un personnage évoquant Angela Davis tenter de commettre un assassinant en 1973 sur fond de fin de guerre du Vietnam me semble être, de la part du film, une manière de dessiner en forme de « clin d’œil » les contours de son « ennemi politique n°1 », « l’origine du mal » : féminisme, anti-militarisme et anti-racisme révolutionnaire type Black Panther Party.

[9] Cf. par exemple sur ce site Skyfall, Oblivion, La vie rêvée de Walter Mitty, ou Her. Voir sinon les articles de Charles-Antoine Courcoux sur le sujet, qui analyse par exemple I, Robot, The Matrix, la série Star Wars, Cast Away, Terminator 3 : The Rise of the Machines, The Last Samouraï, Spiderman 2 ou encore Elephant de Gus Van Sant. (Cf. « Des machines et des hommes. D’une peur de la modernité technologique déclinée au féminin », publié le livre Les Peurs de Hollywood. Phobies sociales dans le cinéma fantastique américain ; « Neo ou la matrice d’intelligibilité d’un nouveau rapport de l’homme à la technologie » ; ou encore « Elephant Men : la dialectique du pachyderme. Pour une visibilité du genre », publié dans le numéro 19 de la revue Décadrages)
[10] Pryde les sauvent à chaque fois en envoyant Bishop dans le passé pour les prévenir de l’arrivée des Sentinelles.
[11] Je mets cette expression entre guillemets car je ne me souviens plus si Xavier aime (ou a aimé) Raven comme une amante ou comme une sœur (ou plus exactement comme une fille, vu l’attitude paternaliste qu’il a vis-à-vis d’elle, et ce dès leur première rencontre alors qu’illes étaient tou-te-s les deux enfants). Le résultat est pour moi le même de toute façon : la femme est l’objet d’une compétition entre des hommes qui veulent la posséder, sans que cela soit questionné ou critiqué par le film.
[12] Cf. par exemple le « clin d’œil » à la figure d’Angela Davis dont j’ai parlé dans la note 8
[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/Black_Panther_Party

[14] http://fr.wikipedia.org/wiki/Black_Liberation_Army

[15] http://en.wikipedia.org/wiki/March_on_Washington_for_Jobs_and_Freedom

[16] http://lesensdesimages.com/2014/02/21/x-men-pop-culture-et-politique/

[17] Au passage, je trouve ce genre de discours assez mystificateurs pour au moins deux raisons : (1) parce qu’il sous-entend qu’il existerait une sorte de « peur de l’Autre » qui relèverait presque de l’essence de l’humanité (idée que je trouve dépolitisante puisqu’elle occulte le fait que cette « peur de l’Autre » prend place dans des contextes socio-historiques bien précis, et à une fonction politique bien précise : légitimer une oppression, un rapport de domination) ; et (2) parce qu’il laisse entendre que l’oppression viendrait « après » le constat d’une différence, qui la précèderait et existerait en soi. Or, à mon avis, on ne peut pas dissocier la perception de « la » différence entre deux classes d’individus (ici mutant-e-s et humain-e-s) du rapport d’oppression d’une classe sur l’autre. Parler de « la » différence qui existerait par essence avant le rapport d’oppression, c’est déjà poser les fondements du rapport de domination. Car, « en soi », il n’existe rien d’autres que de multiples différences individuelles, et pas de dichotomies binaires et exclusives entre des classes d’individus naturellement séparé par « UNE » différence essentielle et clairement identifiable (que ce soit « LA différence entre les sexe », « LA différence entre les races », etc.). (Sur ces questions, voir le livre de Christine Delphy : Classer, dominer (paru aux Editions La Fabrique)).

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49 réponses à X-Men: Days of Future Past (2014) : traité sur l’origine du mal

  1. Très pertinent cette réflexion sur le mode de combat à adopter contre une oppression, et cette opposition entre les réformistes et les révolutionnaire radicaux. C’est un point essentiel du film qui m’avait traversée l’esprit sans que je l’identifie clairement. Il est pourtant assez évident.

    En revanche pour toute la première partie, je ne suis pas tout à fait d’accord. Certes, comme dans un nombres incalculables de productions audio-visuelle, il y a une part de sexisme dans cet opus d’X-men : Raven/Mystique est sexualisée, utilise la « séduction » pour faire le mal, les héros sont un groupe de mâle virils cis-hétéro blancs ect. En revanche j’ai du mal à imaginer le fait que Mystique puisse incarner « La femme émancipée et féministe » Elle semble déjà défini plus comme « une mutante », que comme « une femme ». Je la trouve presque déshumanisée. En effet, il me semble qu’elle se bat pour l’ensemble de son espèce : les mutants, qui sont composés d’être féminins et masculins, ou transgenre (comme elle l’est elle-même). Du coup, j’ai du mal à voir en quoi elle puisse représenter le féminisme. La femme émancipée, je veux bien le croire un peu, mais le fait que Magneto soit de l’autre côté de la balance me fait plutôt pensé à une critique d’une forme de radicalité plutôt qu’à la critique du féminisme. Surtout qu’il me semble que Xavier insiste à plusieurs reprises dans le film sur le mauvais choix/l’acte d’une personne, plutôt que sur l’incarnation du mal par la personne elle-même. J’sais pas si j’suis claire. Du coup son choix a été de tuer Trask plutôt que de montrer que les mutants sont gentils, et comme le meutre c’est pas bien ça engendre des mauvaise conséquence. Son acte était trop extrême : les réactions en face son extrêmes, créé une réaction en chaine vers le futur. Le futur découle donc d’une décision trop extrême, pas vraiment du fait que le choix ait été commis par une femme trop émancipée…

    Bref, je n’ai pas l’impression que Mystique soit une caricature de « la fâme » ni qu’elle soit représentative du danger qu’une émancipation féminine puisse représenté sur le patriarcat, en fait ça me semble ne pas être le propos du film. C’est peut être purement subjectif… En revanche je trouve très pertinent cette opposition faite avec Kitty (la femme dévouée corps et âme au christique Wolverine), et j’avoue que j’ai du mal à comprendre pourquoi c’est Wolverine qui part : quelle a la raison évoquée par ce dernier dans le film? Il le dit, mais je ne me souviens plus du tout…

    • Il me semble que c’est son « pouvoir de régénération » qui désigne Wolverine comme le candidat parfait. On estime qu’un voyage temporel à une pareille « distance » briserait n’importe quel esprit mais que le sien peut se réparer.

      Pour moi, cet argument est cousu de fil blanc. Wolverine devient amnésique dans un autre film, ce qui prouve que si son corps peut cicatriser en deux secondes, son esprit est nettement plus fragile (avis perso).

      Bravo pour cet article, je n’avais pas vu ce film sous cet angle. C’est très intéressant. Bonne soirée.

      • @Miss

        Merci, je pense en fait que j’avais simplement raté la phrase haha. Étant totalement novice dans l’univers de X-men (oui je sais, 6 films et j’en ai vu aucun, c’est presque une performance), je peux pas trop vous répondre sur l’argument qui fait partir Woverine plutôt qu’un autre mutant, cela dit cela me parait plutôt facile en effet… A mon avis comme le dit une des personnes dans les commentaires plus bas, c’est entre autre pour faire Hugues Jackman le héro du film…

    • Et puis j’imagine que c’est Wolverine qui part pour que Hugh Jackman puisse être le personnage principal du film et qu’ils ont simplement essayé de trouver une bonne raison scénaristique pour le justifier. Ce ne serait pas vraiment le même effet si Ellen Page retournait dans le passé, étant donné que Wolverine est le plus souvent la tête d’affiche des X-Men (c’est le seul personnage à apparaître dans tous les films de la franchise).

    • @ Missa

      Merci pour votre commentaire. J’essaie juste d’argumenter sur le point qui vous a le moins convaincu (Mystique comme incarnation de « la femme émancipé et féministe »).

      « En revanche j’ai du mal à imaginer le fait que Mystique puisse incarner « La femme émancipée et féministe » Elle semble déjà défini plus comme « une mutante », que comme « une femme ». Je la trouve presque déshumanisée. En effet, il me semble qu’elle se bat pour l’ensemble de son espèce : les mutants, qui sont composés d’être féminins et masculins, ou transgenre (comme elle l’est elle-même). »

      En effet, mais je trouve qu’on ne voit pas du tout ça dans ce film en particulier. On ne la voit jamais s’unir avec d’autres mutant-e-s pour mener une lutte de mutant-e-s contre les humain-e-s. Au contraire, le film nous l’introduit comme un individu presque isolé, qui s’est presque autonomisé d’un mouvement initial pour commettre un acte radical (l’assassinat de Trask, qu’elle perpétue seule).

      Et en plus de l’isoler du mouvement des mutant-e-s révolutionnaires, le film nous l’introduit en prenant le point de vue des hommes, qui cherche en permanence à la « ramener à la maison » (Xavier le dit au moins deux fois dans la scène de l’aéroport). C’est pour ça qu’à mon avis elle incarne une femme émancipée, car elle s’émancipe de l’autorité masculine (de Xavier et de Magneto), elle semble vouloir mener son combat comme elle l’entend. C’est d’ailleurs marrant la scène entre Magneto et Xavier dans l’avion, si je me souviens bien, ils se disent des trucs comme « et alors elle était comment la dernière fois que tu l’as vue ? », ça fait un peu « la femme nous a échappé, et on se réunit entre homme pour la retrouve (= lui remettre la main dessus) ». Vous voyez ce que je veux dire ?

