Accueil » Tous les articles » Films d'animation, Tous les articles » Les Croods, ou comment conquérir son humanité en exploitant les animaux

Les Croods, ou comment conquérir son humanité en exploitant les animaux

croods00


Les Croods raconte l’histoire d’une famille préhistorique un peu « arriérée », qui se trouve propulsée dans un nouvel âge de l’histoire de l’humanité suite à sa rencontre avec un jeune homme plus « évolué ». J’ai déjà analysé dans un autre article la manière dont ce film minimise les violences intrafamiliales et glorifie finalement sa figure de « gentil papa abusif ». Je laisserai donc cette dimension de côté ici pour me concentrer sur un autre aspect extrêmement problématique de ce film, à savoir son discours profondément spéciste.

Hiérarchisation et domination spéciste

La trajectoire de la famille Croods est en effet thématisée par le film comme une ascension vers l’humanité, présentée comme un stade supérieur de l’évolution qui a permis à certains animaux de se hisser au-dessus des autres, et plus largement au-dessus de la nature. Dans les premières scènes qui montrent les Croods à un stade encore « arriéré », on les voit tenter de voler un œuf que convoitent également d’autres animaux, signe qu’illes ne sont que « des bêtes parmi d’autres », qu’ils sont « au même niveau » que les autres espèces animales et pas « au-dessus » d’elles. Par contraste, la scène de chasse dirigée un peu plus tard par Guy, le type plus « évolué », insiste au contraire sur le fossé qui les sépare alors en opposant simplement les humain-e-s (prédateurs intelligents) aux animaux (proies stupides). Alors que les Croods chassaient dans la première scène en utilisant principalement leurs capacités physiques, Guy utilise avant tout son intelligence : il fabrique un piège et un leurre pour attirer sa proie. L’opération idéologique à l’œuvre ici, qui consiste à imposer une vision binaire et hiérarchique des rapports humains/animaux en posant les premiers comme intelligents et les seconds comme stupides, apparaît encore plus clairement lorsqu’on remarque que tous les animaux de la première scène faisant preuve d’ingéniosité et travaillant en équipe ont été remplacés ici par un énorme volatile à l’air idiot. Il n’est pas anodin que ce dernier finisse par être tué et mangé : présenter les animaux comme des êtres inférieurs (notamment d’un point de vue cognitif) est un moyen courant de légitimer leur exploitation et/ou leur meurtre.

croods01La proie tellement débile qu’elle mérite de finir en poulet rôti

En montrant Guy capturer l’oiseau en fabriquant un piège là où les Croods ont pathétiquement échoué en lui courant après, cette scène de chasse met en avant les deux choses qui rendent les humain-e-s supérieur-e-s aux animaux selon le film : la technique et la pensée. Comme dans Le Livre de la jungle, l’innovation technique fondamentale dans laquelle s’enracine la suprématie humaine est le feu (que le Roi Louis avait tort de vouloir maîtriser car cela signifierait se hisser au-dessus de sa condition naturelle, et grâce à laquelle Mowgli chasse le méchant Shere Khan qui terrorisait la jungle et affirme ainsi sa supériorité sur les animaux qui l’entourent). Dans Les Croods, le feu permet à Guy de sauver virilement sa bien-aimée attaquée par une horde d’oiseaux carnivores ou encore de cuire la viande, mais fonctionne surtout plus largement comme une métaphore de la « lumière » que le nouveau venu apporte à la famille dominée par un père « obscurantiste ». Après leur avoir fabriqué des chaussures grâce à ses compétences techniques, Guy leur expliquera que ses idées viennent de quelque chose situé dans la tête et qu’il appelle un cerveau.

croods02Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un cerveau et ceux qui n’en ont pas

En enracinant la supériorité de Guy dans son cerveau, le film participe d’un discours spéciste dominant qui justifie l’exploitation des animaux par les humains en invoquant la possession de certaines facultés cognitives. En ce sens, la seule question qui intéresse le film est : « qui est plus intelligent ? ». Or, pour reprendre la formule célèbre de Jeremy Bentham : « La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ? ».

Au passage, on peut remarquer que, parmi les humains, seuls les deux personnages principaux masculins (Guy et Grug) semblent capables d’avoir des idées originales. Après avoir insisté sur l’inventivité de Guy, le film réserve également à papa Grug une longue scène dans laquelle il prouve qu’il peut lui-aussi avoir des idées géniales. Bizarrement, les femmes de la famille ne semblent pas avoir les mêmes capacités intellectuelles. La seule idée qu’ont la mère, la grand-mère et le bébé consiste à imiter un animal en se déguisant… en fleurs. Et de son côté, l’héroïne n’a pas vraiment le temps d’avoir des idées, toute occupée qu’elle est à baver d’admiration devant le génie de son petit copain. S’il est plutôt sympa de la voir dominer physiquement Guy (alors que la norme hétéropatriarcale règle la représentation des couples à l’écran veut au contraire que l’homme soit plus grand et plus fort que la femme), Les Croods conforte tout de même la domination masculine en réduisant le personnage féminin à son corps, tandis que l’homme est avant tout caractérisé comme un esprit. Par là, le film place clairement l’héroïne du côté de l’animalité, comme en témoigne également le fait qu’elle soit le personnage du film que l’on voit le plus souvent se déplacer à 4 pattes. On retrouve ici un classique de l’idéologie patriarcale qui consiste à placer les hommes du côté de la pensée et de la culture, et les femmes du côté du corps et de la nature. Cette opposition patriarcale transparaît dans de nombreux autres films comme Pocahontas, Atlantide ou Avatar, dans lesquels le sexisme se redouble de racisme puisque les héroïnes sont animalisées et renvoyées du côté de la nature à la fois parce qu’elles sont des femmes et parce qu’elles sont racisées.

croods03Les seules idées que peuvent avoir les femmes, c’est de se déguiser en fleurs…

croods04… parce que sinon le cerveau c’est pas trop leur truc. Elles sont plutôt du genre à marcher à 4 pattes et à écouter leur instinct…

Or au fondement de cette idéologie raciste et/ou sexiste, il y a l’idée spéciste selon laquelle l’animalité est inférieure à l’humanité. Les femmes et/ou racisé-e-s sont en effet posées comme inférieures parce que semblables à des animaux et ainsi immergées dans la nature alors que les hommes blancs se seraient quant à eux hissés au-dessus de la nature pour la dominer.

