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Killer Joe (2012) : Des viols chez les ploucs, et ce qu’en pense la critique française

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Plutôt bien accueilli par la critique française (Télérama va même jusqu’à le faire figurer dans sa liste des meilleurs films de 2012[1]), Killer Joe me semble pourtant être un film assez nauséabond politiquement.

Tuer, battre et violer femme

Le point de départ est simple : un fils décide de tuer sa mère pour toucher la police d’assurance et se sortir ainsi des « ennuis financiers » qu’il a avec un gros caïd. Plus le film avance, plus il sombre dans le glauque, tout en ménageant quelques moments « humoristiques » jusqu’à un final grand-guignolesque comme les affectionne tant William Friedkin[2]. J’ai l’impression que le réalisateur cherche ici avant tout à choquer le public, mais aussi parfois à le faire rire. Or il serait bon à mon avis de s’interroger sur la fonction de ce rire que le film cherche à susciter (avec succès ou pas) chez les spectateurs/trices. Prenons pour exemple un de ces moments « humoristiques » du film. Mais d’abord, rappelons rapidement les grandes lignes de l’histoire pour bien avoir en tête tous les éléments importants.

Au départ donc, un fils décide de tuer sa mère pour toucher sa police d’assurance. Il en parle à son père (l’ex-mari de sa mère) qui se laisse convaincre assez rapidement par le projet (après tout, comme lui dit le fils, elle n’est qu’une alcoolique/droguée/moche(sic) qui ne sert à rien). Pour la tuer, il contacte un flic qui arrondit ses fins de mois en tuant quelques « ploucs » par ci par là, le fameux Killer Joe du titre. N’ayant pas l’argent pour lui payer l’avance qu’il demande, le fils accepte (encore une fois avec le consentement de son père) de lui donner pour caution sa sœur, une gamine de 12 ans un peu folle, que Killer Joe pourra ainsi violer le soir même (loisir auquel il s’adonnera encore à plusieurs reprises sans que la fille n’émette une quelconque objection).

Une fois le contrat exécuté, la famille (composée du père, de la belle-mère, du fils et de la fille) s’aperçoit alors que, contrairement à leurs attentes, la police d’assurance ne revenait pas à la fille mais à l’amant de la mère, un dénommé Rex. C’est alors que Killer Joe intervient à nouveau en découvrant que c’était en fait la belle-mère qui avait tout manigancé. Celle-ci était en effet l’amante de Rex, et avait comploté avec lui pour faire croire au fils qu’il toucherait la police d’assurance s’il faisait assassiner sa mère par Killer Joe. Pour la punir, ce dernier inflige à la fourbe femme un interminable viol sous le regard consentant de son mari.

killer joe01killer joe02Punir la garce

Et c’est dans ce long moment d’horreur qu’intervient ce « moment humoristique » (parmi d’autres) que je voulais prendre pour exemple. Ce qui est censé être drôle ici, ce sont les acquiescements du père lorsque Killer Joe lui demande de violer sa femme. « Sachant que votre femme est une salope (vu qu’elle a couché avec un autre et a tenté de vous arnaquer en gardant pour elle tout l’argent), vous serez d’accord monsieur pour que je frappe, la torture et la viole sous vos yeux ? » « Mais bien sûr mon cher, faites donc, je vous en prie ». A la fin de la scène, les deux compagnons partageront d’ailleurs, dans le même esprit « buddies », leur mépris commun pour cette femme abjecte autour d’une bonne bière, pendant que celle-ci gît au sol, ensanglantée. Et ça aussi, c’est censé être drôle.

killer joe03Bien forcé d’avouer qu’elle l’avait amplement mérité…

Il serait bon à mon avis de s’interroger sur le sens de ces violences envers les femmes qui constituent en quelque sorte la toile de fond du film. Quel intérêt y a-t-il à nous montrer ainsi dans deux scènes interminables le viol de la fille (qui s’avèrera finalement « consentante ») puis celui de la belle-mère (qui l’avait, comme on l’a dit, « bien mérité ») ? Quel est exactement le but de ces scènes ? Quel effet le réalisateur veut-il produire ici sur le public ?

Veut-il par exemple dénoncer ces violences faites aux femmes ? Permettez-moi d’en douter. Car pourquoi faire de celles-ci un tel spectacle ? Et pourquoi en proposer un début de légitimation (la première est consentante, l’autre le méritait) ? A quoi s’ajoute que le film baigne plus largement dans une atmosphère qu’il semble difficile de qualifier de féministe. Les femmes se résument à : (1) les danseuses dénudées du bar à strip-tease (que l’on nous montre en gros plan à plusieurs reprises, mais dans quel but exactement ?), (2) la femme que l’on décide (entre hommes) d’assassiner, (3) la fille de 12 ans à la fois pure/vierge et complètement folle, et enfin (4) la trainée de belle-mère, fourbe et manipulatrice. Au final, toutes les femmes du film sont soit tuées, soit violées, soit battues, soit dénudées pour satisfaire le désir voyeuriste masculin. On peut d’ailleurs s’interroger au passage sur l’utilité d’exhiber le corps de Juno Temple aux spectateurs lorsque Killer Joe lui ordonne de se déshabiller.

Quel est donc au final le but de toutes ces scènes de violences envers les femmes ? Je ne vois que deux options (pas forcément contradictoires chez certains spectateurs comme on le verra en examinant les critiques du film dans la presse française) : (1) choquer le public et (2) le fasciner en dépassant les limites du tolérable en termes de violence et d’horreurs. Les femmes sont donc ici purement et simplement instrumentalisées pour susciter chez le public un mélange de répulsion/fascination. Le film se fout royalement des conséquences qu’ont les viols sur celles qui en sont les victimes. Jamais il n’adopte le point de vue des femmes. Le regard qu’il porte sur elles et les violences qu’elles subissent me semble tout au contraire complètement distancié et voyeuriste. Loin d’en analyser les causes ou les répercussions qu’elle a sur ses victimes, le film fait de la violence masculine envers les femmes un spectacle.

Bienvenue chez les ploucs 

On pourrait objecter que les personnages masculins ne sont pas mieux logés que les personnages féminins : ils sont soit des abrutis, soit des psychopathes. Mais c’est que nous ne sommes pas en présence de gens ordinaires, mais de sales ploucs du fin fond du Texas, de ces abrutis congénitaux de rednecks qui ne peuvent pas échanger deux phrases sans se gueuler dessus (à l’image de leur chien qui aboie constamment devant la caravane). Certes, ils sont violents et sexistes, mais c’est normal, puisque ce sont des bouseux ![3]

Ce genre de dispositif est extrêmement commode pour les auteur-e-s et les spectateurs/trices de ce film, puisqu’il fait du sexisme le propre de la « classe inférieure » : le sexisme, c’est seulement quand on tue, on bat, et on viole les femmes, et ça y a que chez les « barbares » et les « arriérés » que ça existe, pas chez nous… Sauf que, dans les faits, les violences faites aux femmes ne sont pas moins l’œuvre des classes moyennes et supérieures que des classes populaires.

killer joe04killer joe05killer joe06« Ces gens-là »…

Pour bien que l’on comprenne qu’il s’agit là d’une sous-humanité, le film accumule les « faits divers » glauques/débiles en les mettant tous au même niveau, suscitant autant de réflexion politique qu’un journal de TF1 : un type met le feu à son sexe pour donner une bonne leçon à sa femme qui l’a trompé, une tante est brûlée vive parce qu’elle s’est approchée trop près de la chaudière avec une longue robe, une mère essaie de tuer sa fille en l’étouffant avec un oreiller, etc. Tous ces « faits divers » racontés par les personnages s’ajoutent ainsi aux violences que les ploucs s’infligent entre eux, dans un espèce de « pot-pourri » qui n’a pour seul but que de susciter le mépris des spectateurs/trices.

Tout s’explique donc. Voilà pourquoi ces personnages sont drôles. Ces abrutis sont drôles parce qu’ils n’ont même pas conscience d’à quel point ils peuvent être abrutis. En résumé, l’humour de ce film me semble donc être uniquement fondé sur le mépris des « ploucs », et utilise de surcroît ce mépris pour se dédouaner des interminables violences qu’il inflige aux femmes.

Du coup, il me semble difficile de défendre ce film en y voyant une critique politique intelligente de l’Amérique contemporaine (comme le font certains critiques). En effet, les seules tentatives d’ « explication » de ces violences avancées par le film me semblent être les quelques plan où l’on voit le père zapper sur des programmes tous plus « débiles » les uns que les autres. Mais on ne sort pas là du cliché classiste des ploucs abrutis qui passent leur temps à se crier dessus, à boire et à regarder des programmes débiles à la télé.

killer joe07killer joe08killer joe09killer joe10killer joe11« La télé aliène le peuple », ou la grande thèse sociologique de Killer Joe

Du coup, j’ai l’impression que le film ne cherche pas vraiment à « expliquer » les violences qu’il met en scène, mais juste à en prendre plaisir en les regardant « de haut » (c’est-à-dire de la classe sociale d’« au-dessus »). D’ailleurs, au passage, je ne pense pas que ce film s’adresse aux classes populaires, je l’ai personnellement vu dans un cinéma « art et essai », et ce n’est peut-être pas un hasard.

Pour finir, je n’arrive pas à voir la fin du film autrement que comme une énième preuve que ce film n’a vraiment rien à dire, à part bien sûr que les ploucs sont vraiment d’incurables abrutis. En effet, ceux-ci sont tellement aliénés qu’ils retournent la violence sur eux-mêmes (les parents aident à tuer leur fils, la sœur tue son frère au lieu de tuer son violeur) en s’entretuant dans un final absurde et grandguignolesque. Le réalisateur va même jusqu’à couper brutalement la dernière scène, laissant ainsi le public dans l’incertitude quant à l’issue de l’histoire, comme s’il avait besoin de cet artifice « branché » pour cacher le vide intersidéral de son scénario.

Ce qu’en « pense » la « critique »

Mais rien de tout cela n’a dérangé la « critique » française, bien au contraire. Un petit aperçu de ce qu’on a pu y lire lors de la sortie du film peut donner une idée du degré d’« in-conscience politique » qui y règne.

Commençons par les Cahiers du cinéma (très justement surnommés par certaines « Couhius du cinéma »[4]). Ceux-ci regrettent les quelques faiblesses narrativo-esthético-cinématographiques qui gâchent selon eux « une partie du talent pourtant bien vivace de son auteur ». Mais reste tout de même que « cette jubilation à faire voler les tabous en éclats donne lieu à plusieurs trouées saisissantes (la première apparition de Gina Gershon nue, et surtout cette longue scène de fellation simulée avec un manchon de poulet) »[5].

