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Quand les filles courent après le même ballon que les garçons

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Joue-là comme Beckham (titre original : Bend it like Beckham) et She’s the man sont deux films qui mettent en avant comme héroïne principale une jeune fille excellente joueuse de football qui doit se battre pour gagner le droit de vivre sa passion au grand jour. Ces deux films ont un discours positif et féministe car ils s’attaquent à des stéréotypes genrés tenaces : les femmes ne seraient naturellement pas intéressées par certains sports ; elles ne devraient pas les pratiquer sous prétexte qu’ils ne sont pas « féminins » ; enfin, elles ne seraient pas capable d’atteindre un niveau de performance équivalent à celui des hommes. Sur ce dernier point, le débat fait rage à coups de statistiques qui mettent en avant les écarts hommes/femmes des records sportifs mondiaux et d’explications des différences physiques inhérentes aux deux sexes (taille, poids, masse musculaire) tandis que des anthropologues telles que Françoise Héritier avancent des hypothèses d’ordre socio-culturelles pour expliquer ces différences. S’il est bien évidemment impossible de trancher cette question dans le présent article, je défendrai cependant la position suivante :

  1. Prenant en compte le rôle non-négligeable de facteurs biologiques physiques mais aussi celui de l’entraînement,
  2. Sachant que les conditions physiques peuvent être très éloignées entre les individus à l’intérieur d’un groupe identifié à un même sexe biologique et pour une même tranche d’âge (une grande fille musclée, un garçon petit pas sportif),
  3. Considérant qu’un sport est une affaire de capacités physiques mais aussi techniques, mentales et mêmes tactiques qui n’ont, elles, aucune raison d’être impactées par le sexe du sportif ou de la sportive,

il apparaît comme injuste de dévaloriser systématiquement les filles dans leurs activités sportives par rapport aux garçons sur le seul critère de leur sexe biologique. Rappelez-vous dans vos cours de sport à l’école : tous les garçons étaient-ils meilleurs que toutes les filles en sport ? Ce jugement (pour ne pas dire : cette humiliation) inévitable impacte négativement leur confiance en elles, leur rapport à leur corps, leur motivation à pratiquer un sport et leurs performances dans le-dit sport. Et quand bien même seraient-elles moins bonnes en sport : est-ce une raison de les décourager ou de les empêcher de pratique une activité qu’elles aiment ? Exemples parmi d’autres, le club de l’OL comprend plusieurs équipes de filles entre 7 et 13 ans qui jouent leurs matchs (et les gagnent !) contre des équipes de garçons et l’équipe du SC Terville en Moselle comprend une section féminine.

She’s the man et Joue-là comme Beckham explorent de manière complémentaire cette thématique [i] :

  • Dans She’s the man, Viola Hastings après que son équipe de football féminine ait été supprimée par son lycée, décide d’intégrer l’équipe masculine de football du lycée voisin en se faisant passer pour son frère jumeau afin de prouver qu’une fille est capable de jouer au même niveau que les garçon. Si les débuts sont laborieux, Viola s’entraîne plus dur que tout le monde et atteint le niveau des meilleurs joueurs de l’équipe.
  • Dans Joue-là comme Beckham, Jesminder Bhamra est une fan du ballon rond qui joue avec les garçons dans le parc jusqu’à ce qu’elle se fasse repérer par l’équipe de foot féminin locale, arrive à faire accepter à ses parents qu’elle puisse jouer en professionnelle et gagne avec son amie Juliette une bourse dans l’une des meilleures universités des Etats-Unis grâce à ses performances sur le terrain.

Dans les deux films, l’obstacle le plus dur que les héroïnes doivent surmonter n’est pas lié au physique : il s’agit de faire accepter par leur entourage leur identité de jeunes femmes intéressées par un « sport de garçon ». Joue-la comme Beckham ajoute d’ailleurs une dimension supplémentaire en suivant parallèlement Jesminder, fille cadette de parents indiens sikhs de classe moyenne qui ont immigré à Londres, et Juliette, issue d’une famille blanche anglaise.

Sous-médiatisation, « mal-médiatisation » du sport féminin

Joue-là comme Beckham et She’s the man sont des comédies qui s’adressent à un public jeune plutôt large et compte des acteurs et des actrices populaires tel-les que Amanda Bynes, Channing Tatum, Keira Knightley ou Jonathan Rhys Meyers. Le premier film a reçu plusieurs prix dont le prix de celui de meilleure comédie aux British Comedy Awards ; le deuxième est arrivé quatrième au box-office nord-américain la semaine de sa sortie. Le rayonnement de ces deux films a donc été relativement conséquent, ce qui est d’autant plus intéressant que par ailleurs, les femmes peinent à se faire reconnaître dans le milieu du sport professionnel.

Encore peu médiatisées dans beaucoup de disciplines comparé à leurs homologues masculins (petit test : savez-vous où se déroulait la dernière Coupe de Monde de football féminine et qui l’a remportée ?[ii]), même lorsque les matchs sont diffusés c’est encore malheureusement bien souvent accompagnés de commentaires sur la plastique des joueuses plutôt que leurs performances, comme l’attestent de nombreux exemples :

  • aux JO de Sotchi, le duo Candeloro-Monfort a mené un véritable « festival de sexisme » pendant les épreuves de patinage artistique, c’est ainsi que ACRIMED a qualifié leurs interventions en revenant sur l’affaire.
  • les sportives de beach volley féminin continuent à subir des traitements photographiques objectivants (le site de la Tribune de Genève s’amuse à recadrer des photos de sportifs d’une manière similaire pour en dénoncer le sexisme).
  • des joueuses de tennis mondial telles que Marion Bartoli, Amélie Mauresmo et Serrena Williams endurent depuis des années les moqueries récurrentes de la part des commentateurs et du public sur leur physique apparemment trop musclé – un comble pour des athlètes -, « masculin » voire carrément « moche ».

Et certains d’arguer que si le sport féminin est moins médiatisé – car moins rentable -, c’est parce qu’il intéresse moins le public pour la raison que les performances sportives des femmes seraient perçues comme moins spectaculaires que celles des hommes. Pour résumer : on abreuve les jeunes filles et les femmes d’injonctions « sois belle, ne sois pas trop musclée, pas trop grande, pas trop forte », on humilie publiquement les athlètes qui dérogent à la règle et l’on fait ensuite mine de s’étonner que les résultats sportifs des femmes sont moins surprenantes que ceux des hommes, différence que l’on explique notamment par l’écart entre leur masses musculaires respectives. Cherchez l’erreur…

Un rapport d’information publié par le Sénat en 2011 intitulé « Egalité des hommes et des femmes dans le sport : comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles »[iii] rappelait le poids des stéréotypes genrés dans le sport :

« Les femmes qui se lancent dans des sports considérés comme « masculins », s’exposent à être considérées comme « masculines », suivant un procès de virilisation humiliant et sexiste qui commence à partir du moment où les sportives sont « trop » grandes, « trop » fortes, « trop » musclées, « trop » performantes. Les femmes trop performantes ont vite fait d’être soupçonnées sur leur identité sexuelle. Cette suspicion peut conduire, dans les cas les plus extrêmes, au recours humiliant à des tests de féminité. »

En France et en Europe, le football est un excellent exemple de sport traditionnellement considéré comme typiquement « masculin ». Entre les supportrices réduites à un rôle de femme-objet, les rumeurs autour des « femmes des Bleus » dépeintes en diva capricieuses et la multiplication des diaporamas photos sur les « plus belles femmes de la Coupe du Monde de Brésil », on conviendra qu’il est difficile pour une jeune fille de se projeter dans cet univers pour trouver sa place d’athlète de football professionnelle. Heureusement, des équipes féminines telles que L’Olympique Lyonnais commencent à décrocher des contrats avec des partenaires importants, mais la discipline n’en est qu’à ses « débuts »… [iv]

Par ailleurs, l’appréciation du football comme sport masculin est toute relative comme se plaisait à noter le même rapport :

« Au demeurant, il est significatif de constater que les stéréotypes sont susceptibles de varier non seulement dans le temps mais aussi dans l’espace. La présidente de la Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire rappelait, au cours de son audition, que sa fédération, presque exclusivement masculine dans son recrutement à l’origine, comptait aujourd’hui 94 % de femmes parmi ses licenciés. Le football, qui est perçu en Europe comme un sport très masculin, est en revanche considéré, aux États-Unis, comme un sport « féminin ». »

Montrer ce que valent les filles

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Dans ce contexte, les films mettant en avant des jeunes filles passionnées par le sport qui tiennent tête aux garçons et aux conventions est tout bonnement rafraîchissant.

Dans She’s the man, Viola apprend que son école a supprimé son équipe de football féminin. L’entraîneur des garçons refuse de les sélectionner pour les intégrer à l’équipe masculine : « Vous êtes toutes d’excellentes joueuses, mais les filles ne sont pas aussi rapides que les garçons, ou aussi fortes, ou aussi athlétiques. Et ce n’est pas moi qui le dit : c’est scientifique. Vous ne pouvez juste pas être des garçons. C’est aussi simple que cela. » Son petit copain, capitaine de l’équipe, la laisse tomber en prétendant ne lui avoir jamais dit qu’elle était « probablement meilleure que la moitié des gars de son équipe » (ce qu’on dit à sa copine en train de l’embrasser ne se dit pas devant ses coéquipiers dont on est le mâle alpha).