      « Du coup, j’ai du mal à voir en quoi elle puisse représenter le féminisme. »

      Personnellement, je trouve que l’idée d’émancipation féminine est une idée déjà en soi féministe. Après c’est sûr qu’on ne voit jamais une lutte collective de femmes dans le film. Mais il me semble qu’un ensemble de détails agitent quand même un peu le spectre du féminisme : le fait que l’origine du mal soit située dans les années 70, ou le fait que Mystique menace d’usurper le pouvoir masculin en s’introduisant dans des lieux de décision politique.

      De même, il me semble que des thèmes comme « la femme qui s’enferme dans un combat radical en se coupant de ses émotions » (tout le discours sur Mystique qui doit retrouver sa « compassion ») ou le thème masculiniste de la souffrance masculine (Xavier et la Bête au début quand ils sont abandonnés par la femme, ou Wolverine qui est une sorte d’homme ultra-viril et en perpétuelle souffrance) renvoie à des discours typiquement anti-féministes. En tout cas moi c’est ce que ça m’évoque.

      « La femme émancipée, je veux bien le croire un peu, mais le fait que Magneto soit de l’autre côté de la balance me fait plutôt pensé à une critique d’une forme de radicalité plutôt qu’à la critique du féminisme. »

      Justement, on ne voit jamais ici Magneto et Mystique lutter ensemble. Au contraire, la solidarité qui est mise en avant à plusieurs reprises, c’est celle de Xavier et Magneto (les hommes) contre Mystique (la femme). Lorsqu’ils redeviennent potes momentanément dans le futur grâce à Wolverine, et lorsqu’ils le sont définitivement redevenus potes dans le futur pour combattre les sentinelles (ces sortes de succédanés de Mystique).

      « Surtout qu’il me semble que Xavier insiste à plusieurs reprises dans le film sur le mauvais choix/l’acte d’une personne, plutôt que sur l’incarnation du mal par la personne elle-même. »

      Oui, mais encore une fois, ce mauvais choix est formulé en termes sexistes : tu t’es coupée de ta compassion, c’est mal, donc maintenant retourne à la maison. A quoi s’ajoute toute l’imagerie de la femme pécheresse que j’explique au début, qui me semble aussi inviter à une lecture sexiste du personnage (le choix originel de Mystique comme péché de la femme pécheresse).

      • @Paul

        Merci de votre réponse, votre argumentaire se tient, comme toujours. « Reviens à la maison » il est vrai que c’est une formule plutôt perturbante… Dans tout les cas, vous avez sûrement raison, mais ce qui m’a vraiment frappé c’est cette critique du militantisme radical et le fait qu’on ne veuilles pas laissé les opprimés choisir leur mode de combat. Ou en tout cas qu’on oriente le spectateur vers les « gentils » militants qui veulent montrer une « bonne image » de leur combat. D’ailleurs je suis moi-même tombé dans le panneau : bien que je ne pensais pas que Magneto et Mystique soient des « méchants » (et je ne savais pas qu’ils étaient désignés comme tels puisque je ne connais pas du tout l’univers des X-men) je me suis dit à a plusieurs reprises pendant le film qu’ils étaient bêtes! Que quand même, ça tombait sous le sens : s’ils montrent qu’ils sont gentils il seront acceptés et tout ira bien! Ça fait terriblement écho à la réalité, à tous ces gens qui critiquent les militants qui « desservent leur cause » en paraissant trop énervé, agressif, radicaux… « Vous êtes opprimés ok, vous luttez pour vos droits ok, mais faites-le de manière à ce qu’on vous voit pas trop, faites pas trop de bruit. Ou alos essayez de paraître attractifs » Et du coup ça peut rejoindre en effet le combat féministes pour Mystique qui incarnerait la féministe dites « radicale ». Le couple qu’elle forme avec Magneto la ramène à la race (celle des mutants dans le film) est-ce qu’on peut donc dire que Mystique est intersectionnelle? Haha je crois que je vais un peu trop loin.

        • Coucou Missa,

          Merci pour votre réponse.

          Je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire par « le couple qu’elle forme avec Magneto la ramène à la race (celle des mutants dans le film) » et par « Mystique est intersectionnelle », mais si vous voulez dire par là qu’elle cumule les oppressions, je pense que oui. Elle est une femme, son pouvoir a un « côté trans » (cf. le témoignage que je cite dans l’article), il me semble aussi que les références à sa couleur de peau bleu-écaille dans l’oppression qu’elle subit peuvent facilement être lue comme une domination de « race » (elle raconte par exemple à l’infirmière sur son lit d’hôpital qu’elle souffre encore qu’on la rejette du fait de sa couleur de peau si je me souviens bien), et elle est également bisexuelle dans les comics (http://www.comicbookbin.com/Mystique_Crossing_the_Boundaries_of_Sex_Gender_and_Human_Nature001.html). Bref, si y en a bien une qui devrait être mise en avant dans les X-Men c’est bien elle, et pas ce phallocrate blanc hétéro cis de Wolverine 🙂 !

          Et après juste pour revenir à l’idée selon laquelle Mystique « incarnerait une féministe ». Encore une fois, je pense que c’est évident qu’elle incarne une femme qui s’émancipe des hommes (donc féministe en ce sens-là). Après,le film ne la désigne pas explicitement (mais seulement par des détails que j’ai interprété personnellement comme ça) comme une représentante du féminisme comme mouvement collectif d’émancipation des femmes. Et il me semble que c’est dû au fait que le film individualise les mouvements politiques collectifs en les ramenant à deux figures individuelles : Mystique et Magneto. Je m’en souviens plus bien, mais il me semble que dans le X-Men First Class, il y avait plus une idée de collectif, au sens où les mutant-e-s (dont les révolutionnaires) formaient des collectifs. Ici, y a plus du tout de collectifs, y a que des individus atomisés, ce qui est aussi une manière de dépolitiser leur discours et actes, qui ne sont plus le fait que de quelques individus aberrants, et pas d’une classe opprimée.

          • C’est ce que je voulais dire quand je disais que Mystique était intersectionnelle (à l’intersection des plusieurs oppressions). Et par le « couple avec Magneto », je voulais dire que le combat politique qui les unis est celui pour la race des mutants. Et que donc elle est à l’intersection racisme/sexisme(vous avez rajouté trans et sexualité ce qui est vrai). Pour moi Magneto et Mystique forment une sorte de collectif, ou en tout cas de leader d’un éventuel mouvement futur (pas encore déclaré dans le film), et forment donc un « couple » politique, contre les autres mutants et les humains. Mystique est en effet un personnage très intéressant.

  2. Intéressant. Je trouve quand même que le parallèle avec Angela Davis de la note 8 est sacrément tiré par les cheveux. Tout le monde ne verra pas la référence (si tant est qu’elle existe) et la transformation de Mystique à lieu à la vue de tous.
    J’avais lu une critique qui expliquait que ce film racontait en fait comment le personnage de Charles Xavier qui n’a jamais fait confiance aux femmes (il dirige et influence Mystique et a tenté de bridé les pouvoirs de Jean Grey dans les 3 premiers films) apprends justement à leur faire confiance.
    Sur Magnéto je suis assez d’accord, surtout que son délire dictatorial arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Dans les autres films il est davantage en faveur de l’autodéfense des mutants face aux agressions et refuse de se laisser faire ayant ce que cela pouvait donner (c’est un rescapé d’Auschwitz).
    Le choix de Wolverine est évidemment pour faire plaisir aux fans vu qu’il est le plus connu (ce qui est significatif bien sur) car c’est Kitty Pride à l’origine qui va dans le passé.
    Pour défendre Mystique, j’ai l’impression qu’elle ne fait que suivre la pensée de Magnéto lequel ne peut agir.

    • « Intéressant. Je trouve quand même que le parallèle avec Angela Davis de la note 8 est sacrément tiré par les cheveux. Tout le monde ne verra pas la référence (si tant est qu’elle existe) et la transformation de Mystique à lieu à la vue de tous. »

      Oui, tout à fait, c’est pour ça que je l’ai mis finalement en note :-). Après je ne fonde pas non plus mon analyse du film là-dessus, je vois juste ça comme une sorte de « clin d’œil » assez révélateur des positions politiques que le film a par ailleurs.

      Parce que je trouve quand même ce passage très intriguant. Pourquoi choisir de montrer Mystique se faire traîner par terre devant tout le monde sous l’apparence d’une afro-américaine ? Car il me semble (si mes souvenirs sont bons), que c’est le seul passage où Mystique se fait dominer physiquement alors qu’elle a l’apparence de quelqu’un-e d’autre. Pourquoi donc avoir choisi précisément de la montrer se faire dominer en ce personnage d’afro-américaine sur fond de manifestation ? Personnellement je trouve ça assez louche politiquement (surtout vu le discours que le film tient par ailleurs).

      « Sur Magnéto je suis assez d’accord, surtout que son délire dictatorial arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Dans les autres films il est davantage en faveur de l’autodéfense des mutants face aux agressions et refuse de se laisser faire ayant ce que cela pouvait donner (c’est un rescapé d’Auschwitz). »

      Oui, tout à fait d’accord. J’ai été vraiment énervé par ce passage dans le stade où il me semble vraiment dépeint comme quelqu’un qui pète les plombs, qui bascule dans la folie.

