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Buffy contre les vampires (1997 – 2003), partie I : une relative inversion genrée des pouvoirs

Attention : spoilers importants jusqu’à la fin de la dernière saison.

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Une analyse exhaustive de cette série serait un sujet de mémoire ou de thèse; elle comporte 144 épisodes, joue souvent sur différents niveaux de lecture et aborde une très grande variété de thèmes. Par conséquent, je vais juste me concentrer sur certains aspects qui sont ceux qui m’ont le plus frappée avec ma culture politique. Je ne ferai pas du tout une critique esthétique de Buffy, et même sur un plan politique, il serait tout à fait possible de faire une critique sous un angle totalement différent.

Synopsis

La série se déroule dans un monde où les vampires, démons, loup-garous et monstres divers existent (mais la plupart des gens n’y croient pas : en fait, c’est notre monde). À chaque génération, une Tueuse est « appelée » (selon des critères obscurs) pour les combattre : une jeune fille d’une quinzaine d’années se voit dotée d’une force, d’une vitesse, d’une agilité surhumaines et a quelques autres pouvoirs (comme celui de recevoir dans ses rêves de réelles informations qu’elle n’aurait pas autrement) afin de sauver le monde. Comme dit dans la série, les tueuses dépassent rarement l’âge de 25 ans; à la mort de chacune, la suivante est appelée automatiquement. Les tueuses sont guidées dans leurs combats par des observateurices.

La série se déroule autour du personnage de Buffy, la tueuse du moment. Les monstres qu’elle combat sont utilisés comme des métaphores pour les obstacles qu’on rencontre dans la vie, notamment à l’adolescence. Whedon explique qu’il a pensé au «lycée comme un film d’horreur. Ainsi la métaphore est devenue le concept central de Buffy et c’est comme ça qu’il l’a vendu». [1] Les éléments surnaturels de la série servent ainsi principalement de métaphores aux angoisses de Buffy et de ses ami.e.s, et le choix de ces métaphores est très parlant politiquement, comme je vais tenter de l’analyser dans la suite de l’article.

Qui a le pouvoir dans Buffy ?

Buffy contre les vampires (Buffy the vampire slayer) est née de l’idée d’inverser la formule hollywoodienne de «la jeune fille blonde qui va dans une ruelle sombre et se fait tuer dans tous les films d’horreur». Whedon, le créateur de la série, voulait « subvertir ce cliché et créer quelqu’un qui serait un héros ». Il explique que «la mission première de la série, c’était la joie liée au pouvoir féminin : avoir le pouvoir, l’utiliser, le partager».

La scène d’ouverture de la série réussit à mon sens très bien ce pari. On voit une jeune fille et un jeune homme s’introduire par effraction dans un lycée la nuit, le type trouvant ça très amusant, la fille inquiète :

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La fille blonde : J’ai entendu un bruit.

Le type : Ce n’est rien.

La fille : Peut-être que c’est quelque chose.

Le type, se moquant d’elle : Peut-être que c’est *quelque chose*.

La fille : Ce n’est pas drôle.

Le type, regardant à droite à gauche : Helloo ? Il n’y a personne ici.

La fille : Tu es sûr ?

Le type : Oui, je suis sûr.

La fille : Ok.

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Je peux te bouffer tranquille alors.

La scène d’introduction joue donc avec le/la spectateurice en faisant semblant d’introduire un personnage vulnérable : une jeune fille inquiète de nuit, pour immédiatement renverser complètement ce cliché.

Une femme seule et forte la nuit

Buffy est elle aussi une adolescente blonde, qui correspond totalement aux normes de beauté. Pom-pom girl à son lycée, elle se sent totalement en confiance pour errer dans un cimetière la nuit car elle sait qu’elle est beaucoup plus forte que la grande majorité des monstres qu’elle pourrait croiser, et passe un bon nombre de soirées à le faire pour prévenir des morts.

Dans notre société, les femmes sont poussées à ne pas sortir seule la nuit, sous peine d’être agressées; pourtant, la majorité des agressions sexistes sont commises par l’entourage de la victime et les hommes sont statistiquement légèrement plus susceptibles de subir des agressions avec violence physique dans la rue. Agiter ce spectre de l’agression nocturne a plusieurs fonctions : cela contribue à enfermer les femmes à l’intérieur (puisque l’extérieur serait « trop dangereux pour elles »), tout en présentant le foyer comme un lieu où elles sont en sécurité, notamment parce qu’elles sont censées être sous la protection de l’homme (alors que toutes les statistiques montrent au contraire que le foyer est le lieu le plus dangereux pour une femme). Le cinéma ne cesse de ressasser ce même lieu commun patriarcal, à tel point que, quand on nous montre une femme seule la nuit (si possible dans une ruelle déserte ou un parking), il est devenu immédiatement compréhensible qu’on nous montre une future victime. C’est donc à mon avis une des grandes forces de la série que de combattre ce stéréotype, d’autant plus qu’on est invité.e à s’identifier à l’héroïne. Proposer une telle figure contribue à casser le conditionnement « sexe faible » que les femmes subissent.

En revanche, si Buffy ou Darla (la vampire de la scène d’introduction) ne sont pas du tout des figures de victime, ce n’est pas le cas de la majorité des jeunes filles de la série; introduire des monstres de la nuit contribue aussi à renforcer l’idée qu’il ne faut pas sortir de chez soi la nuit, sauf pour quelques figures exceptionnelles. Or, c’est aussi un mythe véhiculé dans le conditionnement « sexe faible » de présenter des agresseurs dotés d’une force surhumaine, que seule une superhéroïne peut combattre. Et effectivement, au cours des 144 épisodes, on voit de nombreuses scènes où une femme seule la nuit se fait pourchasser puis tuer ; ainsi, la série répète également le cliché qu’elle s’était à la base donné pour but de combattre.

Les pouvoirs des personnages : une inversion des genres intéressante

Contrairement à beaucoup d’autres héroïnes dotées de pouvoirs physiques, les pouvoirs de Buffy n’ont rien de connoté féminin : elle est là pour mettre des coups de poing, des coups de pied, défoncer des portes, rattraper un bus à pleine vitesse en courant.

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La bande-son : pif, paf, boom.

Sa force physique est valorisée à travers des plans où elle apparaît de manière théâtrale et spectaculaire, comme c’est souvent le cas pour des super-héros masculins :

fusilLes fusils, c’est pas trop mon truc.

Son héroïsme est aussi mis en valeur tout au long de la série. Un enfant qu’elle a sauvé d’un monstre la dessine en héroïne victorieuse; elle est filmée au ralenti et avec une musique épique quand elle se sacrifie pour sauver le monde; et il y aura marqué sur sa tombe : « she saved the world a lot » (« elle a beaucoup sauvé le monde »).

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Sa force surnaturelle et son courage sont ainsi fréquemment réaffirmés d’une manière qui est traditionnellement réservée aux héros masculins.

Dès la fin de la saison une, il n’y a plus une mais deux tueuses (Buffy ayant suffisamment frôlé la mort à la fin de la première saison pour activer la tueuse suivante). On gagne donc un deuxième personnage féminin capable de tuer presque n’importe quel monstre sur son passage.

Par ailleurs, Willow, la meilleure amie de Buffy, devient au fil des saisons une sorcière très puissante, jusqu’à dépasser, à la fin de la saison six, Buffy elle-même. Bien que la sorcellerie soit déjà plus connotée « féminine », Willow échappe à pas mal de clichés genrés en étant un personnage complexe qui utilise ses pouvoirs pour construire comme pour détruire, pour défendre ses ami.e.s comme pour se venger, et qui use de la magie pour transformer le monde autour d’elle, pouvoir en général plutôt réservé aux hommes.

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Il ne me plaît pas trop, ce groupe. Pouf ! c’est mieux.

Durant la série, Willow ne maîtrise pas toujours ses pouvoirs (surtout dans la fin de la saison 6 où elle est complètement corrompue par la magie), mais ce n’est pas problématique à mon sens, en tout cas pas du point de vue du sexisme. Déjà, cela participe à la rendre très humaine, et surtout, le « bilan final » est clairement très positif. Sa magie aura été essentielle à plus d’une reprise ; et on a donc ainsi un retournement d’une figure misogyne, celle de la sorcière – femme puissante et donc méchante – en figure féministe.

De plus, elle est une hackeuse hors pair, attribut généralement masculin.

D’autres personnages féminins se défendent très bien au combat, comme Anya quand elle est une démone ou Dawn dans la dernière saison.

Parmi les méchant.e.s, les femmes sont moins bien représentées en nombre, mais celles qui sont représentées sont toutes aussi puissantes et menaçantes que les méchants masculins. Ce qui pose principalement problème à mon avis, c’est la manière dont sont représentées les femmes méchantes.

J’y reviendrai dans les parties suivantes.

Parallèlement, Alexander, le meilleur ami de Buffy, écope quelquefois dans les combats d’un rôle traditionnellement féminin. On pourrait citer des scènes comme celles de l’épisode 18 de la saison 2 où Buffy sauve un groupe d’enfants d’un monstre et où Alex s’occupe des enfants pendant que Buffy tue le monstre. Ou dans l’épisode 5 de la saison 7, quand il n’arrête pas de s’interposer entre Buffy et Anya qui se battent et qu’il se prend des coups qui l’envoient valser à l’autre bout de la pièce. Mais même dans un schéma plus général, le rôle d’Alexander dans le groupe est celui d’apporter de la chaleur humaine, du réconfort, de l’amour et de l’indulgence (indulgence à géométrie variable et très problématique, dont je reparlerais plus tard, mais le fait est qu’il est présenté par la série comme ayant pour force principale sa capacité à aimer).

Il est explicitement décrit comme « le coeur » du groupe à la fin de la saison 4 (Buffy étant décrite comme « la main » et Willow comme « l’esprit »). À la fin de la saison 6, c’est lui qui arrive à atteindre émotionnellement Willow, qui détruit tout autour d’elle, en lui disant qu’il l’aime, alors que Buffy avait essayé brièvement ça avant d’essayer d’arrêter Willow à coups de poings. Alors que Buffy sauve le monde une petite dizaine de fois dans la série en tuant les méchant.e.s ou en se sacrifiant de manière héroïque, Alex sauve le monde une fois en apportant de l’amour à Willow.

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Buffy tente d’arrêter Willow par la force, Alex arrête Willow par des câlins.

Cependant, les caractéristiques « féminines » d’Alexander ne sont valorisées que très ponctuellement, comme ici lorsqu’il apporte à Willow ce dont elle a besoin et sauve le monde de cette façon. La plupart du temps, elles sont là comme un élément comique (et engendrent que Buffy ne peut pas tomber amoureuse d’Alex, donc Alex sera jaloux de tous les mecs qui s’approchent de Buffy dans des proportions hallucinantes, avec tout ce que ce schéma a de sexiste). Les hommes présentés comme des modèles par la série, ceux dont Buffy tombe amoureuse, sont des figures traditionnellement viriles.

Enfin, la série se clôt plutôt joliment sur ce thème avec un épisode final très agréable à regarder en termes de partage et d’utilisation du pouvoir féminin : Willow fait un sort pour activer toutes les tueuses potentielles, de surcroît en utilisant une arme transmise par les gardiennes, une lignée de femmes qui surveillaient les tueuses et leurs observateurs à distance, comme on l’apprend à la fin de l’avant-dernier épisode.

Buffy : « Dans chaque génération, une tueuse est activée, parce qu’une bande de types qui sont morts il y a des milliers d’années ont établi cette règle. Ils étaient des hommes puissants. Cette femme (elle pointe Willow) est plus puissante qu’eux tous réunis. Donc je dis qu’on change la règle. Je dis que mon pouvoir devrait être notre pouvoir. Demain, Willow utilisera l’essence de la scythe pour changer nos destins. À partir de maintenant, toute fille dans le monde qui pourrait être une tueuse sera une tueuse. Toute fille qui pourrait avoir le pouvoir aura le pouvoir. Peut se lever, se lèvera. Des tueuses. Chacune d’entre nous. »

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Willow quand elle multiplie le pouvoir des tueuses en utilisant une arme forgée par des femmes : le pouvoir féminin et son partage, c’est le dénouement lumineux de la série.

Un pouvoir féminin sous contrôle

Malheureusement, si on a effectivement une série qui montre une jeune femme casser la gueule des monstres la nuit, elle n’en a pas pour autant plus de liberté dans sa vie, ni aucun réel pouvoir de décision stratégique dans ses combats. Comme toutes les tueuses, Buffy est contrôlée par un observateur, lequel est en général un homme blanc et en costume qui, sous couvert de la préparer pour ses combats et de la protéger, lui impose une manière de vivre son rôle de tueuse extrêmement rigide et lui donne des ordres sur ce qu’elle va faire comme mission, ou si elle va se reposer, chaque soir. Mais c’est « pour son bien » : Giles est désolé de devoir être aussi sévère, mais il « sait » qu’il doit le faire pour la préparer à ses combats. En fait, Buffy est montré comme contrainte, non pas par Giles, mais par sa nature de tueuse.

Certes, on apprend à la toute fin que les observateurs étaient surveillés par des gardiennes, mais cela n’efface pas à mon avis le fait que dans 142 des 144 épisodes, les tueuses sont censées obéir à leurs observateurs, quelles que soient leurs raisons pour n’avoir pas envie de le faire. Dans les premières saisons, Buffy ne se laisse pas faire; parfois cela se révèle être une bonne décision, parfois la morale de l’épisode est qu’elle aurait dû obéir à des ordres arbitraires, car sa désobéissance a mené à des catastrophes. Buffy finit par renier le conseil dans la troisième saison, et on a une belle scène dans la saison 5 où elle leur explique qu’elle va mener sa guerre comme elle l’entend. Mais ce n’est que très moyennement satisfaisant à mes yeux, car elle s’éloigne du conseil en mûrissant pour faire exactement ce que le conseil attendait de toute manière, et finit par agir avec sa petite soeur Dawn de la même manière que Giles, son observateur, agissait avec elle au début et quand elle se rebellait contre lui.

Scène d’ouverture d’épisode 3 de la saison 1 :

Giles : C’est de la folie. Qu’est-ce qui t’est passé par la tête ? Tu es la Tueuse. Des vies dépendent de toi. Je prends en compte que tu es jeune, mais j’attends que tu agisses de façon responsable. Au lieu de cela, tu t’embrigades dans cette secte ?

On voit Buffy en tenue de pom-pom girl.

Buffy : Tu n’aimes pas les couleurs ?

Giles : Est-ce que tu ignores tout ce que je dis ? C’est une règle chez toi ?

Buffy : Non, je crois que c’est ton truc. Je te l’ai dit, je vais passer l’audition pour rentrer dans l’équipe de pom-pom girl !

Giles : Tu as un droit de naissance sacré, Buffy. Tu as été choisie pour tuer les vampires, pas pour agiter des pompons devant un public. Et, en tant qu’Observateur, je te l’interdis.

Buffy : Et…tu m’arrêteras comment ?

Elle rejoint donc l’équipe de pom-pom girls, où il lui arrivera plein de problèmes. Ça peut être vu comme négatif (elle aurait dû obéir à son observateur) ou positif (cela permet à Buffy d’être présente à un endroit où on a finalement besoin d’elle) ; les premières saisons sont assez ambivalentes à ce niveau-là. En tout cas, on voit Buffy commencer à se rebeller contre l’autorité pour finalement devenir une figure de cheffe elle-même plutôt que de refuser tout simplement de faire partie d’une structure hiérarchique et autoritaire.

Monologue de l’épisode 19 de la saison 7, où Buffy donne des ordres que ses ami.e.s ne veulent pas suivre :

Buffy : J’aimerais que ça puisse être une démocratie. Je le souhaite vraiment. Les démocraties ne gagnent pas de bataille. C’est une vérité difficile mais il faut qu’il y ait une voix unique. Vous avez besoin de quelqu’un pour vous donner des ordres et qui soit dur quelquefois et qui ne prenne pas vos sentiments en compte. Vous avez besoin de quelqu’un pour vous diriger.

La suite de l’histoire est que ses ami.e.s l’envoient bouler, suivent leur plan, qui est une catastrophe, et tout le monde ne meurt pas grâce à Buffy qui les sauve et qui rétablit ainsi sa légitimité à donner des ordres et à attendre de les voir exécutés.

En vérité, si Buffy peut échapper aux ordres intransigeants du conseil qu’elle avait critiqué dans les premières saisons, c’est en devenant comme eux. La série nous présente au début une jeune fille très puissante mais qui n’est que l’objet d’un conseil d’observateurs qui dirigent tout, puis qui devient une figure autoritaire envers des personnes qui sont aussi très puissantes mais qui ont besoin d’un.e dirigeant.e. Les femmes, plutôt que d’être des figures fortes par elles-mêmes, utilisant leur force selon leur jugement, sont donc contenues et canalisées à travers des ordres; et même si à la fin Buffy se trouve en haut de la pyramide, ça reste une manière de représenter le pouvoir féminin tout à fait problématique. De plus, le fait que Buffy finisse en cheffe du fait de sa nature de tueuse revient pour moi à naturaliser et donc à justifier le principe de la hiérarchie. En effet, plus la série évolue et plus Buffy acquiert de l’autorité du fait de ses exploits de tueuse. Dans la saison 7, elle se retrouve en position d’avoir toujours une forte intuition de ce qu’il faut faire et donc de donner des ordres à tout le monde en toute légitimité sans même avoir à les justifier. Quand ses ami.e.s finissent par protester, elle leur sert le discours que j’ai cité ci-dessus, à savoir qu’il est bien que certaines personnes en dirigent d’autres, discours qui finit par être totalement justifié par la série.

Par ailleurs, si dans les premières saisons, le conseil d’observateurs est critiqué pour son autoritarisme, il sert également d’épouvantail pour Giles, « le gentil observateur », pourtant bien paternaliste avec Buffy. C’est ainsi que le conseil renvoie Giles dans la saison 3, pour cause « de sentiments d’amours paternels envers Buffy, inutiles à la cause ». Tout le monde est indigné de cette sentence injuste et absurde ; et Buffy ira donc, après avoir dit merde au conseil quelques épisodes plus tard, chercher d’elle-même Giles pour qu’il continue à la guider. L’autorité masculine dépeinte négativement semble le propre d’un conseil dur et lointain, éclipsant ainsi les problèmes pourtant similaires qui existent chez d’autres personnages plus liés affectivement à Buffy.

Des femmes fortes certes, mais conformes aux fantasmes masculins

Buffy correspond tout à fait aux normes de beauté; ses préoccupations préférées sont le shopping et ses intérêts amoureux; elle est superforte, mais elle reste complètement en attente d’une validation masculine. Qu’elle soit assez stéréotypée féminine ne me dérange pas personnellement : cela permet à une figure si souvent complètement dénigrée et ridiculisée, celle de l’adolescente / la jeune fille, d’être représentée comme pleine de ressources et humaine (la série adopte le point de vue de Buffy et le/la spectateurice peut s’identifier à elle). De plus cela évite de reproduire une dichotomie entre des personnages très féminins et vulnérables d’un côté, et des personnages moins féminins et plus forts de l’autre.

Mais avait-elle vraiment besoin d’être aussi dépendante affectivement de ses copains, et, dans une moindre mesure, de tout son entourage ? (Je reviendrai sur ce point dans une partie suivante.)

De plus, si on peut y trouver son compte dans le fait d’avoir une héroïne qui ait des goûts très féminins, ça devient difficile quand on voit toute la variété de personnages féminins présentés, et qui sont toutes belles (j’emploie ce mot pour dire « conformes aux standards de beauté ») et érotisées. Aucune n’utilise ses pouvoirs (ou n’a même les moyens psychologiques ou matériels) pour se rebeller fondamentalement contre son statut d’objet sexuel, d’Autre, de fâme.

On peut voir Willow comme une exception car elle ne s’habille pas de manière connotée sexy ou à la mode, mais l’actrice choisie reste très « belle » (mince, traits de visage conformes aux normes de beauté, cheveux brushingués, épilée, etc).

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Buffy en train de sauver le monde en longue robe blanche et chaussures à talons, cheveux et maquillage impeccables, et qui à ce moment est en train de dire au méchant : « je suis peut-être morte, mais au moins, moi, je suis encore jolie »…

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Les autres tueuses présentées dans la série, Kendra et Faith…

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Où est la démone de 1000 ans super puissante ? à droite en train de se faire expliquer la vie par Giles, qui, lui, a le droit d’être vraiment avachi et couvert de poussière après un combat…

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Buffy et Dawn font du shopping, Cordelia explique à Buffy ce qui est à la mode.

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Tara et Willow, lesbiennes, en robe de princesse et trop contentes que des mecs matent Tara dans l’espace public.

Et parmi les méchantes ?

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Harmony la vampire ridicule à gauche, Glory une déesse d’un enfer au milieu, Drusilla et Darla des vampires dangereuses à droite, en train de dévaliser une boutique de chapeaux après avoir tué la vendeuse.

