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The Ghost Writer (2010) : Polanski et la critique française

ghost writer

Je ne me concentrerai ici pas tant sur le film lui-même que sur la réception démesurément élogieuse dont il a fait l’objet dans la critique française. Pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène, on peut s’appuyer sur la synthèse que fait le site Allociné des notes attribuées par les différents magazines ou journaux les plus lus de la presse française. The Ghost Writer y obtient la note finale de 4,6/5[1]. Note assez exceptionnelle puisqu’elle propulse le film à la 3ème place ex-aequo des films les mieux notées par la critiques française dans les années 2010 (du moins à la date à laquelle j’écris ces lignes)[2].

Si l’on compare maintenant l’avis de la critique à celui des spectateurs/trices français-es sur le même site, on peut remarquer qu’un écart notable les sépare. En effet, la note moyenne attribuée au film par les internautes qui ont donné leur avis est de 3,7/5 (à la date à laquelle j’écris)[3], ce qui a pour conséquence de faire disparaître The Ghost Writer de la liste des films les mieux notés des années 2010 selon les spectateurs/trices[4]. Cette liste s’arrête en effet au 60ème film, dont la note (4,1/5) peut nous laisser penser que le film de Polanski (avec son 3,7/5) ne fait très probablement pas partie des 100 films des années 2010 les mieux notés par le public.

On a donc ici affaire à un exemple particulièrement frappant du fossé qui sépare bien souvent la critique française des spectateurs/trices « lambda ». En effet,  le fait que l’écart entre la note des critiques (4,6) et celle du public (3,7) puisse sembler relativement faible ne doit pas nous tromper. Comme on peut le constater en parcourant un peu le site, les notes des critiques français sont en moyenne plus basses que les notes données par les internautes. Dans la majorité des cas, la note donnée par les spectateurs/trices sur le site est ainsi supérieure (ou à peu près égale) à celle donnée par les critiques. Avec sa note « critique » supérieure d’un point à sa note « public », The Ghost Writer fait donc plutôt figure d’exception sur le site.

Le but de cet article sera donc d’avancer des hypothèses pour essayer de comprendre pourquoi les critiques français se sont autant emballés devant un film qui n’a visiblement pas enflammé les foules. Comme je vais essayer de le montrer en m’appuyant sur les papiers publiés dans Les Inrocks, Télérama, Les Cahiers du cinéma & Co, ce phénomène est à mon avis assez symptomatique de la posture théorico-politique d’une certaine élite cinéphilique masculine, blanche et bourgeoise, qui continue par ailleurs de jouir tranquillement d’une hégémonie quasi-totale dans la critique française.

Pour ceux/celles qui n’ont pas vu le film ou ne s’en souviennent plus, voici le synopsis qu’en propose Wikipédia[5] : « À Londres, un nègre littéraire (écrivain privé, en anglais ghostwriter ou ghost) à succès est engagé pour terminer les mémoires d’Adam Lang, ancien Premier ministre britannique. Mais dès le début de leur collaboration, le projet semble périlleux car le prédécesseur du nègre de Lang est décédé « accidentellement », probablement après être tombé d’un ferry. Le nègre prend l’avion pour travailler sur le projet, au milieu de l’hiver, dans une maison au bord de l’océan sur l’île de Martha’s Vineyard, située au large des côtes de la Nouvelle-Angleterre. Mais le jour même de son arrivée, un ancien ministre du cabinet Lang accuse celui-ci de complicité de crimes de guerre pour avoir autorisé l’arrestation illégale de terroristes présumés et de les avoir livrés à la CIA qui les aurait soumis à la torture. La controverse ameute des journalistes et des manifestants sur l’île où réside Lang, sa femme Ruth et son assistante (et maîtresse) Amelia. Au cours de son travail, le nègre découvre des indices laissant entendre que son prédécesseur aurait mis au jour la liaison de Lang à la CIA et au complexe militaro-industriel. Le prédécesseur du nègre a en effet été assassiné après avoir rencontré Emmett, un professeur de Harvard, ancien condisciple de Lang, agent de la CIA et conseiller dans un lobby d’armements. Au cours d’un de ses déplacements, Lang est abattu par un manifestant anti-guerre. Ses mémoires finissent par être publiés. Lors du lancement du livre, le nègre comprend que la femme de Lang était en fait un agent de la CIA recruté par Emmett et introduit auprès de son futur mari, ce dernier n’ayant donc eu dans l’histoire que le rôle de marionnette. Au sortir de la réception, le héros est renversé par une voiture. »

Comme un seul homme

Rappelons tout d’abord le contexte, qu’il est à mon avis important d’avoir en tête si l’on veut comprendre pleinement cette réaction quasi-unanime de la presse française. Le 27 septembre 2009 (soit quelques mois avant la sortie française de The Ghost Writer en mars 2010), Polanski est arrêté par la police à Zurich sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis en 2005, pour une affaire de viol qui remonte en fait à 1977 (cela fait plus de 30 ans que le réalisateur fuit la justice états-unienne). Le 29 novembre, il réussira encore une fois à ne pas être extradé vers les Etats-Unis, et obtiendra sa libération conditionnelle contre une caution est une assignation à résidence dans son chalet de Gstaad en Suisse[6]. Pendant les deux mois qui se sont écoulés entre son arrestation et sa libération conditionnelle, Polanski reçut le soutien de nombreuses personnalités du monde politique et artistique, notamment en France.

De manière très prévisible, la critique française (très majoritairement masculine) s’est jointe au chœur des défenseurs de Polanski (eux aussi majoritairement masculins), sur un mode certes moins directement politique, mais dans un esprit et en des termes qui font tout de même étrangement échos aux discours que nous infligèrent pendant des mois les défenseurs décomplexés du cinéaste (cf. les déclarations des Finkielkraut, Costa-Gavras, BHL, ou autre Mitterrand par exemple)[7]. En même temps, rien de bien étonnant là-dedans : lorsqu’un de ses membres les plus éminents est ainsi remis en question publiquement, l’« élite » masculine se dresse comme un seul homme pour voler à son secours et défendre ses privilèges de sexe et de classe.