Une exploitation légitime et tout en douceur

On voit bien dans Les Croods comment cette hiérarchie humains/animaux justifie l’exploitation des seconds par les premiers. En effet, la plupart des idées géniales de Guy, ainsi que l’éclair de génie de Grug à la fin du film, sont basées sur l’exploitation ou le meurtre d’animaux : le piège pour tuer l’oiseau, les chaussures en poisson et en étoiles de mer, l’avion utilisant des oiseaux, le singe utilisé comme ceinture, etc. Ce dernier exemple est particulièrement révélateur de la manière dont les animaux sont ici totalement instrumentalisés et objectifiés par les humains, puisque Guy a nommé le singe en question « Belt » (Ceinture), le réduisant à un objet, tandis que son nom à lui souligne son humanité (et sa masculinité), puisque « Guy » signifie « gars » en anglais.

croods05« Je l’ai appelé Ceinture parce que je m’en sers pour tenir mon futal, pratique n’est-ce pas ? »

Ce personnage est au passage un exemple emblématique du traitement réservé aux animaux par la majorité des films d’animation : Belt est en effet au service de son maître dont il exécute les ordres, accompagne les exploits en musique, et qu’il imite à plusieurs reprises (représentations qui confortent l’idée spéciste selon laquelle les animaux seraient des êtres totalement dépendants des humain-e-s et sans existence propre, comme je l’ai développé dans un autre article).

De plus, les violences infligées aux animaux sont à chaque fois totalement occultées. Le film montre Eep hurler de joie lorsque Guy lui passe aux pieds des chaussures en fourrure qu’il lui a fabriquées (car la passion des femmes pour les chaussures est gravée dans leur ADN depuis la préhistoire) mais il ne montre ni le meurtre ni le dépeçage de l’animal. Il ne faudrait tout de même pas rappeler aux enfants comment sont fabriquées leurs pompes.

croods06Des chaussures en fourrure d’animal mort ! J’adooooooooooooooore !

La scène de chasse est aussi représentative de cette occultation puisque l’on passe directement de l’image de l’oiseau sur le point de mourir à celle du poulet en train de rôtir. Séparer dans son esprit l’animal vivant de la viande que l’on consomme est en effet l’une des stratégies principales par laquelle les carnistes (les gens qui choisissent de manger de la viande, contrairement aux véganes et végétarien-ne-s) détournent leur regard des meurtres de masse auxquels illes participent. C’est sûr qu’avoir en tête des images d’abattoir ça pourrait gâcher le plaisir gustatif…

croods07croods08Attention magie : je lance un oiseau en l’air et quand il touche le sol il se transforme en poulet rôti ! (N’hésite pas toi aussi à profiter de cette magie en te rendant chez le boucher le plus proche pour acheter un animal que d’autres auront séquestré, torturé, tué et dépecé pour toi !)

La scène de repas qui suit est au passage un bon exemple de la manière dont le film utilise une certaine conception de « l’humanité » et de la « civilisation » pour occulter totalement la cruauté de l’exploitation et du meurtre des animaux. On voit Guy en train de manger son poulet avec des couverts et en s’essuyant la bouche avec une serviette, tandis que les Croods se jettent sauvagement sur la viande. Le film nous place ici clairement du côté du personnage « civilisé » qui regarde les Croods avec un mélange de peur et de dégoût. La « barbarie » selon le film consiste donc à manger avec les mains « comme un animal », par opposition au fait de cuire la viande et de manger cette dernière proprement, avec modération et à l’aide de couverts. Non seulement le film ne semble jamais envisager que les humains de cette époque aient pu manger autre chose que de la viande, mais pour lui, le « progrès » ne résiderait donc en aucun cas à arrêter de manger de la viande, mais à la manger avec distinction. Après tout, tuer et manger les autres êtres sensibles pour son plaisir n’a rien de « barbare » si c’est fait proprement…

croods09croods10« La barbarie, c’est tuer des animaux et les manger avec les mains. La civilisation, c’est tuer des animaux et les manger avec des couverts. Ça n’a absolument RIEN à voir !!! »[1]

On retrouve le même procédé d’occultation des violences en ce qui concerne les animaux que les Croods domestiquent tout au long de leur aventure. Dans son livre Un éternel Treblinka, l’historien Charles Patterson rappelle la violence qui a accompagné ce que nous nommons par euphémisme la « domestication » des animaux et qui est « traditionnellement associée à la culture / domestication des plantes au sein de la « révolution agricole », saluée comme l’élément-clé de la marche triomphante de notre espèce de l’âge de pierre vers la civilisation » (p. 28) :

En apprenant à tuer les animaux pour leur viande et à les exploiter pour leur lait, leur peau ou leur force physique, les bergers apprirent à contrôler la mobilité, l’alimentation, la croissance et la reproduction des animaux par l’usage de la castration, des entraves, du marquage, de la taille des oreilles et autres procédés comme les tabliers en cuir, les fouets, les aiguillons, et finalement les chaînes et les colliers. « Le prix payé [par les animaux domestiqués] fut leur liberté d’évolution », écrit Desmond Morris. « Ils ont perdu leur indépendance génétique et sont maintenant soumis à nos lubies et à nos caprices de sélection ».

Afin de produire le genre d’animaux qui pouvaient leur être les plus utiles, les bergers tuèrent ou castrèrent presque tous les mâles, s’assurant ainsi que seuls les mâles reproducteurs « sélectionnés » féconderaient leurs femelles. Les mâles étaient aussi castrés pour les rendre plus dociles, (…) (p. 24-25)

Je m’arrête ici pour la citation, mais Charles Patterson décrit ensuite avec plus de détails les méthodes extrêmement cruelles par lesquelles s’est opérée cette « domestication ». Dans la lignée de l’histoire dominante qui occulte totalement la violence de ce soi-disant « grand bond en avant » de l’humanité, Les Croods fait l’apologie d’une « domestication dans la joie » présentée comme une dimension essentielle de l’accès de ses héros humains aux lumières de la raison, le signe qu’ils sont enfin sortis de l’obscurantisme pour emprunter le chemin du progrès.

Des animaux qui désirent leur propre domestication

Non seulement le film occulte totalement la violence sur laquelle repose la domestication, mais il va même jusqu’à montrer des animaux aspirant à être domestiqués. On nous montre ainsi un chien sauvage coller de manière insistante le fils des Croods, à qui il ramène tout ce que celui-ci lance au loin pour l’éloigner jusqu’au moment où il est enfin accepté comme animal domestique. En montrant ainsi un animal sauvage désirer sa propre domestication, le film entretient ainsi une vision mystificatrice du rapport humain-e-s/animaux qui légitime la domination spéciste en la présentant comme le résultat de la dépendance naturelle des animaux vis-à-vis des humains. Or, encore une fois, les animaux n’ont jamais désiré leur domestication : celle-ci leur a été au contraire imposée avec une grande violence.