Le choix du vocabulaire me semble ici particulièrement significatif : « fellation simulée avec un manchon de poulet ». Pourquoi ne pas parler de viol ? Est-ce que remplacer un pénis par un manchon de poulet fait de tout cela une simple « simulation », donc une sorte de viol pas vraiment réel ? J’ai du mal à croire que la victime du viol qui a lieu dans cette scène le vive quant à elle comme une « simulation ».

killer joe12killer joe13Faire « voler les tabous en éclats » grâce à quelques « trouées saisissantes » : le meilleur de Killer Joe selon les « Couhious du Cinéma »

Chez Télérama, on est content, on met au film une petite tête qui sourit. Forcément vu qu’on partage le même mépris de classe que le film : « Ça se passe au Texas. Une terre de ploucs bas de plafond auprès de qui même les extrémistes du Tea Party passent pour des angelots démocrates. C’est quand même le seul patelin au monde où, pour « donner une leçon » à sa femme infidèle, un type a l’idée de se brûler les couilles… Killer Joe, lui, a une façon nettement moins masochiste de punir les garces, surtout si elles ont essayé de le piéger (…) ». On retrouve ici la même logique qui est à l’œuvre dans le film : le mépris de classe permet de ne pas s’interroger sur la violence infligée aux femmes dans le film.

Le critique cite même au passage une petite anecdote sur l’effet produit par un précédent film de Friedkin sur certaines femmes, sans envisager une seule seconde que cette anecdote puisse être révélatrice de quelque chose, notamment sur le type plaisir et de public visé par les films de cet « auteur » :  « Célèbre pour exacerber les scènes d’hystérie (L’Exorciste, en 1974, provoqua, auprès de quelques spectatrices sensibles, des accouchements prématurés), le cinéaste, curieusement, a toujours, revendiqué un goût pour l’épure ».

De son côté, Libération reconnaît finalement au réalisateur un mérite malgré les défauts que peut avoir son film : « Sa jubilation à faire durer indéfiniment une scène horrible dans laquelle le tueur à gage humilie la belle-mère indigne a ainsi quelque chose d’à la fois fascinant et parfaitement repoussant ». Le fait de rendre une scène de viol « fascinante » ne pose visiblement pas plus problème que ça pour le « critique » puisque son papier en reste là.

Inutile de toutes les passer en revue[6], on l’aura compris, aucune critique dans la presse française (à ma connaissance) ne questionne ni ne relève le savant mélange de sexisme et de mépris de classe qui cimente ce film. Peut-être le fait que les critiques français (comme le réalisateur) sont très majoritairement des hommes et des bourgeois y est pour quelque chose. Et peut-être que si les femmes (et surtout les femmes violées et battues) avaient un peu plus la parole, ce genre de films horribles aurait moins la côte dans l’intelligentsia française, et serait un peu plus questionné au niveau des représentations qu’il véhicule.

Paul Rigouste


[1] http://www.telerama.fr/cinema/cinema-le-palmares-2012-de-telerama,91053.php

[2] Cf. la petite fille de L’exorciste qui lâche, sous l’emprise du démon : « Ta mère suce des bites en enfer ». Ou encore l’héroïne de Bug qui hurle à la fin : « Je suis la reine-mère des insectes ».

[3] Dans le même genre est sorti récemment l’horriblement sexiste The Killer Inside Me (Michael Winterbottom, 2010), dans lequel Casey Affleck violente une Jessica Alba qui au fond aime bien ça…

[4] http://lmsi.net/Les-Couhius-du-Cinema

[5] Cahiers du cinéma, septembre 2012, p. 51

[6] Mentionnons tout de même le virilisme d’un critique du site de « critique sociale » Bakchich, qui titre sans complexe : « Killer Joe : Friedkin bande encore » (« http://www.bakchich.info/medias/2012/09/05/killer-joe-friedkin-bande-encore-61651). Tout est dit…

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46 réponses à Killer Joe (2012) : Des viols chez les ploucs, et ce qu’en pense la critique française

  1. En dehors de tout le reste de la critique, je me demande vraiment s’il y a des gens qui ont trouvé ce film drôle ? A la fin du film, en croisant le regard des amis avec qui j’étais allée le voir, j’ai éclaté de rire. Mais ce n’était pas un rire de joie, ni un rire de plaisir, ni un rire amusé, c’était un rire nerveux et terrifié. Le même genre de rire que j’avais déjà eut après avoir subi un terrible accident et en être sortie vivante et en bon état.
    Je ne suis pas dans la tête du réalisateur et je n’ai pas lu d’interview sur le sens qu’il donne à ce film, mais ça me paraît complètement aberrant qu’on puisse s’attendre à ce que certaines scènes soient vues comme humoristiques.
    La scène de fellation est tout bonnement terrifiante, et la manière dont toute la petite famille « met au clou » la fillette est glaçante.

    En revanche, je ne partage pas votre analyse de la dernière scène. Car finalement, on ne sait pas ce qui arrive à Dotty (je crois me souvenir que c’est le nom de la fille), et c’est la seule chose qui peut être vue comme sensiblement optimiste : la seule victime dans cette histoire (tous les autres sont coupables d’une façon ou d’une autre), reste en vie et se libère de cette famille de timbrés.
    Quant à savoir si l’argument du film est de monter la réalité d’une certaine misère sociale(qui pour être triste n’en existe pas moins), ou bien de tourner en ridicule toute une classe sociale, je pencherai plutôt pour la première hypothèse. Ce genre de ville, ce genre de famille, ce genre de milieu, existent, que cela vous plaise ou non. Et ce qui se passe dans le film est loin en dessous de ce qui se passe dans la réalité.

    • Je suis également dubitatif sur la partie de votre argumentaire concernant la « drôlerie » présumée du film, qui en ferait (puisque vous montez en généralité) selon vous un film de mépris à l’égard des classes sociales défavorisées. Je viens de terminer le visionnage et si effectivement il y a humour, c’est un humour cynique, glaçant, du désespoir, et certainement pas de moquerie. On ne retrouve pas (avant le dénouement) la légèreté qui est reprochée céans à Tarantino dans le traitement de la violence. Je suis désolé, mais les scènes que vous évoquez sont difficilement soutenables (d’où le rire comme défense)et les critiques que vous citez mettent bien en question le statut de la violence:

      Libération,
      « L’exercice ne serait ainsi que platement caricatural si William Friedkin n’avait pas poussé son film au paroxysme d’une férocité qui rappelle, par moments, le lyrisme nihiliste et sauvage d’un Harry Crews. Assumant le risque de théâtraliser parfois à outrance les scènes les plus crues, Friedkin n’épargne rien, ne se refuse rien. »

      Télérama,
      « William Friedkin n’y va pas de main morte. Rien à faire du bon goût, de la sensibilité et autres sornettes. La violence, il en a filmé les effets séduisants et détestables tout au long de films à succès légèrement démodés (…). En bon moraliste — tous les Américains le sont peu ou prou —, les progrès du Mal en l’homme l’ont toujours fasciné, parce que, dit-il, « c’est une lutte constante pour nos anges de gagner la bataille ». Chez lui, ils la perdent souvent… »

      Le Monde (Je comprends pourquoi vous ne l’avez pas sélectionné celui-là)
      « Dans le calvaire enduré par les personnages féminins de Killer Joe, rattachés aux représentations les plus archaïques de leur sexe (vierge, mère et prostituée), ceux-là trouveront, n’en doutons pas, matière à conforter leur dédain.
      (…) (Pour les seconds) Un plaisir mêlé d’effroi, qui tire sa légitimité d’un pari aussi problématique qu’admirable lorsqu’il est, comme ici, tenu : pour exorciser le Mal, il ne suffit pas de dévisager le diable, il faut encore adopter son regard et, après en avoir saisi les leurres, se crever les yeux. »

      Contrairement à ce que vous dites, ce film propose bien une volonté de compréhension de la violence dans ce milieu social (qui est comme vous le remarquez habilement, un milieu de « ploucs », mais ). Le fait pour un auteur (des auteurs) de se focaliser sur ce milieu ne suffit pas à prouver que pour lui « la violence et le sexisme sont l’apanage de ces classes ». Le regard n’est pas complaisant comme ailleurs et ils sont bien rendus responsables de leurs actions, malgré le déterminisme social. (C’est ça aussi que dit le dénouement, l’échec de leur stratégie collective). Les ploucs à l’écran représentent seulement les texans, ils ne les remplacent pas. Ceci dit, la caricature s’appuie effectivement sur des éléments vraisemblables, comme le dit justement Nico. Avez-vous vu le dernier documentaire de Werner Herzog? Dans Into the Abyss, à un moment, un « plouc » témoigne de la situation sociale de son quartier. Il montre à la caméra son épaule et son torse pour indiquer comment il a été attaqué à coup de tournevis, planté de là à là et comment il était allé travaillé le lendemain. Il raconte tout ça sur un ton détaché, comme si c’était normal. Et bien, à ce moment, la salle a ri à cause du détachement avec lequel il parlait d’un événement aussi violent. Et je vous prie de croire que les quelques moments « drôles » qui émaillaient le film ne diminuaient en rien le sentiment de fascination et d’horreur qui le marquaient. A mon sens, vous semblez vouloir croire que c’est le cas dans celui-ci.

      Je pense que vous perdez de vue qu’il s’agit de cinéma et qu’en conséquence, les « signes » de la violence ne sont pas les mêmes que dans la réalité, les réactions attendues des personnages (l’opposition, la résistance, l’horreur) c’est le spectateur qui est supposé les ressentir. Le malaise vient justement de l’écart entre les représentations des protagonistes et ceux du spectateur.

    • Bonjour,

      Merci à vous pour vos commentaires

      @ Nico

      Le problème pour moi avec cette fin c’est que 1/ ce n’est pas en 3 secondes que l’on revient sur 1h30 d’horreurs, et 2/ cette fin n’en est même pas une, puisqu’on ne sait pas ce qui se passe ensuite (est-ce que la fille tue Killer Joe ou pas ? est-ce qu’elle s’enfuit ? est-ce qu’elle se suicide ? est-ce qu’elle garde l’enfant ? etc.). Si Friedkin avait voulu dire quelque chose, il aurait pu le faire plus explicitement à mon avis. Du coup, j’ai l’impression qu’au fond il n’a rien à dire et que cette fin est juste une manière de se faire passer pour plus intelligent qu’il n’est, un artifice branché sans grande signification dans l’économie du film.

      Et en ce qui concerne votre deuxième point, je n’ai pas nié que « ce genre de ville, ce genre de famille, ce genre de milieu, existent », mais je m’interroge juste sur la manière dont illes sont représenté-e-s, et le but dans lequel illes sont représenté-e-s. Il faut à mon avis garder en tête que ce film est un divertissement fait par des bourgeois pour des bourgeois. Donc je me demande : pourquoi des bourgeois mettent ainsi en scène des « ploucs » se battre, se violer et s’entretuer ? Dans un esprit « documentaire » ? Pour « montrer la réalité d’une certaine misère sociale » ? Je n’en suis pas sûr, vu tout le soin qui est mis dans la mise en scène des viols. Si le but était de s’insurger contre l’horreur de cette réalité sociale, pourquoi jouir ainsi de la violence des « ploucs » sans jamais chercher à l’expliquer de manière un tant soit peu subtile, et sans jamais non plus envisager une voie possible de sortie de cette misère ?