Je pense que cette série d’images se passe de beaucoup de commentaires : les femmes dans Buffy sont bien représentées en nombre, savent se défendre (enfin, pour les principales protagonistes), ont des personnalités assez variées et attachantes, mais elles ont toutes des physiques qui correspond parfaitement aux normes de beauté, physiques filmés d’une manière qui conviendra parfaitement aux spectateurs masculins hétéros. La majorité sont fortement dépendantes d’un homme affectivement ; toutes, y compris les lesbiennes, apprécient la validation masculine de leur corps. Et malgré toutes les scènes de combat, il est rarissime qu’elles soient mal coiffées, non maquillées, dans des vêtements qui ne soient pas sexualisants, ou juste qu’elles aient des cernes et soient couvertes de poussière comme Giles l’était. Bien entendu on ne voit jamais un poil qui dépasse : même quand Buffy tombe de Charybde en Scylla pendant des semaines, elle est toujours totalement épilée.

À force d’être bombardé.e.s de ce type de représentation qui n’a pas grand-chose à envier aux magazines féminins, on finit par absorber l’idée qu’il est essentiel pour une femme de ressembler à cela, mais il n’est même pas expliqué pourquoi; c’est juste une évidence, un postulat de base. Les femmes avec des poils, des bourrelets, de la cellulite, des boutons, qui ne vont pas passer la quantité phénoménale d’énergie qu’il faut pour avoir les longs cheveux, le maquillage, la garde-robe un-peu-à-la-mode-mais-pas-trop-sinon-t’es-une-fashion-victim-superficielle-et-sans-personnalité, un-peu-sexy-mais-pas-trop-sinon-t’es-une-salope, bref, les femmes, ne sont pas représentées du tout.

On est complètement dans des injonctions patriarcales et misogynes (le dégoût provoqué par le corps féminin dès qu’il ne ressemble pas à un modèle extrêmement précis relève de la misogynie). D’ailleurs, dans la photo du milieu ci-dessus, Glory, la méchante, est représentée comme narcissique face à son miroir : les filles, soyez jolies, bien coiffées et maquillées en toutes circonstances, mais surtout pas accrochées à vos miroirs…d’autant plus que si Buffy a le droit d’avoir des goûts très féminins sans être dénigrée pour cela, ce n’est pas le cas d’autres figures d’adolescentes comme Cordelia, Harmony ou Dawn qui sont à plusieurs reprises montrées comme des figures féminines ridicules, superficielles, exaspérantes, bref, des ados qui rendraient service à tout le monde en arrêtant d’être aussi « superficielles ».

Des normes pour les personnages masculins également

On retrouve en partie ce côté complètement irréaliste pour des physiques masculins (qui d’ailleurs sont autant dénudés dans Buffy que les femmes, voire plus; mais qui échappent aux vêtements sexy et moulants pendant les combats et aux plans centrés sur leur cul) :

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Angel et Riley qui ont à peu près 50 kg de muscle de plus que Buffy…au moins ils sont censés être des personnages musclés mais ça reste un choix aussi de représenter Buffy comme bien plus petite et fine que ses copains.

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Mais Alexander est censé être un lycéen un peu looser et Giles un timide bibliothécaire ! Fallait-il vraiment qu’ils soient tellement plus musclés et volumineux que Buffy ?

Encore une fois, les hommes qui font moins d’1m80 et qui ne passent pas leurs journées en salle de muscu ne sont juste pas représentés. Ou plutôt, eux le sont un peu plus, mais parmi les « contre-modèles ». La petitesse chez les hommes, à l’exception d’Oz, est un signe de ridicule : le principal Snyder représente le petit bonhomme autoritaire :

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Le petit proviseur ridicule qui s’égosille sur place, il a cru qu’il était grand ou quoi ?

D’un côté je trouve appréciable d’avoir des personnages d’autorité représentés de telle sorte à ce qu’on les juge insupportables et inutiles, et c’est le cas du principal Snyder, et en même temps il est comique et caricatural, et renvoie à mon avis l’idée que l’autorité, c’est un truc de grand musclé charismatique, et gare à vouloir usurper des qualités qui ne pourront jamais être les tiennes. Je vois au moins autant en lui un personnage ridiculisé en tant que petit-et-pas-charismatique, qu’une critique des proviseurs autoritaires.

De même, Jonathan représente le looser type du lycée (avant d’évoluer en méchant pas très crédible dans la saison 6).

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Comment ridiculiser une fille du lycée ? En lui suggérant de sortir avec Jonathan le petit pardi !

Jonathan fera d’ailleurs une tentative de suicide arrêtée par Buffy, et celle-ci continuera de s’occuper un peu de lui par la suite.

Giles : Jonathan, comment va-t-il ?

Buffy : Pas très bien. […]

Giles : C’est gentil à toi d’être présente pour lui en tout cas.

Buffy : Ça me fait aussi plaisir de pouvoir aider quelqu’un d’une manière non sanglante ! sauf que là, il commence à me jeter des regards comme s’il allait m’inviter au bal…

Giles : Ça lui boosterait certainement son ego si…

Buffy : Oh arrête, il n’y a pas marqué « sainte Buffy » là ! Il fait trois pieds de haut ! (90 cm)

Autant Giles est gonflé et sexiste de faire comme si Buffy devrait choisir son partenaire de bal de manière à panser tous les egos blessés, autant la série nous valide à travers Buffy qu’un homme doit être grand et viril pour être désirable (et qu’être désirable est une question absolument essentielle).

De manière similaire, un personnage de la série, Andrew, personnage de « looser » également, parfaitement inutile pendant les combats, est le seul à être représenté comme homosexuel, et homosexuel refoulé, seul à ne pas savoir qu’il l’est.

Je cite la page wikipédia sur Andrew :

En 2008, il est classé par le site web AfterElton.com à la 10e place du classement des meilleurs personnages gays fictifs dans des films, séries télévisées ou comics de science-fiction. La même année, interviewé par le magazine The Advocate, Joss Whedon révèle qu’il a eu l’idée de faire du personnage d’Andrew un homosexuel qui n’en a pas conscience après avoir décidé d’engager Tom Lenk pour le rôle. Lenk, qui a officiellement fait son coming out en 2008, était en effet l’acteur le plus drôle du casting et Whedon trouvait qu’un côté gay ressortait de sa personnalité.

La série choisit ainsi de faire de l’homosexualité d’Andrew une blague récurrente, par exemple :

Andrew et ses potes devant un porno :
Andrew : « le type est trop sexy »
Ses amis le regardent, consternés.

C’est problématique (homophobe) pour plusieurs raisons :

  • Déjà, cela fait comme si l’homosexualité était quelque chose de comique en soi. On peut bien sûr réaliser des scènes comiques mettant en jeu des homosexuels, mais la mentalité sur laquelle la blague repose ici est que l’homosexualité est, de façon drôle, un peu décalée, « inappropriée » ou « déviante » par rapport à une norme qui est l’hétérosexualité, ce qui est problématique, même si l’esprit de la blague est « bienveillant ».

  • De plus on a le cliché selon lequel l’homosexualité serait visible pour des gens extérieurs, qui de plus, sont mieux placés pour le savoir (d’après la série) puisqu’ici Andrew semble se mentir à lui-même en ne se rendant pas compte de son homosexualité. C’est un élément très classique de domination, où les dominant.e.s sont celleux qui savent, qui sont en mesure de décider qui ressent quoi ou quelle est l’identité profonde des dominé.e.s, sous prétexte qu’iels auraient plus de « recul » que les principaux concernés. Et, pas seulement dans cette scène mais dans la série en général, l’attitude qui semble trahir son homosexualité est imbriquée avec la manière dont ce personnage est montré comme un looser !
  • Enfin, pourquoi un homme hétéro ne pourrait pas trouver un autre homme sexy ? Ça semble être particulièrement gênant de se regarder, entre mecs, plus qu’entre femmes, signe que ce qui est regardé, ce sont les femmes et non les hommes. Quant à la possibilité qu’il soit bisexuel ou pansexuel, elle semble totalement oubliée. (Je parle ici avec un vocabulaire binaire et cissexiste car c’est la mentalité de la série.)

On a donc une grande normativité du côté des hommes également, qui doivent être grands, musclés, charismatiques, hétérosexuels.

Il ne fait pas bon être une femme intelligente dans Buffy

On a quelques figures de femmes « intelligentes » mais elles disparaissent assez rapidement. Willow, par exemple, commence en lycéenne surdouée et geeke, qui adore traîner à la bibliothèque et qui est une intellectuelle comme Giles; mais son évolution vers la sorcellerie l’en éloigne. Dans le sort de la fin de la saison 4 dont j’ai déjà parlé, où Alexander est désigné comme le coeur du groupe et Buffy comme la main, Willow est désignée comme l’esprit et Giles comme l’intellect. On a donc une séparation genrée, où Giles garde un monopole sur le savoir et la réflexion pure, quand Willow évolue vers les domaines de l’intuition et du mysticisme.

Jenny Calendar, prof d’informatique au lycée, qui a de la répartie, qui n’est pas dupe et difficilement manipulable à plusieurs reprises, me semble être une des figures féminines les plus intelligentes et positives de Buffy, mais elle est tuée pour montrer à quel point un personnage masculin est méchant à un moment où elle restait au lycée la nuit pour programmer un logiciel de traduction de sortilège.

Maggie Walsch, professeur d’université le jour, stratège militaire la nuit, fait espérer pendant quelques épisodes qu’elle pourrait être une figure de modèle pour Buffy (on se dit qu’elle va peut-être remplacer Giles, qui semble s’éloigner à ce moment-là), puis est révélée comme méchante (méchante pas si fine que cela en plus, qui se fera tuer par son invention, qui sera le véritable méchant de la saison 4).

Je crois que je viens de répertorier toutes les figures de femmes indépendantes intellectuellement de la série. En fait ce sont les observateurs qui ont le monopole de l’intellect dans Buffy, à travers principalement Giles, et puis Wesley (mais qui part rapidement dans le spin-off Angel).

Sus au patriarcat ?

Un élément assez féministe, en tout cas en première lecture, de Buffy, est la représentation des personnages misogynes. En plus de proposer un personnage féminin superfort, on a des méchants supermisogynes :

Scène où Willow tue Warren parce que celui-ci avait tué Tara :

Warren, immobilisé par la magie de Willow : Tu le cherches, tu sais ?

Willow : Je le cherche ?

Warren : Je vais me sortir de là, et quand ce sera fait, tu me supplieras de rejoindre ta petite copine.

Willow : Ce n’était pas ta première !

Warren : Première quoi ?

Willow : Tara. Ce n’était pas la première fille que tu tuais.

Warren : Je ne vois pas de quoi tu parles.

Willow, lançant un sortilège : Révèle !

L’ancienne petite copine de Warren, qu’il a tuée alors qu’elle tentait de fuir de chez lui, où il l’avait amenée inconsciente pour la violer, apparaît et dit : « J’aurais dû t’étrangler dans ton sommeil. À l’époque où on partageait un lit. J’aurais rendu un service au monde. »

Warren, rigolant de manière gênée : C’est une ruse.

Le fantôme de l’ancienne copine : « Pourquoi, Warren ? Tu aurais pu juste me laisser partir. »

Warren, à Willow : Fais-la se taire. Fais-la disparaître.

Le fantôme : Ça n’avait pas besoin de se passer comme ça.

Warren, à Willow : Je ne plaisante pas !

Le fantôme : Comment pouvais-tu dire que tu m’aimais et me faire ça ?

Warren, au fantôme : Parce que tu le méritais, salope !

Willow : Parce que tu aimais ça.

Warren : Oh, la ferme.

Willow : Tu n’avais jamais l’impression de la dominer suffisamment, jusqu’à ce que tu la tues.

Warren : Pff, les femmes. Tu sais, tu es comme toutes les autres. Tu joues à manipuler.

Après, Willow le torture et le tue. Warren était une figure très misogyne, particulièrement dans cette scène, mais il est très misogyne de façon très peu subtile (si c’était censé être une représentation de pervers narcissique qui fait croire à ses victimes qu’elles méritent leur traitement, c’est une représentation beaucoup trop grossière qui peut faire perdurer l’idée que « moi, les pervers narcissiques, je les reconnaîtrais » voire que les femmes qui restent avec des pervers narcissiques sont stupides, ou au moins que leur comportement est incompréhensible). La réponse qui est donnée, c’est-à-dire la torture et la mort, est tout aussi extrême. Je ne trouve ça satisfaisant qu’en toute première lecture, parce que ça sert d’épouvantail qui nous montre ce que c’est que la vraie misogynie, avec une torture après, justifiée de plus (« il l’avait quand même un peu mérité »), plutôt que de montrer le sexisme ordinaire à travers les personnages d’Alexander ou de Giles…

De même, Caleb, le méchant de la fin de la saison 7 est un prêtre dégoulinant de misogynie et de putophobie, appelant toutes les femmes des « putes », se mettant en quête d’exterminer la lignée des tueuses (et il tue effectivement plusieurs tueuses potentielles). Buffy le coupera en deux en commençant par les couilles.

Dialogue pendant qu’iels se battent :

Caleb : Tu penses avoir du pouvoir sur moi ? Idiote de fille, tu ne m’arrêteras jamais. Tu n’as pas les…aaah [Buffy vient de lui donner un coup de hache dans les parties]

Buffy : Qui en a, de nos jours ? [et elle finit de le couper en deux]

 

Encore une fois, Caleb est l’incarnation de la misogynie, ce n’est pas tout le monde qui en est intoxiqué; et la réponse de Buffy est quand même assez patriarcale, dans l’appropriation de la violence (« mais c’est justifié dans le scénario ») et dans l’humour (« haha il n’a plus de couilles »).

Bien sûr, le patriarcat peut malheureusement aller jusqu’à la misogynie la plus crasse et jusqu’aux féminicides ; mais choisir de le représenter uniquement sous la forme d’une poignée d’hommes odieux, monstrueux, éloignés, dont le/la spectateurice est invité.e à se réjouir de la mort, me pose problème car cela empêche de voir le sexisme plus ordinaire et structurel. Giles et Alexander ont à mon avis des comportements paternalistes, sexistes, et si on a quelques scènes où Buffy leur réplique qu’ils n’ont pas à contrôler sa vie intime, cela est traité de manière très anecdotique, comme si Alexander avait une tendance à être un peu envahissant, mais pas comme un problème de sexisme. Or, pour une série qui se veut féministe et qui dure 144 épisodes, prendre le temps d’introduire une poignée de méchants très misogynes mais pas celui de montrer le sexisme banal qui peut être le fait d’hommes sympathiques, c’est problématique. De plus, ces hommes sont montrés comme « monstrueux » et méritant leur sort (la peine de mort en fait), ce qui est également problématique.

En résumé, on a une héroïne véritablement forte et courageuse, mais qui n’a pas de réelle indépendance, que ce soit affectivement (j’y reviendrai dans les parties IV/V) ou stratégiquement, et qui reste beaucoup cantonnée à sa séduction, son corps, ses vêtements, son apparence.

Douffie Shprinzel


Merci à Numa et Arrakis avec qui les discussions ont beaucoup nourri mon analyse, ainsi qu’à Omniia et Paul Rigouste pour leur très riche relecture !


Notes
[1] Pour ça j’avoue que ce sont justes des extraits que j’ai trouvés dans la page wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Buffy_contre_les_vampires

Sinon, Joss Whedon explique l’idée de base de la série dans cette interview,  en disant en substance la même chose dans les 30 premières secondes : https://www.youtube.com/watch?v=8rTmIhtoBac

Plusieurs articles déjà écrits sur Buffy ont nourri mon analyse, comme :

http://www.themarysue.com/reconsidering-the-feminism-of-joss-whedon/

http://www.heroinecontent.net/archives/2007/07/buffy_the_vampire_slayer_telev.html

(J’ai édité la partie sur l’homosexualité d’Andrew suite à une remarque qui m’a été faite 🙂 ).

Autres articles en lien :

83 réponses à Buffy contre les vampires (1997 – 2003), partie I : une relative inversion genrée des pouvoirs

  1. Merci pour ce très bon premier article sur le sujet, je guette la suite avec impatience 🙂
    Quelques remarques qui me viennent : dans les personnages féminins intelligents et indépendants, je vois aussi Gwendolyn Post, qui se fait passer pour l’observatrice de Faith saison 3 épisode 7. Elle est meilleure que Giles au point de se permettre de le rabaisser ou de lui faire la leçon, c’est elle à qui Faith se rallie au lieu de lui. Et « logiquement », elle est en fait méchante et assoiffée de pouvoir, ce qui justifie qu’elle meure à la fin de l’épisode.
    Sur la notion de tueuse leader naturelle, Faith elle-même me semble aussi digne d’être mentionnée parce que la saison 3 la présente comme l’exemple à ne pas suivre pour Buffy, ce qui se passe quand une tueuse n’en fait qu’à sa tête (réponse : elle sèche les cours, vole, et finalement tue des gens). Dans la saison 7 elle n’est plus l’ennemi mais reste une menace pour le pouvoir de Buffy puisque, peut-être accidentellement, elle divise ses allié.es (Robin Wood notamment) et se rend plus populaire qu’elle auprès des nouvelles recrues. En revanche, même en étant une tueuse, elle ne fait pas spécialement une bonne cheffe et considère sa blessure suite au piège dans lequel elle fonce comme une punition surnaturelle, ce qui à mon sens tempère un peu l’idée de leader naturelle : c’est plutôt que la cheffe est supposée être Buffy.

    Aussi, je suis un peu surprise de voir Dawn citée parmi les femmes qui se battent alors que le personnage m’en paraît très éloigné. De par son existence même (la Clé), c’est un personnage à protéger, et elle se retrouve si souvent enlevée que ça devient une blague (Buffy dit à un moment quelque chose comme « oh, Dawn a été kidnappée, on doit être mardi »). Le seul pouvoir qu’elle a est passif et à ne pas déclencher, et elle devient ensuite simple humaine, plus jeune que les autres protagonistes qui plus est. Un de ses enjeux est de se rendre utile malgré tout : elle est intelligente (elle se charge des recherches dans les livres et parfois de traductions dans d’anciennes langues), courageuse (elle tient tête à Alexander qui veut l’emmener en fin de saison, elle menace Spike s’il s’en prend à Buffy alors qu’elle est une adolescente et lui un vampire), mais combattante ? Dans ses combats, elle se retrouve avec le dessous et souvent des blessures.

    • Merci beaucoup !

      Quelques remarques qui me viennent : dans les personnages féminins intelligents et indépendants, je vois aussi Gwendolyn Post, qui se fait passer pour l’observatrice de Faith saison 3 épisode 7. Elle est meilleure que Giles au point de se permettre de le rabaisser ou de lui faire la leçon, c’est elle à qui Faith se rallie au lieu de lui. Et « logiquement », elle est en fait méchante et assoiffée de pouvoir, ce qui justifie qu’elle meure à la fin de l’épisode.

      Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié cet épisode !

      Sur la notion de tueuse leader naturelle, Faith elle-même me semble aussi digne d’être mentionnée parce que la saison 3 la présente comme l’exemple à ne pas suivre pour Buffy, ce qui se passe quand une tueuse n’en fait qu’à sa tête (réponse : elle sèche les cours, vole, et finalement tue des gens). Dans la saison 7 elle n’est plus l’ennemi mais reste une menace pour le pouvoir de Buffy puisque, peut-être accidentellement, elle divise ses allié.es (Robin Wood notamment) et se rend plus populaire qu’elle auprès des nouvelles recrues. En revanche, même en étant une tueuse, elle ne fait pas spécialement une bonne cheffe et considère sa blessure suite au piège dans lequel elle fonce comme une punition surnaturelle, ce qui à mon sens tempère un peu l’idée de leader naturelle : c’est plutôt que la cheffe est supposée être Buffy.

      Le personnage de Faith est tellement dense politiquement que j’avais à l’origine écrit toute une partie rien que pour elle ! C’est vraiment horrible politiquement, comment elle est une figure beaucoup plus libre et indépendante que Buffy, qui ne suit pas les ordres, et comment ça finit par être renvoyé au fait qu’elle est irresponsable et dangereuse. Au final, ça semblait mieux de faire un plan « par oppression » et non par personnage, donc certaines choses que j’aurais pu mettre ici comme ce que vous venez de dire sont passées à la trappe, mais la majorité des choses sur Faith sera dans la partie III 🙂
      Par contre je n’ai pas la même conclusion que vous sur cette opposition entre Faith leadeuse et Buffy leadeuse; j’avais vu une interview des scénaristes qui disait que Faith pouvait se permettre de paraître cool aux yeux des potentielles « parce qu’elle était un peu comme la tante cool qui pouvait arriver et s’éclater avec les enfants, car elle n’a pas la responsabilité de les élever ». Et quand elle se retrouve avec cette responsabilité, ça foire complètement. Du coup pour moi Buffy en est renforcée en tant que leadeuse, ainsi que l’idée qu’il y a des personnes avec qui ça marche et d’autres qui sont incapables de prendre les bonnes décisions, et l’idée que pour « éduquer », on ne peut pas être « cool », il faut malmener un peu les gens…non ? Mais c’est vrai que ça ne marche pas pour toutes les tueuses du coup.

