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Jacky au royaume des filles : Jacky et l’apologie de la phallocratie

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Riad Sattouf, auteur de bandes dessinées, chroniqueur régulier de Charlie Hebdo et réalisateur des Beaux gosses (2009), revient au cinéma avec une comédie potache qui renverse le système de domination patriarcal dans un contexte dictatorial imaginaire (le royaume de Bubune) dirigé par les femmes, où les hommes – voilés – n’ont qu’une fonction reproductrice. Jacky (Vincent Lacoste, ex-beau gosse), « gueusard » épris de la Colonelle (Charlotte Gainsbourg), l’héritière du royaume, cherche une invitation pour participer à la grande Bubunerie, le bal où se pressent tous les célibataires, « grands couillons » potentiels en attente d’une union royale, tandis que le meilleur ami de son père Julin (Michel Hazanavicius) est pourchassé pour ses activités dissidentes.

Si le film de Sattouf peut être perçu comme un apologue burlesque tournant en dérision les systèmes totalitaires, l’oppression masculine et les polémiques autour du genre, force est de reconnaître que son récit et ses procédés renforcent plutôt les dysfonctionnements propres aux représentations des femmes, d’autant plus amplifiés qu’ils sont prétexte à un déferlement comique établi au détriment de celles-ci.

À travers cet article, nous verrons en quoi ce comique rend la charge corrosive du film inopérante en étudiant successivement le renversement des rôles sexuels qui en constitue sa fable, ses limites, et la manière dont le film assume d’autant plus sa misogynie qu’il la convertit en homophilie, c’est-à-dire la célébration d’une complicité masculine – qui débouche ici sur l’amour – et à l’exclusion de toute autre forme d’entente.

Le renversement des rôles sexuels

Le royaume de Bubune se présente comme un condensé de tous les régimes totalitaires. La cité est composée de hautes tours bétonnées et sa périphérie de petits pavillons grisâtres, agencés d’une manière qui rappelle, entre autres, le bloc soviétique.

jacky01Jacky dans sa « banlieue »

Exclusivement nourri d’une bouillie littéralement déversée par le robinet, chaque foyer de « gueusards » se compose d’une matriarche portant l’uniforme, d’un époux revêtu d’une tunique couvrant tout le corps (qui rappelle la burqa et que je désignerai par ce terme), assurant les tâches domestiques, et de leur progéniture, genrée de façon identique. Le choix des costumes est très éloquent sur la place de la séduction selon qu’on parle des femmes ou des hommes : alors que l’uniforme militaire endossé par les femmes leur confère une réelle (f)rigidité de corps et d’esprit (ce qui suggère une masculinité défectueuse et malsaine, tout en convoquant un fétichisme « cuir » lié au nazisme), la longue tunique des hommes – qui les apparente à des musulmans – les prive de liberté, mais rend leur gaucherie infantile et sympathique. La charge satirique plaquée  sur ce vêtement mine le potentiel viril des hommes dans un élan à la fois sexiste et islamophobe. Par opposition à ce modèle, les petites filles, élevées dans le mépris des hommes, se retrouvent en grappe à la sortie de l’école, dont les garçons sont privés, et prennent un malin plaisir à railler leur sensiblerie. Une fois adultes, elles se partagent entre une activité professionnelle à temps plein et des virées en moto dans la ville, tout en assurant le rôle de chef de famille. Cette première inversion, qui pose les fondations d’un monde fantaisiste, semble mettre en place une satire efficace des rapports sociaux de sexe qui procurerait aux spectateurs l’impression d’être « gentiment maltraités », et aux spectatrices un sentiment de revanche. Le choix de la burqa va clairement dans le sens de cette « compensation » en ce qu’elle devient ici le symbole ultime de la servitude. Or très rapidement, le film se montre inapte à suivre jusqu’au bout sa logique « subversive », fondée sur des préjugés racistes.

jacky-au-royaume-des-filles-29-01-2014-2-gLa tante de Jacky, une matriarche stalinienne

Le récit emprunte donc aux contes philosophique et féérique sa dimension initiatique, centré sur un jeune héros mal dégrossi qui aspire au mariage princier non par ambition mais bien par amour pour la Colonelle, se conformant à nouveau aux désirs qu’on prête ordinairement aux petites filles, éprises d’un prince charmant imaginaire. Très vite, Jacky apparaît comme un garçon délicat, en marge de ses cousins du fait de la pureté de ses sentiments, mais aussi parce qu’il vit seul avec une mère ouvrière (Laure Marsac) – son père ayant succombé lors du « coït reproducteur ». Face à ce couple improbable, se dressent d’un côté la famille  prolétaire et arriviste : un oncle hystérique et une tante ombrageuse (Didier Bourdon et Noémie Lvovsky) qui tentent de placer leurs deux rejetons dans les bras de la Colonelle, et Julin le don Juan « masculiniste » (au sens de « féministe »), œuvrant dans l’ombre pour l’émancipation des hommes ; de l’autre, la famille royale réduite, là encore, à un couple filial, la Générale (Anémone) et sa fille la Colonelle.

Il n’échappera à personne que l’intrigue du film transpose en grande partie l’histoire de Cendrillon, jeune souillon humiliée qui brave sa misérable condition et trouve l’amour grâce à des souliers de vair, symboles d’une féminité altière mais consensuelle. Sattouf reprend ce motif de la parure féminine « miraculeuse » en l’appliquant ici à la chevelure. Suite à un rebondissement, Jacky se retrouve affublé d’une perruque brune coiffée en queue de cheval, identique à celle de la Colonelle et de ses soldates, et qui devient son sésame pour assister sans invitation à la grande Bubunerie.

Jacky03La grande Bubunerie : souk conjugal et marché aux spermatozoïdes

C’est donc vêtu d’un uniforme guerrier et d’une coiffure de femme que Jacky pénètre clandestinement dans le palais, séduit malgré lui la future souveraine et se retrouve en tête à tête avec elle dans ses appartements, à écouter avec dévotion ses états d’âme d’héritière, déjà lasse d’un pouvoir qu’elle n’exerce pas encore. Cependant, si c’est bien la Colonelle qui entreprend de séduire Jacky et si le film lui confère une certaine détermination, dès lors que le jeune homme répond favorablement à ses avances (et finit démasqué), elle perd ses traits de femme insoumise pour arborer les signes d’une féminité plus représentable, à savoir esseulée, sentimentale et frustrée.

Les limites de cette inversion des genres

On l’a vu, le film joue à fond la carte de la réversibilité des normes tant sur les plans physique et vestimentaire que sur le plan psychologique : il dessine son héros comme le stéréotype de la demoiselle en détresse, fait de la Colonelle un leader politique hiératique et fin stratège, et tous les autres personnages semblent amplifier ce renversement des genres : les femmes sont toutes des butches en puissance et les hommes comme émasculés.

