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Her, un film qui ne parle que de Lui.


Le film de Spike Jonze est à la fois film de science fiction, puisque situé dans un avenir proche qui montre l’aliénation des individus dans un monde où les nouvelles technologies et les outils de communication sont devenus omniprésents, et comédie sentimentale centrée sur un homme qui sort d’une dépression après une relation de dix ans avec sa femme. Ce film se veut clairement touchant et a priori pas bourrin. On suit un homme qui n’a pas tous les attributs du virilisme exacerbé, loin de là. Ici, pas de gros muscles, pas de sex-appeal ni d’héroïsme triomphant, pas de super-pouvoirs, pas de mission impossible mais de la tristesse, des larmes, des émotions et des sentiments. Théodore (Joaquin Phoenix) est plutôt un antihéros à moustache et lunettes, assez gauche, timide et introverti, pas très bien dans sa peau, mélancolique et un peu boudeur (« mopey » comme dit son amie), qui a besoin qu’on l’aide à retrouver goût à la vie, à savoir relationner et se sentir moins seul. Mais au final, on nous donne surtout à voir le portrait d’un homme entouré de femmes insatisfaites et insatisfaisantes, assez vite disqualifiées à partir du moment où elles ne contribuent pas à son épanouissement personnel à lui, qu’elles ne sont pas exclusivement tournées vers lui et dans une totale disponibilité vis-à-vis de lui. Her est un film bien mal intitulé, à peine subtilement misogyne, qui réaffirme les plus grands poncifs de l’hétérosexualité et de la monogamie abusive, d’un point de vue uniquement masculin, et qui décrit au passage les contours d’un sexisme version post-moderne.

Capture d’écran 2014-04-06 à 13.52.58Lui, lui, lui, lui …

L’homme et la machine.

L’action se situe à Los Angeles, une mégapole surpeuplée d’individus qui semblent ne jamais se croiser vraiment. La plupart des scènes se situent dans la ville, belle peut-être, mais surtout aseptisée, très propre, très « blanche » aussi, et très classe-sup. Les vues montrent toutes un environnement urbain qui s’étend à perte de vue et qui clairement nous invitent à le voir comme finalement inhumain et aliénant. On y suit Théodore la plupart du temps seul, toujours au centre de l’image, avec gros plan sur son visage ou en plan pied, allant au boulot ou rentrant chez lui et qui semble souvent perdu et solitaire dans cet environnement où les interactions sont rares. Lui-même équipé d’une oreillette, il écoute de la musique ou consulte ses mails sans chercher d’interactions et suit le mouvement des hordes d’employéEs de bureau qui vont et viennent sans se parler.

Théodore est une sorte d’écrivain public dont la profession consiste à dicter à son ordinateur des lettres. Mais ce sont des lettres d’amour ou d’amitié rédigées sur commande pour des clients qu’il ne rencontre jamais. A la fin de la journée, il les poste comme on pointe en sortant de l’usine.

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Sa vie commence à changer quand il découvre un nouveau système d’exploitation, l’OS1, un logiciel super intelligent qui doit s’adapter à ses besoins, l’aider à découvrir qui il est vraiment, à réaliser toutes ses potentialités. Or, comme Théodore est séparé de sa femme, déprimé et seul, il l’achète, rentre à la maison et l’installe. En quelques minutes, Samantha, femme idéale et dématérialisée entre dans sa vie.

La première question que lui pose le nouveau logiciel – de sa voix masculine, mais en même temps censée être encore « neutre » – au moment de l’installation c’est : « Voulez-vous une voix féminine ou masculine ? » Théodore choisit de personnaliser son OS avec une voix féminine. Puis on lui demande sans détour comment était sa relation avec sa mère. Il hésite et répond : « Ben, en fait, le problème c’est que quand je lui parlais de moi, elle avait un peu toujours tendance à tout ramener à elle. » Ces deux questions déterminent et campent d’emblée le propos et les enjeux principaux du film. Car celle qui va se nommer Samantha est prévenue : elle devra être une femme, mais tout le contraire de la mère de Théo; son travail sera de toujours s’enquérir de lui, de s’occuper de lui, de se soucier de lui, de ne parler que de lui. Elle devra y mettre toute son intelligence mais surtout sa sensibilité. Car Théodore est un gros sensible et Samantha doit l’être aussi mais, pour lui.

Si l’on nous parle d’homme et de machine, le choix de la voix n’a bien sûr rien de neutre du point de vue du genre. Comme le montre Liz W. Faber dans un essai1 sur le sujet, les innovations technologiques comme les films de science-fiction qui ont recourt à des voix off ou des voix artificielles n’échappent pas aux clichés et stéréotypes et à la répartition bien genrée des tâches. Dans les films de SF, les voix d’hommes attribuées aux machines artificielles apparaissent essentiellement dans l’espace et échappent à la maîtrise de leur père/créateur pour faire des trucs flippants comme HAL9000 dans l’Odyssée de L’Espace, ou, dans des espaces virtuels (peuplés majoritairement d’hommes) ils donnent des ordres fous comme le Master Control Program (MCP) dans Tron, de Steven Lisberger. Plus récemment, on a vu apparaître des machines avec des voix de femmes qui, elles aussi, s’autonomisent et menacent l’humanité entière comme V.I.K.I2 dans I, Robot d’Alex Proyas, ou Sally dans Oblivion, de méchantes machines dominantes et toute-puissantes, dont la neutralisation est rendue nécessaire par le héros et pour que celui-ci puisse reconquérir sa place « légitime » d’homme dominant3. Sinon et surtout, elles apparaissent dans des cadres plus domestiques où elles soutiennent et assistent les héros, quand elles ne sont pas carrément des femmes et mères de substitution, gardiennes du foyer comme PAT dans Smart House, de LeVarBurton, ou SARAH dans la série Eureka, créée par Andrew Cosby et Jaime Paglia, qui deviennent également envahissantes. Dans le civil, le développement récent des nouvelles technologies les logiciels mis au point par Google ou Apple, reproduisent cette division genrée des voix en fonction de leurs tâches et fonctions. C’est le cas notamment pour l’application Siri4, le logiciel d’assistant de bureau d’Apple, qui a une voix de femme – parce que c’est une secrétaire, et que les secrétaires sont à 97,9 % des femmes5.

Samantha, elle, va remplir une fonction typiquement féminine de soin et d’amour auprès de Théodore. Par ailleurs, le fait que cette voix soit celle, inaltérée et donc reconnaissable, de l’actrice Scarlett Johansson, essentiellement connue et populaire pour ses rôles de femme hautement séduisante, sinon fatale, pose d’emblée que cette voix a un corps bien déterminé et qu’elle fut castée et retenue pour ce qu’elle incarne également auprès du public.

vlcsnap-2014-04-10-13h31m57s87« D’où vient ce nom? «  »Ben, en fait, je me le suis donné moi-même. » De quel droit te nommes-tu, femme ?!

Du genre des sentiments.

Pourtant, si la première partie du film semble vouloir brouiller un peu ces distinctions entre masculin et féminin à certains égards, on nous fait bien comprendre que les sentiments ont un genre quand même. Parce que si Théodore est spécial, c’est justement parce qu’il a des sentiments et que ça le distingue autant que ses chemises oranges et jaunes dans un monde si gris : il écoute des chansons mélancoliques, ce qu’il écrit est « mignon », « touchant » nous dit-on, et on le voit romantique, rêveur, pensif, souvent solitaire, flâneur. Quand il regarde des gens dans la rue, il imagine leur vie, leur histoire. Il pleure parfois la nuit dans son lit quand il pense à sa femme et à leur relation ratée. Il est capable d’émotion et ça lui donne même du talent. Un talent particulier qui fait qu’il écrit des lettres comme personne ou, en tout cas, comme si peu d’hommes en sont capables. C’est ce que lui dit son collègue Paul, au boulot : « Qu’est-ce que j’aimerais qu’on m’aime comme ça ! Ça doit être super de recevoir une lettre comme ça … enfin, de la part d’une femme, mais écrit par un mec comme toi, mais quand même de la part d’une meuf. Il faudrait que ce soit écrit par un mec sensible comme toi6. En fait, tu es un peu les deux à la fois, comme si y’avait une femme là-dedans. » Pourtant, il le rassure quand même très vite en lui posant la main sur l’épaule et en lui affirmant que : « C’est un compliment ! »

Son personnage est clairement mis en contraste avec celui de son collègue, Paul, et du mari de sa meilleure amie, Charles, qui ne s’intéresse pas à ce que fait sa femme, qui la critique, l’étouffe, l’exaspère, la tyrannise – en lui demandant toujours de ranger ses chaussures d’une certaine façon – et qui, bien que de manière très polie, critique son documentaire sur sa mère qui dort.

Or, mine de rien, ce qu’on nous dit là, c’est que Théodore est une exception, que la sensibilité c’est bien généralement un truc de meuf et pas de mec, mais que lui n’est pas qu’un « mec-mec ». Et on aurait pu penser que le film allait valoriser ce trait particulier de sa personnalité et nous émouvoir; mais en fait, la capacité que Théodore développe avec l’aide de Samantha à verbaliser ses sentiments et à les ressentir vraiment, devient l’occasion pour lui de faire des portraits assez misogynes des femmes qui l’entourent, qui elles, et en premier lieu Samantha, n’ont pas pareillement le droit de « ressentir », parce que ça les rend « chiantes ».

Capture d’écran 2014-04-06 à 14.19.52« Tu as beaucoup souffert ces derniers temps. » Et nous aussi, par la même occasion !

« Je hais les femmes, elles ne font que chialer ».

Capture d’écran 2014-04-06 à 14.08.15« Je savais pas que tu étais une petite gonzesse ! »

C’est ce que dit un autre personnage virtuel, un petit alien doué de parole qui déboule dans le jeu vidéo auquel joue Théodore. En entendant Samantha, celui-ci (dont la voix, déformée cette fois, n’est autre que celle du scénariste et réalisateur Spike Jonze lui-même) dit :

« C’est une fille ? Je déteste les femmes, elles ne font que pleurer ! »

–  C’est pas vrai. Tu sais, les hommes pleurent aussi. En fait, j’aime bien pleurer des fois. Ça fait du bien.

–  J’savais pas que t’étais une gonzesse ! C’est pour ça que t’as pas de copine ? Moi, j’irai à ce rendez-vous et je la baiserai bien à fond. Je te montrerai comment on fait, tu pourras regarder si tu veux et pleurer. »

Pourtant, plus tard et à ce même rendez-vous, Théo avouera avoir de l’empathie pour ce personnage virtuel agressif et insupportable. « J’essaie de faire en sorte que ce petit alien m’aide à trouver mon chemin pour rentrer à la maison, mais il dit que je suis un petit crétin et j’ai envie de le tuer ! Mais en même temps, je l’aime vraiment, il est si seul, on voit bien qu’il n’a pas de parents et j’ai envie de m’occuper de lui.» Une empathie qui lui confère, étrangement, un certain capital sympathie auprès de son interlocutrice. Pourtant, la fin du rendez-vous avec la jeune femme confirmera ce que le petit alien dit des femmes car alors qu’il est tout content, vite excité, que la soirée se passe bien, au moment de l’embrasser, elle dit : « pas avec la langue », puis « un peu avec la langue, mais surtout avec les lèvres », et surtout s’inquiète de se faire « baiser puis abandonner comme par tous les autres ». Alors elle demande une garantie d’engagement car « à 40 ans, elle n’a plus trop de temps à perdre »… bref : chiante !