      Je ne me souviens plus bien de film précédent (X-Men First Class), mais il me semblait beaucoup plus complexe à ce niveau. Certes, Magneto était déjà plus « méchant » que Xavier, mais le fossé entre les deux étaient moins grand si je me souviens bien, et on avait beaucoup plus moyen de comprendre Magneto, d’avoir un minimum d’empathie avec lui (sûrement parce que le film s’attardait plus sur l’histoire du personnage, et l’opposait à un autre grand méchant joué par Kevin Bacon (si je me souviens bien). Ça me semblait plus complexe et plus intéressant politiquement.

      « Pour défendre Mystique, j’ai l’impression qu’elle ne fait que suivre la pensée de Magnéto lequel ne peut agir. »

      Je ne comprends pas ce que tu veux dire par là ?

      • Magnéto est un partisan de l’autodéfense, il aurait probablement tué Trask s’il n’était pas enfermé dans un bunker, c’est donc Mystique qui continue son oeuvre. Magnéto a un coté corrupteur (Mystique dans X-en First Class, Pyro dans X-men 2 et sans doute d’autre dans le 3).
        Sur le basculement de Magnéto je pensais surtout au 1er film où il tente de rendre mutant tous les dirigeants internationaux pour les sensibiliser à la cause des mutants sans savoir que cela va les tuer.

        • C’est pire que ça dans le 1 non? Il me semble qu’on lui dit que ça va les tuer mais refuse de l’accepter. Il dit « Es-tu sûr de ce que tu as vu? » quand on lui dit que le sénateur est mort.

          J’ai l’impression que à part quelques moments bien particulier, Magneto est quand même plutôt montrer comme très négatif, à part quand il « rentre dans le rang » aux côtés de Dieu-le-Père professeur Xavier.

          • Dans le 1er il refuse en effet de croire à la mort du sénateur mais son but reste acceptable et compréhensible, il ne se pose pas en futur dictateur. Même si en utilisant la violence on le présente en méchant face au gentil Professeur Xavier et on retombe sur le parallèle des mouvements sociaux fait dans l’article.

          • Oui je suis d’accord mais ça méthode reste le sacrifice d’une ado, perçu me semble-t-il comme totalement pas acceptable par le film. Surtout qu’il sacrifie l’ado parce que lui-même ne veut pas se sacrifier, du coup c’est doublement négatif me semble-t-il.
            Si il avait été prêt à se sacrifier lui-même, on pourrait ptet admirer son sens du sacrifice, mais là il passe surtout pour un lâche, non?

          • C’est vrai j’avais complètement oublié ce « détail ».
            Donc oui gros salaud.

  3. Ce qui est amusant avec ce film, c’est quil arrive à faire dire au comic dont il est tiré le contraire de ce qu’il dit.
    Dans le film Wolvie est présenté comme immortel et quasi invincible, alors que « Days of Future Past  » version BD avait été une des premières histoires à montrer que même Logan peut vieillir et qu’il n’est pas invincible (on le voyait mourir dans le futur, tué par une Sentinelle).

    Les Sentinelles, parlons-en : mis à part, comme le dit si bien monsieur Rigouste, pour dévelloper des thèmes sexistes autour du personnage de Mystique, je ne vois pas l’intér
    êt qu’il y a à faire de cette pauvre Raven la source du pouvoir des Sentinelles (détail qui n’existe pas dans les comics.)

    Mais il est vrai que si ils sont certaines qualités, les films X-Men nous ont souvent déçu en passant sous silence l’identité LGBT de certains personnages (Mystique par exemple dont il font, en plus, une simple subordonnée de Magneto) et en ne donnant qu’un rôle mineur à ceux qui sont issues des minorités (Storm à bien moins de lignes de dialogues dans toute la série que l’omniprésent Wolverine ou même que Cyclope).
    Voilà…

    • Merci pour l’info sur la BD originale (le fait que les sentinelles n’y sont pas présentées comme améliorées grâce à l’ADN de Mystique), je me demandais si c’était le cas.

      Et sur le fait que le film ne donne que « des rôles mineurs à ceux qui sont issus des minorités » comme vous dites, je pense que c’est un point important sur lequel je n’ai pas assez insisté effectivement. C’est quand même assez scandaleux je trouve de mettre en avant un personnage comme Wolverine (le mec blanc hétéro cis ultra viril) pour représenter les opprimé-e-s. Si les X-Men sont censé-e-s êtres une métaphore des classes d’individus opprimé-e-s dans notre société (femmes, Noir-e-s, gays, lesbiennes, bi, trans, etc.), pourquoi faire des leaders des X-Men des hommes blancs hétéros cis ? Et pourquoi, dans ce film, donner les rôles de menaces à un nain (Trask) et une femme/« trans » (Mystique) ? A un moment les métaphores c’est bien gentil, mais si c’est pour reproduire les rapports de dominations qu’on prétend critiquer en invisibilisant (ou en mettant à la périphérie du scénario) les Noir-e-s, trans, etc., est-ce que c’est pas complètement contradictoire et craignos politiquement ?…

      Et, autre truc que m’ont fait remarquer d’autres gens du site (et que je commence à comprendre que maintenant) : est-ce que ce n’est pas très limite politiquement de représenter des opprimé-e-s par des gens qui ont des supers-pouvoirs qui peuvent être assez flippants (comme faire voler un stade) ? Est-ce que ça ne reconduit pas l’idée que ces opprimé-e-s (qui, dans la réalité, ne demandent que l’égalité) seraient des gens menaçants, potentiellement dangereux ? Dans la réalité, les dominants ne dominent pas les dominés parce qu’ils ont « peur » d’eux (comme les humain-e-s ont « peur » des super-pouvoirs des mutant-e-s dans le film), mais pour tirer des avantages concrets de cette domination. Bref, j’arrive pas bien à être clair car je suis pas très bien réveillé et que cette idée est encore assez floue dans ma tête, mais j’ai l’impression qu’il y a effectivement un truc assez craignos là dedans politiquement.

      • Et pourquoi, dans ce film, donner les rôles de menaces à un nain (…) ?

        Dans les comics originaux, les nains sont rares, tout d’abord. Il existe Puck, canadien, comme Wolverine. Quand Peter Dinklage a été annoncé dans le casting, les fans ont pensé que ce serait le rôle qui lui incomberait et heureusement, il a obtenu un rôle moins anecdotique…

        Je pense que c’est parce que Dinklage est avant tout bon acteur mais surtout devenu « bankable » qu’il est présent au casting et sa taille n’entre pas en ligne de compte

        • Oui, je suis d’accord, c’est très bien que Peter Dinklage joue le rôle d’un personnage qui n’est pas un nain dans la BD. Ce que je voulais pointer, c’était le truc un peu limite de donner à un nain le rôle du méchant qui opprime celleux qui sont différent-e-s. Parce qu’à la base, l’opposition entre humain-e-s et mutant-e-s se veut une métaphore du rapport d’oppression entre les dominant-e-s et les dominé-e-s. Or là, non seulement les dominé-e-s sont principalement incarnés par des hommes blancs cis etc. (Wolverine en tête), mais en plus le rôle de l’oppresseur est donné à un nain. Pour caricaturer, c’est un peu comme si on faisait par exemple un film où des Noir-e-s oppriment des Blanc-he-s, et où on nous dirait « ouais mais en fait c’est une métaphore du racisme qui existe dans notre société, où les Noir-e-s sont opprimé-e-s par les Blanc-he-s, dont il faut juste faire abstraction de ce qu’on voit, et comprendre que c’est une métaphore ». Pour moi, c’est contradictoire et politiquement plus que limite.

  4. Je serais très intéressée par lire une lecture critique de First Class, car c’est celui qui me semblait le plus intéressant politiquement et où la figure du professeur Xavier est la plus remise en question. Il s’emploie à brider Mystique pour qu’elle n’exprime pas ses pouvoirs trop clairement et Magnéto pour qu’il renonce à sa vengeance contre celui qui a assassiné sa mère. Dans cet opus, il m’est apparu comme un privilégié qui ayant passé sa vie dans le confort d’un château explique à un rescapé d’Auschwitz qu’il faut faire confiance à l’humanité même quand elle est en train de pointer des missiles sur vous alors que vous venez de la sauver d’un apocalypse nucléaire.

    Sur le fait que Kitty soit remplacée par Wolverine, les créateurs avaient expliqué qu’ayant déplacé l’histoire dans les années 70, Kitty ne pouvait pas revenir dans son propre corps vu qu’elle n’était pas encore née.
    Mais il me semble clair que l’objectif est de remettre Wolverine au centre de l’histoire. Une des choses qui me gène le plus dans les films d’X-men est le fait que Wolverine ait complètement phagocyté tout l’univers.
    L’univers X-men avait d’intéressant de nous montrer une équipe de super-héros. Même si Xavier et Magnéto y ont une place importante, il y avait une importance du groupe où tous les personnages avaient leur importance. Il présentait aussi des personnages de toutes les origines y compris des héros racialisés. L’exemple le plus représentatif est Tornade qui est une femme d’origine africaine. Or dans les films, elle est quasiment insignifiante, éclipsée par Wolverine, mais aussi les femmes qui sont liées à Wolverine, à savoir Malicia (qui perd de l’importance quant elle se détache de Wolverine) et Jean.
    On est passé d’un groupe de héros sauvant le monde à un ou deux (Wolverine et accessoirement Xavier) hommes providentiels sauvant l’humanité.

