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Quand les films d’animation occultent les violences masculines intrafamiliales (I) : La Petite Sirène, Aladdin, La Belle et la Bête

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Je voudrais ici attirer l’attention sur la réapparition, dans un certain nombre de films d’animation récents, d’un discours sur les relations père-fille que je trouve particulièrement dangereux politiquement parce qu’il contribue à mon avis à occulter les violences masculines intrafamiliales (psychologiques, physiques et sexuelles), en particulier celles des pères sur leurs filles (puisque c’est majoritairement de cette relation qu’il s’agit dans ces films).

Dans son livre Un Silence de mortes [1], Patrizia Romito étudie les différentes manières par lesquelles les violences masculines sont communément occultées dans nos sociétés patriarcales. Elle dégage deux grands procédés d’occultation :

Si l’on veut étudier les violences masculines telles qu’elles se manifestent dans notre histoire récente, on découvre qu’elles sont associées à deux stratégies majeures, apparemment contradictoires : la légitimation et le déni. En se rendant légitime, la violence masculine agit bien entendu à découvert, mais dans ce cas on ne la définit pas comme de la violence. (…)
Quant au déni, il devient indispensable lorsque la société, ayant fini par évoluer à force de combats des opprimé-e-s, a rendu inacceptable la légitimation des formes extrêmes de la violence ; de nouvelles voies sont alors cherchées pour occulter cette violence ou pour ne pas avoir à s’élever contre elle. Il existe plusieurs façons de pratiquer cette négation. La plus radicale consiste simplement à ne pas voir la violence et ses conséquences. Cela s’est pratiqué et se pratique toujours largement parmi les proches des victimes – gens de la famille, connaissances – mais aussi chez les personnels socio-sanitaires, chez les policiers et chez les juges. Une autre technique consiste à attribuer une signification différente à tel ou tel fait : sans doute quelque chose s’est-il passé, mais on ne peut pas appeler ça violence. C’est ainsi que le viol n’est pas violence mais séduction, n’est pas violence mais passion, en somme c’est du sexe déchaîné, etc. (…) [2]

Il me semble que ces deux stratégies de déni dont parle Romito se retrouvent dans un grand nombre de film d’animation récents. En effet, certains d’entre eux nient tout bonnement l’existence de la violence des pères sur leurs enfants en attribuant exclusivement cette violence à la mère (comme c’est le cas dans Raiponce ou Rebelle). Mais la majorité de ses films mobilisent plutôt la seconde stratégie, en ce qu’ils tentent d’« attribuer une signification différente » à ces violences. Leur propos consiste ainsi à faire passer le comportement abusif du père pour une conséquence de l’ « amour » qu’il porte à sa fille et du « souci » qu’il se fait pour elle. Si ces films accordent finalement à cette dernière le droit de s’émanciper d’une autorité paternelle présentée comme étouffante, le père en ressort toujours excusé (« il faut le comprendre, il ne voulait que ton bien, etc. »), et le pouvoir qu’il a exercé sur elle apparaît ainsi comme « normal » et sans grandes conséquences (« c’est bien normal qu’un père se fasse du souci pour sa fille, il l’a juste un peu surprotégée parce qu’il l’aime énormément, c’est tout… »). Les films récents les plus représentatifs de cette tendance sont probablement L’âge de glace 4 (2012), Hôtel Transylvanie (2012) et Les Croods (2013), mais on retrouve le même procédé d’occultation dans beaucoup d’autres films, comme on le verra.

Ce n’est sûrement pas un hasard si le premier film d’animation à mettre en scène une telle relation père-fille, La Petite Sirène, est sorti en 1989, c’est-à-dire en plein cœur de la période de « backlash » antiféministe aux États-Unis [3]. En effet, les mouvements féministes des années 60-70 ont joué un rôle essentiel dans la reconnaissance de l’oppression patriarcale au sein des foyers et de son ampleur (notamment grâce à des enquêtes et productions de statistiques) [4]. En réaction, un ensemble de stratégies d’occultation ont été mises en place pour dédouaner les hommes de leurs crimes. Comme le dit Romito, lorsque les combats des opprimé-e-s ont fait évoluer les mentalités au point de rendre inacceptable la légitimation des formes extrêmes de la violence, de nouvelles voies sont alors cherchées pour occulter cette violence. Pour donner une idée de l’efficacité de cette réaction masculiniste face aux acquis de la seconde vague féministe, on peut par exemple penser aux statistiques citées par Romito :

Concernant les mineur-e-s, aux États-Unis par exemple, une étude menée à l’échelle de la population (National Incidence Study) rapporte qu’en 1986, 75% des cas considérés comme très graves d’abus sexuels sur enfants (CSA, Child Sexual Abuse) faisaient l’objet d’une enquête ; en 1993, ce pourcentage avait baissé à 44%. Les statistiques du ministère de l’Intérieur de Grande-Bretagne traduisent une tendance similaire : en 1985, sur 633 plaintes « de graves atteintes à la pudeur perpétrées sur des enfants de moins de 14 ans », on avait obtenu une condamnation dans 42% des cas ; dix ans plus tard, en 1995, le nombre des plaintes avaient doublé, mais le pourcentage des condamnations avaient, lui, plus que nettement diminué : il était descendu à 12%. En ce qui concerne les viols, toujours en Grande-Bretagne, le nombre de plaintes déposées à la police est passé de 1842 en 1985 à 4589 en 1993, tandis que la proportion des condamnations traduit une baisse de plus de la moitié, passant de 24% à 10% (…)
Pour autant, cette chute libre n’est imputable ni à une hypothétique atténuation de la gravité des faits ni à l’irrecevabilité des plaintes déposées : au cours de son étude, Sue Lees a vu des hommes relaxés alors qu’ils étaient accusés de violences gravissimes et répétées – parmi eux des serial rapists, violeurs en série contre lesquels les preuves à charges étaient accablantes [5].

Aujourd’hui, les violences masculines (notamment intrafamiliales) restent ultra-répandues et toujours très peu condamnées [6], et ce en grande partie à cause des multiples stratégies d’occultations que le patriarcat met en place pour permettre aux hommes de continuer à exercer impunément leurs violences [7]. Que l’on observe en ces années 2010 une renaissance de la figure du « père abusif excusé de ses violences » dans le cinéma d’animation est à mon avis le signe d’une ré-intensification de ces stratégies masculinistes d’occultation.

Je passerai en revue dans cet article les films les plus célèbres qui mobilisent ce schéma (ou des variations autour de ce schéma), et qui se répartissent historiquement en deux groupes : (1) ceux sortis au tournant des années 90 : La Petite Sirène (1989), La Belle et la Bête (1991) et Aladdin (1992) ; et (2) ceux des années 2010 : Raiponce (2010), Rebelle (2012), Hôtel Transylvanie (2012), L’âge de glace 4 (2012), Les Croods (2013), Moi, moche et méchant 2 (2013) et La Reine des Neiges (2013). Je me concentrerai ici sur les trois premiers, et je traiterai des autres dans la deuxième partie de cet article.

La Petite Sirène (1989) : « Papa, je t’aime »

Avec le personnage du Roi Triton, La Petite Sirène inaugure le règne des figures paternelles bienveillantes qui domineront sans conteste les classiques d’animation Disney des années 90 : Maurice dans La Belle et la Bête (1991), le Sultan dans Aladdin (1992), Mufasa dans Le Roi Lion (1994), Powhatan dans Pocahontas (1995), Zeus dans Hercule (1997), Fa-Zhou dans Mulan (1998) et le père de Jane dans Tarzan (1999) [8].

Cette omniprésence des figures paternelles est à mon avis problématique au moins pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’elle s’accompagne le plus souvent d’une invisibilisation des femmes (et plus particulièrement ici des mères). Or celles-ci assument encore aujourd’hui la plus grande partie des tâches domestiques, qui comprennent notamment le fait de s’occuper des enfants. Cette manière d’ignorer purement et simplement les femmes et leur travail domestique (rappelons qu’elles assument en tant que classe encore 80% des tâches ménagères) n’a rien de bien étonnant. En effet, la classe des hommes ne se contente pas d’exploiter la classe des femmes en lui faisant accomplir gratuitement ou pour un salaire de misère des tâches ingrates (et plus c’est ingrat, plus c’est les femmes qui se le tapent), mais cette exploitation s’accompagne en plus d’un profond mépris pour ce travail domestique, qui n’est d’ailleurs le plus souvent même pas reconnu comme un travail. Cette manière de jeter les femmes dans les oubliettes du patriarcat n’a malheureusement rien de dépassé, puisqu’on la retrouve par exemple dans la plupart des films d’animation des années 2000 mettant en scène les fameux « nouveaux pères » (voir ici, ici, ici et ici), ces mecs trop cools qui « s’investissent à fond dans la paternité » en passant des moments sympas avec les enfants… mais sans se taper les trucs un peu plus chiants et contraignants parce que faut pas trop pousser non plus.

Une deuxième raison pour laquelle je trouve ces représentations omniprésentes de pères bienveillants particulièrement problématiques est qu’elles contribuent à occulter les violences masculines intrafamiliales. Je me concentrerai pour commencer sur La Petite Sirène et Aladdin, les deux films des années 90 qui reconnaissent le plus explicitement l’existence d’une telle violence … pour mieux la minimiser et excuser le père.

La Petite Sirène raconte l’histoire d’Ariel, une sirène adolescente de 16 ans qui rêve de découvrir le monde des humains mais se heurte à l’autorité de son père, le Roi Triton, qui lui interdit formellement tout contact avec eux. Ce dernier considère avoir tous les droits sur sa fille, comme il lui dit d’ailleurs très clairement à un moment : « Aussi longtemps que tu vivras sous mon océan, tu m’obéiras ». Si le point de vue adopté est avant tout celui d’Ariel, qui perçoit le comportement de son père comme injuste et cruel, le film parvient tout de même à nous rendre le personnage de Triton sympathique et à excuser son comportement par tout un ensemble de stratégies.

Tout d’abord, le film nous explique que ce père autoritaire n’est mû que par la bienveillance et ne souhaite que le bonheur de sa fille. Si Triton interdit à Ariel de s’approcher des humains, c’est uniquement parce qu’il a peur pour elle (« Ils sont dangereux, et je n’ai pas envie de voir ma petite fille accrochée à l’hameçon de ces mangeurs de poissons »). Disney transforme ainsi un homme qui exerce une domination en « un homme qui a peur ». Cette manière d’euphémiser les violences exercées par les dominants est monnaie courante. Il suffit par exemple de penser aux mots « transphobie » ou « homophobie », qui sont fréquemment utilisés pour désigner les discriminations et violences subies par les trans ou les homos dans notre société. En nommant ces oppressions des « phobies », ces mots laissent presque entendre que les dominant-e-s seraient des victimes d’une peur qu’ils ne contrôleraient pas, alors qu’ils sont des individus qui ont intérêt à ce système d’oppression qui leur donne quotidiennement des privilèges (en tant que cis ou hétéros ici). C’est à mon avis la même rhétorique mystificatrice qu’utilise La Petite Sirène à propos du personnage de Triton : le malheureux était aveuglé par la peur, il faut donc le pardonner.

De même, à chaque fois que le Roi Triton est violent vis-à-vis d’Ariel, le film contrebalance immédiatement cette dénonciation du pouvoir patriarcal en nous montrant le père inquiet pour sa fille. Lors de leur première confrontation, Triton hurle sur elle en lui ordonnant d’obéir à sa loi sans discuter (alors qu’elle a tout de même 16 ans…), mais une fois que celle-ci est partie, il se métamorphose subitement en gentil papa soucieux et tiraillé par le doute (« Tu crois que j’ai été trop sévère ? », demande-t-il à son serviteur Sébastien). Quelques scènes plus tard, il franchira un pas de plus en entrant dans l’espace intime de sa fille pour y détruire son jardin secret dans un accès de colère. Et là encore, le film nous montrera ensuite le regard inquiet du père sur sa fille en larmes. S’il exerce une violence sur sa fille, le père le fait donc toujours à contre cœur et avec douleur…

sacré papa01sacré papa02Les doutes de papa Triton

Un autre exploit du film est d’arriver à rendre comique une intrusion intolérable du père dans l’intimité de sa fille. En effet, Triton s’inquiète tellement pour sa fille qu’il la fait surveiller 24h/24 par Sébastien, son esclave noir [9], chargé de lui faire régulièrement des rapports sur les faits et gestes d’Ariel. Or, loin de représenter cette atteinte à la vie privée comme un abus intolérable, le film désamorce toute critique en faisant de Sébastien un crabe drôle et sympathique qui deviendra finalement l’ami de l’héroïne.

Il faut imaginer un père se comportant de la sorte dans la réalité pour se rendre compte à quel point ce que montre le film est glauque, et à quel point la manière dont il le montre est mystificatrice. On a quand même affaire à un père qui hurle à sa fille de 16 ans qu’elle doit lui obéir au doigt et à l’œil, qui entre dans sa chambre et casse tous les objets auxquels elle tient, et qui la fait surveiller jour et nuit pour connaître ses moindres faits et gestes. Et ce père n’est pas condamné par le film, mais au contraire présenté comme un brave type qui, au fond, n’a toujours voulu que le bien de sa fille.