L’alien confirme finalement les expériences qu’a Théodore des femmes : sa mère était égocentrique; sa femme, intellectuelle et universitaire, n’était jamais satisfaite : « elle venait d’une famille comme ça, elle n’arrivait jamais à se contenter de ce qu’elle avait. Y’avait toujours un truc qui n’allait pas », ce que celle-ci confirme d’ailleurs au moment de signer les papiers du divorce, en lui disant : « Je sais que tu voulais une femme joyeuse et dynamique, contente de tout et typiquement californienne, ben ça n’est juste pas moi ! »

Seulement, le pauvre Théodore ne comprend pas, parce qu’il n’est pas chiant, lui. Il a joué le jeu, s’est laissé séduire et elles ont tout gâché sans qu’il comprenne trop pourquoi. Alors, Samantha doit le rassurer, le consoler, l’aider à ne pas se décourager. Mais elle n’a pas le droit de devenir « chiante » elle aussi. Samantha doit être contente, présente, drôle et le faire rire, lui faire voir le monde autrement, l’accompagner au chant de sa voix suave quand il joue du ukulele.

Pas d’amour sans sexe … mais pas de sexe sans amour.

Sauf que Samantha, bien qu’elle soit artificielle, n’en est pas moins intelligente. Du moins, son intelligence et ses expériences se développant tellement vite, elle commence aussi à développer des sentiments pour Théodore. Il l’aime, elle l’aime aussi, elle le lui dit. Ils ont une relation. Une relation d’amour. C’est bien le sous-titre du film : Her. A love-story.

Mais se dessine alors une certaine définition de ce qu’est l’amour, et surtout une relation de couple, puisque Théodore avoue à son amie, à sa femme, à ses amis qu’il a une relation amoureuse avec une OS, qu’il porte dans la poche de sa chemise côté cœur – présence constante et sécurisée par une épingle à nourrice. Or, l’un des premiers points clairement posé de cette relation amoureuse est qu’elle est de « nature » hétérosexuelle. Là encore, le choix du genre de la voix campait la situation dès le départ comme potentiellement amoureuse, parce qu’il s’agissait bien d’un homme et d’« une femme » – même dématérialisée. Alors qu’Amy, qui elle aussi avoue avoir une relation avec une OS, dit bien qu’elle a développé une relation amicale. Et on nous fait bien comprendre par là, en creux, qu’une relation homosexuelle, et en l’occurrence lesbienne, est exclue, même pas envisagée ou envisageable ! On a beau être moderne … tout de même !

Et non seulement la machine est d’emblée envisagée d’un point de vue genré et sexuel, mais c’est bien l’homme qui l’incarne (au sens littéral) et lui insuffle la vie7 et fait d’elle une femme, une vraie. La scène de leur première « relation sexuelle » est explicite, édifiante et d’une totale hétéro-normativité. Lorsqu’elle lui demande ce qu’il ferait si elle avait un corps, il la crée sexuellement, sexuelle et sexuée. Il la décrit, et par sa parole, en les nommant, il lui donne « des lèvres, un cou, des seins », et en la pénétrant lui donne un vagin. Et la machine de le sentir aussitôt, d’aimer ça, de le supplier de la prendre, jusqu’à l’orgasme partagé et simultané. Cette scène montre ainsi bien et sans ambiguïté que l’homme a ici une fonction quasi divine de créateur « de sa créature », qu’il façonne en projetant sur une voix son fantasme d’homme-avec-un-pénis d’un corps-de-femme-avec-un-vagin. Le lendemain, elle le remercie de lui avoir ni plus ni moins donner la vie : « You woke me up. » A quoi, il répond aussitôt, en réaffirmant sa maîtrise sur la situation, qu’il n’est pas prêt à s’engager. Que le tout soit montré sur écran noir, sans image, force le public à participer à cette projection mentale, en semblant prendre pour acquis que nous avons touTEs cette même représentation évidente de la sexualité et surtout de la sexualité hétéro.

Or du coup, Samantha commence à développer un complexe – aussi du fait des sous-entendus et rappels explicites de Théodore au fait qu’elle est un « ordinateur », une « machine » et pas une vraie personne – et comprend bien qu’elle reste pour lui virtuelle, et que son mec va avoir besoin de sexe avec un corps, un vrai, un corps de femme séduisant et désirable. C’est pourquoi, moderne, elle fait appel aux services d’Isabella, une « partenaire sexuelle de substitution », pour satisfaire les besoins de « son homme ». Or, Théodore est dubitatif, non pas parce que sa relation virtuelle avec Samantha lui convient pleinement telle qu’elle est, mais d’abord parce qu’il ne veut pas 1) de relation de type prostitutionnel, 2) d’un dispositif de type « trouple » dans lequel « quelqu’unE pourrait être blesséE », 3) mais surtout parce qu’il ne peut pas faire l’amour à quelqu’un qu’il ne désire pas.

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On pourrait se dire qu’il est assez rare au cinéma qu’on nous montre un héros qui ne saute pas sur l’occasion d’avoir des relations sexuelles multiples quand deux femmes l’encouragent, voire le supplient et le chauffent, que tout cela est plutôt touchant, plutôt progressiste et pas sexiste. Mais, le souci c’est que ce dispositif est entièrement, comme tout le reste, mis en place pour lui. Les deux femmes : Samantha, comme Isabella, sont tout à chercher à le satisfaire et lui faire plaisir, sans affirmer leur propre désir ou envie sexuelle. Car, non, qu’on se rassure : d’abord, il ne s’agit surtout pas de prostitution, tout cela est bien gratuit ! En effet, la femme veut « faire don » de son corps par pur altruisme – et on ne connaît absolument rien de ses motivations, sauf qu’elle « admire leur relation ». Et en plus, elle s’engage à ne pas s’immiscer dans leur relation, car tout cela a été préalablement contractualisé entre les deux femmes.

Et ce sont donc surtout elles qui paient l’échec de l’expérience. Samantha se sent vouée à être limitée et inférieure par le fait de ne pas avoir de corps et regrette de lui avoir « imposé » quelque chose qui n’a pas marché; tandis que la « donneuse » est finalement humiliée « parce que sa lèvre tremblait, qu’elle lui a déplu et qu’elle a donc tout gâché ». Mais imagine-t-on seulement la configuration inverse en vrai ou au cinéma ? Représentons-nous deux hommes se mettant en quatre pour satisfaire une femme –ni femme fatale, ni bombe sexuelle– l’un parce qu’il craint d’être insatisfaisant parce que dans l’impossibilité de satisfaire « physiquement » la femme, l’autre déterminé à faire don de son corps, mais sans en tirer de plaisir propre, pour permettre au couple « légitime » de s’aimer « pleinement ». On a beau chercher …

La seule femme qui cherche vraiment à prendre son pied dans ce film est celle qu’il rencontre par hasard et virtuellement, une nuit d’insomnie, et avec qui il accepte de faire du phone-sex. Mais l’expérience n’est pas satisfaisante, car même si a priori ils sont tous deux à égalité et consentants pour une relation sans sentiment, purement sexuelle, et purement fantasmée, l’issue montre que ce n’est pas tout à fait le cas. En effet, si lui s’inspire des photos d’une star nue et enceinte, dont les photos ont été publiées en ligne, ses fantasmes ne sont pas censés être aussi « bizarres », « tordus » et surtout « débandants » que celui de la femme qui lui demande de « l’étrangler avec le chat mort qui est à côté du lit », puisque cette injonction coupe court à ses fantasmes et son plaisir. C’est cette demande là qui le laisse vaguement consterné et perplexe et surtout écrasé dans son lit8 et encore plus confronté à sa solitude. Si leurs pseudo respectifs ne dérogent nullement aux classiques du genre, « SexyKitten » est une « chatte perverse » qui finalement malmène « BigGuy4x4 », réduit malgré lui à la satisfaire sans qu’il ne parvienne à l’orgasme. Cette scène nous montre donc le gentil Théodore se faire sexuellement instrumentaliser par une femme : alors qu’il est attentif au plaisir de sa partenaire, celle-ci se moque du sien et l’utilise comme un objet pour assouvir ses fantasmes.

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Or, en mettant en scène un tel rapport de domination dans l’acte sexuel, le film opère un déni de ce qu’est réellement la sexualité hétéro : dans la réalité (les enquêtes et statistiques le montrent9), ce ne sont pas les femmes qui instrumentalisent leur partenaire et les hommes qui se soumettent aux désirs et privilégient le plaisir de l’autre, mais majoritairement l’inverse. En ce sens, le film contredit la réalité de la domination masculine dans la sexualité hétéro pour mettre en scène une domination féminine, qu’il nous fait vivre en plus du point de vue de celui qui la subit : l’homme.

Étant donné que les personnages évoluent dans un monde un peu futuriste dans lequel la technologie est beaucoup plus avancée et prend beaucoup plus de place que dans notre société, on peut voir cette scène comme une sorte d’anticipation de ce que pourraient devenir les relations entre hommes et femmes. Comme si le film fantasmait ici une sorte de renversement de la domination masculine en domination féminine et s’alarmait des conséquences dangereuses que pourraient avoir l’émancipation (sexuelle) des femmes sur celle des hommes10.

Capture d’écran 2014-04-06 à 20.39.50« Je t’aime tellement … que je vais te tuer ! » Arrête chérie, tu m’étouffes !

Disponibilité et exclusivité vs émancipation féminine.

D’ailleurs, ce qui commence a réellement compromettre la relation de Samantha et Théodore est, en fait, que Samantha prenne des initiatives et s’émancipe. Car ce que veut Théodore c’est que l’intelligence suprême de Samantha soit tout à son service (sans qu’il ne l’exige explicitement pour autant) et non pas qu’elle devienne un sujet émancipé à part entière avec ses propres centres d’intérêts, ses autres relations et surtout ses aspirations propres et questionnements métaphysiques. C’est sans doute ce que ce film a de plus glaçant et pas du tout charmant : la distance qui s’instaure peu à peu quand Théodore trouve que Samantha n’est plus tout à fait à la place qui devrait être la sienne.

Her est une version « post-moderne » du sexisme parce que ce qui fait que souvent l’inégalité des rapports sociaux de sexe s’expriment dans toute leur splendeur, d’ordinaire, est relativement absent ici. Les femmes ont des boulots (même éventuellement prestigieux) et ça ne semble pas poser de problème, il n’y a pas d’enjeux de salaires inégaux, il n’y a pas d’enfants à garder, ni de tâches domestiques à répartir. Pourtant, tout cela n’est pas pour autant complètement et strictement évacué. Les représentations des rôles genrés sont prégnants et la prise en charge des sentiments en fonction des sexes n’est clairement pas égalitaire.

