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Une journée devant Gulli

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Sur Internet – beaucoup sur ce site, on peut trouver des critiques de Disney ou de Pixar de points de vue féministes, anti-racistes, anti-spécistes ou anti-classistes.

Les dessins animés du quotidien qui passent à la télé semblent échapper miraculeusement à ces critiques. Pourtant, selon Eurodata TV Worldwide, les enfants européens passent en moyenne deux heures par jour devant la télévision. Ce qu’illes regardent, les parents ne le savent pas précisément et n’ont pas à s’en soucier outre mesure grâce à une invention géniale : les chaînes pour enfants, qui évitent à leurs bambins de se retrouver devant le dernier Saw. On aurait tendance à penser qu’un enfant se souviendra davantage du dernier Pixar qu’il a vu au cinéma que des dessins animés qu’il consomme quotidiennement sans forcément y faire très attention mais, à raison d’environ deux heures par jour de visionnage, on ne peut pas nier que ces dessins animés fassent véritablement partie de sa vie et qu’ils vont former sa manière de voir le monde. La question qui se pose alors est : quels messages et quelles normes véhiculent ces dessins animés ? Peut-on vraiment laisser des enfants devant la télé en toute confiance ? Si le logo « Gulli » garantit de les préserver d’images violentes ou sexuellement explicites, les protège-t-illes de contenus discriminants ?

Pour le savoir, rien ne vaut une enquête sur le terrain, à savoir mon canapé. J’ai passé 5h10, divisées en deux fois, à prendre des notes devant Gulli, l’une des chaînes pour enfants les plus populaires auprès des enfants et qui a la confiance des parents. Mon analyse se portera principalement sur les représentations du genre et le sexisme avec quelques remarques sur les représentations raciales car ce sont les éléments que j’ai remarqué, mon œil étant moins acéré pour les questions de spécisme ou de validisme par exemple (mais cela ne veut surtout pas dire qu’il n’y en a pas).

La publicité genrée

Sur Gulli, la pub représente à peu près un cinquième du temps de diffusion. Les pages publicitaires rythment les fins de dessins animés et se répètent : on retrouve les mêmes spots revenant toutes les 15-20 minutes, ce qui les rend diablement efficaces. Est-il stimulant et enrichissant pour les enfants d’être ainsi martelé-es d’injonctions à consommer ? Probablement que non. Il faut en plus se demander quels représentations ces publicités véhiculent :

Les pubs que j’ai vu peuvent être regroupées en plusieurs catégories : celles sans intérêt (« Envoie MIMI au 81212 et reçoit une super sonnerie chat ! »), celles plutôt positives au niveau des représentations, et les autres. On n’a plus à présenter les fameuses publicités Nerf avec leurs armes pour mecs et pour filles, Nerf Rebelle et ses arcs roses. On apprécie également la pub Grandlait qui, pour nous vendre son « lait français de qualité », a besoin d’une fille sautant en grand écart et regardant le spectateur sensuellement en buvant son verre.

gulli01Boire du lait, une véritable passion

On peut ajouter à ce panthéon les pubs Lego avec leurs figurines et voix off masculines pour les Lego pompiers, chevaliers ou policiers, les filles n’ayant droit qu’à Lego Friends où elles peuvent jouer à être amies, coiffeuse ou cuisinière, avoir des animaux et des enfants (Pour les filles : https://www.youtube.com/watch?v=mLjcJGjiyIc ; pour les garçons : https://www.youtube.com/watch?v=cBRFJmTIpuQ)[1].

gulli02Et surtout ne les laissez pas jouer ensemble

Dans la catégorie « paradoxe », on peut citer les différentes pubs pour des produits dérivés du dernier Star Wars : ces pubs montrent des petits garçons, les voix off sont masculines, ce sont clairement les garçons qui sont ciblés … Du coup, on aperçoit rarement Rey, qui est pourtant l’héroïne du dernier opus. Maîtriser la Force ne suffit pas ; être un homme, en revanche, peut aider à être reconnue comme un personnage fondamental. En faisant disparaître Rey, les marques font comprendre aux petites filles qu’elles n’ont pas leur place dans l’univers de Star Wars et maintiennent la séparation artificielle entre « jouets pour garçons » et « jouets pour filles » au détriment même des désirs des consommateurices[2].

Les bandes-annonces pour les films ou séries à venir ne sont pas beaucoup mieux : en les regardant, on comprend rapidement quel public est visé (filles ou garçons, rarement les deux). Les bandes-annonces pour les Marvel sur Disney XD, par exemple, sont saturées de bleu avec une voix off masculine et des personnages exclusivement masculins. Si la chaîne fait quelques efforts dans ses transitions entre pubs et dessins animés (on voit des enfants de diverses identité de genre et de race), ceux-ci sont immédiatement contrebalancés par le contenu publicitaire.

Pendant mes recherches je suis tombée par hasard sur énormément de sites, blogs etc … relayant des pétitions et des articles pour interdire ou davantage encadrer la pub destinée aux enfants. Sur Gulli, les spots bruyants et répétitifs sont monstrueusement efficaces et leurs contenus sont encore plus sexistes que n’importe quel dessins animés. Une loi de ce genre existe déjà en Suède où il est interdit de diffuser de la publicité destinée au moins de douze ans. Le Mouvement pour une Alternative Non-violente propose une pétition en ligne pour qu’une telle loi soit appliquée en France.

Mais le problème de la publicité, particulièrement de la publicité genrée et de celle pour les enfants, est assez énorme pour mériter un article ou même un site pour elle seule. Gulli et les autres chaînes ne diffusent pas que ça (heureusement) et il est temps d’entrer dans le vif du sujet : les dessins animés et les messages qu’ils véhiculent. Je tiens à préciser que je ne m’acharne pas spécialement sur Gulli mais que je m’interroge sur les contenus de toutes les chaînes pour enfants : j’estime seulement que Gulli a, par son accessibilité, un public très large et par conséquent une certaine responsabilité par rapport au choix de ses programmes.

Les dessins animés animaliers : la neutralité du masculin et le trope de la schtroumpfette

Par « dessins animés animaliers », j’entends ceux ayant pour principaux protagonistes des animaux (souvent doués de paroles) et où les humain-es sont des personnages secondaires.

Pendant mon expérience, j’ai pu en regarder trois : Woody Woodpeacker, La Ferme en Folie et Zig et Sharko. Lorsque les personnages principaux de dessins animés sont des animaux, on se retrouve face à un « masculin neutre ». La majorité des animaux à l’écran se veut asexuée/agenrée et est par conséquent …. masculine (on le reconnaît à la voix). Le masculin est le neutre, le normal : les mâles sont « nus », alors que les femelles ont des nattes, des rubans ou des jupes ajoutées pour les distinguer. Ce sont, en quelques sortes, des dédoublements de leurs homologues masculins, la marque du féminin en plus. Celles qui se conforment aux normes du groupe masculin (l’oiseau dans Woody Woodpeacker qui agit exactement comme son frère) deviennent des mecs comme les autres. Celles qui s’éloignent de ces normes (la vache de La Ferme en Folie lorsqu’elle parle de livre, les autres ne lisant visiblement pas) sont moquées et incomprises. En gros, ces personnages féminins ont le choix entre n’être qu’une copie rose de personnage masculin ou être exclu, moqué et ridiculisé.

gulli03Ruban rose = fille

Dans Zig et Sharko, le personnage féminin n’est pas le double d’un autre masculin. C’est un personnage d’une espèce différente de celle du héros et qui ne partage aucune de ses caractéristiques. Ce personnage est-il positif ? Non. Les trois épisodes que j’ai vus suivaient la même trame : un navire avec une cargaison d’objets différente à chaque fois s’échoue sur une île et le méchant Zig (une petite bestiole vicieuse) s’en sert pour tenter d’attraper la sirène de la série (notre personnage féminin). Elle ne se rend jamais compte de rien car Sharko, grand requin viril, fait tout pour la protéger et la séduire pendant qu’elle se coiffe/chante/bronze.