      @ Bloch

      Pour moi, les critiques que vous citez ne mettent pas « en question le statut de la violence » déployée dans ce film, mais ils participent de sa justification, en la présentant comme un parti pris osé, et qui aurait par là une certaine grandeur. Comme vous pouvez le constater, les critiques que vous citez ne reprochent pas du tout à Friedkin ses partis pris, ils n’ont aucun regard critique dessus.

      Après je ne comprends pas ce que vous voulez dire par « ce film propose bien une volonté de compréhension de la violence dans ce milieu social ». Qu’est-ce que vous entendez par « comprendre la violence » ? Pour moi, les seules thèses du film sont « Killer Joe est un psychopathe » et « les ploucs sont des abrutis violents ». Le personnage de Killer Joe me semble « psychiatrisé », au sens où il n’y a pas d’explication à sa violence, c’est juste un malade, un fou. Ce genre d' »explication » me gène parce qu’elle individualise un problème qui est à mon avis avant tout social. Et dans le cas des autres personnages, il y a bien une forme de « déterminisme social », mais les structures sociales qui produisent cette violence sont tellement invisibilisées que cela produit l’impression d’une violence congénitale (c’est dans leur nature de ploucs d’être violents, c’est presque génétique). Comme je le dis dans l’article, le seul début d' »explication » sociale de la violence me semble être les scènes où le père et la fille regardent des programmes violents à la télé. Or ça me semble un peu léger, et surtout cela ignore au passage totalement la dimension genrée du problème de la violence (qui est principalement masculine). Après je ne comprends pas bien ce que vous dites dans votre paragraphe sur ce point, donc peut-être que je suis parti totalement à côté du sujet 🙂 (si jamais vous pouviez précisez, j’en serais ravi).

      Et sur votre dernière phrase (« Le malaise vient justement de l’écart entre les représentations des protagonistes et ceux du spectateur. »). Pour moi, cela a n’a pas grand chose à voir avec le fait que c’est « du cinéma » (je ne vois pas ce que vous voulez dire par là), mais plutôt à voir avec le rapport de classe dont je parle dans l’article. J’ai l’impression que « l’écart entre les représentations des protagonistes et ceux du spectateur » vient du fait que les protagonistes et les spectateurs/trices ne font pas parti de la même classe. Ce qui est « normal » pour les premier-e-s est horrible pour les second-e-s. Mais du coup, je repose ma question : quel est le but de ce film de bourgeois pour bourgeois ? Pourquoi veut-on nous faire ressentir cet « écart » qui nous sépare de ces imbéciles de ploucs ? Quel plaisir est-on censé y prendre en tant que spectateurs/trices bourgeois-es ?

      • Bon, j’y vais point par point.

        1. au sujet de la fin
        Je ne pense pas que Killer Joe soit le genre de film où on vous prend par la main à la première minute en vous montrant ce qu’il faut penser et ce qu’il faut interpréter et vous lâche à la dernière seconde en vous disant : « et voilà ce que j’avais à dire ».
        Je n’ai pas l’impression qu’on veut nous dire quelque chose mais simplement qu’on a le droit de penser ce qu’on veut, d’imaginer ce qu’on veut. Donc oui, si pour vous ça veut dire qu’il n’y a rien à dire de plus que ce que le film a montré, c’est tout aussi légitime que d’interpréter cette scène comme un final optimiste.
        Enfin, sur le fond je suis d’accord. Ce n’est pas trois secondes de liberté pour Dotty qui rachète tout ce que ce film montre de souffrance. Mais ce n’était pas mon propos premier : ce film est là pour montrer 1h30 d’horreur sans happy end. La fin est un changement de perspective (mais on reste dans l’horreur, puisqu’elle tue quelqu’un_son frère ou Joe).

        2.
        D’abord, oui, à mon sens il y a un aspect documentaire. Mais tempéré par la mise en scène pour les besoins d’une histoire. Les scènes de viol m’ont moins frappée mais la scène du tabassage du frère est pour moi révélatrice : je sais ce que c’est que de se faire tabasser, je sais que des gens se font tabasser, mais cette connaissance devient concrète lorsque je vois cette scène de tabassage.
        Si on reprend votre argument du « film de bourgeois pour les bourgeois » ( au passage, il faut que vous m’expliquiez ce que vous entendez par ce terme de bourgeois, pour moi dépassé), ce film tend à montrer une réalité dont les « bourgeois » cherchent à se protéger, qu’ils préfèrent ne pas connaître.
        Cela dit, au sujet du public visé par le film, vous soulevez là une question assez intéressante. Personnellement, je suis allée voir le film avec des amis et nous avions choisi ce film sur la base de l’affiche et la critique vue sur Allociné. Or si on s’en tient à ces deux éléments, il y a de quoi être gravement surpris par le film (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=185536.html). On s’attendait vraiment à aller voir un film noir quelconque avec un tueur à gage et un fond un peu glauque de proxénétisme, pas du tout à ça.
        Mais là encore, quelque soit le milieu social dont on est issu, on arrive à s’identifier à quelque chose dans ce film. Ma nervosité mon « rire de défense » (comme le dit si bien Bloch) après avoir vu ce film vient aussi de ce que j’ai pu m’identifier à ces personnages, sans quoi ce qui leur arrive me serait complètement indifférent.

        Là où on ne va pas être d’accord, c’est qu’à mes yeux, le film n’a pas à proposer une explication ni une solution. En voyant ce genre de film, je repense à certaines interprétations de la tragédie : un genre qui place l’humain face à son malheur sans lui donner le moyen d’y échapper. Killer Joe a quelque chose de tragique, parce que les personnages se sont enfermés dans une situation. Et c’est aussi dans ce sens que j’ai qualifié Dotty de seule victime : parce qu’à l’origine elle n’a pas agit de manière à s’enfermer dans cette situation, elle reste passive et d’autres prennent les décisions à sa place (jusqu’à ce qu’elle se mette à tirer à la fin du film).

        Quant à votre réponse à Bloch, il y a quelque chose qui m’échappe un peu quand vous parlez de Joe dont le personnage vous paraît « individualiser un problème […] avant tout social ». Killer Joe est le sujet du film. Il a une place à part : moins défavorisé que ses contemporains (il a un boulot, avec un statut particulier, puisqu’il est flic, il détient donc un pouvoir symbolique fort), il est raffiné et plutôt mieux éduqué que la famille à laquelle il a affaire (on suppose un niveau d’éducation secondaire, voire supérieur). Et il est tueur à gage… pour arrondir ses fins de mois ou parce qu’il a besoin d’un exutoire à sa folie et sa violence qui ne trouvent pas de place dans le monde civilisé auquel il appartient ? Bref, dans le cas de Joe la violence me semble être moins un fait social qu’un fait individuel.
        Enfin vous demandez « Quel plaisir est-on censé y prendre en tant que spectateurs/trices bourgeois-es ? ». Sans revenir sur le sens du mot bourgeois, je tiens à souligner qu’on n’est peut-être simplement pas censé y prendre du plaisir.

        • Sauf que les questions qu’ils posent montrent justement un regard critique. Dans Libé et surtout dans Le Monde, les thèmes de la théâtralisation et de la violence faite aux femmes sont questionnés. Mais comme vous le remarquez, ils ne tranchent pas la question dans le sens qui est le votre. Je suis tout à fait d’accord avec Nico sur ce point. Ce film ne propose ni explication, ni solution à la violence. Il en pose seulement la question.

          N’empêche, qu’ils donnent à leurs lecteurs les éléments pour peser eux-mêmes la question. Vous avez fait le choix de sélectionner 3 critiques parmi la vingtaine disponible sur allociné, par exemple. Vous ne précisez pas les raison de ce choix particulier qui pèse beaucoup sur votre interprétation, notamment dans sa dimension sociale. J’aimerai savoir si les critiques de cinéma font aussi « corps » que vous le dites… Vous semblez mettre en avant un effet « institutionnel » du métier de critique, qui n’est pas le même que dans votre conclusion (Votre remarque sur le mépris des classes populaire de Télérama). Il me semble que les critiques sont déterminés dans leurs discours par leur situation d’énonciation, la « ligne éditoriale », leur conscience de classe (ou non) mais pas seulement. Les variations entre les critiques que vous notez sans vous y arrêter portent aussi la marque des goûts et des stratégies individuelles des auteurs.

          Tenter d’expliquer sociologiquement la corrélation générale entre trois articles, par le fait de l’appartenance de leurs auteurs à une classe dominante (le fameux quarté, homme blanc riche d’âge mûr) me paraît un peu hasardeux.

          Par ailleurs, et je vais essayer d’être plus clair.
          Premièrement, c’est un film de cinéma. C’est-à-dire de la réalité représentée sous forme de cadres, de plans, de scènes, de choix de mise en scène en vue d’être montré à un public. Le choix que fait Friedkin c’est de parler violemment de la violence, en se focalisant sur son exercice (pas sur ses résultats, je suis d’accord avec vous, j’ai été aussi dérangé par ce point). Le mélange de violence et d’humour noir (deux signes qui ne sont pas équivalents, n’apparaissent pas en même temps sauf dans la dernière scène) place ce film dans un statut ambigu (proche de la farce ou de la parodie). Le résultat est un mélange de caricature (mais pas gratuite, comme vous l’avancez, je m’y attarderai plus loin) et de réalisme glaçant. Comme le dit Nico, le personnage clef de l’analyse du film c’est le spectateur. C’est à lui de chercher à expliquer la violence qu’il voit et qui lui est habituellement cachée (Le viol, la violence familiale et le passage à tabac par les mafias locales incluent très rarement des témoins extérieurs). Le film lui-même se contente de comprendre la violence (à la manière d’un ethnologue, de l’intérieur du groupe qu’il filme) c’est-à-dire d’en laisser apparaître les causes. La télévision n’est qu’un indice laissé au spectateur, le besoin d’argent du fils, le manque de solidarité familiale, l’environnement extérieur sont des facteurs qui sont à l’origine de la violence. Mais aussi les décisions que prennent les personnages. Vous avez tord de chercher une « thèse » EXPLICATIVE de la violence dans ce film, parce que le réalisateur filme ce milieu indigène de l’intérieur ce qui exclue la possibilité d’un regard critique sur les effets de la violence et les représentations des personnages dans le film. Les scènes de violences (qui ne sont pas toutes aussi théâtralisées) ont souvent pour fonction de choquer le spectateur c’est entendu et de le fasciner, mais dans le même temps de lui faire réfléchir sur cette attraction ressentie pour la violence. C’est parce que le spectateur est pris par surprise à témoin qu’il ressent la violence directement (quand la violence n’est que suggérée, il doit avant la comprendre, ce qui ne lui procure pas les mêmes affects). Et c’est par l’attraction que cette violence directe exerce sur lui qu’il peut comprendre les personnages (ou s’identifier ?) notamment féminins. Par là, le ressenti de cette violence dépasse le cadre « classiste » où vous enfermez le film. Au moment où la violence s’exerce, elle brise justement la barrière sociale. La violence sordide du viol ou du passage à tabac a une valeur universelle. C’est ça qui la rends difficilement soutenable.
          En ce qui concerne la question classiste justement, je pense que vous faites une erreur de contexte. Le jugement moral, affiché par moment, du film pour ses personnages (en particulier dans la dernière scène grotesque, théatralisée) ne prend pas pour cible uniquement les ploucs mais comme le dit Nico aussi bien Joe (qui est certes psychiatrisé mais qui représente aussi une classe supérieure) que la famille et tous les personnages du film! Le réalisateur choisie de faire une caricature du Texas (Ce qui est presque un genre en soi, nous disent les Inrocks). Dans ce cas là, effectivement, la représentation des texans comme des ploucs dangereux, violents est assumée. Vous êtes tellement obnubilé par la volonté de mettre au jour les représentations « cachées » dans le film que vous passez à côté de son message politique.