La scène durant laquelle Grug utilise les oiseaux carnivores pour faire un avion et sauve au passage tout un groupe d’animaux sauvages terrorisés pose quant à elle les bases d’un discours spéciste souvent utilisé pour justifier la domestication ou les zoos. Les animaux y sont dépeints comme des êtres vulnérables ayant besoin des humains pour veiller sur eux et les protéger. Le rapport humain-e-s/animaux est ainsi pensé comme une sorte de « contrat » implicite et donnant-donnant (qui n’a de contrat que le nom puisque l’une des deux parties n’a évidemment pas eu son mot à dire) profitant à la fois aux humain-e-s et aux animaux : tandis que les premiers gagnent des compagnons (ou des objets d’observation dans le cas des zoos), les seconds gagneraient un abri, de la nourriture et une protection contre les prédateurs et les maladies. On retrouve au passage ce genre d’arguments fumeux dans la justification par Jocelyne Porcher de l’élevage    (« nous donnons aux animaux, ils nous redonnent, nous leur redonnons ») . Or, d’une part, la domestication est loin d’apporter aux animaux une protection systématique, dans la mesure où ceux-ci sont souvent maltraités ou abandonnés par leurs propriétaires, sans parler du zoo qui constitue un emprisonnement pur et simple (sur les zoos, voir l’excellent documentaire de Pablo Knudsen, Zoo : l’enfer du décor). Et d’autre part, le fait que certains de nos animaux domestiques soient effectivement dépendants de nous aujourd’hui est le résultat d’une intervention humaine : c’est nous qui avons rendu des animaux dépendants de nous en les coupant de leur milieu naturel et de leurs instincts afin les utiliser pour servir nos intérêts et pour notre plaisir. Ainsi, penser la domestication comme une sorte de contrat implicite profitant autant aux deux parties est aussi mystificateur que de penser le salariat comme un contrat équitable entre le travailleur et le gentil capitaliste qui offrent respectivement leur force de travail et un salaire : cela revient à occulter l’expropriation originelle par laquelle les travailleurs ont été dépossédés des moyens de production.

Après que papa Grug a sauvé de l’apocalypse tous les animaux sauvages croisés par la famille tout au long du film, ces derniers se mettent spontanément au service des Croods. On les voit ainsi se laisser gentiment monter, comme tout bon cheval de film d’animation qui se respecte (à l’exception de Spirit l’étalon des plaines, qui reste malheureusement une exception), ou encore éventer, manucurer et apporter un cocktail à la grand-mère en train de lire sur un transat.

croods11Le progrès par l’exploitation autres êtres sensibles, en voilà une belle idée !

S’ils sont ainsi reconnus comme des membres à part entière de la famille Croods, c’est donc avant tout en tant que larbins au service des humains. Leur moindre valeur est d’ailleurs explicitée par le père qui ne les compte que comme des demi-personnes lorsqu’il dénombre tous les membres de la famille…

Le film se termine ainsi sur des images de la famille Croods chevauchant « leurs » animaux sur fond de musique triomphante, le tout accompagné d’un discours de Eep célébrant leur sortie de l’obscurantisme et leur premier pas sur la route du progrès (« Nous avons changés les règles qui nous enfermaient dans l’obscurité (…). À partir de maintenant, nous resterons dehors, là où nous pouvons suivre la lumière[2] »). Le discours de l’héroïne lie même explicitement le fait d’être plus évolué au fait de posséder des animaux domestiques[3], comme si la conquête d’une plus grande humanité devait passer par l’exploitation des autres êtres sensibles.

croods12On avance plus vite vers la lumière sur le dos des opprimé-e-s

Ce film est malheureusement loin d’être un cas isolé. On retrouve par exemple un discours similaire dans des blockbusters à succès tels que Dragons et Dragons 2, qui ne font qu’expliciter un spécisme dominant l’ensemble du cinéma d’animation, alors que les dessins-animés qui critiquent l’exploitation des animaux se comptent sur les doigts d’une main (Frères des Ours, Chicken Run, Spirit, The Plague Dogs et quelques autres). Habitués à manger de la viande et des produits animaux dès leur plus jeune âge, nos enfants sont donc également abreuvés de représentations qui justifient l’exploitation des animaux, et la domination spéciste peut ainsi tranquillement se reproduire…

Paul Rigouste

Notes :

[1] J’emploie ici les termes « barbarie » et « civilisation » pour expliciter le discours tenu par le film lui-même, mais je n’adhère pas personnellement à cette opposition qui me semble politiquement inintéressante, pour ne pas dire nauséabonde, comme en témoigne la rhétorique raciste classique (et malheureusement toujours d’actualité) consistant à qualifier de « barbares » tou-te-s les racisé-e-s qui ne se conforment pas aux normes blanches et occidentales.

[2] “Our world is still plenty harsh and hostile, but now we know the Croods will make it. Because we changed the rules… the ones that kept us in the dark. (…) So, from now on, we’ll stay out here… where we can follow the light.”

[3] “If you weren’t clued in by the suntans and pets… we’re not exactly cavemen anymore.”

Autres articles en lien :

27 réponses à Les Croods, ou comment conquérir son humanité en exploitant les animaux

  1. Merci beaucoup pour cet article, le spécisme est une domination dont je n’étais pas du tout consciente avant de lire votre site, donc merci beaucoup pour ça aussi.

    J’ajouterai que dans le film, ce sont les animaux sauvages à l’extérieur de la caverne qui empêchent les Croods de vivre en sécurité. Les animaux représentent une menace et un danger qu’il FAUT domestiquer sous peine d’extinction. En cela ce film véhicule un autre mythe sur la préhistoire, à savoir que c’était une période obscure et violente ou la loi de la jungle s’appliquait partout et surtout aux Hommes.
    J’ai écouté il n’y a pas longtemps une conférence de Marylène Pathou-Mathis (paléontologue française) sur les origines de la domination masculine à la préhistoire. Elle parlait des représentations erronées que l’on véhicule sur cette période: par exemple, avant l’invention de l’agriculture, les êtres humains vivant en groupe d’à peu près cinquante individus, ils se connaissaient entre groupes, et ne se faisait pas la guerre car ils étaient peu nombreux, la nourriture était abondante, le climat plutôt favorable et ils connaissaient l’importance de l’entraide dans leur survie. Ils vivaient tous ensemble dans de grandes maisons communes, les enfants n’étaient pas une propriété d’un couple, ils élevaient tous les enfants en commun. Les tâches domestiques, la chasse et la cueillette n’étaient pas sexuellement divisées, ni l’éducation des enfants ! On surestime souvent beaucoup l’importance de la chasse dans la survie des êtres vivants, mais la vérité est que les chasseurs rentraient souvent bredouille, c’est la cueillette qui faisait vivre les groupes. L’image du chasseur (toujours homme dans la plupart des représentations) et de son bout de viande sanguinolente est tellement intégrée dans l’imaginaire populaire, que l’on ne la conteste même plus. Cette image de la Préhistoire est en grande partie héritée du XIXème siècle où les « scientifiques » occidentaux ont tenté par tous les moyens de prouver la supériorité de la civilisation européenne, et donc de montrer leur époque comme une période supérieure et plus évoluée que les époques antérieures, auxquelles ils assignaient les peuples racisés.