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Ici, le seul personnage féminin est sexualisé, ramené à des activités futiles et complètement inactif, tout juste bon à se faire sauver par un homme. Les deux personnages masculins, Zig et Sharko, sont aussi construits sur des bases sexistes : le méchant est petit, malingre, avec une virilité défaillante tandis que le gentil est hyper-musclé « comme un vrai mec»[3].

En résumé, la représentation du féminin dans ces dessins animés animaliers est concentrée sur un seul personnage (aucun de ces dessins animés ne passe le Bechdel test) qui peut être positif (dans La Ferme en Folie) ou aberrant (Zig et Sharko) et qui suit le trope de la schtroumpfette[4] : face aux nombreux schtroumpfs qui ont chacun leur caractère, la schtroumpfette est seulement « la fille », peu importe son rôle dans la fiction. Elle n’a pas un genre, elle est son genre. Car même si ce personnage est bien écrit et que sa féminité n’est pas dégradée dans le dessin animé, ce qui arrive très rarement, n’avoir qu’un seul personnage féminin ne permet pas, comme avec les personnages masculins, de présenter une diversité de caractère et d’individus.

Un dessin animé où il n’y aurait que des filles et un seul personnage masculin semble inconcevable, alors pourquoi l’inverse nous semble-t-il normal ? La fausse neutralité du masculin (cisgenre et hétérosexuel) fait des ravages : pour exister en tant qu’individu au-delà des stéréotypes de son genre, mieux vaut être né-e mâle.

Les dessins animés avec des personnages humains : stéréotypes de genre jusqu’à la caricature

Les deux dessins animés que j’ai pu voir et que j’ai choisi de ranger dans cette catégorie sont les suivants : A Kind of Magic et Mes Parrains Sont Magiques. Dans ces deux cas, les personnages sont humains (avec de la magie) et les histoires se déroulent dans un cadre plus ou moins réaliste. Dans ces dessins animés, la proportion de femmes à l’écran est plus proche de la réalité (elles représentent plus ou moins la moitié des personnages), mais leur rôle pose problème. Dans A Kind of Magic, il suffit d’un bref coup d’œil pour voir ce qui cloche.

gulli05Charmante famille dans A Kind Of Magic

Le dessin animé permet une grande liberté dans le dessin des personnages (illes peuvent être énormes, minuscules, avec des coupes de cheveux impossibles … ), liberté malheureusement utilisée pour accentuer à l’extrême des stéréotypes de genre. Sur cette image par exemple, on voit un homme immense et musclé : sa femme et sa fille doivent faire un tiers de sa largeur tout au plus. Le troisième personnage féminin, tout à gauche, ne rentre pas dans ce modèle féminin de la grande blonde mince à l’air fragile : c’est un cliché de vieille fille cynique dont les tentatives de séduction sont faites pour dégoûter les spectateurices. Les personnages masculins prennent littéralement toute la place : les personnages féminins présentés comme positifs se doivent, au contraire, d’être fragiles et moins visibles que les hommes. Non seulement les personnages masculins comme féminins sont soumis à des normes genrées improbables mais en plus celles qui touchent les femmes visent à les réduire à un statut décoratif et passif en accentuant la fragilité et la beauté plutôt que des traits de caractère (le petit garçon sourit : on le devine avenant et sympathique) ou des capacités physiques (le père qui paraît très fort)[5]. Le dessin animé joue beaucoup sur les rapports entre le père et la mère pour faire rire : il est présenté comme un gros tas de muscle pas futé infantilisé et manipulé par sa femme capricieuse. Ce ressort comique de « l’homme soumis à sa femme » est récurrent dans la fiction : on est sensé-es rire de cet homme incapable de mater sa femme et qui se conduit comme un enfant. Malgré l’apparente inversion des rôles genrés, ceux-ci sont finalement réaffirmés puisqu’on est poussé à rire de cet homme sans pouvoir (ce gros tas de muscle incapable de se gérer et de faire preuve d’autorité avec ses enfants) et de cette femme qui en a trop (on rit de ses « caprices » et du fait qu’elle soit tout le temps sur le dos de ses enfants).

Les deux femmes adultes de A Kind Of Magic sont enfermées dans des clichés sexistes : la première femme est mère (modèle pointé comme positif malgré ses défauts cités plus hauts) alors que la seconde est célibataire et aigrie (modèle pointé comme négatif). La première pousse au rire condescendant (on lui pardonne ses caprices et ses erreurs) mais la seconde pousse au rire moqueur (le personnage est écrit et dessiné pour inspirer du dégoût aux spectateurices). Les deux enfants, l’adolescente et son petit frère, sont un peu moins soumis-es aux normes de genre dans leur manière de se conduire mais le petit frère a plus d’importance que sa sœur : il s’adresse au spectateur et narre l’histoire alors qu’elle en fait seulement partie et y a un rôle moins important. Dans Mes Parrains sont Magiques, le personnage féminin positif qu’est la marraine fée va de paire avec son mari. Elle n’existe pas indépendamment de lui. L’autre personnage féminin, la baby-sitter (ou peut-être la sœur ?), est présenté comme tyrannique et stupide. Son crime ? Ne pas materner l’enfant, se maquiller et passer du temps au téléphone.

Ces dessins animés semblent rarement aller plus loin que la présentation de personnages stéréotypés à l’extrême. Les personnages féminins sont ceux qui en prennent le plus pour leur grade puisqu’elles sont généralement réduites à la maternité (positive), à la futilité (ridicule) et dépendent souvent de personnages masculins. A l’inverse, les femmes sortant de ce schéma (les célibataires, celles qui ont un métier, qui parlent « comme des hommes ») sont clairement dépréciées par le biais de l’apparence physique (elles sont présentées comme laides), de leur rôle peu flatteur et du dégoût qu’elles inspirent aux spectateurices et aux autres personnages de la fiction. Les personnages masculins aussi peuvent être mal lotis : c’est plus rare, mais quand la féminité est stéréotypée et caricaturée à l’extrême les personnages masculins se retrouvent souvent à apporter le pendant viril. On trouve des personnages masculins énormes et musclés, peu intelligents et sensibles, dont la « soumission » à leur femme est moquée et peut même devenir le ressort comique du dessin animé. Réduites à des archétypes positifs ou négatifs, le plus mis en valeur étant un archétype maternel, les personnages féminins sont certes nombreux mais n’échappent pas à un carcan sexiste. Ce type de dessin animé passe la première étape du Bechdel test (deux personnages féminins nommés) mais plus difficilement les suivantes (ces personnages discutent-ils ensemble ? Parlent-ils d’autre chose que d’un homme?).

Ces représentations caricaturales me semblaient si exagérées que je me demandais parfois si elles n’étaient pas satiriques ; mais la frontière entre satire et premier degré se doit d’être claire, et ici elle ne l’était pas.

Les dessins animés marquetés pour un genre : la séparation nette entre filles et garçons

gulli06Méchante « théorie du genre »

Pourquoi ressortir cette vieille affiche de la Manif Pour Tous qui vous avait sûrement manqué ? Parce que le message de ces dessins animés genrés est exactement le même que celui ce genre d’affiche : le monde a deux couleurs, et celleux qui veulent qu’il en ait davantage sont dangereu-ses. Cette division binaire sépare clairement l’audience en proposant deux types de produits : les dessins animés pour garçons d’un côté et ceux pour filles de l’autre, avec des univers tellement différents qu’ils semblent absolument incompatibles.