          Ce n’est pas vis-à-vis des classes populaires que le film exprime un mépris mais vis-à-vis des Etats du Sud, et ce mépris n’est pas littéralement exprimé, il passe par la caricature. Et c’est très difficile dans ce cas de déterminer la valeur et l’intensité des idées du réalisateur, puisque sa critique est outrée, trop forte pour tenir dans un cadre réaliste. Le cinéma est politique, c’est entendu, mais la politique ce n’est pas qu’une histoire de représentations. Ce n’est pas la « violence des pauvres » que critique l’auteur mais celle de sociétés qui légifèrent contre l’avortement, pour la défense de la peine de mort, qui est une terre de prédilection du lobby des armes. Alors une « critique intelligente et nuancée de l’Amérique actuelle », certainement pas, mais une critique violente et aveugle (la colère rend aveugle) d’un certain visage de l’Amérique, oui. Ce film horrible et boiteux a malgré tout quelque chose à dire, pour peu qu’on s’intéresse un peu au cinéma autrement que comme un réservoir de représentations plus ou moins conscientes, consommées sous forme de films et incorporée sans jugement de la raison par ces couillons de spectateurs. Il y a effectivement des films médiocres qui ne pèsent pas les représentations qu’ils véhiculent (A Hollywood mais aussi dans le cinéma dit d’auteur, il arrive que des auteurs n’aient rien à dire, mais qu’ils le disent bien et looonguement.) je ne pense pas que le fait qu’un film choisisse de représenter littéralement la violence ne le classe pas forcément parmi ceux-là.

          (Je suis désolé d’avoir été si long, mais, c’était des questions passionnantes et très compliquées. J’ai essayé de ne pas trop jargonner)

          • (Vous aurez j’espère, la bonté de passer sur le lapsus contradictoire de la double négation mal relue à la dernière phrase: « Je ne pense pas que que le fait qu’un film choisisse de représenter littéralement la violence le fasse forcément classer parmi les films sans fond »)

            Je m’aperçois également que je n’ai posé aucune question dans mon commentaire. J’aimerais donc savoir comment vous incluez le fait qu’il s’agit d’un film caricatural à votre analyse? Je comprends le fait que vous (les différents auteurs de ce blog, en fait) souhaitiez dissocier l’aspect cinématographique du contenu politique, puisqu’on lit de ça de là que le premier « masque » le second. Mais décontextualiser le film et séparer le langage de l’idée ne conduit-il pas à biaiser l’analyse?

          • Le problème c’est que « montrer » comme un montreur de foire n’est pas dénoncer.
            Au temps où les montreurs exhibaient des femmes à barbe ou des hommes tronc, croyez-vous que c’était dans le but de faire s’apitoyer les gens sur ces personnes et appelez à une insertion d’icelles dans la société ? leur laissait-on la parole ? Non. Le montreur parlait, montrait et les exhibé.e.s s’exhibaient.
            C’est un peu le même principe ici.

            Le spectacle de la violence n’est rien d’autre que le spectacle de la violence.

            Dénoncer quelque chose de problématique ce n’est le mettre en spectacle en restant du côté des actants et non des victimes.

          • @ Bloch

            « [A propos des critiques citées plus haut] Sauf que les questions qu’ils posent montrent justement un regard critique. Dans Libé et surtout dans Le Monde, les thèmes de la théâtralisation et de la violence faite aux femmes sont questionnés »

            Je ne suis pas du tout d’accord avec vous. Et comme, à mon avis, vous affirmez qu’il y a dans les critiques que vous citez quelque chose qui n’y est pas du tout, je vais être obligé de les reprendre une par une (du coup, ce sera un peu long, et je m’en excuse par avance).
            Prenons donc une par une les critiques que vous citez.

            a) Libération : « L’exercice ne serait ainsi que platement caricatural si William Friedkin n’avait pas poussé son film au paroxysme d’une férocité qui rappelle, par moments, le lyrisme nihiliste et sauvage d’un Harry Crews. Assumant le risque de théâtraliser parfois à outrance les scènes les plus crues, Friedkin n’épargne rien, ne se refuse rien. »

            La violence faite aux femmes n’est pas du tout questionnée ici contrairement à ce que vous dites. On parle de scènes « crues », de « férocité », mais pas de quelle violence concrète est infligée à qui par qui et pour le plaisir de qui. Le critique se place ici à un niveau d’abstraction qui l’empêche de poser la question de la violence d’une manière concrète.
            Et loin de la questionner, le critique la légitime même en montrant pourquoi cette violence peut être vue comme quelque chose de grand. Friedkin est grand parce qu’il pousse au « paroxysme » la violence et qu’il l’ « assume » (on sent venir le « voilà un réalisateur qui a des couilles »). S’il n’était pas allé si loin, le film aurait été nul (« platement caricatural »). La légitimation est parachevée par le rapprochement au « lyrisme nihiliste et sauvage d’un Harry Crews » (on rapproche le film d’un écrivain que pas grand monde ne connaît et on affuble ça du nom pompeux de « lyrisme nihiliste et sauvage ». Comme si, à un certain degré d’extrémité, ce n’était plus de la violence envers les femmes et les « ploucs », mais quelque chose de plus, quelque chose de « lyrique »).
            Cette critique ne questionne pas la violence faite aux femmes pour moi, mais elle empêche de la questionner.

            b) Télérama : « William Friedkin n’y va pas de main morte. Rien à faire du bon goût, de la sensibilité et autres sornettes. La violence, il en a filmé les effets séduisants et détestables tout au long de films à succès légèrement démodés (…). En bon moraliste — tous les Américains le sont peu ou prou —, les progrès du Mal en l’homme l’ont toujours fasciné, parce que, dit-il, « c’est une lutte constante pour nos anges de gagner la bataille ». Chez lui, ils la perdent souvent… ».

            On retrouve ici la même logique que chez Libé dans la mesure où, du fait de son caractère extrême, la violence n’est pas questionnée. La preuve que ce critique n’analyse pas la violence sexiste et classiste de manière politique est qu’il l’oppose juste au « bon goût, à « la sensibilité et autres sornettes ». Ces expression font écho à la critique des Cahiers du Cinéma que j’ai citée, et qui dit que Friedkin « brise les tabous ». Pour moi, ce genre d’expression dépolitisent totalement la question de la violence. On ne se demande plus quelle violence concrète est représentée (violence de qui, sur qui, pour qui et pour quoi), mais on oppose juste une représentation de la violence aux « tabous »,  » au bon goût », à la « sensibilité et autres sornettes », et du coup on fait même de cette représentation de la violence un acte subversif ! (puisqu’il est contre les « tabous », « le bon goût » (expression qui a ici une connotation péjorative) et « autres sornettes »).
            A quoi s’ajoute l’abstraction du vocabulaire : « les progrès du Mal en l’homme l’ont toujours fasciné ». Bien évidemment, il ne s’agit pas ici de l’homme en tant qu’individu masculin, mais de l’humanité (cf. le personnage de la belle-mère). Donc la critique n’analyse pas politiquement la violence à l’oeuvre dans ce film, elle le ramène à une espèce de métaphysique du Bien et du Mal, et des progrès de ce dernier en l’humanité. Encore une fois, aucun rapport de domination ici, aucune analyse socio-politique, juste des abstractions qui n’ont pour seule fonction que d’empêcher de poser le problème politiquement et concrètement.

            c) Le Monde (là il faut citer en remontant un peu plus haut que vous ne le faites pour ne pas faire de contresens)
            « Ce geste iconoclaste [casser la télévision, source de tous les maux] résume, pour ses contempteurs comme pour ses adorateurs, le cinéma de Friedkin. Les premiers ne voient, chez le réalisateur de L’Exorciste, qu’ultraviolence gratuite et amorale, purgeant, avec un mépris ironique, une humanité réduite à ses plus vils archétypes. Dans le calvaire enduré par les personnages féminins de Killer Joe, rattachés aux représentations les plus archaïques de leur sexe (vierge, mère et prostituée), ceux-là trouveront, n’en doutons pas, matière à conforter leur dédain. Les seconds, au contraire, saluent l’auteur de La Chasse comme un pape de la course-poursuite, un démiurge de l’adaptation littéraire, un ange de l’ambiguïté. Tiré d’une pièce de Tracy Letts, Killer Joe et ses chassés-croisés pétaradants leur donnera le même type de satisfaction qui convulse le Malin à l’approche de sa cible. Un plaisir mêlé d’effroi, qui tire sa légitimité d’un pari aussi problématique qu’admirable lorsqu’il est, comme ici, tenu : pour exorciser le Mal, il ne suffit pas de dévisager le diable, il faut encore adopter son regard et, après en avoir saisi les leurres, se crever les yeux. »

            Je n’avais pas citée cette critique car elle est à mon avis encore plus retorse que les autres. En effet, le critique commence ici par distinguer les « contempteurs » et les « adorateurs » de Firedkin, comme s’il se posait lui-même dans une position d’objectivité entre les deux (« les premiers ne voient… », « les seconds, au contraire, saluent… »).
            Mais le critique est loin de ne pas prendre parti. On comprend en effet très vite qu’il fait plus partie des « adorateurs » et qu’il va ici décrédibiliser les « contempteurs ». C’est le sens de sa conclusion :  » ceux-là [les gens qui critiquent Friedkin] trouveront, n’en doutons pas, matière à conforter leur dédain ». En gros, les contempteurs de Friedkin sont des esprits étroits qui « dédaignent » le cinéaste parce qu’ils n’en voit pas la grandeur. Cela se confirme quand le critique passe à l’avis des « adorateurs » (dont il fait visiblement partie), puisqu’il déclare explicitement que le « plaisir mêlé d’effroi » produit par le film « tire sa LEGITIMITE d’un pari aussi problématique qu’ADMIRABLE » : en gros, on pressent que cette violence peut-être critiquable (« problématique »), mais on s’empresse d’affirmer que le fait de « tenir le pari » (de la violence extrême j’imagine) rend le projet « admirable ». Pour couronner le tout, le critique finit par une phrase lyrique qui donne une dimension métaphysique au film : « pour exorciser le Mal, il ne suffit pas de dévisager le diable, il faut encore adopter son regard et, après en avoir saisi les leurres, se crever les yeux » (au passage, on retrouve le fameux « Mal » avec une majuscule).