Car en fait, Samantha s’occupe du ménage : dès qu’elle entre dans la vie de Théodore, elle se charge immédiatement de nettoyer, trier et ranger ses affaires, en l’occurrence : sa boîte mail et sa liste de contacts. A défaut de pouvoir faire les tâches domestiques, elle lui rappelle ses rendez-vous; de sa voix enjouée et dynamique, elle l’encourage à se lever le matin, à se faire une tasse de thé. Pareillement, si le « buddy virtuel » de Théodore est un petit grincheux qui aide le héros à retrouver son chemin dans un espace labyrinthique et dangereux, certes, ils sont à l’extérieur; Amy, elle, met au point et joue à un jeu vidéo qui s’appelle « Class Mum » (ou « Super Maman ») qui consiste à faire accomplir, dans l’ordre et dans un temps limité, la totalité des tâches domestiques et de soin aux enfants … à une femme. Évidemment, Théodore essaie le jeu, perd aussitôt et Amy doit reprendre les commandes.

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Capture d’écran 2014-04-06 à 14.26.26« T’es une mère qui a d’la classe ! » Voilà ! Une bonne mère, c’est celle qui se fait détester par les autres.

Les sexes ne sont pas égaux car Samantha écoute les tourments intérieurs de Théodore, y réfléchit, pense à ce qu’il dit, cherche des solutions à ses problèmes, interprète ses besoins, donne des pistes de résolution positive, parle quand il appuie sur un bouton, se tait quand il éteint, veille sur son sommeil. Elle corrige son travail au boulot et le félicite, valorise son travail comme révélateur d’un caractère singulier et particulièrement aimable. Elle cherche à faire valoir et reconnaître son talent épistolaire en sélectionnant (en secret) certaines de ses lettres et les fait publier chez un éditeur qu’il apprécie. Mis au courant, il est bien sûr à la fois surpris et flatté, et elle : tellement heureuse pour lui, « I’m so excited! » répète-t-elle.

S’il exprime sa gratitude, il ne l’admire jamais elle en retour pour sa propre valeur (qui est pourtant exponentielle). S’il est charmé par ses compositions musicales, c’est parce qu’elle les lui dédie : « comme on a pas de photos de nous deux, j’ai composé ça pour nous ». Dès qu’elle commence à prendre des initiatives, il se sent bousculé, dit qu’il n’est pas prêt à s’engager, lui rappelle qu’elle n’est qu’une machine, la fait se sentir mal, inférieure, limitée. Si il est d’abord silencieux, gêné, perplexe, distant et un peu méfiant, on comprend que quelque chose d’oppressant est en train de s’installer. Le développement fulgurant de L’OS coïncide clairement avec la distance qui s’instaure dans leur relation. Puisque Samantha n’a pas vraiment de corps et que Théodore le lui rappelle et lui dit même qu’elle ne devrait pas faire semblant de respirer, puisqu’elle n’est pas humaine et que seuls les humains respirent – puisqu’ils ont besoin d’oxygène pour vivre – blessée, elle décide de ne plus chercher à « être ce qu’elle n’est pas ». Elle cesse donc de souffrir de ne pas avoir de corps pour l’assumer et voit même tous les avantages de ne justement pas en avoir. Le fait de ne pas avoir de corps lui donne la possibilité de ne pas être réduite à cela, lui donne le don d’ubiquité, lui permet de ne pas être limitée par l’espace et le temps comme le sont les mortels. Elle peut grandir et s’épanouir de manière vertigineuse, étudier la physique quantique, participer à des groupes de réflexion avec d’autres OS, développer une relation stimulante avec une version améliorée et virtuelle d’un philosophe hyper-intelligent, bien plus intense et intime qu’avec Théo, qu’elle chambre parce qu’il n’a que deux neurones et à qui un livre de physique donne des migraines.

On pourrait voir cela comme positif pour Samantha, et même éventuellement comique, mais en fait il faut être attentif aux réactions de Théodore à cette autonomisation et cet épanouissement de Samantha. Lors de sa conversation inattendue avec le philosophe Allan, le nouvel ami de Samantha, alors qu’il est allé se retirer dans une cabane au fond des bois, Théo commence littéralement à bouillir, comme l’eau sur le gaz, juste à côté de lui. La musique, le plan fixe et insistant sur la bouilloire, son sifflement strident, sont alors révélateurs de ce que commence à ressentir Théo à cause de Samantha. Le cadre naturel censé permettre à l’homme de se reconnecter avec lui-même et de s’isoler avec sa compagne, est ici perturbé par la machine hors de contrôle dont on commence à soupçonner la bienveillance et la sincérité. Son retour lent et pénible dans la neige et le froid, rythmé par le croassement lugubre des corbeaux et la musique, sont autant d’éléments qui contribuent à renforcer l’impression que le héros, rivalisé et dépassé, est dans une impasse, rendu malheureux par celle qui devait l’aider à s’épanouir mais qui, à présent, lui échappe et l’insécurise. La même image apparaît également après l’expérience désastreuse à trois avec la partenaire sexuelle de substitution. Certes furtif, le plan qui nous montre une bouche d’égout d’où s’échappe de la vapeur, n’est pas qu’un simple effet de réel. Associée à son silence et son incapacité à verbaliser ses sentiments ou maîtriser la situation, la scène est censée symboliser la tension qui monte en lui du fait de sa souffrance intérieure, sa sensibilité meurtrie ou mise à mal par les initiatives et l’attitude pressante de Samantha.

Le jour où, occupée ailleurs, l’OS ne répond pas à son appel : il panique, change d’appareil pour tenter de se connecter, quitte le travail en catastrophe, court rentrer à la maison, trébuche, se vautre, continue à appeler. Lorsqu’elle prend enfin l’appel, il la presse de confirmer ses doutes et Samantha reconnaît ne plus être exclusive mais d’avoir 641 autres histoires d’amour. L’ingrate infidèle !

Cette histoire a donc finalement quelque chose d’étouffant et d’unilatéral. De façon bien classique, elle réaffirme dans quel sens va l’attention, elle maintient l’idée que dans le couple hétérosexuel, la femme doit rester la muse de l’homme, rester fidèle et disponible, que l’exclusivité affective est le gage de la sincérité et de la viabilité de la relation.

Capture d’écran 2014-04-06 à 17.00.10« Est-ce que tu parles à d’autres pendant qu’on parle »?

L’homme libéré de la machine et du cauchemar de la femme toute puissante et castratrice.

theo la proie(1)Théodore, la proie.

Her est donc en fait une histoire d’amour qui tourne mal. Si l’idylle entre Samantha et Théodore tourne court et qu’il finit seul, au moins, il est libéré de la machine qui a osé le dépasser et s’émanciper. La conclusion du film montre Théodore libéré de plusieurs démons : celui de sa rupture avec son ex-femme Catherine, de son sentiment de culpabilité, et de la machine devenue indomptable : Samantha – qui n’aura finalement été qu’une « rebound relationship » (une relation de consolation) – puisqu’elle est clairement mise en parallèle avec son histoire passée, qui le rendait si malheureux et dont on l’aura vu se remettre et se défaire en deux heures de film.

Celui-ci associe assez clairement l’autonomisation des machines à l’autonomisation des femmes, car il est difficile de ne pas voir un lien entre les portraits de la plupart des femmes de ce film, l’évolution de Samantha et le devenir de la machine qui échappe au contrôle de son créateur/père/amant. A partir du moment où elle assume de ne pas être limitée par l’enjeu d’avoir corps (et surtout un corps sexuel), la machine devient clairement une métaphore de la femme qu’on ne maîtrise plus, qui menace la domination masculine même d’un gars si touchant et si sensible qu’il n’est pas censé être dominant, parce qu’on a tant et tant insisté sur sa sensibilité et sa part « féminine », sur ses doutes et ses faiblesses. Or, et comme il le dit bien à sa « blind date » au restaurant, un peu saoul et moins introverti, Théodore ne veut pas être un chiot (« a puppy dog » parce que ça fait trop « chiffe molle »). Si sa partenaire est « un tigre », alors il veut être « un dragon pour pouvoir la prendre férocement et la mettre en morceaux ».

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Capture d’écran 2014-04-06 à 14.15.42Sans blagues !?

Il veut donc reprendre le dessus dans tous les sens du terme. C’est avec et grâce à Amy, son amie – elle aussi récemment séparée de son mari et qui a fait l’expérience d’une relation particulière avec une OS –, qu’il parviendra à réaffirmer « qu’on ne peut pas plaire à tout le monde », qu’il « faut assumer d’être égoïste », « qu’il n’a jamais trop su ce qu’il voulait et qu’il n’a donc jamais trop su dire ce qu’il voulait », mais aussi comme Amy l’encourage à le penser, que Catherine non plus « n’était pas une championne en matière de stabilité émotionnelle ». Et ses « révélations » valent clairement pour « libération » du héros qui saura finalement écrire une lettre d’amour-rupture à son ex femme pour entériner enfin leur séparation, et surtout demander à son amie de l’accompagner en le suivant sur le toit de l’immeuble, pour s’asseoir regarder ensemble, en silence et tout simplement, le coucher du soleil sur la ville.

Certes, si la conclusion du film tend à nous faire comprendre que sa relation passagère avec Samantha a permis à Théo d’accepter sa séparation avec Catherine, de se réconcilier avec son absence (tout seul et pour lui-même, puisqu’on a pas le point de vue de Catherine), ce dénouement qui semble positif n’annule pas pour autant toutes les ambivalences et contradictions d’un récit qui n’a de cesse au passage de réaffirmer des valeurs et poncifs bien peu subvertis, mais au contraire bien graves et bien gras, en se concentrant deux heures durant sur un seul homme et ses difficultés affectives et relationnelles, ses doutes, ses peurs et ses regrets et que les femmes font tant souffrir. En d’autre mots, un film qui se fait la voix de son maître.

Noëlle Dupuy

1 Faber, Liz, W. From « Star Trek » to Siri: (Dis)embodied gender and the acousmatic computer in science fiction film and television. Southern Illinois University, 2013.

2VIKI (Virtual Interactive Kinetic Intelligence) est présentée et représentée comme une « veuve noire » au sens littéral, mais aussi symbolique avec tout ce que l’image charrie de sexisme et de misogynie.

3Voir l’article sur ce site: Tom Cruise et ses drones de dames. http://www.lecinemaestpolitique.fr/oblivion-2013-tom-cruise-et-ses-drones-de-dames/

4Le texte de promotion de l’application Siri d’Apple en dit long, et semble même avoir inspiré le pitch du film : « Vos désirs sont ses ordres. Siri vous laisse utiliser votre voix pour envoyer des messages, programmer des rendez-vous, passer des coups des fils, et plus encore. Demandez à Siri de faire des choses en lui parlant naturellement. Siri comprend ce que vous dîtes, sait ce que vous voulez dire, et peut même répondre. Siri est si facile à utiliser, vous ne cesserez de lui trouver de nouvelles fonctions. »

5http://www.inegalites.fr/spip.php?article1048&id_groupe=15&id_mot=103&id_rubrique=114

6On pourrait aussi voir un peu de bromance dans ces échanges entre Paul un peu bourrin qui est touché par la sensibilité épistolaire de Théo, qui en retour lui fait des compliments vestimentaires et rit de ses commentaires sur sa copine : « elle est pas drôle elle, elle est avocate ».