Enfin, l’ultime stratégie pour dédouaner le père de ses violences consiste à inventer une figure maternelle absolument diabolique à côté de laquelle il passera pour le plus chouette des papas. Je veux bien sûr parler de Ursula, la pieuvre machiavélique et frustrée qui instrumentalise Ariel pour usurper le pouvoir du Roi Triton. Les manœuvres de cette femme démoniaque permettront au père de montrer toute sa bonté d’âme en se sacrifiant à la fin pour sauver sa fille. Ainsi, le père ne domine plus sa fille, mais tous deux sont également dominé-e-s par la femme tentaculaire. Si Ursula n’est pas la mère biologique d’Ariel, elle joue néanmoins le rôle d’une mère pour la jeune fille (en l’accueillant lorsqu’elle se brouille avec son père et en l’initiant aux secrets de la féminité). Elle annonce en ce sens ces figures maternelles tyranniques du tournant des années 2010 que sont la Mère Gothel de Raiponce et la mère de Mérida dans Rebelle.

Dans une ambiance misogyne et antiféministe, le Prince Eric neutralisera la mère abusive et restaurera ainsi le pouvoir patriarcal de Triton. Par cet acte, il gagnera également la main de sa bien-aimée en prouvant sa valeur aux yeux du père. Le film valorise ainsi la passation d’autorité du père au mari dans la plus grande tradition patriarcale. Ce qu’il manquait à Triton pour réussir à laisser sa fille voler de ses propres ailes, c’était la certitude qu’elle serait protégée par un homme de valeur (c’est-à-dire, en d’autres termes, la certitude qu’elle sera liée à un homme, donc qu’elle ne volera précisément pas de ses propres ailes…).

sacré papa03Me voilà rassuré, ma fille est enfin dans les mains d’un homme de confiance

« Papa, je t’aime » sont les derniers mots qu’Ariel adresse à son père et la dernière réplique du film. Cette déclaration achève la glorification finale du père, qui ressort non seulement excusé du comportement abusif qu’il a eu pendant tout le film vis-à-vis de sa fille, mais qui passe en plus pour un type merveilleux juste parce qu’il a généreusement accepté que sa fille ait le droit de faire ce qu’elle veut de sa vie…

Aladdin (1992) : « Suis-je le Sultan de ce pays oui ou non ? »

Sorti 3 ans plus tard, Aladdin mobilise à peu près le même schéma. Non seulement le Sultan empêche-t-il sa fille Jasmine de sortir du palais royal, mais il tente en plus de la marier de force à un prince. La scène qui introduit les deux personnages pose les bases de la stratégie par laquelle le film excuse le comportement abusif du père. Cette stratégie consiste à faire du Sultan non pas un oppresseur mais une victime, et ce de trois manières.

Tout d’abord, le Sultan est une victime des traditions de son pays (« La loi veut que tu sois mariée à un prince avant ton prochain anniversaire », dit-il à Jasmine lorsqu’il s’aperçoit qu’elle a encore repoussé un prétendant). C’est parce que ça se passe chez « les Arabes » vous comprenez, dans ce pays « où ils te coupent l’oreille quand ils n’aiment pas ta tête » comme le dit la chanson originale du générique [10]. Et là-bas, on opprime les femmes à cause de traditions et de lois archaïques (alors que chez nous les femmes elles ne sont pas du tout violées, battues, harcelées, exploitées, invisibilisées, méprisées, insultées, etc., n’est-ce pas ?…). Ainsi, conformément à l’esprit raciste du film (analysé ici), Jasmine n’est pas opprimée avant tout par les hommes et le pouvoir patriarcal, mais par les lois archaïques de son pays de « barbares ». Si l’on peut donc lire une critique de la domination masculine dans ce film, c’est donc uniquement de la domination masculine de « là-bas » dont il est question, ce qui nous permet de continuer à ne pas nous interroger sur la domination masculine de « chez nous », qui a elle-aussi ses statistiques bien remplies de harcèlements, pressions, viols, violences conjugales, incestes, etc. (Pour bien distinguer cette instrumentalisation du féminisme à des fins racistes/nationalistes d’un féminisme non-raciste, certain-e-s ont eu la bonne idée de le nommer « fémonationalisme » [11], terme que je trouve personnellement très utile pour analyser beaucoup de discours et de films, dont Aladdin).

Ensuite, le Sultan est (comme le roi Triton) une victime de sa peur : « Tu peux aisément t’imaginer que je ne serai pas toujours là, et à vrai dire… j’aimerais être certain que quelqu’un soit là pour s’occuper de toi », lui barbouille-t-il tout embarrassé.

sacré papa04« Mais mon choubidou d’amour je m’inquiète pour toi tu comprends »

Ah, quel gentil papa, il est juste inquiet pour sa fille c’est tout. Et il a bien raison de l’être, parce que les femmes laissées à elles-mêmes ça ne va pas bien loin. Il n’y a qu’à voir par exemple comment la pauvre Jasmine manque de se faire couper la main par un barbu dès sa première excursion hors du palais. Heureusement, Aladdin est là pour la protéger. Comme dirait l’autre : « Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée tu sais c’est pas si facile »…

Enfin, le Sultan n’est pas un oppresseur parce que le vrai oppresseur, qui fait de Jasmine son esclave sexuelle et tente de la marier de force, c’est Jafar. Le film fait de celui-ci un grand manipulateur, qui hypnotise le Sultan et fait de lui sa marionnette.

sacré papa05« Regarde-moi ! je t’ordonne d’être un méchant papa qui opprime sa fille ! »

On se retrouve ainsi avec des scènes où le gentil papa lutte tant bien que mal contre Jafar pour défendre la liberté de sa fille (« je ne peux choisir quelqu’un qu’elle déteste »). Du coup, le Sultan passe pour quelqu’un qui ne fait que « suggérer » des prétendants à Jasmine, mais qui ne veut surtout pas lui en « imposer » (comme le fait Jafar). Comme dans La Petite Sirène, le conflit père-fille qui ouvre le film donc progressivement effacé et remplacé grâce à l’introduction d’un troisième personnage (Ursula et Jafar). La fille ne lutte plus désormais contre son père, mais avec son père contre une menace plus grande qui les opprime tous deux.

Heureusement, Aladdin sauvera ces deux victimes des maux qui les assaillent. Grâce à son courage et son intelligence, il parvient en effet à vaincre le puissant Jafar lors d’un combat héroïque. Cette démonstration de virilité inspirera le petit Sultan bedonnant, qui aura finalement les couilles de réécrire les lois dans un sens plus progressiste (c’est beau la démocratie selon Disney…) : « Le jeune a amplement prouvé sa valeur, c’est cette loi qui crée le problème ! Suis-je le Sultan de ce pays oui ou non ? Je déclare que désormais la princesse épousera celui qu’elle croit digne d’elle ». Cette avancée féministe qui conclut le film se fait dans une ambiance à la fois viriliste et raciste. Viriliste car elle est l’œuvre d’un homme (le Sultan) qui trouve le courage de se placer au-dessus des lois parce qu’il a été inspiré par les exploits d’un autre homme (Aladdin), la femme restant une spectatrice passive, admirative et reconnaissante.

sacré papa06« Par les pouvoir virils qui me sont conférés, je m’autoproclame Sultan pro-féministe et papa idéal ! »

sacré papa07« Oh merci ! Vous les hommes vous êtes si généreux de nous autoriser à faire ce que l’on veut de temps en temps ! Vive papa ! Vive le patriarcat et sa sagesse infinie ! »

Mais cette fin est aussi raciste car l’homme qui inspire le Sultan ne se distingue pas seulement des autres personnages par son courage, mais aussi par son apparence plus « occidentale » (visage de lycéen américain modelé sur Tom Cruise, pas de barbe ni de moustache contrairement aux autres personnages, peau plus claire, etc. : voir ici pour une analyse du racisme dans la représentation des différents personnages). Le film nous rappelle d’ailleurs à la fin cette exceptionnalité raciale d’Aladdin : quand Jasmine lui saute au coup en déclarant « C’est lui ! Je l’ai choisi ! Je t’ai choisi, Aladdin », ce dernier répond « Appelle-moi Al » (diminutif qui sonne beaucoup moins « arabe » et beaucoup plus occidental…).

Contrairement à des films comme Pocahontas ou Mulan, qui s’avèreront un peu plus progressistes sur ce point, ce n’est pas parce qu’ils reconnaissent la valeur de leur fille que Triton ou le Sultan décident la laisser libre de faire ses choix, mais parce qu’ils reconnaissent la valeur de l’homme dont elle va devenir la propriété. Les femmes restent ici des objets de transaction entre hommes, et n’ont donc pas de valeur propre (ou plus exactement, leurs choix n’acquièrent de la valeur que lorsqu’elles choisissent un homme de valeur, c’est-à-dire un homme dont papa reconnait la valeur).

De plus, ces films réussissent à faire passer le mariage hétérosexuel comme la panacée de l’émancipation pour les femmes. A plusieurs reprises, Aladdin tend la main vers Jasmine en lui demandant de lui « faire confiance ». Pour elle, cette main est celle qui la sortira de la prison dans laquelle l’enferme sa condition de princesse. Le héros lui fait ainsi goûter la liberté sur son tapis volant lors de la chanson « A Whole New World » (« Ce rêve bleu » en français). Ce « nouveau monde » que le héros « offre » à Jasmine est un monde où elle ne sera pas opprimée (« Personne pour nous dire non, personne qui gronde, personne pour nous blâmer ») et où illes vivront leur liberté à deux (« Formidable vision, quelle incroyable frisson d’être tous les deux, planant librement dans le firmament»). Or si l’on se rappelle que le foyer est encore aujourd’hui le lieu le plus dangereux pour les femmes (enfants puis adultes) [12], ce genre de discours apparaît comme une mystification romantique de la violente réalité qu’est le couple hétérosexuel pour beaucoup d’entre elles.

sacré papa08Fais-moi confiance, je vais t’offrir un monde plein de merveilles

sacré papa09Oh ouiii, on ne m’avait pas menti, le couple c’est vraiment le paradis pour une femme !

La Belle et la Bête (1991) : « Le Maître n’est pas quelqu’un de si méchant quand on le connait… »

Sorti entre La Petite Sirène et Aladdin, La Belle et la Bête s’inscrit exactement dans la même lignée masculiniste. Ici, ce n’est pas le comportement abusif du père qui est excusé par le film, mais celui du mari/compagnon/petit ami/amoureux/etc. Papa est en effet un type absolument merveilleux. Tellement merveilleux que Belle n’hésite pas une seule seconde à se sacrifier pour lui en se constituant prisonnière de La Bête, un homme transformé en monstre par un sortilège qui ne pourra être levé que s’il parvient « à aimer et se faire aimer en retour » avant le jour de son 21ème anniversaire. La partie centrale du film se concentre ainsi sur l’amour naissant entre la jeune héroïne et la Bête qui la séquestre dans son château.

Comme dans La Petite Sirène et Aladdin, la violence masculine est bien montrée, mais pour être aussitôt excusée (et donc légitimée) par un ensemble de stratégies. La première consiste à abonder dans la rhétorique patriarcale classique qui présente les hommes comme des êtres violents par nature, et qui ont à lutter contre la bête sauvage en eux. Ce genre de discours peut paraître étrange au premier abord, puisqu’il est plus fréquent de la part des dominants de justifier leur appropriation des individus du groupe dominé en se posant comme eux-mêmes comme ayant émergé de la Nature, alors que les dominé-e-s resteraient au contraire immergé-e-s, voire englué-e-s en elle. C’est ainsi par exemple que le racisme, le sexisme ou le spécisme font respectivement des non-blancs, des femmes et des animaux des « êtres de nature » à la pensée limitée (voire inexistante) et perpétuellement renvoyé-e-s à leur corps. Toutefois, comme le remarque Colette Guillaumin, il peut aussi arriver que les dominants se reconnaissent parfois « quelque lien avec la Nature ». Mais attention : « quelques liens, mais pas plus, certainement pas une immersion » [13]. Si les dominants recourent parfois à de tels arguments « naturalisants », c’est uniquement pour justifier leur domination. C’est ainsi qu’ils redeviennent des « prédateurs carnivores » lorsqu’il s’agit de justifier la consommation de viande, ou qu’ils redeviennent des « mus par des pulsions irrépressibles » lorsqu’il s’agit de justifier les viols [14].

Dans La Belle et la Bête, l’homme violent est littéralement une « bête », un animal impulsif, sauvage et violent. Si celui-ci séquestre et maltraite l’héroïne, ce n’est pas de sa faute au fond, c’est juste sa nature irrépressible de mâle violent qui parle. Quand il va voir Belle, ses domestiques le mettent en garde : « Surtout, dominez votre caractère maître ! » (You must control your temper !). Le film nous explique ainsi qu’un homme doit lutter avec lui-même pour ne pas être violent, parce que l’état normal pour lui, c’est la violence. Du coup, l’homme qui ne bat pas sa femme devient presque un héros qu’il faudrait féliciter pour ses généreux efforts. Ce genre de représentation participe ainsi pleinement de « culture du viol [15]» (et plus largement de toutes les violences physiques et sexuelles masculines), parce qu’il normalise et banalise ces violences.