Jacky04La Colonelle, entourée de ses « chiennes de garde » soviétiques : « Elle est vraiment… elle est vraiment… elle est vraiment phénoménale ! »

 Cependant, plusieurs indices prouvent que le projet de Sattouf repose sur une vision sclérosée des femmes, qui les fige d’autant plus. Ainsi, on voit rapidement que Jacky, soucieux de préserver sa pureté pour la Colonelle (ce qui ne l’empêche toutefois pas de se masturber devant son portrait), doit repousser les avances d’autres femmes et en particulier celles de Corune (India Hair), la fille de l’épicière. Construite en opposition avec la Colonelle, Corune possède un physique plus massif, sa gestuelle manque de grâce : Jacky (et le film) n’hésitent pas à railler ses aspirations romantiques qui culminent dans la scène où, enfermés dans l’épicerie et cachés sous le comptoir, elle abuse sexuellement du héros. C’est à un véritable viol qu’on assiste, mais l’expression à la fois burlesque et dégoûtée de Jacky, les spasmes et les cris de Corune tirent l’agression vers le ridicule et la rendent hautement comique. De même, lorsque Jacky se fait coincer dans les bois par la chef de la police (Valérie Bonneton) – qui a elle aussi un faible pour lui – et ses sbires, puis attacher à un arbre, la scène provoque le rire. Ce rire provient du statut cocasse de Valérie Bonneton dans l’imaginaire collectif, que ses rôles précédents, son visage poupin et sa voix atypique désexualisent : de fait, la voir se déshabiller et se caresser neutralise son désir et le convertit en un acte grotesque. Plus généralement, ces deux scènes « fonctionnent » auprès du public parce que les deux agresseuses n’entrent pas dans le stéréotype de la beauté féminine – ce qui corrobore l’idée selon laquelle une femme à l’écran ne peut pas être belle et drôle – et qu’elles placent le héros dans une posture passive de victime dévirilisée – ce qui justifie son travestissement, qu’on peut interpréter comme un rite initiatique pour accéder à une masculinité compétente auprès de la Colonelle.

jacky06La chef de la police : « Le cuir me va si bien ! »

Cette conquête d’une virilité spoliée, étouffée, est particulièrement frappante lors de la première scène d’amour entre Jacky et la Colonelle. Une fois que cette dernière se révèle follement éprise de lui, et après un malheureux concours de circonstances qui le confond, Jacky se cache dans la chambre à coucher de la Colonelle où elle le trouve. Stupéfaite, elle le menace de son arme, ils se battent, s’étreignent, Jacky finissant par s’emparer du revolver. Cette scène les montre donc enlacés : lui enfin actif et brutal, elle suffocant de peur et de désir, une arme braquée sur la tempe. À nouveau, le discours du film est problématique : en exposant le rapport de force des deux protagonistes de cette façon, il rétablit l’ascendant masculin par la violence, et en conséquence réduit strictement l’autonomie de la femme, juste bonne à aimer et désirer l’homme qui la menace.

On pourrait aussi bien parler du personnage de Julin, le révolutionnaire, vu comme un père de substitution pour Jacky et qui, dans les bois, le sauve de la police en tuant les officiers. Le sexisme de Julin est ici valorisé en ce qu’il est un instrument de résistance politique à l’oppression féminine. Grand coureur de jupons, il n’hésite ni à « vendre ses charmes » auprès des autorités – ce qui illustre sa débrouillardise –, ni à tuer sauvagement les gardes du palais pour libérer son jeune ami. Bien plus, il est aussi le gardien d’un savoir immémorial auquel les femmes n’ont pas accès : celui de la culture de la terre, qui lui permet de subvenir à ses besoins grâce à de menus trafics de navets. En opposant ainsi l’intelligence et le savoir-faire masculin à l’indigence et la tyrannie féminine, le film – sous ses atours satiriques – approuve sans complexe l’idéologie dominante qui veut que les femmes entre elles demeurent ignorantes.

jacky07Julin : « Toutes ces bonnes femmes, mon petit Jacky, c’est que de la chiennerie ! »

Une homophilie persistante

De manière plus problématique, le film glisse de la lesbophobie à une glorification de l’homophilie la plus classique. C’est travesti en femme que Jacky parvient à s’approcher de l’élue de son cœur et à la ravir. Or, si la reddition de la Colonelle sonne comme un accomplissement pour le jeune homme, le rôle féminin qu’il s’est attribué pour tromper les gardes déplace provisoirement leur idylle sur le terrain de l’homosexualité féminine – ce qui semble d’abord contrarier la victoire de Jacky. Au lendemain de leur première nuit, et alors que les deux amants savourent leur bonheur, la Colonelle confie ainsi qu’elle « ne sait plus où elle en est », qu’elle « ne reconnaît plus ses inclinations amoureuses », à quoi Jacky répond en gros, « Tant mieux ! La ‘’gouderie’’, c’est ‘’blasphèmerie’’ ! » (Les personnages usant du suffixe « –rie »  de manière arbitraire, ce qui crée un effet comique, par exemple « argenterie » pour « argent », « voilerie » pour « voile », etc…) Même si l’on se doute que cette réplique lui est dictée par son statut inédit de héros romantique, il n’empêche qu’en creux se dessine un triomphe plus global de l’homme sur la femme, sur le terrain de la sexualité – et cela même si Jacky est bien plus jeune que son amante. Dans une société matriarcale où l’amitié féminine est mise – logiquement – au premier plan mais tournée en dérision, désexualisée et assimilée à une complicité de classe, la révélation de la Colonelle apparaît comme une marque de déviance, en même temps qu’elle est à la base de la subversion plus radicale qui voit Jacky triompher. En effet, c’est par le biais de l’homosexualité féminine que le héros assume enfin sa virilité et que la Colonelle, séduite, faillit à l’étiquette royale. C’est donc par ce biais qu’une révolution (politique et sociale) advient, mais en reléguant le lesbianisme aux oubliettes de la « blasphèmerie » et en le remplaçant – coup de théâtre ! – par une homophilie plus engageante.

L’identité masculine de la Colonelle – dissimulée toute sa vie par sa mère, trop honteuse de n’avoir eu que des fils, et que le film nous dévoile à la toute dernière scène – replace la romance des deux protagonistes dans une nouvelle perspective. En effet, leur coup de foudre devient dès lors le symbole d’une reconnaissance non seulement genrée, mais aussi racialisée, comme en témoigne le plan final sur le couple, entité bicéphale à la symétrie parfaite, puisqu’ils ont en commun une chevelure brune, une peau glabre, une silhouette frêle, un torse famélique, et un pénis. Et pour cause, si leur amour vainc tous les obstacles, c’est parce que Jacky et la Colonelle appartiennent en réalité à la même « espèce ». En témoignent aussi l’intelligence tactique et la force tranquille de l’héritière, désormais perçues comme des atouts masculins. Il est ainsi facile d’identifier le potentiel castrateur des femmes, dont la Générale est la plus terrible déclinaison, ce que laisse aussi entendre l’emblème du royaume : deux têtes de jument scellées à la base du cou et qui dessinent les contours de l’appareil génital féminin.

jacky09La Colonelle, arborant l’emblème martial et féminin du royaume

En imposant une féminité conquérante et (f)rigide à son fils, en promouvant le bal de la grande Bubunerie (véritable speed-dating aux règles pipées), elle se présente comme une matriarche sans pitié, qui pratique l’exécution publique et préfère mettre en scène une fausse hétérosexualité plutôt que de « laisser faire la nature », dont l’homophilie parachève le travail. Encore une fois, l’opposition entre l’authenticité masculine et la transformation forcenée du monde opérée par les femmes intervient au détriment de ces dernières, coupables de mener l’univers à sa perte en altérant les êtres et les lois. À cet égard, rappelons que ce dernier point est un des reproches fréquemment adressés au féminisme, accusé de contester et de vouloir ébranler l’ordre du monde.

