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Snowpiercer (2013) : Ces « queutards » de révoltés

SNOWPIERCER

Il faut admettre que Snowpiercer (Le Transperceneige) est loin d’être le blockbuster le plus idiot de la décennie. L’allégorie de notre société et de ses échelons par le biais du train est astucieuse et parlante, certaines images restent assez cruellement en mémoire comme celles des enfants machinistes, le casting est plutôt hétérogène avec des nationalités, corps et origines variés, il n’y a pas non plus d’histoire d’amour hétéro servie sur une belle tranche de male gaze (regard masculin) et le personnage principal va réellement au bout d’une des problématiques posées par le film (la hiérarchisation est-elle nécessaire ?) en refusant la place d’autocrate démiurge qu’on lui léguait, ce que bien des héros Hollywoodien auraient pourtant accepté pour régner en « monarques éclairés ».

Mais malgré ses qualités, ce film n’échappe pas à certains écueils que nous allons détailler :

Dans l’univers du train géant de Snowpiercer où se sont réfugiés les survivants de l’humanité suite à une catastrophe écologique, on croise principalement trois types de personnages : les « queutards », les employés ou soldats et les nantis. Des « queutards », exclus défavorisés de la société qu’on retrouve en bout de train, on nous montre en grande majorité des hommes (bien que lesdits « queutards » soient censés être une réserve inépuisable de bébés… Où cachent-ils leurs femmes ?) accoutumés à une vie rude et austère. Ceci dit, la métaphore ne semble pas aller au bout de ses possibilités puisque les « queutards » du bout du train ne sont pas « exploités » (du moins ce n’est pas montré). On dit qu’ils sont « nécessaires » au fonctionnement du train puisqu’ils en seraient « les pieds » mais à part pour créer des révoltes occasionnelles (et ainsi diminuer les effectifs du train) ou pour fournir des bébés en grande quantité, ils ne travaillent pas pour les nantis. Les nantis ont accès à leurs privilèges en privant les autres desdits privilèges mais c’est tout. Le film n’explicite d’ailleurs jamais le fonctionnement du train et on ne sait pas comment est conçu le système des nantis et quels sont les rapports de dominations entre les serveurs (comme le groom noir du bar à sushi), les femmes de ménage (celle qui dirigea la révolte des sept), les soldats qui se sacrifient en série et ceux qui profitent de leurs services.

Entre les prolétaires et les nantis, on fait face à une classe de soldats (exclusivement des hommes) plutôt déshumanisés. De même, on n’est jamais réellement confronté au point de vue d’un des employés des nantis.

Les nantis, eux, sont d’abord et majoritairement représentés par des femmes. La première à apparaître, Claude, porte une tenue aux couleurs vives qui jure de manière grotesque avec les vêtements ternes des prolétaires et vient emmener leurs enfants loin d’eux. La seconde, jouée par Tilda Swinton, est une caricature de vieille « hystérique » grotesque et acariâtre qui jouit de la souffrance des autres, hésite comme si elle était sénile, a une voix haut-perché insupportable et semble complètement folle avant d’apparaître, soumise par les prolétaires, comme un être pathétique, veule et égoïste. Si on la compare aux ennemis masculins, calmes, silencieux et habiles combattants, sa faiblesse est d’autant plus flagrante. On verra ensuite passer une institutrice lobotomisée, des dandys soignés en manteaux de fourrure et un chauve efféminé et entièrement dévoué au démiurge Wilford, le constructeur à la tête du train : patriarche ultime de ce microcosme, vénéré par ses adorateurs efféminés et ses adoratrices, protégé par ses soldats et auquel se confrontent les virils queutards. (On retrouve ce schéma qui oppose la virilité bénéfique et velue à la féminité décadente dans d’autres films dont le récent et plutôt progressiste par ailleurs Hunger Games).

Wilford lui-même ne semble d’ailleurs pas un summum de virilité, il apparaît dans un pyjama de soie, cuisine et si son calme et son attitude stoïque correspondent bien à l’idée qu’on peut se faire d’un grand méchant, il donne une impression de dégénérescence commune à la plupart des nantis (le wagon qui précède le wagon de tête où il se trouve est le lieu d’une fête orgiaque où la drogue circule et où les tenues exubérantes semblent tout droit sorties d’une gay pride décadente…)

Wilford ne représente donc pas une opposition très masculine. Il est d’ailleurs protégé par une femme, Claude  (celle-là même qui a choisi les enfants prolétaires à emmener) et s’il est plutôt positif de voir des femmes combattre avec les hommes et être à leur hauteur (au moyen d’armes à feu cependant, faudrait pas non plus qu’elles rivalisent avec eux au corps à corps, ça c’est pas possible), n’ont réellement accès à la violence et au combat que ces nanties dont les attitudes grotesques et serviles virent au cartoon (notamment avec l’institutrice enceinte qui semble vivre un orgasme en jouant une chanson de propagande au piano). On peut aussi interpréter le fait qu’elles combattent comme une forme de « dégénérescence » : les hommes nantis ne suffisent plus, ce sont les femmes qui se battent pour eux. Et puis, ces femmes se battent peut-être mais en demeurant entièrement soumises à l’homme de tête : Wilford. 

D’ailleurs, Curtis, le héros, explicite le fait que Claude serait également au service sexuel de Wilford (il dit quelque chose du style : « vous avez de l’espace, à manger à profusion et si vous avez envie de tringler, cette conne est à votre disposition »). Bien que le film ne le montre jamais, cette affirmation n’est pas niée et quand Wilford demande à Curtis depuis combien de temps il n’a pas trempé son petit biscuit, il a un regard vers Claude, comme s’il songeait à la mettre à disposition de Curtis en gage de bonne entente. Ceci dit, le regard n’est absolument pas emphatisé. La caméra reste fixée sur Wilford et ne se place pas en vue subjective pour créer une connivence lubrique avec le spectateur comme on en a l’habitude, ce qui s’avère très rafraîchissant et peut aller dans le sens d’une critique (très légère certes) d’un tel comportement puisqu’après tout, c’est du méchant qu’il s’agit (bien que le gentil ne remette pas vraiment le rapport de soumission homme/femme en question). Néanmoins, ça demeure le seul moment du film où la femme est clairement objectivée.