Ce discours a en plus ici une tonalité assez masculiniste, puisque l’insistance est mise sur la souffrance de la Bête elle-même. Le film nous sert ainsi le couplet des hommes-victimes-de-leur-propre-violence, cette malédiction qui semblent les faire souffrir presque autant que celles qui reçoivent leurs coups… (Eminem nous ressortira le même refrain dans son immense tube « Love the way you lie »). Si la Bête est violent, c’est parce que c’est un homme blessé. Pas un dominant qui opprime une femme donc, mais un malheureux qu’il faut guérir, qu’il faut sauver de son supplice.

sacré papa10Je suis violent…

sacré papa11… mais c’est pas de ma faute, c’est plus fort que moi… je suis le premier à en souffrir…

Au passage, le masculinisme du film transparaît également cette scène où Lumière et Mme Samovar conseillent la Bête sur le comportement à adopter pour séduire Belle. Les deux domestiques font perdre la tête au pauvre homme en le bombardant d’injonctions contradictoires : « Redressez-vous. Essayez de vous comporter en gentleman » / « Quand elle entre, faites lui un sourire fringuant et aimable » / « Mais n’effrayez pas la pauvre petite » / « Impressionnez-là avec votre esprit mordant » / « Mais soyez doux ! » / « Bombardez là de compliments » / « Mais soyez sincère ! » [16]

sacré papa12« Fais pas ci » « Fais pas ça »

sacré papa13J’en peux plus ! Toutes ces injonctions contradictoires vont me rendre fou !

Ah lala, c’est dur le rapport de séduction hétéro pour les hommes… Non seulement ceux-ci doivent veiller « contrôler leur tempérament » lorsqu’ils sont avec une femme (c’est-à-dire faire un effort pour ne pas la violer), mais ils doivent en plus constamment faire attention à être à la fois assez entreprenants mais pas trop non plus (rester « gentleman »)… Ce genre de discours qui se concentre sur la difficulté pour les hommes à correspondre au modèle qui leur est imposé est profondément masculiniste. Certes, il est vrai que le patriarcat impose aux hommes d’être actifs dans le rapport de séduction, et en ce sens, c’est donc sur eux que la « pression » pèse le plus à ce moment. Mais se contenter de dire ça (comme le fait le film) revient (1) à se concentrer sur l’aspect contraignant pour les hommes d’un rapport de pouvoir qui leur confère en même temps des privilèges énormes (c’est à l’homme de choisir la femme qu’il veut séduire/posséder, parce qu’il est le sujet tandis qu’elle est l’objet qu’il va s’approprier) ; et (2) cela revient aussi à occulter totalement le point de vue des femmes, ce qui leur est imposé à elles (car si l’on dit à l’un d’être actif, on dit à l’autre d’être passive ; si on dit à l’un de choisir, on dit à l’autre d’attendre qu’on la choisisse ; etc.). Je rappelle tout de même que, contrairement à ce que cette scène nous montre, ce ne sont pas les hommes qui sont les premiers à être bombardés d’injonctions contradictoires, mais bien les femmes (et Disney est d’ailleurs expert en la matière).

Face aux hommes violents qui les séquestrent et les maltraitent, le film conseille aux femmes d’être compréhensives et aimantes. Quand Belle s’enferme dans sa chambre et refuse de voir la Bête, l’Armoire lui donne ce conseil ô combien judicieux : « Le maître n’est pas quelqu’un de si méchant lorsqu’on le connaît, voyons, pourquoi ne lui donnez-vous pas une chance ? ». Ben oui, si un type te violente, la chose à faire c’est pas de partir au plus vite, mais c’est de lui « donner une chance ». C’est d’ailleurs ce que fera finalement l’héroïne, et sa dévotion sera récompensée puisque la Bête se transformera finalement en prince charmant.

sacré papa14Prends soin de ton Maître. Reste toute entière dévouée à lui, et tu gagneras …

sacré papa15… un nice guy ! (Et beau gosse en plus…)

En faisant croire aux jeunes spectatrices que l’amour et l’abnégation peuvent transformer un mari violent en prince charmant, le film les conditionne à accepter sans broncher les violences qu’elles subiront peut-être dans leur couple. En plus, au lieu de faire porter la responsabilité des violences à ceux qui en sont les auteurs, ce genre de discours culpabilise au contraire les femmes, puisque c’est à elles qu’il revient de « guérir » les hommes (ne l’abandonne surtout pas, et s’il continue d’être violent, c’est parce que tu ne l’as pas assez aimé…).

Un moment clé du film est celui où Belle tente de s’échapper du château. Alors qu’elle est perdue au milieu de la forêt et cernée par les loups, la Bête intervient héroïquement et la sauve au péril de sa vie. Cette scène est cruciale au moins pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’elle déplace le lieu du danger pour l’héroïne. En effet, depuis le début du film, le lieu où règne la menace est la demeure du Maître, le foyer (lieu qui est effectivement dans la réalité le lieu le plus dangereux pour une femme). Mais à partir de ce moment, c’est au contraire l’extérieur qui est posé comme un lieu plein de dangers (elle s’y fait attaquer par les loups la première fois, puis par les villageois la seconde fois), et le foyer apparaît ainsi par contraste comme un lieu sûr pour l’héroïne, un lieu où elle est en sécurité car protégée par l’homme (ce qui correspond au discours patriarcal traditionnel, qui contribue à perpétuer les violences domestiques). De plus, cette scène permet de placer Belle et La Bête dans des rôles genrés traditionnels qui mystifient également la réalité des violences masculines : l’homme apparaît comme le sauveur dont la violence est protectrice pour la femme (alors que cette violence se retourne bien souvent contre elle dans la réalité), et la femme est celle qui prend soin de l’homme (elle lui guérit ses blessures devant la cheminée), ce qui particulièrement pernicieux dans le cadre des violences conjugales, puisque ces injonctions à être dévouées et aimantes tendent à enfermer les victimes avec leurs bourreaux.

Enfin, le film occulte le fait que la violence de la Bête est une violence patriarcale en créant une figure repoussoir, Gaston, qui devient « le grand méchant macho » du film à côté de qui le héros incarne un patriarcat bienveillant et protecteur.

sacré papa16sacré papa17Gaston, le macho man des campagnes

Ce dispositif prend une forme classiste puisque Gaston est dépeint comme un « plouc » inculte du fin fond de la campagne, alors que La Bête est au contraire un aristocrate lettré qui vit dans un château. Ce genre de représentations conforte ainsi l’idée (dont la fausseté a été plusieurs fois démontrée [17], mais qui reste pourtant encore largement répandue) selon laquelle les violences masculines seraient plus nombreuses dans les classes populaires que dans les classes supérieures.

Pour finir, on peut d’ailleurs remarquer que chacun des trois films dont j’ai parlé ici utilisent cette même stratégie consistant à renvoyer la violence du père ou du mari à une figure d’ « Autre » : Ursula la femme avide de pouvoir dans La Petite Sirène (dispositif misogyne et antiféministe), Jafar l’ « Arabe » dans Aladdin (dispositif raciste), Gaston le « bouseux » dans La Belle et la Bête (dispositif classiste). Non seulement ces films occultent finalement les violences masculines intrafamiliales perpétrées par les pères et les maris, mais ils innocentent en particulier les hommes blancs des classes supérieures, comme continue de le faire notre système policier et judiciaire qui reste aujourd’hui encore sexiste, raciste et classiste.

Paul Rigouste

Notes :

[1] Paru en 2006 aux éditions Syllepses dans la collection « Nouvelles questions féministes ».

[2] Romito, p. 155-156 (je surligne en gras)

[3] Sur le backlash, voir le livre de Susan Faludi intitulé Backlash, la guerre froide contre les femmes

[4] Sur cette question de la production des statistiques, voir par exemple le livre de Patrizia Romito, et le numéro « Violence contre les femmes » de la revue Nouvelles Questions Féministes (Vol. 32, n°1)

[5] Romito, p. 14-15

[6] Romito, p. 13-14

[7] Sur toutes ces stratégies d’occultation, voir le livre de Romito.

[8] La seule exception à cette règle est Frollo, père adoptif de Quasimodo dans Le Bossu de Notre Dame (1996). A croire que l’amour et la bienveillance sont des produits du lien biologique qui unit le père à ses enfants et sont par conséquent plus rares (voire inexistant) chez les parents adoptifs (mystique du gène, quand tu nous tiens… http://www.lecinemaestpolitique.fr/starbuck-les-genes-ya-que-ca-de-vrai/). Sur les différences de représentations entre les pères et les mères chez Disney, voir aussi : http://www.lecinemaestpolitique.fr/peres-et-meres-chez-disney-qui-a-le-beau-role/ 

[9] Sur la dimension raciste de ce personnage, voir http://www.lecinemaestpolitique.fr/la-petite-sirene-1989-disney-relit-andersen/

[10] “Where they cut off your ear if they don’t like your face/It’s barbaric, but, hey, it’s home”

[11] Voir par exemple http://www.peripheries.net/article335.html ou http://www.contretemps.eu/interventions/fondements-politico-%C3%A9conomiques-f%C3%A9monationalisme. Sinon, un article peut-être plus simple (et plus court !) sur l’homonationalisme (dont la mécanique raciste est analogue à celle à l’œuvre dans le fémonationalisme) : http://negreinverti.wordpress.com/2014/02/27/lhomonationalisme-1-une-definition-simple/

[12] Voir par exemple les statistiques citées par Delphy, Un troussage de domestique (p. 17) ou Romito, Un silence de mortes (p. 34)

[13] Colette Guillaumin, Sexe, Race et Pratique du pouvoir : L’idée de Nature, 1992, p. 70 et suiv. Sur ce sujet, voir aussi le texte « En finir avec l’idée de Nature » de Yves Bonnardel (que l’on peut lire ici : http://tahin-party.org/finir-idee-nature.html#nh8)

[14] http://tahin-party.org/finir-idee-nature.html#nh8 (note 8)

[15] http://www.madmoizelle.com/je-veux-comprendre-culture-du-viol-123377
http://www.crepegeorgette.com/2013/03/20/comprendre-la-culture-du-viol/
https://www.youtube.com/watch?v=AmhRX3LXzgk
[16] Straighten up. Try to act like a gentleman” / “When she comes in, give her a dashing debonair smile” / “But don’t frighten the poor girl” / “Impress her with your rapier wit” / “But be gentle !” / “Shower her with compliments” / “But be sincere”

[17] Voir pour le cas de la France les études citées par Véronique Le Goaziou dans « Les viols en justice : un (in)justice de classe ? » (NQF n°32(1), 2013) : Jaspard et al., Les violences envers les femmes en France (2003) & Nathalie Bajos et Michel Bozon, « Les agressions sexuelles en France : résignation, réprobation, révolte », dans Enquête sur la sexualité en France (2008).

Autres articles en lien :

58 réponses à Quand les films d’animation occultent les violences masculines intrafamiliales (I) : La Petite Sirène, Aladdin, La Belle et la Bête

  1. Cet article était réellement passionnant! Bon, il brise un peu mon enfance, mais je constate que j’étais passée à côté de la moitié des travers de ces dessins animés. Je vais de ce pas voir vos autres articles, merci 🙂

    • Merci beaucoup pour votre compliment, ça fait toujours plaisir. A bientôt.

    • « Brisé votre enfance » ? Pourquoi donc ?
      Les films sont de très bonne qualité. Mais ça ne doit pas empêcher de voir leurs travers, de les analyser, d’expliquer en quoi ils sont sexistes etc.
      Des tas d’aspects de la société sont sexistes, c’est pas une raison pour aller vivre en ermite.

  2. Bonjour,

    Je trouve également votre article très intéressant.
    Vous ne parlez pas du conte Peau d’Ane, qui n’a certes pas été adapté en dessin animé, mais qui a fait l’objet d’une film comédie musicale réalisée par Jacques Demy en 1970. Est-ce volontaire ?

    Ce film est particulièrement intéressant pour appréhender les violences pères – filles au cinéma. La violence y est extrême (le père veut épouser sa fille) mais elle est traitée de manière très ambiguë, seulement à moitié condamnée (le terme d' »inceste » n’est d’ailleurs jamais prononcé).

    Si vous l’avez vu, je serais curieuse de connaître votre analyse sur ce film.

    • Ah oui c’est une très bonne idée effectivement. Je n’ai pas du tout pensé à ce film quand j’ai écrit l’article, car je m’intéressais aux films d’animation américains, et Peau d’âne est un film français.

      Je ne m’en souviens plus assez pour pouvoir en dire grand chose, mais je vais le re-regarder. Je suis curieux de voir quel sera son propos, surtout que s’il a été tourné en 1970, le contexte idéologique devait être a priori moins antiféministe/masculiniste qu’il ne l’est aujourd’hui (et qu’il ne l’était pendant les années 80/début des années 90).

      Un truc dont je crois me souvenir, c’est que Peau d’âne a une marraine, jouée par Delphine Seyrig en plus (une féministe donc : https://www.youtube.com/watch?v=dx7OrFe2s2M), qui joue un rôle de conseillère auprès de la jeune fille, et (il me semble) dans un sens plutôt émancipateur (mais bon là après c’est ptet moi qui reconstruit ça dans ma tête, car je l’ai vu il y a super longtemps). Or dans les films d’animations récents, une telle figure féminine bienveillante est totalement introuvable. Celle qui pourrait jouer ce rôle dans La Petite Sirène est Ursula (qui recueille Ariel quand elle en peut plus de son père), et celle-ci se révèle encore plus dangereuse que Triton ! Bref, Peau d’âne est peut-être déjà plus intéressant que ces nouveaux films où il n’y a absolument aucune solidarité féminine face à la domination patriarcale (c’est toujours des hommes qui sauvent les filles, d’un autre danger que le père en plus…)

      Mais bon, après il faudrait que je revoie le film, qui est sûrement très ambivalent, comme vous le dites.

      • Je ne savais pas que Delphine Seyrig etait féministe.
        voila la chanson au sujet de l’inceste ;

        Chansons Les Conseils de la Fée des Lilas – Peau d’Ane
        La situation mérite attention.