Vu sous cet angle, l’aveu de la Colonelle – qui provoque quelques sarcasmes et signes de dégoût parmi la foule – constitue au final l’avènement d’un monde neuf, plus juste et plus libre. Les dernières scènes montrant Jacky – toujours vêtu d’une burqa, mais gérant les relations internationales, prenant en main la politique agricole, visitant en héros son village natal, etc… – établissent également les savoirs et techniques masculins comme l’unique remède contre l’ancienne « barbarie femelle ». Cet apparent équilibre redistribue donc les qualités de chacun d’un point de vue genré : si les femmes conservent leur statut de matriarche dans leur propre foyer – ce qui revient à les confiner dans la sphère domestique –, ce  sont bel et bien les hommes qui, désormais, gouvernent (grâce au couple gay formé par Jacky et la Colonelle) et produisent les richesses nécessaires (grâce au savoir vulgarisé de Julin). La domination patriarcale peut alors édifier ses propres bases, tranquillement.

En conclusion, on voit donc que le film de Sattouf – même s’il se veut progressiste, par l’inversion des rôles sexuels et un clin d’œil final au mariage pour tous –, ne fait que reconduire les stéréotypes associés aux femmes et les valeurs patriarcales, en les dotant d’une force comique irrésistible, qui l’assimile à une fable subversive. Pire, en convoquant des traits culturels islamiques, il réactive un fantasme raciste et islamophobe très actuel qui attribue aux Musulmans les mesures les plus régressives envers les femmes et les homosexuels, et pose une distance rassurante entre un « nous » occidental et un « eux » étranger diabolisé.

 Metric

 

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17 réponses à Jacky au royaume des filles : Jacky et l’apologie de la phallocratie

  1. Merci Metric pour ton texte bien vu et bien expliqué. J’ai ouvert une discussion sur ce procédé des « inversions des rôles » mais pas seulement des rôles de sexes et de genre. Comme ca déborde largement du sujet du film « Jacky » j’ai préféré le mettre ailleurs.
    c’est ici : http://www.lecinemaestpolitique.fr/forums/topic/linversion-de-roles-est-elle-pertinantes/

  2. Je ne comprends pas comment Meg peut dire que le texte de Metric est « bien vu et bien expliqué », alors qu’il pèche précisément par la non-prise en compte de ce que Meg explique sur le forum.

    Metric, vous en restez à une interprétation « femme=femme », alors que comme précisément il y a inversion des rôles, les femmes représentent la classe dominante (donc les hommes) et les hommes représentent les femmes. Du coup, vous ne pouvez pas dire, sans aucune précaution, que la victoire finale de Jacky représente un triomphe du pattriarcat, que Julin est « sexiste » (alors que s’il est « sexiste », c’est d’un « sexisme » de dominé-e-s qu’il s’agit, un peu comme le sexisme anti-hommes, ou le racisme anti-blanc…), que les personnages féminins négatifs sont le vecteur d’une charge contre les femmes, etc. Vous ne pouvez pas non plus qualifier Julin de « Don Juan », même « masculiniste ». « Don Juan », ça n’a de sens que dans un contexte de domination masculine. Là, Julin n’est pas un Don Juan, c’est un prostitué (le principal personnage positif, le plus courageux et le plus intelligent, est prostitué : je trouve ça très bien d’un point de vue anti-putophobe, d’ailleurs).

    Je suis d’accord que le principe de l’inversion des rôles a des limites, et je suis OK avec Meg sur ce qu’elle dit dans le forum – en tout cas elle me semble qu’elle pointe des choses justes. Mais malgré tout on ne peut pas faire comme si le film obéissait de manière univoque et massive au principe « femme=femme », « homme=homme ». Il y a un hiatus entre la représentation immédiate et la représentation symbolique, qui rend instable tout ce que vous pouvez dire, tout ce que vous pouvez prédiquer, sur le film. Il y a une ambiguïté fondamentale du message qui tient à cette façon de procéder ; mais vous ne pouvez pas lisser l’ambiguïté comme vous le faites, et tirer le film dans un sens univoque (inutile de dire que votre titre est carrément caricatural).

    Sur le racisme et l’islamophobie : pas trop d’accord non plus. Il y a des références à une dictature religieuse musulmane, effectivement, genre Arabie saoudite (mais il n’y a pas bcp de références spécifiques à l’islam, à part la « burqa » qui n’en est pas vraiment une puisqu’elle laisse voir le visage – la polygynie, en revanche, n’est pas propre à l’islam), mais ce n’est pas du tout la seule référence : il y a aussi, me semble-t-il, pas mal d’allusions à la Corée du Nord. Quant à la reconnaissance « racialisée » que consacrerait l’unité finale des deux amant-e-s, franchement… On est dans un mode racialement très homogène (comme l’est la Corée du Nord, du reste, et peut-être l’Arabie saoudite ?), et ça n’a pas vraiment de sens de surinterpréter la ressemblance raciale des héros. Et puis de toute façon, j’aimerais bien qu’on ne considère pas comme islamophobe le fait de faire référence, parmi d’autres situations et pays, à la situation réelle des femmes en Arabie saoudite !

    Je ne comprends pas trop non plus ce que vous dites sur l’homophilie (que vous semblez prendre dans le sens de « homosexualité masculine », par opposition au lesbianisme, alors que l’homophilie signifie simplement « homosexualité »). Encore une fois, vu le problème de représentativité (une femme représente-t-elle une femme ou un homme ?), on peut voir l’homosexualité masculine finale comme un symbole du lesbianisme. Mais même si vous refusez cette interprétation, on peut voir dans cette fin une façon, pour le réalisateur, de ne pas en rester à l’idée gênante que la Colonelle n’était en fait lesbienne que parce qu’elle n’avait pas trouvé le bon homme (Jacky). Jusqu’à la scène finale, on a l’impression que la Colonelle a été convertie à l’hétérosexualité par Jacky, ce qui est quand même assez lesbophobe comme imaginaire. Or la scène finale invite à relire tout le film autrement : la Colonelle est un mec hétéro qui se convertit à l’homosexualité masculine, ou qui découvre en elle (en lui ?) un potentiel homosexuel érotique, grâce à Jacky ; politiquement, ça n’a pas du tout le même sens.

    Enfin bref, je trouve que cet article manque complètement son but en refusant, sans aucune précaution méthodologique, de prendre en compte l’ambiguïté qui est au fondement même du principe esthétique de l’inversion des rôles, et en tirant l’ensemble dans un sens qui, à mon humble avis, confine parfois au délire interprétatif.

    • Bonjour Ggauvain,
      Je reconnait être pleine de paradoxes :)
      Juste à propos de la burqa et de l’islamophobie. Dans le film, le vêtement que porte les hommes (qui sont des femmes inversés) n’est pas exactement une burqa. Le choix du mot burqa ne me semble pas très judicieux pour désigné le costule du film. Le réal parle de « voilerie » ce qui est tout de même une allusion lourd/lourdingue au voile. Le voile est d’ailleurs plus typique de l’islam que la burqa qui n’est porté qu’en Afghanistan, en Arabie Sahoudit je croi que c’est le niqab. Il faut quant même se souvenir que ce film est français et aborde l’inversion des rôles dans un contexte politique français qui viens de se bouffer 15-20 ans de « débat sur le voile » avec des lois dites « laïques » pour déscolarisé certaines adolescentes ou interdire l’accès à l’emploi aux musulmanes voilées. Et qui se traduit actuelement par des agression physiques de femmes dans la rue au pretexte de leur voilerie. Alors je sais bien qu’il y a des voileries dans d’autres cultures que l’Islam, et de la polygamie aussi, mais dans le contexte d’un film français diffusé en France je ne peu pas gober que la voilerie et la polyandrie inversé n’aurais pas de rapport avec le voile islamique et la polygynie musulmane.
      J’ai pas vu le film, et je veux bien qu’il y ai d’autres piques par exemple avec la Corée du nord, mais ca me semble moins brulant de dénoncé le péril nord coréen que de faire monter l’islamophobie en mayonnaise franchouillarde. Et ils me font un pue l’impression de cache misère islamophobique. Et j’avoue que d’apprendre que le réal est un dessinateur publié dans Charlie hebdo ne m’aide pas à ôter ce soupçon.