    Quand on déconstruit ce genre de mythes, on voit d’autant plus la manière caricaturale dont le film s’empare de cette période (qui est interprétée de manière très libre dans le film, mais qui fait sans équivoque référence à cette époque): une famille seule n’avais aucune chance de survivre, surtout si un seul individu (ici le pater familias bien patriarcal) décide de tout tout seul.
    On voit vraiment que l’Histoire de l’humanité n’a pas évolué seulement vers le progressisme, et c’est criant notamment à travers ce genre de film complètement rétrograde, tant au niveau du sexisme que du spécisme.

    • Merci pour votre commentaire. Je suis tout à fait d’accord avec vous sur la manière dont le film présente (entre autres) les animaux sauvages comme une menace pour les humain-e-s. J’ai l’impression qu’il y a la même arnaque spéciste dans Dragons, qui nous dit en gros : « les animaux sont une menace pour les humain-e-s, donc il faut soit les tuer, soit les domestiquer ». Alternative complètement fumeuse qui permet de faire passer la domestication comme la panacée de ce qui peut s’envisager en termes de rapport aux animaux… Et Dragons 2 est presque encore pire pour moi à ce niveau..

      Et merci aussi pour la référence sur la préhistoire. Je ne connais pas bien le sujet et ce n’était pas vraiment l’objet de cet article, mais c’est sûr que quand on regarde leur tableau d’une famille avec papa, maman, le fils, la fille et le bébé (+ la belle-mère en prime pour pouvoir faire des blagues misogynes sur les belles mères, c’est tellement poilant..), difficile de ne pas y voir une naturalisation outrancière de la norme familiale hétéropatriarcale tellement c’est caricatural.

      • Pour la domination des animaux et ces animaux heureux d’être domestiqués, ça me rappelle la situation des lionnes dans le Roi Lion. Quelqu’un avait mis en commentaire sous l’article de Liam: « Mais vous voyez bien que ce n’est pas de la domination, puisque les lionnes sont heureuses ! » C’est vraiment du même ordre ici, bien que je dois dire que le spécisme me saute moins facilement aux yeux que le sexisme, sans doute par manque d’entrainement.

        (Oui je me suis un peu éloignée de l’article pour la préhistoire. Ça m’a frappé en repensant à ce film, après la conférence que j’ai vue. Nous sommes vraiment blindés de représentations historiques fausses ou incomplètes; je pense qu’il faut vraiment garder en tête que ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire, et que nous sommes dans une période de régression des droits sociaux assez hallucinante)

    • Effectivement Lison, j’ai remarqué aussi que la façon de présenter la période préhistorique posait pas mal problème par rapport aux découverts scientifiques réelles…
      Comme si, avant, nous étions tous des sauvages avec des codes patriarcaux et spécistes, identiques à ceux de maintenant mais en plus « barbares » bien sûr, alors que les découvertes historiques et scientifiques prouvent bien le contraire !
      C’est l’art de juger le passé et les autres civilisations uniquement selon notre propre grille de lecture et par rapport à nos acquis ou notre façon de vivre. Et de qualifier ensuite celle des autres de différentes, barbare, non-civilisées uniquement sur NOS critères…

      J’avais commencé à m’intéresser à la « vraie » histoire préhistorique vers 14 ans, quand j’ai entamé la saga « Les enfants de la Terre » de Jean M. Auel (qui n’est pas exempte de défauts mais que je recommande).
      L’auteur a travaillé pendant des années avec des paléontologue et des spécialistes des civilisation préhistoriques pour écrire ses bouquins, et ça se sent (elle reprend notamment plusieurs éléments de la paléontologue Marylène Pathos-Mathis qu’elle a consulté de nombreuses fois au cours des années).

      Et je suis d’accord, nous sommes malheureusement dans une période de régression des droits sociaux assez hallucinante… 🙁

      • Oh super, j’ai ces bouquins depuis un moment dans ma bibliothèque, vous me décidez à les ouvrir 🙂 Merci !

        Soit dit en passant, la préhistoire n’est pas la seule période de l’Histoire qui a été complètement fantasmée à la sauce patriarcale du XIXème siècle: le Moyen Âge en est un très bon exemple aussi. Je recommande vraiment chaudement la lecture du livre de Silvia Federici « Caliban et la sorcière » sur le sujet de la Chasse aux sorcière au Moyen Âge.

        • Oh super, j’ai ces bouquins depuis un moment dans ma bibliothèque, vous me décidez à les ouvrir Merci !

          Perso, je les adore, même si je trouve que les deux derniers sont un peu en trop (mais ils donnent de bonnes pistes sur le début du patriarcat avec notamment l’attribution biologique de la conception de l’enfant à tel ou tel père).
          Ils ont quand même des défauts par contre, notamment du point de vue du spécisme, ou du côté victimisation et remise en question perpétuel de l’héroïne (qui a tendance à toujours penser que c’est sa faute)…
          Mais disons qu’un bouquin parfait, ça n’existe pas ! ^_^

          Oui c’est toute l’histoire en général qui a été revue à la sauce patriarcale malheureusement…

          C’est comme de dire « on n’est plus au Moyen-Age » quand on parle du recul des droits des femmes (ou autres), alors que les femmes avaient plus de droits au Moyen-Age qu’avant (Epoque Romaine et Grecque) ou même qu’après (retour du droit romain à la Renaissance avec de nouveau les femmes vues comme des mineures éternelles)…

          La page wikipedia sur l’histoire des femmes est assez bien détaillée sur le sujet d’ailleurs…
          Et très intéressante pour montrer aussi que, contrairement à une idée reçue comme quoi on est tellement « avancé » maintenant dans les droits des femmes, on ne pourra jamais revenir en arrière, alors que c’est quelque chose qui c’est déjà passé avant… Et puis, il n’y a qu’à voir en Iran dans les dernières quarantes années… 🙁

          • Super article, comme d’habitude. Quand à la saga des Enfants de la Terre, je ne peux que recommander de la lire. Meme si elle n’est pas parfaite, comme le dit Vitany, elle reste à plusieurs points de vue d’un progressisme rarement égalé (et ces livres ne datent pas d’hier!), en plus de se lire très facilement. Pour ce qui est de son adaptation cinématographique (avec la sublime Daryl Hannah), passez votre chemin, c’est une coquille de noix vide et insipide…

          • Vitany:C’est comme de dire « on n’est plus au Moyen-Age » quand on parle du recul des droits des femmes (ou autres), alors que les femmes avaient plus de droits au Moyen-Age qu’avant (Epoque Romaine et Grecque) ou même qu’après (retour du droit romain à la Renaissance avec de nouveau les femmes vues comme des mineures éternelles)…