        Mon enfant
        On n’épouse jamais ses parents
        Vous aimez votre père, je comprends
        Quelles que soient vos raisons
        Quels que soient pour lui vos sentiments

        Mon enfant
        On n’épouse pas plus sa maman
        On dit que traditionnellement
        Des questions de culture et de législature Décidèrent en leur temps
        Qu’on ne mariait pas les filles avec leur papa

        Un prince, une bergère peuvent bien s’accorder quelquefois
        Mais une fille et son père c’est ma foi
        Un échec assuré, une progéniture altérée

        Mon enfant
        Il vous faut oublier à présent
        Ces fantasmes démoralisants
        Et vous rencontrerez
        Un charmant va-nus-pieds ou un prince mendiant
        Mais, de grâce, oubliez cet hymen insensé

        Mon enfant
        La vie vous offrira ses présents
        Mais il vous faudra auparavant
        Vous conformer au plan
        Que j’ai conçu pour vous savamment.

        Mon enfant
        Ne craignez pas les égarements
        Je vais vous éclairer brillamment
        Je vais vous protéger
        J’ai pour vous un chemin par mes soins tout tracé
        Mais, de grâce, écoutez :
        J’ai tout manigancé

        ———–

        Effectivement le mot inceste n’est pas prononcé. Aussi la chanson s’adresse à Peau d’Âne pas au père alors que c’est le père qui désir épouser sa fille. Et à lire la chanson ca me fait l’effet d’être une idée de la fille. Par contre c’est quant même tellement rare une fiction pour enfant qui ose abordé ce sujet qui touche pourtant beaucoup d’entre elleux, que Peau d’âne est tout de même hyper progressiste.

        Ce qui est étrange c’est que les raisons pour lesquels le roi veut épousé sa fille sont provoqué par la reine défunte. Elle lui a fait jurer que son lit de mort qu’il n’épouserai pas de femme moins belle qu’elle. Le seule femme étant plus belle que la reine est sa fille. Le père est tout de même dérésponsabilisé.

        • Peau d’Ane est en effet un conte assez étrange, et je me demande si les studios disney seraient capables d’un jour l’adapter en film d’animation sans le vider de tout son sens. Mais ça me semble peu probable, le sujet de l’inceste est trop tabou pour qu’ils s’autorisent à en parler.

          • C’est sûr que c’est pas de si tôt que Disney risque de parler explicitement de l’inceste, mais après je pense que c’est peut-être possible d’avoir un jour un film qui le traite de manière métaphorique en le dénonçant. Après tout, Disney vient bien de produire Maléfique qui parle de viol de manière plutôt intéressante politiquement (http://www.lecinemaestpolitique.fr/malefique-trois-pas-en-avant-un-pas-en-arriere/). Mais après, peut-être que l’inceste est une forme de viol encore plus tabou, c’est fort possible. Dans tous les films que j’évoque ici (et dans l’article suivant, il est question de violence physique et psychologique sur des enfants, mais jamais vraiment de violences sexuelles sur des enfants, même métaphoriquement il me semble). Donc effectivement, l’inceste abordé dans un Disney c’est peut-être pas pour tout de suite…

          • Hum … Mine de rien, cette question de violences sexuelles métaphoriques dans les Disney mérite peut-être d’être approfondie.

            Je ne me souviens plus trop d’Aladdin, mais il me semble que Jaffar n’utilise jamais son sceptre-serpent pour envouter directement Jasmine (je pense ne pas avoir besoin d’expliciter le genre de métaphore que ça aurait pu représenter), préférant s’en servir sur le sultan et faisant appel au génie lorsqu’il veut l’envouter elle, je suppose donc que ce film n’est pas concerné. En même temps, comme je l’ai appris sur ce site, Jaffar est un crypto-gay et il aurait été étrange qu’il agresse sexuellement un personnage féminin.

            Pour la belle et la bête, il y a clairement une histoire de harcèlement sexuel et de syndrome de Stockholm -j’ai même déjà lu une analyse qui expliquait que le film décrivait avec pas mal d’exactitude les différentes étapes du dit syndrome- et je ne serais pas surpris qu’on puisse trouver le thème du viol abordé en sous-texte à plusieurs moments du film, mais encore une fois je ne l’ai pas vu depuis un moment.

            Pour la petite sirène, c’est plus ambigu, je suis également tombé sur des lectures du film allant dans ce sens, mais je reste assez sceptique sur ce que j’ai pu trouver. Il y a peut-être une dimension sexuelle symbolique, mais je ne pense pas qu’on puisse parler de viol en l’occurrence.

          • A mon avis, si les studios Disney l’adaptaient, ils rendraient le conte plus lisse en faisant en sorte qu’un méchant sorcier s’éprenne d’une Reine défunte et l’épouse pour s’emparer de son pouvoir et voudrait garder son épouse afin d’avoir un fils. La Reine aurait déjà une fille qui serait Peau d’Âne sauf que la Reine tombe malade et meurt et le Roi décide d’épouser la première qu’il trouve: sa belle-fille qui serait obligée de s’enfuir. Et tout serait rendu plus lisse parce qu’il n’y aurait pas de lien direct parental entre le Roi et la Princesse puisque le père serait devenu un méchant beau-père et un conte réécrit. Ca serait bien le genre de Disney ça: tenter de rassurer les gosses, c’est comme à cause du puritanisme américain qui a fait qu’ils ont fait de Frollo un juge et pas un prêtre (mais avec moi, ça a servi à rien parce que vu comme il était habillé, quand j’étais petite, j’étais persuadée que c’était un évêque), je sais hors-sujet mais c’était juste pour montrer que Disney adoucissait trop tout.

          • Le conte de Peau d’Âne est selon moi assez réactionnaire dans son traitement de l’inceste, justement (et le film de J.Demy aussi je trouve).

            D’abord, tout est fait pour excuser le père incestueux et rejeter la faute sur…des femmes:
            L’idée d’incester sa fille ne vient pas vraiment de lui, puisque c’est sa femme qui le lie à une promesse (sur son lit de mort en plus) de ne se remarier qu’avec une femme plus belle qu’elle. Ensuite, pour tenter de lui échapper, la fille va lui réclamer des robes toutes plus chères les unes que les autres, et le roi (le pauvre homme) va s’évertuer à les lui donner, jusqu’à se ruiner lui-même (puisqu’il lui donne l’âne aussi). Dans certaines versions du conte, (les pires) l’acharnement du père est vu comme une preuve d’un amour ultime, puisqu’il sacrifie toutes ses richesses pour épouser sa fille (le pauvre). Peau d’âne passe pour une ingrate en refusant d reconnaitre la valeur des cadeaux qu’elle reçoit et en continuant de le repousser.
            Enfin, (et c’est à mon avis très grave si le conte vise à mettre en garde les enfants contre ce genre de crime) c’est Peau d’âne qui porte la souillure, c’est elle qui doit revêtir la peau et partir en voyage d’expiation jusqu’à ce que, grâce à sa supériorité de rang et son apparence physique (=aucun mérite personnel) elle séduise un autre homme sous la tutelle duquel elle sera enfin en sécurité. Donc on apprend aux enfants que s’ils sont incestés, c’est de un, déjà un peu de leur faute, et de deux, qu’ils doivent expier cette faute par une souffrance…Hé bien je ne lirais pas ce conte à des enfants, personnellement.

            Un autre conte qu’esquive Disney depuis la nuit des temps, c’est le conte de Barbe Bleue. Ce conte est l’inverse total de La Belle et La bête, en cela qu’il relate une histoire de violence conjugale, dans certaines version de manière très progressiste. Cette fois-ci je trouve que le conte met bien en garde les jeunes épouses sur la possible violence du mari, et les encourage par exemple à trouver refuge dans leur famille. On se demande pourquoi ce conte n’a jamais été adapté…

            Barbe bleue

      • Bonjour,

        Article passionnant, merci. Jeune maman, ce sujet me parle d’autant plus.
        Je suis très intéressée par un éventuel article sur Peau d’Ane qui m’a fait me poser beaucoup de questions quand je l’ai vu (trop) jeune, vers 7 ans.

        Au plaisir de vous relire

  3. Super article, merci beaucoup ! 🙂

    Une petite question : puisque les mots transphobie et homophobie posent problème du fait de leur étymologie, vous avez des termes pour les remplacer ? Ou vous tournez juste toutes les phrases différemment ? (parce que je les emploie fréquemment, alors ça m’intéresse)

    • Pour être un peu plus précis que dans l’article, je ne pense pas que ces termes posent toujours problème et qu’il faille absolument les remplacer. J’ai l’impression qu’ils ont certains défauts (comme celui faire passer une domination pour de la « peur »), mais ils ont aussi certaines qualités. Je pense que ça dépend dans quel contexte on les utilise, avec qui on parle, et qu’est-ce qu’on veut mettre en évidence en particulier quand on emploie le mot.

      Sur ce sujet, j’avais lu le numéro des NQF intitulé « Homophobie » qui était très intéressant. Si je me souviens bien, ça pointait non seulement le côté « psychologisant » du mot (du genre « c’est juste un problème que certaines personnes ont individuellement dans leur tête »), mais aussi le fait que ça invisibilisait les lesbiennes. Parce que, vu qu’on vit dans une société patriarcale, ce qui vient généralement en premier à l’esprit quand on entend parler d’homophobie, c’est des hommes. Du coup était avancée l’idée que ça pouvait être mieux de parler de gaiphobie ou de lesbophobie, parce que c’était pas du tout des oppressions identiques, et qu’on amalgamait du coup avec ce mot des oppressions différentes tous en invisibilisant souvent inconsciemment les lesbiennes.

      Un terme alternatif à « homophobie » qui était proposé dans ce numéro était « hétérosexisme ». Je crois que l’argument c’est que ça individualise et « psychologise » moins que le mot « homophobie ». ça connote plus un système de domination qui profite à des dominant-e-s (qui sont nommés dans le mot : les hétéros/hétéras). Mais bon, après ça a peut-être aussi le même défaut qu’ « homophobie » d’invisibiliser les lesbiennes (+ les bisexuel-le-s et pansexuel-le-s) (car quand on dit « hétéro », on pense immédiatement à « homo », et plus précisément à des hommes).

      Bref, de toute façon c’est compliqué je pense, parce que y a des qualités et des défauts dans chacun des mots. Dans l’article je voulais pas critiquer ces mots en soi, mais juste dire qu’il y avait un risque que ça reconduise une conception individualisante, psychologisante et dépolitisante des rapports de domination.

      (après je vais essayer de retrouver ce numéro de NQF pour vérifier si je dis pas de bêtises et parce que je suis sûr que j’oublie et caricature plein de trucs)

      Et pour le mot « transphobie », je n’ai jamais lu ou entendu d’alternative personnellement. Sur les blog de trans que je lis, j’ai l’impression que c’est le terme le plus répandu. Mais je vais chercher pour voir si y a des critiques de ce terme (et éventuellement des alternatives).

      Sinon, par rapport au problème du « -phobie » qui connote la peur, je trouve qu’une idée d’alternative pas mal pourrait être un mot analogue à « misogynie ». Parce que si y a toujours le problème de l’individualisation/psychologisation, il y a plus l’idée d’une « haine » et d’un « mépris » (dans le « mis »), ce qui est déjà plus proche de la réalité que lorsqu’on parle de « peur ».

      Parce que ce que je trouve quand même pas mal avec les mots « transphobie », « lesbophobie », « gaiphobie » « misogynie », c’est qu’ils mettent en avant les victimes de l’oppression. Alors que des mots comme « sexisme » ou « hétérosexisme » évoquent peut-être moins directement les violences que subissent celleux qui subissent ce rapport d’oppression.

      Bref, je m’arrête, parce que j’ai du mal à être clair. Mais bon, je pense de toute façon que il y a globalement des avantages et des inconvénients des deux côtés, et que l’emploi de certains mots est plus une question de stratégie politique (quels effets on veut produire à tel moment dans tel contexte). Et évidemment, je pense aussi que la meilleure chose à faire c’est d’écouter ce que préfèrent les dominé-e-s, pour pas exercer une violence (symbolique) de plus en décidant à leur place quels mots il vaut mieux employer pour parler de la domination qu’illes subissent elleux 🙂

      • Ok, merci beaucoup pour ta longue réponse, c’est très intéressant ! (Et si c’est très clair ^^)

      • Personnellement je trouve encore quelque chose de problématique avec le terme hétérosexiste, c’est le fait qu’il inclue le mot sexe. Outre le fait qu’il peut induire en erreur – les premières fois que j’ai entendu parler d’hétérosexisme, je pensais qu’il était juste question d’un sexisme propre aux hétéros et donc excluant les homos et bis – ça en fait un dérivé du terme hétérosexuel. Or, depuis un certain temps, je me dis que la forme longue des termes hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, etc. pose elle-même problème, et je ne dis pas ça par pudibonderie : Elle occulte bien souvent le fait que, quelle que soit l’orientation des personnes concernées, ce n’est pas nécessairement qu’une question de sexe. Je me souviens notamment d’une discussion que j’avais eu à l’époque de la polémique concernant le mariage gay, au cours de laquelle un de mes interlocuteurs avait déclaré que l’homosexualité était « contre-nature » parce que « l’anus sert à déféquer ». En dehors du fait que ça occulte une bonne partie des pratiques sexuelles aussi bien homo qu’hétéro, en passant par lesbiennes, je pense que c’est symptomatique du fait que, dans l’esprit populaire, l’homosexualité n’est rien d’autre qu’une histoire de cul et ne peut aboutir à des relations sérieuses. La personne précédemment citée s’est d’ailleurs montrée très perplexe lorsque je lui ai dit que deux homos pouvaient très bien avoir envie de vivre et vieillir ensemble sans forcément qu’il ne s’agisse que de sexe.