Les problèmes de ces dessins animés sont différents selon le genre auquel ils sont destinés mais relèvent de la même origine. Lanfeust Quest est le seul dessin animé pour garçons que j’ai pu voir. Gros effort, il met en scène deux personnages féminins (tout le reste des personnages est masculin). La première fille se conduit exactement comme les garçons et adopte leurs codes : c’est un personnage féminin positif précisément car elle s’est affranchi de toute caractéristique féminine pour se fondre dans le tas et adopter des valeurs masculines. La seconde fille cumule tous les clichés de « la vraie fille » qui est à la fois montrée comme modèle aux jeunes filles (le personnage parle plus, est plus beau que l’autre) et moquée à cause de ses attitudes maternelles et « futiles ». Cette attitude maternelle a un statut ambivalent : à la fois positive en opposition au cliché de la « vieille fille », elle n’en reste pas moins dévalorisée par rapport aux valeurs masculines de la force, de la domination et de l’indépendance qui sont le centre de ce dessin animé pour garçon. Enfin, ces deux personnages féminins semblent être une sorte de minimum syndical puisque le reste de leur univers est peuplé uniquement par des hommes, les places de grand sage, guerrier et compagnie étant toujours squattées par ceux-ci. Les temps à l’écran et la répartition de la parole en attestent : les filles deviennent quasiment des personnages secondaires, elles suivent et aident les personnages masculins mais ce ne sont pas elles qui font l’intrigue. Comme dans Zig et Sharko, les méchants sont à coup sûr des hommes virilement défaillants (petit, la voix aiguë, la carrure androgyne …) ou des (rares) femmes un peu trop sûres d’elles.

Pendant mon expérience télévisuelle, j’ai eu la chance de tomber sur la partie « Girl Power » de Gulli, de 13h30 à 16h tous les jours (quand personne ne regarde, oui – il ne faudrait quand même pas qu’un jeune mâle regarde trop de dessins animés pour fillettes fragiles). J’ai eu droit à deux épisodes de la dernière saison des Winx et à un film, Barbie et l’île merveilleuse. Première remarque : si les dessins animés pour garçons se passent aisément de personnages féminins, ce n’est pas le cas des dessins animés pour filles. Que ces dessins animés soient destinés aux filles permet d’équilibrer le temps de paroles et de présenter des personnages féminins plus divers par rapport aux dessins animés se voulant neutre (comprenez masculins-neutres), mais la présence de garçons, et 90% du temps d’intrigue amoureuse, semble indispensable au dessin animé pour filles. Si ceux-ci sont des intérêts amoureux pour les filles, ils ne sont que très rarement réduits à cette seule fonction scénaristique, contrairement aux filles dans les dessins animés pour garçons.

Dans L’île merveilleuse par exemple, on suit l’histoire de Barbie qui a grandi sur une île déserte, élevée par de gentils animaux. Un jour, un prince tombe par hasard sur cette île et repart en emmenant Barbie qui découvre la vie civilisée. Illes tombent évidemment amoureux mais le père du prince, sous la pression d’une méchante femme, veut marier son fils à la fille de celle-ci. S’ensuivent une heure et demi de film pendant lesquelles Barbie tente d’apprendre à boire le thé correctement pendant la méchante reine fait tout pour la renvoyer sur son île. Tout finit bien (ô surprise) avec le mariage du prince et de Barbie (qui retrouve ses parents, comme par hasard des rois et reines) et la méchante marâtre finit dans la fosse à purin. En plus de cumuler les messages classistes (hors de la royauté point de salut), l’image donnée de l’amour aux jeunes filles est assez douteuse : Barbie, pour épouser son prince, quitte son île et sa famille adoptive (donc tout son univers) alors que le prince quitte … rien du tout, puisqu’il aime voyager et finira quand même par régner sur son royaume qu’il connaît bien. Comme si Barbie avait besoin d’un homme pour sortir de sa vie « sauvage » et s’épanouir dans la société, et qu’une vie amoureuse épanouie passait, pour les filles, par le sacrifice de leur monde. Dans ce Barbie là (et dans beaucoup d’autres), la méchante belle-mère possédait les traits caractéristiques de la méchante belle-mère : célibataire (aigrie), ronde (et ainsi plus imposante que les hommes, car dans le monde de Barbie tout le monde est très mince), maquillée et sophistiquée (superficielle, menteuse). Pendant tout le dessin animé, celle-ci cherchait à prendre sa revanche sur le bon roi, le père du prince. Pourquoi ? Le motif n’a pas été évoqué clairement mais il s’agissait apparemment d’une histoire de vol de terre … Motif validant tout à fait sa rancune envers le roi ! Si ç’avait été l’inverse (le Bon Roi voulant se venger la méchante reine, qui lui a volé des terres, en se servant d’un mariage forcé), on lui aurait plus probablement pardonné et un portrait au vitriol lui aurait été épargné.

Les Winx, parfait exemple du « dessin animé pour filles »

Allons voir du côté du dessin animé Winx, l’histoire de six fées sympathiques, dont l’évolution entre la première et la dernière saison (la 7) me semble assez symptomatique des problèmes des dessins animés pour filles.

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De gauche à droite en partant du haut : Musa, Layla, Tecna, Flora, Bloom et Stella, les gentilles fées

Quand j’étais petite, j’adorais ce dessin animé qui n’en était qu’à sa première saison, mais en le revoyant aujourd’hui je me suis dit que c’était devenu nul et que la qualité de l’écriture s’était sérieusement dégradée. Au delà de ce jugement personnel, je pense qu’on peut objectivement constater un changement très net des personnages entre les premières et la dernière saison. Dans les premières saisons, les six filles sont bien différentes avec leurs personnalités propres. Musa et Tecna, par exemple, ont des looks s’éloignant un peu des stéréotypes de la féminité avec des coupes courtes ou des vêtements autres que des jupes. Quant à Layla, elle est présentée comme une grande sportive indépendante et c’est un personnage racisé. Au fil des épisodes et des flash-backs, on comprend que Musa est originaire d’une planète où vivent des individus se rapprochant du type asiatique ; mais le bridage de ses yeux, déjà léger, semble disparaître au fil du temps pendant que les cheveux de Tecna s’allongent et que ceux de Layla deviennent plus lisses. Déjà que les six filles avaient exactement le même corps (impossiblement maigre avec des jambes immenses), voilà que même leurs visages deviennent interchangeables.

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Les premières saisons, trois des six filles avaient des relations de couple assez ordinaires (Bloom, Layla et Stella), l’une passait son temps à s’écharper avec son copain (Musa), l’autre avait une relation un peu plus originale et s’éloignant un peu des stéréotypes (Tecna, d’abord peu intéressée par les garçons avant de devenir plutôt active dans la séduction – et pas passive comme sont souvent représentées les femmes) et Flora était célibataire et le vivait très bien. Dans la dernière saison, elles sont toutes casées dans des relations hétérosexuelles et monogames, seul type de relation possible dans le monde de Magix, et les garçons prennent beaucoup d’importance dans leurs vies. Leurs différentes personnalités sont uniformisées ou caricaturés en s’enfonçant dans des stéréotypes sexistes. Les deux personnages les plus victimes de cette caricature sont Stella et Tecna.

Stella est, dès le début de la série, présentée comme ultra-féminine. J’entends par là qu’elle accumule beaucoup des caractéristiques stéréotypées du féminin : elle aime le shopping et la mode, communique beaucoup, s’intéresse aux garçons et préfère sortir plutôt qu’étudier. Ce que j’appréciais dans les premières saisons, c’est que ces choses n’étaient pas dépréciées : Stella était la leadeuse naturelle du groupe, la plus drôle et la plus sympathique, la conseillère en amour et une amie fidèle et dévouée. Elle avait son propre arc narratif autour de sa relation à ses parents divorcés qui rendait son personnage touchant et appréciable. Dans la dernière saison, on tombe dans une caricature de la féminité qui fait perdre au personnage toute sa profondeur. Stella ne fait plus que se plaindre parce qu’elle va se salir et change de tenue plus qu’elle ne fait progresser l’histoire. Son personnage devient agaçant à la fois pour les Winx et pour les spectateurices qui se retrouvent coincé-es sans autre mot pour la décrire que « fifille » ou « trop fille ».