      Aussi, je suis un peu surprise de voir Dawn citée parmi les femmes qui se battent alors que le personnage m’en paraît très éloigné. De par son existence même (la Clé), c’est un personnage à protéger, et elle se retrouve si souvent enlevée que ça devient une blague (Buffy dit à un moment quelque chose comme « oh, Dawn a été kidnappée, on doit être mardi »). Le seul pouvoir qu’elle a est passif et à ne pas déclencher, et elle devient ensuite simple humaine, plus jeune que les autres protagonistes qui plus est. Un de ses enjeux est de se rendre utile malgré tout : elle est intelligente (elle se charge des recherches dans les livres et parfois de traductions dans d’anciennes langues), courageuse (elle tient tête à Alexander qui veut l’emmener en fin de saison, elle menace Spike s’il s’en prend à Buffy alors qu’elle est une adolescente et lui un vampire), mais combattante ? Dans ses combats, elle se retrouve avec le dessous et souvent des blessures.

      Alors, je parlais vraiment de Dawn dans la saison 7. Effectivement, dans la saison 5, c’est horrible, j’ai trouvé que ça cassait tout le bénéfice de la saison 1 où on voit Buffy au même âge, mais capable de se défendre et à laquelle on peut s’identifier.
      Il y a quand même quelques scènes où elle se bat très bien, non ? Dans le dernier épisode de la saison 6, dans le dernier épisode de la saison 7…(bon c’est pas super fréquent, c’est vrai). À part ça, dans la saison 7, elle est un peu avec les potentielles, sans en être une elle-même : elle sait se battre suffisamment pour ne pas se faire tuer par un vampire en une minute, ce qui est déjà mieux que 99% de l’humanité, mais il faut quand même que Buffy se grouille d’arriver. J’y lis pas mal un côté « super-héro.ïne à part », comme si seules les personnes qui pouvaient se défendre étaient surnaturelles, ce qui m’énerve pas mal et qui n’est pas du tout empowering pour le coup, mais je ne trouve pas que Dawn soit rabaissée dans les combats, dans la saison 7…mais faudrait peut-être que je regarde à nouveau certains épisodes. Je trouve que la série est souvent incohérente (il y a des scénaristes et des réalisateurices différents pour différents épisodes), et je pense que ce genre d’éléments varie beaucoup d’un épisode à l’autre.

  2. Oh, je vais attendre d’en lire plus de votre part sur Faith, dans ce cas !

    Si j’y réfléchis mieux Dawn ne se débrouille pas trop mal dans quelques combats (contre un vampire avec qui elle flirte dans la saison 6, le combat côte à côte avec la potentielle dont vous parlez, et celui dans le cimetière dans le premier épisode de la saison 7, par exemple), mais elle n’y est jamais seule. Même si dans le combat de la saison 6 elle finit par tuer le vampire elle-même, Buffy intervient à temps. Elle reste une humaine à capacités humaines, et il est explicite que les vampires et les autres démons ont une force surnaturelle, c’est pourquoi il faut une Tueuse à la force elle aussi surnaturelle pour la contrer.
    Après je ne vois pas forcément cela négativement : comme Alexander, si elle s’en sort c’est qu’elle fait partie d’un groupe, où elle a sa place même sans force physique (qui n’est donc pas obligatoire). Elle a d’autres points forts et j’aime assez l’idée que la faiblesse sur ce plan soit permise aussi. Mais bon, je suis peut-être complaisante sur ce point ^^

  3. (Commençons par dire que je ne connais Buffy que de relativement loin : même si j’en ai vu certains épisodes, quand même, je n’ai pas vu toute la série, loin de là, et je ne maîtrise donc pas le sujet. Je base donc essentiellement ma réflexion sur les analyses que vous forunissez vous-même dans l’article, au risque peut-être de mal-interpréter parfois… Mais c’est un risque que je prends.)

    À la lecture de l’article, donc, non seulement vous avez raison de relativiser le supposé féminisme de Buffy ; mais à vrai dire, même, vous pourriez même allez plus loin ! Car le pouvoir de « subversion » de cette série semble bien moindre que certains pourraient l’espérer (même s’il n’est pas nul, quand même, ne soyons pas défaitistes) – et, en tout cas, parfaitement gérable « en interne » par le patriarcat…

    En effet, on aurait tort de concevoir la domination comme un système explicitement tyrannique et inégalitaire, qui ne peut que susciter la révolte des spoliés ; au contraire, bien souvent, les systèmes sociaux mettant en oeuvre la domination (qu’elle soit sexiste, ou raciste, ou économique, ou autre) s’appuie sur la manipulation symbolique de l’exception. Ainsi, le capitalisme encense le (rare) self-made man pour justifier les classes sociales (« réussir, c’est une question de volonté ! »). Et de même, le patriarcat n’est pas du tout opposé, au contraire, aux figures de femmes fortes (Hippolyte l’Amazone, Aliénor, Jeanne d’Arc, Mulan, Buffy…), dont l’exceptionnalité ne fait que justifier la condition imposée aux « autres ».

    Vous montrez très bien dans l’article que Buffy n’est pas une femme puissante absolument, c’est-à-dire dans toutes ses dimensions : elle reste, conformément au canon paternaliste, aphrodisée sur le plan physique, dépendante affectivement, etc. – les seuls domaines où elle se révèle effectivement puissante étant ceux transformés par le surnaturel (et donc : anromaux), la force physique d’une part, la prescience onyrique d’autre part.
    Eller est donc parfaitement légitime, d’un point de vue partiarcal, à aller patrouiller dans les cimetierres la nuit, puisque, dans son cas particulier, les « forces supérieures » lui ont octroyé un don surnaturel – ça ne remet pas du tout en question le comportement attendu des autres femmes.

    D’ailleurs, il faut bien noter que le personnage de la femme blonde, faible, qui devient automatiquement une victime dès qu’elle sort de chez elle est un personnage irréaliste, y compris dans une lecture partriarcale : une femme « ‘normale » (dans une vision partriarcale) n’aurait de toute façon pas « l’inconscience » de se mettre dans une telle situation…
    (C’est d’ailleurs un piège trop répandu de considérer le partriarcat comme plus misogyne qu’il ne l’est (et donc de risquer de ne plus s’attaquer qu’aux formes les plus visibles du machisme, sans voir ses ramifications plus subtiles) : ainsi, pour prendre un autre exemple, quand vous souligner le traitement par le ridicule de personnages féminins secondaires « superficiels », ce ne sont bien évidemment pas des modèles : les personnes acquises au mode de pensée partriarcale aussi les trouvent superficielles ! Mais retournons au vif du sujet.)

    À ce propos : attention à l’interprétation des statistiques. Les deux mesures que vous donnez dans le troisième paragraphe (« une femme seule et forte la nuit ») pourraient tout aussi bien être convoquées pour soutenir la légitimité et l’efficacité du discours patriarcal ! En effet, l’expérimentation étant très difficile voir quasiment impossible à mettre en oeuvre dans les sciences sociales, on a recourt à des mesures statistiques non dans un cadre théorique contrôlé, mais dans un contexte déjà socialisé : ce qui signifie que ce qu’on mesure, ce n’est pas un hypothétique « état de nature », mais bien le résultat d’un système de pratiques culturelles. En l’occurrence, impossible de mesurer comparativement « en soi » la dangerosité relative du milieu urbain extérieur et du milieu domestique, puisque les comportements adoptés par les acteurs dans l’un et dans l’autre, et jusqu’à la probabilité-même de leur simple présence dans l’un ou l’autre milieu, ne sont pas équivalants…
    « Dans notre société, les femmes sont poussées à ne pas sortir seule la nuit, sous peine d’être agressées ; pourtant, la majorité des agressions sexistes sont commises par l’entourage de la victime et les hommes sont statistiquement légèrement plus susceptibles de subir des agressions avec violence physique dans la rue. » Dans cette phrase, votre « pourtant » pourrait tout aussi bien être remplacé par « en conséquence de quoi ». Gageons que dans les pays qui restreignent encore plus strictement que nous les libertés des femmes, et notamment lorsque la loi interdit purement et simplement que les femmes sortent de chez elles non-accompagnées, le ratio est d’autant plus déséquilibré ! S’il n’y a pas de femmes dans la rue, ou que celles qui s’y rendent s’y montrent particulièrement prudentes et méfiantes, voire mettent en oeuvre des stratégies de défense (bombe lacrymo, déplacement uniquement en groupe, évitement des endroits mal éclairés, etc.), il n’est pas étonnant, au contraire, que le nombre d’agressions diminue…
    De même, si les hommes ont plus chances de subir des violences dans la rue, ça peut être tout simplement parce qu’ils prennent plus de risques (ce qui n’est pas jugé négativement dans l’ordre de pensée patriarcal, au contraire, la prise de risque étant une composante du « courage » valorisé dans le modèle viril). Et aussi parce que les agresseurs sont le plus souvent des hommes, ce qui leur donne un double statut d’agresseur/agressé potentiel : ainsi il est tout à fait possible que les bagarres de bar, que certains pourraient qualifier de violences « avec consentement mutuel » (il y a toute une culture du duel dans le modèle patriarcal), soit comptabilisé dans cette mesure, alors que les femmes ont culturellement moins souvent recours à ce procédé pour régler leurs différents, surtout dans l’espace public (ou alors : par le biais de « champions » interposés, champions qui sont des hommes). Bref, là encore, je m’éloigne du sujet, et je m’en excuse.

    Tout ça pour dire : si le patriarcat se définit effectivement comme la mise en place d’un système social discriminatoire fondé sur le sexisme, ça veut peut pas dire qu’il défende le machisme le plus éhonté, et qu’il refuse toute dignité à l’ensemble des femmes. Au contraire, pour s’attirer, au minimum la collaboration, au mieux la sympathie, des femmes, il se doit de condamner et combattre les formes les plus absolue de sexisme, dont il prend soin de se distinguer sur le plan symbolique en les rejettant dans le monstrueux, l’inhumain. En ayant recours au fantastique et, donc, à de « vrais » monstres (pas seulement psychologiques), Buffy rentre complétement dans ce cadre.
    De même, la conception et la présentation de la « nature » féminine dans le patriarcat n’est pas nécessairement celui d’un féminin absolument faible, passif, idiot et incapable, mais simplement d’une population de femmes « en moyenne » inférieures aux hommes : ça n’exclut nullement l’existence avérée de quelques femmes fortes – a fortiori, comme dans le cas des « tueuses » de Buffy, lorsque des puissance surnaturelles s’en mêlent…
    La possibilité d’un discours féministe dans Buffy, plus qu’autour de l’héroïne-titre qui reste enfermée dans une logique de « l’élue » et de donc de destinée, c’est sans doute au niveau de personnages plus à la marge, Willow en tête : parce que ses capacités résultent plus de sa propre liberté, de ses choix, du développement de ses talents propres non-surnaturels à la base ; et parce que ses choix de vie sont moins astreints à une autorité masculine (bon, forcément, ne pas être hétéro, sur ce plan-là, ça aide : aucune chance de tomber sous l’influence d’une partenaire macho – et encore, l’article montre qu’elle n’est pas pour autant immunisée au « male gaze »).

    Sur ce, depuis le temps qu’on me dit de me pencher plus sur cette série à coté de laquelle j’étais passé à l’époque, je devrai sans doute le faire, ne serait-ce que pour m’exprimer dessus en meilleure connaissance de cause…

    • Merci beaucoup pour votre commentaire 🙂

      À la lecture de l’article, donc, non seulement vous avez raison de relativiser le supposé féminisme de Buffy ; mais à vrai dire, même, vous pourriez même allez plus loin ! Car le pouvoir de « subversion » de cette série semble bien moindre que certains pourraient l’espérer (même s’il n’est pas nul, quand même, ne soyons pas défaitistes) – et, en tout cas, parfaitement gérable « en interne » par le patriarcat…

      Oui, je pense que c’est très possible d’être plus « négative » que je ne le suis, d’ailleurs, les articles que j’ai cités en bas le sont. J’ai trouvé aussi un certain nombre d’articles très positifs (trop positifs selon moi), mais clairement, il y a du bon et du franchement mauvais politiquement dans Buffy, et vraiment moyen de râtisser très largement les audiences (ce qui d’ailleurs en soi est critiquable politiquement, puisque ça revient à permettre des interprétations sexistes, réacs, etc).
      En fait ce qui me pose le plus problème dans le « féminisme » de Buffy, c’est la représentation de la sexualité, et ça sera dans une autre partie…c’est difficile de couper, tout est imbriqué !

      En effet, on aurait tort de concevoir la domination comme un système explicitement tyrannique et inégalitaire, qui ne peut que susciter la révolte des spoliés ; au contraire, bien souvent, les systèmes sociaux mettant en oeuvre la domination (qu’elle soit sexiste, ou raciste, ou économique, ou autre) s’appuie sur la manipulation symbolique de l’exception. Ainsi, le capitalisme encense le (rare) self-made man pour justifier les classes sociales (« réussir, c’est une question de volonté ! »). Et de même, le patriarcat n’est pas du tout opposé, au contraire, aux figures de femmes fortes (Hippolyte l’Amazone, Aliénor, Jeanne d’Arc, Mulan, Buffy…), dont l’exceptionnalité ne fait que justifier la condition imposée aux « autres ».

      Je suis tout à fait d’accord, c’est très intéressant 🙂

      Eller est donc parfaitement légitime, d’un point de vue partiarcal, à aller patrouiller dans les cimetierres la nuit, puisque, dans son cas particulier, les « forces supérieures » lui ont octroyé un don surnaturel

      Ce sont même des hommes qui ont créé la lignée des tueuses !

      – ça ne remet pas du tout en question le comportement attendu des autres femmes.

      D’autant plus que les monstres contre qui elles seraient totalement incapables de se défendre existent bel et bien…

      D’ailleurs, il faut bien noter que le personnage de la femme blonde, faible, qui devient automatiquement une victime dès qu’elle sort de chez elle est un personnage irréaliste, y compris dans une lecture partriarcale : une femme « ‘normale » (dans une vision partriarcale) n’aurait de toute façon pas « l’inconscience » de se mettre dans une telle situation…

      Là-dessus, je ne comprends pas trop ce que vous voulez dire ?

      C’est d’ailleurs un piège trop répandu de considérer le partriarcat comme plus misogyne qu’il ne l’est

      Je ne dirais pas ça, je pense qu’au contraire la force de la misogynie de la pensée ordinaire, et son omniprésence, sont sous-estimées. Mais je crois que je vois ce que vous voulez dire : qu’il ne faut pas rendre « monstrueuse » la misogynie, sous peine de ne jamais la reconnaître dans des situations « ordinaires » ?

      En l’occurrence, impossible de mesurer comparativement « en soi » la dangerosité relative du milieu urbain extérieur et du milieu domestique, puisque les comportements adoptés par les acteurs dans l’un et dans l’autre, et jusqu’à la probabilité-même de leur simple présence dans l’un ou l’autre milieu, ne sont pas équivalants…

      Effectivement, je découvre qu’on comptabilise les nombres d’agression dans l’espace public, mais sans rapporter aux nombres d’heures dans l’espace public (merci de me l’avoir fait remarquer !).
      Après je pense que c’est quand même intéressant de voir que les premières victimes d’agression physique sont les hommes et que celles qui ressentent le plus le sentiment d’insécurité sont les femmes, mais c’est vrai que ce n’est peut-être pas si décorrélé que cela. (J’ai fait une petite recherche mais rien trouvé de concluant.)

      S’il n’y a pas de femmes dans la rue, ou que celles qui s’y rendent s’y montrent particulièrement prudentes et méfiantes, voire mettent en oeuvre des stratégies de défense (bombe lacrymo, déplacement uniquement en groupe, évitement des endroits mal éclairés, etc.), il n’est pas étonnant, au contraire, que le nombre d’agressions diminue…

      Hmm après c’est pas forcément l’autodéfense la plus efficace et appropriée qui est mise en oeuvre après des classiques conseils donnés aux femmes pour éviter d’être agressées (au contraire). Donc je ne pense pas que ce soit si simple que « plus on fait peur aux femmes, moins elles subissent d’agressions ». En fait, si ça se trouve, c’est le contraire. Les agresseurs agressent des personnes qu’ils estiment faibles ou vulnérables, en général. Si ces conseils visaient réellement à protéger les femmes, ils seraient plutôt de l’ordre de proposer des stages d’autodéfense féministe, qui sont réellement « empowering ». Donc je pense que c’est vrai qu’il faudrait nuancer, et des chiffres qui parlent plus du « risque d’agression par heure passée dans la rue » apporteraient une info supplémentaire, mais pas forcément tant que cela non plus, parce que ça sous-entend aussi que les conseils de ne pas sortir la nuit, d’avoir une bombe lacrymo, la peur inculquée aux femmes, auraient quelque part un effet véritablement protecteur, ce dont je doute.

      Tout ça pour dire : si le patriarcat se définit effectivement comme la mise en place d’un système social discriminatoire fondé sur le sexisme, ça veut peut pas dire qu’il défende le machisme le plus éhonté, et qu’il refuse toute dignité à l’ensemble des femmes. Au contraire, pour s’attirer, au minimum la collaboration, au mieux la sympathie, des femmes, il se doit de condamner et combattre les formes les plus absolue de sexisme, dont il prend soin de se distinguer sur le plan symbolique en les rejettant dans le monstrueux, l’inhumain. En ayant recours au fantastique et, donc, à de « vrais » monstres (pas seulement psychologiques), Buffy rentre complétement dans ce cadre.

      En même temps, des formes horribles de sexisme se produisent et le patriarcat ne se met pas tellement en branle pour les combattre non plus. Les condamner avec fermeté quand elles sont loiiintaiiines, oui peut-être, mais du coup je dirais plutôt « agiter un foulard qui serait de la « vraie violence » pour faire diversion » que de combattre les formes les plus absolues de sexisme. Enfin, je pinaille, je comprends bien ce que vous voulez dire 🙂

      Après, les monstres de Buffy ne représentent pas que le patriarcat, je pense, ce sont des espèces inférieures qui n’ont pas d’âme, qui sont purement « mauvaises », nuisibles, je peux voir du racisme dans pas mal d’éléments, du spécisme dans d’autres, c’est assez complexe à analyser, ça relève de beaucoup de choses.

      De même, la conception et la présentation de la « nature » féminine dans le patriarcat n’est pas nécessairement celui d’un féminin absolument faible, passif, idiot et incapable, mais simplement d’une population de femmes « en moyenne » inférieures aux hommes : ça n’exclut nullement l’existence avérée de quelques femmes fortes – a fortiori, comme dans le cas des « tueuses » de Buffy, lorsque des puissance surnaturelles s’en mêlent…

      Je pense que c’est quand même un peu subversif (même si c’est à relativiser), car beaucoup de gens (et la mentalité dans laquelle nous sommes) assimilent tout à la moyenne. Je remarque souvent que des « en moyenne » sont là pour décorer, mais employés de manière totalement aveugle, sans jamais de variance à côté (la variance étant une manière de caractériser l’écart à la moyenne). Et souvent les gens ne s’attendent pas à voir, même rarement, une femme très forte dans un domaine dit « masculin », etc.

      Et je pense qu’il ne faut pas non plus sous-estimer la confiance en soi que cela peut apporter à beaucoup de femmes, de voir des femmes dites « exceptionnelles » réussir, comme de voir Buffy se sentir en confiance dans un cimetière la nuit.

      Mais sinon je suis d’accord que faire admettre l’existence de quelques « femmes fortes », c’est vraiment l’étape zéro 🙂

      • C’est sûr que dire qu’il n’y a que quelques femmes fortes (voire une seule – enfin dans la série y a au moins Buffy et Willow !) ça reste moyen, mais je pense que là il y a aussi un phénomène lié à l’individualisation de l’héroïne : il faut un modèle pour le spectateur, et les autres personnages féminins rappellent le contexte standard et patriarcal qu’il faut justement dépasser.
        Du coup si ces personnages, même isolés dans la série, permettent de transmettre l’idée que des femmes peuvent être fortes (une, deux dans la série, mais mille dans la vie – cf. fin de la série !) et ben pour moi c’est gagné.

        • Sur l’exception, je me souviens qu’en effet lorsque j’étais au lycée et que la série était diffusée, j’étais un peu exaspérée par le fait que Buffy répétait sans cesse qu’elle n’était pas comme les autres filles.

          Mais on peut dire que c’est le cas de tous les super-héros d’être exceptionnels. La différence c’est que les super-héros masculins sont finalement assez nombreux alors que les super-héroïnes se comptent sur les doigts des mains. Cela renforce aussi leur exceptionnalité.

          Et puis il faut croire que ça ne dérange pas les garçons/hommes que les super-héros soient exceptionnels alors que c’est comme s’il fallait que les filles/femmes représentent toujours l’ensemble de la classe des filles/femmes. On pourrait aussi dire que c’est un effet pervers du patriarcat de vouloir qu’une fille/femme soit toutes les filles/femmes.

          La question est : est-ce que Buffy a créé un précédent féministe dans la fiction? Et la réponse est clairement : oui.

          Ce personnage de fiction, par son retentissement sans précédent dans la pop culture, a été très important dans la construction de l’identité de beaucoup de filles et femmes. En particulier celles qui, comme moi, déjà enfant et ado, n’en pouvaient plus des Loïs Lane et autres « damzels in distress » de toutes les fictions de super-héros. Et qui ne trouvaient pas à s’identifier dans le peu de personnages féminins qui leur étaient offerts. Aujourd’hui encore, on se plaint de la rareté des rôles féminins de qualité.