Qui plus est, la manière dont sont filmées les mises à mort des femmes nanties et la façon dont on grossit le trait pour ces personnages féminins (ou efféminés) en les rendant insupportables encourage le spectateur à tirer un plaisir pervers de leur mort. Là où les soldats déshumanisés sont abattus sans qu’on ne s’y attarde, on prend beaucoup plus de temps pour donner un contexte aux morts des femmes. Le tout est filmé de manière très complaisante. Le personnage de Tilda Swinton est carrément humilié : on lui met une chaussure sur la tête et on lui fait manger l’abominable nourriture habituellement réservée aux queutards du train. Traitement revanchard dont ne seront jamais victimes les ennemis masculins.

Parmi les révoltés, néanmoins, deux femmes se distinguent : Tanya et Yona. Mais là où l’on voit deux des nanties prendre les armes très aisément, les «queutardes », elles, sont d’abord toutes deux écartées du combat par leurs camarades de fin de train durant l’attaque du pont Ekaterina. C’est d’ailleurs le père de la jeune Yona, lequel la guidera tout au long du film, qui la cache pour la protéger. Par la suite, c’est lui qui lui donnera des informations sur comment ouvrir les portes. L’homme est donc vecteur de son savoir et son enfant est déresponsabilisée et dénuée d’ambition personnelle. La seule capacité propre dont Yona semble disposer est un don de voyance, don « instinctif » traditionnellement attribué aux femmes. Le fait qu’elle se drogue également en sniffant du « kronol » peut rappeler les pythies antiques et leurs émanations. Qui plus est, son pouvoir n’est pas réellement utile, il ne permet d’éviter aucun danger et semble quelques peu superflu et uniquement là pour appuyer la dimension « mystique » du personnage (et lui permettre de trouver les enfants machinistes à la toute fin… on lie la féminité aux enfants, au « care »)

Quant à Tanya, c’est une mère uniquement motivée par la sécurité de son fils. Elle ne partage pas du tout les ambitions des hommes et n’a pour unique but que de protéger sa progéniture. Elle est donc liée et réduite à son statut de « génitrice ». La force physique de Tanya aurait pu être mise en avant : elle déclare elle-même à Curtis qu’elle est beaucoup plus forte que bien des soldats et on la voit soulever des charges avec des hommes, ce qui met en avant ses efforts. Néanmoins, elle acceptera vite d’être écartée du combat pour sa protection par Edgar pendant l’attaque du pont et le seul autre moment où elle tentera de nouveau de lutter s’avérera cruellement inefficace.

Une des méchantes est également enceinte, ce qui ne change rien à sa cruauté et à son pouvoir de nuisance (c’est elle, l’institutrice qui lobotomise les jeunesses Wilfordiennes du train), ça ne l’empêchera pas non plus d’être tuée d’une façon très perverse : le spectateur est incité à prendre du plaisir à sa mort car l’accent était mis sur le côté insupportable du personnage. On éviterait donc a priori l’idée essentialiste qui associe l’image maternelle à un instinct de douceur et d’amour. Pour autant, même si on a donc deux modèles de mères radicalement opposés, on limite tout de même fortement les représentations féminines en les associant à ladite maternité : sur les six personnages féminins à prononcer plus de deux phrases, deux sont mères, l’une est représentée en train de s’occuper d’enfants (pas nécessairement pour leur bien d’ailleurs), deux sont très jeunes (Yona (dont le don de voyance lui permet de détecter des enfants) et une insupportable écolière qui traite les queutards avec mépris), et la dernière n’est autre que Mason/Tilda Swinton qui malgré son âge semble aussi très infantilisée face à Wilford qu’elle vénère.

On pourrait nuancer cette assertion puisqu’on a un personnage de père queutard dans le même cas que Tanya : uniquement motivé par son fils. Mais les représentations masculines sont, elles, beaucoup plus variées que les féminines bien que répondant également aux clichés des blockbusters (le grand méchant, le héros torturé, le jeune premier, le vieux sage…)

Enfin, un personnage féminin à la tête d’une révolte est évoqué mais jamais montré : une femme de ménage des wagons de tête Inuit qui a essayé de s’échapper du train et a fini congelée avec ses six autres camarades. Il aurait été intéressant d’en savoir plus sur ce personnage et ces motivations mais, bien entendu, sa tentative s’est également soldée par un échec, ce qui en diminue l’impact.

Ceci dit, malgré le manque de bons rôles féminins, il est tout de même remarquable de voir les femmes si peu érotisées dans ce type de films. Il y a d’ailleurs presque un déséquilibre à ce niveau puisque le corps du personnage joué par Luke Pasqualino est lui glorifié et souvent montré nu en plein combat au détriment du réalisme (son corps est loin d’être une masse musculaire et on souligne plutôt son agilité et sa grâce avec des poses assez peu réalistes). Une inversion des schémas ne signifie pas que le film soit progressiste, mais elle est suffisamment rare pour être soulignée.