A l’opposé de Stella, on trouve Tecna. Fée de la technologie, elle occupe une place intéressante dans le spectre des caractéristiques de genre. En effet, la technologie, la science, la logique sont des attributs traditionnellement placés du côté du masculin. Or, Tecna est une geek, une vraie. Son esprit rationnel et son intérêt pour l’informatique sont, pendant les premières saisons, loin d’être dénigrés : elle sauve plusieurs fois les Winx et les garçons grâce à son mini-ordinateur ; mais dans la dernière saison, elle perd beaucoup d’importance et les seules fois où elle parle, elle joue les rabats-joie ou débite des phrases dignes d’un robot. Déjà dans la saison 4, lors d’une espèce d’épreuve de sa capacité de sacrifice, Tecna est confrontée à un drôle de choix : pour sauver l’univers, elle doit renoncer aux émotions et à Timmy, son petit copain, pour vivre dans un monde uniquement logique et informatique. Comme si, pour une fille, il fallait choisir entre le savoir et l’amour. Timmy, le copain de Tecna, est véritablement son double masculin : tout aussi geek et timide, lui n’est pourtant jamais blâmé pour ça alors que Tecna a droit à des remarques de ses amies sur son comportement « froid » ou sur le fait qu’elle passe plus de temps sur son ordinateur qu’avec lui. Dans cette dernière saison (la septième) on se retrouve avec, face à Stella à la féminité caricaturée, Tecna qui, en s’attaquant au bastion masculin de l’informatique, est devenue une sorte de monstre robotique.

Alors que dire, que « c’était mieux avant ? ». Oui et non. L’évolution des Winx s’est fait dans la continuité, sans rupture avec l’esprit originel de la série. Si dans cette dernière saison elles se retrouvent enfermées dans des rôles stéréotypés et des intrigues peu intéressantes, c’est que dès le départ quelque chose n’allait pas.

Quel est le problème des Winx et de pas mal d’autres dessins animés pour filles ? Le problème est dans la séparation absolue et violente des genres, séparation que seuls les personnages négatifs osent questionner. Il suffit de regarder les figures de méchant-es dans le dessin animé pour s’en rendre compte. Tout-es les méchant-es, dans toutes les saisons, présentent deux traits communs : la soif de pouvoir et de destruction (classique) et une contestation des normes binaires du genre. Dans la première saison, les antagonistes sont un trio de sorcières, les Trix, voulant s’emparer du pouvoir de Bloom pour régner sur l’univers.

gulli09Stormy, Darcy et Icy, les méchantes sorcières

L’allure des Trix s’oppose à celle des Winx : plus déterminées, plus fortes et décidées à obtenir du pouvoir, elles ont des voix plus graves et sont moins naïves que les gentilles Winx. Un peu de géographie du monde magique des Winx nous aide rapidement à saisir le problème : il y a dans cette dimension trois écoles, une pour les fées, une pour les sorcières et une pour les garçons. Si les fées et les garçons se rencontrent régulièrement car leurs deux écoles ont des liens forts, les sorcières sont isolées et on suppose bien que c’est plus compliqué pour elles de se trouver un copain dans cette situation. Avec leurs allures gothiques, leur maquillage lourd et l’absence de rose dans leurs tenues, nos sorcières sont des figures peu conformes aux stéréotypes de féminité : loin des hommes (célibataires) ou entre elles (lesbiennes), elles assument leurs corps de femmes et leur sexualité mais cette sexualité n’est pas tournée vers les hommes. Si, aux cours des divers saisons, il leur arrive d’avoir de l’attirance pour un homme (généralement le grand méchant), leur sexualité est globalement indépendante et détachée du regard masculin (on en revient aux lesbiennes). Surtout, les Trix cherchent le pouvoir plutôt qu’à aider les autres : elles refusent la fonction du « care » associée au féminin. Tout ceci fait d’elles des méchantes alors que des hommes avec les mêmes caractéristiques (les nombreux rois, par exemple) sont des personnages positifs, des puissants respectables. Dans la saison 7, cela est encore plus flagrant. Les méchant-es sont un duo constitué d’un homme petit, gros (la grossophobie me semble un élément central dans les dessins animés pour filles) et ridiculisé car obéissant aux ordres d’une femme à l’allure androgyne qui a … une queue. Littéralement. Et la queue est un attribut réservé aux hommes, comme nous l’indique obligeamment l’aspect plus que phallique de l’école des garçons.

gulli10« Coucou, tu veux voir mon école ? »

Les comportements et les armes utilisées par les personnages sont aussi bien différenciées. Les garçons ont des épées, des pistolets, de la technologie et des grosses motos alors que les filles ont de la magie, de l’amitié et de charmantes ailes. Si les pouvoirs des filles sont plus puissants, il n’y a finalement que les garçons qui combattent au corps à corps et se salissent les mains. Les filles tirent leur pouvoir de la nature, c’est un mystère qu’elles même ont du mal à contrôler et ne connaissent pas forcément (toute la série suit Bloom essayant de comprendre et maîtriser son pouvoir) alors que les hommes s’entraînent, perfectionnent leurs armes et sont très terre-à-terre. Dans toute la galaxie, on ne voit pas un seul homme fée (avec les ailes et la totale) et pas une seule femme sans pouvoir magique. Cette division est non seulement très nette mais également issue du vieux trope sexiste qui rallie les femmes et la féminité à la nature et la magie alors que les hommes ont droit à tout ce qui appartient au réel. Les pouvoirs des Winx et des fées en général sont liés à la nature et aux éléments : Stella, Bloom et Flora (respectivement fées du soleil, du feu et de la nature) sont d’ailleurs les trois personnages aux caractéristiques les plus féminines (jusqu’à la caricature dans le cas de Stella). Tecna, qui est la plus éloignée de ce trope femme-nature-mystère avec son pouvoir de la technologie subit le traitement dépréciatif expliqué plus haut.

Pour ce qui est de la représentation que donne la série du pouvoir politique, il semble à priori qu’il n’y ait pas grand chose à dire. Toutes les saisons suivent un schéma assez classique : un-e grand-e méchant-e venu-e du passé ou d’une autre planète veut s’emparer du pouvoir et régner sur la galaxie à tout prix : pour l’aider, ille embauche les Trix, ennemies des Winx devant l’éternel. Les Winx doivent faire preuve de courage et affronter des monstres pour renvoyer le ou la méchant-e d’où ille vient et rétablir l’ordre dans la galaxie magique. Les Winx sont des conservatrices : elles n’essaient pas d’améliorer leur monde ou de le changer mais de le conserver tel quel car il est présenté comme parfait. La galaxie magique est constituée de tout un tas de planètes gouvernées par des rois et reines. Ceulles-ci sont toujours de bon-ne-s souverain-es généreu-ses et justes avec leur peuple. Lorsqu’illes se montrent incompétent-es ou égoïstes, ce n’est pas tout le système monarchique qui est questionné mais bien l’individu que les Winx ont souvent pour rôle de raisonner. Les seuls personnages souhaitant un changement de gouvernement sont les méchant-es et ce changement est toujours un changement vers la tyrannie et la destruction. Les Winx sont des gardiennes : pas des pionnières, pas des fées qui vont améliorer leur univers, simplement des conservatrices.

Une autre question que je n’ai pas abordée tant, au bout de cinq heures devant Gulli, elle me semblait évidente est l’hégémonie du modèle hétérosexuel et cisgenre. Tous le monde est hétérosexuel-le (même les méchant-es) et cisgenre (sauf quelques rares méchant-es, et ce n’est jamais vraiment dit). Tous les personnages positifs, en tout cas, sont cis-hétéro, belleaux et minces, éventuellement de sang royal et le plus souvent blanc-hes ou très peu racisé-es.

Malgré tous ses défauts, Winx  a le mérite de donner la parole à toute une gamme de personnages féminins face à des enjeux sérieux (des méchant-es qui veulent détruire/tyranniser l’univers, rien que ça) et des situations personnelles difficiles (des parents divorcés, la mort d’un être aimé …). Si ces problématiques sont parfois expédiées un peu maladroitement, elles sont tout de même là et donnent de la profondeur au dessin animé et aux personnages. Surtout, ce dessin animé pour filles a le mérite de ne pas dégrader et même d’encenser des qualités dites féminines, ce qui est extrêmement rare. Le « care », le dévouement, l’amour ou encore la maternité ne sont pas moquées et sont souvent les clés de l’histoire. Les Winx, par exemple, ne peuvent acquérir certains de leur pouvoir qu’en sauvant une vie ou en faisant preuve de générosité. Les valeurs que prône ce dessin animé ne sont pas la violence ou la domination mais l’amitié, la solidarité, la bienveillance. S’il est important de revaloriser ses caractéristiques féminines, ne les présenter que chez des filles et punir sévèrement celles qui sortent de cette voie est essentialiste (on considère que ces valeurs sont innées, naturelles chez les filles) et enferme davantage les individus dans des stéréotypes de genre.