            Lol !
            Je sais que ce blog a un peu près la même conception de la critique artistique que la Manif pour tous (genre tout ce qui me déplaît doit être tabou; faisons des listes de films et livres non-conformes afin de préserver les âmes et yeux de nos fidèles et de leurs bambins ») mais j’ignorais que vous partagiez leur même conception de l’Histoire; opposer artificiellement une période historique à une autre et prétendre que si l’une est valorisée par rapport à l’autre dans le grand public c’est par idéologie (cathophobie pour la Manif pour tous, par masculinisme pour vous). Et ce qui est marrant, c’est que ça touche les mêmes période (antiquité vs MA)) et avec la même outrance.
            J’ai hâte de lire une critique de votre part de Saucisse party, ça devrait être aussi édifiant que celle de votre soeur ennemie !

            ps; un gros bip-up pour la critique du spécisme dans Les enfants de la terre (après avoir précisé que Auel s’était attachée les conseils scientifiques d’une préhistorienne renommée)! C’est sûr, contre toute vraisemblance, l’autrice aurait du donner à son héroïne préhistorienne des conceptions antispécistes sur son monde; ça aurait donné une coloration complètement anachronique à la saga (et j’imagine la tête de Patou-Mahis à la lecture…)mais je suis sûre que vous auriez adoré: le plaisir, l’art, la science, l’Histoire, la vraisemblance doivent s’effacer devant la Cause, non ?

            Je vous envoie tous mes encouragements, j’adore votre blog (vous ne faîtes pas assez d’articles à mon goût, heureusement qu’il y a les commentaires pour plus de plaisir) ! J’ai toujours eu un faible pour les prêches.

          • @ Honorine

            « Je sais que ce blog a un peu près la même conception de la critique artistique que la Manif pour tous (genre tout ce qui me déplaît doit être tabou; faisons des listes de films et livres non-conformes afin de préserver les âmes et yeux de nos fidèles et de leurs bambins ») »

            Le but de la critique politique des films telle que nous la pratiquons sur ce site, c’est de mettre en lumière discours politiques tenus par les films, la manière dont ils confortent ou questionnent les normes sociales dominantes et les rapports de domination. Dans le contexte idéologique français, dominé par des critiques qui ignorent quasi-systématiquement cette dimension des films, cela revient à parler de quelque chose dont on ne parle jamais, à essayer d’encourager une réflexion collective à propos d’un sujet massivement occulté. C’est exactement l’inverse d’une posture visant à rendre tabou certains sujets. La seule personne ici qui veut visiblement que certains sujets restent « tabous » (à savoir la dimension politique des films, ou peut-être plus spécifiquement l’idéologie spéciste véhiculée par Les Croods), c’est vous.

            Un petit questionnaire pour essayer de comprendre un peu mieux quelles sont vos positions politiques (à part d’être « anti-tabou » uniquement à propos des sujets dont vous avez envie de parler), car je vois bien que l’on est en désaccord, mais je n’arrive pas bien à saisir sur quels points exactement :

            1/ Pensez-vous qu’il existe des normes dominantes et rapports de domination dans notre société (comme par exemple le racisme, le sexisme ou le spécisme) ?

            2/ Si oui, pensez-vous que les films/séries/dessins animés/etc. jouent un rôle dans la consolidation ou la remise en question de ces normes ?

            3/ Si oui, pensez-vous qu’il soit important d’aiguiser son esprit critique vis-à-vis des films, de discuter collectivement des normes qu’ils véhiculent ?

            4/ Si oui, pensez-vous que le dessin animé Les Croods contribue à légitimer l’exploitation des animaux par les humains et consolide ainsi se rapport de domination au lieu de le critiquer ?

          • mais j’ignorais que vous partagiez leur même conception de l’Histoire; opposer artificiellement une période historique à une autre et prétendre que si l’une est valorisée par rapport à l’autre dans le grand public c’est par idéologie

            Je parle des droits sociétaires et juridiques des femmes dans l’histoire… En comparant uniquement cet élément, je ne vois pas en quoi ce serait opposer artificiellement les évolutions et différences suivant les époques et périodes historiques…
            Et oui, les faits sont que dans l’Antiquité (grecque et romaine), les femmes étaient vues comme des éternelles mineures et l’homme « responsable » de la famille comme ayant TOUS les droits sur femmes et enfants (le fameux pater familias => vous croyez que ça vient d’où, de la préhistoire ?), chose qui a été abolie par l’Eglise au Moyen-Age puis réinstaurée à la Renaissance… L’Eglise a également instauré le consentement des deux époux pour les mariages au Moyen-Age, ainsi que la possibilité pour les femmes (nobles en général) de se réfugier dans un couvent où elle n’étaient plus obligées de se marier par exemple…
            Je ne vois pas en quoi c’est affabuler ou faire preuve d’idéologie que de mentionner un fait historique (cette même histoire qui a été écrite par et pour les hommes notez) ?!?

            ps; un gros bip-up pour la critique du spécisme dans Les enfants de la terre (après avoir précisé que Auel s’était attachée les conseils scientifiques d’une préhistorienne renommée)! C’est sûr, contre toute vraisemblance, l’autrice aurait du donner à son héroïne préhistorienne des conceptions antispécistes sur son monde; ça aurait donné une coloration complètement anachronique à la saga (et j’imagine la tête de Patou-Mahis à la lecture…)mais je suis sûre que vous auriez adoré: le plaisir, l’art, la science, l’Histoire, la vraisemblance doivent s’effacer devant la Cause, non ?

            Le spécisme, on en parle depuis quelques années seulement (moi-même je ne connaissais pas ce terme auparavant).
            On analyse toujours les choses par rapport à l’époque à laquelle on vit, il est donc normal que l’auteur ne se soit pas « rendue compte » qu’elle exposait du spécisme à l’époque où elle a écrit les livres vu qu’on en parlait pas encore… Si ça se trouve, elle ne sait peut-être même pas ce que c’est encore maintenant, ou n’a carrément jamais entendu ce terme.

            On peut s’appuyer sur des découvertes, ça n’empêche pas que nous ne vivions pas à cette époque. Toutes suppositions sur les moeurs et habitudes ne sont donc pas précises à 100 %.
            Qui vous dit donc que le spécisme (sans utiliser ce terme) n’était pas déjà vu comme tel à la préhistoire ? Le fait que, dans la saga des Enfants de la Terre, Ayla soit élevée dans un clan qui adule des animaux et les prenne en totem, c’est anodin aussi selon vous, ça n’a aucune importance ?

            Je dois dire que je ne comprends pas trop votre critique (bien teintée de mépris d’ailleurs) ni ce que vous venez faire sur ce site…
            A quoi cela sert-il de venir cracher sur les gens et critiquer dans le vide si vous n’apportez rien de plus constructif et que vous ne cherchez manifestement même pas à discuter ?

  2. HA bin si je m’attendais à voir un jour ma chaine en liens d’un article ici… 😀

    Excellent article, et je suis toujours ravis de voir toujours plus de sujets antispécistes, c’est vraiment encourageant !