          C’est pourquoi Buffy reste pour moi un modèle féministe et tant pis si ce n’est pas parfait. Joss Whedon reste un féministe et un précurseur. Je lui demande pas d’avoir écrit le parfait manuel du féminisme. Il a ouvert une porte, il a une conscience féministe énorme, il milite encore aujourd’hui pour des rôles de femmes fortes, c’est bon on va pas lui demander non plus de nous faire un traité. Surtout quand on voit la régression des modèles actuels à la Bella et Anastasia Steele qui sont jetées en pâture aux adolescentes.

          D’autre part, quand vous dites que Willow et Tara correspondent aux normes de beauté je ne suis pas du tout d’accord. Avec mon regard d’adulte, certainement que je les trouverais mieux qu’à l’époque mais je sais que lorsque j’étais adolescente, je les considérais comme vraiment pas terribles physiquement. Et c’est ça qui était bien justement.

          Et qu’il y ait des lesbiennes dans une fiction pour adolescents, on peut 18 ans après venir chipoter sur ceci et cela mais c’est juste énorme pour l’époque. Là aussi on peut parler de précédent. En tout cas moi je n’avais jamais vu ça dans une fiction pour ado lorsque j’étais moi-même adolescente.

          Je pense donc que cette critique même si elle est intéressante, ne prend pas du tout en compte l’impact réel que Buffy a eu sur des personnes réelles. Et qui est bien évidemment parfaitement féministe. Chloé Delaume en a fait un livre.

          • Il n’est pas question de faire un procès à J. Whedon pour dire qu’il n’en a pas fait assez, ni de nier les effets de Buffy sur la pop culture, mais simplement d’évaluer le chemin parcouru, et celui encore à parcourir.
            Parce que si Buffy a été aussi positif pour toute une génération de jeunes femmes (et tant mieux !), alors que l’analyse présentée ici montre combien la série reste en fait pourtant très largement engluée dans des biais sexistes, c’est bien : qu’il n’avait pour ainsi dire rien avant ; qu’il n’y avait que ça à quoi se raccrocher à l’époque ; qu’il reste énormément de progrès encore à faire.

          • Douffie Shprinzel

            Sur l’exception, je me souviens qu’en effet lorsque j’étais au lycée et que la série était diffusée, j’étais un peu exaspérée par le fait que Buffy répétait sans cesse qu’elle n’était pas comme les autres filles.

            Je ne comprends pas très bien ce que vous voulez dire. Il me semble que Buffy n’a pas un quotidien « normal » du fait de son rôle de tueuse mais qu’elle aimerait être « juste une fille » (selon ses termes à plusieurs reprises)…enfin, il y a peut-être quelque chose que je ne vois pas ?

            Mais on peut dire que c’est le cas de tous les super-héros d’être exceptionnels.

            Est-ce que justement ça n’est pas problématique ?

            La question est : est-ce que Buffy a créé un précédent féministe dans la fiction? Et la réponse est clairement : oui.

            Est-ce que c’est vraiment la question ? Je ne vois pas très bien l’intérêt de classer en « truc féministe » et « truc non féministe ». Buffy a beaucoup de positif mais beaucoup à critiquer aussi, et je pense que c’est important de le faire, même en appréciant les côtés positifs (surtout dans une analyse féministe quoi).

            C’est pourquoi Buffy reste pour moi un modèle féministe et tant pis si ce n’est pas parfait.

            Je trouve ça plus que « pas parfait », je vois beaucoup de problèmes dans la série, mais ça ne m’empêche pas de beaucoup l’aimer à titre personnel ! Je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire par « tant pis », vous trouvez ça dommage que je sois assez négative du « féminisme » de Joss Whedon ? J’ai l’impression de lire une « défense », mais je ne cherche pas spécialement à « attaquer », juste à analyser pourquoi je trouve certaines choses négatives (et d’autres positives).

            D’autre part, quand vous dites que Willow et Tara correspondent aux normes de beauté je ne suis pas du tout d’accord. Avec mon regard d’adulte, certainement que je les trouverais mieux qu’à l’époque mais je sais que lorsque j’étais adolescente, je les considérais comme vraiment pas terribles physiquement. Et c’est ça qui était bien justement.

            C’est pas tellement une question d’être sensible ou non, à titre personnel, au charme d’une actrice. Elles sont dans les normes de beauté, ça me paraît dur d’argumenter le contraire. Elles sont minces, ont des traits de visages qui correspondent aux normes, les sourcils soigneusement épilés, aucun bouton, aucun poil qui dépasse, des cheveux toujours très beaux et brushingués, un peu de maquillage pour leur faire un teint de pêche, etc etc.
            Une recherche google image des actrices, Alyson Hannigan et Amber Benson, renvoient des photos où elles sont dans des poses sexy de magazines féminins…

            Et justement, elles ne sont pas présentées comme des filles super belles dans la série, et pour le coup en termes d’impact sur les femmes spectatrices, de représentativité pour les femmes qui ne correspondent pas à tous ces critères de beauté, je trouve ça vraiment négatif :/
            (Après je ne cherche pas spécialement à « attaquer » ce casting : j’adore ces deux actrices, mais force est de constater l’absence ou quasi-absence assez désespérante d’actrice qui ne soit pas très privilégiée sur le plan de l’aphrodisme.)

            Et qu’il y ait des lesbiennes dans une fiction pour adolescents, on peut 18 ans après venir chipoter sur ceci et cela mais c’est juste énorme pour l’époque.

            Je suis tout à fait d’accord, d’ailleurs je l’ai écrit dans une des parties suivantes 🙂 par contre pour moi ce n’est pas une question de chipoter, si je vois un truc qui me paraît problématique du point de vue de la lesbophobie dans une série dont je fais une analyse, je le relève, c’est tout…

            Je pense donc que cette critique même si elle est intéressante, ne prend pas du tout en compte l’impact réel que Buffy a eu sur des personnes réelles.

            Ah, vraiment pas du tout ? Pourtant, c’est quelque chose que j’ai bien en tête, mais justement, c’est aussi pour ça, entre autres, que je relève que la série reproduit aussi des figures de femmes victimes la nuit, reproduit beaucoup d’aphrodisme…en parlant d’impact réel sur des personnes réelles, une personne m’a raconté qu’elle se sentait très mal vis-à-vis de son corps après avoir regardé un épisode de Buffy quand elle était adolescente, par exemple :/

          • Eh bien merci pour ce témoignage que je trouve étonnant mais intéressant. J’ai moi-même été très complexée par mon corps à l’adolescence et je n’ai pas du tout vécu cette série de cette façon là. J’étais tellement gavée par les autres belles femmes dans les batman, superman, Indiana Jones etc qui ne servaient qu’à être belle que j’ai tout de suite admis que l’idée c’était « tu es belle mais tu ne te tais pas et tu n’es pas une demoiselle en détresse pour autant ». Je me demande comment cette personne réelle vit tout le reste de la culture dominante où les femmes non seulement sont ultra belles mais en plus sont faibles, victimes, idiotes, chiantes, sans humour, n’ont rien à défendre etc etc etc.

            Quand je parlais des personnes réelles, je parle évidemment des millions de fans et notamment de fans féminines pour qui cette série est culte. Je parlais de l’impact objectif dans le monde (puisque vous me parlez d’objectivité). Cela ne veut pas dire qu’une personne qui n’a pas aimé cette série ou que cette série a mise mal à l’aise n’est pas réelle.

            Je ne suis pas d’accord sur les critères objectifs (justement) de beauté des actrices qui jouent Willow et Tara. Je vous le répète : moi à l’adolescence je les trouvais franchement pas terribles. Donc si l’idée c’était de dire qu’elles étaient pas terribles, eh bien je peux témoigner que pour moi c’était réussi. Donc il n’y avait pas de dissonance à ce niveau là. Elles ne sont peut-être pas horribles mais elles sont assez quelconques pour jouer des filles quelconques. Si vous voulez, j’ai plus de dissonance à voir des filles comme Dakota Johnson ou Kristen Stewart jouer des filles censément quelconques. Là, en effet, il y a un vrai problème.

            Pour Buffy fille normale non ce n’était pas le fait qu’elle voulait être une fille normale qui me gênait mais vraiment je me souviens (je n’ai jamais revu la série depuis) d’une critique implicite des autres filles justement. J’en ai gardé ce souvenir là. Enfin là en l’occurrence j’allais dans votre sens.

            Est-ce que c’est vraiment la question ? Je ne vois pas très bien l’intérêt de classer en « truc féministe » et « truc non féministe ». Buffy a beaucoup de positif mais beaucoup à critiquer aussi, et je pense que c’est important de le faire, même en appréciant les côtés positifs (surtout dans une analyse féministe quoi).

            Ben là je dois avouer que comme c’est exactement ce que vous faites, ça me paraît un peu étrange de dire ça. Oui je pense que ma question si je la pose c’est parce que je pense que c’est la question essentielle. Lorsqu’on étudie un phénomène tel que Buffy, on peut difficilement faire l’impasse sur l’impact féministe que cette série a eu dans la culture dominante. C’était précisément le sens de mon intervention. Donc à partir du moment où on dit oui mais ça c’est pas féministe, ça c’est genré, ça c’est lesbophobe, ça c’est une inversion relative, vous êtes quand même bien en train de distribuer des bons et des mauvais points féministes à la série. Donc c’est étrange de me dire que vous trouvez que dire que classer entre c’est féministe et c’est pas féministe ne vous paraît pas intéressant. C’est ce que vous faites à l’intérieur même de la série. Moi je le fais au niveau des séries en général dans la culture dominante. C’est exactement la même chose mais pas au même niveau.

            Et oui j’ai envie de défendre la série face à votre analyse puisque votre analyse révèle selon le titre que finalement c’était pas si super féministe que ça. Je défends le contraire qui est que, encore aujourd’hui, Buffy est un modèle et plutôt un bon modèle. C’est ma thèse donc oui je la défends. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a absolument rien qui m’a énervée dans cette série. Comme la fois où elle manque d’être violée par Spike et qu’elle se débat pendant quelques secondes comme si elle n’avait pas de superpouvoirs. Qui renvoie à l’idée que même avec des superpouvoirs c’est presque impossible de se défendre pour une femme face à un violeur.

            En aucun cas je dis que la série est parfaite. De là à remettre en question ses fondements féministes extrêmement forts et profonds, c’est une autre histoire.

            En revanche pardon pour le terme chipoter qui était mal choisi. Je n’avais pas écrit ça au début puis après cela m’a semblé plus court dans ma phrase.

          • Je rebondis rapidement sur la tentative de viol de Buffy par Spike. Si je me souviens bien de l’épisode, Buffy vient d’être blessée dans un combat juste avant et c’est pour cela qu’elle a plus de mal à se défendre.

            A propos d’Amber Benson, à l’époque où Willow a préféré Tara à Oz, Amber Benson a été massacrée par les fans notamment à propos de son poids, car c’était la seule actrice de la série à avoir une morphologie plus proche de celle de la moyenne des femmes (sachant qu’elle est quand même mince).

          • Douffie Shprinzel

            Je vous le répète : moi à l’adolescence je les trouvais franchement pas terribles.

            Mais ce n’est pas ça qui fait qu’on est privilégié.e ou non sur le plan de l’aphrodisme; après on peut toujours dire que tel ou telle actrice a plus de charme, est plus ci ou ça, mais tout le casting a ce privilège. Pour donner un exemple qui expliquera peut-être mieux ce que je veux dire, l’actrice qui a été choisie en premier pour Willow, avant d’être remplacée, ne me paraissait pas dans les normes de beauté : https://nostalgiavision.files.wordpress.com/2014/03/01.jpg?w=640 (et encore, on pourrait imaginer bien plus éloigné.e)

            J’en ai gardé ce souvenir là. Enfin là en l’occurrence j’allais dans votre sens.

            Oui j’ai compris mais je ne me rappelle plus de scène qui critique particulièrement « les autres filles », pour moi au contraire je vois Buffy comme une « fille parmi les autres », pas particulièrement plus spirituelle, douée à l’école ou quoi que ce soit. Par contre c’est vrai qu’il y a à plusieurs reprises le trope de la fille-qui-crie-très-aigu, qui est superficielle, égoïste, etc.

            Ben là je dois avouer que comme c’est exactement ce que vous faites, ça me paraît un peu étrange de dire ça. Oui je pense que ma question si je la pose c’est parce que je pense que c’est la question essentielle. Lorsqu’on étudie un phénomène tel que Buffy, on peut difficilement faire l’impasse sur l’impact féministe que cette série a eu dans la culture dominante. C’était précisément le sens de mon intervention. Donc à partir du moment où on dit oui mais ça c’est pas féministe, ça c’est genré, ça c’est lesbophobe, ça c’est une inversion relative, vous êtes quand même bien en train de distribuer des bons et des mauvais points féministes à la série. Donc c’est étrange de me dire que vous trouvez que dire que classer entre c’est féministe et c’est pas féministe ne vous paraît pas intéressant. C’est ce que vous faites à l’intérieur même de la série. Moi je le fais au niveau des séries en général dans la culture dominante. C’est exactement la même chose mais pas au même niveau.

            J’avoue que je ne connais pas suffisamment de séries avant et après Buffy pour mesurer moi-même l’impact que cela a eu sur la pop culture, mais c’est un truc que j’ai déjà entendu, tant mieux si ça a eu un impact positif (et oui, j’aurais pu le mentionner !).
            J’analyse la série donc c’est « normal » que je dise ce qui me paraît relever d’un schéma sexiste ou contraire féministe et pourquoi… Quand je dis que ça ne me paraît pas si intéressant que cela de déterminer si « en moyenne » Buffy est féministe ou non, c’est juste pour dire : oui mais après on en fait quoi ? Si je dis que c’est féministe (comme vous), est-ce qu’il faut en conclure que je ne devrais pas parler de ce qui me pose problème ? Ou moins en parler ? Ou prendre plus de précautions oratoires, ou parler de « petites bourdes » plutôt que de « schémas sexistes » ? Et si je dis que c’est « non-féministe » voire « anti-féministe », qu’est-ce que ça implique sur l’analyse exactement ? est-ce que je ne risque pas de tout écrire avec une lentille déformante ?
            De toute façon Buffy fait 144 épisodes, qui ne sont pas écrits, réalisés ni même joués par exactement les mêmes personnes. J’essaie de faire le tri entre ce qui me paraît un peu exceptionnel (comme le fait d’avoir de nombreuses tueuses, seulement à la fin) ou vraiment récurrent, mais ce n’est pas évident; il y a souvent plusieurs manières offertes aux spectateurices d’interpréter les scènes. C’est pour ça que ça ne me paraît pas très intéressant de « faire une moyenne », en tout cas dans une analyse, après si ça vous convient en tant que spectatrice, tant mieux !

            Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a absolument rien qui m’a énervée dans cette série. Comme la fois où elle manque d’être violée par Spike et qu’elle se débat pendant quelques secondes comme si elle n’avait pas de superpouvoirs. Qui renvoie à l’idée que même avec des superpouvoirs c’est presque impossible de se défendre pour une femme face à un violeur.

            Cette scène m’a déplu aussi, mais l’agression sexuelle, la tentative de viol, ça crée un effet de sidération et ce n’est pas parce qu’une femme « a des gros muscles » qu’elle en est protégée, malheureusement. Des stratégies d’autodéfense féministe sont nées après qu’une femme championne de karaté ait été violée et se rende compte qu’elle n’avait pas été capable de se défendre :/ Donc ce que vous citez là, ne m’a pas gênée, je trouve au contraire que ça correspond à une triste réalité.

            En aucun cas je dis que la série est parfaite. De là à remettre en question ses fondements féministes extrêmement forts et profonds, c’est une autre histoire.

            Allons dans l’autre histoire alors 🙂 sérieusement, il y a à mon avis trop de problèmes dans Buffy. Entre les observateurs (au moins pendant la première moitié), son besoin d’avoir un copain (pendant les six premières saisons au moins), sa dépendance affective de tout le monde, la manière dont la série la punit quand elle fait du sexe, la représentation du féminisme en une femme unique superpuissante qui coupe les couilles des supermisogynes, etc, ses fondements féministes me paraissent somme toute assez fragiles.
            (Ce qui ne veut pas dire que je n’apprécie pas la série.)

          • ses fondements féministes me paraissent somme toute assez fragiles.

            Voilà je pense que c’est sur ce point là que nous ne sommes pas d’accord. Et donc cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas analyser en détail comme vous le faites. Mais surement que de prendre les détails fait oublier le tableau d’ensemble.

            Game Of Thrones me pose beaucoup plus de problèmes en terme de « c’est féministe mais pas du tout en fait. » Ce qui ne m’empêche pas non plus d’apprécier la série.

            Pour la scène de viol, je comprends votre analyse et en effet je n’ai jamais pensé à la sidération. Je ne me souvenais pas non plus que Buffy était blessée. A l’époque, sûrement une sensibilité personnelle, je me suis juste dit ok la fille peut tuer 5 vampires toute seule mais dès qu’il s’agit de viol elle ne peut plus faire face tout de suite, elle n’a plus de réflexes. WTF? (évidemment je ne me suis pas dit WTF car à l’époque on ne le disait pas ;-))

            Bien sûr que dans la vie réelle je le comprends (je connaissais l’exemple de la karatéka). Mais précisément parce que c’est une fiction, cela me pose un problème. C’est un peu comme si Superman était face à un violeur et perdait tous ses moyens même sans kryptonite juste parce que c’est un viol et pas une autre forme d’agression. On imagine assez mal l’effet de sidération sur Superman.

            Et puis d’autre part, j’analyse l’image que ça donne de voir Buffy se débattre comme ayant quand même une intention érotique, à tort ou à raison. Et ça pour le coup, ça passe pas du tout. Vous me parlez de punition pour Buffy mais là je pense qu’on est en plein dans la culture du viol. Même si après évidemment elle se reprend parce que c’est Buffy et qu’ils ne pouvaient pas aller jusqu’au bout. Là, pour le coup, je crois qu’en aucun cas, l’intention était de montrer la sidération. C’est encore une fois un avis très personnel mais je me rappelle avoir eu une réaction très forte de colère et de rejet face à ces images.

          • Joyce était morte au moment du viol, non ? Ca doit donc être plus vieux. Il me semble me souvenir que lorsque Spike est tombé amoureux de Buffy et commençait à le faire sentir, Joyce à interrogé sa fille pour demander si « elle ne l’avait pas cherché », pas en ces termes là bien sûr (vis à vis de cette série, je ne fonctionne qu’avec des souvenirs), c’était plus subtil, mais l’idée était là.

            Buffy a évidement nier violemment sans comprendre l’accusation implicite, ou du moins son origine. Je crois que c’est un reproche qu’on fait souvent au victimes de viol non ? Les scénaristes devaient avoir ca en tête depuis un moment, et je ne pense pas que ce soit pour promouvoir des idées non féministes. S’ils ont fait erreur, je pense que c’est par maladresse.

          • Je suis d’accord avec Sarah : les fondements féministes de Buffy ne me paraissent pas du tout fragiles, malgré les objections faites dans cet article (que je partage en partie, mais pas intégralement). La série me semble plus aller dans le bon sens que dans le mauvais, et c’est vrai qu’à chercher la petite bête, on finit parfois par être contre productif (j’ai cette tendance aussi, je sais de quoi je parle !).
            Je pense que ça serait très dommage de retenir de tout ça : bon ben Buffy est pas si féministe en fait… (cf. commentaires de certaines personnes qui ne connaissent pas bien la série)
            Pour moi c’est une super série super féministe, même s’il y a effectivement certains points qui montrent .. ben qu’elle est tributaire de la société patriarcale dans laquelle elle a été créée ! Et que oui elle n’est pas parfaite, sur 144 épisodes il y a des trucs qui sont abusés parfois… ça arrive ! Dur d’être irréprochable !
            Mais je pense que pour l’énorme majorité de ses spectateurs/trices , elle contribue dans son ensemble bien plus à changer notre vision des femmes de manière positive que négative, et qu’elle transmet un message féministe (si on résume tout de même : les filles, vous pouvez être plus fortes que les garçons). Et pour moi aussi c’est ça qui compte. Même si ça n’empêche pas bien sûr de montrer les limites ! Mais moi aussi j’ai lu le message global de cet article comme une façon de modérer ce féminisme – cf. le titre ! une « relative » inversion.. Je la trouve bien plus que relative !
            Et moi aussi je trouve ça un peu sévère, en fait.

        • Ha et j’ajoute que moi, en tant qu’homme, j’ai pas du tout trouver ca érotique, et c’est pas pour dire que je suis sain d’esprit ^^

          Si mes souvenirs sont bons, ce sont des cris et des larmes, Spike n’allant pas au bout se rendant compte de ce qu’il fait (alors qu’il n’a pas encore d’âme je crois)

          D’ailleurs, on parle de viol, mais ce n’en est pas un. C’est une tentative de viol. Ceux qui fantasme la dessus, on nécessairement été frustré, et voir le violeur regretté, ca gâche un peu non ?

          • On est dans un ressenti du même ordre que quand la personne que connaît Douffie Shprinzel s’est sentie mal vis-à-vis de son corps en regardant un épisode de Buffy et moi pas du tout. Là, on touche l’ordre du personnel.

            Donc je peux dire que moi individuellement en tant que fille je l’ai ressenti comme de la complaisance. Mais je peux quand même tenter d’argumenter.