Néanmoins, le titre « Girl power » convient tout de même très bien aux Winx : on voit des filles et elles ont du pouvoir. Elles sont le centre de l’histoire, peuvent être assistées par des garçons mais ne sont pas des demoiselles en détresse ; paradoxalement, ces dessins animés pour filles sont plus paritaires que ceux qui se veulent neutres. Pourtant, les dessins animés pour filles traînent avec eux une mauvaise réputation : « mièvre », « niais », « futile » sont des termes qui reviennent souvent pour les décrire. Alors qu’ils ne sont pas foncièrement plus mauvais, scénaristiquement et esthétiquement parlant, que les dessins animés pour garçons, le fait de présenter des personnages féminins et de prôner des valeurs féminines leur vaut une mauvaise réputation et serait censé réduire leur public aux petites filles de l’âge auxquels ils sont destinés là où les dessins animés pour garçons s’adresseraient à une audience plus mixte (conséquence de l’idéologie patriarcale pour laquelle le masculin serait « universel » tandis que le féminin serait « particulier », « différent »). La féminité et tout ce qui s’y attache est ainsi automatiquement dévalorisée, cantonnant le « Girl Power » à une tranche horaire bien définie et un public limité.

***

Pour conclure, disons que si les chaînes font quelques efforts ponctuels contre les discriminations dans leurs transitions entre pubs et dessins animés et dans certains de leurs événements ou programmes, ces efforts sont largement gâchés par les dessins animés et les publicités qui les suivent. Dans la plupart des dessins animés, les personnages féminins sont moins nombreux et moins importants que les personnages masculins, souvent ramenés à des archétypes sexistes et dévalorisés. Dans les dessins animés marquetés pour les garçons, les filles vont jusqu’à disparaître complètement en dehors d’éventuels intérêts amoureux. C’est dans les dessins animés pour filles qu’on trouve une réelle parité dans le nombre de personnages masculins et féminins et dans leur développement (on peut se passer de filles mais pas de garçons) ; mais ce sont aussi dans ces dessins animés que la séparation des caractéristiques du genre est la plus marquée: les hommes ont leurs armes, leurs couleurs, leurs caractéristiques et les femmes les leurs bien distinctes. Celles-ci se battent et avancent dans leurs vies, parfois mieux que les hommes, mais avec leurs armes à elles, des armes de femmes (généralement de la magie). Les seul-es à oser franchir ces limites en « volant » les attributs de l’autre genre ou en choisissant une posture ambiguë par rapport à celui-ci sont des personnages négatifs, généralement lâches, dégoûtants, usurpateurices assoiffé-es de pouvoir.

Alors que faire ? Brûler la télé ? Non, car ce sexisme qu’on voit dans les dessins animés est présent partout. Je pense qu’il faut expliquer, poser des questions aux enfants, demander ce qu’illes pensent d’un personnage féminin stéréotypé ou sexualisé, quels personnages illes apprécient et pourquoi. Apprendre aux petites filles qu’elles ont le droit de se plaindre si leur personnage féminin préféré est sous-exploité ou toujours dans l’ombre d’un homme, demander aux enfants si ce qui rend la méchante détestable serait toujours si détestable chez un homme …

Edit : Après publication de cet article, une lectrice m’a renvoyé vers un Tumblr recensant des propos et actes sexistes ayant lieu dans le milieu de l’animation, rappelant que les gros problèmes de représentation qu’on trouve à l’écran commencent derrière l’écran et que ce milieu artistique est loin d’être un paradis féministe. 

Rivka S.

Notes :

[1] L’analyse détaillée du problème Rey sur Libération : http://www.liberation.fr/futurs/2016/01/24/star-wars-les-stereotypes-de-genres-contre-attaquent_1428614 ; Pour une étude plus approfondie du rapport entre le marketing, le genre et la fiction : http://www.lecinemaestpolitique.fr/disney-empire-marchandise-ideologie-partie-15-publicite-marketing-et-controle-de-linformation/

[2] La vidéo d’Anita Sarkeesian sur les legos genrés : https://www.youtube.com/watch?v=CrmRxGLn0Bk

[3] http://www.lecinemaestpolitique.fr/mechants-et-mechantes-chez-disney-2-hommes-faibles/

[4] Le trope de la schtroumpfette : https://www.youtube.com/watch?v=opM3T2__lZA

[5] Voir l’analyse de Mirion Malle sur les normes de beauté genrées : http://www.mirionmalle.com/2014/04/barbie-versus-musclor-ou-lallegorie-de.html

Autres articles en lien :

45 réponses à Une journée devant Gulli

  1. Hello.
    Pour bosser dans le dessin animé, je tiens à préciser quelques détails, qui expliqueront probablement un ou deux points : dans le dessin animé, les équipes sont encore très largement masculines et blanches. Les femmes s’y font petit à petit leur place (on a même monté une asso) mais il on avance qu’à petits pas, n’étant pas aidé par les chaînes télé (ceux qui nous permettent de financer les dessins animés) qui craignent par dessus tout une perte d’audience si on sort des carcans classiques de genre. De ce fait, si on laissait les créa faire les dessins animés, il y aurait beaucoup moins de représentations caricaturales des genres et beaucoup plus de diversité dans les personnages. Cela dit, nous souffrons encore d’un sexisme ambiant assez important, les scénaristes et réalisateurs étant majoritairement des hommes qui ne comprennent pas où est le problème d’habiller l’héroïne en rose. Mais on avance doucement, pour proposer de nouveaux archétypes de personnages, et pour prendre de moins en moins les enfants pour des cons.

  2. Encore une « analyse » basée sur un échantillon représentatif de rien pour énoncer des généralités infondées.
    Regardez Bip-Bip et le Coyotte ou Titi et Grominet et on en reparlera.

    • Parce que vous avez-vu beaucoup de personnages féminins chez les Looney Tunes ?

      Les principaux Looney Tunes sont tous des perso masculins ( à part Mémé) et quand le studio tente de faire des personnages féminins comme Lola Bunny, on retrouve un perso qui est un double de Bugs Bunny et son love interest !!!

      En fait votre exemple ne fait que confirmer la pertinence de l’article…

      • Bip Bip et Coyote, ainsi que la majeure partie des Looney Tunes classiques ont été produits dans d’autres conditions que les actuelles, il y a plus de trente ans, et pour un public à l’origine adulte. Donc différenciation de contexte, de cible, mais cela n’empêche pas la remarque de Julie : très peu de personnages féminins, et ceux qui ont été ajoutés après coup sont surféminisés, en rose, maquillées, cul-cul, maladroites etc.

      • Personnellement, j’ai toujours cru que Titi et Bip-Bip étaient de sexe féminin…

    • pour énoncer des généralités infondées

      Absolument, je m’insurge !
      Toutes les filles ne portent pas du rose et n’ont pas un joli petit noeud dans les cheveux !

      Ah non… Ce n’est pas ce genre de généralités infondées que vous critiquiez Methodos ?

      Zut alors !

      • Sinon, l’excuse de « l’époque » où ont été produits ces dessins animés (mais ne parle-t-on pas de dessins animés actuels là justement ?), c’est oublier qu’il y avait des dessins animés beaucoup moins genrés il y a 25 ans…

        Quand j’étais enfant et que je regardais le Club Dorothée, il y avait des dessins animés moins clichés. De même aux débuts de Cartoon Network (Capitaine Planète par exemple)

        Elle me fait bien rire cette excuse du « autrefois »… C’est quoi l’excuse pour le « maintenant » alors ?