Viola est une jeune femme affirmée et sa réaction est exemplaire : elle rompt sans autre forme de procès avec ce petit ami sexiste devant tous ses copains et s’attaque de front au problème. Les filles ne seraient pas aussi fortes que les garçons ? Très bien, elle va donc se faire passer pour un garçon, intégrer l’équipe masculine du lycée adverse et battre sur le terrain les garçons qui lui affirmaient qu’elle n’avait pas les capacités de jouer à leur niveau. Et elle y arrive.

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Non désolé, les filles, je peux pas vous entraîner, vous êtes trop nulles. Enfin vous êtes des filles quoi.

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C’est qui qui est trop nul ?

Dans Joue-là comme Beckham, Jess semble plus intégrée puisqu’elle a l’habitude de jouer avec des garçons dans le parc, qu’elle balade de droite à gauche dès qu’elle touche le ballon. Pourtant elle n’échappe pas non plus à certaines moqueries : lui prendre le ballon, c’est la remettre à sa place (« pour qui elle se prend celle-là, pour Beckham ? ») et les remarques glissent rapidement (« Et elle a les mêmes pectoraux ! De très gros pectoraux / – Vas-y, oui, viens les toucher ! Viens voir les muscles ! ») mais Jess ne se laisse pas faire.

Les deux héroïnes ont en commun un caractère bien trempé et d’excellentes compétences footballistiques qui leur permettent de défendre leur place dans un univers traditionnellement dominé par les hommes.

Footeuse = garçon manqué ?

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Viola et Jess bousculent toutes les deux les représentations normées de la féminité. Jouer au football, ce n’est déjà par principe « pas très féminin ». Dans la vie de tous les jours, elles portent toutes les deux des vêtements de sport confortables et des baskets. L’amie de Jess, Juliette, se fait plus volontiers appeler par le diminutif masculin « Jules » et porte des cheveux plutôt courts. Les trois filles doivent endurer les conseils de leurs mères qui désespèrent de faire d’elles des femmes « féminines » et « séduisantes » pour qu’elles trouvent un mari/copain : Jules se voit montrer l’utilisation de soutien-gorge « push-up » pour gonfler sa poitrine, Jess se fait coincer en cuisine pour apprendre à faire un dîner indien complet tandis que Viola se retrouve à participer aux préparations du bal des débutantes pour devenir une parfaite « lady ».

Jess et Jules sont très réticentes à l’idée de mettre en valeur leur « atouts féminins ». Plusieurs raisons peuvent expliquer ce comportement : d’abord, un désintérêt pour des vêtements inconfortables et une certaines manière d’attirer les regards ; mais aussi peut-être le fait que leur poitrine est l’élément qui les distingue de la façon la plus visible des garçons et qui est l’objet principal de leurs remarques. En ne mettant pas en avant ce « marqueur » de leur féminité, elles recherchent peut-être inconsciemment à gommer les différences physiques pour que l’on ne les juge pas « en fille ». Viola semble beaucoup plus à l’aise avec son corps (elle porte des survêtements aussi bien que des robes avec des décolletés sans que cela ne semble la gêner), mais elle aussi est tiraillée entre ses passions, sa manière d’être et l’idéal de féminité auquel elle est renvoyée : elle se tient de manière décontractée, mange solidement, réarrange son soutien-gorge après une bagarre comme un garçon remettrait le contenu de son caleçon en place. L’une des scènes qui illustre le mieux son anxiété à concilier sa passion pour le football et sa féminité est celle où elle rêve qu’elle est sur le terrain habillée en longue robe de princesse, dribblant tant bien que mal jusque devant les buts pour s’étaler de tout son long sous les moqueries de son ex-copain, gardien de but.

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« Les talons sont une invention des hommes pour faire paraître les fesses d’une femme plus petites. Et pour qu’elles puissent s’enfuir plus difficilement. »

Viola critique les talons, attributs traditionnels de la « féminité ».

Jess et Jules ne changeront pas d’avis ni de garde-robe quotidienne à la fin du film, mais cela ne les empêche pas pour autant de s’habiller plus élégamment pour sortir en discothèque (dos-nu, robe, talons, cheveux détachés, etc). Viola participe finalement au bal des débutantes en belle robe au bras de son cher et tendre. Les deux films montrent ainsi qu’être habillée sportivement, décontracté et jouer au foot n’est pas incompatible avec le fait de porter des tenues connotées plus « féminines » : en s’appropriant les codes selon leurs envies, les personnages cassent les stéréotypes du « garçon manqué » et de la fille « hyper-féminine » pour libérer les normes monolithiques autour de ce qu’est censé être « LA féminité ».

Garçon manqué = lesbienne ?

Dans Joue-la comme Beckham, les parents de Jules et de Jess croient découvrir que leurs filles sont lesbiennes et sortent ensemble. Jules ayant des cheveux assez courts, des connaissances de Jess se méprennent en la voyant de dos et croient voir les deux jeunes filles s’embrasser. Pour la mère de Jules, terrassée, tout s’éclaire : la passion de Jules pour le foot, les posters de « femmes masculines » dans sa chambre, son désintérêt pour la mode féminine, le shopping et les garçons mignons de son entourage, le temps qu’elle passe avec son équipe de filles. Tous les ingrédients sont là pour faire l’équivalence stéréotypée selon laquelle une femme qui ne respecte pas les normes de la féminité est une lesbienne. Mais les préjugés homophobes des parents sont remis à leur place : « Maman, ce n’est pas parce que je porte des pantalons et que je fais du sport que cela fait de moi une lesbienne ! […] De toute manière, être lesbienne ce n’est pas une tare. »

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Cheveux courts, poitrine plate, joue en foot… Est-ce que c’est un garçon, une lesbienne ou simplement une fille (hétéro ou homo, quelle importance ?) qui aime taquiner le ballon ?

De son côté, Tony le meilleur ami de Jess, dont tout le monde pense qu’il est amoureux d’elle, lui révèle qu’il est homosexuel. L’un des aspects positifs du film est que Tony n’est pas représenté comme un garçon maniéré ou spécialement « efféminé ». On échappe ainsi aux clichés présents dans She’s the man dans lequel l’un des amis de Viola, qui joue par ailleurs un rôle positif dans l’histoire, est un coiffeur-gay-maniéré.

Viola/Sebastien : construction de la féminité/masculinité

She’s the man tient un discours beaucoup plus intéressant sur la question de la masculinité. Pour Viola, se faire passer pour un garçon nécessite les ingrédients suivants :

  • avoir les cheveux courts,
  • apprendre à parler avec une voix grave,
  • marcher de manière imposante et cracher par terre,
  • traiter les filles comme des objets et les mépriser.

La clé pour gagner le respect des autres garçons consiste à passer pour un tombeur : pour arriver à s’intégrer, Viola se montre avec une ribambelles de belles filles délaissées (un garçon ne s’attache pas) mais toutes folles de lui (preuve des ses performances sexuelles). Viola/Sebastien devient même la star des garçons du lycée en plaquant et en humiliant publiquement la copine de son frère jumeau.

Heureusement le personnage de Duke, coéquipier et camarade de chambre de Viola interprété par Channing Tatum, vient donner un contre-modèle. Non, pour être un homme « viril », il n’est pas obligatoire d’être un affreux macho obsédé par le sexe : alors qu’il ne sait pas que Viola est une fille, il lui fait le reproche qu’il/elle considère toutes les filles comme de la viande au lieu de chercher à avoir des relations plus intéressantes avec elles. Par contre, le personnage de Duke est assez mal à l’aise à l’idée que sa sensibilité ou ses émotions puissent être révélées aux autres (il demande à Viola/Sebastien de garder ces confidences pour lui), preuve du conflit entre son image de beau-gosse-viril-musclé et des attentes sociales qui lui sont liées – surtout vis-à-vis de ses amis -, et son vrai caractère.

Le film valorise aussi des personnages à la féminité et la masculinité « différentes » en montrant qu’ils peuvent tout aussi bien plaire (problématique importante pour un film s’adressant à des adolescent-e-s): Olivia tombe amoureuse de Viola/Sebastien qui n’est pas franchement l’archétype du beau gosse viril mais qui lui parle gentiment et normalement ; l’un des amis de Duke est attiré par Eunice, une jeune fille solitaire dont l’appareil dentaire repousse beaucoup de jeunes gens (le traitement de ce personnage par le film est par ailleurs assez dur et stéréotypé, et ne questionne absolument pas le fait que Duke, Viola/Sebastien et bien d’autres sont dégouté-e-s par Eunice).

 

La féminité traditionnelle aussi apparaît comme quelque chose de construit, notamment dans She’s the man qui montre les coulisses du bal des débutantes. Les deux films ont néanmoins en commun de tourner en ridicule un certain stéréotype de fille féminine toujours maquillée, en jupe et talons, très superficielle et insupportable quitte à tomber dans le trope de la chipie, de la « bitch » voire de la « salope qui couche avec tout le monde » : c’est la triplette de filles assises sur le banc à fantasmer sur les joueurs de foot tandis que Jess est sur le terrain ou Monique, la petite-amie insupportable du frère de Viola qui le harcèle.