Ainsi, quelques mois après le début de ce brouhaha médiatique, les critiques autorisés ont profité de la sortie de The Ghost Writer pour amener leur pierre à l’édifice en nous rappelant à quel point Roman Polanski était avant tout un grand artiste. Les allusions au statut d’« artiste » du réalisateur avaient été en effet un leitmotiv assez récurent des discours de ses défenseurs. Souvent, il s’agissait par là de sous-entendre que Polanski était quelqu’un d’exceptionnel et ne pouvait donc pas être traité comme un criminel commun (« cet argument n’est jamais véritablement revendiqué comme tel, car tous jurent leurs Grands Dieux qu’il n’est pas question de lui accorder un traitement de faveur sous prétexte qu’il est talentueux. Et pourtant, cette idée revient constamment ; l’un rappelle sa carrière cinématographique, l’autre la joie qu’il a apportée à des millions de cinéphiles, choqués par le sort réservé à l’artiste »[8]). Finkielkraut (de loin le plus décomplexé avec Costa-Gavras) aiguise dans le même sens l’opposition entre l’artiste maudit qu’est Polanski et le peuple, cette masse hargneuse et déchaînée qui ne rêverait que de pendre le pauvre cinéaste. Il commence ainsi une longue diatribe sur France Inter par ces mots : « Depuis le déclenchement de cette affaire infernale, je vis dans l’épouvante. La France est en proie à une véritable fureur de la persécution, et pas que la France. C’est toute la planète Internet qui est devenue comme une immense foule lyncheuse »[9]. Il ira même jusqu’à affirmer dans la même intervention que c’est parce qu’il est un artiste que le pauvre Polanski est ainsi « persécuté » : « Sa qualité d’artiste n’est pas pour Polanski un privilège, c’est un handicap. C’est parce qu’il est un artiste que les juges mégalomanes américains refusent de lâcher l’affaire, et c’est parce qu’il est un artiste que la foule des internautes se déchaîne contre lui. Dans une société démocratique, l’art est comme un outrage à l’égalité, alors on adore voir les artistes tomber, et c’est exactement ce qui se passe avec Polanski aujourd’hui »[10].

Les critiques français de The Ghost Writer n’iront pas jusque-là. Peut-être parce que la libération conditionnelle de Polanski a déjà été prononcée depuis plusieurs mois, mais aussi surtout parce que le champ de la critique cinématographique est distinct de celui de la politique. Si réaction il y a de la part des critiques français, elle pourra donc ne se faire que dans des termes relevant de leur champ propre. Je vais donc essayer maintenant de montrer en quoi les discours des critiques sur The Ghost Writer font écho, à l’intérieur du champ relativement autonome de la critique, à la posture adopté par ces membres de l’élite masculine que sont les Finkielkraut, BHL, Kouchner, etc.

Avant tout le grand film d’un grand artiste…

D’une manière assez symptomatique, Serge Kaganski et Jean-Baptiste Morain des Inrockuptibles résument ainsi leur propos : « On a beaucoup glosé autour des résonances troublantes entre The Ghost Writer et la situation judiciaire de son auteur. Mais au-delà de ces échos bien réels, il y a d’abord et avant tout un film, magnifique »[11]. On peut voir ici à l’œuvre une double opération (que l’on retrouvera chez d’autres critiques français) consistant à (1) refuser de considérer sérieusement le film de Polanski d’un point de vue politique (comme en témoigne l’usage péjoratif du verbe « gloser », et le fait que l’analyse en reste à l’allusion vague à des « résonances troublantes »), pour (2) se concentrer sur l’œuvre d’art d’un point de vue purement esthétique, ce qui s’accompagnera systématiquement d’une insistance sur le « génie » du « créateur » dans une perspective typiquement auteuriste.

Ainsi, de la même manière que les Inrocks qui nous expliquent que The Ghost Writer est « d’abord et avant tout un film magnifique », Louis Guichard de Télérama nous assure que « The Ghost Writer n’est pas un film politique » mais « plutôt une spéculation romanesque »[12] (nous voilà rassuré-e-s, nous qui soupçonnions tous les films d’être politiques…).

Il est amusant de voir comment ces critiques tentent ainsi de protéger le film de l’irruption de la politique, qui semble jouer ici le rôle de trouble-fête. C’est que la chose est loin d’être aisée. Car s’il est facile de minimiser les « résonances troublantes » entre l’histoire racontée par le film et les démêlés de Polanski avec la justice en arguant que le tournage du film est antérieur à l’arrestation du réalisateur, il faut en même temps arriver à composer avec les allusions directes du film à la politique de Tony Blair. On sent ainsi les critiques dans une position assez inconfortable : à la fois obligés de faire droit à une approche politique du film (tellement celle-ci s’impose), tout en la refusant/caricaturant en dernier lieu puisqu’elle menace entre autres de jouer contre le statut d’exceptionnalité de Polanski l’« artiste » (qui est forcément « au-dessus de tout ça »).

L’article des Cahiers du Cinéma écrit par Jean-Sébastien Chauvin (encore un homme…[13]) me semble assez intéressant dans sa manière de gérer cette irruption un peu trop gênante de la politique dans le domaine sacré de l’art[14]. Dès le début, il refuse la lecture politique en préférant se réfugier dans les hauteurs de l’abstraction, où l’on est effectivement beaucoup plus à l’abri de cette sale réalité qui revient si souvent au galop. Je cite : « Impossible de ne pas songer à Tony Blair et à ses liens troubles avec l’Amérique. Mais le film est bien plus malin qu’une simple entreprise de dénonciation ou d’un savant démontage de la politique anglo-saxonne. Il livre un précis de décomposition de l’Humain, presque uniquement régi par la guerre ». Un « précis de décomposition de l’Humain » (notez l’usage de la majuscule…), voilà qui est tout à coup beaucoup moins concret, et donc beaucoup plus réconfortant que cette satanée politique. Non, Polanski est « bien plus malin » que ça. Et je serais prêt à parier que, dans l’esprit du critique, lui et ses coreligionnaires qui sont les seuls à avoir vu dans le film un « précis de décomposition de l’Humain » se trouvent eux aussi « bien plus malins » que les pauvres hères qui y voient de la politique (au sens concret du terme et sans majuscule…).