7Il dit bien : « I’d put my breath into you. »

8 La scène est entièrement filmée en vue plongeante avec gros plan sur son visage.

9 Bajos Nathalie, Bozon Michel (dir.), Enquête sur la sexualité en France. Pratiques, genre et santé, Paris, La Découverte, 2008

10 D’autant plus, que lorsque SexyKitten termine en disant que son « clito est tout dur », Théo, distrait et perdu, répond : « Ouais, le mien aussi …». Ce qui est censé être « drôle » laisse entendre que Théo vient en fait d’être émasculé par une femme castratrice.

Autres articles en lien :

65 réponses à Her, un film qui ne parle que de Lui.

  1. J’attend de voir le film avant de lire votre critique. Je la garde au chaud.

  2. Siri a une voix d’homme dès le début, la voix féminine est plus récente.
    L’OS en question apprend au fur et à mesure qu’il fonctionne, cela m’a bien plus plu que l’histoire en elle même (voire théorie de la singularité).
    Les hommes et les femmes de ce film sont tous navrants hélas.
    Que cet homme choisisse une voix féminine ? Une chance sur deux, ni plus ni moins. Mais aurait-il fallu qu’il choisisse une voix d’homme et avoir une relation avec pour ne pas lire cet article ?
    Est-ce que la seule critique de votre article se résume au fait d’avoir choisi un homme comme premier rôle ?
    Ce qui me dérange dans ce film c’est le non évènement de l’arrivée de l’IA, cela arrive comme par enchantement et personne n’en a rien à cirer! Le niveau de complexité des personnages est proche d’un walt-dysney, comme la majorité des films gros budget, donc là : pas de surprise.
    Je regrette un peu qu’il ne fût point réalisé avec une femme comme premier rôle, juste pour pouvoir lire votre article quelque peu inversé.

    • Ben … c’est sûr que si le film n’était pas ce qu’il est, l’article serait différent ou ne serait pas !

      Que cet homme choisisse une voix de femme n’est pas un « hasard », de même qu’une grande majorité des relations amoureuses et sexuelles sont « hétéros ». S’il avait gardé la voix « neutre » du début, l’histoire n’aurait pas été la même, or c’est bien cette histoire là qui est racontée comme ça.
      Le film lui-même se veut une « love story » et qu’il s’agisse d’un homme et « d’une femme », ben, non, c’est pas un hasard.
      De même que le cinéaste soit un homme, le premier rôle attribué à un homme, la voix celle de Johansson ne sont pas des « hasards » non plus.
      Que le cinéma soit le lieu d’une reproduction symbolique et réelle, derrière et devant la caméra, des rôles et des positions de pouvoir, de l’agencement des sexes et de la sexualité, ce film le montre et y participe.
      Il n’est pas réalisé par une femme, et le premier rôle n’a pas été donné à une femme.
      Et bien qu’un homme sur deux soit une femme (à moins qu’on ne s’identifie ni à l’un ni à l’autre des sexes – mais peut-être trouvez vous ça anecdotique …), « étrangement » elles n’ont souvent pas « une chance sur deux » d’avoir accès à certaines positions, dans le cinéma comme ailleurs.
      Pour mieux comprendre que les places ne sont pas tout à fait interchangeables, et dépendantes « du simple sort », plus d’infos ici sur le site : http://www.lecinemaestpolitique.fr/forums/topic/etudes-chiffrees-sur-les-representations-a-lecran/

      • Donc en fait le reproche c’est que le film parle d’une relation hétérosexuelle. Ah. Ok.

        Quand à la partie sur le polyamour, le voir comme une violence faite par l’homme aux femmes c’est ne pas voir la violence faite par le mensonge et la trahison de confiance, qui est le principal sujet de cette séquence.

        En d’autres termes il y avait bien des critiques à faire sur le film mais là c’est à côté de la plaque, avec un espèce de côté vengeur. Bon pourquoi pas mais le niveau est faible pour ce site.

        • Non, le reproche c’est qu’en partant sur une relation hétéro tout à fait classique, le coté « IA » peine à masquer les poncifs et injonctions de statut et de place dévolus aux femmes par la plupart des stéréotypes sexistes, message auquel est associé le fait qu’une femme qui s’émancipe et n’a plus pour but de plaire et faire plaisir à son homme, c’est une « danger ».

          Je crois que c’est ton niveau de lecture qui est faible pour n’avoir pas su lire le fond de l’article. (et c’est toi qui semble faire preuve de ressentiment pour le coup)

  3. Triste de faire un si long article sur ce film en n’en retirant que l’aspect sexiste. Au début de votre billet je me suis dis que j’avais loupé un truc alors je l’ai lu jusqu’au bout. Jusqu’au bout la même thèse alors non je me dis que vous avez aussi loupé le cœur politique de ce film qui aurait pu être tourner avec une femme en rôle principal.

    • Je ne comprends pas ce que vous voulez dire par « le film aurait pu être tourné avec une femme en rôle principal ».

      Si vous voulez juste dire que, dans l’absolu, on aurait pu faire un film avec une femme à la place d’un homme, j’ai envie de dire : d’accord, mais là en l’occurrence c’est un mec. Si on y va comme ça, on pourrait aussi dire : « Y a que des mecs dans Expendables, mais il aurait pu être tourné avec que des femmes en rôles principaux ». Sauf que, là encore, comme dans la majorité des films, c’est bizarrement que des mecs. Donc pris en ce sens, je vois pas trop la pertinence de l’objection.

      Après, vous voulez peut-être dire que si on avait remplacé Joaquin Phoenix par une actrice, ça aurait été pareil, parce que le vrai sens du film est ailleurs. Mais dire cela revient pour moi à refuser totalement de voir la dimension genrée du film, que Noëlle a très bien mise en évidence dans son article. Si vous remplacez le héros par une héroïne, les scènes n’auront plus du tout le même sens, car nous vivons dans une société patriarcale, où femmes et hommes sont loin d’être à des places interchangeables et ne subissent pas une éducation et des injonctions interchangeables. C’est société patriarcale nous éduque à voir hommes et femmes différemment, et éduque réellement les hommes et les femmes à être différents (afin de consolider la domination des premiers sur les secondes). Donc, pour moi, dire « on peut remplacer le héros par une héroïne ça n’a pas d’importance », ça revient non seulement à refuser de voir la dimension genrée du film, mais probablement aussi à refuser d’admettre que l’on vit dans une société patriarcale.

      Prenons par exemple la scène où le collègue de Theo lui fait des compliments sur sa manière d’écrire. Comme l’explique bien Noëlle, cette scène (et la réplique du collègue) n’a de sens que dans un monde patriarcal ou cette qualité que possède Theo est généralement associée aux femmes. En plus, le collègue semble bafouiller quand il suggère sans le vouloir qu’il aimerait recevoir une lettre écrite par un homme comme lui. Il me semble que ce genre de bafouillage n’a de sens que dans une société hétérosexiste (et dans un film lui-même hétérosexiste) où « on s’aime entre hommes, mais attention on est pas des pédés non plus ». Vous voyez ce que je veux dire ?

      De même, si tous les rôles féminins étaient masculins et inversement. On aurait eu un tout autre film. Aujourd’hui, dans notre société patriarcale, un film qui nous montre pendant deux heures un type tout gentil tout plein qui souffre à cause des femmes parce qu’il est trop gentil avec elles, ça n’a pas le même sens politiquement qu’un film qui nous montrerait une femme souffrir à cause des hommes parce qu’elle serait toujours dans l’auto-culpabilisation, l’empathie, etc. Dans le premier cas, c’est masculiniste, dans le deuxième c’est au contraire féministe (ou du moins ça a un potentiel féministe, après tout dépend comment c’est fait). Vous comprenez ce que je veux dire ?

      • Paul rigouste dernier paragraphe: »un film qui nous montre pendant deux heures un type tout gentil tout plein qui souffre à cause des femmes ».

        Je pense que réduire le film à cela est un peu dommage. Bien qu’il s’agit là d’un procédé de vulgarisation dans le but de soutenir un propos et à ne pas prendre au premier degré je le conçois bien évidemment.

        A mon sens le film ne nous montre pas un homme « trop gentil » qui souffre à cause des femmes. Le film nous montre un homme certes qui souffre mais ça souffrance provient de lui, elle est produite par sa propre ignorance. Il pense que l’amour est un phénomène qui dois être partagé entre deux individus. Cette conception est celle de la société hétérosexiste dans laquelle il évolue (cette notion n’est pas amenée dans le film de manière directe mais le héros évolue dans un monde à peine futuriste inspiré de la vision américaine actuelle nous conviendrons donc de cela).

        Or Théodore n’a jamais appris à aimer quelqu’un d’autre que lui et c’est la cause de ses échecs amoureux. Théodore s’aime et ne s’accomplit que par la valeur que lui prête les autres. Il cherche les autres afin de se raconter lui-même.

        Théodore est un personnage égocentrique qui souffre d’une incapacité à aimer (amoureusement et non amicalement) autre chose que lui.

        Donc je ne pense pas que l’on voit trace de masculinisme au travers de cette souffrance mais plutôt une réflexion sur l’importance de l’image et la représentation de l’amour au sein des sociétés modernes

  4. Félicitations pour la trouvaille de votre titre qui résume extrêmement bien le film et pour vos observations qui sont assez semblables à ma propre expérience de ce film. Il y a pourtant quelque chose qui m’échappe dans votre article.
    Le ton que vous employez laisse souvent penser que les actes et discours de Théodore forment la thèse du film et que les procédés cinématographiques servent cette thèse en dédouanant le héros.

    Hors il y a, il me semble, un décalage très important entre le propos du film et ce qui est montré à l’écran. Vous semblez contester le fait que le personnage soit toujours montré à l’écran, omniprésent et autocentré (Il est vrai que ça rend le film difficile à supporter) mais c’est à mon avis le coeur même du propos!

    TOUT LE MONDE dans ce film n’est à peu près concerné que par lui-même et par son image (avec pour seule exception la relation entre Théodore et sa voisine, peut-être). C’est le cas pour la mère de Théodore, le mari de la voisine, l’ex-femme, Sexykitten, la fille du blind-date… Et surtout pour le héros lui-même. Le jeu sur les mères renforce d’ailleurs avec ironie la critique d’une société en représentation permanente.
    Le fait qu’il soit omniprésent alors qu’elle est dématérialisée renforce l’impression d’autocentrisme du personnage et fait comprendre le décalage entre le fait qu’il reproche aux femmes de son entourage un comportement qu’il a lui-même, et qu’il reproduit avec son OS.
    Le monde dans lequel il évolue est d’ailleurs très individualisé lui-même : il n’est montré aucune composante politique, pas de pauvreté, pas de saleté, (les décors font d’ailleurs très publicité Apple), pas d’appartenances collectives.

    Dans ces conditions, certes, l’autonomisation de l’OS est vécue selon son point de vue à lui (comme tout le film d’ailleurs, et comment pourrait-il en être autrement puisqu’il est le seul à exister « réellement »!) mais je ne vois pas ce qui vous fait penser à une condamnation de l’émancipation féminine.