    Dans les films (y compris les premiers), Magnéto est aussi rendu plus extrémiste que dans les comics. On le voit prêt à commettre des massacres de masse ou à tuer Malicia, alors que dans un des comics, on le voit renoncer à un de ses projets quand il croit avoir tué Kitty, ce meurtre d’une adolescente lui faisant horreur.

    C’est assez dommage car l’univers de X men me semble aussi l’un des plus intéressants du l’univers Marvel.

  5. « Sur le fait que Kitty soit remplacée par Wolverine, les créateurs avaient expliqué qu’ayant déplacé l’histoire dans les années 70, Kitty ne pouvait pas revenir dans son propre corps vu qu’elle n’était pas encore née. »

    Alors là , je trouve que les créateurs sont d’une rare mauvaise foi.

    Il aurait très bien pu modifier les origines de Kitty , comme ils l’ont fait pour Alex Summers dans First Class (le frère de Cyclope dans les comics, totalement remanié dans le film).
    S’ils on choisi Wolverine c’est pour des raisons commerciales, voilà tout.

    « L’univers X-men avait d’intéressant de nous montrer une équipe de super-héros. Même si Xavier et Magnéto y ont une place importante, il y avait une importance du groupe où tous les personnages avaient leur importance. Il présentait aussi des personnages de toutes les origines y compris des héros racialisés. L’exemple le plus représentatif est Tornade qui est une femme d’origine africaine. Or dans les films, elle est quasiment insignifiante, éclipsée par Wolverine »

    J’aimerais rebondir sur ce point qui me paraît essentiel, et qui dans les films, m’a toujours scandalisé : la relegation de Tornade , et plus largement, de tout les personnages féminins forts des X Men au second plan.

    Dans la BD, Tornade est le leader des X-Men (elle le devient des la fin des années 70, après avoir (c’est important de le préciser avant d’aborder la suite) vaincu Cyclope dans un combat singulier dont l’enjeu était de savoir qui dirigerait l’équipe.
    Elle était présentée comme forte, aussi bien mentalement que phyisiquement, courageuse et puissante.

    Autant dire que je suis tombé de ma chaise en découvrant, en 2000 (et ça ne s’est pas arrangé dans les films suivants) l »adaptation qui était faite du personnage, qui devient un simple faire-valoir de Cyclope (un comble !) ou de Xavier, selon les moments. Le scénario s’attarde rarement sur elle, elle parle peu , et a finalement assez peu de scènes comparés aux inévitables compères que sont Xavier et Wolvie.

    On peut légitimement s’interroger sur les raisons d’un tel changement; sans doute un mélange de racisme et de sexisme inconscient. Une femme noire leader des X-Men, ça le fait pas apparement pour Hollywood.

    Le même constat s’applique à Mystique. Dans le comics, elle est le leader incontesté de la Confrérie des Mutants, un personnage redouté par tous, et même par Xavier (elle est d’ailleurs bien plus agée que lui).
    Elle fut aussi l’un des premiers personnages lesbiens des comics, puisqu’elle eut un longue liaison avec Irene Adler, la mutante connue sous le nom de Destinée.

    Dans la série de films, elle devient ni plus ni moins que la subordonnée et la garde du corps de Magneto , et la « petite soeur » de Xavier, qui lui parle avec une infinie condescendance.
    L’insulte supreme intervient dans « X-Men The Last Stand », quand elle est privée de ses pouvoirs et abandonnée comme une vieille chaussette par Magneto !

    Et que dire du film récent, qui lui fait porter à elle seule le poids du futur dystopique de « Days of Future Past » ?

    Décidément à Hollyood, on n’aime pas les femmes trop puissantes…

    • Coucou Green Arrow,

      Merci pour votre commentaire.

      Juste pour rebondir sur l’idée selon laquelle Wolverine aurait été « choisi pour des raisons commerciales ». Je pense que c’est un pu dépolitisant d’analyser ce choix uniquement ainsi, car pourquoi ça ne serait pas exactement le même type de mécanismes à l’origine de la mise en avant de Wolverine que ceux qui sont à responsables de la mise au second plan de Tornade (comme vous le montrez très bien). En même temps qu’ils marginalisent la femme noire, les exécutifs de Marvel mettent en avant l’homme-blanc-hétéro-cis-viril-et-tout-ce-qu’on-veut-de-dominant. Ce sont à mon avis les mêmes logiques sexistes, racistes, hétérosexistes, etc. qui sont à l’œuvre ici, et qu’on ne peut pas à mon avis réduire à des « choix commerciaux ».

      Je ne suis pas du tout spécialiste dans l’histoire des X-Men et de leurS publicS. Mais à mon avis, un personnage ne devient pas miraculeusement populaire. Il le devient parce qu’on le met en avant, qu’on l’étoffe, qu’on le rend plus complexe et intéressant, qu’on lui écrit des bonnes blagues, qu’on lui fait des films pour lui tout seul, etc. Bref, je pense que juste dire « Wolverine c’est celui que le public veut », je pense pas que ce soit suffisant.

      Déjà je pense qu’il faut se demander : quel public exactement veut que Wolverine soit en avant ? Et pourquoi on choisit de satisfaire ce public plutôt qu’un autre ? Et aussi il faut se demander : pourquoi des gens veulent Wolverine ? Qu’est-ce qu’illes aiment chez Wolverine ? Est-ce qu’il a été plébiscité uniquement pour les valeurs qu’il incarne (et que je trouve personnellement horribles) ou parce qu’on lui a créé de la complexité, qu’on a fait qu’il ait de l’intérêt (ce qu’on aurait pu faire pour n’importe quel autre X-Men).

      Bref, je suis complètement d’accord avec vous pour Tornade et Mystique, et je pense qu’on peut étendre le même type d’analyse politique à Wolverine.

    • Oui, et c’est bien dommage.

      L’univers des X-Men est assez fantastiquement intéressant d’un point de vue politique, il y a vraiment de quoi faire. Dommage que les films n’assument pas cette dimension là (à part peut-être dans First Class) et la minimisent, voire la foutent en l’air.

      La volonté de faire un film d’action classique (en mode « gloire aux costauds », surtout la série Wolwerine) gâche un peu le potentiel subversif de cette franchise de super-héros.

  6. « Je ne suis pas du tout spécialiste dans l’histoire des X-Men et de leurS publicS. Mais à mon avis, un personnage ne devient pas miraculeusement populaire. Il le devient parce qu’on le met en avant, qu’on l’étoffe, qu’on le rend plus complexe et intéressant, qu’on lui écrit des bonnes blagues, qu’on lui fait des films pour lui tout seul, etc. Bref, je pense que juste dire « Wolverine c’est celui que le public veut », je pense pas que ce soit suffisant. »

    Attention : le Wolverine « dominant « , c’est celui des films : le grand et beau Hugh Jackman . Dans la BD, Wolverine était presenté (je dis « étais », parce qu’il est de plus en plus dessiné pour ressembler à l’acteur australien : aphrodisme, quand tu nous tiens) comme petit : (pas plus d’1m60) , trapu, pas particulièrement attirant ou séduisant,visiblement plus âgé que les autres membres de l’équipe , dont la moyenne d’äge tournait autour de vingt ans , et assez renfermé.

    Au départ, il était loin d’être le plus populaire des X-Men

    Ce qui l’a rendu populaire dans la BD, cest d’abord son attirance (non réciproque) pour Jean Grey , qu’il garde secrète car il la sait impossible ; puis l’épisode ou il fait évader à lui seul les X-Men prisonniers de Sebastian Shaw.

    Dans le film au contraire, on a un Wolve soigneusement raboté de toutes ses aspérités et formaté pour plaire à Hollywood (mëme si je trouve par ailleurs que Jackman joue bien) : très grand, beau, charismatique et surtout rajeuni, il drague avec assurance une Jean Grey qui ne demande qu’à succomber , et fait des blagues à la Tom Cruise à longueur de temps

    C’est ce Logan là que le public connaït et réclame, d’ou l’approche « commerciale » que j’évoquais plus haut…

  7. Bonjour à toutes et tous.
    Félicitation pour la pertinence et la qualité des analyses et commentaires. Je vous lis toujours avec beaucoup d’intérêt…
    Une toute petite intervention de ma part.
    Concernant Wolverine. L’élément « clé », le « mâle dominant », LE héros, LE produit plus ou moins marketing du film, celui qui va sauver le monde, etc.
    Il me semble, au contraire, que le film déconstruit complètement cette image.
    Concrètement, ce brave garçon ne sert strictement à rien dans l’histoire.
    Il est perpétuellement dépassé par les évènements, ce n’est absolument pas lui qui va permettre de modifier le cours de l’histoire, ni convaincre le jeune Xavier, ni ramener Magneto à la raison, ni interférer sur les actions de Mystique (chacun de ces trois personnages ne faisant que prendre des décisions en cohérence avec leurs caractères et leurs leurs convictions réciproques).
    Montré dans tous les précédents films comme l’homme d’action, plus ou moins central (sans parler des chapitres qui lui sont personnellement consacrés), il reste ici d’une inefficacité (inutilité) flagrante.
    Dans les scènes se passant dans le futur, il ne sert à rien.
    Il est renvoyé dans le passé où… il ne sert à rien.
    Les rares fois ou le film aurait pu capitaliser sur ses capacités (combat, violence, etc.), il se retrouve systématiquement inefficace et superflue.
    Au cours de la libération de Magnéto, lors de la fameuse scène de la cuisine, il est strictement passif et clairement dépassé par les évènements.
    Lors de la tentative d’assassinat de Trask, idem. Une petite crise d’angoisse et hop… à terre. Ce sont les autres personnages qui gèrent la situation.
    Enfin, sur le final, sa piètre tentative d’arrêter Magneto se solde tout autant par un échec risible.
    Bref… Ne peut-on voire ici une volonté du réalisateur de, justement, cassé l’image « marketing » du personnage et de le réintégrer à sa juste place au sein du groupe mutant ?