Polanski l’auteur

Si The Ghost Writer n’est « pas un film politique », c’est avant tout parce qu’il est le « chef d’œuvre » d’un « génie ». Le but de ce genre de discours est non seulement de soustraire le film aux vicissitudes du réel pour en faire une œuvre d’art à la beauté intemporelle. Mais aussi de réaffirmer l’appartenance de Polanski à la race exceptionnelle des véritables artistes, des créateurs, des « Auteurs ». On retrouve ainsi sans surprise chez beaucoup de critiques la mobilisation de tous les ingrédients idéologiques constituant ce qu’on appelle la « politique des auteurs », qui veut qu’un véritable auteur se distingue de la masse des vulgaires techniciens en ce qu’il possède une « vision personnelle du monde, repérable dans la conjonction d’une thématique propre et d’un style reconnaissable »[15].

Dans la plus grande tradition de l’auteurisme, les critiques nous ressassent ainsi à quel point le film de Polanski est un chef d’œuvre de mise en scène. Louis Guichard pour Télérama : « Invitation à interpréter quantité de signes et d’indices, The Ghost Writer est donc un film de pure mise en scène.Un régal d’ambiguïté, d’ironie trouble, d’angoisse diffuse. Roman Polanski n’a pas volé l’Ours d’argent (de la mise en scène) que le festival de Berlin vient de lui décerner ». Serge Kaganski et Jean-Baptiste Morain des Inrockuptibles considèrent que Polanski « s’acquitte de tous ces objectifs avec un savoir-faire, une inspiration et une élégance assez bluffants. Pas de gras dans cette histoire superbement menée où chaque scène est intéressante, à la fois en elle-même et dans l’économie globale du récit », et concluent que « du premier au dernier plan, The Ghost Writer est un bijou et rejoint illico les meilleurs films de son auteur » (Etc.). Bien évidemment, insister de la sorte sur la mise en scène en faisant abstraction du contenu politique du film n’a pas pour seul but de porter aux nues cet artiste exceptionnel qu’est Polanski, mais aussi de mettre à distance le sens véritable du film en se réfugiant dans des considérations esthétiques et des abstractions.

Dans le même ordre d’idées, les critiques se sont souvent excités sur le décor (en l’occurrence la maison du premier ministre Adam Lang), dans des délires abstraits frôlant très souvent le ridicule. Ainsi on peut lire dans les Inrocks : « Ouvertures et fermetures, horizons ouverts ou bouchés, corridors mystérieux et étages secrets, cette bâtisse sur littoral et plage privée n’est pas seulement un rêve de plaisancier, une folie de designer, mais un véritable objet-cinéma, une machine théorique. Entre ce qui est caché et ce qui est dévoilé au regard, sa dialectique architecturale est parfaitement accordée à un récit où les apparences sont trompeuses et où l’enfoui refait lentement surface, tel le cadavre du début déposé sur le sable par l’océan. Le motif du simulacre qui parcourt la fiction contamine aussi les procédés de mise en scène ». « Objet-cinéma », « machine théorique », « dialectique architecturale » : nous voilà effectivement bien loin des basses considérations politiques qui menaçaient de polluer cette jouissance esthétique que doit probablement ressentir le critique cultivé lorsqu’il se retrouve ainsi dans un face à face solitaire avec le cinéaste de génie…

Comme on l’a dit, un « auteur » se distingue avant tout de la masse des artisans du cinéma en ce qu’il possède une « vision du monde ». On retrouve ainsi de manière récurrente des allusions à une « vision du monde polanskienne » qui traverserait l’œuvre du cinéaste depuis ses débuts. Pour Télérama, The Ghost Writer est « surtout la continuation éclatante de l’œuvre polanskienne, le prolongement d’une vision du monde où le pire paraît peu à peu s’éloigner, comme un mauvais rêve, avant de revenir, soudain, envahir la réalité », un film où se décline « la sensation du piège, absolument transversale à la filmographie de Polanski ». Pour les Inrocks, « Polanski demeure fidèle à son cinéma paranoïaque, à son obsession de l’enfermement et du huis clos ». Les Cahiers du cinéma nous font dans le même esprit des parallèles avec les autres « héros polanskiens » ou les « obsessions qui taraudent Polanski depuis ses débuts ». Etc.

Et au cas où on n’ait pas encore compris que Polanski est bien un auteur avec un grand A, on le compare à tort et à travers à un autre cinéaste depuis longtemps consacré par la critique cinéphilique : Hitchcock. Au point que Le Monde ressent le besoin de nous rappeler que Polanski n’en est pour autant un simple technicien imitant le génie Hitchcock, mais bien lui-aussi un véritable auteur à part entière : « le nom de l’auteur – Roman Polanski – lui donne un piment dont nous aurait privé un simple héritier habile de la technique hitchcockienne »[16].

On l’a compris, Polanski n’est pas un homme comme les autres : c’est un artiste exceptionnel, un « auteur », qui nous livre une fois de plus avec ce film la preuve de son talent. Il serait donc vraiment déplacé de ramener The Ghost Writer à de la vulgaire politique, car celui-ci est comme on l’a vu « d’abord et avant tout un film, magnifique ». Pourtant, certains critiques s’y sont parfois rapidement aventurés (sûrement par la force des choses…). Examinons donc ce qu’ils en ont conclu.

 Et la politique ?