  3. Bravo, bel article.

    Je me souviens d’avoir regardé des épisodes de Winx Club il y a très longtemps et un passage m’avait marquée. Une des filles (je crois que c’était Bloom) apprenait que le garçon qu’elle aimait bien devait bientôt se marier (un mariage arrangé). Comme par hasard, la fiancée était agressive, méprisante et égoïste. Un, ça me laisse rêveuse qu’une rivale doive forcément être une caricature de méchante fille, deux, il me semble que ce sont davantage les femmes qui souffrent à cause des mariages forcés dans le monde, et trois, si cette fille était si ignoble que ça, pourquoi le garçon ne s’en était-il jamais rendu compte avant? Personnellement, j’aurais trouvé plus intéressant que la rivale soit sympathique et/ou pas branchée mariage.

    Sinon, je recommande « My Little Pony » (en ce moment sur Gulli replay). Cette série casse beaucoup de codes genrés et ça fait du bien.

  4. Très bon article, je n’ai plus de télé chez moi donc ça fait longtemps que je ne sais plus à quoi sont exposés les enfants.
    Pour les parents qui voudraient plus de diversité, voici quelques idées :
    – « Steven Universe » bien sûr, qui est a ma connaissance le seul dessin animé pas-spécialement-pour-filles qui présente plus de personnages féminins que masculins, en plus d’être très beau visuellement et scénaristiquement
    – « Avatar, le dernier maitre de l’air » qui est juste trop cool :3 (ainsi que sa suite « la légende de Korra » pour les plus vieux)
    – « Gravity Falls » a des personnages très attachant, aussi bien garçons et filles
    – « My little Pony » comme l’a dit Miss Understood plus haut, qui prends un malin plaisir à casser les codes !

  5. De même, je conseille wakfu, série qui n’est toutefois pas diffusée sur gulli : 2 filles 3 garçons, je reconnais qu’il y a une majorité de personnages masculins, mais Eva est sportive, excellente guerrière, plus maline que d’autres membres de l’équipe, consciencieuse, droite, et Amalia, si elle est l’archétype de la princesse gâtée pourrie, a aussi un pouvoir sur les plantes comme tous les sadidas,et représente la bonne copine au verbe haut. J’apprécie beaucoup la série pour son humour, les personnages viennent de tribus différentes, donc arborent couleurs de peaux, de taille, de pouvoirs différents. Le héro est un enfant adopté, élevé par un père célibataire très affectueux, calin, qui passe son temps en cuisine, pipin est un chevalier stupide, qui adore se battre, et et c’est assez rare pour le dire, Ruel est agé, et n’est pas le leader ‘naturel’ de l’equipe, il est ridiculisé pour son avarice, et si on ne s’eloigne pas trop des personnages musclés et des plastiques Ken Barbie, j’aime tout particulièrement cet animé et vous le conseille.

    • Je crois qu’on peut la voir sur France 4, si on est lève-tôt.

      • Après, j’ai un peu de mal avec l’arc brisé. On dirait vraiment une métaphore pour un viol et je trouve personnellement que la survivante pardonne beaucoup trop vite à son agresseur.

        • Ha bah justement j’y pensait : je suis très loin d’avoir vu l’arc brisé comme un viol, mais bien comme un objet brisé auquel une société considére comme d’une importante portée symbolique. Pour la première fois, Ève se voit contrainte par sa culture, pression que subit sans arrêt amalia.

          Je suppose que oui, si on vois ça comme un viol elle pardonne trop vite. Je reconnais que pour ma part, je n’ai vu qu’un bout de bois brisé accidentellement dont la valeur n’est que culturel.

          • C’est marrant (non), j’ai tout de suite pensé ‘viol’ en voyant les épisodes.

            Alerte spoilers.

            Alerte spoilers.

            Alerte spoilers.

            Eva considère Pinpin comme un ami. Or, dans la plupart des cas de viols, l’agresseur connaissait sa victime. Il est sous l’influence de Rubilax (l’équivalent d’une grosse dose d’alcool?) et il casse son arc. Elle est alors tétanisée, brisée par le chagrin alors que d’habitude, elle est sûre d’elle et réagit toujours au quart de tour. Elle va se cacher dans sa chambre avec Amalia, sa meilleure amie, qui la réconforte. Elle culpabilise alors que ce n’est pas sa faute et Armand, le gros beauf de service, estime que quand même, si elle avait mieux protégé son arc, cela ne serait pas arrivé (dans énormément de cas de viol, les victimes s’entendent dire que quand même, y’avait qu’à faire ceci et cela…).

            Je me trompe peut-être mais pour moi, on dirait vraiment une métaphore à propos d’un viol.

          • Comme je l’ai dit, si on le voit comme ca c’est terrible. Pour ma part je ne l’ai vu que comme un arc brisé. C’est bien trop vieux pour moi, mais il me semble que Pipin/Rubilax en avait contre Armand pas contre Ève. En gros c’est un accident. Et pas dans le sens je bécotait untel et j’ai perdu le contrôle: dans le sens je tabassait untel et un arc c’est trouvé sur mon chemin.

            Et oui, Armand emploi tu une réthorique horrible, ça correspond au personnage.

            Tout est conscient de la valeur de l’arc pour une Crâ (dont le nom est arc à l’envers) personne ne va s’amuser à féliciter Pipin accident ou non. Bref, je suppose qu’à vouloir trouver des sens caché on trouve ce qu’on veut

    • Le personnage féminin le plus archetypé, Amalia, est également le plus féministe. C’est elle, par exemple, qui tient absolument à jouer à l’équivalent du football américain alors que les femmes n’y sont pas admise. Amalia souffre de son genre même si elle en a accepté tous les codes: princesse écrasé par l’autorité d’un père aimant mais tenant son rang, et d’un frère beaucoup plus dépeint négativement (quoique nuancé), elle se différencie d’Eve la guerrière qui est issue d’une société plus égalitaire (d’ailleurs dirigé par une patriarche). Je me souvient d’ailleurs d’un épisode onirique ou Ève se révèle très fleur bleue, alors qu’amalia ne rêve que d’émancipation.

      C’est une série française qui gagnerais à être connue à tout point de vue, et je suis toujours alarmé de voir que seul quelques commentaires par ci par là y font allusion. Je ne suis même pas certain que le film sort au cinéma ait été un succès!

      • Le problème c’est que le personnage d’Eva aurait pu être intéressant, mais il est très mal exploité ; à la base une combattant stoïque et détachée, elle devient de plus en plus « fleur bleue » au fil des épisodes (parce que, romance oblige bien sûr). À l’inverse, Amalia est un personnage qui aurait pu être tout à fait insupportable et stéréotypé, mais qui se révèle finalement le plus revendicatif et au fil des épisodes de plus en plus éloigné des critères de féminité (elle n’est d’ailleurs pas impliqué dans une quelconque romance). Eva est une combattante mais elle « s’adoucit » avec la romance dans laquelle elle est impliquée, ce qui est hyper problématique, sans compter qu’au même moment Pinpin est de plus en plus virilisé (dans la saison 2). (et puis la « révélation » sur leur relation dans le dernier épisode est pire que tout, mais je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même, parce que hormis ce détail cette série est très bien)

        • C’est un fait qu’elle finit avec le héros le plus virile de l’anime

          Mon propos concernait surtout Amalia qui a tous les symptômes de la « blondezilla » et qui, si on connaît la série, ne s’en révèle pas moins plus féministe que sa comparse. Et en vérité, je m’enthousiasme de la justesse du propos: c’est normal qu’amalia se montre plus assoiffé d’indépendance que sa garde du corps vu sa pression sociale, ce n’est également pas anormale qu’elle soit superficielle vu son éducation.

          Quelque part, j’aime assez ce renversement ou la fleur bleue n’est pas celle qu’on attend et là fan de rotzball non plus.

  6. Bonsoir,

    J’aime beaucoup votre travail et je me disais si vous pouviez analyser des mangas (peut-être des animes, mais j’y connais pas grand-chose ), je pense à des shonens comme Dragon Ball, One Piece, Fairy Tail, Bleach, Naruto, Hunter x Hunter, Gintama ou Fullmetal Alchemist (qui est très intéressant car ça parle de thèmes importants sans tomber dans la niaiserie)

    La raison pour laquelle je vous demande ça est pour voir une analyse politique des shonens car il’y a beaucoup de choses à dire (surtout au niveau des personnages feminins) et c’est pas très positif.