She-s-the-man-shes-the-man-2253136-1024-768 Monique : la blonde aguicheuse, maquillée, habillée en rose mais pas très fufute…

On peut regretter que la remise en question de cette féminité dite « traditionnelle » passe nécessairement par un jugement violent de ces personnages : ces filles sont montrées comme « girly », superficielles, stupides voire méchantes. Leurs objectifs se cantonnent souvent à séduire ou à sortir avec tel ou tel garçon. L’intrigue autour de Monique et Sébastien dans She’s the man utilisent trois mécanismes qui amènent à condamner ce type de féminité et justifier les violences subies par le personnage sans les interroger :

  • Renouveller sa garde-robe, se préoccuper de sa manucure et sortir avec un garçon… voilà ce que semblent être les activités principales des personnages tels que Monique. Si ces filles passent leurs journées à se préoccuper de leur apparence, nous montre-t-on, c’est parce qu’elles sont sans cervelle et futiles (ce n’est pas un hasard si elles sont souvent blondes et insupportables). La vraie raison est passée sous silence : l’influence des injonctions de la société sur les femmes et les filles pour atteindre une certaine forme féminité, objectif qui nécessite du travail, du temps et de l’argent pour transformer son corps et le rendre compatible avec les normes en vigueur (vêtements inconfortables, chaussures à talon, épilation, gommage du moindre petit « défaut » physique…). Au contraire, les héroïnes qui incarnent une « bonne féminité » ne sont pas obsédées par leur apparence. En revanche elles sont « naturellement » jolies, assez en tout cas pour séduire le héros. Les normes ne sont donc pas remises en cause mais les contraintes qui leur sont liées sont invisibilisées ou renvoyées à des caricatures extrêmes qui sont ridiculisées.
  • Alors qu’elles ont tenté de respecter toutes les normes pour paraître suffisamment féminines et désirables pour les hommes, ces jeunes filles se font ridiculisées et larguées par leurs copains. La scène où Viola/Sebastien humilie publiquement Monique dans le bar est un exemple assez violent. Le héros, après avoir passé du bon temps et profité du prestige social que lui confère la « conquête » d’une belle fille auprès de ses pairs, gagne l’assentiment des spectateurs/trices puisqu’il se débarrasse d’une fille au comportement insupportable et futile pour s’intéresser à des filles moins caricaturales. Ce genre d’intrigue ne questionne absolument pas les normes : la fille qui a grandi pour ressembler à barbie et être traitée comme une poupée jetable par les garçons est forcément stupide, méchante, un obstacle entre le héros et l’héroïne. Sur ce sujet, le film La revanche d’une blonde est un contre-exemple qui déconstruit ce trope avec succès : le point de vue est celui de Elle Woods, la petite amie blonde caricaturale de la « fille » superficielle et tout en rose qui se fait larguer par son copain parce qu’il doit désormais arrêter de s’amuser, aller étudier à Harvard et épouser une fille sérieuse de bonne famille. Mais contrairement aux comédies habituelles, on ne se débarrasse cette fois-ci pas du personnage aussi facilement : Elle Woods se révèle être une jeune femme très intelligente qui va elle-aussi intégrer Harvard et s’imposer comme l’une des meilleures élèves sans pour autant renier son tailleur et son CV roses. Tout aussi important, le film n’excuse pas le comportement de son ex-petit ami en lui donnant des bonnes raisons pour avoir profité d’elle: il finit tout seul à la fin du film, en essayant pathétiquement de la reconquérir pour jouer sur les deux tableaux (avoir la bombe sexuelle en privé et l’épouse intelligente pour briller en société/famille).
  • Dans She’s the man, ce n’est pas Sébastien qui largue Monique dans un premier temps, mais Viola, elle-même qui trouve la petite amie de son frère insupportable. Cet aspect est problématique parce que l’on montre une fille reproduire le même type de comportement que les garçons envers Monique : si même une fille agit de cette manière, alors c’est que Monique mérite vraiment d’être humiliée et les garçons qui font pareil ne sont pas spécialement des machos profiteurs et sans cœur. On révoque un type de féminité comme étant superficiel et mauvais, alors même qu’il est un produit direct du patriarcat. La fin du film She’s the man effectue un rétro-pédalage : Viola, après toutes ces réticences, est finalement contente de se retrouver en robe de bal et devra désormais rester « en fille » si elle veut sortir avec Duke. Prouver qu’une fille peut jouer au foot aussi bien qu’un garçon est une chose, mais il ne faudrait pas non plus que les filles s’imaginent qu’elles peuvent se comporter et s’habiller tout le temps comme des garçons et inversement… Sur ce point, le film Joue-la comme Beckham garde un discours plus ouvert puisque Jess n’a pas à choisir entre être une « fille » ou un « garçon ». Un détail dans la dernière scène du film l’évoque discrètement : Jess est habillée en jupe mais porte des baskets, comme pour marquer à la fois son refus d’une féminité traditionnelle limitante (qui pourrait être symbolisée par des chaussures à talons) et sa passion pour le sport.

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 La confusion des genres…

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…et le retour aux normes.

Un dernier point pour souligner le discours problématique et hétérosexiste de She’s the man : Duke s’attache à la fois à Viola et à Viola/Sébastien, mais dans le deuxième cas, le comique de certaines scènes repose sur le fait que Duke est gêné par la proximité avec un autre garçon. Viola devra donc rester une fille pour sortir avec Duke, pour qu’il n’y ait pas doute sur son hétérosexualité. On retrouve la même nécessité d’affirmer l’hétérosexualité du personnage d’Olivia : celle-ci est d’abord séduite par Viola déguisée en Sébastien, mais elle tombe ensuite immédiatement amoureuse du vrai Sébastien lui-même. Il y aurait donc une sorte d’ « aura genrée » qui entoure le personnage de Sébastien et qui ferait tomber les filles hétérosexuelles ? On ne peut s’empêcher de penser que le film a voulu, une fois de plus, remettre de l’ordre dans la confusion des genres qu’il a généré et rassurer sur le fait qu’Olivia n’était pas vraiment amoureuse d’une fille déguisée en garçon, mais de l’image de ce garçon. Les deux personnages n’ont pourtant clairement pas le même physique, le même comportement et les mêmes passions.

 

Un regard de l’intérieur sur les traditions culturelles indiennes Sikh

L’une des spécificités les plus intéressantes de Joue-la comme Bechkam est de mettre en avant une héroïne non-blanche puisque Jess est la fille de parents immigrés Indiens Sikh. Le fait que le film ait été co-écrit, réalisé et produit par une femme elle-même d’origine Sikh, explique sans doute la sensibilité et le point de vue avec lesquels ont été filmées les scènes. Le traitement de ce qui tend souvent à être considéré, depuis une position occidentale, comme des traditions sikh « conservatistes » et dépassées est particulièrement intelligent puisqu’il montre exactement les mêmes comportements dans la famille blanche très « anglaise » de Jules. Ainsi la conception normative de la féminité (savoir faire la cuisine, porter des robes…) et l’interdit social de l’homosexualité sont identifiés à la fois chez les parents de Jules et de Jess, ce qui évite ainsi l’écueil hypocrite de la dénonciation des mœurs supposément « arriérées » des Orientaux comparées aux sociétés occidentales modernes. Les deux familles partagent également les mêmes clichés : une mère très autoritaire, voulant imposer farouchement une norme de féminité chez sa fille, et un père plus souple qui ne veut que son bonheur. Le schéma est en soi un stéréotype assez misogyne, mais au moins ne tombe-t-on pas dans la dénonciation caricaturale d’un modèle familial matriarcal typiquement « étranger » dont on nous montrerait les dérives.

Soyons clair-e-s : il ne s’agit pas, à aucun moment, de minimiser ou de gommer les spécificités d’une situation ou d’une autre. Mais en montrant les mêmes problématiques générales aussi bien dans une famille anglaise considérée comme « classique » que dans une famille d’immigré-e-s indienne, le discours peut dénoncer sereinement certaines situations sans risquer les dérives racialisantes et racistes auxquelles certaines interprétations pourraient se prêter. De plus, le film est majoritairement centré sur la famille de Jess : c’est donc son point de vue qui est privilégié. On retrouve cette approche au sujet des attentes familiales qui pèsent sur les enfants : Jess doit obtenir des résultats scolaires irréprochables pour réaliser les espoirs de réussite sociale de ses parents, et prend le risque de les décevoir en choisissant le voie du football professionnel. Ceci est une caractéristique observée dans un certain nombre de familles d’immigré-e-s, souhaitant un meilleur avenir et une meilleure intégration pour leurs enfants. Mais dans le film, le personnage de Joe doit aussi gérer les attentes exigeantes de son père qui voyait en lui un joueur professionnel : mais sa carrière brisée par une blessure au genou et des entraînements trop intensifs le relègue au rôle d’entraîneur des filles (autrement dit, entraîneur de seconde catégorie). Tout comme Jess, il assume à la fin du film ses propres aspirations et se donne pour objectif de professionnaliser l’équipe féminine au lieu de devenir entraîneur de l’équipe masculine. De cette manière, le film évite une nouvelle fois l’alimentation d’un cliché visant à stigmatiser les familles immigrées : attaque sur le manque de liberté des enfants et la pression exercées par les parents ; naturalisation du fait qu’une indienne ait d’excellents résultats scolaire (selon les pays et les époques, ce sont tour à tour les Noir-e-s, les Asiatiques, les Indien-nes, etc qui deviennent « naturellement » des bêtes de concours, bons en maths… Ceci est une tentation d’expliquer racialement le fait que les populations immigrées cherchent à s’intégrer par la voie de l’excellence scolaire. Après quelques générations, les observations montrent que les résultats académiques des enfants s’homogénéisent avec celui des autres groupes).