Lorsque les critiques esquissent des approches politiques de The Ghost Writer, c’est soit pour en rester au constat de « résonances troublantes » avec l’affaire Polanski ou d’allusions à la politique de Tony Blair, soit pour en rester à un niveau d’abstraction tel que le sens social et politique du film n’en est pas plus éclairé.

Certains critiques présentent le film comme un pamphlet contre les Etats-Unis sans plus de précision. Par exemple, Libération nous présente l’œuvre de Polanski comme « un film politique qui n’a qu’une charge : l’Amérique – sa vieille ennemie intime ». A en rester là, je me demande si ce genre de remarque ne contribue pas plus à verser encore plus dans l’auteurisme qu’à politiser intelligemment la critique cinématographique. En effet, l’« Auteur » est souvent pensé comme une sorte de « rebelle » qui « critique la société » ou « subvertit tous les conformismes »[17]. Ici, Polanski se dresserait contre les Etats-Unis, comme il se dressera contre « le politiquement correct » ou « la bourgeoisie américaine » dans son film suivant, Carnage, toujours selon les mêmes critiques.

Significativement, la critique la plus « politique » du film (à savoir celle que l’on trouve dans Libération sous la plume de Philippe Azoury[18]) est introduite par un premier paragraphe qui montre déjà ses limites. Comme pour s’excuser de ne pas se livrer comme les autres à une apologie de Polanski l’artiste, le critique commence par entrer en matière un peu à contrecœur : « Deux événements postérieurs au tournage de The Ghost Writer sont venus décider aujourd’hui de sa lecture ». La lecture « politique » du film qui va suivre n’est donc bien qu’une « lecture », qui a été comme imposée par « deux événements postérieurs au tournage », donc sous-entendu étrangers au film. Le critique semble ainsi dire qu’il ne va pas parler en son nom, ni analyser le film lui-même, mais seulement approfondir (presque contre son gré) une lecture que deux événements contingents ont forcé à plaquer sur lui.

Il poursuit : « Le premier est bien entendu l’arrestation (et pour l’heure l’assignation à résidence) de Roman Polanski en Suisse cet automne pour une affaire de mœurs aux Etats-Unis remontant à 1977 et à propos de laquelle il n’y a plus de plainte directe, rappelons-le, mais un mandat d’arrêt émis en 2005 ». On retrouve ici le ton des défenseurs les plus décomplexés du réalisateur (ton que l’on retrouvera au passage deux ans plus tard lors de l’affaire DSK[19]). Roman Polanski a été arrêté en Suisse pour une « affaire de mœurs », ce qui sonne tout de suite plus classe que « affaire de viol » ou « affaire de crime sexuel sur une mineure de 13 ans ». Ou encore, la précision selon laquelle il n’y aurait « plus de plainte directe » à l’encontre de Polanski, mais seulement « un mandat d’arrêt émis en 2005 ». Ok, et alors ? Le fait que la victime ait retiré sa plainte rend-il la nature criminelle du viol caduque ? Que sont censées conclure les milliers d’autres victimes de viol en lisant ça ? Qu’à partir du moment où la victime retire sa plainte le viol cesse s’être un crime et la justice n’a du coup plus rien à voir là-dedans ? Non, un viol n’est pas qu’un acte isolé qui ne concernerait que sa victime, c’est un préjudice porté à la société, et surtout à toutes les femmes de la société. C’est donc la société en tant que telle (et donc la justice, et pas seulement la victime) qui doit condamner le viol. Parce que, comme le dit bien Virginie Despentes dans King Kong Théorie, le viol est un des éléments constitutifs du « devenir femme », qu’on ait été violée ou pas[20].

Enfin, le paragraphe se termine sur un parallèle entre The Ghost Writer et Shutter Island, film de Martin Scorsese sorti au même moment. Un des intérêts de ce rapprochement est évidemment de transférer un peu du prestige de cet auteur « pur » qu’est Scorsese à Polanski, dont l’image de créateur au-dessus de la masse commence un peu à se fissurer, même si Finkielkraut est là pour nous enjoindre à bien « faire des distinctions » et nous rappeler que « Polanski n’est pas le violeur de l’Essonne », ni « un pédophile »[21] (c’était pourtant évident : l’un possède une Palme d’or alors que les autres non…).

Ce parallèle avec Shutter Island facilitera en plus un glissement dans l’interprétation du film de la part du critique, qui cherchera à voir dans The Ghost Writer un « monument de paranoïa ». Or il me semble que pour qu’il y ait paranoïa, il faut que les soupçons émis par le « paranoïaque » soient infirmés. Or c’est tout l’inverse qui se passe ici, puisqu’il y avait bien une machination qui se tramait autour de la figure d’Adam Lang. Le premier ghost writer avait bel et bien été assassiné parce qu’il avait découvert quelque chose de compromettant, à savoir que la femme de l’ex-premier ministre était un agent de la CIA qui tirait les ficelles depuis le début.

Et comme par hasard, on touche là à un aspect politique du film qui est du coup complètement passé sous silence par le critique de Libération (et tous les autres critiques français) : sa misogynie.

La femme

The Ghost Writer nous raconte en effet l’histoire d’un « nègre » (ghost writer en anglais) engagé pour reprendre la biographie d’un ex-premier ministre britannique, Adam Lang. L’affaire commence sous de mauvais auspices, puisque le précédent « nègre » de Lang a été retrouvé mort sur une plage. Très rapidement, l’ex-premier ministre britannique est accusé publiquement de crimes de guerre, assigné à résidence[22], harcelé par une foule hargneuse, et finit par être assassiné par un de ses membres les plus zélés. A la fin du film, le « nègre » finira par découvrir que son prédécesseur a été en fait assassiné parce qu’il avait découvert un secret bien gardé, à savoir que Lang n’était qu’une marionnette manipulée par sa femme, un agent de la CIA. Le héros finira d’ailleurs lui aussi par être tué lorsqu’il démasquera le complot.