Dernier point un peu gênant (attention au spoiler), il est explicité durant le film que les révoltes n’existent que parce que le monarque démiurge du train, Wilford, le veut bien car il s’en sert pour réguler sa population et réduire ainsi drastiquement ses effectifs. Bien que le final montre qu’il est néanmoins possible de renverser la « machine », cette idée limite fortement l’impact social des révoltes des queutards, déresponsabilise l’ensemble de ce microcosme censé représenter l’humanité qu’on voit ici comme une masse aveugle. Il n’y a pas à proprement parler de « vraie » révolution puisque dans ce cas, tout a été calculé par le pouvoir qu’on représente de façon si redoutable qu’il semble impossible de le renverser. Qui plus est, cette assertion diminue encore l’impact de la révolte des sept qui mettait en avant un personnage féminin, lequel, même uniquement évoqué, aurait pu être intéressant.

Cependant, cette idée de révolte organisée par les puissants participe également à déconstruire le fantasme du leader révolutionnaire au-dessus de la masse en en montrant les contradictions : à savoir, la reproduction au sein du mouvement révolutionnaire, et donc de la société future qui va en sortir, de ce à quoi la révolution s’oppose ; les chefs et la hiérarchie. Le héros est donc naturellement invité à succéder au méchant par ce méchant lui-même. Pas de lutte hypocrite pour un despotisme (phallocrate, il va sans dire) éclairé face au « mauvais » despotisme.

La vraie révolution consisterait donc non pas à prendre la tête du train (et reproduire le système social hiérarchique) mais à sortir du train pour créer autre chose. Ceci dit, le sacrifice que montre le film afin de sortir du train semble bien lourd puisqu’on n’aperçoit que deux survivants (appartenant tous deux à des « minorités » dominées d’ailleurs : une femme et un enfant non blancs).

Cependant, même si cette fin cherche à rompre radicalement avec toute forme de hiérarchie, le film n’en reste pas moins ambigu sur ce point. En effet, il est constamment répété au héros Curtis qu’il doit être un guide, un leader. Il semble prédestiné à ça (son ami Edgar le dit : « t’es né pour ça ») et tient effectivement ce rôle jusqu’au bout, en étant clairement glorifié par le film dans ce rôle. C’est uniquement à la fin que cette idée commencera à être questionnée, lorsque le héros avouera son égoïsme (en racontant cet épisode lors duquel il fut incapable de sacrifier un bras pour contribuer à la chaîne de solidarité générale entre queutards afin d’éviter de s’entretuer) et que lui sera proposée la place de nouveau dictateur du train, mettant le « révolté » en parallèle avec l’oppresseur dont il ne questionne absolument pas le pouvoir et sa hiérarchie. Mais Curtis redeviendra finalement le bon leader qu’il a toujours été en se coupant le bras pour sauver un enfant et stopper la machine. Par ce sacrifice viril, il retrouvera ainsi sa noblesse et son statut de leader exceptionnel. 

Si le film peut laisser une bonne impression au niveau politique par sa fin jusqu’au-boutiste, bien que les interprétations puissent varier, il est tout de même alarmant de constater à quel point la lutte des classes est souvent synonyme d’exclusion des femmes, sur lesquelles le film se défoule parfois avec un plaisir non dissimulé. 

L.D.

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24 réponses à Snowpiercer (2013) : Ces « queutards » de révoltés

  1. Bonjour, bonsoir, je ne suis pas d’accord avec vous quand vous dites qu’à la fin du film de voir une asiatique et un enfant ayant des origines africaines soient une fin lourde. Je ne comprends pas d’ailleurs cette reflexion. Vous trouvez cela peut etre clichés? Utopiste?

    • « Ceci dit, le sacrifice que montre le film afin de sortir du train semble bien lourd puisqu’on n’aperçoit que deux survivants (appartenant tous deux à des « minorités » dominées d’ailleurs : une femme et un enfant non blancs). »
      Où avez-vous vu que je critiquais en particulier le fait que ce soient des minorités. Justement, je l’ai observé parce que je trouvais ça plutôt positif que deux minorités survivent au leader blanc (j’aurai sans doute dû le préciser o_o). Ce que je critique c’est le fait que cette fin qui présente une ouverture : la construction d’un nouveau monde hors du train, hors du système, ne mette en scène que deux personnes ce qui est bien peu (que vont-ils réussir à faire à deux enfants avec un ours polaire et les restes calcinés de leurs pairs, je vous le demande ^^’)

      • Oui je suis complètement d’accord avec toi L.D., c’est loin d’être une fin pleine d’espoir je trouve. Dans une interview que j’ai lue, Bong Joon-ho disait qu’il avait préféré finir sur cette idée optimiste qu’il était possible de sortir du train plutôt que de montrer uniquement la prise de conscience par Curtis de l’impasse dans laquelle il se trouve, parce que sinon ça aurait été « trop pessimiste » (selon ses propres mots). Mais bon, niveau optimisme on a vu mieux je trouve …

        Les dernières images où l’on voit les deux uniques survivants regarder un ours blanc me semblent assez représentatives de cette ambivalence. D’un côté, l’ours symbolise la vie, donc le fait que la vie est à nouveau possible sur la Terre, qu’il est possible de créer un nouveau monde, de repartir de zéro sur d’autres bases (sans hiérarchie, domination, pouvoir, etc.). Mais en même temps, je trouve qu’il y a un côté absurde dans ce tableau, dans ce nez à nez entre deux pelés et un ours blanc (on retrouve d’ailleurs ce côté « absurde » dans d’autres scènes du film et dans d’autres films du même réalisateur, comme Memories of Murder ou The Host). Peut-être que du coup, le film peut plaire aux optimistes et aux pessimistes, chacun peut y trouver son compte…

        Ce film me fait d’ailleurs beaucoup penser à The Host à ce niveau (enfin, du souvenir que j’en ai, car ça fait longtemps que je l’ai vu). SI je me souviens bien, il y avait aussi dans The Host ce même schéma où les héros n’étaient finalement pas ceux que l’on croyait, mais des gens plutôt banals, qui parvenaient à vaincre le monstre en unissant leurs forces, là où l’Etat et l’Armée restaient impuissants. J’ai l’impression qu’il y avait aussi un peu cette dimension « anarchiste » (le mot est un peu fort, mais je ne sais pas trop comment dire autrement : l’idée que la solution vient des « petites gens » qui s’unissent et agissent collectivement, et pas de l’Etat ou des leaders quels qu’ils soient). Mais de la même manière, The Host gardait un ton un peu désabusé et pessimiste en nous montrant ces gens galérer à agir collectivement et à arriver à quelque chose.