Si le père de Jess ne veut pas qu’elle fasse du football, ce n’est finalement pas tellement pour une raison de culture, comme le pense Jess, ou parce que cela ne serait pas convenable pour une jeune fille, comme le soutient sa mère : c’est parce qu’il a peur que sa fille ait à subir des préjugés et des insultes racistes, comme lui a du les subir lorsqu’il était jeune et voulait intégrer l’équipe de cricket d’Angleterre. Sa fille lui oppose l’argument selon lesquels les mœurs ont évolué (désormais, des non-blancs peuvent intégrer les équipes de sport professionnel), mais le film montre quand même que la réalité du terrain n’est pas toute rose (Jess se fait traitée de « bronzée » pendant un match, Joe son entraîneur laisse entendre qu’il comprend sa position parce qu’il est irlandais). Une scène vers la fin du film se place du point de vue de femmes indiennes qui s’amusent et se questionnent au sujet du comportement « bizarre » de la mère de Jules et du fait que les Anglais se plaignent toujours que les Indiens font du bruit pendant leurs fêtes.

Le discours du film est aussi franchement critique envers certains aspects des traditions qui limitent la liberté des jeunes gens. Mais en montrant qu’elles sont en pratique déjà remises en question et dépassées par les propres enfants de la communauté, le film ne pose pas de regard jugeant d’  « en-haut » la culture indienne (rappelons-le encore une fois, il s’agit d’une femme indienne qui a réalisé le film). Les filles sont censées ne pas avoir de copain ou de relations sexuelles avant le mariage, souvent arrangé par les parents. Mais quasiment toutes désobéissent à la règle et la propre sœur de Jess a fait maintes fois le mur pour aller voir son futur mari qu’elle épouse par amour. L’obligation de devoir épouser un Indien (pas un blanc, surtout pas un musulman !) est aussi remise en question à la fin du film : Jess et Joe décident de refuser ces restrictions, et Joe devient ami avec son père et joue au cricket avec lui.

***

Joue-la comme Beckham et She’s the man ont un discours très clair : oui, une fille est capable de jouer au foot ; non, cela ne veut pas dire obligatoirement qu’elle veut devenir un garçon. Au-delà de la problématique du sport, les deux films proposent un point de vue féministe sur la place des femmes dans la société, leur rapport au corps et la construction de la féminité et de la masculinité, même si She’s the man tient un discours hétérosexiste beaucoup plus discutable.

Quant à celleux qui penseraient toujours qu’il faut interdire les filles de faire du foot, je les laisserai s’expliquer avec le Coach Dinklage :

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Notes:

[i] A noter que le scénario de She’s the man a été écrit par deux femmes, Karen McCullah Lutz et Kirsten Smith, qui avaient également écrit La revanche d’une blonde et 10 bonnes raisons de te larguer (plus récemment le moins glorieux The Ugly Truth). C’est une autre femme, Gurinder Chadha, qui a réalisé, produit et co-écrit Joue-la comme Beckham. Ceci est sans nul doute cohérent avec les sensibilités féministes des deux films qui adoptent tout deux des points de vue féminins.

[ii] C’est l’équipe japonaise qui a gagné la victoire face aux états-uniennes, en Allemagne. C’était en 2011. Même en ne suivant pas du tout l’actualité sportive, il est difficile en temps de Coupe du Monde masculine d’échapper à ce genre d’information sur-médiatisée… !

[iii] Rapport d’information sur l’  « Egalité des hommes et des femmes dans le sport : comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles », juin 2011 : http://www.senat.fr/rap/r10-650/r10-65027.html

[iv] L’état de la professionnalisation du sport féminin n’est en effet pas encore au même niveau que celui du sport masculin. Si certaines disciplines comme le tennis ou l’athlétisme font preuve d’exception sur les grands tournois en garantissant des primes égales entre hommes et femmes (même si on peut à juste titre s’interroger sur les différences des règles de jeu en tennis qui perdurent), l’état dans d’autres sports est loin de la parité. Le déroulement de la Coupe du Monde de rugby féminine 2014 – dont les matchs qualificatifs se déroulaient dans le stade de Marcoussis en région parisienne en petit comité -, était l’occasion de rappeler que les dames de l’’équipe de France, sorties encore vainqueures du Grand Chelem cette année, n’ont pas les moyens de vivre de leur sport.

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22 réponses à Quand les filles courent après le même ballon que les garçons

  1. Je parcours ce site depuis quelque temps et je trouve domage que vous soyez coincé dans vos préjugé un exemple parois tant d autre : l Atlantide : ou ce que vous appelé : un royaume sauve par un blanc. Désolé mais si un personnage blanc a été choisis comme héros c est pour une question d identification de la part des spectateurs de disney généralement occidentale. De plus les « méchant » sont eux aussi blanc et on ne vous entend pas crier : c est du racisme envers les blancs ! Pourquoi dans un sens cela vous dérange et pas dans l autre ? Et l ensemble de vos articles vont dans ce sens : vous voyez ce que vous voulez voir. Un autre exemple : dans raiponce vous finissez par dire qu elle fini en jeune fille en detresse sauvée par son « héros  » or dans la plus part des scènes les héros s en sorte parce qu ils travaillent ensemble et sont sur un pied d égalité : exemple
    Scène 1 :
    Raiponce et flynn rentrent dans la taverne. Flynn et fait « prisonnier »
    – raiponce sauve la situation
    Raiponce : 1 flynn : 0
    Scène 2 :
    Raiponce et flynn échappent aux garde en s enfuyant de la taverne
    Flynn sauve raiponce
    Raiponce sauve flynn du cheval avec sa chevelure

    Raiponce 1 flynn 1
    Scène 3 :
    Le cheval retrouve flynn
    Flynn se fait attaquer raiponce sauve la situation en adoucissant le cheval que flynn pas très malin appelle « la sale bête  »
    Raiponce 1 flynn 0
    Scène 4 :
    Raiponce et flynn sont sur une barque flynn aperçois au loin les 2 bandit. Il va les voir seul .
    Il se fait avoir parce qu il était seul.
    Raiponce va voir ce qui se passe se retrouve seule fasse au brigand et finis par ce faire avoir par sa mère.
    Raiponce 0 flynn 0 moralité : l union fait la force.
    Scène 5 flynn s en sort grace a ses « amis »
    L union fait la force encore une fois

    Il va sauver raiponce qui est dans l incapacité de l aider et il manque de mourir.
    Raiponce le sauve

    Total : raiponce 4 flynn 1

    Quand vous dites que la mère de raiponce la fait reculer dans son émancipation en lui montrant a quel point sa fille avait tort : je rappel que : elle est la méchante et par conséquence n est sûrement pas la voix des discours de disney, a l instar de raiponce.

    Vous voyez ce que vous voulez voir, et semblez avoir peu de réflexion objectives. Ce qui ai domage c est que par bonne fois vous faites des critiques anti sexisme, anti racisme etc. ( ce que je trouve remarquable) mais votre discours ne peut être pris au sérieux dans la majorité des cas car vous n êtes pas objective et c est malheureusement ce genre de discours qui empêche le travaille des féministes anti raciste etc.-humanistes de bien fonctionner

    PS : les habitants de l Atlantide sont blanc aussi.

    • Les critique de ce site sont certainement plus objectifs que votre commentaire-ci pour une raison primordiale qui échappe quasi systématiquement aux personnes qui rejêtent en bloc ces critiques comme vous venez de le faire : Les choix présentés dans ces films (héro blanc, hétéro, etc), sont des choix conscients, qui s’inscrivent dans un océan de création qui reproduisent ces mêmes choix à l’infini, trop souvent sans autre forme d’alternative montrée de façon aussi « bénéfique », et ces créations s’inscrivent elles-même dans une société (occidentale) qui même alors un double discours : l’intégration des minorités, mais leurs invisibilité médiatique. (quand il ne s’agit pas de stéréotypes secondaires et accessoires dans les films)

      Une analyse politique d’un oeuvre est (et doit) se faire en tenant compte du milieu social où il est inscrit. Ne pas le faire relève sinon de la maladresse, d’une malhonnêteté crasse.