            Dans mon souvenir c’est Buffy qui repousse Spike à un moment. Elle se ressaisit en quelque sorte. Et elle lui dit qu’il n’est qu’un prédateur. Mais dans ce que vous dites, j’ai l’impression que c’est Spike qui s’arrête tout seul. Est-ce le cas? Non parce que si ce n’est pas le cas, c’est intéressant de voir la différence entre nos souvenirs.

            Donc je ne sais pas si ça a gâché quoi que ce soit pour les hommes qui fantasment sur des viols ou des tentatives de viols que la scène n’aille pas jusqu’au bout et que Spike montre des regrets.

            En l’occurrence je parlais de mon ressenti en tant que femme et non de celui des hommes. Pourquoi le ressenti des hommes devrait changer quoi que ce soit à celui que j’ai eu ado en voyant cette scène? De savoir que vous ne l’avez pas vécu comme quelque chose d’érotique doit-il changer quoi que ce soit à ma perception de l’époque ? Cela m’informe simplement qu’un homme sur cette planète a vu cette scène et ne l’a pas trouvée érotique.

            D’ailleurs cette scène vous a-t-elle vraiment mise mal à l’aise? Vous a-t-elle fait mal quelque part?

            Moi c’est de ça que je parle. Je parle de culture du viol. Il me semble assez évident que les femmes en tant que plus grandes victimes potentielles de cette culture ne vont pas avoir exactement la même réaction y compris corporelle face à une scène de viol ou de tentative de viol et surtout face à l’érotisation, même subtile, de ces scènes.

            La culture du viol au cinéma et dans les séries ne se réduit pas simplement aux scènes de viol complètes bien fignolées et qui dure 20 minutes comme dans Irréversible. ça n’en ferait finalement pas tant que ça.
            L’idée de la culture du viol peut inclure le fait d’érotiser la résistance d’une jolie guerrière lors d’une agression sexuelle même si cette agression ne va pas jusqu’au bout et donc se révèle une simple tentative. Je me réfère là aussi à ce qui a été dit sur le viol de Cersei dans GOT où c’est précisément parce que c’est Cersei (la méchante qui fait fantasmer certains de mes collègues de travail) que cette scène a été pensée comme une scène très érotique et non un viol alors que c’en est un. Le fait que ce soit Buffy Summers, une jolie guerrière donc, une fille qui sait se défendre donc, avec Spike qui est lui aussi par ailleurs un personnage assez érotique, sur lequel bon nombre de mes amies fantasmaient à l’époque, n’entre-t-il pas du tout en considération? Le fait d’envisager que Spike puisse dominer Buffy sexuellement n’a donc pas du tout de présupposés ni de portée? Le fait de la tension érotique pré-existante entre ces deux personnages non plus? Ben alors pourquoi montrer Buffy se débattre alors? Moi c’est bien de ce moment là que je parle, le moment où elle se débat qui m’a causé de la colère et du rejet. Car je l’ai vécu comme de la complaisance. Et je reprends mon histoire de Superman, on aurait aussi pu envisager que Spike se jette sur elle comme un prédateur donc mais qu’elle se défende immédiatement sans passer par la case je me débats alors que je suis Buffy Summers. Mais ce n’est pas ce qui a été tourné ni montré. Pourquoi? Douffie Sphrinzel explique cela par montrer l’effet de sidération et mon interprétation c’est que ça m’étonnerait bien que cette scène soit là pour illustrer l’effet de sidération.

            Quand je dis la scène du viol, qu’est-ce qui vous gêne? Pourquoi ne puis-je pas me référer à cette scène comme la scène du viol? Parce que finalement elle n’est pas violée? Bon ben c’est un peu comme si je disais la scène du cambriolage dans un film où quelqu’un tente de cambrioler quelqu’un d’autre mais ne peut pas aller jusqu’au bout et vous me disiez : non la tentative de cambriolage !!! Euh… Revenons-en à l’essentiel si vous voulez bien.

            Ce qui m’intéresse ici surtout c’est la disqualification a priori de la charge érotique de cette scène. Charge que moi j’ai ressenti à l’époque sans pouvoir vraiment mettre de mots dessus et qui m’a causé de l’inconfort émotionnel et corporel.

            Ce serait un peu comme de dire si vous voulez que certaines scènes de tortures sur des héros hommes (James Bond par exemple) ne comporte pas du tout d’érotisme. Le simple fait d’avoir envie de montrer ces scènes n’est-elle pas déjà en soi révélateur? Donc pourquoi vouloir montrer la jolie Buffy se débattre face au beau Spike alors qu’il y a déjà beaucoup de tension sexuelle entre eux?

            Eh bien vous me répondez non non l’érotisme n’est que dans votre tête. Soit. Peut-être. Comme j’ai dit j’admets que je peux avoir tort. Mais j’admets que je peux avoir raison aussi 😉

            En tout cas mon corps lui a trouvé que ce n’était pas une scène qu’il avait envie de voir à l’époque. Et ce que mon corps me dit c’est qu’il est toujours un peu suspect de vouloir montrer des femmes pleurer et se débattre dans des viols ou des tentatives de viol. A fortiori quand les éléments que j’ai cité (beauté des protagonistes, tension sexuelle entre eux, possibilité de dominer une femme ultra forte) sont présents.

            Je dépose simplement ces pensées ici car ce site sert à cela et je vous en remercie d’ailleurs.

          • Beaucoup trop vieux, si vous me dites que je fait erreur c’est que vous devez être dans le vrais. En outre à cette époque je suivait la série par fidélité…

            Ce qui me dérange c’est que vous présentez la chose comme si elle était censé desservir la cause des femmes. Pourtant, comme je l’ai déjà commenté plus haut, on avais des indices que ça trottait dans la tête des scénariste (commentaire de Joyce, je crois que c’est l’épisode on Spike transforme un androïde à l’apparence de Buffy en jouet sexuel. Tout le monde est atterré par les pulsion de Spike, mais également par sa cible)

            D’ailleurs, Buffy n’est pas une jolie guerrière ! C’était à l’époque notre héroïne. Et Spike n’est pas inconnu. C’est un type qu’on a plus ou moins appris à considérer comme un gentil (par la force des choses, certes, mais les spectateurs s’y sont habitué)

            Chaque élèment me font pense qu’il n’y a aucun fantasme, ni sexuel, ni « statistique ». Un individu familier est devenu menaçant pour une jeune femme qui est sa proche… Que la scène soit désagrèable, soit, mais je pense qu’on est en face d’une maladresse (et encore…) pas d’une mauvaise intention « patriarcale ».

          • D’ailleurs, Buffy n’est pas une jolie guerrière ! C’était à l’époque notre héroïne.

            Là Victo je vous dis chapeau. J’aime beaucoup cette déclaration et j’y souscris totalement ! Enfin ça ne l’empêche pas d’être une jolie guerrière quand même 😉

            Je ne suis pas totalement sûre par contre que le fait que Spike ne soit plus un inconnu et qu’il soit considéré comme gentil change quoi que ce soit à mon argumentaire ;-). Ni ses fantasmes sexuels d’ailleurs dont bizarrement je n’ai aucun souvenir (je devais ne pas regarder tous les épisodes à cette période) et qui tendraient même à me faire encore plus pencher la balance de mon côté (dans le genre malsain, ça se pose là).

            Mais comme je parle vraiment de quelque chose du passé, il se pourrait même qu’aujourd’hui en revoyant la série dans tout son contexte et la scène en particulier, avec ma maturité d’adulte que je ne verrais plus la même chose. Ou peut-être de manière moins hypersensible que quand j’étais ado.

            Cependant, la discussion de départ partait de mon mauvais souvenir qui lui est bien réel et ne peut pas tellement finalement être remis en question ni discuté. C’est ce que j’ai vécu à l’époque donc cela veut dire que nécessairement, il y a quelque chose à discuter dans cette scène. De la même manière que quand Douffie me dit qu’une de ses amies s’est vraiment sentie mal après avoir vu un épisode de Buffy, même si je ne comprends pas je trouve cela intéressant et j’y penserai à l’avenir.

            On invente rarement des éléphants roses à partir de rien. Comme vous dites c’est peut-être de la maladresse. Mais beaucoup de scènes dérangeantes pour les femmes sont expliquées, argumentées, survendues et finalement les femmes ne peuvent tout simplement pas dire : ben moi ça me dérange. Ce que je fais à l’instant. Cela ne veut pas dire que j’ai raison, cela veut dire que quelque chose dans cette scène n’a pas été assez pensé pour que cela soit acceptable pour l’ado déjà très sensible à ces questions là que j’étais à l’époque.

          • Sur la scène de la tentative de viol, comme sur le reste, je ne peux me fier qu’à mes souvenirs n’ayant plus vu la série depuis des années. Mais dans mon souvenir, la scène n’est vraiment pas érotisée : les couleurs sont froides, ternes, glauque.
            On peut comparer cette scène avec deux autres. D’abord sur la 1ère fois entre Spike et Buffy, on nous montre une relation totalement consentie mais violente où ils commencent par se taper dessus avant de coucher ensemble en détruisant toute une maison. Mais là, s’il y a violence, il y a érotisme, car c’est une scène d’amour.
            Il y a une autre scène qui montre un rapport violent et qui m’avait parue plus dérangeante. A la fin de la saison 3, Angel est empoisonné par Faith et le seul antidote est le sang d’une tueuse. Pour guérir Angel, Buffy le force à boire son sang ( https://www.youtube.com/watch?v=iWqC1Fac9uo ). La scène est assez perturbante, car elle est vraiment présentée comme un acte sexuel. Buffy fait sortir Angel de ses gongs pour qu’il se transforme en vampire et boive son sang… Tel que c’était présenté, j’ai eu l’impression qu’elle le poussait à la violer. Elle semble même avoir du plaisir, mais est entre la vie est la mort après… Cela reprend l’idée que le sexe est dangereux pour Buffy, mais cela aurait dû à mon sens être plus questionné.
            Par contre, sur la scène avec Spike, c’est vraiment présenté comme un acte impardonnable, y compris par Spike lui même qui ne se trouve aucune excuse. La punition qu’il s’inflige le montre bien : il va reprendre son âme. Or comme c’est montré avec Angel, c’est une malédiction. Angel a repris son âme après le meurtre d’une jeune fille, Spike reprend son âme après une tentative de viol.

          • Bon après ce post je vais arrêter sur ce sujet parce que comme Douffie à propos de la beauté des personnages, ça commence à me fatiguer et à m’énerver. Désolée d’ailleurs si ce post est un peu énervé mais j’imagine que j’ai besoin que ça sorte un peu.

            Donc je suis là à défendre la série comme féministe dans son ensemble et Douffie me dit non non les bases féministes de la série sont somme toute assez fragiles. Et je parle d’une scène, une seule, qui vraiment m’a mise mal à l’aise dans toute la série au cours de mon adolescence. Et là on me dit non non cette scène n’est pas problématique. Ok, super.

            Donc reprenons. Je ne vois absolument pas en quoi le fait que la lumière soit glauque enlève encore une fois quoi que ce soit à mon argumentaire. Mes arguments par ailleurs ne sont jamais repris ni discutés. Voir ils sont carrément ignorés comme quand je dis que le personnage de James Marsters est érotique, on me dit ah mais il est gentil et on a appris à l’aimer. Oui, d’accord. Quel rapport? Aucun mais ce n’est pas grave.

            Donc manifestement ça ne sert à rien d’argumenter. C’est pourquoi ce sera mon dernier post sur cette question de la scène de viol, désolée je continue de l’appeler comme ça.

            Il y a des pornos qui sont tournés avec des lumières glauques et même certaines personnes trouvent que le glauque c’est très excitant donc encore une fois je ne vois pas le rapport avec le schmilblick. Vous remarquerez que là je reprends votre argument pour lui apporter un élément de réponse. Je n’ignore pas votre remarque sur la lumière. Même si je ne pense pas que la lumière joue dans cette scène, ce dont je parle c’est uniquement le fait que Buffy se débatte et pleure. Qu’elle le fasse dans une belle lumière ou une lumière glauque, pour moi n’a pas changé grand-chose à ma perception de la scène à l’époque. On peut même dire donc que lumière glauque rend la scène encore plus glauque donc plus dérangeante. Donc je ne dois pas être dérangée par une scène dérangeante? Pourquoi tout le monde s’acharne à dire que cette scène n’est pas dérangeante?

            Mon argument de départ pour qualifier cette scène de dérangeante n’était en plus pas l’érotisme qui à la limite tient surtout à mon idée persistante que de toute façon montrer une femme se débattre et / ou être violée est quasiment toujours à double tranchant, quoi qu’il arrive. Même si j’ai donné d’autres arguments pour lesquels ma thèse se défend et qui ont été ignorés.

            J’aimerais bien d’ailleurs qu’on imagine trente secondes qu’au lieu que ce soit Spike qui ait attaqué Buffy, cela ait été un autre vampire si possible qu’on ne connaisse pas déjà et si possible très laid. Imaginerait-on cette scène où Buffy se débat dès lors? Bien évidemment que non. Mais soit, passons, cela n’a évidemment rien à voir avec la tension sexuelle dont je parle entre les personnages. Tension sexuelle d’ailleurs dont on me dit qu’elle n’existe pas puisque le mec fantasme sur Buffy de manière très saine apparemment. Logique.

            Mon argument de départ donc c’est Buffy Summers qui a l’habitude de se faire attaquer par surprise par des vampires et des monstres à peu près tous les jours de sa vie et qui a des superpouvoirs soudain face à un violeur perd tous ses réflexes. Rien à voir avec donc une karatéka réelle qui certes s’entraîne sûrement beaucoup mais n’est pas attaquée tous les jours de sa vie au coin de la rue. Donc autant dire que Buffy normalement, l’effet de surprise et de sidération, elle gère.

            Pour moi, le message envoyé dès lors est : eh regardez les filles, même pour une super héroïne, le viol rend tellement les femmes impuissantes que même elle elle peut pas se défendre du premier coup. Là où je pense que, toujours dans une idée identificatoire, les filles ont plutôt besoin qu’on leur dise que c’est possible. A fortiori quand c’est une femme avec des superpouvoirs. Je connais des femmes qui font des arts martiaux et qui réagissent au quart de tour quand elles sont attaquées de quelque façon que ce soit. Mais là on me dit la super héroïne elle ne peut que pleurer et se débattre. Ok, super ! Aucun problème !

            Donc, si de toute façon ce n’est pas possible à moins d’être quand même Buffy, et même pour elle c’est très très dur n’est-ce pas? eh bien autant dire qu’il vaut mieux prier plutôt que de faire des groupes d’auto-défense.

            Voilà, moi ça me gêne mais apparemment cette scène qui a été fondamentalement gênante pour moi adolescente et précisément aussi parce que c’est mon héroïne qui est en train d’être attaquée ne doit ni être pensée ni discutée.

            Alors ne critiquons pas les scènes de tentative de viol. Surtout dans des séries pour ados.

            En plus si l’agresseur se repent après alors ça pose encore moins de problème (j’ai le souvenir d’une scène dans un téléfilm où un mari viole sa femme puis pleure dans ses bras et elle le console mais non non non ce n’est pas problématique si le mec se repent après). Si on veut me dire que la série dit que le viol c’est mal, ok. Moi je parle pas de ça, je parle de la scène qui est censée nous montrer que le viol c’est mal. Et je dis qu’une partie de cette scène, celle où Buffy se débat, pose problème.

            Mais non, apparemment non. Par contre haro sur l’épilation des sourcils de Willow et Tara parce que ça c’est très grave (jamais remarqué qu’elles avaient les sourcils épilés mais j’imagine qu’on a tous le sens de nos priorités).

            Allez, ciao et vive les scènes de tentative de viol pas du tout problématiques !

          • Je pense que le problème est qu’il ne faudrait pas montrer les viols/tentatives.

            Cela se défend, mais je ne pense pas être d’accord. Il faut parler du viol, et dans un média basé sur l’image, la tentation sera toujours présente de le montrer (par suggestion ou non)

            Ce qu’il y a de certain, c’est que c’est un choix que les scénaristes ont fait en tout cas. Et le fait que ce soit une personne connu, qui ait la sympathie potentiel du public, dans un cadre tel que la salle de bain de l’héroïne, dans son foyer donc, tant à prouver que l’idée derrière la tête des scénaristes n’était pas « patriarcale ». Donc c’est maladroit, mais pas mal intentionné. Ceci est mon propos depuis le début, et je ne cherchait pas à te fâcher. Ne me confonds pas avec le staff du site, ils et elles le prendraient mal ^^

            A noter que Spike ne se repend pas vraiment: sans âme il en est tout simplement incapable. Sa quête est seulement du au fait qu’il souhaite prouver quelque chose. On ne sait que ce qu’il recherche est son âme qu’à la toute fin, en fait la série nous fait croire qu’il cherche à retrouver sa capacité à nuire, dans le cadre d’une vengeance. Une fois qu’il retrouve son âme cependant, il regrette effectivement, mais là j’ignore totalement ce que ça vaut, le début de la saison suivante je n’était plus un fervent spectateur.

            Et personnellement, je ne pense pas du tout que Buffy est une série rétrograde, ou qui cache des valeur malsaine ou nauséabondes. Ceci dit, après avoir écouté les commentaires de Whedon sur les trois premières saisons, je suis certain qu’il avait conscience de son publique et qu’il souhaitait faire passer son message… politique en l’occurrence (dans le sens comment vivre avec autrui)

            Ça se sent surtout pour le sexe, ou on lui ressent une certaine dichotomie entre le fait que le sexe ne soit pas tabou, mais il ne faut pas non plus le considérer comme sans conséquence. Ainsi regrette t’il de faire « morfler » son héroïne après sa première nuit d’amour, mais il le fait quand même. (commentaire audio sur le dvd de l’époque)

          • Douffie Shprinzel

            Heu, Sarah, je ne suis pas la même personne que les autres qui t’ont répondu hein ^^ La scène de tentative de viol est problématique de mon point de vue et je l’analyse dans une partie suivante. (Par contre je trouve juste que Buffy a le droit de ne pas réagir au quart de tour en une seconde, c’est tout.)

            Après j’avoue que j’ai lu un peu en diagonale cet échange, par manque de temps et d’énergie 🙂

          • Je ne confonds personne avec personne, je réponds à tous les arguments dans un même texte, ce n’est pas du tout la même chose.

            Je rappelle qu’au départ je dis qu’une scène est dérangeante, plusieurs personnes me répondent que non dont vous et je réponds à toutes ces personnes en même temps dont vous. Certes je ne cite pas chaque personne à chaque fois mais je pense que si on lit tout on comprend à qui je réponds.

            Ce qui précisément m’amène à votre dernière phrase que je trouve déplacée. Je pense qu’un article est d’autant plus vivant qu’il est commenté donc la moindre des choses pour l’auteur de l’article est de respecter les commentaires qui sont faits à son article.

            Or vous me dites que vous manquez de temps et d’énergie pour lire en entier mes commentaires. Mes commentaires sont quand même assez longs (donc ils m’ont demandé du temps), assez argumentés (donc je pense que je ne donne pas mon temps totalement pour rien dans cette histoire) et assez au cœur des sujets qui normalement nous préoccupent : le féminisme tout ça tout ça (donc normalement des sujets dont on devrait vouloir débattre).

            Donc je ne le prends pas très bien.

            Que vous manquiez de temps peut-être. D’énergie? Cela veut-il dire que lire les commentaires à vos articles vous fatigue? Si c’était uniquement des commentaires trollesques je vous dirais ok mais comme je pense que ce n’est pas le cas, pour moi vous êtes juste en train de dire : bon en gros ce que vous avez à dire ne m’intéresse pas. C’est même pas déplacé c’est carrément irrespectueux.

            Mais j’imagine en revanche que vous trouverez ça normal que moi je lise religieusement votre analyse prochaine de cette scène ?

            Donc très concrètement vous avez envie de parler mais pas d’écouter.

            Pourquoi ne pas fermer les commentaires? Allons-y gaiement.

            Désolée de ne pas être auteure d’articles sur ce site. Manifestement c’est ça qui fonde la légitimité de la parole. J’imagine que si Paul Rigouste avait répondu à votre article dans un de ses commentaires longs dont il a le secret, vous auriez trouvé le temps et l’énergie de le lire 😉

            Enfin en tout cas merci je comprends que c’est moi qui perds mon temps en proposant des analyses ici.

            PS : désolée c’est encore un commentaire un peu long qui prend du temps à lire (et donc qui m’a pris du temps à écrire).

          • Douffie Shprinzel

            Sur le fond du débat : je n’ai jamais dit que la scène n’était pas dérangeante, mais juste pas pour les raisons que vous aviez cité (de mon point de vue).

            Je n’attends pas du tout que vous lisiez (ni personne d’autre en particulier) l’article, mais je ne me sens pas non plus le devoir de répondre de manière détaillée à tous les commentaires. (En fait je trouve que je l’ai quand même pas mal fait pour l’instant, et je me suis refarci la scène de tentative de viol que je trouve très glauque pour y reréfléchir une nouvelle fois, pour info.)

            Ensuite, je trouve que votre message donne l’impression que si moi, je ne réponds pas de manière suffisamment détaillée, ou si je réponds à un moment que je suis crevée (ce qui ne veut pas dire que je ne vais pas lire l’échange plus tard), ça ne vaut pas le coup que vous commentiez…mais il y a plein d’autres personnes que moi sur le site et également beaucoup de lecteurices silencieux.se.s, non ?