      En plus ce coté dictatorial islamo-fascho-coco qui sert de contexte à cette matriarchie fictive me semble bizarre. Si on rejoue l’inversion, c’est comme si le film voulait dire que le patriarcat c’est uniquement lorsque les hommes sont polygynes, portent des uniformes militaires, voilent les femmes et vivent dans des maison toutes pareil. Si on ne vie pas comme cela alors ca va, on est pas macho et ca ne me semble pas trop ressemblé au vécu des français·es.

      Enfin comme je l’ai dit sur le forum, j’ai écouté une interview de Sattouf qui m’a tout particulièrement déplu
      http://www.franceinter.fr/emission-les-femmes-toute-une-histoire-riad-sattouf-pour-jacky-au-royaume-des-filles
      en particulier la fin ou il explique que la moralité de son film c’est qu’il faut choisir entre a)La famille ou b)La liberté sexuelle. J’ai beau retourné sa « moral » dans tout les sens, je n’y voie que de la bouillie réactionnaire.

      Bonne soirée

      • « En plus ce coté dictatorial islamo-fascho-coco qui sert de contexte à cette matriarchie fictive me semble bizarre. Si on rejoue l’inversion, c’est comme si le film voulait dire que le patriarcat c’est uniquement lorsque les hommes sont polygynes, portent des uniformes militaires, voilent les femmes et vivent dans des maison toutes pareil. Si on ne vie pas comme cela alors ca va, on est pas macho et ca ne me semble pas trop ressemblé au vécu des français·es. »

        Je ne sais pas, c’est une satire dystopique, dans ce genre de fiction, on exagère des caractéristiques pour les rendre plus visibles pour parler du temps présent ou de comment pourrait évoluer le temps présent.

        « en particulier la fin ou il explique que la moralité de son film c’est qu’il faut choisir entre a)La famille ou b)La liberté sexuelle. J’ai beau retourné sa « moral » dans tout les sens, je n’y voie que de la bouillie réactionnaire. »

        Cette position pourrait pourtant être tenue par un-e progressiste, qui considèrerait le concept de famille comme réactionnaire et contradictoire avec une liberté sexuelle. Est-ce qu’il est plus spécifique ? Et choisi explicitement entre A) et B) ?

        Ce que je lis sur ce film (que je n’ai pas vu et que je ne veux pas voir) me fait me demander s’il n’y a pas une confusion entre l’interprétation d’un film et l’interprétation des intentions de l’auteur. Et donc, par extension, si l’on est intéressé par l’idée de savoir ce que serait « réellement » un film « en soi » et ce que l’on peut en faire (comme food for thought) – une troisième manière serait d’analyser les interprétations du film, et de faire un métadiscours qui traiterait des manière dont il est compris.

        • @ burgu

          « Je ne sais pas, c’est une satire dystopique, dans ce genre de fiction, on exagère des caractéristiques pour les rendre plus visibles pour parler du temps présent ou de comment pourrait évoluer le temps présent. »

          Un des gros problèmes de cet argument pour défendre Jacky, c’est que le film ne fait pas une satire de notre société (française actuelle), mais qu’il déplace sa critique vers un « ailleurs » (comme le dit Meg, une sorte de monde « islamo-fascho-coco »), donc un monde bien loin de nous, et qui ne nous concerne donc pas directement. Je pourrais entendre cet argument si on parlait du court-métrage « Majorité Opprimée », qui repose sur un principe équivalent en essayant d’inverser notre société, mais avec Jacky j’ai vraiment du mal. Je vois vraiment pas comment ce film pourrait provoquer chez les gens qui vont le voir une réflexion du genre « ah ouais c’est ça en fait la domination masculine qui touche notre société ». Ce que ça suscite plutôt à mon avis, c’est du racisme ou de l’islamophobie à base de « oulala c’est craignos quand même dans ces pays où ils voilent les femmes et où y a des dictatures, y a pas à dire chez nous c’est pas comme ça, on est mieux chez nous, etc. ».

          Vous voyez ce que je veux dire ?

          • Dans un interview le réal parlait d’un conte philosophique à la Candide ca me semble plus juste que de parlé d’une dystopie. La dystopie sert à dénoncé un travers de notre époque en le poussant à son paroxisme dans un future imaginaire. Et à part dans l’esprit tordu de quelques masculinistes à la Zemmour ou Berivik je ne voie pas les femmes vouloir instauré une dictature à base de culte des poneys….
            Et pour l’aspect conte philosophique il est tellement loin de nous qu’il en deviens inoffencisf et je ne comprend pas trop ce qu’il dénonce mis à part le voile, sujet hyper rabattu et facile à dénoncé qui n’a pas d’intérêt à part faire mousser les ventes de Charlie Hebdo et les scores du FN.

    • Juste sur l’islamophobie et le racisme du film, que vous récusez. A mon avis, nier l’islamophobie du film (comme vous le faites) ne peut se faire qu’à condition d’ignorer totalement le contexte politique et idéologique dans lequel il est produit et reçu.

      Or le contexte ici, c’est celui d’une islamophobie omniprésente, et en particulier un ensemble de discours qui instrumentalisent le féminisme à des fins racistes, CE QUE FAIT PRECISEMENT CE FILM. Donc Riad Sattouf ne fait pas une référence innocente et parmi d’autres à l’islam, mais il s’inscrit au contraire pleinement dans un ensemble de discours islamophobes dominants dans l’espace médiatique (au moins depuis 10 ans et le vote de la loi sur les « signes religieux ostensibles ». cf. : http://lmsi.net/Elements-d-un-futur-Livre-noir) et qui relèvent de ce que certain-e-s appellent de manière éclairante « fémonationalisme » (cf. par exemple http://www.contretemps.eu/interventions/fondements-politico-%C3%A9conomiques-f%C3%A9monationalisme ou http://www.peripheries.net/article335.html)

      C’est pour ça que je trouve Sattouf bien hypocrite quand il répond aux journalistes qui l’interviewent à propos de la référence à l’islam : « il ne s’agit pas d’une burqa mais d’un vêtement qui évoque plein de religions, parce que je voulais pas critiquer l’islam mais les superstitions en général, patati patata ». Alors que pour tous les gens qui voient le film aujourd’hui en France, cette tenue évoque avant tout une burqa (j’en veux pour preuve le fait que tou-te-s les journalistes qui l’interviewent à ce sujet (à ma connaissance) parlent de burqa. Donc soit illes sont tou-te-s à côté de la plaque, soit y a bien quelque chose de problématique dans les représentations véhiculées par le film aujourd’hui en France). Autre indice qui peut paraître anecdotique mais qui ne l’est sûrement pas : le fait que Sattouf contribue à Charlie Hebdo, journal à la pointe de l’islamophobie. J’ai du mal à n’y voir qu’une coïncidence…

      Pour résumer, refuser de voir le dispositif du film comme islamophobe comme vous le faites revient à mon avis à abstraire le film de son contexte de réception, ce qui est loin d’être innocent politiquement. Pour moi, cela revient au final à la posture libérale typique qui nie les rapports d’oppression et les systèmes d’oppression (ici raciste) dont les individus et les représentations sont parties prenantes. C’est exactement ce que vous faites quand vous dites « j’aimerais bien qu’on ne considère pas comme islamophobe le fait de faire référence, parmi d’autres situations et pays, à la situation réelle des femmes en Arabie saoudite ! ». Evidemment que cette référence n’est pas « en soi » islamophobe (ce qui, au passage, ne veut rien dire pour moi), mais en tout cas, sous cette forme (fémonationaliste) et dans notre contexte français (islamophobe), elle l’est.