      Quand à votre conclusion, elle fleur bon le « je ne suis pas féministe, mais vous devriez faire comme ci comme ça pour que votre lutte soit efficace » de la plus belle eau… (et si vous êtes un homme, c’est même carrément du mansplaining)

    • So, vous faites une erreur de lecture… Il ne s’agit pas ici d’un site de critique politique du cinéma, mais d’un site où l’on estime qu’un film se doit s’apporter la bonne parole, la bonne nouvelle, comme et pour les mêmes raisons L’Humanité du temps de la guerre froide encensait les films soviétiques et démolissait les films américains, ou comme l’Office catholique du cinéma distribuait aux prêtres les fiches sur les films qu’on pouvait montrer aux enfants car ils les conduiraient vers la Sainte Rédemption et la Jérusalem céleste, et ceux qu’il fallait éviter car ils risquaient de contaminer leur âme pure.

      C’est pourquoi vous ne trouverez ici aucune critique politique des films, c’est à dire ni critique du cinéma en tant qu’objet spécifique (et à ce titre vos remarques sur Atlandide sont tout à fait fondées), ni critique politique de la production cinématographique, mais simplement du préchi-précha idéologique, dont la seule finalité est de se donner bonne conscience et de se rassurer sur le fait qu’on a toujours raison. La remarque de V3nom sur la supposée objectivité des articles qu’on peut lire ici est à cet égard exemplaire (les staliniens parlaient d’un discours scientifique, les catholiques d’un discours inspiré : c’est la même chose que l’objectivité, mais en employant un autre mot).

      Ça n’aurait aucune sorte d’importance, autre le léger malaise vite transformé en fou rire quand on lit les articles, si ça n’était pas profondément néfaste : parce qu’à occuper ainsi le champ de la réflexion, les auteurs du site laissent penser que la critique féministe et politique du cinéma, c’est ce qu’ils produisent. Cette profonde régression de la pensée est évidemment et malheureusement tout à fait raccord avec la faiblesse, théorique et pratique, du mouvement social…

      @V3nom : « du mansplaining ». Quand le jargon et la langue de bois remplace l’argumentation, c’est qu’on n’a rien à dire. Mais tout de même je vous félicite, parce que vous apprenez vite… La langue de bois sert à disqualifier ceux qui vous déstabilisent sans autre argument que ceux d’autorité : vous la maniez avec une virtuosité étourdissante.

      • coucou Barbamaman,

        Outre le désir évident dans votre post de nous injurier et insulter, avez-vous en fait une critique argumentée à nous adresser?
        Non parce que nous traiter de Stalinien-ne et dire qu’on fait du « préchi-précha idéologique » c’est bien joli, et je suppose que ça vous a soulagé (et tant mieux pour vous 🙂 ), mais il n’y a strictement rien dans votre post qui appelle un quelconque dialogue, échange, argumentation etc. En ce sens votre post me semble être à la limite du trollage, c’est à dire quelqu’un-e qui cherche à insulter et blesser et saborder tout débat.
        Je vais supposer que vous êtes tout de même de bonne foi et du coup vous posez quelques questions.
        Que voulez-vous dire par « critique du cinéma en tant qu’objet spécifique »? Pourquoi le cinéma est-il un objet plus spécifique que les autres? Vous voulez dire qu’en tant qu’oeuvre « d’art » un film échapperait de ce fait à toute analyse politique? Et si oui, pourquoi?
        Egalement, « critique politique de la production cinématographique », qu’est-ce que c’est, et en quoi n’y a-t-il aucune critique de cet ordre là sur notre site? Et en quoi cette critique serait intéressante? Pouvez-vous donner des exemples?

        Vous dites que notre site s’apparenterait à un « l’Office catholique du cinéma » en expliquant « ce qu’il faut aller voir » ou pas. Vous avez des exemples pour étayer une telle affirmation? Ne serait-ce qu’une phrase dans un article ou un commentaire quelque part?* Perso je n’ai jamais vu quoi que ce soit de la sorte. Par contre j’ai vu des centaines de fois des gens du site dire que ce n’est pas parce qu’on critique politiquement un film qu’on ne l’aime pas, ou qu’on trouve qu’il est nul ou qu’il n’a aucune valeur en soi.

        Pour finir, vous dites que notre « occupation » du « champ de la réflexion » est néfaste, parce que « auteurs du site laissent penser que la critique féministe et politique du cinéma, c’est ce qu’ils produisent ».
        Je ne pense pas que notre site se targue d’avoir la science infuse en ce qui concerne la critique « féministe et politique du cinéma ». Nous avons nos valeurs politiques à nous, que nous expliquons et qui bien entendu informe nos articles et les discussions qu’on peut avoir, mais il est arrivé à plusieurs reprises sur ce site qu’un-e auteur-e change non seulement son opinion mais aussi son article suite à une critique/échange/discussion avec d’autres personnes sur le site.
        Du coup, il serait correct je pense de dire que nous prétendons produire UNE critique féministe et politique du cinéma (sujette donc à critiques/suggestions/changements etc.), mais certainement pas LA critique définitive de quoi que ce soit. Nous n’arrêtons d’ailleurs pas d’affirmer que nos critiques ne sont absolument pas exhaustives et ne prétendent pas faire le tour de telle ou telle question.
        Et une dernière question: Trouvez-vous que notre site prend une très grande place dans le monde de la critique cinématographique (qui dans son écrasante majorité est formaliste)? Je pense que c’est très difficilement défendable. Du coup il me semble que votre position est de dire qu’un petit site internet, où au final très peu de gens vont, et qui propose des critiques différentes de l’écrasante majorité des critiques qu’on peut lire ou voir dans la presse, sur internet, à la télé etc., et bien ce petit site internet qui propose autre chose, c’est déjà trop et « profondément néfaste ».
        J’ai l’impression que vous vous faites là lae défenseur-euse de la pensée unique, chose que plus haut vous sembliez déplorer (et je suis entièrement d’accord avec vous, la pensée unique est très néfaste)?

        Bon je vous pose des questions parce que je me dis que vous êtes peut-être intéressé-e par l’échange. Si ce n’est pas le cas, s’il vous plait ne répondez-pas avec un autre barrage d’insultes gratuites et provocatrices. Ou alors si vous le faites, perso je ne vous répondrai pas :-).

        *Peut-être faites-vous allusion à l’appel au boycott dans l’article du Roi Lion? Pourtant j’ai très longuement expliqué en quoi l’appel à un boycott n’a strictement rien à voir avec de la censure. Peut-être n’êtes vous pas d’accord avec mes arguments, ce que je comprendrais, mais encore faudrait-il que vous me faites part de vos contre-arguments.

        • barbamaman : Vous maniez vous aussi avec brio la disqualification des avis et points de vue qui vous dérangent, et en essayant de faire passer ce site-ci, comme le dit Liam, pour une espèce de grande chapelle religieuse d’un ordre bien pensant lavant apparemment des millions de cerveaux, non seulement vous vous trompez manifestement de cible (ou bien Liam a raison et ce maigre site ici en fait déjà « trop » pour vous), mais en plus vous vous tranformez bien involontairement en parfait exemple de l’état agentique décrit par Milgram. C’est remarquable.

  2. Si vous voulez parler des analyses des films Raiponce et l’Atlantide, allez poster vos commentaires sous les articles appropriés, cela sera plus facile pour les auteur-e-s des analyses de ces films de répondre…

  3. Excellent article qui m’a donné envie de jeter un oeil sur « joues la comme Beckham », alors que j’avais un à priori assez négatif sur celui-ci (comédie, foot et référence à une star sur-médiatisée, 3 thèmes qui mis ensembles me font fuir)

    Et je suis depuis longtemps également convaincu que le dimorphisme sexuel (c’est ainsi qu’est appelé une différence morphologique entre les 2 sexes d’une même espèce) tient autrement plus des habitus culturels et les choix (plus ou moins conscients) des rapports sociaux dès la naissance que d’une obscure nature génétique (même si un pool génétique peut sur le long terme être modifié par une sélection sexuelle infiniment culturelle, elle)

    Je me pose une « question » (en quelque sorte) ceci dit : Il est convenu et tout à fait sensé de considérer que puisqu’une fille doit non seulement s’entrainer autant qu’un garçon mais également se battre contre ses propres injonctions sociales, s’extirper de son déterminisme familial probablement sexiste (une fille doit être sage avec sa robe et ses poupées et ne pas aller se salir avec ses frères/cousins/copains), et donc partir de probablement plus loin que s’il avait s’agit d’un garçon physiquement et psychologiquement (volonté) parlant, j’ai néanmoins toujours un peu peur que le fait de présenter (assez systématiquement) l’entrainement d’une fille « forcément » plus difficile physiquement parlant pour les mêmes objectifs qu’à destination des garçons, ceci ne participe pas à véhiculer le mythe que les filles seraient « naturellement » moins fortes, endurantes, « faites » pour une activité physique. Mais c’est peut-être un mal (hypothétique) pour un bien (qui ne demande qu’à exploser je crois :D)
    Merci pour cet article.

    • Il est convenu et tout à fait sensé de considérer que puisqu’une fille doit non seulement s’entrainer autant qu’un garçon mais également se battre contre ses propres injonctions sociales, s’extirper de son déterminisme familial probablement sexiste (une fille doit être sage avec sa robe et ses poupées et ne pas aller se salir avec ses frères/cousins/copains), et donc partir de probablement plus loin que s’il avait s’agit d’un garçon physiquement et psychologiquement (volonté) parlant, j’ai néanmoins toujours un peu peur que le fait de présenter (assez systématiquement) l’entrainement d’une fille « forcément » plus difficile physiquement parlant pour les mêmes objectifs qu’à destination des garçons, ceci ne participe pas à véhiculer le mythe que les filles seraient « naturellement » moins fortes, endurantes, « faites » pour une activité physique.