            En critiquant par avance les « contempteurs » de Friedkin, ce critique (masculin) est dans le même esprit que cet autre critique (masculin) du magazine Première (que je n’avais pas cité), qui dit : « On entend déjà les moralistes de tout poil crier au scandale devant ce film, etc. ». Les gens qui oseraient critiquer le grand Friedkin ne seraient que des vulgaires petits moralisateurs à l’esprit étroit.

            Donc, pour moi, aucune des critiques que vous citez ne questionne « les thèmes de la théâtralisation et de la violence faite aux femmes » comme vous dites. Bien au contraire.

            En ce qui concerne vos autre objections;
            « Vous avez fait le choix de sélectionner 3 critiques parmi la vingtaine disponible sur allociné, par exemple. Vous ne précisez pas les raison de ce choix particulier qui pèse beaucoup sur votre interprétation, notamment dans sa dimension sociale. »
            J’avais choisi ces trois critiques (Libé, Télérama et les Cahiers du Cinéma), car elles font partie des plus prestigieuses. Si j’avais pris Première et Ciné Live, des élitistes auraient pu me dire « ouais mais ça c’est parce que ce sont des magazines populaires ». Alors que, comme je l’ai dit, la même in-conscience politique se retrouve partout (et est même pire dans certaines critiques que je n’avais pas citées, comme Le Monde ou Première).

            Voilà pour ce qu’il en est des critiques. Je m’arrête là car ça commence à faire gros, mais j’ai l’impression que c’est clair non ?

        • Bonjour,
          Merci pour vos réponses argumentées. Je réponds en priorité aux points sur lesquels nous semblons être en désaccord.
          Et je réponds d’abord seulement à Nico (par manque de temps) (je réponds à Bloch dès que possible)

          @ Nico

          « Là où on ne va pas être d’accord, c’est qu’à mes yeux, le film n’a pas à proposer une explication ni une solution. En voyant ce genre de film, je repense à certaines interprétations de la tragédie : un genre qui place l’humain face à son malheur sans lui donner le moyen d’y échapper. Killer Joe a quelque chose de tragique, parce que les personnages se sont enfermés dans une situation. »
          Oui c’est peut-être une des choses qui me dérange dans le film, le fait qu’il « place l’humain face à son malheur sans lui donner le moyen d’y échapper ». Mais après je ne pense pas que la phrase soit exacte pour parler de Killer Joe. Je dirais plutôt : le fait qu’il place le « plouc » face à son malheur sans lui donner le moyen d’y échapper. Parce qu’en se plaçant au niveau de l' »humanité » comme vous le faites, on s’éloigne à mon avis du sens du film en partant un peu trop dans l’abstraction, et en faisant abstraction du rapport de classe qui le sous-tend de part en part.
          En plus, comme vous le dites, ce sont les personnages eux-mêmes qui se sont enfermés dans cette situation. Donc pour le résumer un peu plus brutalement, je dirais que ça raconte la tragédie de ces ploucs qui étaient tellement abrutis qu’ils se sont enfermés eux-même dans le malheur sans pouvoir en réchapper.
          Personnellement, ce genre de propos me gène 1/ pour l’aspect classiste (ces ploucs sont vraiment trop débiles et sont les seuls responsables de la merde dans laquelle ils nagent) et 2/ pour son côté tragédie inéluctable (parce que pour moi il n’y a rien d’inéluctable dans ce que les humains ont créé (ici la misère d’une certaine classe). Parce que pour moi, tout ce qu’on a fait, on peut le défaire.

          « Bref, dans le cas de Joe la violence me semble être moins un fait social qu’un fait individuel. »
          Oui c’est justement ce qui me gène, le fait d’individualiser la cause de la violence en faisant de Killer Joe un grand malade. Pour moi la violence a une origine sociale. On n’est pas violent par nature. Or le film ne s’intéresse tellement pas aux causes sociales de la violence qu’il met en scène avec tant d’insistance, qu’il tend à la naturaliser à mon avis (les ploucs comme congénitalement violents, qui se tapent dessus avant même que l’histoire avec Killer Joe ne commence d’ailleurs). Et le personnage de Killer Joe est l’expression la plus extrême de cette tendance, puisqu’il est à la fois le plus violent et celui dont la violence est la plus incompréhensible.

          En résumé, et pour caricaturer un peu ma pensée, je me dis que ce qu’on est invité à se dire à la fin de ce film, c’est un truc du genre : « quelle horreur toute cette violence, mais en même temps c’est inévitable, l’humain étant par nature violent ». Et même plus précisément : « oulala quelles horreurs sont capables de s’infliger ces ploucs, mais en même temps ils l’ont bien mérité, c’est de leur faute, et puis on y peut rien parce que de toute façon ils sont congénitalement violents, ou complètement malades » (je caricature vraiment pour bien faire ressortir ce qui me gène là dedans d’un point de vue politique)

          PS : par le terme de « bourgeois » (qui je vous l’accorde est assez vague, mais j’arrive pas à trouver d’autre mot), je désigne juste la classe des gens qui se distingue des « ouvriers » ou des « prolétaires, ou des « pauvres », en ce qu’ils sont beaucoup plus avantagés au niveau de leur capital culturel et/ou économique. Aux Etats-Unis, on dirait peut-être « upper class » et « middle class », en opposition avec la « lower class » (je ne sais pas quels sont les équivalents en français, peut-être « classe supérieure » et « classe moyenne », en opposition à « classe ouvrière »). Vous voyez à peu près de quel classe de gens je veux parler (malgré l’imprécision, qui me semble assez inévitable à ce niveau de généralité)?

          • Merci pour votre réponse sur la première partie de mes objections. Ce que vous dites est juste, pour les critiques que j’ai citées plus haut, mis à part pour Le Monde, mais c’est parce que vous semblez adjoindre une connotation positive au terme « adorateur ». Certes le journaliste n’est pas objectif, puisqu’il a aimé le film, mais il me semble quand même qu’il ouvre la place à un large spectre de réactions mitigées entre le mépris et l’adoration…

            J’ai sans doute été inconséquent en vous attaquant sur la forme, dans mon deuxième message je songeais surtout aux critiques négatives que vous auriez pu ajouter. Ceci dit, après leur lecture, je veux bien vous accorder un point, c’est que même celles-ci ne s’interrogent sur la violence qu’en termes esthétiques (c’est cela que vous appelez « métaphysique » ou « abstraction du vocabulaire », à mon avis). Les extraits qui montraient pour moi cette réflexion étaient a) « Assumant le risque de théâtraliser parfois à outrance(…) ». b) »La violence, il en a filmé les effets séduisants et détestables (…) » et c)la partie que vous citez. Le fait qu’il renvoie dos à dos les « contempteurs » et les « adorateurs » ne signifie pas que les arguments avancés par les premiers sont faux, d’ailleurs s’ils font partie de la lecture du critique c’est qu’il a jugé pertinent de les y mettre.

            Je suis tout à fait d’accord avec vous que la violence n’est pas interrogée dans la presse sur le plan politique, comme j’ai pu le croire en partie au moment où j’écrivais cette objection. La question est donc de savoir si c’est le rôle du critique que de livrer son interprétation politique du film. A priori, on pourrait répondre que oui puisque l’expérience du spectateur passe aussi par ce plan de signifiance. Sauf que l’interprétation esthétique est affaire de sensibilité, de familiarité avec les codes du cinéma et de subjectivité (même s’il existe aussi des écoles). Elle permet donc à la fois une rédaction libre et une multiplicité de réactions (Et sur ce plan là, une étude des autres critiques aurait été intéressante). Mais l’interprétation politique, elle, d’autant qu’elle repose forcément sur la subjectivité et les choix parfois contradictoires de quelqu’un d’autre (c’est un film de cinéma qui doit être interprété), a tendance à cliver, à être généralisante et englobante. Difficile donc, d’inclure les deux dimensions sans « forcer » l’interprétation du spectateur.

            Je ne nie pas, comme écrit plus haut, que les critiques de cinéma forment une « communauté sociale » en relation privilégiée avec les cinéastes et les acteurs/actrices et que cela influence leurs lectures, mais je ne comprends pas le rôle exact que vous leur accordez dans votre démonstration.

          • Je ne comprends pas bien ce qui vous gène dans le fait d’intégrer des considérations politiques à la critique cinématographique (dans le paragraphe qui finit par « Difficile donc, d’inclure les deux dimensions sans « forcer » l’interprétation du spectateur »). Comme vous le dites, que la critique soit politique ou esthétique, elle est de toute façon subjective. Du coup quel est le problème ? Pourquoi est-il « difficile » pour vous d’articuler esthétique et politique ? Faire une critique politique d’un film ne « force » pas plus l’interprétation des lecteurs/trices qu’une critique esthétique pour moi.

            J’ai l’impression que le problème n’est pas intrinsèque à la critique cinématographique, mais juste le produit d’une looooongue tradition cinéphilique française qui remonte à Delluc et ses copains, et qui a été reprise par les Cahiers du cinéma dans les années 50 (avec les Godard, Truffaut, Rohmer & co), tradition qui est avant tout auteuriste et esthétisante (cf. http://lmsi.net/Gender-Studies-et-etudes-filmiques,463). Cette tendance est encore bien prégnante aujourd’hui à mon avis en France, ce qui est flagrant lorsqu’on compare la critique française et la recherche universitaire française à ce qui se fait aux EU ou en Angleterre.

            Et pour votre question concernant la « communauté sociale » formée par les critiques français-es, le problème pour moi n’est pas tant qu’illes soient dans une « relation privilégiée avec les cinéastes et les acteurs/actrices », mais plutôt qu’illes soient dans leur immense majorité des hommes blancs bourgeois hétéro.