    • Merci pour votre commentaire. Effectivement, on peut avoir l’impression que Wolverine « ne sert pas à grand-chose » dans cet épisode, si on considère son rôle uniquement en termes de baston. Mais à mon avis c’est juste qu’il n’est pas là pour ça dans cet épisode, mais pour autre chose, qui fait qu’il a quand même à mon avis un rôle central.

      Comme je l’ai un peu esquissé dans l’article, j’ai l’impression qu’il a plusieurs fonctions centrales dans le film. Pour essayer de résumer je dirais qu’il est à la fois (1) un ambassadeur de la virilité, et (2) une incarnation de la souffrance masculine.

      (1) Par « ambassadeur de la virilité », je fais allusion au fait qu’il doit amener aux hommes du passé la virilité qui leur manque pour affronter la femme (par exemple, réveiller la virilité endormie de Xavier et The Beast (la scène du manoir, puis du cerebra), ou encore reformer l’union masculine entre Xavier et Magneto). Si c’est lui qui est envoyé dans le passé (et pas Kitty comme dans la BD par exemple), c’est à mon avis parce qu’il est le plus viril, donc le plus à même de reviriliser les mutants en déroute du passé. Certes, on le voit très peu se battre, mais à mon avis, cela ne veut pas dire qu’il n’a pas le rôle central, et qu’il est dévirilisé. Au contraire, il est à mon avis, l’incarnation même de la virilité, une sorte d’ « idée de la virilité », une « virilité immortelle » qui inspire les hommes de toutes les époques…

      (2) Et par « incarnation de la souffrance masculine », je fais allusion au fait qu’il porte aussi dans le passé toute la souffrance du futur. Là encore, il joue le rôle essentiel de pont entre futur et passé, et son rôle a à voir le fait qu’il est un homme. En montrant à Xavier (et en nous montrant en même temps à nous) dans ses hallucinations à quel point il a souffert ou va souffrir, il est en quelque sorte un avertissement pour les hommes du passé : « attention, il faut avoir des couilles maintenant, sinon vous allez en baver ». En gros, moi je comprends comme ça ces allusions perpétuelles à sa souffrance (qui peuvent faire croire qu’il ne sert à rien parce qu’il est passif dans cette souffrance, alors qu’en fait à mon avis, ce thème masculiniste de la souffrance masculine est au cœur du film : il faut retrouver sa virilité et le pouvoir sur « La Femme » pour éviter que tout tourne mal pour les hommes).

      Bref, ce que je veux dire en résumé, c’est que je suis d’accord sur le fait que son rôle n’est peut être pas là où on pourrait l’attendre (violence, combat…), mais qu’il n’en est pas moins absolument central et toujours aussi viriliste et masculiniste.

      Un film où vraiment il ne sert strictement à rien, je pense que c’est plutôt c’est X Men First Class, où (si je me souviens bien) il fait juste une brève apparition et on le revoit plus (c’est sûrement une des raisons pour lesquelles je l’ai préféré d’ailleurs, car je ne peux vraiment pas supporter Wolverine 🙂 ). Peut-être qu’en le mettant au centre de X-Men Days of Future Past, Brian Singer a voulu justement lui redonner la place centrale qu’il avait momentanément perdu dans X Men First Class.

  8. Petit commentaire pour rajouter un grain de sel…

    Il y a une dimension très triste qui je trouve n’est pas vraiment prise en compte, c’est que bêtement les rôles sont distribués vis à vis des acteur-trices autant que de l’histoire.
    Pour Halle Berry par exemple, au moment du tournage, elle était enceinte de plus de 6 mois, c’est (en partie) pour cela que son temps d’audience est faible. J’imagine qu’ils ont voulu l’avoir, histoire de faire écho avec les premiers films, montrer que l’équipe du futur était celle des X-Men 1,2 et 3. Donc ça lui fait un rôle un peu boiteux, il faut qu’elle apparaisse, mais elle ne peut pas prendre trop de place et on obtient ce qui était prévisible, un rôle anecdotique.

    Pour Wolverine plutôt que Kitty, le problème c’est que la série de films est maintenant bloquée sur Wolverine. Il « faut » que ce dernier apparaisse : pour de mauvaises raisons, il est devenu l’étendard de la franchise au cinéma. C’est absurde et tout ce qu’on veut, mais la star c’est lui. Kitty a toujours été un personnage secondaire (voir secondaire plus dans le 3) et même si Ellen Page a le vent en poupe, lui faire prendre la place de Hugh Jackman était peu envisageable pour les dirigeants. L’argument du « elle est trop jeune » est assez fonctionnel d’un point de vue récit et lui faire faire un reboot eut été un peu bizarre, puisque ce film sert justement à corrigé et à unifier les différentes parties de la franchise. Et c’est triste à dire, mais la jeunette qui réunit Magnéto et Xavier, c’est pas « vendeur » (loin de moi l’idée de penser ça, mais je fais pas de blockbuster malheureusement). Autant dans les premiers, entre Jean, Tornade, Mystique et Malicia, ils y avaient assez de femmes pour contrebalancer les hommes, autant dans les derniers, c’est clairement Xavier, Magnéto et Wolverine les stars, même Mystique peine à être présenté comme autre chose que la « créature » de Charles et Éric. Du coup, oui ça fait suer, mais la dynamique virile est très forte depuis l’après X-men 3.

    Après, la lecture sur la virilité est très juste, peut-être un eu tiré par les cheveux ici et là… Le problème, c’est que au delà de la cohérence avec le comics, les producteurs ne cherchent pas à prendre de risque. Alors on fait « ce qu’il faut », on met McAvoy, Jackman et Fassbender bien en avant, Lawrence a son rôle de support (mais pas trop), on met quelques bonus en arrière plan (Tornade, Kitty, Bishop, Quicksilver) et zou ! The Show Must Go on ! Est-ce que c’est conservateur et pas original ? Mais absolument ! Poutant est-ce que ça fait pas vendre parmi le public visé ?

    Sinon de manière amusante, j’ai eu vachement de mal à voir en Trask le « méchant ». Parce que je l’ai trouvé plutôt « dépassé » comme perso. Il se rend compte que les mutants sont potentiellement très puissants et il fait ce qu’il estime nécessaire. Il ne hait pas foncièrement les mutants, il les trouve surtout très dangereux. Certes il a une approche ségrégationniste, mais je l’ai plus perçu comme quelqu’un de désespéré que de vraiment haineux et vil. En tout cas, il n’apparaît pas plus méchant que Magnéto par exemple (on pourra discuter alors du personnage de Magnéto dans les films…).

  9. Hum… En temps normal je suis la première à voir du sexisme partout dans les films, mais pour le coup, concernant Mystique, je ne suis absolument pas d’accord avec ce que vous avancez au début de votre article.
    Ce que vous exposez serait vrai si, comme vous l’écrivez, Mystique était la « méchante » de l’histoire. Alors qu’au contraire pour moi elle est présentée comme étant un personnage extrêmement positif. Un exemple à suivre.

    Elle seule a combattu pour les droits des mutants pendant les 10 ans où Magneto était en prison et où Xavier se camait. Elle est animée avant tout par un désir de justice. On nous montre qu’elle cherche clairement à s’émanciper d’un Xavier clairement paternaliste et d’un Magneto abusif. Contrairement à first class où elle était sous l’influence de l’un puis de l’autre, là à la fin du film elle choisit une 3e voie – et se pose en égale des deux autres protagonistes. Une sorte d’équilibre entre le pacifisme bêlant et naïf de Xavier, et la mégalomanie déstructrice de Magneto.

    Et à la fin, c’est elle, et elle seule qui arrête Magneto. C’est elle qui choisit de ne pas tuer Trask – précisément parce que Xavier a fini par réaliser à quel point il l’avait jusqu’ici traitée avec condescendance.

    Bref. Ce film est loin d’être parfait, et je vous suis sur certains points (le côté « sexy » gratuit de mystique notamment, le côté « pêché originel » aussi) – mais pour moi au contraire j’ai trouvé que Mystique avait retrouvé toute sa dignité dans ce film. Et que c’était, in fine, un personnage extrêmement positif, que d’ailleurs tous les personnages aiment et admirent profondément – beaucoup plus que Xavier le naïf et Magneto le mégalo.

    • Merci pour votre commentaire. Je vais essayer d’expliquer pourquoi je ne suis pas d’accord avec vous.