      Sur le plan physique :
      Sur ce point, j’aime beaucoup le film Joue-la comme Beckham parce que les difficultés que rencontrent les héroïnes et qui sont montrées dans le film ne viennent pas des entraînements et du sport lui-même, mais de ce qu’il y a autour. Par exemple, lorsque Jess se blesse à l’entraînement, on aurait pu tomber dans le travers : « ah, c’est une fille qui a jamais joué en club, alors il faut qu’elle en fasse deux fois plus parce qu’il faut qu’elle rattrape son retard, que c’est plus dur pour elle, etc ». Mais comme on nous parle en même temps de la blessure de Joe, l’entraîneur, pour moi cela annule totalement ce type discours.

      Pour She’s the man, c’est plus problématique. J’en avais pas trop conscience parce que, par biais personnel, c’est une évidence que si l’entraînement peut sembler plus dur, c’est parce que les filles ont été moins encouragées à faire du sport dès leur naissance…

      Pour l’aspect social :
      J’ai tendance à penser que l’effet dont tu parles est pas mal contrebalancé et peut-être même annulé par le fait de donner des modèles de jeunes filles/femmes qui réussissent et qui s’éclatent dans leur sport. Et il ne faudrait pas négliger le côté « passion » qu’on peut avoir pour un sport, qui joue énormément sur la motivation et la volonté à s’entraîner quelques soient les obstacles. Après, c’est sûr que pour être réceptif/ve, il faut déjà avoir pris un peu goût au sport, ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde, filles et garçons confondu-e-s.

  4. Un autre point que je viens de relier à cette différence traditionnelle et culturelle d’incitation ou désincitation au sport selon le sexe de la personne, et qui est même je dirais le cœur des relations sexistes : l’effet pygmalion (selon l’expérience de Rosenthal et Jacobson en 1968)
    Cet expérience a mis en lumière que les présupposés intégrés par une personne donnée au sujet d’une autre vont moduler son comportement de telle façon que non seulement il s’attend à ce que ces présupposés se vérifient, mais peut même aller jusqu’à les encourager (s’ils sont considérés comme des qualités) ou les provoquer involontairement (s’ils sont néfastes).
    L’environnement de l’expérience est scolaire : on donne de faux résultats de tests exceptionnels à des professeurs au sujet de certains élèves, et spontanément ces professeurs seront plus attentifs et bienveillants à l’égard de ces élèves « exceptionnels » allant jusqu’à délaisser les autres.
    Nous somme en plein dedans non seulement s’agissant des scènes des entraineurs vis à vis de leurs élèves hommes ou femmes, mais dans la société au quotidien, quand il s’agit d’attentes studieuses, sages, posées vis à vis des femmes, et plus dynamiques, puissantes ou revendicatrices vis à vis des hommes, en sport, en politique ou dans la rue…

  5. Salut!

    Comme V3vom l’article m’a donné envie de voir Joue la comme beckham, même si j’ai aussi pas mal d’a priori sur le foot et le sport en général d’ailleurs.

    Je voulais revenir sur un passage de ton texte où tu dis :

    « Jess et Jules ne changeront pas d’avis ni de garde-robe quotidienne à la fin du film, mais cela ne les empêche pas pour autant de s’habiller plus élégamment pour sortir en discothèque (dos-nu, robe, talons, cheveux détachés, etc). Viola participe finalement au bal des débutantes en belle robe au bras de son cher et tendre. Les deux films montrent ainsi qu’être habillée sportivement, décontracté et jouer au foot n’est pas incompatible avec le fait de porter des tenues connotées plus « féminines » : en s’appropriant les codes selon leurs envies, les personnages cassent les stéréotypes du « garçon manqué » et de la fille « hyper-féminine » pour libérer les normes monolithiques autour de ce qu’est censé être « LA féminité ». »

    Sans que je sois en désaccord, tu mets le doigt sur quelque chose qui m’a toujours beaucoup gêné, c’est le fait, dans le cinéma, les séries ou les œuvres culturelles en général, de toujours voir les « garçons manqués » ou assimilé devoir être rattacheés à un moment ou un autre à un marqueur traditionnel visible de ce qu’est supposée être la féminité.

    J’ai l’impression que les industries culturelles, si elles aiment parfois jouer avec le genre, ne supportent pas de laisser une interrogation, un trouble sur le genre réel ou supposé d’un personnage, il faut toujours _in fine_ que l’on puisse rattacher de façon certaine le personnage à l’une des deux catégories.

    Par exemple, je crois qu’il ne m’a que très très rarement été donné de voir un personnage de genre féminin dans un rôle habituellement dévolu aux hommes et qu’on qualifie de « garçon manqué », qui ne soit pas à un moment ou un autre vu avec une robe/des talons/ du maquillage, quand il n’est pas purement et simplement mis en position de faiblesse. (Je n’ai peut-être qu’un ou deux exemples en tête).
    Du coup, le trope du « garçon manqué » (j’aime vraiment pas le terme, mais bon), s’il existe, n’est que très rarement assumé par leurs créateurices puisque des personnages féminins qui rentrent dans cette catégorie (sans avoir nécessairement une attitude particulièrement virile par d’ailleurs), il n’y en a qu’une infime minorité qui n’est pas relayée à ce que la société attend de la féminité.

    Non pas que ce soit mal d’aimer à la fois les robes et le foot, ou de représenter de tels personnages, mais j’ai l’impression que les injonctions sociales sont tellement puissantes que la société culturelle ne peut envisager une femme ne portant jamais de robe, de sac, de maquillage, de talons, etc. et s’assumant parfaitement en tant que femme.

    Pire, j’ai la désagréable impression que le medium cherche par là à rassurer son public sur la féminité du personnage, surtout que c’est souvent une occasion pour exhiber sa « joliesse » selon les critères esthétiques qu’on connait.

    Il est possible que cela vienne du fait qu’il n’y a rien que les femmes ne puissent faire que les hommes font sans que cela soit socialement totalement rédhibitoire pour leur féminité, à part porter une barbe, l’inverse étant beaucoup moins vrai.
    Pour le dire autrement, les marqueurs traditionnels de la virilité (le pantalon, le commandement, le sport, etc.) sont devenus accessibles aux femmes (même si de façon souvent biaisée ou limitée, on est d’accord), du coup les personnages féminins se doivent d’être reconnus comme tels à l’aide d’éléments qui ne peuvent être masculins.

    Donc, même si je regarderai le film avec plaisir, je pense, je garderai une réserve sur ce point qui est malheureusement très banal, disons que ça aurait été sympa d’avoir un personnage plus dans le trope du garçon manqué pour le coup. (parce qu’il est systématiquement cassé ou nié, pas parce qu’il est supérieur aux autres)

    Je pense qu’on aura fait un progrès énorme quand cette compulsion ne sera plus systématique et qu’il existera aussi des personnages dont le genre non conventionnel n’a pas à être un prétexte à rassurer au final l’auditoire.

    GoG

    • Exemple concret en ce qui concerne la représentation des genres (très stéréotypés et sexualisés ET érotisés) dans nombre de jeux vidéos : Quand j’ai demandé (sans me faire d’illusion hein) sur un forum officiel pourquoi des personnages d’un jeux d’arène par équipe (Heroes of Newerth, un clone de DOTA) avaient besoin d’être super musclés et baraqués pour les personnages masculins, et fluettes, en bikini et avec des seins surdimensionnés pour les personnages féminins, des joueurs et simples utilisateurs m’ont répondu entre autres « mais non ils elles sont pas sexualisées » qu’il était apparemment important pour eux que l’on puisse reconnaitre du premier coup d’oeil le sexe du personnage qu’on incarne (chose qui est certainement le moins observé lors d’une partie dans un jeu où il y a tant de choses à gérer et où l’action est très rapide, ainsi que le fait que le sexe des personnages soit purement accessoire et inutile en réalité.

      topic en question ici : http://forums.heroesofnewerth.com/showthread.php?526478-Amanda-Panda-is-hitting-Newerth-in-her-perfect-Pandamonium-costume!-Check-her-out-today!

      Et ce « besoin » de rassurer sur les genre poussait apparemment la communauté de modélisateurs à réaliser des apparences alternatives passant des personnages anciennement masculin à de nouvelles apparences (optionnelles) féminines et des apparences de plus en plus dénudées…
      Pandamonium d’origine : http://i49.tinypic.com/viodgz.jpg
      et donc avatar alternatif : Amanda panda, sujet du topic, aux seins à l’air. Certes on me répond que c’est pas visible à ce point en jeu, il n’empêche qu’elle est « vendue » comme ça dans le dessins stylisé la représentant.