          • Tout à fait pour les autres commentateurs et commentatrices et les lecteurs-lectrices silencieux-ses. C’était la phrase que je n’ai pas aimé et le fait que nous ne soyons pas d’accord sur un point mais que ça ne donne pas lieu à un débat approfondi alors que je cherche des arguments pour défendre mon point de vue.

            Il me semble pour avoir été pas mal une lectrice silencieuse que sur d’autres articles les débats sont un peu plus poussés quand il y a un désaccord fondamental sur quelque chose d’important.

            Mais peu importe, en effet, à la limite j’ai déposé ici mes réflexions. Que les gens se servent comme illes veulent.

          • Sarah,
            ne perdez pas de vue le fait que :
            1) écrire un article demande énormément de temps, répondre aux commentaires également… donc que des fois, enchainer les deux est difficile (par manque de temps, envie de se détacher un moment du texte ou de la série qu’on s’est farci en boucle pendant des semaines, voire des mois);
            2) que pour répondre à certains commentaires, il faut parfois un temps de réflexion;
            3) que vous n’êtes pas la seule à commenter;
            4) que vous avez envie de débattre sur un sujet, mais que cela n’est pas forcément l’envie de l’autrice ici et maintenant, surtout si elle aborde le sujet dans un article à venir, comme elle vous l’a annoncé.

          • Merci, je pense que je n’ai pas besoin d’être recadrée. Recadrage avec lequel je ne suis pas d’accord en plus.

            Alors comme du coup, vous êtes une tierce personne à intervenir, je vais faire quelque chose que je déteste faire mais je vais, pour vous répondre, parler de Douffie à la 3e personne. Pour cela, je suis désolée. Je vois mal comment faire autrement.

            Je peux parfaitement comprendre les arguments de manque de temps. Je l’ai d’ailleurs déjà dit.

            Que je ne sois pas la seule à commenter, je ne vois pas le rapport avec la choucroute.

            J’ai déjà posté auparavant et reposté depuis sans que des réponses des auteurs me soient faites et je ne me suis jamais plainte car le contexte n’appelait pas nécessairement de réponse. Là, en l’occurrence, le débat concernait Douffie puisqu’elle a décidé d’y prendre part.

            Je continue à dire que cet échange n’était pas des plus courtois de sa part non seulement dans le fait d’abandonner le débat entamé sans avertissement mais aussi dans celui de me dire carrément qu’elle n’a pas l’énergie pour lire mes commentaires (donc qu’en gros ils ne l’intéressent pas).

            En ce qui concerne votre 4e point, je vais vous en laisser la responsabilité car après tout si les arguments de quelqu’un sur un sujet qui précisément va faire l’objet d’un article ne semblent pas intéressants à prendre en compte par un auteur de ce site, pour le coup ce n’est pas mon problème. Et cela rejoint exactement ce que je disais sur le fait de vouloir parler sans vouloir écouter. Donc cela montre juste un positionnement de la parole par certains auteurs de ce site. Un positionnement vertical bien sûr.

            A l’origine, je rappelle que je ne souhaitais pas débattre particulièrement avec Douffie ou qui que ce soit. Donc je n’ai pas posté en me disant : « je veux absolument que Douffie débatte avec moi ! » comme on pourrait le penser dans votre 4e point.

            J’ai posté des commentaires qui montraient que j’étais en désaccord sur le non-féminisme global de Buffy, des réponses m’ont été faites aussi sur d’autres points et notamment la scène du viol que je n’avais que mentionnée. J’ai répondu à ses réponses.

            Et tout d’un coup Douffie n’était plus dans la conversation alors que c’est elle-même qui avait soulevé le débat de la sidération dans la scène du viol en me disant donc que cette scène ne posait pas spécialement problème. Je me demande comment elle va écrire un article dessus si cette scène ne pose pas problème.

            Bref. Moi en soi ça ne m’empêche pas de dormir. ça donne un peu l’impression d’un abandon sans préavis mais ok. Je continue à défendre mon point de vue puisque des réponses me sont encore faites avec lesquelles je ne suis pas d’accord.

            Et lors d’un post où je reprends tous les arguments des personnes qui ont répondu dont les siens elle me répond d’une part qu’elle n’est pas la même personne que les autres qui m’ont répondus et que d’autre part elle a lu mes commentaires en diagonale car elle n’a pas le temps ni l’énergie.

            C’est là que j’ai réagi :
            1) Douffie me reprend sur le fait que moi je continue à débattre sur son argument de la sidération même si elle ne participe plus à la conversation (oui désolée moi je continue à débattre puisque moi ça m’intéresse),
            2) elle me dit qu’elle a lu mes commentaires en diagonale,

            Si elle ne m’avait pas répondu, je ne lui aurais pas parlé de manque de respect et ça ne me serait même pas venu à l’esprit de lui reprocher de ne pas me répondre même si je voyais bien qu’elle avait quitté le débat.

            Maintenant à partir du moment où elle a répondu de cette manière je dis (et je maintiens) que c’est un manque de respect, comme l’était déjà en un sens son abandon de la conversation (mais ce dernier je l’avais accepté car non je ne pense pas que le monde tourne autour de mon nombril comme le laisse sous-entendre le « vous n’êtes pas la seule à commenter »).

            Et votre recadrage n’est pas beaucoup plus respectueux en particulier le 4e point qui dit en gros : euh vos envies de débats on s’en contrecarre un peu.

            Well…

            Maintenant j’ai pas envie de passer 10 ans sur ça, j’ai intégré le fait que je parle dans le désert avec certains auteurs de ce site. Très bien, passons. Comme j’ai dit, que celleux que ça intéresse se servent.

            Et puis peut-être vaut-il mieux ne pas du tout entamer de débat si c’est pour le quitter en cours de route. Ou au moins prévenir quand on le quitte. Mais pas venir dire ensuite que c’est moi qui voulait débattre toute seule et que donc l’auteur n’a pas à me répondre. Car ce n’est pas ce qui s’est passé.

          • Ooh faut se calmer un peu et pas prendre la mouche comme ça à chaque commentaire qui n’est pas d’accord avec vous ! Le point 4 d’Arroway me semble tout à fait légitime : l’autrice a absolument le droit, à un moment, de ne pas vouloir prolonger le débat, d’avouer honnêtement « son manque de temps et d’énergie » même si cela vous frustre et que cette frustration est compréhensible, sans que cela soit un manque de respect ou un signe de mépris. On commence un débat, on l’arrête, on le dit, c’est la vie, rien de grave là dedans ! Rien de personnel derrière !
            Alors soyons zen ! 🙂
            Mon commentaire risque aussi d’être pris pour un « recadrage » malveillant, ce qu’il ne se veut pas, je trouve juste que c’est un peu dommage que les commentaires partent en règlement de compte, c’est pas l’objet tout de même.

          • Wahou la parole est bien surveillée et bien verrouillée par ici pour des gens qui n’arrêtent pas de me dire que l’autrice peut dire et faire ce qu’elle veut.

            Merci, vraiment, humblement, merci. Je n’oserai plus jamais contredire Douffie, quelle horreur mon dieu oser contredire un auteur de ce site et lui demander du respect pour le travail d’analyse qui vient compléter le sien mais quelle horreur vraiment.

            Heureusement que vous êtes là pour bien remettre tout le monde à sa place.

            Avec toute votre énergie de ras-le-bol des gens qui pourrissent les débats, vous ne voudriez pas plutôt aller engueuler tous les masculinistes qui hantent ce site? Ah ben non, on va pas aller engueuler des hommes qui viennent vraiment cracher à la gueule de tout le monde. Plutôt une femme qui demande du respect pour sa parole. Bien sûr.

            Il me semble que l’objet du site est l’analyse des rapports de domination et la répartition de la parole est un rapport de domination, désolée d’avoir à vous l’apprendre. Donc quand je parle de verticalité de la parole, encore faut-il comprendre ce que je raconte pour voir le rapport avec le contenu de ce site.

            Allez vive la démocratie et surtout vive la parole bien répartie, bien horizontale !

  4. Un truc qui m’a perturbé avec Willow

    Willow est une jeune fille timide. Pas de problème

    Willow sort avec Oz. Pas de problème.

    (petite parenthèse de tromperie avec Xanders) Ce sont des choses qui arrive, pas de problème.

    Pardon de Oz, elle et lui vont de l’avant. Pas de problème.

    Oz et Willow se séparent. Pas de problème.

    Willow sort avec Tara. Pas de problème (j’ai failli mettre « se découvre lesbienne », mais ça donne un côté sarcastique à la phrase, et surtout, je ne crois pas que ça marche comme ça. Ça arrive, c’est tout.)

    Des rebondissements avec Tara, comme il y a pût en avoir avec Oz/Xanders. Pour simplifier, une affaire de drogue et de manipulation. Pas de problème, c’est tout à fait intéressant qu’un couple homo soit plus qu’un couple homo.

    Tara meurt. Pas de problème.

    Willow apprend à vivre avec. Pas de problème.

    Willow se trouve une nouvelle copine lesbienne, dans un cadre post-apocalyptique….

    Comment dire… Je sait pas… Le malaise est sans doute dût au côté un peu soudain de la chose. Il n’y a apparemment qu’une tueuse potentielle attirée par les filles, et ça accroche visiblement d’un coup. Ça me fait vraiment bizarre, d’autant que c’est pas trop une histoire de sexe, on dirais vraiment une affaire de couple, et dans le contexte c’est plutôt étrange.

    Ça me fait un peu le même effet que l’homme noir qui tombe amoureux de la seule femme noir d’un film. Je veut dire: Tara et Willow, l’espace était pas fermé, c’était un campus universitaire. Willow et Kennedy (je crois que c’est son nom) c’est une ambiance très « fin du monde ». Alors certes, il n’y a pas de lendemain, me je sait pas… c’est amené de façon étrange.

    J’ai vraiment l’impression qu’il fallait la caser. D’autant que je ne trouve pas le personnage de Kennedy très travaillé, ni très attachant. Je crois que sa seule utilité est d’être la copine de Willow. On ne pouvait dire ça ni de Tara, bègue au début, ni de Oz (qui a pourtant presque été introduit comme ça, ne gagnant son galon de loup garou que plus tard) ni de Xanders.

    Parallèlement, Buffy souffrait du même syndrome de « casage ». Par exemple, Riley laisse un sentiment plutôt mitigé je crois. Mais elle s’en sort mieux, car avec l’histoire de Spike, on constate qu’une fille à le droit de s’amuser sans penser au lendemain. Elle termine la série a peu près célibataire.

    • Douffie Shprinzel

      Oui, moi aussi je trouve qu’il y a un truc bizarre dans la manière dont Willow devient lesbienne du jour au lendemain, ou du moins dans la manière dont c’est amené.
      D’après des interviews que j’ai vus, Willow devait être lesbienne du début, mais les producteurices ont bloqué, lesbophobie oblige, et Oz a été introduit. Mais du coup, après Oz, qui était une relation très forte et passionnée, où iels avaient couché ensemble et elle lui avait dit « c’est la meilleure nuit de ma vie », pouf tout d’un coup elle est lesbienne et on n’en parle pas, alors qu’elle aurait pu être bi/pansexuelle, ou bien peut-être revenir faire une deuxième lecture sur sa relation avec Oz ? Mon interprétation personnelle, c’est que Willow représentant une personne très « fiable » et « fidèle », qui a peu de relations mais des relations très fortes, ne pouvait pas être bi à cause du stéréotype biphobe qui associe la bisexualité à l’instabilité et l’infidélité. (Je prends du recul avec ces mots, mais je les emploie pour désigner l’état d’esprit que je perçois.) Et je n’ai pas l’impression que les scénaristes ou la chaîne trouvent frappant qu’une femme lesbienne soit très amoureuse et aime beaucoup faire du sexe avec un mec pendant deux saisons, non plus, en tout cas pas suffisamment pour revenir dessus.

      Après je ne dis pas que de se découvrir une autre sexualité que ce qu’on pensait n’arrive jamais, hein, et j’espère que je ne dis pas de bêtise. Mais là je crois que c’est normal d’être dérangé.e par la manière dont c’est traité 🙂

      Elle termine la série a peu près célibataire.

      J’ai bien aimé, oui, comment, dans le dernier épisode, elle explique que pour le moment, le couple, ça ira merci. 😀 Il y a beaucoup de retournements très positifs dans le dernier épisode, mais ça n’efface pas le message scandé pendant les 143 premiers…non ?

      • Je pense aussi que Kennedy n’a d’utilité que pour aborder la question du deuil de Tara, que je trouve très joliment amené.

        Je n’ai pas compris non plus pourquoi Willow était présenté comme lesbienne et non bi. Je me demande aussi si c’est dû à des préjugés biphobes.
        A cet égard, je ne sais pas trop comment interpréter la vampire-Willow qui annonce le lesbianisme de Willow à la saison 3, notamment sur un passage sur la fin où Willow remarque atterrée que son double vampire est démoniaque et lesbienne. Quand Buffy veut la rassurer en disant que les vampires n’ont rien à voir avec la personne réelle, Angel a une rapide expression qui laisse entendre que ce n’est pas le cas. Or la vampire-Willow n’est pas lesbienne, mais clairement bisexuelle. Elle a avec le vampire-Xander une relation qui me rappelle pas mal la relation Spike-Drusilla.

        Plus globalement, je suis plutôt d’accord avec le commentaire, mais il faut bien dire qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois et je pense qu’il est bien plus positif pour une jeune fille de s’identifier à des personnages comme Buffy, Willow ou même Dawn qu’à Bella Swan.
        Je pense notamment à deux situations assez semblables qui ne sont pas du tout perçues de la même façon dans les deux oeuvres. Edward s’introduit chez Bella la nuit pour la regarder dormir et c’est vu comme le summum du romantisme. Quand Angel fait la même chose et dépose délicatement un dessin d’elle près de l’oreiller, c’est vu pour ce que c’est : du harcèlement.

        • Douffie Shprinzel

          Je pense aussi que Kennedy n’a d’utilité que pour aborder la question du deuil de Tara, que je trouve très joliment amené.

          Ah oui, j’avais oublié de répondre pour Kennedy, effectivement je pense aussi qu’elle représente l’idée que la vie continue même après la mort de l’être aimé.

          A cet égard, je ne sais pas trop comment interpréter la vampire-Willow qui annonce le lesbianisme de Willow à la saison 3, notamment sur un passage sur la fin où Willow remarque atterrée que son double vampire est démoniaque et lesbienne. Quand Buffy veut la rassurer en disant que les vampires n’ont rien à voir avec la personne réelle, Angel a une rapide expression qui laisse entendre que ce n’est pas le cas. Or la vampire-Willow n’est pas lesbienne, mais clairement bisexuelle.

          Oui, c’est vrai ! D’ailleurs, lors de cet épisode, Willow-gentille dit, en regardant Willow-vampire, que celle-ci est « gay ». Alors que…ça n’y ressemble pas, effectivement !

          Je pense notamment à deux situations assez semblables qui ne sont pas du tout perçues de la même façon dans les deux oeuvres. Edward s’introduit chez Bella la nuit pour la regarder dormir et c’est vu comme le summum du romantisme. Quand Angel fait la même chose et dépose délicatement un dessin d’elle près de l’oreiller, c’est vu pour ce que c’est : du harcèlement.

          Oui et non : il y a aussi des scènes où Angel-avec-une-âme la regarde dormir dans sa chambre et ce n’est pas montré comme du harcèlement…non ?

        • Exactement !

          C’est l’anecdote à laquelle je pensait, ce double d’une autre dimension, avec la petite remarque d’Angel.

          J’ai longtemps prit Willow pour une bisexuelle monogame. Ça se tient quant on prend en considération la sensibilité d’un partenaire exclusif.

          Ce qui me gène, c’est qu’un personnage lesbien unique a été introduit juste pour combler un vide. Encore faut t’il considérer ce vide comme… un vide justement.

          Manquait t’il vraiment quelque chose à Willow ? Ce quelque chose ne pouvait t’il pas attendre cette fin du monde, qui était un peu plus tendue que les précédentes ?

          Si encore ce n’était que du sexe… Mais alors c’est du sexe auquel seul Willow et Kennedy ont droit. Aucune autre jeune fille ne se découvre de tendance lesbienne, ni ne sollicitent les quelques hommes présents.

          De fait, Buffy a eut droit à une espèce de découverte de sa vie sexuelle. L’amour passionnelle qui vire au psycho-drame d’Angel. Une aventure avec un tombeur, suivi de l’amour très traditionnel de Riley. Et enfin, une histoire qu’elle veut sans prise de tête avec Spike, mais qui finira par l’être un peu à cause du dit Spike.

          J’ai vraiment le sentiment qu’il s’agit la d’une vie sexuelle normale, et assez bien raconté (même si j’imagine qu’elle n’est pas satisfaisante.)

          Pour Willow, j’arrive à y croire, jusqu’à Kennedy. Je trouve que c’est un cheveux dans la soupe. Une espèce de « binôme de minorité » ajouté vite fait, et qui contredit un peu le bisexualisme de Willow… Je veut dire, lorsqu’elle se sent de nouveau disponible, ouverte à la chose, pourquoi ne la voit t’on pas dragouiller des hommes comme des femmes. Notez que ça peut être tout à fait gentillet et ne pas forcément aboutir à de la coucherie. Simplement, c’est très rapide, ça tombe sur une « lesbienne magique » sorti de nulle part, et qui ne se caractérise guère que par ça.

          C’est un peu étonnant quoi.

    • J’ai lu sur le wiki de Buffy que Joss Whedon voulait que Kennedy ait une personnalité à l’opposé de celle de Tara.
      Peut-être qu’il voulait éviter le cliché de la fille qui fait son deuil en sortant avec une copie conforme de son ex moitié, je ne sais pas.

      http://buffy.wikia.com/wiki/Kennedy

      Toujours d’après ce wiki, Tara devait à l’origine réintégrer la série au bout d’un an. On aurait eu Buffy qui obtient un voeu à exaucer, hésite, envisage de rendre Angel humain, et finit par ressusciter Tara. Amber Benson étant indisponible, ils ont renoncé à ramener Tara à la vie. D’après moi, le gentil qui meurt et ressuscite, c’est un gros cliché mais vu la série, ç’aurait été peut-être plus crédible que Willow qui se console en 2 secondes. Je ne sais pas.

      http://buffy.wikia.com/wiki/Tara_Maclay

  5. A moins d’avoir oublié des passages, mais il ne me semble pas qu’à un seul moment, Angel ne s’introduise chez elle quand elle dort pour la regarder quand il a une âme. C’est quand il devient maléfique qu’il le fait.

    Toujours à propos de Willow, il me semble me souvenir (mais je n’ai aucune certitude) que Whedon qu’il n’avait pas voulu montrer une Willow intéressée par les hommes après la mort de Tara pour qu’on ait pas l’impression que Tara n’était que la passade lesbienne de Willow.

    • Douffie Shprinzel

      Si si, il s’introduit dans sa chambre pour la regarder la nuit. Je suis presque sûre qu’il dit « j’aime te regarder dormir » (sachant qu’elle ne s’est pas couché à côté de lui à ces moments-là).
      Par exemple dans cette bande-annonce faite par un.e fan, l’ouverture de la bande-annonce commence par une de ces scènes, et c’est bien montré comme romantique…y’a quand même pas mal de problèmes dans la relation Buffy-Angel (comme dans toutes les relations de cette série).

      EDIT : effectivement il n’y a pas tant que scènes que ça, puisqu’il y a celle-ci (de l’épisode 1 de la saison 2), et une autre que j’avais en tête mais qui est en fait un rêve qu’elle fait (assez critiquable aussi quand même, car c’est censé être romantique au début et virer au cauchemar, donc c’est romantique qu’il soit dans sa chambre quand elle dort…). À part ça, il y a deux scènes où il est dans sa chambre à un moment où elle ne s’y attend pas et sursaute, mais elle ne dort pas. C’est quand même pas terrible…

      • Je ne me souvenais plus de ces scènes, seulement de celles où Angel fait ça par malveillance en ayant perdu son âme… Ça les rend assez ambiguës, non ? Comme si la gravité que ça a était juste une histoire d’intention de sa part.

    • @ Yael, et pour éviter qu’on voit Willow s’intéresser à un homme, il fallait absolument la caser ?

      J’ai bien compris que la dernière saison était très tendue, on est dans une ambiance de guerre, là ou auparavant on reproduisait la vie d’adolescent, puis de jeunes adultes.

      Mais justement: n’était ce pas le moment de mettre ces affaires de coucheries pour plus tard ? Ou au moins rapporté le sexe pour ce qu’il était: juste du sexe ?

      L’histoire Kennedy/Willow j’y crois pas vraiment. J’y voit surtout la nécessité de ne pas laisser un personnage principale célibataire. Un impératif de couple en sommes. C’est bizarre car Buffy y échappe pourtant.

      On as aussi Faith qui sort avec Robin Wood. Un tour sur wikipedia me permet de savoir qu’elle qualifie ce dernier « d’ex » dans les BDs qui font suite. Mais le dénommé Wood a eut une autre introduction que Kennedy. Xanders est aussi célibataire, mais on sent qu’il a un « arc narratif » amoureux avec Anya, qui n’est pas achevé, quoique devenu chaste. Arc narratif qui prendra fin avec la mort, un peu inutile, d’Anya.