      « Ce que vous exposez serait vrai si, comme vous l’écrivez, Mystique était la « méchante » de l’histoire. Alors qu’au contraire pour moi elle est présentée comme étant un personnage extrêmement positif. Un exemple à suivre. »

      Tout le but du film est précisément d’expliquer que Mystique n’est pas un « exemple à suivre » et que l’ « extrémisme » dans lequel elle s’est enfermé n’est pas une solution (et a même plongé l’humanité et les mutants dans la Terreur). Je vous rappelle que le film adopte toujours le point de vue des hommes qui vont remettre Mystique dans le droit chemin, et JAMAIS le point de vue de Mystique (ou alors très brièvement et à l’intérieur de flashback racontés du point de vue des hommes).

      De plus, jamais Mystique n’a raison contre les hommes dans le film. Quand elle a raison, c’est toujours avec la bénédiction des hommes ou sous l’influence des hommes (comme lorsqu’elle baisse son arme à la fin parce que Xavier lui a montré la lumière). Et quand les hommes ne sont pas d’accord avec elle, elle est montrée comme « extrémiste », « paumée », ou « dans l’erreur ».

      Alors après vous avez parfaitement le droit de voir Mystique comme un personnage positif, mais à mon avis c’est une manière de lire le film qui suppose de déformer ce que dit le film (en ignorant plein de choses). Ce n’est pas du tout un problème en soi, moi je trouve aussi que Mystique est beaucoup plus un « exemple à suivre » que les Xavier, Wolverine et consort, mais ce n’est à mon avis pas du tout le discours du film.

      « Elle seule a combattu pour les droits des mutants pendant les 10 ans où Magneto était en prison et où Xavier se camait. Elle est animée avant tout par un désir de justice. »

      Oui, mais ça c’était avant qu’elle « aille trop loin » selon le film. Et de plus, le film n’y fait que très rapidement allusion. Si le film avait été centré sur le personnage de Mystique, en montrant son combat de son point de vue, j’aurai été d’accord avec vous, mais là ce n’est pas du tout le cas.

      « On nous montre qu’elle cherche clairement à s’émanciper d’un Xavier clairement paternaliste et d’un Magneto abusif. Contrairement à first class où elle était sous l’influence de l’un puis de l’autre, là à la fin du film elle choisit une 3e voie – et se pose en égale des deux autres protagonistes. Une sorte d’équilibre entre le pacifisme bêlant et naïf de Xavier, et la mégalomanie déstructrice de Magneto.
      Et à la fin, c’est elle, et elle seule qui arrête Magneto. C’est elle qui choisit de ne pas tuer Trask – précisément parce que Xavier a fini par réaliser à quel point il l’avait jusqu’ici traitée avec condescendance. »

      Personnellement, je ne trouve pas du tout que le film soit critique vis-à-vis de Xavier comme il l’est à l’égard de Magneto. Certes, Xavier est « paternaliste » et « condescendant », mais le film ne montre pas ça comme un problème, au contraire.

      Le seul début de critique de cette dimension du personnage est pour moi un monument d’hypocrisie. Il s’agit du moment où Xavier lui dit en gros « j’ai essayé de te contrôler depuis ton enfance, et voilà où ça a mené. Maintenant je te laisse libre, le destin de l’humanité est entre tes mains » (avec, sous-entendu : « fais gaffe à pas faire de conneries et à bien faire ce que moi je pense être la bonne solution et pas ce que tu veux toi »). Le dispositif de la scène est éloquent : un face à face entre Xavier et Mystique, avec comme conclusion Mystique qui baisse les armes et s’en va, vaincue par la sagesse infinie de Dieu Le Père. Du coup, pour moi, le film nous dit juste que pour contrôler une femme, il n’est pas nécessaire de la soumettre de force à sa loi, mais il suffit qu’elle comprenne que la loi de l’homme est la bonne, et qu’elle la fasse sienne (ce qui, malheureusement, ne permet pas d’empêcher que la femme déconne à nouveau et redevienne une menace, comme en témoigne la fin ambiguë où elle prend l’apparence du grand méchant Stryker).

      Et si elle arrête Magneto, c’est juste parce qu’elle est la seule à parvenir physiquement à le faire (grâce à son pouvoir de transformation), et pas parce qu’elle est la seule à vouloir le faire ou à avoir conscience du danger qu’il représente (car Xavier en est lui aussi bien conscient).

      • Personnellement, je ne trouve pas du tout que le film soit critique vis-à-vis de Xavier comme il l’est à l’égard de Magneto. Certes, Xavier est « paternaliste » et « condescendant », mais le film ne montre pas ça comme un problème, au contraire.

        Sur ce sujet, j’ai trouvé le film un peu bizarre, parce que la scène dans l’avion qui oppose Magneto et Xavier amorce bien une critique du comportement de Xavier par le biais de Magneto : déjà il se rend compte qu’il avait tort au sujet de Magneto pour Kennedy, et ensuite Magneto le reprend quand il lui dit « tu ne l’as pas élevée, vous avez grandi ensemble ». Malheureusement la suite du film balaye tout ça.

        • Je ne me souvenais plus de cette autre réplique, merci de la rappeler. Le problème pour moi, c’est que ça ne reste qu’une amorce de critique comme tu dis, et que tout le reste du film est consacré à ériger Xavier en Dieu-le-père qui veille sur les mutants comme sur ses enfants et détient la sagesse absolue.

          Pour moi, ce discours qui lance quelques perches féministes pour ensuite excuser le « père abusif » (parce qu’ « au fond il ne voulait que le bien de sa fille ») est à peu près identique au scénario qu’on retrouve de manière récurrente dans les films d’animation depuis La Petite Sirène (dans lequel Triton séquestre Ariel « pour son bien » et est excusé parce qu’il agit au fond avec « bienveillance »). Ici, c’est le même schéma, comme en témoigne ce que dit Magneto à Xavier juste après ce que tu cites : « elle est partie parce qu’elle ne pouvait pas rester éternellement une petite fille ». Le film reformule donc la relation Xavier/Raven en une relation « père surprotecteur »/ « fille qui veut s’émanciper ». Et tout le propos c’est pas de renvoyer balader Xavier en lui disant que son comportement est intolérable et abusif, c’est juste de lui dire « tu avais raison au fond, mais tu t’y es juste un peu mal pris… mais bon, on te comprend en même temps, tu l’aimais tellement, ça devait être difficile pour toi de la voir partir ». Donc un propos qui non seulement comprend le comportement de Xavier, mais l’excuse (et donc le légitime par là) : c’est « normal » d’avoir un comportement abusif envers quelqu’un quand on l’aime comme sa fille. ( !!!)

          Donc même si je suis d’accord pour voir dans ces deux perches (la phrase de Magneto et celle de Xavier à la fin) un début d’esquisse de critique, ça prend part à mon avis dans un dispositif qui vise au contraire à relégitimer le pouvoir du père.

          (Et dernier point, à propos de la comparaison de films comme La Petite Sirène et ceux qui ont suivi (Aladdin, Pocahontas, Mulan, etc). Là où X-men reste à mon avis bien pire que ces dessins animés, c’est que contrairement à eux, il ne présente jamais le problème du point de vue de Raven (qui n’a quasiment jamais la parole), mais TOUJOURS du point de vue des hommes. C’est eux qui se font la leçon entre eux (dans l’avion) et qui reconnaissent tous seuls leurs erreurs (dans la scène du stade). Et la « fille » n’est donc jamais le SUJET de cette rébellion contre le pouvoir patriarcal (alors qu’elle l’est clairement dans La Petite Sirène, Pocahontas ou Mulan), elle est seulement l’OBJET de discussions que les hommes ont entre eux.)

          • Ouais, je suis bien d’accord.

          • Merci pour votre réponse, que je découvre… hum… un peu tardivement, désolée.

            Personnellement j’ai trouvé le film très critique vis à vis de Xavier et de son comportement vis à vis de Mystique, notamment quand on le regarde à la suite de First Class où il est clairement montré qu’il « bride » Mystique et l’infantilise – et quand on le compare à la figure lisse de
            Patrick Stewart dans les premiers films de X-men.
            Il y a une scène coupée qui traine sur le net qui va en ce sens, mais je ne trouve malheureusement plus le lien. Dans cette scène, Charles essaie de lire dans ses pensées, ce qui déclenche une réaction épidermique de sa part. Ensuite elle lui explique que quoi qu’elle fasse, la guerre aura lieu car c’est Erik qui va la déclencher (du coup, la « faute » incombe à Erik, et non à elle).

            Je pense que l’intention du réalisateur et des scénaristes était plutôt bonne – mais sur la forme il y a en effet des aspects critiquables.
            Il y a à mon avis 2 problèmes : en effet, comme vous le dites, on n’a pas le point de vue de Mystique, mais seulement celui des hommes, donc le message n’est pas clair. Ensuite, c’est le seul personnage féminin qui a une réelle importance dans le film, du coup elle porte le « poids » de représenter le genre féminin à elle toute seule…

            Ce sont 2 défauts qui sont malheureusement quasiment la normes de nos jours à Hollywood.