      Autre exemple que je donne, Ophelia, d’origine déjà hypersexualisée et dénudée : http://oi44.tinypic.com/2w2knl3.jpg
      Ravalement de façade de cette apparence (d’origine, celui-ci n’est pas une apparence optionnelle) : http://oi40.tinypic.com/f9dv93.jpg
      (vous n’avez pas l’animation, mais ils ont réussit à rendre le mouvement de la poitrine encore plus ridicule, comme en apesanteur. Quel intérêt dans un jeu pareil (dans un jeu tout court !) à part le contentement du mâle gaze complètement débridé ?

      Autre exemple de requête au sujet des apparences : http://forums.heroesofnewerth.com/showthread.php?48754-Ophelia-Texture-Change-Request
      (« je n’aime pas du tout la couleur de peau de ce personnage, pourriez-vous la faire plus clair s’il vous plait ? »)

      UN personnage féminin d’origine n’est pas reconnaissable de prime abord car elle porte une énorme armure (Solstice), mais ne vous inquiétez pas, la nuit son armure disparait et on peut à loisir observer la surface de peau non couverte et son hypertrophie mammaire…
      Représentatioon stylisée des deux états : http://ezwallpapers.com/wallpapersdownload2014/thread-hon-hero-spotlight-solstice.jpg
      Même si c’est évidemment moins bien modélisé en jeu, la différence est encore plus « énorme » et reconnaissable.

      Je me focalise sur ce jeu car je le connais bien et ai pu échanger avec des joueurs et participant au forum, mais ceci représente la majorité des productions « grand public » vidéo ludiques.

    • Hello,

      Sans que je sois en désaccord, tu mets le doigt sur quelque chose qui m’a toujours beaucoup gêné, c’est le fait, dans le cinéma, les séries ou les œuvres culturelles en général, de toujours voir les « garçons manqués » ou assimilé devoir être rattachées à un moment ou un autre à un marqueur traditionnel visible de ce qu’est supposée être la féminité.

      Je suis d’accord avec ton analyse, et ça touche pas mal de points sensibles.
      J’ai l’impression que l’approche du film se défend si on se place dans un cadre restreint (cadre dans laquelle reste mon analyse d’ailleurs…) : pour faire bref, on reste dans le binarisme des genres/sexes.

      Non pas que ce soit mal d’aimer à la fois les robes et le foot, ou de représenter de tels personnages, mais j’ai l’impression que les injonctions sociales sont tellement puissantes que la société culturelle ne peut envisager une femme ne portant jamais de robe, de sac, de maquillage, de talons, etc. et s’assumant parfaitement en tant que femme.

      Si l’objectif c’est de combattre le stéréotype comme quoi faire telle activité, avoir tels goûts, s’habiller de telle manière fait de toi un « garçon manqué » ou une lesbienne (ce qui est dans ce contexte là synonyme de femme « anormale ») si tu t’identifie comme fille (et inversement), comment faire comprendre que tu veux qu’on t’identifie comme fille sans avoir jamais recours aux codes genrés ? C’est-à-dire : comment être sûr-e de bien faire passer le message, pour un public convaincu des différences fille/garçon, que quelqu’un d’identifié comme « fille » a tout autant le droit d’aimer le foot qu’une personne identifiée comme « garçon » ? J’ai l’impression que c’est délicat (mais pas impossible) de prendre une personne sexuellement identifiée comme femme dont tous les marqueurs genrés sont dits « masculins » (donc qui crient au public : c’est pas une « vraie » femme) pour montrer que les personnes dont le genre est féminin peuvent faire la même chose que ceux identifiées comme hommes. Je sais pas si je suis super claire… En gros, j’ai l’impression que y a encore tellement de travail pour déconstruire les normes, que cela peut paraître acceptable de se dire qu’on va opérer par étapes, et que la première serait de mettre sur un plan d’égalité les deux genres/sexes reconnus par la société.

      Cela étant dit, je te rejoins complètement quand tu dis que ce n’est pas suffisant, et que ça serait bien d’avoir des exemples qui vont jusqu’au bout dans la déconstruction, parce que je pense aussi qu’on ne touche pas au vrai noeud du problème.


      Pire, j’ai la désagréable impression que le medium cherche par là à rassurer son public sur la féminité du personnage, surtout que c’est souvent une occasion pour exhiber sa « joliesse » selon les critères esthétiques qu’on connait.

      Dans le contexte du film, c’est assez clairement pour montrer l’héroïne comme sexuellement désirable pour un homme, i.e. en respectant bien les normes hétérosexuelles.

      Il est possible que cela vienne du fait qu’il n’y a rien que les femmes ne puissent faire que les hommes font sans que cela soit socialement totalement rédhibitoire pour leur féminité, à part porter une barbe, l’inverse étant beaucoup moins vrai.
      Pour le dire autrement, les marqueurs traditionnels de la virilité (le pantalon, le commandement, le sport, etc.) sont devenus accessibles aux femmes (même si de façon souvent biaisée ou limitée, on est d’accord), du coup les personnages féminins se doivent d’être reconnus comme tels à l’aide d’éléments qui ne peuvent être masculins.

      Je ne suis pas totalement d’accord quand tu dis que les femmes peuvent faire tout ce que les hommes font sans que cela soit socialement rédhibitoire pour leur féminité : tu parle de la barbe, mais il y a les poils en général, certaines attitudes (roter, péter, certains types de blagues/remarques), des activités… C’est sans doute un petit peu mieux admis dans certains cercles restreints que le fait, par exemple, pour un homme de porter une jupe, mais j’ai pas l’impression que cela soit devenu normal pour autant.

      Je pense qu’on aura fait un progrès énorme quand cette compulsion ne sera plus systématique et qu’il existera aussi des personnages dont le genre non conventionnel n’a pas à être un prétexte à rassurer au final l’auditoire.

      Sur ce sujet, je ne l’ai pas encore vu mais Les Combattants pourrait potentiellement avoir un discours intéressant. Je suis curieuse de voir ce que cela donne, en tout cas la bande-annonce montre des séquences sympas.

      • Je crois que les témoignages de harcèlement de rue nous montrent à quel point il y a encore bien des choses qui sont socialement non acceptées de la part d’une femme :
        -ne pas être sexuellement disponible
        -ne pas sourire
        -porter des vêtements féminins sans chercher à rencontrer quelqu’un
        -refuser de répondre à une injonction verbale
        -répondre sur un ton agacé
        -changer de trottoir et de voir insulter en retour
        -être insultée parce-qu’on porte un mantalon, un jogging ou un gros pull.
        -être critiquée parce-qu’on refuse de se maquiller
        -refuser de s’épiler
        -être torse-nu ailleurs que sur certaines plages en lieu public
        -beaucoup de posture et attitudes traditionnellement et implicitement réservées aux hommes. ( http://mentakingup2muchspaceonthetrain.tumblr.com/ )
        -battre un représentant de la gent masculine dans un sport ou un jeu vidéo culturellement associé à la virilité. (paradoxalement oui, ça n’impose pas le respect mais plutôt le ressentiment et l’humiliation en général, à moins d’en offrir pour les yeux et l’entre-jambe du/des lésés)

        Et autres :
        -« mais c’est qui cette nana », au sénat par exemple il n’y a pas si longtemps…
        -choisir de vivrez célibataire, et sans enfants. (une véritable hérésie)
        -vouloir se faire stériliser avant 40 ans et sans avoir eu d’enfants (mission quasi impossible)
        -obtenir une IVG sans subir une cohorte de gynéco culpabilisateurs (surtout des gynéco femmes). Pour ce point je suis convaincu que si la demande d’IVG était faite par l’homme en plus ou à la place de la future-ex-mère, ça poserait moins de problèmes.
        etc…

        certes certains ne sont pas traditionnellement considérés comme des attitudes masculines (fringues féminines), mais

  6. Faut pas être mauvaise langue comme ça Arroway, y a des sports où les femmes sont acceptées sans problème, comme le football américain par exemple :
    http://www.vive-le-sport.fr/wp-content/uploads/2011/09/football-americain-feminin.jpeg
    http://www.lesponsoring.fr/wp-content/uploads/2011/10/LFL-2.jpg
    http://www.sportune.fr/wp-content/uploads/2011/12/lingerie-football-league.jpg

    J’arrive pas bien à comprendre s’il s’agit de tenues imposées dans toutes les ligues aux US ou juste dans une seule (la LFL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Legends_Football_League), mais quand on tape « football américain féminin » sur google images, on tombe que sur des images comme ça, ce qui est déjà hautement glauque…

  7. Un article qui a l’air intéressant sur « Le traitement institutionnel des violences des femmes dans le football amateur » : http://champpenal.revues.org/8083

  8. Dans un autre registre, le film Une equipe de chefs (par Disney, de 2003 !) est aussi tres interessant, il parle de sexisme sur un garcon (un joueur de baseball) qui reve de devenir cuisinier. Il recoit tellement de pression de son père, de ses amis pour qu’il reste a son role masculin de sportif (et parce qu’ils considèrent la cuisine « pour les femmes ») qu’il abandonne son reve (avant la happy end, of course).
    Dans un autre cote, les deux filles qui jouent dans la meme equipe de baseball qui se prenaient des remarques sexistes de la part de leur entraineur finissent par se rebeller, encouragees par les autres garcons.
    Enfin, ce sont que les grandes lignes, je l’ai trouve tres interressant dans la decontruction des roles genres, surtout pour du Disney.