      On as un peu l’impression que si l’homosexualité est accepté, le couple est présenté comme une nécessité au bonheur. C’est patent avec Willow.

      • Moi j’avais trouvé ça réconfortant que Willow trouve quelqu’un d’autre 😉
        Même si j’ai pas non plus trouvé leur rapprochement très crédible.

        Et vu que Buffy et Xander d’une certaine façon échappent à l’impératif du couple, ça ne me semble pas forcément problématique que Willow y succombe : du coup ça n’est pas un discours général de la série !

        • Douffie Shprinzel

          Et vu que Buffy et Xander d’une certaine façon échappent à l’impératif du couple, ça ne me semble pas forcément problématique que Willow y succombe : du coup ça n’est pas un discours général de la série !

          Ça ne m’a pas posé problème que Willow sorte avec Kennedy à la fin non plus, mais par contre, côté norme du couple, même si j’apprécie beaucoup la fin de la série sur ce point, je trouve que ça ne compense pas du tout le martèlement qui est fait pendant au moins six saisons sur le couple. La fin de Buffy rattrape pas mal de choses (on a beaucoup de tueuses et non plus une ou deux, on a les gardiennes qui sont bien mieux que les observateurs, on a Buffy qui ne souhaite plus être en couple), mais bon, derrière il y a quand même environ 140 épisodes qui montrent le contraire, je pense que c’est important à garder en tête pour une analyse…non ?

  6. Article très intéressant !
    J’ai tout de même deux trois remarques qui me viennent à la lecture, pour nuancer quelques points :
    -c’est dommage d’expédier Oz aussi rapidement dans l’article, car il est tout de même très intéressant et mériterait d’être évoqué un peu plus ! (peut être plus tard ?), c’est quand même le gringalet/loup-garou..
    -dire que Willow et Tara recherchent l’assentiment du regard masculin à partir d’UNE scène, ça me semble un peu problématique.
    -et surtout : je ne suis pas du tout d’accord avec le fait que le meurtre de Warren par Willow est montré comme justifié et comme une validation de la peine de mort. Au contraire !! En ce sens cet épisode me semble très intéressant : il mène justement à une discussion des autres amis entre ceux qui pensent précisément que Warren a mérité son sort (Dawn et Xander je crois) (ce que peuvent penser certains spectateurs peut être) et un discours qui dit ay contraire qu’il n’est pas acceptable de tuer un homme (je ne sais plus qui c’est, c’est peut être bien Buffy), quoi qu’il ait fait (et de fait je pense qu’on ne peut pas écarter le fait qu’une autre partie de spectateurs peut aussi penser « hum c’est un connard mais quand même elle est sacrément cruelle avec lui »). Ce passage de la série me semble passionnant et une vraie réussite dans une série fondée sur la violence : après 6 saisons de combats, on a un vrai discours qui distingue la violence et le meurtre « légitimes », càd celui des vampires et des démons, donc d’un ennemi métaphorique, et une violence condamnée, celle qui correspond à une violence réelle dans notre monde : la violence de Warren qui tue sa petite amie et Tara (c’est pour ça que Willow ne peut pas la ressusciter : choc très réussi à mon sens qui dit au spectateur : ben oui la vraie mort c’est irrémédiable – cf. ce qui se passe aussi pour la mère de Buffy) mais aussi la violence de Willow : c’est pour ça qu’il lui faudra se désintoxiquer et sortir du cercle de la violence. La fin de la saison 6 montre ainsi pourquoi ni la peine de mort ni la vengeance ne sont satisfaisantes. Willow n’en sort pas du tout plus apaisée, au contraire : meilleure preuve que le « oeil pou oeil, dent pour dent, mort pour mort » n’est pas une réponse satisfaisante.
    Ce n’est donc que dans une première lecture très vite dépassée que la mort de Warren me semble justifiée par la série, et toute la suite s’attache justement à montrer qu’elle ne l’est pas.

    • A noté que Tara est tuée d’un « simple » flingue. Une arme réaliste qu’on a pas du tout l’habitude de voir dans cette série. Elle ne réapparaitra d’ailleurs qu’en référence à cet épisode, lorsque Willow va se procurer une arme à feu. Elle est plus ou moins possédée par Warren, ou par ce qu’elle crois être Warren (me semble qu’on finit par expliquer que c’est une espèce d’auto-suggestion qu’elle s’inflige… de souvenir, merci de me contre dire si ce n’est pas ça)

      • Oui effectivement, cette apparition de l’arme à feu alors que tout le reste repose sur des combats à mains nues ou autres types d’arme est assez frappante et je l’ai vraiment interprété comme une volonté de mettre en avant la force destructrice de la violence illégitime.
        Et oui j’ai le même souvenir que toi sur la possession de Willow par l’esprit de Warren (qui correspond d’ailleurs il me semble au lendemain de la nuit où elle a couché avec Kennedy, qui permet de bien établir le rôle de Kennedy dans le deuil de Willow – qui en raison de ce passage ne me semble pas si soudain que ça ! (il restait une seule saison, fallait bien le montrer à un moment de toute façon pour finir sur du positif…)

        • EDIT : Willow s’active en Warren après leur premier baiser seulement 😉

        • C’est là que je suis mitigé: bâcler une histoire d’amour sous prétexte de montrer du positif ? C’est un peu sous entendre que le célibat est négatif.

          Il n’est pas question de faire vœu de chasteté, mais on me propose une histoire d’amour à laquelle je ne crois pas. La faute au personnage de Kennedy qui n’est là que pour cette histoire justement. On ne lui sent aucun passé (de souvenir hein…) C’est juste une tueuse potentielle qui aime les filles.

          D’autant que l’arc final de Buffy laisse quelques ouverture. Xanders notamment qui doit passer à autre chose. Un nouveau monde remplit de Tueuse, etc…

          A propos, il y a beaucoup de critique des Observateurs dans la série (qui ne date pas toute de la dernière saison). Le fait que Gilles quitte les observateurs est présenté de façon positive. Si Weasley est tant décrié, c’est parce qu’il représente toujours cette secte. J’ai souvenir d’une espèce d’épreuve qu’on inflige à Buffy au nom d’une tradition de cette secte, c’est vraiment pas justifié par la série, et Gilles, encore loyaliste, est mit au pied du mur à la fin de l’épisode et se met à douter (je crois d’ailleurs que cela précède de peu son départ)

          Hors on revoit les tueuses dans le spin off Angel. Et il est manifeste qu’elles s’organisent dans une nouvelle structure. Certes, elles sont gouvernées par elles même, mais quid de celles qui ne veulent pas les rejoindre ? Car l’Appel ne se fait pas par cooptation pour autant que je sache.

          • Personnellement, je n’ai pas eu l’impression que le célibat était vu négativement dans la série (même si on peut discuter du cas d’Angel qui ne doit pas être « trop heureux » sinon il redevient un monstre).
            J’ai plutôt été frappée par le fait que tous les couples (et là, je ne vois pas la moindre exception) étaient voués à l’échec. Sans parler des amours de Buffy qui peuvent être compliqués vu sa situation, la relation entre Giles et Jenny se termine tragiquement, la relation entre Giles et la mère de Buffy avorte avant même de commencer, et la troisième petite amie de Giles qu’on découvre dans l’épisode des gentlemen disparaît pour ne plus réapparaître. De même, la relation entre Xander et Anya s’achève alors qu’ils sont encore épris l’un de l’autre. La relation entre Willow et Tara était pour moi la plus équilibrée de la série, mais dans la saison 6, elle vire quand même à l’abus de la part de Willow (qui est en fait toxicomane de magie à ce moment-là, mais il n’empêche) et finalement se termine par la mort de Tara. Et la relation avec Kennedy me semble plus une relation de transition après la mort de Tara.
            Ce qui me frappe dans la série est justement qu’aucun couple ne dure (et c’est pareil dans Angel). Or si le couple n’est pas un idéal, c’est quand même une réalité pour beaucoup de gens.

          • Joss Wedon à un problème avec le sexe XD

            J’ai souvenir d’avoir écouté ses commentaire audio lors de la transformation d’Angel. Le sentiment qui en est ressorti, c’est que Buffy devait être « punit » pour avoir couché, afin de découragé ce type d’image. Mais en même temps, il s’en voulait de la faire morfler…

            On as la même dichotomie dans une épisode d’Angel, quant Cordélia tombe enceinte d’une grossesse surnaturelle impossible à interrompre. D’un côté on a Cordélia qui dit en pleure qu’elle est « punie » (mot exact, en tout cas en VF) de l’autre on as Angel qui lui dit « Mais non », pourtant ca ressemblait bigrement à une punition…

            On retrouve l’épisode « les belles et les bêtes » dans la saison 3 qui a encore cette idée de mise en garde à l’endroit des jeunes filles. Un trio de couple, Buffy et un Angel à peine guérit, Willow et son lycantropique petit copain, et une jeune femme et un genre de Mister Hyde qui forme l’intrigue de l’épisode.

            Dans la saison 4, alors que Buffy sort avec un garçon tout à fait normal, qui se comporte comme un goujat tout à fait normal le lendemain, elle a cette phrase rigolote: « ça se passe toujours comme ça ? On couche avec un garçon et il se transforme en monstre ? » Faisant un parallèle amusant avec l’arc d’Angel. C’est amusant car cette fois l’histoire prend place dans la vie de tout les jours ^^

          • C’est un vaste sujet mais oui, la série a un clair problème à ce niveau. Je vois aussi l’épisode du manoir saison 4 où le sexe entre Buffy et Riley invoque des forces maléfiques, toute la relation autodestructrice entre Buffy et Spike saison 6 bien sûr… On m’avait aussi fait remarquer que même les personnages les plus libérés à ce niveau avaient tendance à se faire tuer après une relation sexuelle (voir Tara ou Anya).

          • A Nîme: je me souvient de l’épisode auquel tu fait référence.

            Cela n’attire pas des « forces maléfique » mais l’écho d’une jeunesse bridé par une femme tyrannique, qui s’est efforcé d’étouffé les pulsions d’enfants et d’adolescent dans son orphelinat. C’est un excellant exemple. On a vraiment l’impression que les concepteurs de la série ne savent pas sur quel pied danser avec le sexe, s’il est bon ou mauvais.

    • Douffie Shprinzel

      Article très intéressant !

      Merci 🙂

      -c’est dommage d’expédier Oz aussi rapidement dans l’article, car il est tout de même très intéressant et mériterait d’être évoqué un peu plus ! (peut être plus tard ?), c’est quand même le gringalet/loup-garou..

      Oui, j’en parle plus tard 🙂 effectivement il y a des choses à dire !

      -dire que Willow et Tara recherchent l’assentiment du regard masculin à partir d’UNE scène, ça me semble un peu problématique.

      Hmm, je ne voulais pas exactement dire qu’elles recherchaient particulièrement la validation masculine, clairement ce n’est pas comme ça que j’interprète leur lesbianisme, néanmoins, si j’ai cité seulement une scène dans l’article, je trouve qu’il y en a plusieurs franchement pas terribles au cours de la série :
      – déjà celle-là, c’est quand même pas mal « Tara devient une vraie femme, elle développe sa confiance en soi auprès de Willow et attire les regards masculins dans la rue, ce qui est flatteur pour elle », alors que bon en réalité c’est bien lourd les regards lubriques masculins sur les lesbiennes…
      – les rêves et les blagues d’Alexander (il rêve d’elles en tenue sexy qui se caressent, il fait des blagues « parfois je pense à deux femmes qui font de la magie et je fais de la magie tout seul »), qui ne sont pas montrées comme problématiques, d’ailleurs Tara dit « ben c’est un homme donc c’est normal qu’il soit intéressé par les femmes, non ? » (hétéronormativité, quand tu nous tiens !)

      Après c’est vrai que ces scènes ne sont pas si fréquentes que cela mais comme elles sont plurielles et vont dans le sens du male gaze, qui lui est vraiment récurrent dans la série, ça me paraissait à noter aussi 🙂

      -et surtout : je ne suis pas du tout d’accord avec le fait que le meurtre de Warren par Willow est montré comme justifié et comme une validation de la peine de mort. Au contraire !!

      J’ai été un peu vite effectivement, parce qu’au moins pour Warren le débat a le mérite d’exister, ce qui n’est pas le cas pour Caleb ou d’autres (par exemple le 4è épisode de la saison 3, avec un humain qui bat sa copine, qui est monstrueux, qui est tué et pouf aucune explication, on ne va pas chercher plus loin, c’était un monstre, etc).
      Après je pense aussi qu’il faut regarder « à plus grande échelle », qui meurt au cours de la série ? qui ne meurt pas ? comme sont traités ces morts en fin de compte ? parmi les personnes masculins « sympathiques », (Angel, Spike, Riley, Oz, Alexander, Giles), aucun ne meurt, même quand la série n’a plus besoin d’eux, ils partent simplement (Oz, Riley, Angel). Au contraire, parmi les persos féminins, il y a beaucoup de morts (Jenny Calendar, Kendra, Joyce, Tara, etc). Et je trouve qu’au final, Warren meurt, et si ça affecte le personnage de Willow, ça ne l’empêche pas, une saison plus tard, de devenir une déesse auréolée de lumière. Tant mieux que ç’ait été l’occasion d’en parler pendant quelques petits bouts d’épisodes mais au niveau de l’arc narratif général, qui sont « punis par la série » ? Les femmes, pour développer d’autres personnages (Jenny pour montrer à quel point Angelus est horrible, Tara pour Willow, Kendra pour Buffy et pour Faith, etc); et puis les méchants qui sont systématiquement éliminés, parmi lesquels Warren…en fait, plus j’y réfléchis, plus je trouve que c’est un peu l’arnaque ces quelques discussions sur tuer Warren ou non, parce que clairement les scénaristes le voulaient mort, ils voulaient faire un truc un peu cool avec Willow, mais ils voulaient l’excuser quand même et du coup elle est complètement pervertie par la magie noire et la douleur à ce moment, ce qui l’excuse à long terme (même à moyen terme en fait). En tout cas c’est mon interprétation personnelle ^^ mais il y a plusieurs niveaux de lecture aussi, je vois en quoi on peut le considérer comme un « vrai meurtre grave ».
      Désolée, je crois que je suis un peu fouillie 🙂

      • Ok je comprends mieux votre analyse de la mort de Warren.
        Mais effectivement j’en ai une lecture différente, je ne trouve pas du tout que cela soit une excuse à moyen terme, ça sert vraiment le développement de Willow (le fait qu’elle devienne auréolée de lumière n’a plus grand chose à voir avec Warren). Et puis je trouve que justement ce qu’il y a de fort dans cette saison c’est que les grands méchants sont humains et non pas des monstres, et du coup la question de leur mort se pose vraiment d’une façon intéressante.
        Après j’avais pas du tout réalisé que les personnages masculins « gentils » ne meurent pas, contrairement aux personnages « gentils » féminins que vous citez. Mais comme vous le dites, c’est très justifié narrativement dans la série donc ça ne me paraît pas problématique et on ne peut pas y voir une volonté de cantonner les femmes à un rôle de victime (cf. une interview de Whedon justement où il dit que si Willow était restée avec Oz, c’est lui qu’il aurait tué : le fait que ce soit une femme et une lesbienne ne rentre pas en ligne de compte, et je l’avais en effet perçu comme ça : Willow perd la personne qu’elle aime, point (tout comme Giles, avec Jenny).

  7. Article intéressant, même si ayant vu assez peu d’épisodes de Buffy, tout ne me parle pas forcément.

    Je me demandais si vous comptiez faire dans les prochains articles une analyse de la représentation des vampires, car si certains aspects de leur nature relèvent du folklore et si d’autres sont des ajouts plus récents, il y a forcément eu un choix à un moment sur ce qui devrait être conservé ou non, et ces choix pourraient être intéressants à analyser.

    Pour ne citer que deux exemples :
    – le fait qu’un vampire ne puisse rentrer chez quelqu’un sans y être invité renvoie à votre remarque sur l’idée reçue selon laquelle une femme serait plus en sécurité chez elle. Certes, la vie de Buffy et de ses amis aurait sans doute été beaucoup plus compliquée si une horde de vampires avait pu débarquer chez eux à n’importe quelle heure de la nuit, mais ils auraient aussi pu apprendre à survivre avec ce genre de dangers d’une manière justifiée par le scénario.
    – le fait qu’un vampire qui s’apprête à s’abreuver change brutalement de visage parce que les méchants se doivent d’être moches.

    Petite parenthèse, quand j’étais au collège/lycée, Buffy était souvent présentée (et vendu) comme une série pour fille, et donc naturellement considérée comme un peu nunuche. Je n’ai appris que relativement récemment que, dans son pays d’origine, elle semblait davantage associée à un public masculin geek, comme on peut le voir dans the Big Bang Theory. C’est assez surprenant de voir comment une série peut changer de public cible en fonction du pays de diffusion.

    • Pour les vampires monstrueux, c’est complètement assumé. De même que le fait qu’ils se changent en poussière. Weddon n’avait pas l’intention de faire preuve de réalisme. Les vampires devaient être monstrueux, et il n’était pas question que les héros s’entourent de cadavre.

      L’exception étant le fameux pistolet qui tueras Tara, ramenant une violence réelle au milieu d’une violence fantasmé, par un « grand méchant » qui n’est finalement qu’un gros geek qui ne contrôle pas ce qu’il fait.

      • Je ne parle pas d’une question de réalisme, je trouve juste ça un poil aphrodiste sur les bords.

        • Heu… Ce sont pas des binoclards boutonneux à lunettes, ce sont des monstres ^^

          Inversement, quant ils ne sont pas sous leur forme monstrueuse, ce sont souvent des beaux/belles gosse.

          « L’aphrodisme » s’il est bien présent, ne réside pas dans cet artifice, qui vise à déshumaniser les méchants. Car les concepteurs de la série n’avaient pas l’intention de promouvoir les tabassage en règle, et les combats de gang.

    • Douffie Shprinzel

      Merci !

      Je me demandais si vous comptiez faire dans les prochains articles une analyse de la représentation des vampires

      Je ne sais pas. J’ai écrit une page un peu floue pour le moment sur la dichotomie que le concept d’âme crée artificiellement entre les « gentils » et les « méchants », pour qui ce ne sont pas les mêmes lois qui s’appliquent : niveau éthique, Buffy peut tuer un million de vampires, c’est comme si elle arrachait de la mauvaise herbe dans son jardin, par contre quand un humain (avec une « âme ») se comporte de manière aussi criminelle qu’un vampire, ce ne sont pas les mêmes lois qui s’appliquent pour le « punir », ça devient tout de suite une question sérieuse. En fin de compte, ce qui importe, c’est plus la « nature profonde » des personnages que leurs actes, en tout cas pour une première séparation entre deux modes de jugement. Donc déjà il y a ça qui me frappe, et puis comme vous dites de l’aphrodisme, et comme je le disais dans un autre commentaire, une bonne louche de racisme ou de spécisme, je n’arrive pas à me faire une analyse très claire. Si j’arrive à éclaircir tout ça, ça sera peut-être la dernière partie de mon analyse de Buffy, mais pour l’instant je n’ai pas une réflexion très aboutie dessus.

      – le fait qu’un vampire ne puisse rentrer chez quelqu’un sans y être invité renvoie à votre remarque sur l’idée reçue selon laquelle une femme serait plus en sécurité chez elle. Certes, la vie de Buffy et de ses amis aurait sans doute été beaucoup plus compliquée si une horde de vampires avait pu débarquer chez eux à n’importe quelle heure de la nuit, mais ils auraient aussi pu apprendre à survivre avec ce genre de dangers d’une manière justifiée par le scénario.

      Je n’y avais pas pensé ! Merci, c’est intéressant 🙂 En fait le vampire représente totalement le « sombre inconnu », dans tous ses attributs (le fait qu’il ne soit un danger que la nuit rentre un peu dans la même catégorie, non ?).

      – le fait qu’un vampire qui s’apprête à s’abreuver change brutalement de visage parce que les méchants se doivent d’être moches.

      Tout à fait ! Déjà, je suis d’accord avec vous, c’est aphrodiste, l’absence d’âme qui se lit littéralement sur le visage, et puis c’est « monstrueux » également. L’homme qui attaque la nuit à l’extérieur, c’est un monstre, et pas vraiment un homme.

      Petite parenthèse, quand j’étais au collège/lycée, Buffy était souvent présentée (et vendu) comme une série pour fille, et donc naturellement considérée comme un peu nunuche.

      Pareil, quand je parle de Buffy autour de moi, j’ai souvent la réaction « mais c’est pas un truc pour gamines de 10 ans, ça ? » (donc nul, forcément !).
      Je sais qu’il y a cette connotation aussi un peu aux États-Unis (j’ai vu dans quelques interviews et vidéos des gens y faire référence), mais peut-être moins alors ? Merci de l’info en tout cas 🙂

      • Je répète Chloé Delaume en a fait un roman. Donc je pense pas du tout que cette série soit si diminuée que ça. Elle est devenue mythique et culte.