Donc en plus d’être centré uniquement sur deux personnages masculins (les rôles de femmes se résumant à ceux de l’épouse, de la maîtresse, et des secrétaires), le film fait preuve d’une profonde misogynie dans son dénouement. Au final, si Adam Lang et ses deux « nègres » sont morts, c’est à cause de cette femme fourbe, qui n’a d’ailleurs pas rechigné à coucher avec le héros pour le séduire lorsque celui-ci commençait à devenir un peu trop menaçant.

Ce qui ressort ainsi au final, c’est que cet homme que l’on traînait dans la boue en l’accusant de criminel de guerre était en fait plus une victime (des manipulations de sa femme) qu’autre chose. Cet homme calomnié, assigné à résidence et objet de la vindicte populaire ne méritait donc pas tout ce dont on l’accablait, puisque la vraie coupable était… la femme.

Significativement, les seules allusions à ce personnage féminin dans la critique française restent précisément des allusions, et qui n’ont pour but que d’en éluder la dimension politique en la renvoyant à des figures classiques de la littérature ou du cinéma (« l’héroïne fourbe du film noir » dans Le Monde, et « Lady Macbeth » dans Les Cahiers du cinéma). Loin d’amorcer une analyse politique des raisons de la misogynie de ce film, ces références cherchent au contraire à en rajouter dans l’affiliation de Polanski à une lignée artistique prestigieuse. Pas de misogynie ici, juste de l’art…

Même si les critiques français n’ont donc pas pris aussi directement la défense de Polanski que l’on fait les Finkielkraut, Mitterrand, Costa-Gavras, BHL, & Co, ils ont néanmoins apporté leur pierre à l’édifice en réagissant en vertu du même esprit de corps, celui de l’élite bourgeoise, masculine et blanche, dont l’un des membres était menacé d’être jugé comme n’importe quel péquin venu (quelle horreur !…).

Insistance sur l’exceptionnalité de l’« auteur », misogynie sous-jacente, défense contre l’intrusion de la politique dans la sphère sacrée de l’art, etc. A l’intérieur de leur champ propre qu’est la critique cinématographique, ces hommes ont ainsi prêté leur voix au chœur des défenseurs de Polanski dans l’esprit élitiste et misogyne qui les caractérise habituellement, mais avec une ardeur assez remarquable, circonstances obligent…[23]

Paul Rigouste


[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Ghost_Writer (j’ai corrigé les incohérences du texte)

[6] Pour ceux/celles qui n’ont pas suivi cette affaire, je vais en rappeler brièvement les grandes lignes en m’appuyant sur l’article de Wikipédia consacré à Polanski (http://fr.wikipedia.org/wiki/Roman_Polanski#Poursuites_judiciaires) :

« Depuis l’année 1977, Roman Polanski est poursuivi pour une affaire de crime sexuel sur une mineure de 13 ans. L’adolescente a déclaré avoir subi un viol sous l’emprise de l’alcool et de drogue. La victime, Samantha Geimer (née Gailey), a été sélectionnée pour une séance photos commandée par l’édition française du magazine Vogue. Durant la séance, aux abords de la propriété californienne de Jack Nicholson, Roman Polanski lui a fait ingérer du champagne et lui a administré un sédatif, le méthaqualone, avant de la contraindre à un rapport anal. Polanski est alors incarcéré 47 jours pour passer des expertises psychiatriques, puis il est libéré sous caution. Il a plaidé coupable pour rapports sexuels illégaux avec un mineur en échange de l’abandon des charges plus graves de viol, de sodomie et de fourniture d’alcool et de drogue à mineur, en accord avec le juge. Mais avant l’audience devant fixer la peine, alors qu’il est libre sous caution, Polanski fuit vers la Grande-Bretagne avant de se réfugier en France, dont il possède la nationalité depuis plus d’un an. Comme d’autres États, la France refuse généralement l’extradition de ses citoyens. Sous le coup d’un mandat d’arrêt américain lancé en 1978, il ne revient jamais sur le sol américain (…). La justice américaine va alors tenter de mettre la main sur Polanski lors de ses déplacements à l’étranger. Des demandes d’extraditions sont adressées aux pays avec lesquels les États-Unis ont signé une convention d’extradition : en mai 1978 au Royaume-Uni, en décembre 1986 au Canada, en 1988 en Allemagne, au Brésil, au Danemark et en Suède, en octobre 2005 en Thaïlande et en 2007 en Israël. Cependant toutes ces tentatives ont été vaines (…). Le 27 septembre 2009, alors qu’il se rend à un festival de cinéma en Suisse afin d’y recevoir un prix pour l’ensemble de sa carrière, il est arrêté par la police à Zurich sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis en 2005 ». Polanski ne sera finalement pas extradé : « Le 25 novembre 2009, le Tribunal pénal fédéral accepte sa libération conditionnelle contre une caution de 4,5 millions de francs suisses (environ 3 millions d’euros) et une assignation à résidence avec port d’un bracelet électronique à son chalet de Gstaad en Suisse (…).Le 12 juillet 2010, la ministre suisse de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf fait volte-face pour déclarer que le cinéaste « ne sera pas extradé vers les États-Unis et les mesures de restriction de sa liberté sont levées ». Polanski retrouve la liberté (…). Désormais, les trois pays où Polanski peut circuler librement sont donc la France, la Pologne et la Suisse ».