        J’ai l’impression que les deux films indiquent que la solution est plus du côté de l’anarchisme et des dominés que du côté de la hiérarchie, du pouvoir et des leaders, mais qu’à chaque fois ils n’arrivent pas à prendre totalement au sérieux cette piste, qu’ils n’arrivent pas à y croire totalement, et que du coup ça reste assez pessimiste. Enfin c’est le sentiment que j’ai en tout cas…

      • Ha oui je n’avais pas bien compris vu dans ce sens je vous rejoint.

  2. Bonjour,
    je suis juste en désaccord sur la « dévirilisation » de Wilford.
    Je trouve que le méchant incarne une virilité différente, il est l’Autorité, presque Dieu le père. Ne perd jamais son sang froid jusqu’à la fin.
    La fin est en effet originale et politiquement très intéressante (ne pas reformer le système mais le renverser complètement).
    Dans the Host, je me souviens que l’un des héros a participé aux mouvements sociaux des années 90 et combat le monstre aux cocktails molotov!!

    • Oui, c’est vrai qu’il est quand même très viril, avec un sang froid glaçant jusqu’au dernier moment (« bien joué ») néanmoins, je trouve qu’on oppose quand même son côté presque précieux et raffiné à la force brute des queutards ce qui tendrait vers l’idée d’une culture dévirilisante d’une certaine façon…
      Je suis d’accord pour dire qu’il représente Dieu mais je pense que les deux idées cohabitent. Un dieu viril mais « décadent » et dévirilisé par son raffinement quelque part.

      • Oui, complètement d’accord. J’ai l’impression que tout cela le rapproche d’ailleurs du personnage joué par Donald Sutherland dans Hunger Games (le Président Coriolanus Snow). Les deux sont les dirigeants décadents d’un peuple totalement féminisé, et opposé à la virile révolution.

        Autant dans Le Transperceneige tout ça est très cohérent dans le virilisme (puisque, comme tu le montres, on a quasiment que des mecs du côté des révolutionnaires), autant dans Hunger Games c’est vraiment embêtant car ça mine à mon avis pas mal le progressisme dont fait par ailleurs preuve le film (notamment dans la représentation du duo Katniss-Peeta, comme l’a montré Julie dans son article sur le film). Alors qu’il y avait un début de déconstruction du genre, on nous ressort finalement, dans l’opposition entre le peuple et les décadents du Capitole, la bonne vieille opposition virilité-féminité, avec bien sûr une valorisation de la première contre la seconde. J’espère que ça s’améliorera un peu à ce niveau dans les deux suites, même si j’ai peu d’espoir… :-)

      • Je dois avouer que je confonds « déviriliser » et « féminiser » ce n’est pas la même chose, mais ça se brouille dans ma tête. Pour moi un personnage dévirilisé serait ridiculisé par son coté maniéré ce qui n’est pas le cas ici.
        Faudrait peut-être définir précisément ces notions de virilité.
        Je veux bien commencer: stoïcisme, résistance à l’adversité, à la douleur, force physique et psychologique, hétérosexualité, « simplicité », anti-intellectualisme.
        Après j’ai du mal à considérer Ed Harris comme non viril.

        • Comme l’a bien dit L.D., je pense que Wilford est à la fois viril et décadent (donc un peu féminin dans l’esprit du film). Il doit être un peu viril (comme vous le décrivez) parce qu’il est le leader, le chef, et qu’il a tout de même réussi à imposer son pouvoir pendant de nombreuses années face un peuple hostile. Mais en même temps il est aussi un peu « féminin » parce qu’à la tête d’une classe de nantis décadents et entouré de femmes. En ce sens, je ne pense pas que sa virilité soit comparable à celle des queutards révolutionnaire (comme le dit L.D., un vieux qui se fait un œuf au plat en pyjama, ce n’est pas vraiment un sommet de virilité en acte…).

          Je me dis que s’il avait été totalement viril, il aurait aussi été valorisé dans sa puissance (physique notamment). On aurait pu avoir une scène de combat au corps à corps entre Curtis et Wilford, ou au moins un affrontement un peu violent entre eux (physique ou « psychologique »). Mais rien de tout cela, c’est juste un papi croulant qui ne peut/veut plus exercer le pouvoir, qui n’est pas aussi décadent que les nantis qui l’entoure, mais qui n’est plus ce qu’il était quand même…

          J’ai l’impression que c’est ça qui lui manque pour être adéquat à une virilité complète et en acte (comme celle de Curtis). Non ?

          • Mais on ne sait pas ce qu’était Wilford avant. Son raffinement n’est jamais ridiculisé et il maitrise complètement la situation. Il retourne Curtis qui commence par repousser la jeune Coréenne qui lui demande son aide, quand elle montre le sort réserver aux enfants, Wilford ne panique pas et explique tranquillement. Quand Curtis lui casse la figure juste il n’est jamais montré humilié, ni mal en point. Il se relève, essuie le sang au coin de la bouche et se remet à table comme si de rien n’était. Même à la toute fin quand la porte va exploser il continue de manger tranquillement.
            La virilité étant pour moi lié l’autorité et Wilford est l’Autorité. Il n’est pas autant viril que les insurgés mais dévirilisé au féminisé me semble être des termes trop fort.
            Je reconnais que les autres nantis sont dévirilisés (montrés torse nu, en costume moulant maquillés?) dans opposition typique prolo vrai mec vs bourgeois pervers.