  10. Juste un détail, sur le parallélisme Xavier-Magneto / Luther King / Malcom X : une autre comparaison a souvent été faite, qui associe Magneto à Meir Kahane — fondateur de la LDJ — et Xavier à Irving Greenberg — partisan d’une « exemplarité » des juifs très proche de ce que Xavier prone pour les mutants. Dans ce contexte, la radicalisation de Magneto face à la retenue de Xavier prend un autre sens, probablement plus intéressant politiquement.

    • Ce parallèle est intéressant. J’avoue n’avoir jamais entendu parler d’Irving Greenberg. Je ne sais pas quel est sa notoriété aux Etats-Unis.
      Je ne sais pas si ce parallèle est plus intéressant politiquement, mais il modifie complètement la perception des personnages. Contrairement à Malcolm X, Meir Kahane et la LDJ ne s’opposent pas à une quelconque domination sociale que subiraient les juifs mais pour « protéger » les juifs d’une autre minorité, aux Etats-Unis les noirs, ici les maghrébins. Kahane et la LDJ ne remettent donc pas en cause un rapport de domination, mais attaquent une minorité encore plus dominée que celle à laquelle ils appartiennent.
      De ce point de vue, je ne suis pas sûre qu’on puisse vraiment faire un parallèle avec la radicalisation de Magnéto.

      Néanmoins, même si je trouve le parallèle Malcolm X/Magnéto plus pertinent, le parallèle Kahane/Magnéto jette une lumière politiquement très intéressante sur la scène de la plage dans X-Men First Class.
      Quand Xavier essaie de convaincre Erich de ne pas retourner les missiles des Russes et des Américains, il lui dit que ce ne sont que des gens qui obéissent aux ordres. Erich répond alors qu’il a été victime de gens qui obéissaient aux ordres et conclut par un « Never again ». Cette angoisse existentielle à l’idée d’être à nouveau une victime qui le pousse à voir chaque ennemi comme un nazi potentiel apporte un éclairage intéressant sur l’actualité du Proche Orient.

  11. Ah ! Je vois en cherchant une référence valable que Greenberg lui même revendique cette comparaison : http://forward.com/articles/7470/orthodo-x-men-on-screen-and-off/? …

  12. Cette évocation perpétuelle de la souffrance des mâles « cis » qui serait bidon et/ou silencierait la souffrance du reste de l’humanité mais ô secours quoi… cette obsession morbide d’opposer des souffrances pfffff

    • Dites moi NoPainForYou de quoi souffre l’homme blanc cris hétérosexuel en tant que classe en 2014 ? Être mieux payer que les femmes ? Avoir des emplois plus valorisants que les noirs et les arabes? Avoir les 3/4 du cinéma, de la litterature et de la musique qui parle de leurs problèmes de mâles ? Avoir une femme qui se tape les corvées domestiques quant ils sont en couple ? Ne pas être autant violer que les femmes ? Ne pas être autant au chômage que les noirs ?

      Les problèmes rencontré par la classe homme sont connus des féministes et pas du tout des association masculinistes qui ne font qu’étaler pathétiquement leur haine des femmes. Le faible choix pour la contraception masculine, le congers parental masculin obligatoire, une éducation moins violente pour les garçons, par exemple sont des revendications féministes.
      Il n’es pas question de nier la souffrance des individus, les hommes souffrent aussi du patriarcat ou du chômage ou de la violence , mais ils sont la classe qui tire le plus de bénéfices des inégalités et à le plus gŕand intérêt au maintiens des inégalités. La plus part du temps les plaintes que j’ai entendu de mâles hétérosexuel cis c’est le regret de la perte de leurs privilèges. Je comprend que ça leurs fasse de la peine mais je me réjouie de les voire diminuer en puissance.
      Écouter chialer Soral et Zemmou, les petites ordures de 4chan, de JV.com ou les PUA je suis désolé mais non, j’ai pas de temps pour ça. Et par rapport aux films de super héros, quel est le gros malheur de ces messieurs ? Qu’il y ai une malheureuse nana doté de pouvoirs dans leur univers de mâles ça leurs gâche la fête ? De devoir laver leurs chaussettes tout seuls pendant que leur compagne regarde wonder women 4 ? C’est quoi le gros malheurs dont tu veux parler ?

      Et pour « cette obsession morbide d’opposer des souffrances  » je ne sais pas pour vous mais en ce qui me concerne je ne met pas sur le même plan une écharde dans le doigts et un cancer osseux généralisé. On parle de classes, la classe homme et la classe femme, et pour la classe homme ça fait bien longtemps que ses souffrances sont des échardes que l’univers entier viens soigner tandis que les autres s’amusent avec le cancer osseux sans aucun secours.

  13. « Dites moi NoPainForYou de quoi souffre l’homme blanc cris hétérosexuel en tant que classe en 2014 ?  »

    Capitalisme, connerie humaine telle que la votre, handicapS, pauvreté, précarité, maladies diverses & variées et enfin de pure mauvaise foi, telle que la votre, qui prétend parler de classe, alors qu’il ne s’agit que de haine… Vous êtes juste pitoyables…

    • Vous ne m’avez pas lu. C’est pas grave, il est claire que vous ne voulez définitivement pas lire. Mais pour qui passerait par là et voudrait des élément de réponse à ces grandes questions des souffrances masculines voici quelques liens:

      Qu’est-ce que le privilège masculin ?
      http://www.crepegeorgette.com/2013/08/22/quest-ce-que-le-privilege-masculin/

      et ici les articles sur la condition masculine que je réunis sur mon compte seenthis:
      http://seenthis.net/recherche?recherche=%23condition_masculine

      Bonne lecture et bonne journée.

      • Si justement on vous lit, et plus on vous lit, mieux on voit l’arnaque que constitue votre pseudo-militantisme. On vous a répondu mais comme d’habitude, vous vous torchez avec ce qu’on vous dit. Vous déformez vous niez, et à l’occasion vous tentez de noyer le poisson par dessus le marché; mais pas avant d’avoir troller la souffrance masculine, simple petite écharde bien entendu. Ah oui mais suis-je bête, il suffit de juxtaposer le principe de classe par dessus, et de tout essayer pour tenter de faire coller, la réalité à vos délires morbides

        • On peut en discuter aussi si vous voulez. Mais vous conviendrez que le commentaire initial de NoPainForYou n’invitait pas vraiment à l’échange, et sa réponse à Meg non plus…

          Mais bon, moi je veux bien en discuter sérieusement si vous voulez (à moins que vous considériez a priori nos positions comme « une arnaque » et du « pseudo-militantisme »… parce qu’en partant de là c’est sûr que c’est difficile de discuter…).

          Donc, NoPainForYou répond à Meg qui lui demande « de quoi souffre l’homme blanc cris hétérosexuel en tant que classe en 2014 ? » : « Capitalisme, connerie humaine telle que la votre, handicapS, pauvreté, précarité, maladies diverses & variées et enfin de pure mauvaise foi, telle que la votre, qui prétend parler de classe, alors qu’il ne s’agit que de haine… Vous êtes juste pitoyables… »

          Oui, des hommes pauvres souffrent du « capitalisme » et de la « précarité », mais en tant que pauvres/précaires, pas en tant qu’hommes. Oui, des hommes « handicapés » ou « malades » souffrent de handicaps et de maladies, mais en tant qu’handicapés, pas en tant qu’hommes. (Je passe sur les insultes glissées de manière très subtile à l’intérieur de la phrase, car il me semble qu’elles ne se veulent pas de véritables arguments…). Vous voyez la différence? En deux mots : il y a des hommes qui souffrent, mais pas parce que ce sont des hommes, ni parce qu’ils sont blancs, ni parce qu’ils sont cis, ni parce qu’ils sont hétéros.

          Donc la question de Meg reste : De quoi souffre l’homme blanc cis hétéro EN TANT QUE CLASSE en 2014 ?

    • Justement, le problème est que les victimes du capitalisme, les personnes handicapées, les pauvres, les précaires, sont d’abord pensés comme hommes, et les femmes invisibilisées… Alors qu’elles subissent, en plus des oppressions citées ci-dessus, une oppression spécifique en tant que femmes. Pire, elles sont précaires, pauvres et victimes ultimes du capitalisme parce qu’elles sont femmes et qu’elles vivent dans un système patriarcal. La grande majorité des temps partiels sont pris par des femmes, la grande majorité des parents isolés sont des femmes et par ailleurs, dans l’analyse féministe matérialiste – marxiste – les femmes sont les esclaves des ouvriers / hommes des « classes lobaorieuses », car elles leur fournissent un travail domestique gratuit (cf. les billets de Christine Delphy sur LMSI sur le travail domestique). C’est même grâce aux femmes qui prennent en charge, en plus de leur travail précaire à elles, les travaux ménagers, que les hommes peuvent s’organiser dans l’espace public.

  14. Ah oui vous mettez des guillemets à capitalisme, handicap, précarité etc

    On voit tout de suite à qui on a affaire maintenant, merci d’avoir clarifier votre niveau de mauvaise foi.

    « Vous voyez la différence? »

    Je vois le niveau de mauvaise foi et d’arnaque en effet, ne-pas-nommer-les-victimes, technique patriarcale de base quoi. Des hommes et des femmes souffrent mais, ne citons qu’un sexe/genre, histoire d’encourager les tensions entre les uns et les autres, faudrait pas qu’ielles puissent s’allier contre leurs ennemis communs trop efficacement, ou l’anti-capitalisme mais pas trop, ou l’anti-racisme mais pas trop, ou l’anti-sexisme mais pas trop. Félicitation à vous pour ce niveau d’arnaque c’est grandiose, d’autant plus que vous passez pour des « personnes » qui seraient plus « pures » que d’autres au niveau politique, c’est fort. Très fort.