            En effet, ce n’est pas un hasard si la mise en évidence de la dimension politique des oeuvres vient souvent des dominé-e-s (les femmes et les gays & lesbiennes par exemple qui sont à l’origine des gender studies et des gays & lesbian studies, ou encore les chercheurs ou chercheuses issu-e-s de milieu populaire qui travaillent sur les questions de rapports de classe (comme Richard Hoggart, un des fondateurs des cultural studies, ou encore en France des gens comme Pierre Bourdieu ou Didier Eribon). C’est plus facile de voir et d’analyser une domination quand on la subit (ou qu’on l’a déjà subie) que quand on l’exerce.

            Du coup, le fait que les critiques français-es soient dans leur immense majorité des dominant-e-s sur tous les plans (hommes, bourgeois, hétéro, blancs) ne favorise pas à mon avis la lucidité politique, c’est tout. Après tout, il n’est pas dans leur intérêt de sexe, de classe, de « race », d’espèce, (etc.) de dénoncer ces oppressions, et même de les voir. Vous voyez ce que je veux dire ?

          • (Je n’arrive pas à répondre sous votre précédent commentaire. Je vais donc le faire rapidement ici, en espérant qu’il soit posté au bon endroit.)

            Je pense qu’une critique sérieuse de film mais aussi de tout objet culturel doit se faire selon les deux dimensions (Je pense l’avoir montré plus haut). C’est plutôt sur le sérieux des critiques eux-mêmes que j’ai des doutes. La focalisation sur l’aspect esthétique est bien le produit d’une construction comme le montre l’article (qui est vraiment intéressant et nuancé, au passage, et apporte un début de réponse à mes interrogations sur l’optique qui est employée ici), et comme le dit très bien l’auteure, c’est dans le champ de la recherche qu’est apparue la préoccupation genrée.

            Il me semble intéressant que Geneviève Sellier appelle la critique à « prendre acte de la nouvelle donne culturelle » en 2005 (ce qui correspond aussi au développement de l’histoire culturelle en France, qui est aussi une source d’études françaises sur le genre) et qu’on ait l’impression en 2013 que la critique est plus que jamais crispée sur son fond de commerce sur-esthétisant. Antoine de Baecque (ancien des Cahiers…, mais personne n’est parfait) montre aussi dans « L’histoire-caméra » que l’histoire du cinéma s’est construite dans le champ académique en concurrence et souvent en opposition aux « cinéphiles », qui avaient quelques décennies d’avance…

            Dès lors, l’imperméabilité des critiques à la question des genres mais aussi (souvent) leur difficulté à questionner les représentations peut aussi s’expliquer par l’origine académique des gender (qui font elles aussi l’objet d’une adaptation à des travaux en France depuis 2005). Cette dimension n’est pas incompatible avec la dimension genrée (la description sociale que vous en donnez est probablement exacte). A mon sens, elle explique aussi pourquoi les critiques femmes jouent aussi le jeu de l’esthétisme et du synopsis (voir par exemple certaines critiques de Elle ou de programmes télé) avant tout. Le métier de critique a lui même pas mal évolué depuis le temps où ils étaient la « parole autorisée » ès cinéma. La facilité d’échange que procure internet a libéré la parole sur le cinéma et (mais là c’est purement subjectif) les a (un peu) transformés en vendeurs de cinéma (marchands de soupe?). C’était l’idée que j’ai (mal) traduite en disant que leurs but n’est pas tant de faire germer une analyse politique du film, qui serait clivante(« forcer »)et découragerait donc une partie des spectateurs, que de leur dire si c’est beau, fort et de les pousser à y aller. Je ne pensais pas défendre les critiques (je pense qu’il leurs arrivent, au Monde par exemple de produire des papiers assez éclairant sur certaines dimensions d’un film), mais je crois que vous chargez un peu trop leur barque (moins dans votre dernière réponse que dans l’article, néanmoins).

            En fait il est plus facile de vendre Gran Torino (par exemple) comme une apothéose de Clint Eastwood, mythe américain que comme « un film probablement un peu raciste, enfin on dirait mais… ». Analyser la dimension politique de quelque chose contraint souvent à prendre parti et à devenir caricatural (C’est, mais je me répète, la critique que je fais à certains des articles de ce site et celui qui a été fait, selon l’article que vous m’avez fait lire aux premières histoires genrées du cinéma).

    • Le rire nerveux, je l’ai eu en regardant « l’exorciste » du même réalisateur, semble t’il. Et je suis bien d’accord avec la dernière partie de votre commentaire, ce genre de ville, de personnes existe. Et le texas est à peine évolué.

  2. C’est l’éternel histoire du viol comme divertissement.
    http://lesaventuresdeuterpe.blogspot.de/2011/02/le-viol-comme-divertissement.html

    Apparemment c’est le nec plus ultra du divertissement masculiniste.

    • masculiniste /mas.ky.li.nist/ masculin et féminin identiques

      Partisan du retour du pouvoir pour les hommes.

      Première définition que je trouve du terme en surfant rapidement.

      En me basant dessus (et c’est donc peu être un erreur hein ?), vous associez donc prise de pouvoir et viol ? Fascinant ce raccourci …

      Donc si pour l’homme la domination passe par le viol vous devez avoir une image fabuleusement positive de l’homme en général.

  3. (Je replace mon com’ au bon endroit 🙂

    En fait, l’idée de ce film n’est pas neuve. Elle évoque le fameux « Affreux, sales et méchants » d’Ettore Scola (1976) où on voit d’ailleurs aussi un viol mais sans violence (un type profite du sommeil d’une femme pour la pénétrer sans lui demander son avis).
    Le film se veut à la fois glauque et drôle également sur le mode macho. L’action se passe dans un bidonville.
    Mais ici on va plus loin car entre temps le porno sadique est passé par là.

    • Euterpe

      « Au lieu de survoler en vitesse des définitions, lisez-les lentement et attentivement et prenez-le temps de réfléchir. Cela vous évitera de dire des sottises. »

      Ouha !!! quel commentaire éclairé et éclairant !!!

      Dire une sottise pour moi n’est pas grave. Bizarrement c’est la personne qui la relève et qui ne daigne pas descendre de sa hauteur pour l’expliquer qui est à stigmatiser.

      Maintenant si vous vous considérez comme si supérieur(e) que simplement expliquer votre point de vue semble abject, alors votre point de vue me semble bien biaisez.

      • Dites-donc ce ne serait pas plutôt vous qui venez donner des lecons aux gens ? Il ne faudrait pas inverser les rôles !

        Si vous « surfé rapidement » sur un sujet qui vous est apparemment complètement inconnu et donc demande un peu de temps et de réflexion pour être cerné et que vous copiez/collez vite fait la première définition qui vous tombe sous la main et qui vous semble être susceptible de coincer quelqu’un.e ici, histoire de traiter les gens de gros.ses nullos.ses c’est une peu gonflé, non ?

        • Euterpe,

          Vous poser un terme, j’en cherche une définition, je joins aussi cette définition. Je note que le rapport entre la définition des deux termes me semble bien opposé et, etant taquin, j’en tire un commentaire peu être un peu trop cinglant.

          Merci de me définir ou je donne des leçons.

          D’après le ton de votre réponse vous semblez penser que ma définition est fausse.

          Pensez vous que m’expliquer votre point de vue permettrait une moins bonne compréhension ?

          maintenant je peux comprendre que vous souhaitiez pas m’expliquer votre point de vue, en effet je pourrais peu être mieux vous comprendre.

    • Euterpe,

      « En fait, l’idée de ce film n’est pas neuve. Elle évoque le fameux « Affreux, sales et méchants » d’Ettore Scola (1976) où on voit d’ailleurs aussi un viol mais sans violence (un type profite du sommeil d’une femme pour la pénétrer sans lui demander son avis).
      Le film se veut à la fois glauque et drôle également sur le mode macho. L’action se passe dans un bidonville.
      Mais ici on va plus loin car entre temps le porno sadique est passé par là. »

      Pour rebondir sur ce commentaire.

      Le terme viol sans violence me fait légèrement bondir mais bon passons.

      Le macho, se sent supérieur de par son sexe (genre et non pas attribut) à la femme. Par défaut je ne voit pas en quoi un macho puisse trouver drôle le concept du viol.

      Personnellement je ne me sent pas macho ( mais étant un homme mon avis est peu être biaisé) et toute forme de sexe non consenti et désiré me révulse. Ce film « Killer Joe » de part cette forme d’esclavagisme sexuel ET viol me révulse donc au plus haut point.
      Je range ce film dans la catégorie diarrhée mentale pour désaxé.

      Je suis un fervent adepte de l’humour noir mais alors là …. Non vraiment j’ai du mal à imaginer ces scènes du film comme drôle.

      La pseudo-justification de ces scènes dans le film ( nan mais en fait ils reproduisent ce qu’ils voient à la télé) me parait tellement pitoyable que je ne suis même pas sure qu’elle mérite un quelconque commentaire

      • Je ne pense pas qu’eutrepe veuille dire qu’un viol n’est pas toujours une violence, je pense qu’elle veut distinguer le fait qu’on puisse violer par surprise sans avoir usage de la force physique ou de la menace. Ici par exemple en profitant du sommeil de quelqu’unes.

        J’aime aussi l’humour noir bien que comme vous je mette des limites à ce que je puisse trouver drôle. Il y a des gens qui m’ont conseiller ce film en me disant qu’illes l’ont trouvé drôle. C’est donc qu’il est possible de le prendre comme cela. Je n’ai pas envi de le voir il me fait pensé à l’affiche 7psychopthes qui ornait le métro de ma ville le mois dernier. C’est pas que les films veuillent être exemplaire c’est qu’ils enfoncent des stéréotypes dans la tête de gens qui semblent déjà en partager beaucoup. Ici par exemple que les familles déviantes seraient une spécialité des classes pauvres et rurales, alors que ce type de comportement se retrouve dans toutes les classes sociales.

        • Meg

          Ok pour cette explication de viol sans violence.

          Si vous arriver a obtenir la justification du drôle de la scène, ça va vraiment m’intéresser. Parce que là pour moi c’est le blanc total

          • C’est pas des gens que je voie souvent, mais je poserait la question quant je les verrait. Je pense que la maniéré dont ces gens s’identifie ou pas aux personnages peut être un facteur. Par exemple Paul désigne le fait que les personnages caricature la pauvreté rurale ce fait peu suffir a ce que ce public se sente à l’extérieur, pas concerné par ce que peuvent faire ( ou imagine ce que peuvent faire des paysans texans) leur permet d’avoir cette distance qui leur autorise de rire. C’est une hypothèse bien sur, je ne sais pas ce qui se passe dans la tête des autres (sans parler de la mienne).

          • Meg,

            je ne pense pas alors que se soit le but des producteurs ou réalisateurs. Sinon il y aurait certainement plus de décalage avec la réalité pour que nous puissions nous dire ( non mais ce sont des débiles, c’est de l’humour tout ca) D’une manière, meme si c’est joué avec les pieds, les personnages me semblent trop ancrés dans le réel.