  3. Bonjour,

    Merci pour cette première analyse de ce film.
    Vous semblez pointer autant de qualités que de défauts à ce blockbuster finalement et je pense aussi comme vous.
    Cela-étant, tout ce que vous dites dans les défauts que vous signalez ne m’ont pas particulièrement gênés du fait qu’ils reposent sur des représentations sociales très puissamment intériorisées (la place des femmes, leur rapport à l’enfant, la division sociale et sexuelle des dons et des aptitudes « naturelles) et il est semble difficile pour une superproduction de ce genre de transgresser , a fortiori de subvertir ces représentations.
    La fin est en effet assez pessimiste, y compris dans le choix d’un animal dont la beauté se confond avec la sauvagerie, espoir et danger donc.
    J’ai été pour ma part surtout très irrité par la violence du film et de sa mise en forme, laquelle n’a rien à envier aux blockbusters « ordinaires ». Par ailleurs l’usage du ralenti la rend encore plus détestable (Tarantino si tu nous regardes…).
    A bientôt,
    jacques

    • Oui, après c’est pas non plus parce que ces représentations misogynes sont « très puissamment intériorisées » et banalisées au cinéma qu’elles ne sont pas gênantes. Au contraire ! Vous ne pensez pas ? Personnellement, comme L.D., c’est plus le traitement infligé spécifiquement aux femmes (qu’on exclut quasiment de la lutte révolutionnaire et sur lesquelles on s’acharne de manière violemment misogyne côté nantis) qui m’a vraiment choqué, plus que la violence « en général ». Pas vous ?

      • Ben non pas vraiment.

        Pour moi la question de la représentation de la violence m’apparait plus critiquable dans ce film que la division sexuelle des rôles qu’il propose (qui est aussi problématique j’en conviens bien sûr)

        Par ailleurs, il me semble difficile de ne pas articuler les deux aspects.

        Ensuite, quand je dis que je n’ai pas été gêné, je ne veux pas dire que je n’ai pas « tiqué » aux représentations de sens commun (Les blockbusters sont ainsi faits qu’ils ne laissent rien au hasard : une pincée de « subversion » politique et une bonne grosse dose de conformisme social), mais que le virilisme (et son adhésion par le spectateur) passe selon moi beaucoup plus dans ce film (mais dans beaucoup d’autres) dans des scènes de « baston » totalement déréalisées. et racoleuses C’est sous ce rapport (qui ne laisse jamais rien à la nuance, contrairement, à celui de la division sexuelle des rôles, lequel sans être « révolutionnaire » propose selon moi de timides nuances) que le film est plombé.

        See U !

        Jacques

        • la représentation de la violence critiquable… en même temps j’ai un peu du mal à imaginer comment une révolution aurait put se dérouler autrement que par la vilolence

          • @ dude

            Oui, mais la question est plutôt : comment cette violence est-elle représentée ? Est-elle glorifiée ou pas ? Ici, comme le pointe Jacques, j’ai l’impression que c’est très souvent le cas.

            @ Jacques

            Je suis d’accord avec vous quand vous dites qu’il est nécessaire d’articuler les deux aspects (violence et misogynie). C’est ce que j’essayais justement de pointer dans mon commentaire à votre commentaire : le fait que, pour moi, le problème de la violence et de sa représentation n’est pas dissociable du problème qu’est la domination masculine. Tout simplement parce que la violence est avant tout une violence masculine, et parce que celles qui en font au final le plus les frais sont les femmes. Comme l’a souligné L.D., c’est flagrant dans le Transperceneige, qui nous invite non seulement à prendre un plaisir à la violence exercée par les queutards révolutionnaires, mais avec en plus un supplément de plaisir misogyne lorsque cette violence est dirigée contre une femme.
            C’est juste sur ça que je voulais insister, le fait qu’il me parait difficile de dissocier (comme vous sembliez le faire) le problème de la représentation de la violence et le problème de la misogynie (car pour moi virilisme et misogynie ne sont que les deux faces d’une même domination).

            A bientôt

  4. @ Dude : 1. Une révolution politique s’est déroulé sans violence au Portugal dans les années 70, comme quoi… ; 2. De la révolution au « spectacle de la révolution, il y a une certaine différence me semble-t-il, non ? Et de ce point de vue la représentation de la violence au cinéma est un problème rarement traité par la critique dominante qui fait toujours l’économie de la question de savoir à quel moment ces représentations la légitime dans le même temps qu’elle prétend la dénoncer (cf. le cas de Scorcese par exemple).

    @ Paul : Pas mieux ! et vous en avez fait la démo dans le cas de l’immonde « Killer Joe » de Friedkin.

    A bientôt !

    Jacques

    • 1/ Bonsoir,
      C’est pas tout à fait vrai il y a eu quelques résistances (des unités de la police il me semble) occasionnant des morts. Et de toute façon cette révolution (au projet certes démocratique ce qui est très honorable à mon sens)est née d’un putsh militaire et d’une contestation politique au sein même du régime (tout ça étant probablement à nuancer mais enfin la révolution des Oeillets n’est pas vraiment l’archétype d’une révolution populaire).

      • La révolution féministe est un bon exemple de révolution non violente. Il y a bien sur eu des féministes opprimées et exécutées pour leurs idées (Olympe de Gouges guillotinée, Louise Michel déportée, plusieurs suffragistes incarcérées…) mais les idées féministes se sont imposées et s’imposent encore dans la paix. Le droit de vote, le droit à un emploi, le droit d’ouvrir un compte en banque, le droit au divorce, la pénalisation du viol, du proxenetisme, de la violence conjugale, tous ces droits sont récents et ont été obentu sans versé de sang. On néglige souvent l’importance de la révolution féministe, révolution mais il me semble que c’est de loin le plus important changement social du XXeme siècle.