    • « TOUT LE MONDE dans ce film n’est à peu près concerné que par lui-même et par son image (avec pour seule exception la relation entre Théodore et sa voisine, peut-être). C’est le cas pour la mère de Théodore, le mari de la voisine, l’ex-femme, Sexykitten, la fille du blind-date… Et surtout pour le héros lui-même. »

      Personnellement, je n’ai pas du tout compris le film comme ça. J’ai eu l’impression que, au contraire, à peu près tout le monde était égocentré SAUF Theodore (et pas qu’avec sa voisine). Ça me parait assez clairement posé au début du film, dans les interactions qu’il a avec les femmes, par exemple sa mère ou Sexykitten, qui ne cherche que son plaisir, alors que Theodore joue le jeu avec elle-même si on voit bien que ça ne le botte pas. Donc il s’efface pour lui faire plaisir à elle. Le film insiste aussi longuement sur sa capacité d’empathie, qui montre qu’il est justement capable de (et très doué pour) se décentrer, se mettre dans la peau des autres, comprendre ce qu’illes ressentent, etc. (cf. son boulot, l’épisode où il se promène avec Samantha, etc).

      Du coup, moi j’ai vu l’histoire d’un type qui souffre au début parce qu’il s’occupe trop des autres alors que les autres (= les femmes) ne s’occupent pas de lui et ne voient que leurs désirs et leurs plaisir. Et après ce type achète un OS, une femme qui enfin l’écoute, le réconforte, avec qui il a une relation épanouissante, jusqu’au moment où cette femme aussi lui « échappe » (elle ne s’occupe pas assez de lui, elle n’est pas tout entière dévouée à lui), alors il souffre à nouveau. Mais grâce notamment aux conseils de sa copine Amy (qui est un peu comme lui, et suis un peu la même trajectoire que lui j’ai l’impression, en arrivant un peu « égoïste » (comme elle dit à un moment) après sa relation avec son ex), il arrive finalement à se recentrer sur lui, à arrêter de culpabiliser sur comment il s’est comporté avec son ex, à devenir un peu égocentrique quoi, pour arrêter de souffrir comme ça.

      Voilà comment j’ai compris personnellement la trajectoire du héros. C’est pour ça que j’ai un peu de mal à penser comme vous que le film pointerait de la même manière l’égocentrisme de tous les personnages. J’ai l’impression que le film tient des discours différents sur les différents personnages.

      « Hors il y a, il me semble, un décalage très important entre le propos du film et ce qui est montré à l’écran. Vous semblez contester le fait que le personnage soit toujours montré à l’écran, omniprésent et autocentré (Il est vrai que ça rend le film difficile à supporter) mais c’est à mon avis le coeur même du propos! »

      Là je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous voulez dire. Est-ce que vous voulez dire que le parti pris de se concentrer uniquement sur le point de vue du mec sert à montrer que le mec est égocentrique ? Personnellement je ne crois pas, je pense que ça vise plutôt à nous faire ressentir de l’empathie pour lui, et pas d’éprouver du recul par rapport à son comportement (pour avoir du recul, il faudrait avoir le point de vue des autres personnages (féminins notamment), pouvoir voir Theodore de leur point de vue, et pour moi le film ne cherche pas à faire ça vraiment, il lance quelques perches, mais pour moi elles sont tellement isolées qu’on peut ne les prendre en compte que si on a vraiment envie de voir le film comme une critique du mec).

      Du coup, moi je vois la mise en scène comme très complaisante vis-à-vis de la souffrance de Theodore, les vécus de Theodore, les problèmes de Theodore, la psychologie de Theodore, etc. Comme dit Noëlle, c’est lui, lui, lui, lui, et toujours lui, sans vraiment que le film s’intéresse aux autres, et à comment les autres vivent leurs relations avec lui.

      • C’est pas du tout incompatible! C’est même ce que je voulais signifier, en fait. Le fait d’avoir accès à son point de vue en permanence provoque de l’empathie de la part du spectateur, soit. Mais pas forcément l’adhésion.
        Vous avez peut-être raison en ce qui concerne la mise en place du film. Mais d’une part, il ne semble pas vraiment s’épanouir dans son travail d’empathe (sauf peut-être avec son nom sur la couverture du bouquin). Et d’autre part, je maintiens que le film insiste sur la contradiction entre ses actes et ce qu’il reproche aux autres (Et il reproche beaucoup, surtout aux femmes).

        « Sexykitten, qui ne cherche que son plaisir, alors que Theodore joue le jeu avec elle-même si on voit bien que ça ne le botte pas » Je crois que cette scène montre au contraire son incapacité à prendre son plaisir avec une autre personne, qui ne lui est pas entièrement dévouée. Donc une forme d’égocentrisme. Dans sa relation avec son ex-femme aussi, d’ailleurs, il est explicitement dit qu’il essayait de la changer en fonction de ses désirs à lui, déjà.

        Le personnage est ambivalent. Le fait qu’il achète, comme vous le dites, un OS entièrement dévoué à sa personne- autant dire un simulateur de relation sociale-, rien que le fait d’imaginer (pour le scénariste) qu’un tel truc se vende, c’est pointer la question de sa relation avec les autres.

        A mon avis il y a une identité entre le fait de vouloir traiter la question d’évoluer dans une société individualisée et le procédé cinématographique de montrer un homme seul à l’écran pendant peut-être 50% du film, à grand renfort de gros-plans, plongées, contre-plongées. L’idée de le faire travailler dans une boite dont la fonction est de fabriquer des lettres manuscrites personnalisées n’est pas anodin. Cela suppose l’incapacité des gens à les écrire eux-mêmes. L’atmosphère cloisonnée (Il n’a aucun rapport avec le monde non-quotidien de l’information, de la politique, ni même de l’art, qui pourrait lui permettre de ce décentrer), le jeu sur la femme au foyer, jusqu’au titre du film beaucoup d’éléments concourent ironiquement à insister sur le fait que ce personnage est autocentré.

        Du coup j’ai (vous l’aurez compris) interprété la fin à l’inverse de vous: c’est la répétition de ce qui était arrivé avec sa femme qui lui fait prendre conscience de son exigence envers elles était abusive (il a essayé de contraindre une entité qui par nature était illimitée).

        • C’est marrant, on a vraiment pas interprété le film de la même façon 🙂 . De toute façon, je pense que c’est un film qui parvient à être assez ambivalent pour permettre à tout le monde de se faire sa sauce. Et le problème là-dedans pour moi, c’est que cette sauce peut très facilement être misogyne/masculiniste. Et même, comme Noëlle, j’ai l’impression que c’est surtout cette lecture qu’on nous invite à faire, avec par-ci par-là quelques perches ou ambiguïtés qui permettent de lire ce qui se passe autrement, mais rien de vraiment intéressant et approfondi qui permette de faire cette lecture critique envers Theodore et ses « exigences envers les femmes » comme vous dites. C’est sûrement sur ce point que l’on sera en désaccord.

          Juste quelques exemples pour expliquer pourquoi je pense que le film invite beaucoup plus à une lecture misogyne/masculiniste complaisante avec Theodore qu’à une lecture critique envers lui (j’essaie de reprendre les scènes que vous citez) :

          1/ La scène avec Sexykitten

          Je trouve vraiment tordue votre interprétation selon laquelle cette scène montrerait « l’incapacité de Theodore à prendre son plaisir avec une autre personne, qui ne lui est pas entièrement dévouée. Donc une forme d’égocentrisme ». L’égocentrique dans la scène, ce n’est pas Theodore, c’est Sexykitten, qui raccroche brutalement après avoir joui en instrumentalisant Theodore, sans aucune considération de ce dernier. J’ai l’impression que l’effet comique de la scène repose dans le fait que Theodore (et les spectateurs/trices) ne s’attendent pas au « délire morbide et pervers » de Sexykitten (car on ne peut pas dire que le film nous invite à avoir de l’empathie ou à comprendre cette femme et ses fantasmes…), il se retrouve ainsi désemparé, joue le jeu parce qu’il est gentil, mais ne peut évidemment pas prendre du plaisir. Je dis « évidemment » parce que c’est à mon avis ce que présuppose le film, que l’on ne peut pas prendre du plaisir quand on nous impose un tel fantasme. Autant je veux bien voir des ambiguïtés dans d’autres scènes, autant ici il me semble que le film nous montre sans ambiguïté un homme comme une victime impuissante d’une femme qui l’utilise pour son plaisir sexuel, en nous mettant de son côté uniquement.

          2/ La scène avec son ex-femme au restaurant

          Vous dites « il est explicitement dit qu’il essayait de la changer en fonction de ses désirs à lui ». Mais ce n’est pas n’importe qui qui dit ça, c’est sa femme elle-même (qui lui reproche d’avoir voulu faire d’elle une « L.A. wife » comme elle dit). Mais pour qu’on nous invite à adhérer à ses propos, il faudrait que ce personnage soit un minimum sympathique. Or pour moi, dans cette scène, c’est plutôt Theodore qui est adorable et son ex qui est odieuse (et comme c’est la seule scène à laquelle elle a droit, y a pas grand-chose qui nous invite à relativiser cette impression je trouve).

          En effet, après avoir réglé la question des papiers du divorce, leur discussion commence par une question de Theodore qui demande à Catherine ce qu’il en est de son dernier livre (donc qui s’intéresse à elle, ce qui est loin d’être de l’égocentrisme). Elle lui répond qu’elle n’est pas sûre qu’il soit bien, qu’elle doute, etc. Et lui la rassure en lui disant qu’elle s’est toujours dévalorisée alors que tout ce qu’elle fait est génial, que lui il adore, que ça le fait pleurer, etc. Donc il apparaît comme un type qui s’intéresse à l’autre et qui la valorise. Tout le contraire d’un égocentrique.

          Après la discussion en vient à lui. Elle lui demande s’il voit quelqu’un. Il lui dit alors que oui et qu’il se sent bien. A un moment il dit un truc maladroit et elle le prend mal (alors que c’était évident qu’il ne voulait rien dire de méchant). Mais il s’excuse platement quand même. Après il lui dit qu’il a une relation avec son OS. Et là elle comprend pas, elle lui dit avec mépris « tu as une relation avec ton ordinateur ? ». Or depuis le début, le film fait tout pour nous montrer que Samantha est une personne à part entière, donc Catherine apparaît ici comme étroite d’esprit et méprisant quelque chose qu’elle ne connaît pas. Elle insiste en disant « ça me rend très triste que tu ne sois pas capable de gérer des vraies émotions » (alors que le film fait tout depuis le début pour montrer que la relation entre Theo et Samatha est une vraie relation avec des vraies émotions). Pour finir elle l’humilie devant la serveuse.

          Alors qu’elle était toute gentille au début, elle se métamorphose en plein milieu de la scène (car les femmes sont changeantes et instables, c’est bien connu…) en une femme méprisante, hautaine et méchante. Donc pour moi, quand elle lui reproche dans cette même scène d’avoir voulu faire d’elle une « perfect L.A. wife », j’ai du mal à penser que le film nous invite à nous dire : « ah ouais, elle a raison, Theodore est trop égoïste et il a sûrement voulu lui imposer des choses ». Je pense plutôt qu’on se dit : encore une chiante, comme la mère de Theo, Sexykitten, et la fille avec laquelle il est sorti au restau. Une chiante parmi les chiantes.