    • Cet article avait été publié sur le site il y a quelques temps maintenant http://www.lecinemaestpolitique.fr/quelques-reperes-sur-lanimation-japonaise-histoire-et-representation-des-femmes/, mais c’était un panorama et non une analyse approfondie des animes dont vous parlez
      et la même auteure avait écrit aussi cet article sur les héroïnes de Miyazaki aussi, si jamais ça vous intéresse… http://www.lecinemaestpolitique.fr/les-heroines-de-miyasaki-representation-physique-personnalite-et-mise-en-scene/

    • Il y a un article à ce propos qui était paru sur Madmoiselle il y a quelques années, si ça vous intéresse :

      http://www.madmoizelle.com/femmes-shonen-nekketsu-291979

      • Oh super intéressant cet article, merci Eldalis !
        Il y aurait vraiment beaucoup d’études à faire sur l’univers du manga, effectivement, mais celle là résume bien l’idée. C’est assez affligeant: avec le nombre de possibilités et de diversité que permet le manga, ce sont TOUJOURS les mêmes stéréotypes qui reviennent. Comme à Hollywood en fait. Et tout ça à l’encontre des désirs du public: voir l’engouement immense que suscite la série Steven Universe déjà citée ici, où il est explicitement question de relation homosexuelles entre des personnages sans que cela pose aucun problème, ou encore la réaction violente des fans de star wars face aux jeux qui n’intègrent quasimment jamais Rey…

        • Bonjour(désolée de la réponse très très en retard).

          Merci de vos articles, et je suis d’accord avec Lison, le fait que Rey ne soit pratiquement jamais là et les stéréotypes dans les mangas, c’est très chiant.

          Néanmoins, j’ai un manga à vous proposer qui est un peu meilleur (politiquement parlant) que les shonens que j’avais cités. Il s’agit d’Ayako, un manga de 1972, d’Osamu Tezuka.

          Il est assez intéressant politiquement car il montre la vie d’une petite fille enfermée sous sa maison pendant 27 ans car elle a été témoin d’un meurtre. On voit sa souffrance à cause d’un clan patriarcal et aussi sa vengeance.

          Je résume pas très bien car je n’ai pas envie de vous spoiler mais il est très intéressant (même si l’auteur n’était pas très féministe mais Ayako est le seul manga qu’il ait fait qui peut avoir un sens et/ou une portée (pro)féministe). Il n’est pas parfait mais il est bien.

          • J’ai lu Ayako et bon…je ne serais pas d’accord pour le qualifier de féministe, même si je comprends ce que vous voulez dire…

            C’est un peu compliqué de parler de féminisme, ou même de progressisme dans ce manga parce que la société japonaise de l’époque racontée dans Ayako (la fin de la seconde guerre mondiale) est très très (très) traditionnaliste et sexiste (encore aujourd’hui aussi d’ailleurs, même si ça a évolué). Donc on pourrait se dire que c’est normal de représenter une famille sexiste, des personnages de femmes opprimées, etc.
            Le problème c’est que je n’ai pas l’impression que Osamu Tezuka remette ces traditions en question dans le manga. On y voit certes des femmes qui souffrent de la domination des hommes, mais il n’y a aucune analyse de l’oppression en terme genrés, on a plutôt l’impression que c’est le père de la famille qui est un tyran isolé et un peu dément.

            Le manga ne prend pas non plus le point de vue de Ayako, sauf à quelques rares moments si je me souviens bien. Sinon c’est toujours à travers un regard masculin (et souvent désirant) qu’on la voit (le médecin qui tente de la violer, son demi frère, le héros (je ne me souviens plus de son nom) etc.) Donc on ne connais jamais le regard qu’elle-même porte sur sa situation, on a affaire à une sorte d’objet fragile un peu fascinant qui subit tout, ce n’est pas très féministe selon moi.

            Il y a cependant des bons cotés, c’est sûr, comme la solidarité féminine quand sa mère essai de l’aider à s’enfuir (mais bon, c’est très rapide et au final inutile…) et la fin (je ne vais pas la raconter au cas où 🙂 ) qui est une forme de revanche du personnage intéressante, mais même là toujours passive.

          • Je n’avais pas vu le manga de cette façon mais je suis d’accord avec vous. (Je ne suis pas quelqu’un qui connait très bien le féminisme, donc je dis des erreurs et je m’en excuse.)

            C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de solidarité féminine et que l’héroïne est très passive, ce qui est dommage car je suis sûre qu’il y aurait pu avoir des bonnes choses à exploiter dans ce manga.

  7. Dans La ferme en folie, un des personnage principaux, Otis, est mâle mais a des mamelles… Ce n’est pas si courant…

  8. Bonjour,

    merci pour cet article passionnant et très bien écrit.
    Le sujet m’a tellement intéressé que je suis retourné en enfance, et je suis allé sur le site de gulli, et j’ai regardé la liste de tous les dessins animés qui passaient actuellement sur la chaine, regardant des épisodes des séries que je ne connaissais pas.

    au final, les dessins animés genrés représentent une grande partie de la grille des programmes:
    Un rapide coup d’ oeuil ici vous convaincra.
    Des poneys ou des robots/voitures, ce genre de dessins animés est tellement genré que je ne vois même pas pourquoi ni comment l’analyser.

    On tombe ensuite dans les dessins animés « neutres », mais avec un personnage principal masculin, parce que quand même, il ne faut pas abuser.

    Dans les cas intéressants, il y a « Rosie« , qui présente un personnage féminin pas du tout genré (bon, une petite robe noir, mais ça va), qui aime la science, et qui fait des actions que pourraient très bien réaliser un garçon, sans qu’un autre personnage n’en fasse la remarque.
    Bref, c’est du tout bon pour ce dessin animé.

    Il y a aussi « Foot de Rue extreme« , qui m’a directement amené à l’épisode « filles contre garçons », comme si il avait deviné mes intentions.
    mais au final, l’épisode était très bon, puisque les deux sexes étaient remontés l’un contre l’autre à cause de leurs préjugés, qu’ils ont réussi à dépasser pour ensuite se réunir et être plus forts. et dans l’équipe de 5 personnes, il y a 2 filles pour 3 garçons, ça va.

    Comme le dit leur devise, « partage, respect, fair play, foot de rue! ».

    (malgrès tout, comme de nombreuses séries, foot de rue est raciste envers les gothiques:
    c’est vrai: c’est pas parce qu’on a les cheveux longs, s’habille en noir, et écoute du métal qu’on est des méchants! encore du progrès à faire de ce coté la.)

    ensuite, un dessin animé un peu ambigu, et que je regrette de ne pas avoir vu traité dans cet article: « Shezow ».

    à première vue, un dessin animé novateur, qui ferait faire une crise cardiaque à un adepte de la théorie du genre:
    un garçon récupère un jour une bague magique qui lui donne des supers pouvoirs… mais qui le transforme aussi en fille!
    mais ce garçon ne s’en laisse pas compter, accepte sa nouvelle identité, et de vient un/une super-héros/héroine.
    la série à 1,5 personnages masculins et 1,5 féminins (avec la double identité) principaux,
    donc la parité est respéctée.

    Génial? ça dépend.

    parce que en tant que fille, Shezow à un costume rose, et surtout, utilise des gadgets que n’auraient pas reniés les totally spies: barrettes explosives, une « pince à épiler turbo »(sic), contre balancés cependant par un sabre laser, mais bon…

    Bref, le constat n’est pas très glorieux pour Gulli, ou plutôt le monde du dessin animé en général.

  9. Je rajouterais aussi que les dessins animés les plus genrés sur Gulli sont ceux servant à vendre des jouets:
    Transformers, Hot Weels, Monster High et Barbie sont juste des spots publicitaires de 15-20 minutes, ce qui explique leur sexisme excessif.