  5. Bonsoir LD,
    J’ai beaucoup apprécié ce film et je suis plutôt en accord avec vous sur la place dévolue aux femmes dans les rangs de la révolution. L’absence des femmes dans la préparation de la rébellion et dans la grande scène du massacre du Nouvel An est remarquable (encore que pour la jeune fille, je n’ai pas de problème avec le fait de voir son père la cacher pour la protéger. ça me semble plutôt réaliste et sain). Même si vous minimisez un peu trop à mon sens la contribution du personnage de Tanya (vous vous contredisez un peu en disant qu’elle est seulement mère, mais qu’on la voit quand même porter des charges lourdes et résister mais que finalement elle meurt bêtement). Je crois comme vous qu’il y a une forme de tabou autour de la violence infligée par les femmes au cinéma qui est non seulement adoucie, par l’usage du hors champ, aussi utilisé pour les personnages masculins par ailleurs dans le film, ou par le fait qu’on leur confie plutôt des armes à distance. Mais qui est aussi plus esthétisée, moins brutale et sanglante que pour les hommes (je m’appuie sur mes souvenirs du seigneur des anneaux, en l’occurrence).

    Je suis néanmoins en désaccord avec vous sur quasiment tous les autres points. A commencer par la description que vous faites de la fin du film.

    « Cependant, même si cette fin cherche à rompre radicalement avec toute forme de hiérarchie, le film n’en reste pas moins ambigu sur ce point. »

    La fin ne cherche pas à rompre avec toute forme de hiérarchie, elle détruit seulement la hiérarchie établie. Si la fin est ambiguë c’est parce qu’il y a retour a une forme de chaos, rien de plus. Le système de domination a disparu avec ses serviteurs, et on en reste à ce point là de chaos qui est plus ou moins le même qu’avant que les queutards s’organisent. A aucun moment le film ne valorise une issue plus qu’une autre. A aucun moment les queutards n’élaborent une idéologie de ce qu’ils font ou un régime alternatif, ils sont seulement pris dans un devenir révolutionnaire de par l’oppression qu’ils subissent (http://www.dailymotion.com/video/x3acnh_deleuze-guattari_creation, ce film m’a fait penser à ça, d’ailleurs à bien des aspects). Cette oppression elle est manifestée par le contrôle militaire, le rationnement, l’enlèvement des enfants, les mutilations… Mais aussi par le simple fait d’être en queue, hors de toute lumière et de ne pas pouvoir bouger. Vous laissez entendre le rôle de mère de Tanya en fait une révolutionnaire différente des autres, parce que vous supputez que leur action est guidée par une forme de gratuité, de noblesse héroïque quand la recherche de l’enfant serait un motif plus trivial mais parmi les 6 personnages qui continuent l’aventure après la citerne deux sont le font pour obtenir de la drogue, deux pour sauver leurs enfants et Curtis avoue lui-même devant la porte seulement en vouloir à Wilford. Concernant Le retournement final, il me semble que l’accent est moins mis sur la « déresponsabilisation » des révoltés (qui est l’objet de l’intrigue. C’est précisément supposé vous choquer) que sur le machiavélisme du système. C’est d’ailleurs un topos de beaucoup de récits de science-fiction, je pense à American Gods de Neil Gaiman ou à Paprika, de Satoshi Kon. Du coup vous vous focalisez sur les images mettant en scène l’héroïsme supposé de Curtis et le fait que les autres personnages l’entretiennent dans un rôle de leader. Vous ne voyez pas que le film ne fait pas que « critiquer légèrement » ce rôle mais il l’annule complètement. Toutes les scènes « héroïques » servent dans le film à détourner l’attention des scènes de comptages, des réflexions sur les écosystèmes qui doivent être régulés etc… Et cet héroïsme est présenté comme le résultat d’une manipulation. Vous avez raison de faire remarquer que son dernier geste est lui aussi « héroïque » seulement la séquence met en scène une très longue hésitation et c’est seulement la révélation du fonctionnement de la machine par la « medium » qui lui fait prendre cette décision qui est par ailleurs la pire possible (puisqu’il condamne par là l’humanité (c’est-à-dire aussi les queutards survivants. Je ne sais pas si le personnage correspond alors complètement à l’archétype hollywoodien auquel le début du film veut nous faire croire.
    D’une manière générale le défaut principal de votre argumentaire est que vous avez tendance à plaquer des idées reçues condamnables là ou le film laisse (délibérément parfois) flotter un doute.
    Vous opposez très schématiquement la virilité du wagon de queue à la prétendue décadence de ceux de la tête mais vous passez sur les hommes barbus en costumes des voitures du milieu, sur les tueurs (plus proches de Wilford que des soldats). Vous êtes dans l’implicite et faites vôtres des idées reçues et des clichés que vous empruntez ailleurs.
    « il donne une impression de dégénérescence commune à la plupart des nantis (le wagon qui précède le wagon de tête où il se trouve est le lieu d’une fête orgiaque où la drogue circule et où les tenues exubérantes semblent tout droit sorties d’une gay pride décadente…) »
    D’une part c’est vous qui décidez que cette scène est ramenée à une dégénérescence virile opposée à la virilité en actes des queutards (tout comme Wilford en robe de chambre) alors que cette scène est descriptible et interprétable comme une dégénération bourgeoise. Il n’y a pas là que des mecs déguisés en anges même si on en voit un. L’historien Norbert Elias a proposé une théorie de « civilisation des mœurs » au cours de l’histoire qu’on peut ici mêler à la société de classes : La dégénération est dès lors plutôt le fait d’un ramollissement du à l’accomplissement et à l’absence de buts et d’horizon d’attente (d’où la fête, la drogue et le fait qu’ils tombent très rapidement dans la violence) qu’à une perte de virilité qui serait la cause de tout comme vous supposez le dire. Si vous avez pris la peine d’écouter la vidéo ci-dessus, c’est compatible aussi avec les propos de Deleuze sur l’absence de devenir pour ceux qui réalisent l’étalon (homme blanc mâle citoyen des villes).
    D’autre part, vous confondez les nantis (passagers du train) et les officiers du système politique dans le train (Wilford, Claude, Mason, les tueurs…). Dans cet ordre d’idée, la violence qui s’exerce contre la maîtresse d’école et Mason ne se rapporte pas du tout à l’acharnement que subit le deuxième tueur qui meurt après deux séquences de corps à corps interminables. Je suis d’accord pour dire que la mort de ces personnages féminins n’est pas présentée de façon négative mais je n’ai pas vu la complaisance que vous décrivez. Celle de la maîtresse d’école est rapide, une image, comme pour le père du gamin qui est le premier à tomber et l’exécution de Mason se passe elle aussi rapidement et hors champs. De plus les soldats qui les retrouvent vérifient là encore leur pouls hors champs. Il n’y a pas d’acharnement mis en scène contre elles, surtout pas dans leur féminité. La scène d’école n’a pas pour but de montrer la méchanceté du personnage ou de le rendre insupportable comme vous le dites mais de montrer l’endoctrinement, la reproduction du système par la propagande. Il y a aussi une réflexion sur l’histoire qui est esquissée puisque les enfants n’apprennent que ce qui s’est passé depuis le train avec l’idée d’une remise à zéro. L’attitude des révolutionnaire face à cette classe est présentée bien plus comme de la fascination (la séquence est longue, ils n’y agissent pas) que comme de l’agressivité. C’est vous qui associez cela à de la « cruauté » et à un « pouvoir de nuisance ». Parce que vous supposez les personnages (et le spectateur) comme violents et heureux de la pratiquer/regarder. Du moins c’est ce que j’ai compris de votre argument, vous ne développez pas beaucoup plus que ça la correspondance entre le fait qu’un personnage soit et le plaisir sensé accompagner sa mort. J’avance que les formes cinématographiques choisies pour mettre en image ces morts s’opposent à une telle idée, pouvez vous y revenir plus en détail ?