        Bref, je ne sais pas si j’ai été très clair ou très convaincant, mais ça fait un certain temps que j’avais envie d’aborder ce point de terminologie qui je pense n’est pas si anodin qu’on pourrait le penser.

        • Ce que tu dis sur la forme longue des termes « hétérosexuel-le-s », « homosexuel-le-s », « bisexuel-le-s », ça me fait penser à un truc que j’avais lu dans un bouquin qui déconstruisait certaines idées reçues à propos des lesbiennes (http://www.univers-l.com/les_lesbiennes_stephanie_arc.html). L’auteure déconstruisait entre autre l’idée reçue selon laquelle la sexualité des lesbiennes n’était pas vraiment une sexualité complète, qui s’apparenterait plus à des caresses et jeux érotiques qu’à une véritable sexualité (= avec pénétration vaginale par un sexe masculin en érection). Elle expliquait que tout ça est lié au fait que notre société sexiste et hétérosexiste pense avant tout la sexualité comme phallocentrée, etc.

          Et je me souviens qu’elle mettait au passage en évidence la différence entre les imaginaires hétéros à propos de l’homosexualité féminine et masculines : alors que les préjugés à propos des gays les imaginent comme ayant une sexualité débridée, ceux à propos des lesbiennes imaginent leur sexualité comme une sorte de « pseudo-sexualité » (incomplète). Bref, le problème que vous pointez sur la réduction des homosexuel-le-s à leur sexualité se retrouvent en quelque sorte chez les lesbiennes et les gays, mais j’ai l’impression qu’il se complexifie chez les lesbiennes, puisque cette sexualité qui est censée les définir n’est paradoxalement même pas considérée comme une « vraie sexualité ».

          Et sinon, pour le problème que vous soulevez, je vais peut-être dire une bêtise, mais j’ai l’impression que c’est peut-être un problème qui tient au fait que, dans notre société, on résume/réduit les pratiques et attirances sexuelles (le plus souvent multiples et en évolution) à des identités figées. Je sais pas si vous voyez ce que je veux dire. J’ai l’impression qu’il y a un mécanisme essentialisant derrière tout ça, qui est obsédé par « LA différence entre les sexes ». L’attirance pour l’un ou l’autre (ou pour les deux) sexe définit aussi ton identité de manière stricte et binaire (tu as une identité sexuelle, tout aussi définie et figée que ton identité sexuée). Il me semble que c’est peut-être un des intérêts du terme « pansexuel-le », car il n’y a pas l’idée du « deux sexes » dedans (comme dans bi-sexuel-le). Il y a plus une indétermination, qui du coup fait échapper aux cases imposées par l’hétéropatriarcat. (je dis sûrement des bêtises, reprenez moi si c’est le cas…)

          • Hum … Je ne saurais pas vraiment répondre à ça, étant donné que je ne suis pas sûr que la définition qu’on m’a donnée ou que j’ai interprétée de la pansexualité soit exacte. Si je ne m’abuse, ce terme désigne le fait de n’avoir aucune préférence concernant le genre ou le sexe biologique de ses partenaires, là où même les bis et bies pourront favoriser l’une ou l’autre option -que ce soit en temps que partenaire sexuel-le et/ou partenaire de vie. ça fait très clinique dit comme ça, mais je veux être bien sûr de savoir de quoi je parle … Bref, est-ce que j’ai juste ou est-ce que je suis complètement à côté de la plaque ?

          • D’après ce que j’ai compris les bisexuels seront attirés par les hommes et les femmes, alors que les pansexuels seront attirés par les hommes, les femmes, les intersexes, les transgenres…

          • Oui, c’est à ça que je pensais. Comme dit Wikipédia, spécialiste sur la question 🙂 : « De manière simplifiée, la pansexualité désigne la capacité d’aimer une personne sans considération pour son genre ou son sexe. (…) Une personne pansexuelle fait abstraction du genre et du sexe de ses partenaires et ne s’attache pas à ce qu’on pourrait considérer comme une étiquette. Pour lui ou elle, c’est la personnalité qui compte. La personne ne fait donc pas de différence entre les trois genres (masculin, féminin et intersexuel) et les deux intermédiaires (travesti et transgenre) ». (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pansexualit%C3%A9)

            Bref, ce qui me semblait intéressant là dedans, c’est le fait que le sexe et le genre ne sont pas des choses qui importent dans les attirances et les désirs. Du coup, il me semblait que c’était peut-être une manière de détacher des désirs et des pratiques d’une « identité » (qui pourrait peut-être devenir aliénante si elle était définie de manière trop figée et stricte, et si elle était imposée (en partie ou totalement) par d’autres ou la société, et pas par la personne elle-même). Désolé je suis pas clair, et je dis peut-être des grosses bêtises. C’est parce que c’est un sujet que je ne maîtrise pas du tout…

            Mais bon, en relisant ton commentaire initial, je me demande si ce que je dis n’est pas hors-sujet, car j’ai l’impression que ce que tu pointais, c’était plutôt l’importance incroyable que notre société actuelle donne à la sexualité (entre autre pour définir les individus et leurs attirances). Après il me semble que c’est quand même lié ce que je dis, au sens où si on était dans une société où la sexualité n’était pas posée comme aussi essentielle, je pense qu’il serait plus facile de penser (et de vivre) sa sexualité comme des attirances multiples et ouvertes qui ne déterminent pas une identité fixe (fondée en dernier lieu sur « la différence des sexes »). (Et il serait aussi plus facile d’être a-sexuel-le, au passage…)

          • Juste sur les termes bisexuel-le et pansexuel-le, bisexuel-le ne signifie pas « quelqu’un-e d’attiré-e par les hommes et les femmes. ». Les définitions pour ce terme sont généralement « quelqu’un-e d’attiré-e par deux genres ou plus » ou « quelqu’un-e d’attiré-e par des personnes de son genre, et des personnes d’autres genres ». Cela n’aurait pas de sens de toute façon de dire que seuls les pansexuel-le-s pourraient être attiré-e-s par les personnes trans ou intersexes, même avec la définition « hommes et femmes » au passage, puisque évidemment il y a beaucoup de personnes trans et/ou intersexes qui sont des hommes et des femmes. La différence avec pansexuel-le est plutôt d’ordre historique, le terme bisexuel-le étant plus ancien, certain-e-s le considèrent comme plus politique, par exemple. Il y a aussi une idée de la pansexualité comme d’une attirance ne prenant pas en compte le genre, alors que la bisexualité y verrait une importance, quand bien même une personne bi pourrait être également attirée par des personnes de tous les genres.

            Sinon merci pour l’article, très intéressant, et je m’en vais lire la suite avec plaisir 🙂

          • Coucou,

            Oui moi je voyais dans l’idée de pansexualité une attirance qui va au delà du genre pour être juste attiré par « l’être humain », en quelque sorte « par-delà le genre », là où la bisexualité serait être une attirance envers plusieurs genres, mais qui se distingue tout de même selon le genre. Lae bisexuel-le pourrait dire un truc comme « Moi j’aime quand les hommes sont… », et/ou « Moi j’aime quand les femmes sont… », ou préférer les hommes pour le sexe et les femmes pour les relations (ou l’inverse)* ou des choses comme ça, là où une personne pansexuelle ne prendrait même pas le genre de la personne en compte dans son attirance ou son envie d’avoir une relation avec l’autre personne.

            *Je dis ça parce que c’est spécifiquement ce que m’ont dit plusieurs ami-e-s qui se considèrent bisexuel-le.

  4. Salut :), merci pour cet article, comme toujours éclairant.
    Ce que tu dis sur La Belle et la Bête m’interpelle car je m’y étais beaucoup intéressé à un moment donné. Ce conte du 18ème siècle n’a rien perdu de sa signification et semble peut être même avoir gagné en violence. Je dis ça en pensant à la dernière adaptation en date, celle de Gans avec Léa Seydoux. Dans le film on nous montre le passé de la bête (a travers les rêves de Belle) et notamment son histoire d’amour avec sa première femme qu’il a tué, le film insistant sur le fait que c’est « sans faire exprès ». Dans la scène de l’assassinat lorsque la bête se rend compte de son « erreur », il est confronté une dernière fois à sa femme et les derniers mots de celle-ci pour son cher mari sont : « Je t’aimerais toujours » (ou quelque chose de ce type). En gros le film nous fait oublier cet acte cruel en nous faisans partager le regard aimant de cette femme, et aussi peut être par la punition qui suis, il est transformé en bête. Effrayant n’est-ce pas ?
    En tout cas, vivement la suite !

  5. « un certain nombre de films d’animation récents » : non mais vous êtes sérieux les gens ? « La Petite Sirène », « Aladdin », « La Belle et la Bête » : ça a entre 20 et 25 ans ? « Le Cinéma est politique », toujours à l’avant-garde…

    • Si vous aviez lu plus loin que la première ligne avant de poster votre commentaire, vous auriez compris que par « films d’animation récents », j’entendais les films suivants : Raiponce (2010), Rebelle (2012), Hôtel Transylvanie (2012), L’âge de glace 4 (2012), Les Croods (2013), Moi, moche et méchant 2 (2013) et La Reine des Neiges (2013), dont je parlerai dans la deuxième partie de cet article. Car cette première partie est effectivement consacrée à trois films plus anciens, qui ont à mon avis posé les bases des stratégies masculinistes qui l’on retrouve à l’oeuvre dans les films plus récents.

      Allez, la prochaine fois, essayez d’aller au moins jusqu’à la fin de l’introduction avant de critiquer, ce sera déjà un grand pas…

  6. Je vois aussi qu’on a oublié de prendre en compte les histoires originales, qui reflètent une société dominée par les hommes, surtout.

    Aladdin vient des contes de mille et une nuit … on remet un peu en contexte les droits des femmes au moyen-orient ou pas ?

    La belle et la bête date du 18ème siècle, bien qu’il soit largement inspiré d’un mythe de l’antiquité : contexte des femmes à cette époque ?

    La petite sirène de Hans Andersen (19è siècle) … de nouveau je pense qu’on est passé à coté du contexte.

    On ne voit que ce qu’on est habité à voir. En ce qui vous concerne, c’est la violence intrafamiliale, et c’est bien triste.

    Et au cas où vous vous le demanderiez, oui j’ai lu jusqu’au bout, avec l’envie de vomir au bout des lèvres. Les morales de ces contes sont plus intéressantes à traiter que des extraits … anecdotiques en soi.

    Alors maintenant qu’on est à une époque où on reconnait la place de la femme dans la société (et encore… soyons honnête, il y a encore beaucoup à faire) peut-être que vous devriez écrire un conte qui transmet ce message ? Parce que tout ce que je lis ici c’est du vent.

    • Votre message est plein de paradoxes Abeille. Vous dites à la fin que la place des femmes n’est pas encore reconnu (il y a encore beaucoup à faire) et vous reprochez à l’auteur de cet article d’en faire la démonstration dans son texte.
      Si vous voulez des fictions positives par rapport à la place des femmes pourquoi ne le faites pas vous plutôt que de moquer celleux qui essayent de faire quequechose plutôt que rien.
      Par rapport à une analyse plus fouillé des contes que vous réclamez, c’est déjà fait dans d’autres articles que vous trouverez si vous prennez la peine de lire le menu du site. Pour la petite sirène par exemple vous apprendrez que la version de Disney est encore plus réactionnaire que le conte d’Andersen.
      Bonne journée.

    • Pour renchérir ce que dit Meg, j’essaie de répondre à vos objections :

      « Aladdin vient des contes de mille et une nuit … on remet un peu en contexte les droits des femmes au moyen-orient ou pas ? La belle et la bête date du 18ème siècle, bien qu’il soit largement inspiré d’un mythe de l’antiquité : contexte des femmes à cette époque ? La petite sirène de Hans Andersen (19è siècle) … de nouveau je pense qu’on est passé à coté du contexte. »

      Le contexte de production des films que j’étudie, ce n’est pas le moyen orient, le 18ème siècle ou le 19ème, c’est les Etats-Unis des années 80-90. Si ces contes ont été adaptés par cette société à cette époque, c’est sûrement qu’ils avaient un sens pour cette société à ce moment-là (ce que j’ai essayé d’esquisser en introduction). Peu importe de quand datent les originaux, l’important ici à mon avis c’est le contexte politique des adaptations : pourquoi Disney a choisi d’adapter ces contes-là de cette manière-là à ce moment-là ?

      « Je vois aussi qu’on a oublié de prendre en compte les histoires originales, qui reflètent une société dominée par les hommes, surtout. »

      Encore une fois, on ne parle pas des histoires originales ici, mais des adaptations. Mais même si c’était pas le cas, je suis bien d’accord que ces histoires reflètent une société dominée par les hommes (même si je n’aime pas trop le mot « refléter »). Mais une fois qu’on a dit ça, on a pas dit grand chose. La question ici ça me semble donc être plutôt : qu’est-ce que ces films disent de cette domination masculine ? Est-ce qu’ils la critiquent, ou est-ce qu’ils l’entérinent ? Pour moi, comme j’essaie de l’expliquer, ces films l’entérinent en légitimant/excusant/minimisant la violence des pères sur leurs filles.