            Je renouvelle un vif intéret si vous obtenez l’info

  4. c’est pas compliqué. Pour plein de gens violer une « bonne femme » qui est « pas gentille » (« énervante », « grosse », « folle », que sais-je) c’est bien fait, donc drôle.

    S’il n’y avait pas de sexisme, ce serait plié.

    Il y a un temps pas si lointain où pendre un Noir amusait des gens.

    Alors quoi d’extraordinaire.

    • Euterpe,

      Tient une remarque qui fait avancer les débat ! 🙂

      Vous avez raison ( oui je reste au vouvoiement)

      En effet sexisme et racisme on une origine trèèèèèèèèèèès comunne.

      Par contre votre deuxième assertion est fausse.

      Une minorité de gens trouvaient les lynchage des populations afro-américaines drôles ( je suppose que vous parler des lynchage aux USA du KKK et autres).

      Une minorité (des psychopathes qui trouvaient ici un exutoire à leur haine) trouvaient ça drôle, une majorité des dit-racistes n’avaient pas de réels sentiments par rapport au lynchage voire les « regrettaient » …. en privé par peur du rejet social.

      Si cet élément vous a échappé( car mal représenté dans les films source de culture sic) je peux vous conseiller quelques ouvrages qui présentent la psychologie de l’époque ( écrit aussi bien par des « anglos » que par des afro-américains) de manière très juste.

      Pour clore la parabole, il semble logique de penser que peu de personnes puissent prouver un viol drôle.

      Quoi d’extraordinaire ? Et bien déjà que vous pensiez que beaucoup d’hommes puissent trouver ça drôle.

      Soit vous êtes un homme et un internement prolongé s’impose
      Soit vous êtes une femme … Et la je sais quoi vous proposer … Peu être vous isoler dans une société d’amazone ?( sachez apr prévention dans ce cadre que l’abaltion d’au moins un sein se pratiquait dans les sociétés d’amazone)

  5. @ Jérôme
    Si un tel film est possible c’est qu’il y a forcément des gens pour trouver cela drôle.

    Même des femmes.

    Quand à connaître sur le bout des doigts la psychologie des spectateurs/acteurs de pendaison de Noirs, vous avez au moins du y être, n’est-ce pas ?
    Étonnant qu’il y ait alors tant de films anciens, documentaires compris. montrant des gens qui jubilent de voir pendre des Noirs.

    Je ne crois pas que je vais continuer à discuter avec quelqu’un qui prétend au savoir universel histoire de se donner raison.

    Contrairement à Meg, à Nîme, à Paul Rigouste, et les autres, je n’ai ni le temps ni la patience d’éduquer les gens qui ne le sont pas.

  6. Euterpe,

    Vous m’accuser donc d’être un acteur de pendaison, et donc d’avoir « jubiler » devant de tes actes. Sans preuve aucune évidemment.

    N’essayer même plus de vous targuer de pouvoir, sans en avoir la volonté, d’éduquer les gens. N’essayer même plus de faire croire au gens que vous pouvez débattre d’un sujet.
    Vos paroles ne montrent qu’une forme certaine de mépris pour quiconque contre vos arguments, pointe les défauts de votre argumentaire. Rassurez vous ! Votre comportement n’est pas rare.
    Tout système dictatorial, oppressif, n’a pu voir le jours que grâce a des gens de votre trempe. Accuser sans preuve des personnes qui ne sont pas de votre avis des pires atrocités par rapport aux critères de l’époque, a permis a la Gestapo, à la Seguridad ou au KGB d’emprisonner des gens pour éviter toute opposition politique.

    Ce site est basé sur les débats politiques; qu’y faites vous ?

    Je vous conseille plutôt de vous tourner vers des sites extrémistes. Dès sites qui ne tolèrent aucune question, aucune interrogation. Des sites qui permettront à votre extrémisme latent de pouvoir s’épanouir en toute sérénité.

    Par contre évitez scrupuleusement tout site faisant référence au Féminisme. Les termes féminisme et racisme ont la même origine, et votre légèreté a utiliser ces termes et à porter accusation, vous en ferrait bannir.

    Préférer donc vous rassurer dans des sites plus extrémistes. Alors vous pourrez en toute sérénité vociférer, vomir votre haine de la différence. Insulter et calomnier.

    Et enfin voir apparaitre votre possible vrai nature. Celle du rejet et de la haine.

  7. @meg
     » Je n’ai pas envi de le voir il me fait pensé à l’affiche 7psychopthes qui ornait le métro de ma ville le mois dernier. »
    J’ai moi même été choquée par cette affiche. Pour voir de quoi il en retournait j’ai donc vu ce film.
    La phrase mise en cause « AU CINÉMA ON NE TUE PAS LES ANIMAUX, SEULEMENT LES FEMMES. » est prononcée par le scénariste en panne d’inspiration, elle n’est pas le reflet de sa pensée mais apparait comme un dogme du cinéma hollywoodien.
    Les rôles mineurs accordés aux femmes dans ce cinéma sont d’ailleurs remis en cause par l’un des psychopathes qui fait remarqué au scénariste que toutes les femmes qu’il côtoie savent penser par elles même et formuler des idées. Quand le scénariste lui fait lire son script, il en change la fin pour faire de la prostitué (qu’il rhabille au passage) un être agissant plutôt qu’un objet de désir subissant.
    Ce film n’est pas féministe, les personnages féminins brillent par leur absence (mis à part les rôles de victimes bien évidement…) mais on y trouve une amorce de critique de ce système.

    @Jérôme
    « D’après le ton de votre réponse vous semblez penser que ma définition est fausse. »
    Euterpe ne vous dit pas que votre définition est fausse mais que ce sujet mérite d’être plus que survolée.
    Le masculinisme est un mouvement qui prône le retour au patriarcat pur et dur. il souhaite revenir à une époque où l’homme avait tout pouvoir sur les femmes et les enfants et, ne vous en déplaise, le viol, la menace de viol et les mythes qui l’entoure sont un des moyens pour ses hommes de maintenir leur emprise sur les femmes (en les maintenant dans la peur, en restreignant leurs liberté de mouvement, en les obligeant à se mettre sous la protection d’un homme ,père puis mari) et donc d’assoir leur pouvoir.

  8. Newt,

    « que vous copiez/collez vite fait la première définition qui vous tombe sous la main et qui vous semble être susceptible de coincer quelqu’un.e ici »

    Et bien j’ai beau relire la réponse, bien que Euterpe ne soit pas claire, c’est pour moi la seule interprétation lisible.
    En effet une première définition qui tombe sous la main, sous entend que c’est n’est pas le meilleure, au moins, et d’autant plus que pour elle cette définition est choisie pour bloquer.

    Merci de me détailler votre vision du masculinisme.
    Si je la comprend je n’y adhère pas dans ses conclusions :

    « Le masculinisme est un mouvement qui prône le retour au patriarcat pur et dur. il souhaite revenir à une époque où l’homme avait tout pouvoir sur les femmes et les enfants »

    Vrai, hélas mais vrai.

    « le viol, la menace de viol et les mythes qui l’entoure sont un des moyens pour ses hommes de maintenir leur emprise sur les femmes »

    Si vous relisez les propos d’Euterpe

     »

    C’est l’éternel histoire du viol comme divertissement.
    http://lesaventuresdeuterpe.blogspot.de/2011/02/le-viol-comme-divertissement.html

    Apparemment c’est le nec plus ultra du divertissement masculiniste.
     »

    Citons deux passages de ce site donc:

    « le viol …est devenu un ingrédient incontournable de l’entertainment de masse. »

    « Le viol est particulièrement artistique (comme le patinage). Il faut le savoir. …
    Depuis les années 1970, au nom de la sacro-sainte « création libre » qui règne d’ailleurs également dans le monde de la pornographie et de la pub »

    Euterpe ne n’y parle pas du coté oppressif qu’il peut exercer. Mais d’une vague qui pousse le viol comme un élément vendeur et « essentiel » d’un bon film.

    Notons de plus qu’Euterpe elle même n’a pas souhaiter me répondre sur ce propos, sa passion du lynchage prend le pas sur sa possibilité de répondre.

    Pour revenir au viol comme méthode oppressive.

    Je trouve votre propos exagéré, de mon point de vue. Merci donc de me donner votre vision à la lumière de mon propos.

    Si un mouvement (ici le masculinisme) prône le viol. C’est donc une « punition » assumée par ce mouvement.
    C’est là que le bas blesse pour moi. En lisant votre réponse j’ai l’impression que le viol est acceptable comme technique de soumission par l’ensemble de ce mouvement.

    Est ce bien votre propos?

    c’est en tout qu’à le propos d’Euterpe :

    « Pour plein de gens violer une « bonne femme » qui est « pas gentille » (« énervante », « grosse », « folle », que sais-je) c’est bien fait »

    Dernier point ….

    Citation d’ Euterpe :

    « Quand à connaître sur le bout des doigts la psychologie des spectateurs/acteurs de pendaison de Noirs, vous avez au moins du y être, n’est-ce pas ? »

    Suis je vraiment le seul a trouver ce propos choquant ?

    • « Et bien j’ai beau relire la réponse, bien que Euterpe ne soit pas claire, c’est pour moi la seule interprétation lisible.
      En effet une première définition qui tombe sous la main, sous entend que c’est n’est pas le meilleure, au moins, et d’autant plus que pour elle cette définition est choisie pour bloquer. »

      Pour moi cette phrase signifie juste ce que je vous ai dit plus haut, elle ne vous reproche pas de dire n’importe quoi mais de survoler (prendre la première def qui vous tombe sous la main = choix rapide) un sujet qui mérite d’être approfondi.

      « Si un mouvement (ici le masculinisme) prône le viol. C’est donc une « punition » assumée par ce mouvement.
      C’est là que le bas blesse pour moi. En lisant votre réponse j’ai l’impression que le viol est acceptable comme technique de soumission par l’ensemble de ce mouvement. »

      Les masculinistes ne prônent pas le viol comme punition, ils préfèrent avancer cachés derrière l’image de gentils papas privés par d’horribles mamans de la compagnie de leur enfant comme les deux hommes récemment perchés sur une grue.
      Richard Gardner, théoricien du SAP (syndrome d’aliénation parentale) énonce que la pédophilie serait un moyen de faire apparaître les pulsions sexuelles chez l’enfant de manière précoce, ce qui serait une pratique positive dans le cadre de la survie de l’espèce humaine, ce qui a pour effet d’effacer l’idée de viol dans la pédophilie pour en faire un acte utile pour l’espèce. Le SAP est aussi très utile pour contrer toute idée de pédophilie (ce n’est pas un viol mais un mensonge de la mère forcement aliénante).