  9. Bonjour, je ne comprend pas pourquoi vous faites l’éloge de « Joue la comme Bekham », qui est à mon sens extraordinairement sexiste, car en dehors du fait que le droit de faire des choses ordinairement considerées comme masculines, comme faire du sport, ou s’habiller simplement, on y trouve plusieurs fois des propos insultants envers la sexualite des femmes, comme par exemple Jess rabaissant un groupe de filles en disant « J’suis pas une grosse salope, moi ! », « Pourquoi mes parents me font ça, c’est pas comme si j’avais couché avec tout le cartier ! » ou Jules disant à sa mère « Il a le droit de sauter toutes les poufiasses qu’il veut ! » (raisonnement horrible et courant, si selon elle c’est dégradant pour une femme de coucher avec quelqu’un elle devrait être cohérente et considérer que non il n’a pas le droit puisqu’il la dégrade). Alors bien sûr les femmes devraient être libres d’avoir des comportements attribués aux hommes, mais tout comme elles devraient l’être de se maquiller, porter des talons et avoir des aventures, l’important c’est d’avoir le CHOIX. En plus, je suis convaincue que l’origine principale du sexisme n’est pas la violence physique mais une perception malsaine de la sexualité. Si des gamines ne vont pas a l’école, ou si des gens butent leurs filles parce qu’ils préfèrent un garçon, c’est parce qu’elles sont sensées rester à la maison plus tard, parce ce qu’elles sont vouées a etre dominees par des hommes, parce que c’est dans le couple le problème. Alors cette propagation du mépris de la sexualité de la femme dans ce film donne l’effet contraire de l’égalité.
    De plus, le gars avec qui Jess a une histoire, qui est le coach de l’équipe féminine, est tout à fait insupportable, passant son temps à la contredire, à lui donner des ordres. Les hommes sont ceux qui, tyrannisés par leurs femmes dans le cas des pères
    representes, donnent la possibilite d’emancipation aux filles. Quand le père de Jess prend des décisions justes sur son avenir a l’encontre de celles de sa femme, tranchant les questions, les scènes sont presentées comme si la place du père-chef de famille étaient revendiquées.
    Et l’aspect raciste : les coutumes indiennes perçues avec condescendance, des symboles stupides comme Jess en Sahri en train de renoncer à sa carrière de footballeuse, alors qu’il ne faut pas tout mélanger : un Sahri n’est pas plus oppressant que la tenue de soirée qu’elle porte dans la discothèque, encore une fois à partir du moment ou elle le porte par choix, et ne devrait pas être perçu comme contradictoire avec ses aspirations de sportive, mais comme étant l’œuvre d’une créativité, d’une culture différente.

    • Bonjour,

      Bonjour, je ne comprend pas pourquoi vous faites l’éloge de « Joue la comme Bekham », qui est à mon sens extraordinairement sexiste, car en dehors du fait que le droit de faire des choses ordinairement considerées comme masculines, comme faire du sport, ou s’habiller simplement, on y trouve plusieurs fois des propos insultants envers la sexualite des femmes, comme par exemple Jess rabaissant un groupe de filles en disant « J’suis pas une grosse salope, moi ! », « Pourquoi mes parents me font ça, c’est pas comme si j’avais couché avec tout le cartier ! » ou Jules disant à sa mère « Il a le droit de sauter toutes les poufiasses qu’il veut ! » (raisonnement horrible et courant, si selon elle c’est dégradant pour une femme de coucher avec quelqu’un elle devrait être cohérente et considérer que non il n’a pas le droit puisqu’il la dégrade).

      Je suis d’accord avec vous sur ces points, j’ai d’ailleurs traité ce sujet dans l’article (à partir de : « Les deux films ont néanmoins en commun de tourner en ridicule un certain stéréotype de fille féminine toujours maquillée, en jupe et talons, très superficielle et insupportable quitte à tomber dans le trope de la chipie, de la « bitch » voire de la « salope qui couche avec tout le monde » : c’est la triplette de filles assises sur le banc à fantasmer sur les joueurs de foot tandis que Jess est sur le terrain ou Monique, la petite-amie insupportable du frère de Viola qui le harcèle. »).
      Je me suis surtout concentrée sur le film She’s the man dans l’analyse, parce qu’il me semblait particulièrement plus « gratiné » et explicite sur le sujet que Joue-là comme Beckham.

      Après, de là à dire que le film est « extraordinairement sexiste », je trouve que c’est minorer tout ce que le film a de bien dans son discours (à mon avis).

      Alors bien sûr les femmes devraient être libres d’avoir des comportements attribués aux hommes, mais tout comme elles devraient l’être de se maquiller, porter des talons et avoir des aventures, l’important c’est d’avoir le CHOIX. En plus, je suis convaincue que l’origine principale du sexisme n’est pas la violence physique mais une perception malsaine de la sexualité. Si des gamines ne vont pas a l’école, ou si des gens butent leurs filles parce qu’ils préfèrent un garçon, c’est parce qu’elles sont sensées rester à la maison plus tard, parce ce qu’elles sont vouées a etre dominees par des hommes, parce que c’est dans le couple le problème. Alors cette propagation du mépris de la sexualité de la femme dans ce film donne l’effet contraire de l’égalité.

      Je ne sais pas si on peut réduire le sexisme à une seule « origine principale ». Je pense qu’il s’agit avant tout d’une question de pouvoir, avec les dominants qui exercent le contrôle sur les dominées via différents moyens comme la sexualité, la violence physique et psychologique, les injonctions en tout genre, etc.

      De plus, le gars avec qui Jess a une histoire, qui est le coach de l’équipe féminine, est tout à fait insupportable, passant son temps à la contredire, à lui donner des ordres. Les hommes sont ceux qui, tyrannisés par leurs femmes dans le cas des pères
      representes, donnent la possibilite d’emancipation aux filles. Quand le père de Jess prend des décisions justes sur son avenir a l’encontre de celles de sa femme, tranchant les questions, les scènes sont presentées comme si la place du père-chef de famille étaient revendiquées.

      Je suis d’accord avec vous sur les représentations misogynes des mères dans le film, et la place du « chef de famille ». Cependant, je n’ai pas l’impression que ce soit les hommes qui « donnent les possibilités d’émancipation aux filles » : en fait, pour moi, les héroïnes s’émancipent déjà de leur famille. Les hommes de leur entourage leur donnent la possibilité de le faire ouvertement, parce que ce sont eux qui détiennent une certaine autorité reconnue pour changer les normes dans la famille, la société. Je n’ai pas l’impression que Jess attende la bénédiction de son père pour jouer au foot ou que Jules passe son temps à chercher l’aval de son coach Joe. Au contraire…

      Et l’aspect raciste : les coutumes indiennes perçues avec condescendance,

      Perçues avec condescendance par qui ? Par certains des personnages du film ou par la réalisatrice/scénariste (qui est elle-même indienne Sikh) ?

      des symboles stupides comme Jess en Sahri en train de renoncer à sa carrière de footballeuse, alors qu’il ne faut pas tout mélanger : un Sahri n’est pas plus oppressant que la tenue de soirée qu’elle porte dans la discothèque, encore une fois à partir du moment ou elle le porte par choix, et ne devrait pas être perçu comme contradictoire avec ses aspirations de sportive, mais comme étant l’œuvre d’une créativité, d’une culture différente.

      Je n’ai pas l’impression que dans le film, le sari soit perçu comme une oppression : il est plutôt utilisé comme le symbole de la culture indienne de la famille de Jess que cette dernière doit réconcilier avec des pratiques considérées comme étant plus « occidentales ». D’ailleurs, j’interprète la scène où les coéquipières de Jess l’aident à se rhabiller dans la bonne humeur après le match de foot comme le signe que l’on peut porter un sari et jouer au foot en même temps, que les deux mondes peuvent cohabiter.

  10. Bonjour,
    Je trouve votre site très intéressant mais je suis un peu déçue par ce billet. Comment peut-on faire une analyse de She’s the man sans mentionner qu’il s’agit d’une adaptation de la pièce La nuit des Rois de William Shakespeare ?

    • Bonjour,

      je n’avais rien de particulier à dire sur le fait que le film était une adaptation de cette pièce, du coup le mentionner ou pas n’apporte ni n’enlève rien à l’analyse en tant que telle !
      Après, je serai intéressée par vos idées si cette référence vous inspire quelque réflexion d’un point de vue politique.

  11. Article très intéressant, j’aime beaucoup ces deux films.
    Par contre, sur She’s the man, le fait que tout le monde trouve quelqu’un à la fin vient de l’origine de l’histoire: c’est une adaptation libre de La Nuit des Rois de Shakespeare. Dans la pièce, Viola se fait passer pour un homme, tombe amoureuse du Duc. Olivia tombe amoureuse de Viola en homme (qui se fait toujours passer pour son frère) et lorsque le dit frère arrive sur l’ile, Olivia l’épouse sans savoir que ce Sebastien n’est pas le Sebastien qu’elle connait. Et comme c’est une comédie, tout fini bien, Viola avec le Duc et Sebastien avec Olivia, sans conséquence et sans problème.
    Le film a juste respecté cet aspect là, en casant directement Sebastien avec Olivia, sans poser de question.

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