      Est-ce que vous voyez ce que je veux dire ?

      • Mince, je viens de me rendre compte que mon commentaire fait doublon avec ta réponse Meg, j’avais pas vu que tu avais déjà répondu, on a dû l’écrire en même temps, désolé.
        En plus je dis à peu près exactement la même chose que toi…
        Mauvaise synchronisation…
        Ton perroquet, pour te servir :-)

  3. Je vous conseille vivement de lire l’interview de Riad Sattouf dans So Film, c’est éclairant sur ses intentions et son imaginaire. Et il m’a tout l’air très très loin d’être sexiste, raciste et islamophobe.

    • Oui j’avais lu cette interview en diagonale et c’était effectivement moins pire que ce à quoi je m’attendais étant donné ce que j’avais entendu de Jacky. Après c’est loin d’être la panacée je trouve !

      Par exemple, je me souviens qu’il passe dans cette interview comme quelqu’un qui critique la virilité, notamment dans sa série de BDs Pascal Brutal. Personnellement, ces BDs me font hurler de rire, elles font partie de mes préférées, mais politiquement elles me laissent quand même plus que sceptique, au moins pour deux raisons.

      D’abord parce que la virilité est présentée, dans la figure de Pascal, comme quelque chose de plus pathétique qu’opprimant (opprimant pour les femmes je veux dire bien sûr). Sattouf déclare dans So film des trucs du genre « dans Pascal Brutal, je me fous de la gueule de Pascal, parce que c’est un abruti, il est pathétique, etc. ». Jamais cette virilité est reliée à la domination masculine, alors que dans la réalité, elle en est à mon avis indissociable. Si je me souviens bien (mais il faudrait que je relise les BDs pour être sûr), on ne voit pas dans les BDs Pascal qui exercerait une domination sur les femmes. Au final, la virilité de Pascal est juste ridicule. Pour moi, ça c’est une conception de la virilité dépolitisante qui nie le rapport d’oppression que les hommes exercent sur les femmes.

      Et, autre point qui est lié au précédent, cette critique de la virilité a tendance à réserver le sexisme à une certaine catégorie d’hommes (ceux qui sont outrancièrement virils comme Pascal). Et du coup, les autres hommes (comme Sattouf lui-même) sont comme dédouanés par magie de tout sexisme. Or le patriarcat profite à TOUS les hommes, et le sexisme et la virilité prennent plein de formes, qui ne se réduisent pas au fait de faire de la muscu, de mettre des débardeurs blancs et de faire de la moto. Vous voyez ce que je veux dire ?

      Un autre truc qui me laisse sceptique quant au « féminisme » de Riad Sattouf (puisque lui-même accepte de se définir comme « (pro)-féministe » dans des interviews), c’est le fait qu’il lui arrive d’utiliser des expressions comme « je suis pour que la femme soit égale à l’homme» (peut-être qu’il le fait dans l’interview de So foot, je m’en souviens plus si c’était là). Ça peut paraître un peu anecdotique, mais c’est à mon avis le signe que ce type n’a jamais lu ou écouté de féministe et ne s’intéresse pas au féminisme (ou alors de trèèèèès loin), car sinon il dirait pas « la femme », mais « les femmes ». Personnellement je trouve plutôt très craignos de la part d’un mec de faire un film soi-disant sur la domination masculine en étant aussi peu au fait des bases du féminisme (à savoir ici en l’occurrence le refus du vocabulaire essentialisant).

  4. Paul Rigouste et Meg, je vois tout à fait ce que vous voulez dire, mais je ne suis pas d’accord. Votre propos revient en fait à dire qu’il ne faut pas montrer dans un film des choses qui, quelles que soient même la bonne foi et la sincérité du réalisateur, pourrait être utilisé ou compris dans un sens islamophobe… On ne peut pas parler de polygynie, parce que « dans le contexte français », ça renforce l’islamophobie. On ne peut pas parler de la situation des femmes en Arabie saoudite, parce que « dans le contexte français », ça renforce l’islamophobie. On ne peut pas montrer de femmes soumises à l’injonction vestimentaire de se couvrir, parce que « dans le contexte français », ça renforce l’islamophobie.

    Votre argumentaire fonctionnerait exactement de la même manière avec une oeuvre qui ne serait pas une fiction : un documentaire, ou un repartage journalistique, sur les femmes en Arabie saoudite, même très bien fait et très éclairé, pourrait tomber sous le coup de votre critique, en mode « ça va entretenir l’islamophobie ».

    Mais c’est le réel qui est islamophobe, à ce compte-là. Que des femmes soient opprimées au nom de l’islam, c’est la vérité. Et que certains pays musulmans comptent parmi ceux où les droits des femmes sont les moins enviables, c’est AUSSI une réalité. Dans la mesure où le film représente deux choses, le patriarcat et la dictature, d’une manière volontairement caricaturale et extrême, c’est LOGIQUE qu’il aille chercher les exemples où ils sont (et du coup, je trouve que la critique de Meg selon laquelle le film dédouane les hommes français de sexisme n’est pas pertinente du tout). Je crois que le réel est en soi ambigu, on peut le tirer dans le sens qu’on veut, islamophobe ou non, antisexiste ou non… Et je ne pense pas que Raid Sattouf ait une quelconque obligation morale d’assortir son film d’un surdiscours envahissant destiné à bloquer toute liberté dans l’interprétation.

    • Coucou Ggauvain,

      Je répond juste sur l’argumentaire, pas du tout sur le fond car je n’ai pas vu le film en question, alors je ne sais pas si il est islamophobe ou pas, ou sexiste ou pas.

      Du coup je répond juste sur le principe, à savoir « Et je ne pense pas que Riad Sattouf ait une quelconque obligation morale d’assortir son film d’un surdiscours envahissant destiné à bloquer toute liberté dans l’interprétation. »

      Alors perso je préfère parler d’éthique, plutôt que morale, parce-que je trouve que le mot « morale » a une connotation trop religieuse à mon goût.
      Tout ça pour dire que lorsque je parle d’éthique, je me réfère à ce que vous appelez la morale.

      Et donc en fait, je ne parlerais pas d’obligation, mais plutôt de choix.

      J’ai l’impression qu’un des principes fondamental de l’éthique c’est qu’on est responsable pour les effets raisonnablement prévisibles de nos actions. Ça me parait une base assez bonne (même si il y a un flou dans le « raisonnablement prévisible », bien entendu) pour commencer.