[10] http://www.dailymotion.com/video/xar0rp_alain-finkielkraut-france-inter_news#.UOAia3fCbTo

[11] http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/the-ghost-writer/

[12] http://television.telerama.fr/tele/films/the-ghost-writer,14637970,critique.php

[13] Loin de moi l’idée de sous-entendre ici que si les critiques français écrivant sur The Ghost Writer avaient été des femmes, le résultat aurait été automatiquement plus pertinent politiquement. Bien évidemment, des femmes peuvent elles-aussi mobiliser des schémas misogynes (comme les noirs des schémas racistes, les homosexuels des schémas homophobes, etc.). Mais d’un autre côté, peut-être que le fait que la majorité des individus qui ont accès à la fonction de critique cinéma dans les revues prestigieuses (comme ceux qui ont accès à des positions de pouvoir en général) soient en grande majorité des individus mâles, blancs et bourgeois, n’est pas totalement anodin, et peut avoir des conséquences sur les propos tenus dans ces revues. En d’autres termes, le fait qu’il y ait par exemple plus de femmes critiques de cinéma dans les revues françaises ne ferait peut-être pas nécessairement que le sexisme y serait moins fréquent, mais cela rendrait tout de même sûrement la chose un peu plus probable…

[14] Les Cahiers du cinéma n°654, mars 2010

[15] Cf. Denis Lévy, « L’auteurisme en question. Auteur, style, thématique : le trio infernal », Iris n°28 (« Le cinéma d’auteur et le statut de l’auteur au cinéma »), 1999

[17] Noël Burch, « Des effets pervers de la notion d’auteur », dans Le cinéma au prisme des rapports de sexe (coécrit avec Geneviève Sellier), 2009

[19] Sur ce point, voir l’excellent livre coordonné par Christine Delphy, Un troussage de domestique, paru en 2011 aux éditions Syllepses dans la collection « Nouvelles questions féministes »

[20] Cf. le chapitre intitulé « Impossible de violer cette femme pleine de vices » (King Kong Théorie, p. « 5-57)

[22] Il n’est pas assigné à résidence au sens propre, mais son avocat lui conseille néanmoins de ne se rendre dans aucun pays reconnaissant la juridiction de la Cour pénale internationale.

[23] C’est à mon avis ce qui explique en partie l’écart entre la réception de ce film chez les critiques français et chez les spectateurs/trices lambda. Beaucoup d’internautes font ainsi part de leur étonnement devant les éloges qu’a reçu ce film plutôt pauvre et inintéressant de la part de l’ensemble de la critique autorisée (Cf par exemple les commentaires des internautes sous l’article des Inrocks ou sur Allociné)

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  1. Fast & Furious 6 est noté 4,6 par le public. Avatar, 4,3. Les Miller, une famille en herbe, 3,8.

    Alors, s’il vous plaît, l’argument des notes spectateurs d’Allociné, on s’en passe.

    • Votre objection ne tient pas, à moins que votre argument se base sur des prémisses élitistes à base de « ça montre bien que les spectateurs Allociné sont des crétin-e-s », et donc que de toute façon il ne faudrait jamais se rabaisser dans une argumentation à prendre en compte les avis des vulgaires spectateurs-trices lambda.
      Et elle ne tient pas parce que l’argument de Paul ici c’est que la note des critiques, qui est la vaste majorité du temps inférieure à celle des spectatrices-teurs, ne l’est pas en ce qui concerne ce film, où elle est même largement au-dessus.
      Le but de cette démonstration, donc, qui occupe les trois premiers paragraphe d’un article long comme mon bras, c’est de montrer que ce film semble encenser les critiques, mais pas particulièrement les spectatrices-teurs.

      Et sinon le reste de l’article vous a plu?

      Vous l’avez lu, ou vous vous êtes arrêté, horrifié, lorsque vous avez vu que l’auteur y faisait référence aux spéctatrices-teurs lambda?

    • Et plus important, selon moi : l’écart de notation entre la masse des spectateurs/trics et les critiques témoigne d’un véritable gouffre entre deux catégories (deux « classes ») de cinéphiles. Cela peut s’expliquer de plusieurs façons : comment chacun note-t-il ? Selon quels critères ? Que cherchent les uns et les autres ? Qu’est-ce qui, pour eux, est un « bon » film ? Une évaluation sur 5 est-elle vraiment pertinente ?
      Je pense que si les notes des spectateurs/trices sont souvent plus généreuses que celles des critiques, c’est avant tout parce que le/la cinéphile lambda va chercher du spectacle, et que le/la critique va chercher de l’art (ce qui est lié mais pas tout à fait la même chose).
      En creusant comme Paul Rigouste l’a fait, l’explication de cette apparente surévaluation est plutôt simple : noter la forme en oubliant le fond, chose qu’à mon avis peu de spectateurs/trices lambda font naturellement.

  2. Un film avec des notes plus élevées de la part des critiques que du public serait une « exception », et cela révèlerait la misogynie et la malhonnêteté des critiques ? Ah bon ? La première idée qui me vient à l’esprit est que cette différence de notes est plutôt due au fait qu’on a un cas typique de film qui plait plus à la critique et aux cinéphiles qu’au grand public. Mais bon, ça reste une hypothèse de départ, il faut voir si elle correspond à une réalité, je suis donc allé, consciencieusement, regarder sur allociné les différences de notes entre presse / public (un sujet qui m’intéresse, ceci-dit).

    Première constatation amusante quand je regarde les fiches des films du moment, ceux réalisés par des femmes sont en général, eux aussi, nettement plus appréciés par les critiques que par le public :

    Grand Central de Rebecca Zlotowski Presse : 3,9 spectateurs 2,7
    Elle s’en va de Emmnauelle Bercot Presse : 4 spectateurs : 2,5
    La bataille de Solférino de Justine Triet Presse 3,8 spectateurs 2,7
    Gare du Nord de Claire Simon Presse : 3,6 spectateurs 2,5
    Tirez la Langue Mademoiselle de Axelle Ropert Presse : 3,6 Spectateurs 2

    Mais bon, c’est peut-être un pur hasard… et là aussi une « exception ». Je regarde la filmographie de Claire Denis :

    Les Salauds Presse : 2,9 spectateurs 1,7
    35 Rhums 3,8 vs 2,6
    White material 3,9 vs 2,4
    L’Intrus 3,6 vs 2,6

    Puis celle de Sofia Coppola :
    The Bling Ring 3,1 vs 2,7
    Somewhere 3 vs 2,2
    Marie-Antoinette 4 vs 3,3
    Lost in Translation 4,4 vs 3,8
    Tous ses films ont droit à des notes plus élevées de la part des critiques que du public…