      « Les morales de ces contes sont plus intéressantes à traiter que des extraits … anecdotiques en soi. »

      Pour moi, les violences subies par les héroïnes dans ces films ne sont pas « anecdotiques », et je ne pense pas non plus que les films leurs donnent une place « anecdotique ». Au contraire, beaucoup de scènes leurs sont consacrées. Après je ne dis pas que le propos de ces films se résume à ça. Comme dit Meg, nous avons ici déjà parlé d’autres aspects de ces films. Sur La Petite Sirène : http://www.lecinemaestpolitique.fr/la-petite-sirene-1989-disney-relit-andersen/. Sur Aladdin : http://www.lecinemaestpolitique.fr/aladdin-1992-disney-au-pays-des-barbares/. Sur La Belle et la Bête : http://www.lecinemaestpolitique.fr/en-finir-avec-laphrodisme-au-cinema/.

      Vous trouverez peut-être que ces analyses ne traitent aussi que d’extraits « anecdotiques ». Et si c’est le cas, n’hésitez pas à partager ce que vous considérez comme l’essentiel du propos de ces films (le non-« anecdotique »), leur morale selon vous, ça m’intéresse.

      • oui et puis faut arrêter avec les histoires originales, parce que dans cendrillon par exemple, il me semble que dans le conte d’origine chaque sœur a un œil crevé par un corbeau à la sortie de l’église (pour le mariage de cendrillon avec son prince).
        Or dans l’adaptation de cendrillon par Disney je ne me souviens pas que quiconque soit éborgné hein…
        Donc quand il y a des choses qui les dérangent vraiment ils les modifient ou les font disparaître. Donc s’ils s’arrangent de la misogynie et du racisme ou de l’homophobie c’est pas le fruit du hasard.

    • Je ne vais pas revenir sur ce que vous répondent Meg et Paul Rigouste, mais pourquoi parlez-vous, pour le contexte, juste du lieu (le Moyen-Orient) pour Aladin et de l’époque (XVIIIe et XIXe siècle) pour les deux autres contes ? Croyez-vous que le contexte soit radicalement différent entre l’Europe du XVIIIe ou XIXe siècle et l’Europe d’aujourd’hui, mais pas entre le Moyen-Orient de l’époque ou du cadre des Mille et Une Nuits et le Moyen-Orient d’aujourd’hui ?

  7. Je voudrais vous féliciter pour votre superbe article bien argumenté et bien détaillé. J’ai hâte de lire la suite. J’ai trouvé votre lien via un partage sur Facebook d’amies féministes. Merci encore !

  8. Un article très interessant, qui m’a fait rire (surtout l’image avec Jasmine)et surtout qui m’a foutu une bonne claque dans la tronche. En tout cas, c’est extremement bien mené, ça se boit comme du petit lait, ça se deguste comme du chocolat, ça regarde comme un feu de cheminée alors merci. Ca meriterait une place dans un article papier ou dans un livre.

  9. Aussi instructif que passionnant! Merci. Si vous m’y autorisez, je ferais mention de votre article en classe de 6ème où nous étudions justement les contes de fées. Je m’étais penchée sur la notion de mère abusive.

    • Oui bien sûr que vous pouvez utiliser cet article avec votre classe. Avec plaisir même 🙂

      Et sinon, à propos des figures de mères, si je ne me trompe pas, on trouve dans les « classiques d’animation Disney » plusieurs figures de méchantes qui jouent un rôle de mère (même si elles ne sont pas des mères biologiques), alors qu’on ne trouve aucun méchant papa. Du moins il me semble (dites moi si je me trompe).

      A savoir : la belle-mère dans Cendrillon, Médusa la mère adoptive dans Bernard et Bianca, Ursula la mère de substitution dans La Petite Sirène, Mère Gothel dans Raiponce (j’en oublie peut-être d’autres).

      Les papas, eux, sont toujours de braves types au fond…

      • Il faut croire que oui, les élèves défendaient le pôvre papa d’Ariel… Mais ils ont fini par adhérer à votre thèse! Et je suis vraiment heureuse de pouvoir contribuer un tout petit peu à leur évolution! Merci

  10. Waouh, c’est toujours un réel plaisir de lire vos articles !
    Merci et Bravo 🙂

  11. Bonsoir,
    Votre article est très intéressant. Votre analyse de La belle et la Bête me parait extrêmement pertinente et aboutie. Pour ce qui est de La petite sirène et d’Aladdin, j’avais quelques réserves au début de la lecture, je trouvais que votre analyse était un peu trop forcée et manquait de nuance. Mais finalement, les analyses sur le dénouement de ces films sont très justes et bien amenées (la structure familiale, la passation d’autorité). En tant que jeune femme de 21 ans, je dois vous avouer qu’en ce qui concerne ces deux cas, je me pose la question de savoir à quel point cette surprotection du père sur la fille est condamnable. Effectivement, tout dépend des formes qu’elle prend. En ce qui concerne Aladdin, ce n’est pas si choquant à mon avis. Le plus préoccupant, il me semble, est la dimension raciste aussi présente dans La petite sirène avec le personnage de Sébastien.

    Par ailleurs, pour changer complètement de registre, j’aurais voulu connaître votre analyse des films Le roi et l’oiseau (Grimault, 1980) pour le coup un film d’animation français extrêmement riche en symboles et alégories; et All dogs go to heaven (Charlie mon héros en français, dessin animé irlandais de 1989). Ces deux films ont profondément marqué mon enfance. Le deuxième qui n’est pas made in Disney, me parait plus positif et plus réaliste par rapport à notre société. Si vous avez l’intention de vous pencher sur ces deux suggestions, je serais ravie de vous lire.
    Au plaisir
    Amélie

    • Merci beaucoup pour ces suggestions. J’adore le Roi et l’oiseau, mais pour des raisons purement esthétiques. Je n’y ai jamais réfléchi d’un point de vue politique. Et je n’avais jamais entendu parler de All dogs go to heaven, que je vais regarder au plus vite. On pourra en parler si ça vous dit (n’hésitez pas à dire d’ores et déjà ce que vous en pensez si vous en avez le temps et l’envie). A bientôt.

      • Le Roi et l’Oiseau est un film très politique pourtant: la désobéissance civile y est prônée avec le personnage de l’oiseau qui enjoint les jeunes amoureux à essayer de comprendre le monde et acquérir des connaissances pour préserver leur liberté. Quant au personnage du Roi, on pourrait écrire des pages et des pages à son sujet. La solitude. Le complexe d’infériorité/supériorité. La haine de soi lorsqu’il déchire son propre portrait. L’accordéoniste aveugle, qui paradoxalement est celui qui voit le mieux. Je me demandais pourquoi certaines scènes me touchaient tellement: par exemple la scène avec les lions complètement affables qui finalement s’évadent dans une fanfare pathétique. Et la scène finale ou le robot, seul, assis sur son tas de ruine, libère le petit poussin. Ce film est politique, avec la communauté enfermée dans les bas-fonds du château. La misère cachée, enfouie sous une apparence de merveille, de prospérité, mais un château désespérément vide. Il n’y a aucun personnages à part la police du roi, aucune présence. L’usine à effigies du roi (culte de la personnalité, propagande? « Un petit ramoneur de rien du tout. DE RIEN DU TOUT »). La courtisanerie (Brrravo, Monseigneur!!) Je m’arrête là pour Le Roi et l’Oiseau, car je pourrais y passer des pages entières…

        Pour Charlie Mon Héros, mes souvenirs sont un peu flous, mais il me semble que c’est enfin un dessin animé qui prône de vraies valeurs. Vous verrez une scène où une bande de petits chiots qui symbolisent la misère se partagent une pizza en chantant « Plus tu donneras, et plus tu recevras »: l’entraide qui finalement, est peut-être plus courante parmi les classes les plus défavorisées? Il y a aussi une scène que j’interprète comme la promotion de la tolérance envers l’homosexualité: celle du crocodile bariton. Il y a aussi le thème de l’orphelinat, de l’obsession pour l’argent, de l’amitié, de la remise en question… mais le plus marquant dans ce film, c’est qu’il est extrêmement réaliste. Je vous laisse le découvrir, car je pense qu’il vous plaira… (il n’y a pas de raison!) Mais comme je ne l’ai pas vu depuis longtemps, il se peut que vous perceviez des choses déplaisantes, ou peut-être que vous partagiez mon avis et que vous ajoutiez quelque chose à ma réflexion. J’aime les échanges d’idées.
        Bien à vous

  12. Très intéressant.

    J’ai juste remarqué une faute: «Mais à partir de moment,», je pense que ça devrait être «Mais à partir de ce moment,».

  13. j’ai lu l’article, j’ai bien sur vu tous ces films et je suis une femme et euh non désolé je suis pas d’accord ^^ » Déjà je ne suis pas d’accord avec ces mots « violences extrêmes du père » ok euh faut arrêter là. Le seul que j’ai trouvé assez violent c’est Triton effectivement mais les autres? Le sultan c’est juste un gros nounours qui a pourri gâté sa fille chérie et qui ne sait plus la contrôler… Parce que oui, il sait que sa fille n’a pas été éduquée pour vivre en dehors du palais, oui il sait que c’est dangereux au dehors et il se demande bien pourquoi sa fille aurait envie de voir autre chose qui pourrait être risquée. Personnellement mon père me dirait « mais oui ma fille j’adore que tu ailles dans les quartiers pourris pour apprendre la vie et ramener le premier voyou du coin qui te fait les yeux doux, j’accepte à 100% », je me dirais qu’il se fout de ma balle.

    Je ne nie pas le caractère omniprésent du père et la quasi absence de la mère dans les vieux films car il est vrai qu’avant on considérait que la mère élevait les enfants et le père, les éduquait. C’est totalement vieux jeu, on est d’accord la dessus.
    Hors justement Disney EST avant-gardiste ! pas énormément car ils ne tiennent pas à choquer les biens pensants puisqu’ils visent le tout public mais si si ils le sont. Et je sais que vous choisissez d’ignorer les contextes des contes originaux mais pourtant…. Quelle princesse arabe pouvait épouser un voyou orphelin? Quelle princesse du moyen-age pouvait quitter son royaume pour épouser le prince voisin et potentiellement ennemi?Et quelle jeune fille arrivait vraiment à calmer son bestial compagnon pour en faire un mec civilisé et sympa? OUI c’est de l’avant gardisme ! Pour aujourd’hui, c’est la base, mais pour l’époque, c’était donner la part belle aux jeunes femmes émancipées. Et oui bien sur qu’elles rêvaient d’un beau prince bien hétéro puisqu’à l’époque l’homosexualité affirmée était impensable.

    Et pour ce qui est des films récents, je ne suis franchement pas d’accord non plus ! Rebelle? Déjà c’est un des rares films avec une mère très présente. Oui elle est sacrément vieux jeux, ou tout simplement, elle apprend à sa fille ce qu’on lui a apprit à elle HOUUUUUU c’est dangereux ça ! Et comment élèverait-on ses enfants si on se basait pas sur ses propres bases? L’important c’est d’arriver à les adapter pour la jeune génération, ce que la reine arrive à faire pour sa fille. Et là encore, ça n’a rien d’évident quand même: sa fille a 16 ans et parce que c’est une ado sure d’elle, elle fout l’autorité de son père par terre et est à deux doigts de provoquer une guerre des clans. Faut quand même être de bons parents pour arriver à sauver les morceaux, mettre tout le monde d’accord ET contenter la jeune fille !

    On ne peut pas nier le caractère même du parent: il doit élever, éduquer et comprendre son enfant pour qu’il puisse s’émanciper, ça n’a rien de facile. Et notre société écrase la femme c’est un fait (mais bon oh à vous lire, y a plus de femmes violées et battues que de femmes bien traitées, ce qui est totalement faux dans nos pays) Les parents vont donc avoir tendance à sur protéger leur fille qui devra leur montrer qu’elle sait se démerder.
    Quand j’ai dit à mon père « je veux aller à Paris rencontrer des amis du net », j’ai eu un « non ! » catégorique. Mon père est il un monstre? J’avais 15 ans ! J’ai fini par obtenir un « Quand tu auras 16 ans » et « on t’accompagnera pour être dans le coin au cas ou » Donc OUI mon père m’a conduit. OUI il s’est assuré que c’était une bande de jeunes sympas qui m’attendaient et pas des gens potentiellement dangereux, OUI lui et ma mère ont visité Paris pendant ce temps là pour être prêt « au cas ou » Est ce que ce sont des parents « violents et nocifs pour leur fille » ? Si c’est le cas ben franchement finalement je ne suis pas si mal.

    Bref cet article manque pour moi d’énormément d’ouverture d’esprit, de recadrage dans son contexte et de la situation.Et de source sur ces accusations constantes d’agressions (j’aurais du compter le nombre de fois que j’ai lu « violence », « agression » et « viol » moi) A vous entendre, une fille ne peut pas faire deux pas dehors sans se faire violer et elle se fait automatiquement taper dessus par son père ou son mari !

    • Le sultan c’est juste un gros nounours qui a pourri gâté sa fille chérie et qui ne sait plus la contrôler…

      Mais bien-sûr. Un gentil nounours qui veut juste marier de force sa fille de 15 ans. Parfaitement normal quoi. Elle fait vraiment chier de s’enfuir pour si peu, cette sale gâtée ingrate et incontrôlable.

      Parce que oui, il sait que sa fille n’a pas été éduquée pour vivre en dehors du palais, oui il sait que c’est dangereux au dehors et il se demande bien pourquoi sa fille aurait envie de voir autre chose qui pourrait être risquée.