    • (Désolé pour ce pavé de texte, mais comme j’ai bien aimé le film et que j’y ai vu des questionnements assez pertinents, ça m’intéresse d’en parler avec vous. C’est positif…)

  6. Je veux bien croire que la fin puisse paraitre positive à certains mais n’oublions pas que l’ours blanc est le prédateur suprême des étendues blanches et que si il s’intéresse un peu trop aux derniers survivants il n’en fera qu’une bouchée.
    Je trouve cette fin positive néanmoins si vous êtes écolos car voilà enfin notre belle planète définitivement débarrassée du parasite qu’est devenue l’humanité.

  7. Vous dites que l’on prend du plaisir devant la mort des deux méchantes « femmes » et que les hommes masqués déshumanisés et virils meurent dans l’indifférence et que par conséquent on « savoure » plus la mort des femmes… Hum c’était sans oublier les deux gorilles (dont un ne meurt jamais).

    Pour vous, un film qui est sensé représenté l’humanité (« actuelle » ?) devrait représenté plus de matriarches ? Dans le contexte de notre société où la place des femmes a encore un long chemin à parcourir, si on doit voir ce film comme une critique d’une telle société basée sur un système hiérarchique et patriarcal, alors faire une critique (négative évidemment) d’une autre critique allant dans ce sens on en viendrait à faire mentir le film.

    M’enfin pour finir, votre analyse me semble un peu trop porté sur les femmes font ci, les hommes font ça… et je trouve que toute votre analyse (néanmoins abordant des points intéressants) est parasitée par ce discours. Surtout que le film est basé sur une bande dessinée (que je n’ai pas encore lue) il aurait été peut-être plus intéressant de rapprocher les deux œuvres et comparé ce qui a pu être enlevé ou rajouté. Ainsi, je pense qu’à travers les libertés qu’a pu prendre le réalisateur dans le scénario, on puisse mieux critiquer le film par rapport à l’histoire originale. Sauf évidemment, si le scénario est resté fidèle là dessus et dans ce cas ce n’est pas le positionnement du film qui est à pointer du doigt mais celui de la BD.

    Enfin, la féminisation des nantis etc, n’est pas du tout sans rappeler le public et la « tête » dans Hunger Games mis à part le chef suprême (dont le titre m’échappe) néanmoins qui lui s’il n’est pas dévirilisé (quoique… c’est un bonhomme qui n’a pas trop l’air de se salir les mains) et incarne plutôt l’image du grand-père, père du peuple, etc. C’est vrai qu’Hunger Games impose quelques figures fortes chez les femmes (les tueuses du secteur un) mais reste la folle de je ne sais plus quel secteur dans le 2 ainsi que l’absence totale d’autorité. Enfin il y a bien celle qui commande le secteur de l’héroïne mais peut-on parler d’autorité ? Elle n’est rien sans ses gorilles exactement comme la conseillère dans Snowpiercer. Je pense que dans une critique de la hiérarchie, ces deux films montrent que féminine ou masculine, la hiérarchie a de quoi être critiquable.

    Je ne sais pas d’ailleurs votre position sur l’institutrice enceinte qui prend une arme pour tirer sur les rebelles sans se soucier de son fœtus. Parce qu’à part critiquer les serviles aliénés qui ne se soucie que du maintien du système, je vois pas ce qu’on peut en dire sur la place de cette femme qui je crois ne sert par son état que de mesure possible à l’aliénation de ces gens.