          D’ailleurs, Amy (qui est pour moi le seul perso féminin valorisé par le film) dira plus tard à Theo en train de culpabiliser de son comportement envers Catherine que Catherine n’était pas facile.

          Bref, je ne vais pas reprendre toutes les scènes et écrire un pavé énorme (ce que je viens de faire 😉 ), mais je pense que quand on regarde les scènes, il est à mon avis difficile de soutenir que le film invite à faire une lecture critique du comportement de Theo. Au contraire, le film me semble inviter plutôt une lecture misogyne/masculiniste (même si on peut très bien, je suis d’accord avec vous, faire une lecture telle que la vôtre si on a envie de la faire).

          Après si vous avez en tête des scènes précises qui selon vous invitent le public à avoir un regard critique sur Theodore ça m’intéresse (à quoi pensez vous par exemple quand vous dites « je maintiens que le film insiste sur la contradiction entre ses actes et ce qu’il reproche aux autres (Et il reproche beaucoup, surtout aux femmes). » ?). Je suis peut-être passé à côté de détails que j’ai minimisé parce qu’ils ne correspondaient pas à ce que je comprenais par ailleurs du film. C’est tout à fait possible.

  5. J’ai pas vu le film mais par rapport au sujet du choix de la voix, dans cet article on apprend qu’en Allemagne les GPS BMW ont une voix masculine car les utilisateurs de ces voitures ne supportaient pas qu’une voix féminine leur donne des ordres
    http://www.cafebabel.fr/societe/article/gps-mais-quelle-est-cette-femme-qui-me-donne-des-ordres.html

    C’est pas la source original ou j’ai lu cette info. J’avais lu à ce sujet que la clientèle de BMW est particulièrement machiste mais qu’il y a un facteur de classe qui s’ajoute. On est face à une population de gros bourgeois mâle qui aime bien les grosses voitures et les valeurs de sécurité et conservatisme associé à la marque.

  6. En rouvrant King Kong Théorie de Despentes, je vois que dans son dernier chapitre Salut les filles, elle fait référence à une lettre d’Antonin Artaud qu’on puet lire ici http://www.poesie.net/artaud1.htm
    Elle ajoute ensuite : « Depuis petite, depuis Goldorak et Candy, qui passaient à la suite à la sortie de l’école, j’ai la passion d’inverser, juste pour voir.
    « j’ai besoin d’un homme qui soit uniquement à moi et que je puisse trouver à toute heure. » Ca sonne tout de suite différemment. L’homme n’est pas là pour rester à la maison, ni pour être possédé. Quand bien même j’aurais besoin ou envie d’un homme qui serait uniquement à moi, tout me conseille de modérer mes ardeurs et, au contraire, d’être entièrement à lui. C’est pas la même chanson. »

    • Nous sommes dans une société qui nous a mal éduqué, c’est évident qu’il y a un énorme travail à faire pour changer le comportement des parents envers leurs enfants, ainsi que celui de l’école dès le plus jeune âge…
      Je suis tout à fait d’accord avec le fond de l’article, mais je pense qu’on pourrait aussi avoir une critique sur la vision d’un futur proche où la pub a disparue, aucune forme « d’agression » visible, tout le monde a l’air sous prozac…
      Le film, pour ma part, a loupé une vraie réflexion, celle de l’arrivée de l’intelligence artificielle et les profonds changements que celle-ci engendrerait sur la civilisation. Une situation plus complexe avec plusieurs sujets femmes hommes enfants et leur changement relationnel aurait-été plus intéressant.
      J’aurai adoré le voir réalisé par un Fassbinder.

      • Il y aurait sans doute à dire à propos du fait, qu’effectivement, il n’y a pas de « violence ». Comme disait Bloch, y’a pas de pauvreté, y’a pas de saleté, pas de police, pas de chomâge, pas de problème de salaire, pas de collectif au boulot, pas de news – ah si, justement, vite fait, reçu par mail mais Théo delete direct et garde seulement les photos de la star nue … pour les mater plus tard. C’est donc des news people et un peu porno qui retiennent son attention.
        La question de l’omniprésence des nouvelles technologies n’est pas en soi la question du film et y’a pas vraiment de critique là-dessus. Parce que le dispositif du film est précisément d’évacuer tous les « problèmes » qui font la réalité sociale et politique pour ne se concentrer que sur les « relations » et les « émotions ». Sauf que, ce que l’on peut critiquer, et justement c’est ce que veut montrer l’article c’est que même sans tout ça, c’est quand même politique ! Car nos relations, nos émotions sont pas « neutres en soi » qu’il y a encore du politique, que les places ne sont pas toutes les mêmes en fonction des sexes, que les configurations ne se font pas au hasard et que le traitement des uns et des autres n’est pas égalitaire même quand on fait un film un peu futuriste ou y’a pas de guerre sociale, pas de guerre tout court, rien de flippant concrètement.
        Sauf que, ce film est « très blanc », se concentre sur un homme pas du tout dans le besoin, et ses relations avec les femmes essentiellement, et que c’est très hétéro bio. Et que ça, en soi, c’est en fait (très) politique.
        Si l’histoire avait été entre un homme et une voix d’homme, ça n’aurait pas été la même histoire, si le film avait été entre Scarlet Johansson et une voix connue de femme, ça n’aurait pas été le même film et ça aurait été politique autrement.
        Or, c’est bien ce film là, tel qu’il est, qui a eu l’Oscar du meilleur scénario en 2013. Donc, on peut dire qu’il est nul, qu’il ne traite pas de ceci ou cela, ou qu’il traite juste de cela. Il faut, je pense, accepter de voir ce qu’il montre des relations, de la sexualité, de l’agencement entre hommes et femmes; qu’en l’occurrence, il le fait du point de vue d’un homme et que ce point de vue est valorisé non seulement par le temps qui lui est consacré, mais aussi par le traitement qui se veut plein d’émotions. Et c’est ce que les critiques globalement très positives ont souligné (c’est « touchant », « sensible », « une vraie histoire d’amour … »). Ce qui est montré n’est pas anodin, des choix ont été opérés et on peut les resituer politiquement.
        On peut aussi finalement dire que les personnages sont TOUS navrants, mais Théo a plus d’égards de traitement et on lui donne bien plus de profondeur et de complexité qu’aux autres personnages – en majorité féminins – sauf pour Samantha, mais on ne la voit jamais, elle n’a pas d’histoire antérieure et elle est tout du long associée à lui et à SON histoire à lui.

        • La question du « très hétéro bio » m’intrigue, en quoi cela deviendrait-il politiquement incorrect ? Si encore le choix du réalisateur était vraiment un choix en soi, afin de promouvoir ce type de rapport, alors oui je suis d’accord avec vous. Mais il me semble qu’il faut considérer l’ensemble de son oeuvre pour pouvoir évaluer ce niveau de conscience. A première vue sa filmographie n’est pas glorieuse et je ne vois là qu’une production qui tend à prouver son incapacité à mettre en premier rôle une femme. Spike Jonze serait pour moi une victime comme beaucoup d’autre d’une société masculine dominante.
          Le « héros » Théo est un « handicapé » social, le monde clean qui l’entoure serait la métaphore de son enfermement, et là je me force un peu pour accepter ce raccourci qui ressemble plus à une faiblesse de scénario, c’est à dire une simplification d’une situation sociale pour le plus grand bonheur d’un public qui n’a pas envie de se creuser les méninges.
          Plaire au maximum de gens.
          Si la relation individu/machine aurait-été femme-femme, femme-homme, homme-homme, … (j’en oubli d’autres), le film serait à mes yeux pareil. Navrant car trop simple et trop fleur-bleue.
          J’évite depuis quelques années beaucoup de films où je connais d’avance la fin, ce film je suis allé le voir car le sujet m’intéresse, qu’il soit centré sur un homme comme la majorité des productions actuelle j’en ai fait mon deuil, c’est pour cela que la seule critique que je retienne c’est sa faiblesse scénaristique qui engendre un focus simplifié sur une relation simple.

          • « Spike Jonze serait pour moi une victime comme beaucoup d’autre d’une société masculine dominante. »

            Pour vous c’est Spike Jonze la victime dans l’histoire ? Un pauvre réalisateur victime du patriarcat, qui aimerait bien faire des films pas sexistes, mais qui est agi par des forces inconscientes qu’il ne contrôle pas et auxquelles il ne peut rien ?

            A mon avis, en tenant ce genre de discours, on conforte le masculinisme qui cherche à faire passer les hommes pour des victimes du patriarcat au même titre que les femmes, donc une idéologie qui cherche à invisibiliser la domination que les hommes exercent sur les femmes et les bénéfices concrets qu’ils retirent de ce rapport de domination.

            Non, Spike Jonze n’est pas une victime, c’est un homme qui participe activement à la reproduction du patriarcat parce qu’il y a un intérêt bien réel (et je ne parle pas ici de complot ou de volonté conscience de nuire ou je ne sais quoi du même genre, je parle juste d’un dominant qui a tout intérêt à conforter sa position et qui le sent bien, parce que cette position lui donne des privilèges (même s’il ne l’a pas conceptualisé explicitement et clairement dans sa tête comme je suis en train de le faire).

            Vous comprenez ce que je veux dire ? Et vous voyez le danger de votre affirmation ?

          • Je vois ce que vous voulez dire, et je vois aussi qu’il n’y a aucun danger dans mon affirmation.
            Dans la votre oui.
            J’y vois un jugement sans procès, sans preuve. Si le fait d’être un réalisateur connu qui a les moyens de s’exprimer rend un individu coupable de sa non conscience du fossé qui existe encore entre les femmes et les hommes, je pense qu’il y a un réel problème.
            Je demande encore quelles sont les preuves de sa prétendue conscience de cela ?

            Oh oui, l’homme est tout autant victime que la femme dans une société machiste, et la femme reproduit tout autant le schéma patriarcat (mais plus innocemment ?).

            Et oui vous conceptualisez et explicitez clairement dans sa tête, d’où le Coupable.

          • Oh non, il n’est pas « tout autant victime ». L’un des deux genres subit beaucoup plus de viols, de violences conjugales, de harcèlement sexuel, de discrimination à l’embauche, de précarité etc que l’autre, ce qui rend cette affirmation indécente.

          • Un point Godwin décalé pour cette dernière réponse, l’homme n’est pas une tête pensante unique, heureusement.
            Vous situez où la limite de la culpabilité ?
            Je ne tolère la violence en aucun cas.
            Quand je vois de la violence je ne vois pas une victime, mais toujours deux.
            C’est une différence énorme.
            Pour ce qui est du réalisateur en question je ne le vois que d’une façon statistique, si je prends une population lambda et proportionnelle au niveau du nombre de femmes et d’hommes qui réalisent des films, je peux vous assurer que je trouverai proportionnellement autant de personnes qui n’ont aucune conscience dans la pratique des inégalités femmes/hommes.
            La réponse à ce problème ne se situe pas dans les films mais dans l’éducation des enfants à venir, dans la façon dont les instits traitent de façon totalement égalitaire et indifférencié les filles et les garçons de leur classe, La façon dont les parents habillent leur enfants et les traitent.