    Je cherche ensuite quelques films d’autres réalisatrices :

    Camille Redouble de Noémie Lvovsky Presse : 4,1 Spectateurs 3,4
    Faut que ça danse de Noémie Lvovsky 3,8 vs 1,7
    La Folie Almayer de Chantal Akerman 3,5 vs 2,3
    Pourquoi tu pleures de Katia Lewkowicz 3,4 vs 1,9
    Une vieille maîtresse de Catherine Breillat : 3,4 vs 1,8
    Les Plages d’Agnès, d’Agnès Varda 4,6 vs 3,7
    Lady Chatterley de Pascale Ferran 4,4 vs 2,7
    Bright Star de Jane Campion 4,2 vs 3,5
    Les Bureaux de Dieu de Claire Simon 4,1 vs 2,3
    Ca Brûle de Claire Simon : 3,4 vs 2,2
    Le code a changé de Danièle Thompson 3,3 vs 2,3
    La guerre est déclarée de Valérie Donzelli 4,4 vs 3,8
    La main dans la main de Valérie Donzelli 3 vs 2,5
    Sport de Filles de Patricia Mazuy : 3,3 vs 2,6

    Au bout d’un moment, j’ai arrêté de les répertorier, mais la majorité des films réalisés par des femmes que je suis allé voir sur le site ont de meilleures notes de la part des critiques que du public. Avec des écarts qui peuvent être encore plus grands que ceux de Ghost Writer. Une « exception », disiez-vous ?

    Prenons Les Plages d’Agnès de Varda, avec exactement les mêmes notes que Ghost Writer, ou Lady Chatterley de Pascale Ferran, avec un écart encore plus grand… Vous disiez sur cet écart :

    « Pourquoi les critiques français se sont autant emballés devant un film qui n’a visiblement pas enflammé les foules. Comme je vais essayer de le montrer en m’appuyant sur les papiers publiés dans Les Inrocks, Télérama, Les Cahiers du cinéma & Co, ce phénomène est à mon avis assez symptomatique de la posture théorico-politique d’une certaine élite cinéphilique masculine, blanche et bourgeoise, qui continue par ailleurs de jouir tranquillement d’une hégémonie quasi-totale dans la critique française. »

    Curieux, tout de même, que ces critiques soi-disant misogynes soient beaucoup plus sensibles que le public à tous ces films réalisés par des femmes…

    J’imagine votre alter-ego « masculiniste », qui utiliserait ces données pour tenter de nous faire croire que les femmes seraient moins douées pour la réalisation que les hommes, que leurs films ne sont pas intéressants et que le public, lui, ne s’y trompe pas, contrairement à cette « petite élite parisienne bobo et gauchiste », qui nous survend des films de réalisatrices… mais il commettrait la même grossière erreur que vous, la tête dans le guidon de son idéologie. Car ce n’est pas une question de critiques qui seraient en majorité « misogynes » selon les uns, ou « bobo-gauchistes » selon les autres, mais évidemment de films qui on tplus d’arguments pour plaire aux critiques et cinéphiles qu’au grand public. C’est le cas D’Agnès Varda ou Claire Denis comme de ce Ghost Writer de Polansky…

    • Peut-être vous seriez-vous épargné autant de temps perdu sur Allociné si vous aviez lu mon article et essayé un minimum d’en comprendre le propos (mais bon, cela aurait supposé de votre part de ne pas être de mauvaise foi, ce qui n’est visiblement pas dans vos habitudes).

      Je n’ai jamais dit que les critiques notaient moins haut les films de femmes que les films d’hommes. Ou que le public préférait les films de femmes et les critiques les films d’hommes. Ou je ne sais quoi d’autre que vous essayez de me faire dire. La seule chose que j’ai dite dans cet article, c’est que les critiques s’étaient enthousiasmés sur The Ghost Writer, alors que le public pas du tout. Notez tout de même au passage qu’aucun des films que vous citez ne dépasse la note attribuée au film de Polanski par les critiques (seul Les Plages de Varda l’égale).

      La seule chose que je dis de ces critiques, c’est qu’elles tendent à porter aux nues le cinéaste en en faisant un « Auteur » (j’ai intitulé une partie « Polanski l’auteur », mais peut-être que ce n’était pas écrit assez gros comme titre ? il aurait ptet fallu que je le mette en rouge et que je l’encadre en plus ?). Mon propos était de rapprocher cet « auteurisme » particulièrement fanatique dans le cas de ce film avec des discours qui n’ont cessé de rappeler en quoi Polanski était un grand artiste, un être exceptionnel, et donc au-dessus des lois (donc ce n’est pas juste une question de notes sur Allociné, comme vous avez l’impression de le croire, mais aussi une question de discours que l’on trouve dans les argumentations des critiques, mais cette dimension vous a visiblement échappée).

      Donc ce que je pointe du doigt, c’est l’auteurisme de cette critique française majoritairement masculine, blanche et bourgeoise.

      Du coup, vous me faites bien rigoler avec votre liste de films de femmes dont la « note critique » est supérieure à la « note public », puisque tous ces films que vous citez sont précisément des « films d’auteur » (français de surcroît, la patrie du film d’auteur, à l’exception de ceux de Sofia Coppola, auteure par hérédité, merci papa…). Le fait que ce soit des « films d’auteurEs » ne change rien à l’affaire, puisque ce que je critiquais ici c’était justement l’auteurisme de la critique française. Donc rien de bien étonnant que tous ces films aient des notes critiques supérieures aux notes publiques, c’est le propre des films d’auteur-e-s, qu’ils soient réalisés par des hommes ou des femmes. Et c’est en cela qu’ils constituent des exceptions par rapport aux films populaires, plus appréciés du public. Ce qui est intéressant, c’est quand ça devient aussi exceptionnel que le film de Polanski avec son 4,6, très rarement égalé comme je l’ai dit dans l’article. Et c’est cette exception qui m’a intéressée.