    • Le truc du vampire qui ne peut rentrer s’iel n’est pas invité-e, c’est un très vieux truc de folklore… je pense que Whedon l’a repris pour parfaire son mix de modernité et tradition chez ses vampires, mais aussi parce que avouons-le, c’est quand même un élément scénaristique super pratique. Je doute qu’on peut vraiment dire que cela renvoie spécifiquement a l’idée de la femme en sécurité chez elle. Vu que la légende vient d’avant l’illumination des villes, c’est plus généralement sur les  »dangers » de la nuit en général, sans je pense être forcément genré.
      Sur ce truc de changer de visage, je l’ai toujours plutôt vu comme un truc de manipulation à base de  »c’est pas parce qu’une personne n’a pas l’air méchant qu’elle ne l’est pas ». Le vampire est quand même censé être un démon, un être qui tord le corps et l’âme qu’iel habite, donc oui, son visage  »réel » est hideux, parce que c’est un parasite, un-e imitateur grotesque de l’humain. Le visage  »humain » est un faux, un masque bien pratique mais qui cache l’apparence réel. D’ailleurs je trouve que ce n’est pas forcément  »moche » (Spike reste pas trop mal par exemple), c’est juste… inhumain, parce que le vampire ne fait qu’habiter l’humain, il ne l’est pas.

      • Je suis bien conscient que le besoin d’invitation à entrer vient du folklore, l’idée était justement de donner un exemple de caractéristique vampirique « traditionnelle » et une autre un peu plus récente.

        J’aurais peut-être dû être un peu plus explicite dans mon propos, avec le recul j’admet que ce n’était pas forcément très clair, alors je vais développer ici.
        Le mythe du vampire existe sous une multitude de formes, et d’une version à une autre ses caractéristiques peuvent drastiquement différer. Dans le folklore et la pop culture, selon les folklores et les régions, le vampire peut être un mort-vivant, un démon, un virus, une mutation et sans doute un alien. Il peut être sensible au soleil, au feu, à l’ail, aux symboles religieux, aux pieux dans le cœur, aux clous dans la tête, à l’eau bénite, et parfois il vole même les vulnérabilités du loup garou et devient vulnérable à l’argent. Il peut aussi avoir des manies, comme être obligé de dormir dans un cercueil, de transporter de la terre de son pays natal lorsqu’il voyage, de compter tous les grains de blé d’un sac renversé devant lui ou, dans le cas qui nous intéresse, avoir besoin d’être invité pour entrer dans une maison. Souvent, il est dépourvu de reflet ou d’ombre, parfois il n’a pas d’os. Et je ne vais pas énumérer tous les différents pouvoirs auxquels il peut avoir accès.
        Maintenant, je ne connais pas très bien Buffy, mais je doute que TOUTES les caractéristiques associées au folklore vampirique s’y retrouvent. L’origine folklorique ne suffit donc pas à expliquer leur présence, il y a eu à un moment donné une décision qui a été prise sur quels éléments pouvaient être conservés ou non.
        Bien entendu, le scénario a sans doute une part importante dans les choix qui sont faits, mais je pense qu’il peut être intéressant de creuser un peu plus en profondeur et de se demander si ces choix ne sont pas également motivés par des raisons plus idéologiques. Mes connaissances de cet univers sont trop peu approfondies pour que je puisse vraiment y réfléchir à fond, mais certains points m’ont quand même interpellés et je me suis demandé si creuser dans cette direction ne pouvait pas être intéressant.

        Pour l’aspect « inhumain » (qui ne l’est pas tant que ça au final, les vampires gardent une forme humanoïde, seul les traits du visage changent), je reste assez dubitatif. L’idée est quand même au fond que la monstruosité des personnes se reflète sur leur visage, et je ne pense pas que ce soit un hasard si celui qui reste « pas trop mal » est un des intérêts amoureux de l’héroïne.

        • Je n’ai pas remarqué de différence concernant l’aspect démoniaque d’Angel.

          On en a parlé ailleurs, la seule violence « réelle », de notre monde, c’est la mort de Tara, tuée par un revolver.

          C’est complétement assumé, c’est pas la peine de se creuser la tête, ou de chercher la petite bête: Whedon a donner ses raisons.

          Pas de meurtre « d’humain » à l’écran, pas de corps qui restent. Oui, c’est une violence fantasmée. Ce peut même être du spécisme si vous voulez. Mais les vampires ne sont pas moches, leur visage les rends inhumains. En tout cas c’est voulu comme ca. Aucune raison d’être dubitatif.

  8. Permettez-moi de souligner quelque chose qui m’échappe toujours.

    Pourquoi reprocher leur féminité aux héroïnes ? Certe, elle correspond à des critères de goût purement masculin, mais pourquoi ne pas souligner que cela marche dans les deux sens. Je veux dire par là que vous auriez pu effectivement pointer du doigt la domination de la vision masculine dans cette représentation de la femme avec Buffy si les personnages masculins étaient en contrepartie tous laids, peu à leur avantage ou très mals foutus. Pourtant ils correspondent eux aussi aux standards féminins de goût largement partagés : grand, belle gueule, corps travaillé. Certes les standards actuels évoluent vers une préférence parfois plus androgyne du corps humain, mais ceux des années 90 étaient encore aux mecs virils avec la politique du biceps hypertrophié que l’on retrouve dans nombre de productions de l’époque.

    Une femme féminine (et donc sexualisée comme cela va souvent de soit – hélas, je vous le concède néanmoins – dans les productions culturelles de masse) est-elle condamnée à symboliser éternellement l’horrible représentation de l’exploitation de la femme par l’homme quand bien même des structures narratives mettent en avant une émancipation, certes relative, de l’homme ? Le combat pour l’égalité des représentations des avatars féminins/masculins doit-il toujours se calquer sur les mêmes grilles de lecture sans se permettre la moindre nuance (je renvoie ici à l’article sur le Sherlock de Moffatt où Irène, parce qu’utilisant ses atouts physiques et sexuels, et perdant le combat final contre Sherlock, serait donc dominée par lui, et ce, là encore, sans prendre en compte les structures narratives de base sous-tendant la logique du recit qui conduit à une caractérisation des personnages se jouant finalement des caractéristiques de genre : amour platonicien entre deux personnages masculins, personnage dominateur littéralement et métaphoriquement pour Irene …) ? Et surtout, en quoi la sexualisation de personnages de fiction, quand elle va dans les deux sens, nuit-elle au combat d’émancipation de la femme ?

    Merci aux courageux de m’éclairer !

    • Douffie Shprinzel

      Là je n’ai pas envie de répondre à tout, il y aurait beaucoup de choses à dire et je suis fatiguée, mais je voulais juste dire que je ne reproche pas sa « féminité » à Buffy, au contraire, comme je l’ai dit dans l’article, personnellement je trouve ça assez appréciable, et puis je trouve que ça n’a pas forcément beaucoup de sens de « reprocher leur féminité aux personnages » de toute façon.
      Par contre, ce que je note comme de nombreuses autres critiques avant moi, sur ce site et ailleurs, c’est le martèlement qui est fait et le modèle assez restreint dans lequel les personnages féminins sont confinés.

  9. Pour info, les personnages de Jenny Calendar et Maggie Walsch ne devaient pas nécessairement mourir à la base. Mais l’actrice qui jouait Jenny a demandé à quitté la série, car celle-ci ne correspondait pas à ses idées religieuses. En effet, l’actrice était contre la représentation de la magie et des monstres à la télé… Quant à Maggie Walsch, il était prévu qu’elle devienne LA méchante de la saison 4. Malheureusement, l’actrice a dû quitter la série pour une question, je crois, d’horaire. Les scénaristes ont dû improviser, et choisir Adam comme nouveau méchant. Ce qui fut un échec, car ce personnage est insipide, et a tendance à parler pour ne rien dire.

    • Merci du renseignement. Adam est probablement le « grand méchant » le moins bien traité de la série, quoique j’ai trouvé Buffy très classe quant elle l’a tué.

      C’est le seul, je crois, qui ne clôture pas une saison. Ce privilège étant réservé pour le coup à la Première Tueuse lors de l’excellent épisode du rêve.

      • Ah oui, l’épisode du rêve est un des favoris. Il est, à ce jour, la meilleur et la plus réaliste représentation que j’ai pu voir des rêves dans une oeuvre de fiction. 😀

    • Très intéressant, ça ramène toutes nos analyses à une chose qu’on oublie parfois : la mort/le départ d’un personnage répond souvent à ce genre de nécessité ! Donc c’est bien difficile voire vain de faire un comptage et d’y voir une volonté globale.

      • (En ce sens analyser une série et analyser un film ne peut pas du tout se faire de la même façon ! Dans un film la mort est forcément voulue scénaristiquement sans avoir d’autre raison que ce qu’elle représente, mais pas dans une série sur le long terme !)

      • Oui, tout à fait! S’il ne faut jamais oublié qu’une oeuvre de fiction s’inscrit dans un contexte social, il en va de même pour les acteurs qui ont une vie en dehors de leurs séries! héhé 😉

  10. Douffie Shprinzel sur la question de la prégnance d’une idée (ici le couple) pendant une grande partie de la série et qui sen trouve finalement réfutée a la fin, ça me paraît assez intéressant comme question. Déjà parce que buffy n’est pas un objet culturel comme les autres et marque une grande rupture dans la culture pop, notamment sur le plan narratif (que ce soit vis à vis de la série dans son ensemble, ou simplement d’épisodes, voir de scènes en particulier). C’est une série dont je pense qu’une grosse part de l’intérêt relève de sa cohérence A POSTERIORI, et que les personnes qui l’ont faite et réalisée sont les premières à en être étonnées. C’est vraiment une histoire en sept chapitre, avec un vrai dénouement. Et buffy est certes aujourd’hui « consommé » en tant qu’objet culturel par des fans qui l’ont découvert à la télé il y a des années, mais aussi et de plus en plus par des personnes qui le regardent et le découvrent en dvd, vod, etc, et toujours comme un TOUT, une œuvre cohérente et complète . La ou je veux en venir’ c’est que c’est vraiment quelque chose qui ne s’analyse pas comme une série ou n’importe quel autre objet culturel actuel. Déjà parce que c’est pas « actuel » à proprement parler. Je sais pas si je suis très clair dans tout ce que je dis, mais par exemple à cet égard, Rhonda wilcox qui est une des maman des « buffy studies » met toujours un point d’honneur à ne parler non pas de « spectateurs » de buffy, mais toujours de « lecteurs », et perso je trouve ça très pertinent. J’ai l’impression que pour « analyser » buffy, il faut sans cesse jongler entre différents niveaux de lecture. Et j’ai l’impression qu’on retrouve pas mal cet effort/contrainte en filigrane de ton article 🙂

    • Douffie Shprinzel

      J’avoue que je n’y avais pas vraiment pensé !

      Merci pour cette analyse et tant mieux si je n’ai pas fait le contraire alors ^^

      Après, je trouve ça intéressant, et c’est vrai que le dénouement ça a un poids particulier, ça n’est pas juste 1 épisode sur 144, mais en plus de la trame de fond elle-même, il y a beaucoup d’épisodes qui sont là en bouche-trou, de petites histoires qui se rajoutent par-dessus, et je pense que ça participe d’une mentalité tout autant que la trame de fond. Au final, je pense que ça a du sens qu’on dise que le dénouement a plus de poids que cela, que l’histoire tout entière se dirigeait vers lui, mais il reste toutes ces histoires secondaires, tout ce choix de représentations, qui ne sont pas féministes du tout et qui n’avaient vraiment pas besoin d’être là…non ?

  11. Sur le rôle des observateurices et plus généralement la question de buffy et de lautorité. Quand je parle de buffy j’aime toujours bien présenter la série comme l’histoire sur 7 saisons d’une meufs qui détruit les unes après les autres les figures dautorités qui se dresse sur son chemin. On peut parler du conseil des observateurices, mais aussi de l’institution scolaire, exploséeen même temps que la figure du politicien véreux (Wilkins), le complexe militaro-industriel (carrément!) avec l’initiative etc…jusqu’aux règles immemorielles qui ont toujours régi la lutte de la tueuse (sa solitude, sur tous les plans). Finalement elle choisi de rester sous la « tutelle » de giles, mais c’est son choix a elle, et à la lecture du texte on a l’impression que le fait meme d’avoir un mentor ou guide c’est quelque chose d’alienant, alors que je me dis qu’il y a rien de moins aliénant que d’etre en mesure de choisir dans la vie les personnes dont l’avis, les conseil, voir les jugements nous importeront, quitte meme a sen affranchir un jour (ce que buffy fera). Et je dis bien sur pas ça pour laver giles de tout soupçon de comportement sexiste ou d’autres abus loin la, mais parce que Tu mentionne également (et avec regret) aussi la « dépendance affective » de buffy envers tout son entourage, alors que c’est bien le fait qu’elle choisisse de ne pas combattre seule qui fait d’elle une tueuse si unique et puissante, et que a la lecture j’ai l’impression que c’est quelque part lui reprocher un peu de ne pas être une « lone ranger », alors que c’est bien le but et un gros intérêt de buffy de pas en faire ce type d’héro/ïne. On a dailleurs un aperçu mémorable d’une version de buffy comme ca dans l’épisode « the wish » de la saison trois, solitaire, endurcie balafrée et en treillis qui finit par ne pas tenir 3 seconde en face du Maître (quel souvenir horrible dailleurs u_u)

    • Douffie Shprinzel

      Merci pour toutes ces réflexions !

      Non, je ne veux pas du tout reprocher à Buffy d’être une personne entourée d’ami.e.s plutôt qu’une machine de guerre (au contraire). Mais j’ai un problème avec la manière dont le soutien entre ami.e.s se fait dans la série (pas forcément plus que dans d’autres séries ou films, c’est un truc que je trouve très répandu), je trouve qu’il y a beaucoup trop de jugements là où il n’y a pas lieu d’être, etc. Je suis aussi frappée de la différence d’indulgence entre quand Buffy fuit au début de la saison 3, et à son retour, elle se fait copieusement engueuler, elle finit par dire en larmes qu’elle est désolée, j’ai l’impression que la série ne prend pas de recul par rapport à ça (qu’elle considère donc que Buffy a fauté), alors que la jalousie d’Alexander est hallucinante et qu’il va jusqu’à ne pas respecter le plan pour sauver Angel, ce qui ne lui sera jamais reproché ! Alors que bon, ça se fait de donner des nouvelles quand on part trois mois sans prévenir, mais Buffy avait des énormes circonstances atténuantes et je trouve vraiment déplacé que ce soit Alexander qui lui dise « que ça te plaise ou non, c’était incroyablement égoïste », et sa mère qui lui fasse des reproches aussi, alors qu’elle l’avait virée de chez elle…
      Bref, quand je parle de dépendance affective, ce n’est pas du tout contre l’idée d’avoir des amis en soi, mais c’est qu’au final ses amis exercent une telle pression sur elle (je trouve) que ça participe aussi à neutraliser et à canaliser sa force. Je ne sais pas si c’est plus clair ?

      Et sur le côté « anar » de la série qui transparaît à certains moments, j’avoue que je le trouve beaucoup trop ponctuel. Alors oui, il y a quelques répliques et scènes anti-autorité sympa, mais à moi il me semble que la série défend plutôt que l’autorité (la bonne, il en existerait une bonne) est souhaitable et nécessaire.
      D’ailleurs en parlant de plusieurs niveaux de lecture, il me semble que l’explosion du lycée, par rapport au thème de la série qui est d’avoir des monstres qui symbolisent les angoisses du lycée, ça marque aussi « tout simplement » une fin aux trois premières saisons de manière assez spectaculaire. Je pense que je considèrerais cette explosion beaucoup plus comme étant un épisode « anti-autorité » si elle avait lieu plus tôt, quand Buffy a encore du lycée à faire devant elle, et qu’elle échappe à l’école comme ça. Mais là, c’est pile au moment où ils deviennent adultes qu’ils font littéralement exploser « le cauchemar de l’adolescence ». (C’est clair, ce que je veux dire ?)
      Et le projet militaire qui échoue, pareil je pense qu’on peut aussi vachement le lire comme une opposition science/magie, et ce qu’il se passe quand la science empiète sur un domaine qui n’est pas le sien. D’ailleurs, si Riley se casse de l’armée en disant « je suis un anarchiste », il y revient moins d’une saison après, et on a la confirmation dans la saison 6 que c’est là qu’il s’y sent bien, ils font des trucs chouettes avec sa nouvelle femme, etc…donc moi le message anti-militaire ne me paraît pas être le premier.

  12. « toutes les statistiques prouvent que le foyer est le lieu le plus dangereux pour une femme » Et aussi pour un hommes ou un enfant Les accidents domestiques font bien plus de victimes que les accidents d’avion, de la route, que les meurtres, etc… Beaucoup de femmes meurent sur la route ou battues par leur compagnons mais encore plus meurent d’une banale (mais fatale) chute d’escalier, de baignoire Les maisons sont pleines de choses dangereuses (courants éléctriques, couteaux de cuisine, produits toxiques, médicaments, outils)et puisque un grand nombre d’humains ressemblent plus a michel blanc ou pierre richard qu’a buffy et bien ça fait des morts Finalement rien de plus logique puisqu’on passe en moyenne plus de temps chez soi qu’a l’extérieur (faut bien dormir) meme si on bosse et qu’on aime sortir et faire du sport

  13. le raisonnement absurde féministe, les femmes meurent le plus au foyer et la plupart des criminels sont des hommes donc haro sur les femmes au foyer et les couples hétéros tradi Petit Rappel La majorité des femmes (comme des hommes d’ailleurs) meurent dans un lit que se soit un lit d’hopital ou leur propre lit Il faut donc en conclure que le lit est mortel machiste et qu’il faut l’interdire, lol

  14. Très bonne analyse , qui fait parfois grincer des dents à cause de sa justesse et du fait de découvrir des problématiques dans une série que l’on a érigée en modèle , j’ai hâte d’avoir le temps de m’attaquer à la suite !

  15. andys, documente toi avant de crier à l’absurdité du féminisme. Les violences exercé par le conjoint au sein du couple hétérosexuel sont la première cause de mortalité des femmes entre 19 et 44 ans…

    http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-ferrieres/040613/violence-domestique-et-conjugale-premiere-cause-de-mortalite-pour-les-femmes

  16. Merci pour cette analyse. Je viens faire ici part de mon désarroi lors de mes conversations avec mes collègues biologistes sur les représentations féminines à la télé. Rien de pire que de discuter avec des scientifiques qui brandissent à tour de bras des arguments biologiques pour expliquer certaines choses. L’un a notamment eu cesse d’affirmer que les représentations féminines actuelles où une femme bat 3 mecs en 3 coups de cuillère à pot sont tout aussi terribles que les représentations sexistes où la femme est représentée faible, car fausses (une femme ne pouvant pas battre un homme à entraînement égal). Pour lui une femme ne peut pas battre un homme avec le même entraînement et que ces représentations amènent à croire qu’on peut en être capable et que c’est tout aussi dangereux… J’avoue être sortie déprimée d’un tel échange où la personne en face est persuadée des faits biologiques et pensent que chercher à nier ses différences, c’est s’épuiser au lieu d’attaquer de véritables problèmes d’inégalités… Votre avis sur l’aspect bénéfique ou non d’une représentation comme Buffy « fausse » puisque les femmes au super pouvoir n’existent pas (pas plus que les hommes d’ailleurs)… (les autres séries ayant été cité dans la conversation étant NCIS et Cie)

    • Douffie Shprinzel

      C’est vraiment un mythe de penser en termes d’agresseurs de 100 kgs de muscle et de 2m de haut versus des petites femmes qui n’auraient aucune force.
      Déjà, en vrai, la plupart des agressions se jouent à un niveau plus psychologique (ce qui n’en demeure pas moins des agressions, mais souvent un regard droit, un cri, une réponse « suffit » à stopper l’agression; bien sûr je ne dis pas ça pour minimiser la difficulté à riposter, qui est grande).
      Ensuite, si l’agresseur.se a des organes génitaux externes, quelles que soient sa taille ou sa carrure, c’est une cible accessible et efficace. Le nez, sinon. On a tou.te.s la force suffisante pour casser un nez, et un agresseur grand et fort ne va pas mieux protéger son nez qu’un autre, et pleurera comme tout le monde après s’être fait casser le nez.
      Bref, je ne vais pas étaler pendant trois kilomètres toutes les techniques pour faire mal à quelqu’un.e, mais une personne a toujours la force de battre une autre personne, tout se joue au niveau de la technique et de la confiance. Bon après je ne nie pas qu’en sport de combat, la carrure a un rôle, mais pour ce qui est d’une agression dans la rue, ce rôle me paraît très largement surestimé.
      En tout cas je ne vois pas comment ça pourrait être dangereux de dire aux femmes cis qu’elles ont cette force-là, surtout qu’avec le conditionnement qu’on a reçu, avant d’avoir trop confiance en notre force physique, il y a de la marge !

    • Pour lui une femme ne peut pas battre un homme avec le même entraînement

      Faites taper à votre collègue « women vs men martial arts » sur youtube, on tombe sur des jolis combats où les femmes gagnent contre des hommes (y compris en MMA, et c’est pas des tendres), sans même avoir recours aux coups dans les parties génitales (considérés par certains comme déloyaux) vu que c’est interdit.

  17. […] PS: Voici le lien d’un article des plus intéressants, bien plus sévère que moi sur la série, mais qui a bâti une réflexion passionnante sur notamment la place de la femme dans la série: Buffy – Le cinéma est politique. […]

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