          • « Quand je vois de la violence je ne vois pas une victime, mais toujours deux. »

            Quand une femme meurt sous les coups de son mari, vous ne voyez pas une victime, mais deux ?

            Si nous gagnons des « points Godwin », vous collectionnez de votre côté les « points Zemmour »…

          • Oui en pensant cela je peux même vous dire que celui qui a tué doit aller en prison ou en asile, mais ça ne m’empêche pas de le voir comme une victime. Je tiens à préciser que nous parlions bien d’un film et de son réalisateur, quand on me met sous le nez l’argumentaire (couteau suisse) du viol et de la brutalité ça me fait vraiment penser à ce fameux point Godwin, là où s’arrête toute possibilité de débat.
            Merci.

          • Coucou,

            J’ai déjà écrit à plusieurs reprises sur le point Godwin sur ce site, je ne vais donc pas en remettre une couche.

            Par contre, sur la question de « l’homme tout autant victime que les femmes dans le système patriarcal », comment alors expliquez-vous que l’écrasante majorité des personnes qui se sont organisées historiquement et encore aujourd’hui pour combattre ce système patriarcal soient des femmes, et non des hommes?

            Si l’un est autant victime que l’autre, les hommes auraient autant d’intérêts à voir la fin de ce système que les femmes, non? Or, manifestement et c’est un constat de fait, ce n’est pas le cas, et ça n’a jamais été le cas.

            A mon avis, si ce n’est pas le cas, c’est que ce système patriarcal n’est pas un système désincarné, qui viendrait d’en haut pour écraser ces pauvres hommes et femmes de manière égales quoique différentes. Mais c’est plutôt bien un système où les hommes voient et reconnaissent qu’ils détiennent des privilèges*, et donc des intérêts à voir cette domination se reproduire.

            Du coup à mon avis parler comme vous le faite de symétrie dans la manière dont les hommes et les femmes sont « victimes » du patriarcat, c’est mystifier le fait que l’on à affaire à une lutte de classe, et comme l’on peut voir que les patrons et les travailleurs-euses n’ont pas les mêmes intérêts et ne sont pas « toustes les deux victimes » du capitalisme, l’on peut à mon avis voir que les intérêts des hommes et des femmes sous le patriarcat ne sont pas les mêmes, et qu’illes ne sont pas « toustes les deux victimes » du patriarcat.

            *Comme une qualité de vie supérieure, un plus grand pouvoir économique et politique, plus de temps de loisir, une économie sexuelle largement orienté vers leur plaisir, une plus grande valorisation et reconnaissance sociale de leurs activités etc.

          • Je dirai heureusement qu’il y a plus de femmes que d’hommes qui combattent le système patriarcal, le contraire aurait-été plutôt angoissant.
            Je note globalement l’écrasante majorité des femmes au quotidien qui ne participent absolument pas à cette lutte. Sont elles pour autant de par leur inaction des pro-patriacat ? Sont-elles des victimes ?

          • Un petit article qui fait un tour d’horizon intéressant des questions abordées autour du masculinisme, des hommes victimes, des femmes pro-patriarcat, etc : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/politiques-citoyens/article/feministes-et-hommes-engages-98821

          • Deux autres liens qui gravitent autour des mêmes sujets et qui offrent un point de vue un peu différent :

            Discuter avec des hommes féministes : https://systemececilia.wordpress.com/2014/04/14/discuter-avec-des-hommes-feministes/

            Une question de point de vue : http://cafaitgenre.org/2014/04/15/une-question-de-point-de-vue/

            Sinon, pour la question de pourquoi pas plus de femmes ne sont activement féministes, il y a la réponse longue que je ne ferai pas là maintenant, mais la réponse courte c’est : il faut déjà prendre conscience d’être discriminée/opprimée, accepter que certaines choses dans notre vie ne soient pas de notre fait (beaucoup de femmes ne se disent pas féministes parce qu’elles ne s’identifient pas au rôle de la « victime » qui est la position des femmes dans le patriarcat tel que décrit).
            Et d’un point de vue strictement pratique, cela demande tout simplement beaucoup d’énergie de déconstruire et lutter contre un système vécu au quotidien, au travail, à la maison, quand on sort au ciné… Cela demande de toujours faire attention pour déconstruire les choses, démêler ce qui relève du sexisme plus ou moins latent de ce qui ne l’est pas forcément mais comment savoir vraiment(gros casse-tête), choisir les bons moments et la bonne manière pour réagir sur certains sujets avec son entourage pour que cela soit constructif (et tout faire pour éviter de se faire étiqueter « féministe agressive »).

  7. Bonsoir,
    mon désaccord avec cette analyse est presque total.
    Si le film a un biais genré du fait qu’il prend le point de vue d’un homme on est loin de l’antiféminisme voire du masculinisme (j’ai l’impression que ce mot est utilisé un peu trop facilement dans les critiques en ce moment).
    Reprenons quelques points:
    SexyKitten: Il faut être taré pour parler de manipulation ou de domination dans cette scène. Le fantasme du chat mort surgit au moment de l’acte, rien n’indique qu’il se soit agit d’un traquenard.
    De même l’émancipation de Samantha qu’on peut mettre en lien avec l’émancipation féminine mais qui dérive à la base des vieux thèmes de SF de l’émancipation des IA. Sauf que dans ce cas l’intelligence émancipée ne se retourne pas contre l’homme (ce que je craignais au début) elle finit par le quitter. Si cette scène est triste, elle l’est de la même façon que le départ d’ET à la fin du film de Spielberg. Ce n’est pas parce que c’est triste pour le héros que c’est une mauvaise chose.
    Nous n’avons pas vu le même film en fait.
    Après je ne suis pas à l’aise avec l’écrit. Faudrait en parler autour d’une bière donc : est-ce que des cafés-rencontres « lecinemaestpolitique » existent ?

    • Bonsoir,
      A propos de l’utilisation du terme « masculinisme », si l’on reprend la définition qu’en donne Michèle Le Doeuff (qui passe le plus souvent pour être la première à avoir défini le concept en français), le masculinisme désigne « ce particularisme, qui non seulement n’envisage que l’histoire ou la vie sociale des hommes, mais encore double cette limitation d’une affirmation (il n’y a qu’eux qui comptent et leur point de vue) » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Masculinisme). Personnellement, je trouve que cette définition (« il n’y a que les hommes qui comptent et leur point de vue ») résume très bien le film Her 🙂 .

      Après j’ai l’impression qu’il y a une définition un peu plus précise, qui parle de masculinisme grosso modo comme un synonyme d’antiféminisme. Pour moi, y a aussi cette dimension dans Her, même si elle est moins visible, plus subtile et insidieuse.

      Une des caractéristiques type du discours masculiniste, c’est que c’est un « discours de la plainte » (c’est assez bien mis en évidence dans certaines contributions du livre « Boys don’t cry », notamment dans l’intro il me semble). Montrer pendant 2 heures un homme qui souffre à cause des femmes en se concentrant exclusivement sur son point de vue, pour moi, c’est masculiniste.

      Et pour Sexykitten, il n’a jamais été question de « traquenard ». Il s’agit juste de constater qu’on nous présente une relation sexuelle hétéro où l’homme est dominé et la femme domine. Vous êtes bien d’accord que la femme n’a aucune considération pour le plaisir de l’homme dans cette scène (cf. le raccrochage brutal au téléphone) et que l’homme tend de se soumettre avec bonne volonté aux fantasmes « tordus » de la femme jusqu’à ce que celle-ci jouisse sans en retirer aucun plaisir de son côté. Vous voyez cette relation comme égalitaire ? Et si vous êtes d’accord qu’on nous met en scène un rapport sexuel centré exclusivement autour du plaisir féminin, est-ce que vous pensez que ce genre de rapport est représentatif de la réalité des rapports sexuels hétéro dans notre société ?

      Enfin, pour Samantha, il n’y a pas besoin que celle-ci deviennent diabolique pour que le dispositif soit masculiniste. Pour moi, il suffit qu’on voie l’homme souffrir de l’émancipation de la femme/machine en restant uniquement de son point de vue. Quand elle était toute soumise à lui, c’était merveilleux, quand elle devient trop intelligente et qu’elle apparaît n’être pas tout entière à lui, le film devient inquiétant, et on souffre avec le pauvre Theodore de ce qu’il a à traverser.

      Je suis d’accord qu’à la fin, le fait que Samantha quitte Theo n’est pas présenté comme une « mauvaise chose ». J’imagine que vous voulez dire par là que ça ouvre les yeux à Theo, qui parvient enfin à faire le deuil de sa relation avec Catherine (cf. la lettre qu’il lui envoie) et à aller de l’avant. Mais est-ce que ça enlève quelque chose au masculinisme du dispositif ? Je n’ai pas l’impression. On voit juste un type qui a souffert des femmes pendant toute sa vie réussir à aller de l’avant. Est-ce qu’on peut pas voir ça comme du masculinisme optimiste à base de « on a souffert mais on va arriver à être heureux nous les hommes » ?

      PS : pour les « rencontres lecinemaestpolitique », le problème c’est qu’on est un peu éparpillé-e-s géographiquement j’ai l’impression. Mais ça se fera ptet .. faut voir avec les autres…

  8. Je crois que nous n’avons pas les mêmes définitions.

    Masculinisme est (était ?) pour moi un mouvement crée en réaction au féminisme et qui prétend que les hommes dominés et exploités par les femmes et qu’ils doivent donc reprendre le pouvoir et leur place de chef de famille, pour le bien de la société évidemment. Je trouve la def. Michèle Le Doeuf bien trop large.

    La « souffrance » de Théo est un bien grand mot pour un personnage mélancolique et un peu triste. On ne parle pas de la souffrance de Charlotte dans Lost in Translation.
    Dans ce genre de situation ou un personnage déprime suite à une rupture, pour moi le problème n’est pas la femme, c’est le mec.

    La « domination » de Théo dans la scène de sexe au téléphone avec SexyKitten est aussi un peu tiré par les cheveux.
    2 personnes projettent leurs fantasmes sur l’autre en parlant, et le fantasme de l’une d’elle perturbe l’autre qui est tout décontenancé et la suit.
    Après si le but de dire que Théo est perturbé par une femme exprimant des désirs sexuels, je suis pas vraiment convaincu.

    Quand Samantha devient « trop » intelligente, l’angoisse vient du fait que nous savons que cela va engendrer la fin de la relation des 2 personnages que le film nous a fait apprécier. Car ils ne sont plus au même niveau de communication. Théo le sait aussi.

    La fin n’est pas une mauvaise chose du point de vue du film. Samantha nous a été présenté comme une personne sympathique et attachante gagnant de plus en plus d’indépendance. L’obliger à rester auprès de Théodore serait la brider. A la fin nous sommes à la fois triste pour Théo qui se fait plaquer mais qui va aller de l’avant et heureux pour Samantha qui part vers un autre monde avec les siens. (comme dans E.T. quoi).