  10. Merci pour cet article, très intéressant.

    Néanmoins, j’avoue que je n’ai pas été très convaincue par ce passage :
    « Avec leurs allures gothiques, leur maquillage lourd et l’absence de rose dans leurs tenues, nos sorcières sont des figures peu conformes aux stéréotypes de féminité »

    Rien qu’à voir la photo, je les trouve parfaitement conformes aux stéréotypes de la féminité, bien au contraire. Mince, seins mis en relief par des tenues révélatrices et moulantes, maquillage prononcé (eyeliner et rouge à lèvres), visages de « jolies filles » typiques… l’allure de la « femme sexy animée » par excellence, quoi…

    Le côté soi-disant « gothique » ou « lourdement maquillé » est complètement emprisonné dans l’image de la féminité habituelle : avoir l’air sexy pour le male gaze.

    Une image de personnage féminin éloigné des stéréotypes de la féminité serait plutôt – je pense – un corps normal (gros, pas symétrique, qu’en sais-je), des vêtements neutres, un visage pas maquillé et pas forcément beau ni même moche… et présenté de manière positive sans que qui que ce soit lui fasse de remarque à ce sujet  »Tu pourrais faire un effort quand même ». Je me dis que plus de personnages comme ça pourraient avoir plus d’impact sur le long terme.

    • Je pense que Rivka S. voulait dire => « loin des stéréotypes considérés comme positifs de la féminité »

      En effet, les stéréotypes « positifs » de la féminité dans nos sociétés sont : douceur, dépendance, discrétion, gentillesse, pacifisme…

      Alors que des personnages comme les Trix (rien que leur nom est déjà plus agressif) représentent le côté dangereux et donc négatif de la féminité (les vamps, les séductrices, les castratrices)…

  11. Bravo pour cet article.
    j’ai réalisé la même étude en 2014 sur les séries d’animation proposées sur les chaines de France télévision.
    Globalement, mêmes constats…

  12. Superbe article que les parents pourront apprécier!

    Quant a la pub, laisser son enfant la regarder c’est comme accepter de le confier a des commerciaux sans scrupules croisés dans la rue pour 5 minutes, NON MERCI!

    • J’avoue, c’est fou. C’est absolument incroyable quand on y pense que ce soit légal d’exposer des petits à cette m***de quand tout le monde sait très bien les effets qu’elle peut avoir sur nos cerveaux… à fortiori de jeunes cerveaux !

  13. Parmis les dessins animés pas trop abominables question sexisme, miraculous ladybug (tf1) est pas mal. C’est la fille l’héroïne et le garçon est son side-kick.
    Pepa pig pour les tout petit montre une grande sœur qui est pas que dans le « care » le papa fait la cuisine.
    Code Lyoko est encore diffusé.
    Wakfu est très bien. Je m’éclate autant que mes fils devant. En ce moment c’est Dofus qui est diffusé, qui ce passe dans le même univers.
    Mandarine and cow me fait hurler rire. Père absent réduit à un téléphone, mère génie qui galère, l’héroïne est une vache…
    Les mini justiciers ont de très bons épisodes.
    Milly Miss question est un gros kiff pour toute la famille.
    En général je constate que les dessins animés français (foot de rue, titeuf, César et Capucine, Lou,…) sont moins sexiste et plus globalement ont une morale plus acceptable que les dessins animés us ou anglais (Bob le bricoleur, mini sorcières, ninjago, ironman, Batman ). C’est probablement dû au fait que les productions plus confidentielles ne parviennent pas chez nous. Comme pour le ciné indépendant.
    Globalement, toujours, la programmation de Gully est cheap et criarde par rapport à celle des plages horaires enfants de France télévision.

  14. Article très intéressant ! Sinon, dans le même genre (i.e merchandising sexiste à destination des enfants), il y a cet article sur les jeux en ligne « pour filles » sur le blog Je suis une publication sexiste :
    http://je-suis-une-publication-sexiste.tumblr.com/post/142572046514/jai-testé-pour-vousle-sexisme-des-jeux-pour
    C’est triste de voir le bourrage de crâne ultra-sexiste auquel les enfants sont confrontés.

  15. Je recommande vivement la série animée Steven Universe qui est à mon avis l’une des séries animées les plus progressistes qu’on peut trouver. On a des représentations, des personnages féminins intéressantes et uniques qui sortent des clichés sexistes, des relations complexes et bien écrites ou encore un héros masculin qui sauve la situation en utilisant la compassion, l’amour et la non-violence. Ce ne sont que quelques éléments parmi d’autres, je conseille fortement cette série ! 🙂

  16. Très bel article, impartial et réaliste. Bravo et merci pour ce travail

  17. Anne, ma soeur Anne

    Merci pour cet article très intéressant.

  18. […] Pour corroborer les propos du précédent article, je vous renvoie à l’enquête publiée sur l’excellent blog « Le cinéma est politique », sous le titre « Une journée devant Guili« . […]

  19. Dans un prochain article il serait aussi intéressant de s’interroger vers qui le message de Gulli est destiné. Vous remarquerez le parti pris pour les classes aisées dans chacune de leurs émissions: que ce soit Un chef à ma porte ou In ze boite et tant d’autres sans parler de leur propre Kholanta, il est clair que les cadres sup habitants la chic banlieue et qui partent en vacances chaque été au Maroc est bien plus représenté que le français moyen qui vit dans son trois pièces avec ses trois enfants et qui prend uniquement 15 jours de vacances à Berck car sa boîte est en compression de poste. J’ai aussi beaucoup apprécié la croisière Gulli au prix dérisoire de 750€ par personne… Gulli fait miroiter aux enfants un monde idéaliste où à peine un quart d’eux pourra accéder une fois adulte. Gulli aurait-il tendance à lobotomiser nos enfants ?

  20. Bonjour !
    Bravo et merci beaucoup pour cet article très détaillé. Je découvre ce blog depuis peu, et franchement, je ne suis pas prête d’en repartir. Je prévoyais d’écrire aussi un article sur les dessins animés « d’aujourd’hui » mais…Là vraiment, je ne vois pas quoi ajouter. En revanche, je compte m’attaquer au délicat sujet des « séries pour filles » d’ici peu, et je ne manquerais sûrement pas de vous citer – si vous m’y autorisez.
    Il y a quelques années, je me rappelle avoir lu une étude sociologique qui portait sur les catalogues de jouets…Et sur leur caractère genré. Votre étude des publicités m’y a fait penser : je soutiens totalement votre initiative – et celle du gouvernement suédois que j’ignorais – de commencer à regarder ce monde de « consommation et marketing enfantin » de plus près. Il y a des perles dedans à ne pas rater…
    Ce qui me chagrine dans certains dessins animés dits « pour fille », c’est qu’à la base du scénario parfois, il y a de bonnes idées. Dans « Ever After High », par exemple, l’idée de présenter comme fondement de l’intrigue le fait de choisir sa propre voie plutôt que suivre les traditions sans réfléchir, ça part d’un bon sentiment…Le souci, c’est que l’enrobage passe de travers. Les personnages sont réduites à l’apparence de poupées – Mattel, bonjour – et changent de tenue quasiment tous les trois épisodes. En dehors de ça, elles ont beau entreprendre un minimum de choses pour influer sur leurs destins, leurs caractères n’évoluent que difficilement au profit d’une multiplication inutile de personnages – laquelle n’a, on s’en doute, que pour but de sortir des poupées supplémentaires à vendre. Bref, les scénaristes ne peuvent pas construire d’intrigue, tant le merchandising massacre la possibilité d’approfondir quoi que ça soit.
    Sinon, dans la représentation bien cliché de la famille, j’ai croisé « The Deep » récemment. Un papa, une maman, une fille et un garçon…Tous beaux, musclés et fins. Mais bon, au moins racisés, c’est déjà un progrès.
    Quoiqu’il en soit, merci d’analyser les dessins animés avec autant de patience, c’est une passion que je partage avec vous, et je suis heureuse de vous lire. Je peux enfin me dire que je ne suis pas toute seule à faire des plans en trois partie en épluchant des animés, grâce à vous !
    A très bientôt,

    Akem Syl’.#

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