      Du coup, en partant de là, et reprenant l’exemple du documentaire sur les femmes en Arabie Saoudite, la question que je me poserais c’est « En quoi ce documentaire va changer la condition de ces femmes? », et si ma réponse est « en rien », la question qui vient juste après, pour moi, c’est « Qu’est-ce qu’il risque de faire alors ce documentaire, lors de sa diffusion en France? »*.

      Je reprends un truc que disait Chomsky lorsque il prenait des critiques du genre « Pourquoi vous ne faites que critiquer les crimes des Etats-Unis et non pas ceux de l’URSS? ». Outre le fait que c’était factuellement faux car il se trouve qu’il a aussi beaucoup critiquer l’URSS, sa réponse était à mon avis absolument pertinente, à savoir « Parce que les crimes des Etats-Unis, je peux faire quelque chose pour les changer, car c’est mon gouvernement qui les perpétue », et également il répondait, encore une fois de manière très juste à mon avis (je paraphrase, bien entendu) « En sachant que mon gouvernement est actuellement en guerre contre l’URSS et que cette guerre est une guerre de propagande, quel serait l’effet raisonnablement prévisible si je passais mon temps à critiquer les crimes (bien réels) de l’URSS? Et bien non seulement cela n’aurait aucun effet sur les crimes de l’URSS, mais cela aurait l’effet très concret de permettre à mon gouvernement de continuer à commettre les crimes qu’il commet. Or, en critiquant et en dénonçant les crimes de mon gouvernement, je participe à la possibilité de les voir s’arrêter. »

      Je pense que c’est dans ce sens qu’il faut peut-être envisager la part d’éthique qui existe dans l’élaboration, la production et la diffusion d’une œuvre culturelle.

      D’où l’idée que c’est un choix politique. Soit on choisit d’être ambigüe et laisser une part d’interprétation, en sachant que cela pourrait très bien alimenter des oppressions que par ailleurs l’on condamne (l’islamophobie, dans le cas présent), soit l’on cherche à réfléchir aux effets raisonnablement prévisibles de nos actions, et on agit en conséquence.
      Je sais qu’en disant ça je nage à contre-courant de la plupart des idées reçues sur l’art et les oeuvres culturelles, surtout le cinéma en France. Car le paradigme archi-dominant en France, c’est qu’il faut se contenter d’une critique formelle des oeuvres, et donc au sein de ce paradigme-là, ce qui est ambigüe, libre d’interprétation, et flou, est souvent valorisé.
      Mais d’où l’idée que c’est un choix politique, un choix éthique, et non pas une obligation.
      Perso, je ne dis pas « Tu dois réfléchir à tout ça lorsque tu fais un film », je dis plutôt « Faire l’économie de cette réflexion est un choix politique, et du coup je pense que ce que tu fais est critiquable. »

      Alors pour l’exemple que prend Chomsky, perso cela me semble clair. Il se peut que pour le film en question ça le soit beaucoup moins, j’en sais rien. Je pense juste que la prémisse (sur comment agir éthiquement) est assez intéressante à réfléchir.

      Pour l’exemple du documentaire, il me parait assez clair que l’effet d’un tel documentaire sur la vie des femmes en question serait exactement zéro, mais par contre l’effet sur les communautés musulmanes françaises (qui, je suis sur que vous l’avez remarqué, vivent une stigmatisation assez poussée en ce moment, ce qui a bien sur des effets concrets sur le vivre-ensemble) seraient assez grande, à mon avis.

      Du coup j’ai bien peur que si l’on ne prenne pas en compte le contexte dans lequel on agit, l’on sombre dans l’idéalisme le plus abstrait et le plus libéral qui soit.

      Alors la question du contexte est difficile, car on ne s’entendra peut-être pas sur la réalité du contexte dans lequel on évolue. Je ne suis donc pas en train de dire qu’il existerait une formule magique qui expliquerait comment on agit de manière éthique, ça serait absurde, vu que la notion d’éthique est une notion humaine, qui varie selon les époques, les cultures etc.
      Et je pense même que ce qui ressort de ce principe d’éthique, c’est que la même action peut-être éthique dans un contexte et pas du tout éthique dans un autre.

      Mais il me semble que si l’on arrive à s’entendre sur le fait qu’on est responsable des effets raisonnablement prévisibles de nos actions, il se peut que Riad Sattouf ait fait l’économie d’une telle réflexion lorsqu’il à fait son film (mais j’en sais rien, je le répète), et je pense que des personnes françaises qui feraient le documentaire dont vous parlez pour qu’il soit diffusé en France, seraient très certainement en train de faire l’économie d’une telle réflexion. Ou alors, bien plus grave, le ferait en connaissance de cause, précisément pour stigmatiser les musulman-e-s en France.

      Tout ça pour dire que la question du contexte est à mon avis absolument centrale, car sans ça, il me semble impossible de réfléchir politiquement (et donc éthiquement) aux questions que posent les œuvres culturelles.

      Autrement dit, pour avoir un regard éthique sur ce que quelqu’un-e est en train de dénoncer ou critiquer, il est impossible de se passer de la prise en compte des effets probables sur le contexte dans lequel s’effectue cette dénonciation ou cette critique.
      Car on est responsable de ce que nous on peut changer, affecter, influencer. On est pas responsable de ce qu’on ne peut pas changer, affecter, influencer.
      Et donc certaines critiques me semble éthiquement défendable, d’autre pas, et ce MÊME si elles dénoncent une réalité, pour les raisons que j’ai expliqué et que j’espère sont claires, même si je ne sais pas si mon post brille par sa clarté :-)

      *Une question annexe serait même « Est-ce que dans l’élaboration de ce documentaire, son financement, sa création, sa production et sa diffusion, y a-t-il une volonté (qui tient la route) de changer la condition de ces femmes? », mais je pense que cette question reste annexe car elle a avoir avec les intentions derrière le truc. Et en même temps la question des financements n’est JAMAIS à mon avis à ignorer, car le financement se fait toujours dans un contexte politique particulier, avec des intérêts politiques derrières. Car pour critiquer les autres pays, les autres cultures, les politiques étrangères des autres pays, il y a souvent des sous. Pour critiquer les politiques étrangères de la France, ou alors la culture Française (ou une facette de la culture Française), il y en a souvent moins, et ce n’est pas un hasard, bien entendu.

      • Merci pour votre réponse. Cela dit, quand vous écrivez :

        « J’ai l’impression qu’un des principes fondamental de l’éthique c’est qu’on est responsable pour les effets raisonnablement prévisibles de nos actions. Ça me parait une base assez bonne (même si il y a un flou dans le « raisonnablement prévisible », bien entendu) pour commencer. »

        Je ne suis pas d’accord. C’est un vieux débat et on ne le tranchera pas là ; en philosophie morale vous seriez dans le camp de ceux/celles qu’on appelle « conséquentialistes », mais ce n’est pas tellement mon cas. En particulier, dans tout un tas de domaines (pas forcément tou-te-s…), il me semble que lorsqu’on prend la parole pour dire quelque chose, on est comptable de la *vérité* de ce qu’on dit bien plus que des *effets* de ce qu’on dit. Je pense qu’il faut distinguer différents régimes de parole à ce propos, et qu’un discours militant, à la Chomsky, n’est pas équivalent à un discours artistique, à un discours d’information style reportage, ou à un discours scientifique. Cela étant dit, je pense que dans bien des cas, sinon tous, prendre la parole pour la soumettre à autre chose qu’à la vérité, c’est une contradiction performative.