    Juste un petit truc, il est dit vers le début que les carnistes sont, par opposition aux végés, les personnes qui « choisissent » de manger de la viande.
    S’agit-il de parler des personnes qui savent, qui ont pris (peu ou prou) conscience du cout de la viande, et donc d’une certaine manière « décident de ne pas changer d’alimentation » ?
    Ou bien s’agit-il de tous les omnivores, auquel cas je trouve compliqué de parler de choix quand la grande majorité des omnivores ont été obligés de manger de la viande dès leur sevrage.

    • En fait j’ai écrit « choisissent » pour bien indiquer que, contrairement à d’autres animaux, les humain-e-s peuvent choisir de ne pas manger de la viande (« carniste » par opposition à « carnivore » qui, j’ai l’impression, tendrait plutôt à désigner des animaux qui mangent de la viande mais ne peuvent pas faire autrement). Vous voyez ce que je veux dire? Parce que souvent, quand je parle de ces sujets avec des gens qui mangent de la viande autour de moi, j’ai l’impression qu’il y a un flou volontairement entretenu autour des termes carniste/carnivore (ou végétalien/herbivore) dans le but de naturaliser des choix alimentaires, de les faire passer pour des sortes besoins biologiques incontournables.

      Après je suis d’accord pour dire que la question du « choix » de manger de la viande est compliquée dans la mesure où la plupart d’entre nous est éduquée à le faire dès le plus jeune âge. Mais malgré cette intériorisation/habitude je pense qu’il y a quand même une conscience de ce qu’on est en train de faire même quand on n’a pas encore pris conscience du « coût de la viande » comme vous dites. Tout le monde sait qu’il est en train de manger un animal qui a été tué, donc en ce sens il y a une conscience de ce qu’on est en train de faire quand on mange de la viande, et donc un choix, même s’il ne prend pas la forme d’un choix parfaitement conscience et formulé dans sa tête. Vous ne pensez pas?

      • Globalement si, même si je doute fort qu’une personne qui mange un plat avec seulement quelques lardons, des dés de jambon ou du chorizo ai vraiment spontanément conscience qu’il s’agisse de morceaux d’animaux, quand je vois qu’encore aujourd’hui en 2016 on propose des menus « végétariens » avec du poisson, ou des burgers « végés » avec du saucisson ou que pour beaucoup de monde, manger de la viande se réduit à la grosse pièce de viande rouge centrale et que tout ce qui se rapproche de la charcuterie demande déjà une forme de réflexion pour les voir comme étant aussi issus d’animaux. (je ne parlerais pas des « fruits » de mer, hein ^^)

        Sinon en effet je distingue assez fortement le choix de tourner le dos à son éducation alimentaire de celui du « choix » de ne pas en bouger. Les implications et enjeux, les « couts » pour se faire sont pour ainsi dire diamétralement opposés.

  3. @ Paul

    1) Je pense que, comme toute société,notre société a édictée des normes. Certaines relèvent de la domination, d’autres non, et certains préjugés ne relèvent pas de la norme.
    Je ne mets pas sur le même plan, rapport de domination et normes dominantes, de même que je ne mets pas sur le même plan racisme et sexisme/spécisme (j’y reviendrais). Sur un même sujet, certains discours et représentations ne peuvent être comparés à d’autres. C’est une question de nuance et de rigueur.

    2)Oui et non (comme pour le 1…) Une oeuvre audiovisuelle et fictionnelle (puisque c’est ce genre de production que votre site étudie) est forcément issue d’une société donnée, elle n’existe pas dans le monde éthéré des idées. Elle ne peut donc s’extraire, sinon volontairement (et dans ce cas, c’est une démarche forcément militante) s’extraire de la société qui la produit, sinon, elle serait incompréhensible. Il s’agit, parfois, moins de consolidation, que de non remise en cause. Chercher à ré-affirmer une norme, est une démarche tout aussi militante que la remettre en question. C’est votre démarche « critique » qui vous pousse à voir un désir conscient ou inconscient dans des normes qui sont, parfois, encore partagées par la société. Pour être plus concrète, lorsque 50 nuances de Grey est porté à l’écran, c’est une réactualisation de la masculinité hétérosexuelle la plus classique, la plus idéologique, la plus fantasmée et la plus grotesque aussi. Son succès montre que la société est inquiète, que les normes bougent et que ça l’angoisse. Elle cherche donc à se rassurer en tenant un discours aussi ringard que ridicule sur la sexualité des hommes hétérosexuels cis blancs (un homme jeune, qui se la joue prédateur autant dans les affaires que dans le sexe, qui va initier une vierge-qui forcément jouit dès qu’il la frôle-et celle-ci, forcément, par la force de son amour, le remettra dans le droit chemin). Mais je ne considère pas que c’est une consolidation du modèle classique homme-femme. C’est même l’inverse; Si les livres et les films n’ont aucun second degré, il y a eu tant de critiques, tant de moqueries et un tel succès que c’est la preuve que cette représentation du couple hétérosexuel(et de l’homme hétérosexuel, c’est un discours sur lui) ne va plus de soi. Je sais que le terme est mal vu par vos contributrices et lectrices mais c’est une catharsis (j’ai lu un commentaire qui réfutait le principe de la catharsis parce qu’il a été théorisé par les Grecs anciens et qu’on ne pouvait pas faire confiance en aucun domaine à un peuple qui avait enfermé ses femmes et priait des dieux violeurs; j’espère pour elle qu’elle ne dit pas la même chose à sa doctoresse lorsque celle-ci évoque le serment d’Hippocrate ou qu’elle ne jette pas le moindre bouquin de philo…).

    3)Votre question est rhétorique, non ? Vous croyez sincèrement qu’il y a des gens qui vont vous répondre « non, je pense qu’il vaut mieux ne pas exercer son esprit critique, ne pas le cultiver, rester seule dans dans son coin sans réfléchir ? »…Donc, ma réponse est contenue dans votre question. Maintenant, je ne suis pas contre votre démarche, je trouve juste que vos analyses sont de temps en temps pertinentes (et plus je vous lis et plus je me dis que c’est que lorsque cela l’est c’est malgré vous), mais la majorité du temps à côté de la plaque mais très drôles. Ce qui m’amuse (oui, je me moque, je suis un monstre), c’est votre sérieux, votre austérité, votre vision binaire du monde, de la société et de ses normes (qui sont bien plus fluctuantes que vous l’écrivez); vous réagissez comme des chrétiens iconoclastes et intégristes. Point de nuance, pas de trace de remise en question, le dogme, le dogme, le dogme…

    4) Ah ! Et c’est maintenant que je vais recevoir l’anathème: je ne crois pas plus au spécisme qu’à son antithèse…Il y a une domination de fait de l’humain sur l’animal, et il y a une impossibilité pour l’animal de se libérer seul ou de forcer l’humain à concevoir avec lui un contrat social. Si les rapports humain/animal changent, ce changement ne pourra venir que des humains (gracieusement, par intérêt, par humanisme) mais non par lutte des autres animaux. Donc, non, Les Croods ne légitiment pas le spécisme, parce que le spécisme n’existe pas.