    Bref, au moins on a pas de triangle amoureux comme dans Hunger Games qui réduit la femme a un objet de convoitise qui doit faire son choix entre deux hommes enfin bon…

  8. J’avoue que j’hallucine de lire que Snowpiercer craint en terme de politique et justice sociale, franchement. Un film post-apo où seuls deux enfants de couleur, dont une femme, survivent, c’est déjà un miracle.

    Le personnage le plus combattif est une femme noire d’âge moyen, grosse, pas spécialement attirante du fait de ses blessures. A Hollywood ç’aurait été une maigre amazone à moitié à poil avec des accessoires censés la rendre plus sexy. Rien que ça, déjà ça fait du bien.

    Ensuite vous critiquez Yona, mais ça fait pas un peu du bien de voir une adolescente asiatique à la fois femme et enfant qui ne soit pas une lolita kawaii ou une écolière street fighter, les deux étant hypra-sexualisées? C’est juste une enfant normale qui a eu un développement étrange dans le train.

    Mais là où ça me tue c’est de reprocher que Tanya soit motivée par son fils, et Yona protégée par son père. C’est juste un peu tout le message principal du film: la protection des générations futures est primordiale pour les guider vers un monde meilleur. Les enfants sont extrêmement importants dans ce film, Andy est le catalyseur de la révolution, Timmy commence et finit le film littéralement, Chan apporte la lumière dans le tunnel -et le fait qu’Andrew l’aide prouve une fois de plus le message du réalisateur, il faut soutenir les enfants-, Yona apporte un regard nouveau que les anciens n’ont pas.

    Les relations parents-enfants sont une constante dans l’oeuvre de Bong Joon-Ho (voir notamment The Host avec les mêmes père et fille, ou Mother), et dans le train les liens familiaux sont importants. On voit que les queutards s’occupent de leurs enfants comme un clan, il y a fort à parier que tout le monde s’occupe des gosses des autres selon le bon exemple donné par Gilliam. Les adultes sont proches des enfants et tentent de maintenir un semblant de cellule familiale, de relations affectives. Dans les voitures de tête en revanche on confie l’éducation des enfants à une instit qui les lobotomise, avec de jolie vidéos. L’expérience empirique de la vie et de l’autorité qu’ont les enfants pauvres s’oppose au bordel de la salle de classe. Voir par exemple la différence entre la leçon de la maîtresse sur les sept évadés, et la version de Namgoong à sa fille. Une éducation politique et lobotomique d’un côté face à une version plus crédible axée sur les faits.

    Et même Curtis qui a refusé toute sa vie d’être un père pour Edgar finit par rejoindre Nam dans un sacrifice ultime, avec pour message que quitte à ne pas pouvoir sauver grand chose, au moins offrons une chance aux générations futures. Il finit par accepter d’être un père et non un leader, ni un despote, il donne tout ce qu’il avait refusé de donner auparavant, son bras, sa vie, la protection aux plus jeunes, les liens familiaux sont retrouvés après le chaos et l’endoctrination, et c’est ainsi qu’on fait avancer les jeunes générations.

    Dans ce contexte là il est aberrant de critiquer Tanya vu que tout dans le film contribue à valoriser la sauvegarde des générations futures, elle ne fait pas cela parce qu’elle est une femme mais bien parce que c’est ce que tout le monde fait, Gilliam avec Grey, Curtis et Tanya avec Timmy, Andrew avec Andy et bien sûr Namgoong avec Yona.

    Oui Yona est surtout guidée par son père, gosh, c’est vraiment une mauvaise chose ? Encore une fois il s’agit de montrer qu’il n’est pas un mec parfait mais il fera tout pour offrir une seconde chance à sa fille. Ce personnage prouve qu’un addict peut tout faire pour empêcher sa fille de devenir violente comme lui, qu’on peut être un drogué classiste mais un bon père. Curtis et Namgoong prouvent qu’il n’est jamais trop tard pour devenir une figure familiale, pas parfaite mais qu’importe.

    Quant au « défoulement » sur les femmes, désolée mais je n’aurais pas voulu que les femmes des voitures de tête soient plus nobles que les hommes, ç’aurait été ridicule. Dans un blockbuster Hollywoodien on aurait eu une hyper sexualisation, des viols et de la prostitution clairement montrés, des survivantes en push-up post-apo, mais là forcément on ne distingue pas les femmes des hommes dans les voitures de queue, il y en a mais elles ont autre chose à foutre que de développer une féminité artificielle. Doris est un exemple parfait, une pauvre violoniste qui se fait briser la main et enlever la seule personne à laquelle elle tenait. Elle, sa torture m’a beaucoup plus choquée que la fin de Mason qui n’a eu que ce qu’elle mérite.

    Juste un dernier point, la classe la plus inférieure n’est pas exploitée ? Mais c’est juste une métaphore du monde dans lequel on vit : les pauvres qui trouvent du boulot se taisent parce qu’ils sont contents d’en avoir trouvé (Paul ou le violoniste…). Ce sont le chômage, l’oisiveté, l’absence d’activité qui pèsent le plus sur les populations pauvres. Ce sont les populations complètement désoeuvrées qui explosent. Oui, l’exploitation physique des ouvriers c’est dur, mais c’est du passé, dans les situations actuelles les ouvriers ne sont plus les plus mal lotis, il y a les rejetés du système au dessous.

    • J’approuve sans réserve votre interprétation de ce film qui est d’une grande qualité. IL est quand même dommage de ne laisser que deux survivants, ce qui ne donne pas beaucoup de chance à notre nouvelle humanité de faire ses preuves.
      Je serais pas étonné si un truc de ce genre nous arrive un de ces 4 matins.

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