        Et puis je suis radicalement en désaccord avec votre critique de l’ambiguïté. Je me souviens d’un article de ce site, signé Paul Rigouste, je crois, sur le film Black Swann, où il était reproché à ce film d’être ambigu, d’offrir plusieurs lectures possibles… Or je ne vois pas comment on peut reprocher à une oeuvre d’art d’être « ambiguë » si cette oeuvre reproduit fidèlement une réalité qui est elle-même ambiguë, ou contradictoire si vous préférez (ces deux termes sont à peu près synonymes à mes yeux) – et je pense que la plupart des éléments du réel sont, de fait, contradictoires. En l’occurrence, sur la question de la place des femmes dans l’islam, ou de la place des femmes dans certains pays musulmans, vous avez d’emblée deux grilles de lecture possibles : une grille « genrée » et une grille raciale/religieuse. Les deux se superposent, et le réel lui-même est surdéterminé. Représenter ce réel, c’est forcément offrir aux spectateur/trice-s un spectacle confus et « ambigu », contradictoire, où chacun-e pourra privilégier une grille ou l’autre, neutraliser telle ou telle dimension, etc.

        Sinon, sur le contexte islamophobe, je suis d’accord avec vous. Mais je ne considère pas « libéral » et « abstrait » comme des reproches :)

        • Coucou Ggauvain,

          Il y a des trucs que je ne comprends pas dans ce que vous dites, et d’autres avec lesquels je ne suis pas d’accord (parce que je les trouve dangereux politiquement) :

          1/ Votre posture « anti-conséquentialiste » (ou « a-conséquentialiste », je ne sais pas comment vous vous définiriez positivement, « déontologue » peut-être ?). Ce n’est pas parce que c’est un « vieux débat » qu’il n’est pas encore d’actualité ;-), et peut-être aussi que c’est pas très grave si on ne le « tranche pas » ici, expliciter nos positions respectives pourrait déjà être intéressant à mon avis, car on en verrait peut-être un peu mieux leur présupposés politiques ainsi que leurs conséquences politiques (ce qui est, personnellement, ce qui m’intéresse le plus).

          Donc pour vous, prendre en compte les conséquences que les actes et discours ont sur les gens, ce n’est pas une priorité ? C’est quoi alors la priorité ? Se conformer à la loi morale en vous ? Au dix commandements ? Je blague mais c’est une vraie question, car personnellement, je ne vois pas comment on peut mettre au second plan les effets sur les personnes concrètes quand on se demande comment agir… Pour moi, ça ne peut conduire qu’à cautionner ou justifier des choses horribles au nom de « principes supérieurs » totalement abstraits, ce qur je trouve très dangereux politiquement.

          2/ Vous parlez de « vérité » et de « représentation du réel ». Vous semblez partir du principe que le cinéma « représente la réalité » (ou devrait avoir pour tâche de représenter « la réalité ») (dites-moi quelle est votre position là-dessus car je ne vous trouve pas totalement clair). Pour moi, le cinéma ne « représente pas la réalité » au sens où il serait un miroir, ou un reflet. Les représentations qu’il propose sont des constructions (et pas des reflets du réel). Faire un film, c’est inventer des personnages, inventer des dialogues, filmer des acteurs/trices d’une certaine manière, monter ces images et ces sons d’une certaine manière, etc. Du coup, cela consiste en une suite de choix, qui sont à chaque fois politiques. Je ne développe pas car ça me semble évident, mais dites moi si ça ne l’est pas pour vous.

          Du coup, votre manière de défendre le film en disant qu’il ne fait que représenter fidèlement « le réel » me semble assez fumeuse. Parce que cela revient à évacuer totalement la question de comment cette « réalité » est représentée, pour reprendre vos termes ? Ou encore, cela revient à évacuer la question des positions politiques tenues par le film, les normes qu’il véhicule, ce qu’il permet ou encourage, etc. Donc, encore une fois, je vois ça comme une manière de refuser de voir les effets politiques des représentations. Est-ce que vous voyez ce que je veux dire ?

          3/ Je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire quand vous affirmez que « le réel est surdéterminé » ou « contradictoire ». Pouvez-vous préciser concrètement ce que ça peut vouloir dire à propos des thèmes brassés par Jacky (domination masculine, femmes voilées, islam, etc.) ?

        • Coucou Ggauvain,

          Vous avez raison on ne va pas trancher une question comme ça ici. Je pense toutefois que c’est une question assez importante, et je rejoins les questions que vous a posé Paul.

          Je pense que votre conception de « la vérité » est abstraite, philosophique, et donc naïve.
          Pour moi, il n’y a pas de « vérité » avec un grand V, dans ce sens là je suis plutôt Nietzschéen (sans le côté misogyne, évidemment). Je pense qu’il est beaucoup plus pertinent de parler en terme de points de vue sur le réel, et donc d’interprétations.
          Et les points de vue que l’on a sur quelque chose dépend grandement, pour moi, de notre vécu, de notre socialisation, de nos valeurs etc.

          Pour en revenir à votre distinction des différents discours, je ne fais pas (vous vous en doutiez surement) de distinction entre les différents types de discours, mais seulement du point de vue que l’on peut avoir dessus. Et ici, ce qui m’intéresse c’est le point de vue politique, car tous les discours dont vous parlez ont a leur fondement un point de vue sur le monde, qui est un point de vue en partie (en partie assez grande à mon avis) déterminé politiquement (au sens large du terme. par exemple l’éducation différencié que l’on donne aux enfants mâles et aux enfants femelle dans le but qu’illes deviennent un jour des hommes et des femmes, et que les hommes dominent les femmes, c’est politique).

          Donc un documentaire (même comportant plein de « vérités » sur la condition des femmes en Arabie Saoudite), mais qui est produit et diffusé dans un contexte où il ne peut avoir d’effets concrets sur ce qu’il prétend décrire, pose largement question éthiquement (et donc politiquement) parlant.

          Il est incroyablement naïf (voire de l’aveuglement volontaire) à mon avis de penser qu’un documentaire, un film, un discours quelconque se construit et se diffuse dans le vide. Ce n’est pas le cas, il se produit et se diffuse dans un contexte, social notamment, dans lequel opère des systèmes d’oppressions.
          Pour prendre le cas de Chomsky, il dit une chose qui est un truisme à mon avis, c’est à dire qu’un système de pouvoir va de manière tout à fait logique encourager les discours qui le montre sous une bonne lumière, et empêcher les discours qui le critique, car le pouvoir vise avant tout sa propre reproduction.

          Donc à mon avis, parler de « vérité » de manière aussi naïve, c’est explicitement fermer les yeux sur les enjeux politiques qui encouragent la production et la diffusion massive de certaines « vérités » au profits d’autres. (J’omets bien sûr le mensonge et la désinformation, qui sont largement des outils du pouvoir, mais c’est parce que juste ici ce n’est pas le propos).
          C’est absolument fondamental politiquement, de se poser la question de qui parle et dans quel contexte, surtout lorsque l’on consomme de l’information (qu’on ne produit pas, bien entendu, vu que nous vivons dans un système où les moyens de production et de diffusion d’informations est tout sauf démocratique).