    • « le spécisme n’existe pas. »

      Vous êtes sérieuse? Si vous êtes un troll, c’est réussi. Si ce n’est pas le cas, c’est problèmatique.

      En quoi le fait qu’un animal ne puisse pas se défendre contre un être humain justifie le fait qu’il puisse être mangé, finir en fourrure, servir de cobaye pour les scientifiques ou être enfermé pour servir de divertissement (cirque) ou pour être exposé comme un être inanimé (zoo)?

      Si des individu-e-s sont choquéEs (oui, je n’utilise pas le masculin neutre universel, je suis une intégriste qui piétine la langue française), c’est parce que les animaux ont le droit à la conscience et à la vie comme les être humain. Et je vous vois venir, on a pas besoin de manger des animaux et de les exploiter pour vivre et/ou être heureux/se.

      Vous ne feriez pas parti de ces personnes qui pensent être dans le juste et qui traitent les autres d’intégristes extrèmistes car illes ne pensent pas comme vous et qu’illes chamboule votre vision du monde qui est forcément la meilleure?
      Si vous vérifiiez un peu plus sur Internet et même sur ce site, vous remarqueriez que ce que vous avez écrit n’est pas original du tout et que vous dîtes la même chose que les imbéciles spécistes et/ou sexistes sur les végéta.ien-ne-s, les véganes et les féministes.

      Je répondrai à la suite de votre argumentation plus tard.

      Continuez à rester dans votre spécisme que vous niez car ça ne vous plait pas de remettre en question les oppressions que vivent les animaux.

      PS: Pardonnez-moi, je ne suis qu’une intégriste binaire sans nuance et sans subtilité agressive et sans recul.

      • Coucou, c’est encore moi l’intégriste. Je vais répondre à ce que vous aviez écrit en réponse à Paul Rigouste.

        « Je pense que, comme toute société,notre société a édictée des normes. Certaines relèvent de la domination, d’autres non, et certains préjugés ne relèvent pas de la norme.
        Je ne mets pas sur le même plan, rapport de domination et normes dominantes, de même que je ne mets pas sur le même plan racisme et sexisme/spécisme (j’y reviendrais). Sur un même sujet, certains discours et représentations ne peuvent être comparés à d’autres. C’est une question de nuance et de rigueur. »

        C’est vrai qu’il y a des normes et que certaines normes relèvent de la domination mais je ne comprends pas pourquoi certains discours ne peuvent pas être comparés à d’autres. Que voulez-vous dire?
        Est-ce-que vous voulez dire que certaines représentations et certains discours de la norme dominante (patriarcale, blanche, cishétéronormative et validiste) ont plus d’importance par rapport à d’autres?
        Je peux comprendre que certains discours et représentations soient plus oppressifs que d’autres,et dire le contraire serait un mensonge, cependant ce n’est pas pour autant que d’autres discours et représentations, certes moins oppressifs ne doivent pas être dénoncés.

        « Une oeuvre audiovisuelle et fictionnelle (puisque c’est ce genre de production que votre site étudie) est forcément issue d’une société donnée, elle n’existe pas dans le monde éthéré des idées. Elle ne peut donc s’extraire, sinon volontairement (et dans ce cas, c’est une démarche forcément militante) s’extraire de la société qui la produit, sinon, elle serait incompréhensible. »

        En quoi une oeuvre qui s’extrait de la société dont elle est issue est nécéssairement militante? C’est mal d’être militant (quand ce n’est pas selon VOS critères)?

        Pourquoi cette oeuvre non « militante » serait incompréhensible?
        Parce que ça ne plairait pas aux dominants de ne pas voir ce que EUX imaginent? On n’a pas besoin d’être militant.e quand on fait une oeuvre qui ne correspondrait pas à la norme en ce qui concerne l’art.

        « Il s’agit, parfois, moins de consolidation, que de non remise en cause. Chercher à ré-affirmer une norme, est une démarche tout aussi militante que la remettre en question. »

        Est-ce-que vous savez ce que militant veut dire? Militant,ce n’est pas réaffirmer une norme encrée dans une société (surtout si cette norme est encrée dans une société oppressive comme la nôtre) mais essayer de montrer les problèmes afin de changer la société afin d’en créer une meilleure pour les opprimé.e.s.
        A moins que vous vouliez dire que réaffirmer des normes qui commencent à être chamboulées soit du militantisme. Pour moi, ce n’est pas du militantisme, je vois plutôt ça comme une sorte de backlash antimilitant et antiprogressiste.

        « C’est votre démarche « critique » qui vous pousse à voir un désir conscient ou inconscient dans des normes qui sont, parfois, encore partagées par la société. »

        Il y a des normes qui sont partagées par la société, c’est vrai, mais dire que parmi ces normes, il n’y a pas des normes oppressives pour des personnes dans la société, c’est être stupide ou de mauvaise foi.

        « Pour être plus concrète, lorsque 50 nuances de Grey est porté à l’écran, c’est une réactualisation de la masculinité hétérosexuelle la plus classique, la plus idéologique, la plus fantasmée et la plus grotesque aussi. Son succès montre que la société est inquiète, que les normes bougent et que ça l’angoisse. Elle cherche donc à se rassurer en tenant un discours aussi ringard que ridicule sur la sexualité des hommes hétérosexuels cis blancs (un homme jeune, qui se la joue prédateur autant dans les affaires que dans le sexe, qui va initier une vierge-qui forcément jouit dès qu’il la frôle-et celle-ci, forcément, par la force de son amour, le remettra dans le droit chemin). »

        Vous avez raison. Ca ne sera pas toujours le cas, malheureusement.

        « Mais je ne considère pas que c’est une consolidation du modèle classique homme-femme. C’est même l’inverse; Si les livres et les films n’ont aucun second degré, il y a eu tant de critiques, tant de moqueries et un tel succès que c’est la preuve que cette représentation du couple hétérosexuel(et de l’homme hétérosexuel, c’est un discours sur lui) ne va plus de soi. »

        Si, c’est une consolidation. Ce n’est pas parce qu’il n’y a aucun second degré et qu’il y a eu des critiques négatives et des moqueries que cette représentation ne va plus de soi. Il y a eu tout ça car l’histoire était médiocre et que les personnages étaient minables et clichés. Si 50 shades a eu du succès,c’est parce que c’est une fanfic de Twilight (qui a eu du succès aussi) et que beaucoup de femmes ont pu s’identifier à l’héroïne et que Grey représente un fantasme tout à fait patriarcal. Si Grey ne ressemblait pas à la vision patriarcale des hommes, 50 shades n’aurait pas eu du succès. Donc dire que 50 shades représente le fait que la vision du couple et de l’homme hétérosexuel ne va plus de soi, c’est totalement faux. Ca prouve que le patriarcat est toujours présent et que les femmes ont intériorisé des stéréotypes et des visions sexistes et hétéronormés. Car oui, 50 shades et Twilight ont été écrits pas des femmes.