      Pas éduquée pour vivre en dehors du palais ? Ah, et c’est qui justement qui l’a éduquée hein ? Les trois bonnes fées ? Donc en gros, on éduque Madame de manière à ce qu’elle soit totalement coupée du reste du monde, et ensuite on ne la laisse pas sortir sous prétexte qu’elle n’est pas prête pour le reste du monde. Y’a pas comme un problème là ?

      « Personnellement mon père me dirait « mais oui ma fille j’adore que tu ailles dans les quartiers pourris pour apprendre la vie et ramener le premier voyou du coin qui te fait les yeux doux, j’accepte à 100% », je me dirais qu’il se fout de ma balle. »

      Il y a une différence entre se promener dans les quartiers pourris, et tout simplement sortir de chez soi. Il y a une différence entre sortir un voyou, et sortir avec un garçon qui a eu l’audace de naître pauvre. Mais si pour toi, marché et quartier pourri, garçon défavorisé et voyou, c’est la même chose, en effet, tu ne dois pas sortir souvent de chez toi.

      Quelle princesse arabe pouvait épouser un voyou orphelin? Quelle princesse du moyen-age pouvait quitter son royaume pour épouser le prince voisin et potentiellement ennemi?Et quelle jeune fille arrivait vraiment à calmer son bestial compagnon pour en faire un mec civilisé et sympa?

      Sauf qu’il y a une manière de présenter la chose. Le problème n’est pas de montrer des petits-amis violents ou des filles mariées de force, le problème est de montrer cela comme si c’était excusable, voir parfaitement normal. Sous prétexte que « c’est le contexte », tu trouverais normal qu’un film portant sur l’esclavage présente l’esclavagiste comme « un mec plutôt sympa et attachant au fond » ? Tu trouverais normal qu’un film portant sur la ségrégation raciale soit montré comme un truc plutôt chiant, mais bon pas bien grave non plus ?

      OUI c’est de l’avant gardisme ! Pour aujourd’hui, c’est la base, mais pour l’époque, c’était donner la part belle aux jeunes femmes émancipées.

      Bah purée, si dans les années 90, montrer des femmes qui s’insurgent du fait d’être mariées de force, mais excusent tout-de-même leur petit papounnet d’amour, c’est de l’avant-gardisme… Et avoir mis une princesse noire dans la Princesse et la Grenouille, c’est révolutionnaire ?

      Oui elle est sacrément vieux jeux, ou tout simplement, elle apprend à sa fille ce qu’on lui a apprit à elle HOUUUUUU c’est dangereux ça !

      Ah bah ! Son éducation est carrément sexiste, mais si elle ne fait que reproduire ce qu’on lui a appris, eh bien pas de problème alors ! Tout vas bien !

      Et comment élèverait-on ses enfants si on se basait pas sur ses propres bases?

      En aillant la curiosité de découvrir de nouvelles bases, et en envisageant la possibilité que la manière dont on nous a éduqué n’est pas forcément la meilleure et à reproduire ?

      L’important c’est d’arriver à les adapter pour la jeune génération, ce que la reine arrive à faire pour sa fille. »

      Elle les adapte tellement qu’elle souhaite la marier de force. C’est clair quelle adaptation ! Elle ose même lui accorder « une petite journée » de temps à autre, où elle est libre de ne plus obéir à des exigences sexistes. Enfin jusqu’à l’heure du dîner bien-sûr. Ah, quel esprit moderne !

      Et là encore, ça n’a rien d’évident quand même: sa fille a 16 ans et parce que c’est une ado sure d’elle, elle fout l’autorité de son père par terre et est à deux doigts de provoquer une guerre des clans.

      Bah oui : si des clans veulent se faire la guerre parce que la princesse refuse d’être offerte en mariage à un inconnu comme un vulgaire trophée à l’issu d’un tournoi, c’est de sa faute, bien-entendue ! Quelle égoïste celle-la ! Pauvres parents qui doivent réparer les dégâts !

      Faut quand même être de bons parents pour arriver à sauver les morceaux, mettre tout le monde d’accord ET contenter la jeune fille !

      Pourtant ça n’a pas été bien trop compliqué : il a juste fallu que la reine explique que non, marier les gens de force, ça ne se fait pas. Mais bon, c’est clair que forcer absolument sa fille à se marier, c’est tellement plus simple pour tout le monde.

      Mais bon oh à vous lire, y a plus de femmes violées et battues que de femmes bien traitées, ce qui est totalement faux dans nos pays.

      Et donc ? Sous prétexte qu’elles ne sont pas majoritaires, il ne faut pas en parler ? Pointer du doigt les agressions sexuelles, ce n’est pas dire que toutes les femmes en sont victimes, c’est toi qui en fait ce raccourci grossier. 75 000 viols par an ont lieu en France. Il me semble logique de plus parler des femmes qui en sont victimes, que de la majorité de femmes qui n’en sont pas.

      Quand j’ai dit à mon père « je veux aller à Paris rencontrer des amis du net », j’ai eu un « non ! » catégorique. Mon père est il un monstre? J’avais 15 ans ! J’ai fini par obtenir un « Quand tu auras 16 ans » et « on t’accompagnera pour être dans le coin au cas ou » Donc OUI mon père m’a conduit. OUI il s’est assuré que c’était une bande de jeunes sympas qui m’attendaient et pas des gens potentiellement dangereux, OUI lui et ma mère ont visité Paris pendant ce temps là pour être prêt « au cas ou » Est ce que ce sont des parents « violents et nocifs pour leur fille » ? Si c’est le cas ben franchement finalement je ne suis pas si mal.

      Mais quel est le rapport ? Que tu sois une fille ou un garçon, heureusement que tes parents ne te laissent pas librement aller voir sans aucun encadrement des inconnus rencontrés sur Internet ! C’est une question de bon sens. Tu passes ton temps à mettre sur un même niveau ce qui se passe dans les films, avec ce qui se passe dans ta vie, alors que ça n’a rien à voir. Toi, tu parles de parents normaux qui ne laissent pas leurs enfants traîner n’importer où avec n’importe qui, qu’importe leur sexe. Cet article, lui, parle de parents qui veulent marier leurs filles de force ou encore les séquestrent chez elle, et en plus justement parce que ce sont des filles, qui n’auraient jamais à subir toutes ces injustices si elles étaient nées avec un pénis. Je ne vois pas comment on peut mettre cela au même niveau.

      Bref cet article manque pour moi d’énormément d’ouverture d’esprit, de recadrage dans son contexte et de la situation.Et de source sur ces accusations constantes d’agressions (j’aurais du compter le nombre de fois que j’ai lu « violence », « agression » et « viol » moi) A vous entendre, une fille ne peut pas faire deux pas dehors sans se faire violer et elle se fait automatiquement taper dessus par son père ou son mari !

      Et toi à te lire, on ne peut pas remettre en cause et pointer du doigt certaines injustices sexistes sans traiter tous les hommes de la Terre de violeurs et qualifier toutes les femmes comme de pauvres petites victimes fragiles. Donc un conseil : avant de faire la leçon aux autres, ouvre toi-même un peu plus ton esprit, et arrête de caricaturer et déformer les arguments qui ne te plaisent pas. Parce que le coup du : parler des femmes vioéles = dire que tous les femmes se font violées, parler des hommes violents = dire que tous les hommes sont violents, etc, ça va bien 5 minutes.

      • Je ne vais pas répondre point par point car notre façon de voir la chose divergent totalement. (et donc juste pour Rebelle, oui bien sur je parlais de la fin du film et non du début, avec la mère complétement rétrograde)
        Personnellement je suis auteur, écrivain et passionnée d’histoire et je suis la première a lever les yeux au ciel pour les totales incohérences dans les scénarios qui se passent dans l’histoire. Pas vraiment des incohérences sur tel perso est né en 1256 et pas en 1250 mais bien les incohérences de culture, de façon de vivre, de mœurs qui reflètent réellement la vie de l’époque.
        Et donc non je ne suis pas choquée de voir une jeune princesse arabe enfermée dans son château et devant épouser un homme qui deviendra le futur roi parce que c’est comme ça que ça se passait (et encore c’était souvent beaucoup moins rose et facile). Franchement Disney aurait fait un film avec une princesse arabe qui peut choisir son mari voir carrément devenir lesbienne ou se marier avec son chien, aller où elle veut etc bref une femme d’aujourd’hui,je me dirais qu’ils ont vraiment besoin de revoir leur classique. Donc là où je pointe la modernité de Disney c’est bien qu’ils ont simplifié et amélioré ces contes et récits anciens où les femmes n’avaient franchement pas leur mot a dire. Jasmine qui se balade en pantalon (et donc pas en robe déjà, esquive les gardes pour sortir de chez elle et rencontrer un total inconnu d’une couche social nettement inférieur à elle (là aussi, bien sur qu’aujourd’hui, aller dans les quartiers plus populaires ne veut pas dire que c’est pourri et dangereux mais a cet époque, une telle différence de rang social c’était du jamais vu. Les pauvres ne pouvaient même pas les voir, les gens qui vivaient au palais) pour finalement arriver à l’épouser… oui moi je vois clairement l’évolution.
        Quand à ce « message négatif » que porterait les films Disney, franchement moi j’en cherche toujours la trace hein. Je regardais Disney et j’ai joué aux Barbies (pour citer une autre marque détesté par les féministes)et je ne me sens pas bafouée, limité, voir séquestré comme pourrait le faire penser l’article original.
        Pour moi Disney a essayé de modernisé ces contes, peut être de façon maladroite car ils tentaient de plaire aux plus grands nombres mais que faut il écouter? Ceux qui se plaignent de ces œuvres dénaturées? ou ceux comme vous qui disent que ce n’est franchement pas assez moderne?

        Et pour répondre à la pique sur les films sur l’esclavage ou sur la violence la aussi je ne suis pas d’accord. Le film va montrer le contexte: des gens qui sont racistes, des gens qui ne le sont pas et une majorité au milieu qui est sans avis, qui sait pas trop et qui vivote au milieu. Oui on va voir le raciste pur et dur salopard qu’on a envie de frapper et oui on va voir un ami ou une épouse plus tempérée qui n’osera pas aller contre l’esclavage mais quand même qui fera un effort pour que ses nègres soient mieux traités. Et comment le film va nous montrer que non l’esclavage c’est pas bien au final? tout simplement en nous montrant un héros, une héroïne qui va lutter pour que ça change.
        Au même titre que les princesses Disney bataillent pour choisir leur mari, leur destiné ou leur rang.
        Dans Jasmine on a les deux héros qui sont avant-gardistes, entourés du père qui représente la majorité « oui enfin t’es sur que ce serait pas mieux si on se conformait à la norme? » et de Jafar qui représente l’affreux rétrograde et séquestreur à combattre. Et on rajoute le copain magique et la bestiole pour amener un peu de joie et de bonne humeur a tout ce beau monde et on a un scénario de film totalement classique.
        Du coup moi je me demande quel serait pour vous l’adaptation idéale d’un film comme Aladin? Je serais vraiment curieuse de voir ça, un film où la femme est totalement libérée, ou aucun homme ne va essayer de prendre le dessus sur elle ou sur quiconque finalement puisqu’il ne faut pas montrer la mauvaise façon d’agir. Finalement ce film va nous raconter quoi? Un monde parfait qui n’existe pas, qui n’existera probablement jamais pour nous et qui ne nous prépare en rien à la réalité donc a mon sens pas très utile.

        • Pour moi Disney a essayé de modernisé ces contes, peut être de façon maladroite car ils tentaient de plaire aux plus grands nombres mais que faut il écouter? Ceux qui se plaignent de ces œuvres dénaturées? ou ceux comme vous qui disent que ce n’est franchement pas assez moderne?

          A la base Aladdin est chinois, c’est sans doute de la modernisation de l’avoir arabisé et occidentalisé d’un seul coup.

          Et sinon, il y a une solution à ce dilemme : choisir une autre histoire à adapter. Celle de Scheherazade par exemple.

          • houla….c’est beau ça comme bourde
            Aladdin, tout comme Simbad le marin, provient des contes de mille et une nuits…. « Aladdin et les 40 voleurs » si je me souviens bien du titre exact (et dans le vrai conte, Aladdin est un voleur dangereux et sournois, rien à voir avec le joli cœur de Disney)
            Et pour compléter l’info: Les contes des mille et une nuits est un mélange de conte arabe, indien et asiatique qui se sont accumulés au fil du temps pour terminer dans le récit de Schéhérazade.

          • Hou-là… C’est beau comme bourde !

            Le titre du conte original est « Ali Baba et les 40 Voleurs ». Par ailleurs, les indiens sont des asiatiques (de même qu’une bonne partie du monde arabe).

          • La liste des histoires qui compose les mille et une nuits: http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Mille_et_Une_Nuits
            Aladin et la lampe merveilleuse et Ali Baba et les 40 voleurs (qui ont souvent été condensés dans les reprises) ont donc inspiré l’Aladdin moderne de Disney. L’histoire se passe essentiellement dans un pays de type arabe (on est loin de la Chine ou de tout autre pays totalement asiatique)
            Bref ça montre qu’un peu de culture générale est peut être plus nécessaire que fulminer sur un prétendu lavage de cerveau anti liberté féminine

          • Bref ça montre qu’un peu de culture générale est peut être plus nécessaire que fulminer sur un prétendu lavage de cerveau anti liberté féminine

            Ma culture va très bien, merci, je vous faisais juste remarquer que vous vous êtes trompée sur le titre du conte original et qu’il est abusif de parler « d’asiatiques » pour désigner les peuples d’Asie du Sud-Est.