          Alors oui, a priori l’Arabie Saoudite est un pays qui craint complètement niveau droits des femmes. Et si j’étais en Arabie Saoudite, je penserais (peut-être, parce que j’ai pas non plus envie de prétendre ici que je connais le contexte Saoudien même vaguement) qu’un documentaire telle que vous décriviez*, serait une chose très intéressante et à diffuser massivement.
          Pour être clair, en France, le contexte n’est pas le même, et donc ça change LE PROPOS MÊME du discours, à mon avis.
          Je reprends l’exemple d’un tel documentaire parce que je pense qu’il correspond assez bien à comment le féminisme est souvent détourné ou instrumentalisé à des fins racistes et islamophobes.
          Je dirais même qu’un tel documentaire aurait non seulement zéro effet sur les femmes en question, ainsi qu’un effet de renforcement de l’islamophobie en France, MAIS EN PLUS aurait un effet négatif sur le féminisme en France, car un tel documentaire permettrait très largement aux discours hostiles au féminisme de dire « vous voyez, là-bas elles ont des vraies problèmes, alors de quoi vous plaignez-vous? » (C’est d’ailleurs des discours que j’ai déjà entendu explicitement prononcé, y compris par des personnes qui se disent progressistes).

          (Petite Parenthèse juste pour dire que, bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il faut juste se dire « bon bin les femmes Saoudienne, on s’en fout », et d’ailleurs il existe des mouvements de solidarités féministes internationales. Du peu que j’ai discuté avec des nanas qui sont investies dans ce genre de truc, il me semble qu’un des trucs qui ressortaient énormément c’est qu’elles ont dû re-penser leur approche au féminisme, car elles se sont rendu-compte que leur discours de femmes (souvent blanches) Françaises étaient totalement hors-contexte pour plein d’autres femmes, qui vivent dans d’autres réalités. Ce n’est pas pour autant qu’elles pensaient que leurs discours initial était « faux », mais elles se sont rendu-compte assez rapidement qu’il était contre-productif de penser en terme de discours (et donc de valeurs, de modes d’actions, de militantisme etc.) « vrai » ou pas. Après je ne prétend pas du tout mais alors du tout avoir une expertise sur ce sujet là, bien évidemment. Je ferme la parenthèse)

          Un autre exemple. Une personne**, aux Etats-Unis, qui passait son temps à parler des crimes (bien réels) de Saddam Hussein (et rien d’autre) au moment de l’invasion de l’Irak (la deuxième, disons) NE PEUT PAS à mon avis prétendre que son discours signifie la même chose qu’une personne Irakienne qui critique les mêmes crimes de Saddam Hussein au sein de l’Irak, entre les deux guerres. Dans le premier cas, son propos (vrai) alimente de façon très claire un projet impérialiste des Etats-Unis (envahir l’Irak). Son propos, bien que vrai, ne peut pas à mon avis être dit éthique (à moins bien entendu que l’on soit d’accord avec l’interventionnisme impérialiste et néo-colonialiste des pays du Nord comme les USA et le Royaume-Uni, et dans d’autres cas la France et d’autres pays).
          Encore une fois, il me semble que dire que le caractère éthique d’un propos est déterminé uniquement par la véracité de celui-ci est totalement naïf, à tel point que cela devient contre-productif politiquement.

          Je pense, sur l’ambiguïté, que cela rejoins la question politique, et je rejoins les questions de Paul là-dessus. Parce que lorsque vous dites ça, moi ça me fait échos aux gens qui disent « ah oui mais le patriarcat ce n’est pas si simple, la domination des hommes sur les femmes, c’est ambigüe, c’est complexe, c’est confus », ou d’autres trucs de ce genre.

          Et du coup je pense qu’il y a des chance qu’on ne soit pas d’accord sur la question du patriarcat, des classes de sexe, des intérêts matériels qu’ont les hommes à voir reproduire leur suprématie etc. :-)

          *Ici il y a quand même un énorme problème, c’est qu’il faut toujours se poser la question de QUI fait un tel documentaire. Les documentaires ne sont jamais neutres, objectifs etc. D’ailleurs les documentaires ont des scénarios écrits la vaste majorité du temps. Et le propos qui va s’en dégager ne sera pas les mêmes suivants les a prioris politiques des personnes qui le font, leurs vécus (donc si c’est des hommes, des femmes, des noir-e-s, des blanc-he-s, des arabes, des personnes valides ou pas etc.), qui les finance etc.
          Donc l’idée d’un documentaire « vrai » me fait quand même bien rigoler dans l’absolu.
          Ce que je dis sur les documentaires est d’autant plus vrai pour les films, qui sont d’autant plus des suites de choix politiques comme le dit Paul.

          **Comme il y en a eu des multitudes, invité-e-s sur les plateaux télé, à la radio, vraiment partout. Et je pense que cela pose encore une fois la question « Qui diffuse les informations (même vrais), à quel(s) moment(s), et pourquoi? »

  5. Juste un commentaire rapide sur l’éthique quand Liam dit :

    « J’ai l’impression qu’un des principes fondamental de l’éthique c’est qu’on est responsable pour les effets raisonnablement prévisibles de nos actions. »

    Je crois que c’est une des meilleurs définitions que je n’ai jamais lu. Simple et concise.

    Je crois aussi que c’est extrêmement important parce que c’est une des bases fondamentales (j’insiste sur le terme) que se base l’essentiel de la critique sociale et politique des films qu’on peut lire sur ce site.

    Et à mon avis, c’est une excellente base, souvent mécomprise.

    La plupart des critiques qui sont adressées à ce site sont faites sur la base de cette incompréhension, de cette méprise.

    Il ne s’agit pas (du moins si je le comprend bien) de faire la critique des « intentions » des auteurs ou de leur talent artistique, ou même du fait que certains soient effectivement techniquement brillant (je ne sais plus quelle auteure du site reconnaissait apprécier de Drive au son aspect technique et cinématographique en dépit de sa critique féministe).

    Il s’agit, comme le dit Paul, de critiquer le contenu réel dans le contexte où ils sont « produits et reçus ». C’est à dire en analysant des films en les contextualisant. Malgré le caractère prétendument « intemporel » (je dirai plutôt actuel, ou « contemporain ») les chefs d’oeuvres et les pires nanares, qu’ils soient basse propagande ou véritable subversion, n’existent pas en dehors de leur époque, et du contexte politique et social de celle-ci.

    Ce n’est qu’en reconnaissant qu’ils sont politiques dans la mesure où ils existent comme un produit de leur époque que la critique émise de manière générale sur ce site est audible, intelligible, compréhensible. Si on refuse ce préalable, qui implique un positionnement éthique (reconnaitre la responsabilité des auteurs dans leur oeuvre, même lorsqu’elle leur « échappe ») : aucune critique n’a d’ailleurs de sens.

    Bien entendu, même en acceptant ce prédicat, on n’est pas obligé d’adhérer à toutes les critiques qu’on peut lire sur ce site (au contraire, d’où l’intérêt des commentaires et du forum)

    Mais je crois qu le seul débouché réel de ce type de rejet c’est d’ailleurs soit l’individualisme le plus typiquement libéral (très répandu dans la culture française, notamment « de gauche »), soit le nihilisme (qui a au moins la prétention d’être subversif). Entre les deux il n’y a rien.

    Je suis par ailleurs complètement d’accord avec l’article de Métric, et les critiques et contributions de Meg, Liam et Paul qui pour moi le complètent.

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