        « Je sais que le terme est mal vu par vos contributrices et lectrices »

        Pourquoi « contributrices » et « lectrices »? Je ne pense pas qu’il n’y ait que des femmes qui écrivent et qui lisent les articles du Cinema est politique. Le fait que ce soit un blog féministe ne prouve pas qu’il n’y ait que des femmes (cis et/ou trans). Il y a surement des personnes intersexes, non-binaires, de genre fluide, des agenres, d’autres personnes non conformes dans le genre assigné à la naissance et même des hommes cis et trans qui lisent des articles de blogs feministes. Puisque vous reprochez aux rédacteurices de ce site d’être binaires, pourquoi vous l’êtes autant? Ce a quoi je réponds est une réponse est à PAUL Rigouste. Alors, il se peut qu’il y ait des personnes qui ne soient pas des hommes qui puissent s’appeler Paul, mais vu que Paul parle de lui-même au masculin et que c’est un rédacteur du site depuis son ouverture, vous auriez pu au moins utiliser la féminisation, non? C’est le minimum quand on veut donner des leçons à des féministes.

        Je ne vais pas répondre au reste car je n’ai pas compris.

        J’espère que vous aurez compris votre erreur. La prochaine fois, renseignez-vous avant de l’ouvrir sur le féminisme et les oppressions, ça vous fera du bien et ça vous cultivera. En plus il y a beaucoup de choses sur Internet et c’est gratuit, donc ça sera facile pour vous.

        Oops, en plus d’être une intégriste binaire sans nuance et sans subtilité agressive et sans recul, je suis sans modestie et violente envers vous.

        Pardonnez-moi, au revoir.

    • Belle liste de sophismes que votre discours Honorine.

      « Le spécisme n’existe pas parce-que les animaux ne peuvent se libérer eux-même de leur domination. » (en gros)

      Donc… Le spécisme existe, au même titre que le sexisme et le racisme. (vous ne savez manifestement même pas ce que ce terme signifie)

      Autre exemple :

      « Votre question est rhétorique, non ? Vous croyez sincèrement qu’il y a des gens qui vont vous répondre « non, je pense qu’il vaut mieux ne pas exercer son esprit critique, ne pas le cultiver, rester seule dans dans son coin sans réfléchir ? » »

      Je ne sais pas sous quelle cloche impénétrable vous vivez mais personnellement j’en côtoie et croise tous les jours, de ces gens qui passent leur temps à dire aux personnes critiques « tu réfléchis trop », « tu vois tout en noir », « tu devrais arrêter tu penses trop », etc. Et c’est exactement le discours que vous tenez envers ce site, c’est ça qui est comique ! (et c’est ça l’intégrisme, être un bon agent garant de la tradition et des valeurs anciennes)

      Enfin, si pour vous le dogme c’est de tenir comme ligne de conduite de la critique sociale de se rapprochait de ce que disait ce cher Mark Twain, alors je suis 100% pour, car je trouve sain et souvent salvateur de suivre ce devoir de remise en question qui se résumait ainsi : A chaque fois que vous vous retrouvez du côté de la majorité, il est temps de faire une pause et de réfléchir.

      • Je n’aurais pas dit mieux!

        • Bon, je me rends compte que j’étais très agressive. C’est vrai, j’aurais pu me calmer. Seulement, j’ai été très énervée par la réponse d’Honorine. Et je regrette d’avoir paru prétentieuse. Cependant, je n’aime pas les personnes si peu renseignées alors qu’il y a beaucoup de liens sur Internet et que c’est gratuit.

          • Personnellement j’estime que quand personne critique la légitimité d’une lutte sociale, elle ai au minimum la décence de comprendre que les personnes qui vivent les pressions dont il est question comme réelle puissent être « chatouilleuses » sur ce sujet-là.

            Et puis personne n’a à être la vitrine parfaite (et très très sage) de la lutte qu’elle embrasse.

            ça va 5 minutes (ou 200 ans) les personnes qui ne partagent pas vos luttes mais vous expliquent comment lutter. (quand elles luttent pour quelque-chose !)

  4. Un grand merci pour cet article! Si j’avais beaucoup aimé le film tout d’abord, le déconstruire via les angles du patriarcat et du spécisme (sujets qui me touchent énormément, entre autres), m’en offre une autre vision.
    Continuez, ce site est vraiment nécessaire, peu importe les réactions « arriérées » de certains. C’est normal, il est toujours difficile de désapprendre et de remettre en question tout ce qui nous a été enseigné depuis l’enfance.
    Merci encore!

  5. Comment savez-vous Paul que les animaux ont été domestiqués par la violence ?

    • Comment savez-vous, nm, qu’ils ne l’ont pas été ?

      • Peut-être que Charles Patterson qui est cité plusieurs fois donne une réponse à cela… par contre ce n’est pas exactement comme cela que le fardeau de la preuve fonctionne. Il est absurde de demander à quelqu’un de prouver l’absence de quelque chose, seule l’existence d’une chose peut et doit être démontrer.

        • Tout l’article est consacré au sujet, avec des éléments concrets, alors que la question posée ne prend pas la peine d’avancer ou de réfuter le moindre argument en réponse. On appelle ça un troll.

          « Il est absurde de demander à quelqu’un de prouver l’absence de quelque chose » : cela n’a rien d’absurde, on peut tout à fait démontrer que quelque chose n’existe pas (par un raisonnement pas l’absurde, par exemple).

          • Je n’ai pas le livre de l’historien Patterson sous la main, mais il semble qu’il développe bien cette question dans un chapitre (celui que je cite dans l’article), et doit renvoyer à d’autres travaux sur le sujet.

            Mais sans même faire de l’histoire, il suffit d’observer comment la violence accompagne encore aujourd’hui toute domestication. Est-ce que vous avez déjà vu un animal sauvage se domestiquer tout seul? Toute domestication implique des violences à mon avis : attacher les animaux (avec une laisse par exemple), leur donner des ordres, délimiter leur espace de vie, les séparer entre eux, les extraire de leur milieu, etc. Si l’on ne voit plus la violence là dedans, c’est juste parce qu’on est habitué à la voir exercer, pas parce qu’elle n’existe pas.

          • Preuve diabolique

            @Paul Rigouste
            Shy Boy : Le cheval sauvage qui venait du désert
            Si on s’y prend bien, on peut dresser un étalon sauvage en 3 jours et sans violence.

            @Arroway
            On ne peut pas prouver l’absence d’une chose pour se défendre. Plus exactement, la justice demande à ce que le plaignant apporte les preuves de culpabilité.
            Imaginons que je vous accuse d’avoir un compte en Suisse. Vous ne pouvez pas prouvez que vous n’en possédez pas : il n’existe pas de documents ou de preuves permettant d’attester l’absence de quelque chos

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*