      Comme dit plus haut, les masculinistes soutiennent le patriarcat qui lui s’échinent à déformer l’image des viols pour maintenir la pression faite sur les femmes. On leur apprend que si elles s’écartent des lieux qui leur sont dévolus (la maison) elles risquent le viol (le gentil chaperon rouge traine en chemin, parle à un inconnu et se fait croquer par le loup, seul l’intervention d’un homme la sauve), que les agressions au sein du couple n’existent pas (un homme vient vous embrasser (et même plus dans certaine version de la belle au bois dormant) pendant votre sommeil c’est pas un viol c’est de l’amour, il ouvre votre cercueil (blanche neige) toujours pas d’agression sexuelle mais de l’amour). Il est intéressant de constater que les viols retranscrits dans les médias concernent des joggeuses sorties tôt/tard et jamais les femmes agressées par des parents/proches sur leurs lieux de vie quotidiens alors que cela constituent la majorités des agressions (A ce propos, je vous conseil ce blog http://antisexisme.wordpress.com/2011/12/04/mythes-sur-les-viols-partie-1-quels-sont-ces-mythes-qui-y-adhere/)

      « C’est l’éternel histoire du viol comme divertissement.
      http://lesaventuresdeuterpe.blogspot.de/2011/02/le-viol-comme-divertissement.html

      Apparemment c’est le nec plus ultra du divertissement masculiniste. »

      Pas que des masculinistes puisqu’une majorité de la population adhère aux mythes du viol (forcement un inconnu, avec violence, dans un lieu désert/ victime forcement responsable par sa tenue, son attitude).
      Si le viol n’est pas indispensable à un bon film, il est récurrent dès qu’un des personnages fort est une femme.
      Quelques exemples :
      Alien 3: après avoir terrasser des aliens par centaines, survécu à son 1er équipage quasiment exclusivement masculin et à une troupe entière de militaire bien mieux formés qu’elle, Ripley est sans défense face à 3 ou 4 hommes qui tentent de la violer et ne doit son salut qu’à l’arrivé d’un autre homme.
      Le dernier Tomb Raider: si Lara Croft est passé du statue d’ado normale à super héroïne, c’est parce qu’un groupe d’homme à tenté de la violer (http://cafaitgenre.org/2012/08/18/joystick-apologie-du-viol-et-culture-du-machisme/).
      Walking Dead : dans la BD, Michonne qui a survécu seule pendant plus d’un an dans un monde remplie de zombies est violemment violée par le gouverneur, dans la série télé c’est Maggie qui est agressée et même si le doute plane sur la réalité du viol, il sert à donner une epaisseur plus viril à son petit ami Glenn qui ne pense plus qu’à la (se?) venger.
      Les Accusés : Jodie Foster se comporte comme un homme, elle sort, boit, fume de l’herbe, drague et mérite donc d’être violée en réunion.
      Il existe même un genre entièrement dévolue au viol, le Rape and Revenge où une femme lambda devient tout à coup une puissante guerrière suite à son viol (par ex I Spit On Your Grave).
      Je pourrais continuer la liste sur des pages encore sans avoir à me forcer.
      En conclusion, le viol n’est pas le nec plus ultra du divertissement mais il est un passage obligé pour une grande partie des femmes qui s’y trouvent et je pense que cela contribue à banaliser cet acte et à maintenir l’aliénation des femmes.

      Pour ce qui est de votre différent avec Euterpe, je ne m’en mêlerais pas ni ne jouerais les arbitres, je n’ai pas à m’exprimer à sa place et je sais (pour la lire depuis longtemps) qui si elle a envie de vous répondre elle le ferra très bien toute seule 🙂

      PS : désolée pour le pavé, j’espère ne pas être trop hors sujet 🙂

  9. Un article qui confirme à quel point pour le patriarcat le viol c’est trop la plus grosse des grosses rigolades ! Et explique bien à quoi sert exactement son omnireprésentation :

    http://www.feministes-radicales.org/2013/02/26/rape-joke-quand-les-virils-font-de-lhumour/

    • J’allais mettre ce lien (qui je trouve résume très bien en quoi le viol est perçus comme moyen de divertissement) dans ma réponse à Jérôme.

      HS : merci pour vos récits de femmes perdues dans l’espace-temps, je m’en sert régulièrement pour montrer à ma fille que tout lui est possible et qu’elle ne doit en aucun cas refréner ses envies sous prétexte qu’elle est une fille 🙂

      • Oh, un grand merci à vous, Newt ! J’ai parfois tellement l’impression que ce que je fais n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan… alors voilà qui me va droit au coeur ! 🙂

  10. Très bonne critique qui enfin va plus loin que les éloges faciles données à ce film.

    PS: à propos des commentaires, d’habitude c’est plus sympa mais là il y a carrément une personne qui dans le genre provocation et insultes faciles, ridicules, (KGB blabla) fait très fort. Un peu de maturité bon sang, c’est pas avec des diatribes faussement psychologique et malhonnête qu’on communique avec les autres!

  11. Bon je crois que vous faites partie de ces gens qui aurait pu brûler des comics car trop violents, mais aussi d’avoir la ferme idée que nos jeunes sont violents car le cinéma est violent.

    Ce n’est qu’une histoire qui est racontée.

    Rien à rajouter si ce n’est que j’ai perdu mon temps a allé sur votre site.

    • Vous avez de la chance de savoir ce que les gens pensent sans avoir à leur demander, ça vous évite de perdre votre temps à écouter les opinions et arguments des autres. Et puis comme ça au moins vous êtes sûr-e que personne ne remettra en cause vos idées sur toutes ces questions.

      Après, si vous vous sentez un jour disposé-e à discuter, je serais curieux de savoir ce que vous pensez des représentations véhiculées par les comics et le cinéma. Vous avez l’air de penser que ce ne sont « que des histoires qui sont racontées », donc qu’elles ne peuvent pas être analysées d’un point de vue politique. Ou peut-être aussi que ces représentations n’ont absolument aucun rôle dans la construction par les spectateurs/trices ou lecteurs/trices de leur identité (genrée notamment, puisque vous parlez de la violence), ou dans la manière dont illes élaborent leur vision du monde, des rapports de sexe, de classe, de « race », etc. C’est ça ?

  12. Oulah que de commentaires et surtout de pavé…
    Désolé, pas le courage de tout lire. Je n’ai cependant pas vu mon idée qui est la suivante :
    Killer Joe est en fait ce fameux abruti et psychopathe qui s’est brulé les testicules et la queue par la même occasion.
    C’est pourquoi il fait sucer le cuisse de poulet à Sharla et qu’il est tout content avec sa minette Dotie de 12 ans. Lui sans queue il n’est pas un homme il a donc « 12 ans » aussi et il a encore moins pu la defleurer. D’ailleurs la scène est bizarrement coupée alors qu’on baigne dans le cul et la violence. Dotie elle cherche un amour pur et avec ce gars asexué elle a trouvé son bonheur au point de se croire enceinte !
    Voilà mon résumé de ce film de barge et que j’ai pas mal aimé mais j’aurai aimé une fin un peu plus explicite

  13. Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que Dottie avait 12 ans ? Trouvez-vous qu’elle a l’air d’avoir 12 ans ? L’actrice a assurément la vingtaine.

    Quand elle évoque ses 12 ans, il s’agit de l’âge où elle avait un petit ami à l’école, Joe lui répond « moi aussi » dans un jeu de rôle malsain.

    La dernière image laisse également à penser que Dottie tue Joe.

    Du coup, j’ai tl;dr votre analyse

    • A la 44ème minute à peu près :
      Joe : How old are you now?
      Dottie : 12.

      Qu’est-ce qui vous fait penser qu’elle parle de l’âge où elle avait un petit ami à l’école ? Et en quoi cela changerait quoi que ce soit à mon analyse ?

      Et la dernière image ne laisse rien penser du tout à mon avis. Si Friedkin voulait que son film finisse sur un événement précis, il l’aurait montré. Donc c’est seulement vous qui avez envie de penser que Dottie tue Joe. Et vous avez le droit de penser ce que vous voulez évidemment. Mais en quoi cela change-t-il quoi que ce soit à mon analyse ?

  14. Dottie joue une adolescente, l’age réelle de l’actrice importe peu, il est souvent sans rapport, au max une jeune femme attardée, en tout cas en position d’etre dominée mentalement par le killer joie qui super kiffe sa fraicheur, sa candeur

    sur la fellation, ouai punir la garce, je sais pas, se régaler c’est sur !! car s’il fallait punir, c etait le fameux salopard dont on voit jamais le visage, mais comme l’histoire des tondues de la libération, plus facile de défoncer la femelle, mais j’avoue qu’elle les a bien trahie, on a de la peine pr le jeune mec meme si c une ordure, ca me fait penser à afreux sales et méchants aux states (donc avec des guns ^^)

  15. Whaaa, j’adore 1000 commentaires et personne n’a découvert les deux sens de lecture du film !!!!
    Allez les amis, regardez attentivement le film et surtout la fin, vous comprendrez les deux sens de lecture… et vous vous rendrez compte que vos commentaires n’ont aucun sens. Un indice ? Dottie ne saurait pas tuer Joe ! Parce que …

  16. Bonjour
    En effet, le personnage de Dottie n’a pas 12 ans mais la petite vingtaine, sois l’âge de Juno Temple au moment du tournage. Comme il est dit plus haut dans un commentaire (je ne sais plus lequel), elle répond « 12 ans » parce que Joe initie un jeux de rôle glauque ou il évoque l’âge qu’elle avait lorsqu’elle était amoureuse de Marshall, le « fat kid ».
    Il semblerait que la subtilité du dialogue lors de ce passage ai été mal comprise par pas mal de gens. Friedkin en parle dans cette interview: http://www.avclub.com/article/william-friedkin-talks-ikiller-joei-and-shares-som-83023

  17. Juno n’a pas 12 ans dans le film. Il y a aussi une discussion dans le film entre le fils et le père ou ce dernier à l’air de déplorer le fait qu’elle soit encore vierge. Ce qu’elle n’est d’ailleurs pas comme elle le confie à killer joe lors de son jeu de rôle tout naze.
    Je pense qu’il ne faut pas chercher plus loin qu’une volonté de choquer, ça ne dénonce rien du tout, c’est pas vraiment drôle non plus. Il n’y a pas d’humour noir au contraire de ce qui est dit partout dans la presse (very bad things par exemple est un film plein d’humour noir).
    Je ne comprend pas l’emballement autour de ce film qu’il soit positif ou négatif. C’est un film moyen porté par un jeu d’acteur médiocre. Ça n’a ni queue ni tête, ça ne donne pas envie d’y croire (pour le peu de crédibilité qu’on pourrait donner). Si j’avais su qu’on s’ attarderait 10 mn sur une imbecile en train de sucer un pilon de poulet qu’un autre imbécile lui tends je crois que je n’aurais pas pris la peine de regarder.
    bof bof, quand on a rien à faire d’autre, pourquoi pas.

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