  15. Le personnage de Wolverine (quand je l’ai rencontré, il s’appelait Serval) est super représentatif de certaines évolutions, que ce soit dans les bédés ou via son passage au cinema.
    Déjà, sa biographie. Dans les années 80, sa série montrait peu de son passé, qui restait un mystère, elle laissait néanmoins entendre qu’il était probablement indien, né il y a très longtemps, abandonné par sa tribu, recueilli par des carcajous (wolverine en anglais), aucun lien de parenté avec Victor Creed/Dent de Sabre (qui prétend être son père)… Au début des années 2000, devant l’espèce d’aura que le personnage a, on lui crée des origine : Rejeton d’une famille bourgeoise du XIXème siècle (blanche, évidemment), demi frère de Creed (par son père, jardinier, avec qui sa mère a fauté) il devenait quasiment glamour…
    Cette évolution fut achevée au cinéma en transformant une petite (environ 1m50) teigne pas très fute fute, avec sale tronche et grande trappe en Hugh Jackman. C’est d’une tristesse… Et ça dit des trucs, je crois, sur le fait que plus des produits sont destinés au grand public, plus ceux qui les vendent estiment que celui-ci est abruti. C’est chiant d’être insulté, même indirectement.

  16. Mais enfin, je ne comprend pas pourquoi vous déformez un film pourtant bourré de messages politiquement tout ce qu’il y a de plus intéressants pour l’nterpréter de la sorte, au lieu de souligner tout ce qui est positif à la place… Franchement, ce n’est pas que je ne la trouve pas partiellement pertinenente, cette analyse, mais je ne vois pas du tout, mais du tout le film de la même manière, ce qui m’empêche de la prendre au sérieux.

    En ce qui concerne Mystique, je ne trouve pas complètement absurde cette manière de voir les choses, vraiment, mais je n’ai juste pas vu les choses ainsi, parce que ce n’est pas ce qui ressort le plus du film. Déjà, c’est la seule qu’on voit faire quelque chose de concret pour aider les mutants, alors que Charles… C’est une fameuse loque, au début… Il y a certes ce truc entre elle et Magneto (quant à Xavier, c’est évident qu’il la considère plus comme sa soeur, à la limite comme sa première élève ou sa créature, que comme une Femme avec un grand F) mais c’est quand même de lui que viennent les façons de faire destructrices qu’elle a adopté. Donc vous pourriez aussi dire qu’Erik joue le rôle d’Eve (Shaw étant le serpent), en lui montrant la voie de la violence. Les actes de Mystique sont mis en lumière comme étant plus problématiques que lorsque c’est Magneto qui complote contre l’humanité, mais j’ai plutôt vu l’appropriation de ses gênes par Trask comme une appropriation du pouvoir des mutants, pas celui des femmes. Mystique symbolise plus tout ce qui fait d’eux des êtres différents et rejettés, une opprimée dont par malchance les particularités finissent par se retourner contre sa propre cause, qu’une femme à domestiquer, à mon sens.

    Et pour Hank, ce n’est pas dans ce film là, mais je rappelle tout de même que dans le film First Class, c’est elle qui lui sert de modèle, qui le pousse à assumer ce qui n’est pas présenté comme une bestialité symbolisant sa nature masculine ou je ne sais quoi, mais plutôt comme symbolisant celle de mutant, celle qui le stigmatise dans la société. Par ailleurs, sous forme humaine, c’est l’archétype du parfait génie surdoué; et j’ai toujours vu ses difficultés à admettre l’autre part de lui-même comme une difficulté à accepter qu’on puisse incarner l’intelligence scientifique, qui distingue l’humain de l’animal, et cacher une « bête sauvage » (représentant tout ce qui relève de la nature plus animale de l’être humain) en soi en même temps.

    Pour en revenir au Professeur X, c’est justement le fait que ce soit une « figure paternelle » un peu androgyne, au final, qui le rend si intéressant. Il refuse le rôle de Dieu-le-père tout puissant que vous lui attribuez, pour des raisons morales, et préfère guider ses élèves, cultiver leurs dons, veille sur eux de manière presque maternelle. Son pouvoir n’a à mes yeux RIEN de masculiniste: il s’agit tout de même de ressentir les émotions, et donc la douleur des autres (la compassion prodiguée du fond d’un fauteuil roulant, ce n’est pas exactement le cliché du parfait patriarche), et le discours du Professeur X du future reposait sur ça, justement, ne pas rejetter la dimension émotionnelle qu’entraînent ses pouvoirs. Il ne lui a pas dit qu’ils le rendaient supérieur à la gente féminine ou quoi que ce soit du même genre. Bon, il cherche à convaincre les autres de sa vision du monde et se comporte parfois comme un imbécile naïf et hypocrite (et le film met bien ces aspects là en valeur aussi), mais au final il refuse d’imposer ses valeurs de non-violence par la force, logiquement. Et comment ne pas voir la grande ambiguité qui plane dans sa relation avec Erik? Plus qu’une amitié virile et masculine, leur histoire ressemble davantage à un drame amoureux, vraiment.
    En fait, son seul tort dans votre interprétation, c’est d’être un homme et être sage en même temps, j’ai l’impression. Réduire un personnage à son genre quand on prétend combattre la discrimination reposant dessus, c’est un raisonnement que je n’ai jamais compris.

    Kitty se prend en effet des coups de griffes de Wolverine et ne part pas elle-même dans le future, mais vous ne parlez pas non plus des scènes où son ami aux pouvoirs de glace ne se contente pas de la protéger pendant qu’elle est vulnérable, mais la soigne, aussi. Il ne porte pas de tenue d’infirmière ce faisant (/!\ ironie), mais on pourrait tout de même y voir une inversion des rôles habituels, si on veut bien voir les choses sous cet angle. Et puis la voir comme soumise et passive alors que leur sort à tous repose sur elle, et qu’elle a tout de même l’air de devoir se concentrer pour maintenir Logan dans le future et résister à la douleur, c’est assez vache, je trouve.

    En fait, je pourrais résumer ma contre-analyse ainsi: pour moi, les messages centraux des films X-men n’ont rien à voir avec des problématiques de genre, mais bien plutôt tout avec ce qui à trait avec l’oppression de gens différents (et là on peut se faire plaisir avec les interprétations sur ce que les mutants symbolisent: LGBT, sourdoués, freaks, autistes, handcapés, minorité ethniques, bref, tout ceux qui sont susceptibles d’être stigmatisés dans la vie réelle), et la manière de lutter contre ce phénomène. De ce point de vue, je trouve toute la série grandement sous-estimée par les critiques que j’ai lu, qui s’attardent plus sur des problèmes de logiques temporelles ou de cohérence entre les films, alors qu’ils offrent tout de même matière à réfléchir de manière particulièrement constructive sur certaines problématiques. Chaque film offre des façons de pensées diverses et variées sur le « problème mutant », et comment le résoudre (ou non). Trask, par exemple, y voit une occasion en or de rassembler l’humanité entière sous une même bannière, ce qui pose la question très intéressante et encore actuelle de savoir si nous sommes vraiment une espèce assez pathétique pour que la seule manière de nous unifier (et par là nous empêcher de nous entretuer) est une cible commune. Et si non, comment trouver un but commun qui n’implique pas la destruction.

    Alors au lieu de toujours vous apesantir lourdement sur ce qui ne va pas dans un flim, quitte à voir les choses comme ça vous arrange (et à parfois prendre les spectateurs pour des idiots au passage) vous pourriez les utiliser pour élaborer des raisonnement plus constructifs, non? Les X-men ne sont pas dépourvu de certains aspects que vous critiquez sur ce site, mais les messages de fonds et les pistes de réflexions intéressantes sur l’humanité l’emportent largement, à mon avis; donc franchement il y a de quoi faire.

    • Merci pour ce commentaire, qui traduit en termes beaucoup plus éloquents que les miens mon opinion sur le film et sur cette critique.

      Et, juste pour enfoncer le clou : la relation magneto/xavier est vue comme un drame amoureux par les quatre acteurs qui ont interprété les deux rôles, ils l’ont dit à plusieurs reprises (Ian McKellen et James McAvoy étant les plus vocaux sur la question) – et ils font ce qu’il faut pour que leur jeu reflète cet état de fait. C’est dommage que Singer n’ose pas aller jusqu’à la rendre explicite, mais cette relation homosexuelle est implicite depuis que ces personnages existent.

      Et également, je trouve dommage de balayer le personnage de Xavier comme un personnage paternaliste cliché, alors qu’au contraire il dénote complètement dans l’univers bourré de stéréotypes des comics. Xavier est un superhéros dont le superpouvoir est l’empathie (plus que la télépathie), et qui est coincé dans une chaise roulante sans que ce soit vu comme une tragédie. Et, dans l’interpétation qu’en fait McAvoy, c’est un homme qui pleure et montre des faiblesses tout en restant digne d’admiration, et ça c’est carrément révolutionnaire à hollywood !

      Bref, on fait pire, comme stéréotype viril.

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