      Peut-être n’avez-vous pas compris parce que je parle à un moment de misogynie, et que vous avez un peu tout mélangé (ça peut arriver quand on lit en diagonale avec déjà dans la tête a priori les idées qu’on veut absolument trouver). Mais je parlais avant tout de la misogynie du film, et du fait que les critiques masculins n’ont pas analysé cette misogynie, pas du tout d’une misogynie qu’auraient les critiques français vis-à-vis des femmes cinéastes.

      Donc gardez pour vous vos sarcasmes sur les « idéologues » qui resteraient « la tête dans le guidon de leur idéologie » en plaquant sur le réel les idées qu’ils voudraient y trouver, car c’est précisément ce que vous êtes en train de faire.

      Et ne vous fatiguez pas à écrire un autre pavé, je n’y répondrai pas (après vous avez le droit de l’écrire quand même bien sûr :-)). Je ne vous considère pas comme un troll à proprement parler dans la mesure où vous argumentez votre propos, mais comme je vous l’ai déjà dit par ailleurs, vous êtes tellement de mauvaise foi et méprisant que vous n’encouragez que la haine et l’affrontement rhétorique (et en ce sens là, vous êtes pour moi pareil à un troll).

  3. « Je n’ai jamais dit que les critiques notaient moins haut les films de femmes que les films d’hommes. Ou que le public préférait les films de femmes et les critiques les films d’hommes. Ou je ne sais quoi d’autre que vous essayez de me faire dire. »

    Je n’ai jamais essayé de vous faire dire ces choses-là ! Peut-être est-ce quand je dis « Une exception disiez-vous ? » que vous avez cru qu’il s’agissait des critiques qui notent plus ou moins haut les films de femmes, alors que ce que je voulais dire était tout simplement que des notes plus élevées chez les critiques n’étaient pas une « exception », c’est très fréquent pour les films d’auteur.

    En revanche, quand vous essayez de me faire croire que ce que vous voulez signifier par « l’exception » c’est plus la note très haute, que la différence entre notes critiques / public, c’est vous qui êtes d’une mauvaise foi assez remarquable. Vous écrivez dans le commentaire :
    « Ce qui est intéressant, c’est quand ça devient aussi exceptionnel que le film de Polanski avec son 4,6, très rarement égalé comme je l’ai dit dans l’article. Et c’est cette exception qui m’a intéressée. »

    Alors que dans l’article, ce qui était écrit, et ce qui m’a particulièrement fait réagir, c’est :

    « Avec sa note « critique » supérieure d’un point à sa note « public », The Ghost Writer fait donc plutôt figure d’exception sur le site. »

    Rassurez-moi, je n’ai pas de problème grave de compréhension, il est bien dit ici que ce qui fait figure d’exception, c’est la note nettement plus élevée des critiques que celle du public… Exception qui n’en est pas une, comme je le montre. Sur les 5 premiers films dont je parle, films actuels de réalisatrices, tous ont des notes différentes de plus d’un point entre critiques / public (alors que si on voulait chipoter, pour Ghost Writer, c’est un chouïa moins d’un point).
    Par exemple, pour Elle s’en Va d’Emmanuelle Bercot : 4 pour les critiques, 2,5 pour le public, je suis désolé, mais ce n’est pas un écart moins « spectaculaire » que 4,6 vs 3,7… Des écarts de plus d’un point entre critiques / public, avec des films qui ont plus de 4 de moyenne chez les critiques, c’est franchement pas rare, j’en ai vu pas mal sur le site… d’ailleurs mon film favori, Mulholland Drive, fait encore mieux, 4,8 vs 3,7. Un film centré sur une histoire d’amour entre deux femmes, avec une partie « rêve de compensation » (celle, bien sûr, qui est la plus développée et intéresse le plus Lynch), où le personnage masculin – réalisateur – ne cesse de se faire ridiculiser et déviriliser… sans qu’il ne soit ensuite réhabilité…

    J’ai bien lu votre article, mais que voulez-vous, il y a tellement de choses que je trouve complètement surinterprétées (dans votre regard sur le film comme dans votre regard sur la réception du film), tellement de choses qui me semblent biaisées par votre désir de tout mettre dans les petites cases idéologiques qui vous conviennent, que je n’en finirais plus si je devais revenir sur chacune… et je n’ai pas une folle envie de me relancer dans un long débat avec vous – je pense que c’est pareil pour vous – donc je me suis juste concentré sur ce point « concret » qu’est la différence appréciation critiques / public…

    Allez, juste un pour la route, un qui ne soit pas lié directement au féminisme histoire de rester sur un élément plus « neutre » qui touche moins votre susceptibilité idéologique, et permette de rester plus objectif… vous dîtes :

    « Ce parallèle avec Shutter Island facilitera en plus un glissement dans l’interprétation du film de la part du critique, qui cherchera à voir dans The Ghost Writer un « monument de paranoïa ». Or il me semble que pour qu’il y ait paranoïa, il faut que les soupçons émis par le « paranoïaque » soient infirmés. Or c’est tout l’inverse qui se passe ici, puisqu’il y avait bien une machination qui se tramait autour de la figure d’Adam Lang. »

    Au contraire ! Une oeuvre paranoïaque (car une oeuvre et un individu, ce n’est pas la même chose…) c’est justement le plus souvent une oeuvre qui nous dit à la fin qu’il y avait de vraies raisons d’être parano, qu’il y avait bien un complot, c’est une oeuvre qui, au fond « donne raison » à la paranoïa… Par exemple, 24 est une grande série parano… parce qu’il y a toujours un complot, et toujours un complot « de l’intérieur » (au sein du pouvoir politique, de l’agence, des industriels américains). La plupart des oeuvres que l’on considère comme des « monuments de paranoïa » sont donc bien les oeuvres qui n’infirment pas les suspicions de machination, mais les rendent réelles…

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