          • @Aurélie:

            1) l’histoire d’Aladdin, à ce que ce que je sache, est emboîtée dans celle de Scheherazade (et à laquelle le Disney n’y fait aucunement référence). C’est pas comme les adaptations où l’on nous raconte son histoire, et puis l’on bascule dans les contes.

            2) L’histoire se passe dans une ville de Chine : https://en.wikipedia.org/wiki/Aladdin. D’ailleurs, le conte ne faisait, originellement, même pas parti des contes des mille et une nuit.
            « Although Aladdin is a Middle Eastern tale, the story is set in China, and Aladdin is explicitly Chinese.

            Le texte original :
            https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Mille_et_Une_Nuits/Histoire_d%E2%80%99Aladdin

            Sire, dans la capitale d’un royaume de la Chine, très-riche et d’une vaste étendue, dont le nom ne me vient pas présentement à la mémoire, il y avoit un tailleur nommé Mustafa, sans autre distinction que celle que sa profession lui donnoit.[…]

        • Aladdin et Ali Baba proviennent surtout de deux contes différents (et c’est bien Ali Baba qui a quarante voleurs). Si je ne m’abuse, Aladdin n’a rien d’un voleur dangereux à l’origine, c’est plutôt un gamin paresseux de 13 ans qui voit tous ses rêves se réaliser grâce au génie.

      • Quelques réflexions sur votre discussion.

        Aurélie, vous acceptez l’échéance des 16 ans imposée par votre père (visiblement la mère n’a pas la parole), situation totalement normée par Kodomo. Cela rejoint l’arbitraire patriarcal régulièrement décrit sur ce site.
        En acceptant ces comportements, vous donnez crédit aux arguments relevés dans cette article, du père excusé par l’amour angoissé qu’il porte à sa fille.
        Outre qu’il est sous-entendu que Paris est une ville dangereuse (je suis curieux de savoir à quel lieu vous l’opposez) il vous parait évident à tou-te-s les deux qu’à 16 ans on est handicapé et incapable de discernement. Cela relève simplement de la domination adulte.
        http://delautrecote.over-blog.org/article-la-domination-adulte-critique-d-un-pouvoir-inconteste-92326987.html

        Quels sont les critères qui ont assuré votre père de l’absence de danger? La situation géographique, la présence d’adultes, des visages rassurants? Personne ne vous a accueillie nue, un couteau dans une main, une seringue dans le bras?
        L’attitude de votre père comme vous la situez est riche de préjugés.

        J’estime que le discernement de l’adulte est ici à questionner.

        D’autre part, Aurélie, il est paradoxal que vous dénonciez une tendance de cet article à voir le danger omniprésent
        (A vous entendre, une fille ne peut pas faire deux pas dehors sans se faire violer et elle se fait automatiquement taper dessus par son père ou son mari !)
        tout en acceptant cette attitude de votre père, de même que Kodomo. Il n’est pas ici question « de bon sens », juste une déclinaison du mariage forcé.

        Votre acquiescement commun révèle aussi un rapport à la peur. Les injonctions actuelles en sont riches.
        Peur du chômage, d’un environnement hostile, de la misère, des terroristes barbus, de l’autre (à travers son regard), de la neige… liste à compléter.

        Dévier l’analyse vers l’exactitude historique vous permet de quitter le questionnement, je comprends, ayant été aussi dérangé par mes premières lectures de ce site, je voulais répondre :

        « Arrêtez de toucher à mes préjugés ! »

        • Merci pour ces remarques très constructives Franck. En effet, je n’avais même pas tilté sur le fait que la question des 16 ans semblait être sous la seule décision du père, ce qui est typique en effet de notre société patriarcale.

          Pour le fait que Paris serait une ville dangereuse, je n’avais personnellement même pas pensé à cela. Je pensais naïvement que le problème pour le père était avant tout de rencontrer des inconnus d’Internet. Mais si en effet il paraissait pour lui dangereux d’aller tout simplement à Paris, il y a de quoi s’interroger.

          Sans aller jusqu’à penser que l’on est handicapé à 16 ans (merci de ne pas aller jusqu’à caricaturer mes propos, même si je vous remercie de me montrer en quoi ils sont problématiques), il est vrai que j’aurai plus tendance à penser qu’il y a certaines choses dont on en est général moins apte à se rendre compte, cela en raison d’un manque d’expérience dans la vie. Mai j’ai bien conscience que ma pensée peut parfaitement venir du conditionnement de notre société.

          Car même s’il vrai qu’il faut être prudent lorsque l’on passe d’une rencontre Internet à une rencontre IRL, on peut en effet se demander concrètement, sur quels critères ont bien pu se baser les parents pour accorder leur confiance. Qu’ils restent dans le coin au cas où quelque chose va mal pourquoi pas selon moi, mais en effet qu’est-ce qui leur donnerait le droit de décider, juste d’un rapide coup d’œil si tel ou tel individu était bon pour leur fille ?

          Sans compter que je n’y avais pas pensé au moment de la discussion, mais pourquoi 16 ans ? Ce n’est pas comme si une année changeait radicalement une personne…

          Il est donc vrai que j’ai bien normalisé un comportement à priori abusivement autoritaire (stricte interdiction avant un certain âge de rencontrer seule des personnes, en se reposant sur des critères surement douteux) et patriarcal (car la question ne semble n’avoir été posée qu’au père et l’on peut se demander s’il aurait été aussi possessif, heu non pardon, «  » »protecteur » » », si son enfant avait été un garçon).

          Mais du coup, concrètement pour cet exemple de domination injustifiée de l’adulte, quel est selon vous le comportement que devrait avoir un parent dans une situation similaire ? N’y-a-t-il tout-de-même pas de précautions à prendre lorsqu’il est question de rencontres avec des inconnus que l’on ne connait que par Internet ? Ou n’est-ce-qu’un préjugé ne reposant sur rien ?

          Il est toujours intéressant d’ouvrir les yeux sur des rapports injustifiés de domination dont on n’est pas conscient. En effet, il m’est pas mal de fois arrivé de trouver des situations dans les rapports adultes/enfants totalement injustes alors que normalisées.

          Surtout dans l’enseignement. Ou encore la question de la fessée/baffe, question qui scandalise bon nombre de français parce qu’après tout « j’en ai eu et je n’en suis pas mort, je suis même reconnaissant » et « il y a des choses plus importantes ». Les grands classiques quoi.

          Mais je ne me suis jamais vraiment documenté sur la question, au contraire du féminisme par exemple. J’espère donc avoir une réponse de votre part afin de répondre à mes interrogations. =)

  14. L’important c’est d’arriver à les adapter pour la jeune génération, ce que la reine arrive à faire pour sa fille.

    Sur ce coup mea culpa, je me rend compte après lecture que tu parles sûrement de la situation finale, lorsque la mère accepte de ne pas marier sa fille. Toutes mes excuses donc, j’ai mal compris à quoi tu faisais référence.

  15. Bravo et merci pour cet article, qui est, comme tous les autres, admirablement pertinent et argumenté.
    Je suis d’accord avec votre analyse des deux premiers films, mais moins par contre avec celle de La Belle et la Bête.

    Je trouve que votre symbolique de la violence masculine érigée en norme par Disney fonctionne moins bien avec le personnage de la Bête.

    J’aimerais revenir sur la symbolique de la « bête ». Il ne s’agit pas d’un homme normal (qui représente le genre masculin au sens large), il s’agit d’un homme transformé en monstre, littéralement… il ne représente pas les hommes en général, ni une violence masculine qui serait acceptée.
    Au contraire, ses actes violents/abusifs le renvoient sans cesse à son statut de monstre (statut qu’il n’a pas choisi car il s’agit d’une malédiction, quelque chose qu’il a subi), à son anormalité, et personne au sein de la société n’approuve ses actes.

    C’est ce qui, à mon avis, le rend différent de Gaston : non seulement Gaston n’a aucune « excuse » à son comportement violent(lequel est d’office et tout le long du film montré comme négatif/abusif/repoussant/irrespectueux), mais, dans des conditions proches, la Bête lutte contre son côté monstrueux, tandis que Gaston le nourrit… au fil du film, plus la Bête cesse de se comporter en monstre, plus Gaston en devient un, juste au summum du combat final où l’on se rend compte que Gaston est « plus monstrueux que le monstre ».

    (petite parenthèse : on retrouve exactement le même genre de « triangle amoureux » dans Tarzan, où Clayton prend le rôle de Gaston et Tarzan celui de la Bête. Leur combat final montre que Tarzan/la Bête, le soi-disant sauvage/animal, est plus humain que son homologue « humain » Clayton/Gaston)

    Pour moi, la « monstruosité » de la Bête peut avoir plein de lectures différentes.
    Je ne dis pas que la symbolique de la violence masculine ne tient pas, mais on peut le lire différemment.
    Avant de lire votre article, personnellement, j’y voyais une représentation symbolique soit du handicap, soit du traumatisme.

    Handicap car la Bête est « physiquement » un monstre. Il est effrayant, laid, étrange, choquant… la « malédiction » qui le frappe, c’est son handicap. Les gens « normaux » éprouvent de la crainte et de la haine à son égard sur la seule base de son apparence physique… on pourrait faire le rapprochement avec Elephant Man (et sa si célèbre phrase « je ne suis pas un monstre, je suis un être humain »). La Bête c’est celui qui n’est « pas comme les autres » et qui est victime de l’isolement, du rejet.
    Ainsi, son agressivité, son comportement « bestial » pourrait être expliqué par l’agressivité qu’il a lui-même subie de la part des autres.
    Au début, à travers les yeux de Belle, on voit son handicap comme une monstruosité, puis Belle apprend à dépasser le préjugé, à le connaitre mieux, à être plus tolérante envers son « handicap »… et on découvre que la Bête est en réalité tout à fait humaine.
    La Bête ne « devient » pas humaine… c’est en réalité Belle qui change son propre regard.

    L’autre interprétation que j’avais en tête, c’est celle du traumatisme, qui, dans le film, se change en « malédiction ».
    L’histoire est celle d’un tout jeune enfant qui subit une « malédiction » dont il va ensuite garder les stigmates à l’âge adulte, et qui va le couper des autres.
    Cette malédiction s’accompagne d’un sentiment puissant de honte et de secret (il ne peut pas expliquer à Belle ce qui s’est passé).
    On pourrait y voir un lourd traumatisme d’enfance, qui du coup l’aurait « changé » en Bête.
    La Bête ne serait alors pas un « homme naturellement violent », mais une sorte de « cas social » à repêcher, à resocialiser, un « mauvais garçon » dont il faut comprendre le parcours, les démons enfouis.
    D’où l’idée pour Belle de « lui donner sa chance ». L’action de Belle est psychologique, un travail de réinsertion.
    A son contact, la Bête résout le problème de son passé traumatique et va de l’avant, devient une personne équilibrée, saine, guérie de son traumatisme.

    Peut-être que ces deux interprétations vous semblent mauvaises, trop tirées par les cheveux, ou pas assez argumentées.

    Ce que j’en retiens, c’est que contrairement à Gaston, qui se complait dans la violence masculine, la Bête (quelle que soit la raison de son mauvais comportement) prend conscience de ses erreurs, à la fois grâce à l’intervention/au soutien/au recadrage de ses amis, et aussi grâce à Belle, qui lui envoie un message clair « tu ne mérites pas d’être validé/aimé/de m’obtenir si tu te comportes bestialement », mais pas seulement, l’autre message, et le nœud de la relation Belle/Bête c’est « si tu te comportes mal tu fais souffrir ceux que tu aimes et ça ça craint vraiment mec, peu importe tes excuses pour ton attitude de connard, ça se fait pas ».
    Au final ça me semble un relativement bon message.

    Je suis par contre tout à fait d’accord sur le reste de votre critique des stéréotypes genrés :
    – la femme en détresse sauvée par le mâââle
    – la femme-infirmière-compréhensive-douce-sensible
    – la niaiserie de Belle en plein syndrome de Stockholm
    – la femme comme récompense en échange d’un bon comportement
    – le couple hétéro comme ultimate way of life

    Au final je trouve que Belle est un stéréotype féminin assez déplorable, par contre la Bête m’apparait comme un personnage masculin intéressant, parce que justement il questionne quelque part cette masculinité, et ses causes.
    On peut y voir un questionnement sur la limite entre violence et force protectrice (la scène des loups), entre sauvagerie et lien à la nature (la scène des oiseaux qui viennent manger dans ses mains), entre bienveillance et abus, entre humanité et civilisation.

    Ce que je regrette, c’est qu’à la fin, la Bête se change en prince charmant et que ça soit vécu comme un accomplissement, je trouve que ça gâche le reste. Il aurait été beaucoup plus beau et symbolique que Belle puisse aimer la Bête telle qu’elle était, avec ses défauts « apprivoisés » et ses qualités mises en valeur (comme chacun de nous, homme ou femme).

  16. Vous avez entièrement raison, Monsieur Rigouste. Ça suffit les films avec des liens familiaux touchants entre père et fille, il faut faire des films où les papas battent leur fille et sont défaits à la fin.

    • Mais non! Continuons de culpabiliser les mères en nous abstenant systématiquement de montrer des mamans qui ont des relations tendres et complices avec leurs enfants!

      Et continuons de culpabiliser les filles qui ne s’entendent pas avec leur père! Une fille qui a l’impression que son père la maltraite est forcément en tort puisque Disney nous montre bien que tous les pères sont gentils! Les pères maltraitants, ça n’existe pas et tout le monde se fiche pas mal des filles qui souffrent réellement à cause d’un père toxique! *sarcasme*

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