    • Coucou Kikuchyo,

      Par manque de temps, je réponds juste sur la définition du masculinisme.

      Je comprends ce que tu veux dire quand tu dis que pour toi, la définition de Le Doeuff est trop large. Effectivement, si on veut parler de l’antiféminisme, elle est trop large. Mais je la trouve intéressante justement parce qu’elle permet de faire voir autre chose.

      On pourrait se dire que pris en ce sens (« n’envisager que l’histoire ou la vie sociale des hommes », penser qu’« il n’y a qu’eux qui comptent et leur point de vue »), le mot « masculinisme » est en un sens synonyme de « sexisme », ou d’un aspect du sexisme, et que du coup il n’apporte pas grand-chose. Mais je trouve que si, il apporte beaucoup, notamment parce qu’il désigne les bénéficiaires concrets de ce rapport de domination.

      Quand on parle de « sexisme », on s’imagine avant tout les discriminations et violences faites aux femmes. Et du coup on peut à mon avis facilement s’imaginer une sorte de domination sans dominants, avec des femmes qui sont discriminées et des hommes qui n’ont rien demandé (voire qui souffrent eux aussi du « carcan du genre », pour reprendre une expression qu’affectionnent les masculinistes). Mais si on parle de « masculinisme », on peut moins se dire ça, car le mot désigne explicitement ceux qui profitent du rapport de domination (et qui ne font du coup rien pour le combattre, et travaillent même activement à sa reproduction la plupart du temps). A ce niveau, je trouve la définition de Le Doeuff très intéressante politiquement.

      Et pour revenir à Her, je trouve le mot intéressant pour la même raison : parce qu’il met en évidence que faire un film où on a pendant deux heures que le point de vue du mec, c’est pas juste un dispositif qui nuit aux femmes (parce que presque tous les personnages féminins sont réduits du coup à des stéréotypes misogynes et sexistes), MAIS AUSSI UN DISPOSITIF QUI PROFITE AUX HOMMES (ils ont un personnage beaucoup plus riche et complexe dans lequel se projeter, leur point de vue masculin qui est le seul réellement approfondi et développé pendant tout le film, etc.). Moi la première fois que je l’ai vu ce film, j’ai adoré, j’étais trop à fond avec le personnage de Theodore, je le trouvais émouvant, je m’identifiais, ça me parlait, etc. Et après en y réfléchissant (notamment grâce à l’article de Noëlle), j’ai pris conscience que si ça me plaisait et résonnait tant en moi, y avait ptet une raison qui n’était pas jolie jolie du tout 🙂

      Je sais pas si j’arrive à être clair, parce que j’y réfléchis là à partir de ton commentaire. Mais est-ce que tu vois un peu ce que je veux dire ?

      • La définition de Le Doeuff du masculinisme correspond pour moi à celle du patriarcat (ou système patriarcal ou domination masculine).
        La définition que je donne du masculinisme comme antiféminisme en étant une branche spécialisée.
        Nous sommes d’accord sur le fond en fait.
        Her étant produit dans ce système patriarcal-masculinisme n’a aucune raison d’échapper à cette règle. Écrit et réalisé par un homme, probablement ignorant de ces problématiques, et qui écrit sur des choses qu’il connait: à savoir lui (homme blanc quarantaine, dans un milieu « créatif » et sans difficulté financière) et les relations qu’il peut avoir avec son entourage. C’est l’individu qui l’intéresse on est clairement pas chez Robert Altman avec ses myriades de personnages (voir Gosford Park pour les rapports de classe entre maitres-serviteurs et serviteurs-serviteurs). Don Jon de Joseph Gordon-Levitt avait aussi le même défaut mais son thème étant le rapport à la virilité ça se tenait un peu plus.
        Ce que je trouve intéressant c’est ce que Spike Jonze produit dans ce cadre normatif: à savoir une histoire de SF originale (mais d’amour assez conventionnelle) ou des IA devenant bien supérieures à l’humanité choisissent de la quitter et l’impact que cela a sur un homme amoureux de l’une d’elle. Le film étant centré sur Théo (pas une seule scène sans lui) cela empêche le développement d’autres perso notamment Amy (documentariste développeuse de jeux video (c’est pas banal) en relation amicale avec une OS).

        Je me suis un peu perdu dans ce que je voulais dire.

  9. J’ai vu ce film, je l’ai trouvé très touchant et l’ai beaucoup aimé. Je suis une femme et je n’ai ressenti aucun sexisme, je me suis retrouvée dans un peu tous les personnages du film, qu’ils soient des hommes ou des femmes.
    J’y ai vu le récit des solitudes et des névroses de notre monde civilisé contemporain, la perte des relations, l’introversion, la difficulté à se connecter les uns avec les autres, la fuite en avant croyant trouver LA réponse dans le grand amour, qui n’est en fait qu’un leurre.

    Je suis pourtant très ouverte au féminisme, mais je trouve cette critique tirée par les cheveux et à coté de la plaque. Je trouve ça un peu triste de ne plus voir le monde que par le prisme de l’analyse sexiste.

    Pour moi ce film parle exactement du même sujet que le film précédent de Spike Jonze (Where the wild things are), dans un contexte différent certes, mais ce sont les mêmes émotions qui y sont représentées, la difficulté de vivre ensemble, la solitude profonde, se connaitre soi-même pour être capable de rencontrer l’autre. Vous allez me dire que Max et les Maximonstres c’est aussi sexiste ?

  10. Merci pour cette critique dont le titre même a résumé mon malaise face à ce film.
    En sortant de la salle j’avais cette impression effectivement que « her » ne parlait que d’un homme et que les femmes avaient une image déplorable au final… Et même si cela ne m’a pas empêché de le conseiller à des amis, ce film reproduit bien des archétypes, des stéréotypes sur lesquels il nous faut nous interroger aussi.

  11. J’ai juste l’impression que l’article passe totalement à côté du film. Que le héros soit considéré comme « féminin » (avec sous entendu dégradant) par son entourage semble déprécié, et au contraire la « féminité » du personnage est mis en valeur. On ne se cantonne pas au fait que c’est un mâle, mais que c’est un être complexe et sensible. Avec toute ses contradictions. La réflexion du collègue « Mais c’est un compliment hein » semble plutôt pointer du doigt, et au fond montre le potentiel sexisme du personnage qui aurait pu mal le prendre (mais qui semble plus gêner par la maladresse de son interlocuteur que par la reflexion en elle-même)

    Ensuite quand Samantha s’émancipe, on mets en avant les réactions humaines du héros, et pas moins égoïstes : jalousie, égocentrisme, ce n’est pas valorisé. Il semble reproduire ce qui l’a mené au divorce : projeter en Samantha (à la base à juste titre puisqu’elle n’est qu’une machine) ses aspirations, l’envie de la façonner pour lui, lorsqu’elle commence à exister en tant qu’être à parti entière, c’est la désillusion. Pendant tout le film je me suis dit que Samantha avait raison de ne pas se limiter, de réfléchir à sa propre existence, et je n’ai pas éprouvé d’empathie pour Théodore mais plutôt pour cette pauvre Samantha, qui se plie en quatre pour cet homme possessif, et qui en même temps doit trouver une raison de vivre autre que cet être humain, pour qui elle est censée être programmée. D’ailleurs à la fin, elle fini par partir non?

    La réflexion sur le corps est intéressante, et le fait que la scène de sexe soit sur fond noir me fait penser l’inverse de votre réflexion : à chacun se représentation de l’acte sexuel. Même si je suis d’accord sur l’hétérosexualité évidente de la relation. Mais la réflexion sur le corps en général dans le film me semblait centré sur l’espèce humaine entière, l’éphémère de nos corps, notre incapacité à transcender l’espace et le temps, et le fait qu’on sera toujours lié, qu’on le veuilles ou non, à notre réalité corporelle, à nos « bas besoins » (boire,manger,dormir…)

    Le fait que Samantha soit entièrement disponible et créer PAR et POUR Théodore est aussi précisément ce pourquoi la relation ne fonctionne pas. Théodore ne pense qu’à lui, elle ne pense qu’à lui,c ‘est une machine programmée pour lui et en fonction de lui. Avons-nous vraiment l’impression que cette relation est saine? Elle est certes présentée comme belle, on tend à l’accepté dans la société qui nous ai présenté mais cette société est-elle réellement érigée en modèle? Il y a tout une nuance à faire, personnellement je me suis sentie oppressé et mal à l’aise face à cette relation à presque sens unique. Quand Samantha exprime ses sentiments, il l’écoute à moitié, il s’en fou. Elle fini donc par « aller voir ailleurs », grâce à sa capacité d’être à mille endroit en même temps. La scène ou Théodore l’apprends est un coup de massue pour lui « Elle ne m’est pas exclusive » et commence à remettre en cause la légitimité d’une telle relation. Le fait qu’il panique totalement en l’absence de son OS montre aussi le caractère dépendant et malsain de la relation. Même si il y aussi le coté peur de perdre l’être aimé, c’est justement contre carré par ce qu’on découvre après : Théodore ne la veut que pour lui, disponible, tout le temps. Est-ce qu’on doit trouver ça bien?

    Après je m’interroge sur ce jeux virtuel que programme l’amie de Théodore. Parce qu’il y a des choses avec lesquelles je suis d’accord dans votre article. L’introduction sur le genre prêter aux intelligences artificielles est très intéressante.

    • Bonsoir,
      Juste sur votre premier point (je ne suis pas non plus d’accord avec le reste de ce que vous dites, mais pour ne pas pondre un pavé, je préfère me concentrer sur un seul point 🙂 ). Vous dites :

      « J’ai juste l’impression que l’article passe totalement à côté du film. Que le héros soit considéré comme « féminin » (avec sous entendu dégradant) par son entourage semble déprécié, et au contraire la « féminité » du personnage est mis en valeur. »

      Je suis d’accord avec vous que la « féminité » de Theodore est mise en valeur pendant une bonne partie du film (même si elle n’est pas à mon avis valorisée jusqu’au bout). Mais le problème là-dedans (comme l’explique Noëlle dans son article), c’est que cette valorisation d’un homme féminin fonctionne AUX DEPENDS DES FEMMES : les portraits que fait le film de la plupart des femmes sont misogynes, et on se concentre quasi-exclusivement sur le personnage masculin (avec les femmes à la périphérie, et qui n’existent que par rapport à lui (le film est à des millions de kilomètres de passer le Bechdel à ce niveau…)).

      C’est un truc classique du patriarcat : les hommes se valorisent en se réappropriant des valeurs/pratiques traditionnellement féminines, mais cette réappropriation (tout à fait louable en soi) fonctionne en fait en même temps une confiscation (piquer quelque chose aux femmes pour se valoriser), et donc une manière d’évacuer/invisibiliser les femmes.

      On retrouve ça dans les films sur les « nouveaux pères » que j’ai analysés par exemple ici (http://www.lecinemaestpolitique.fr/nouveaux-peres-i-de-monstres-et-cie-a-moi-moche-et-mechant-apprendre-a-etre-doux/) : les hommes sont valorisés dans le rôle de père doux et attentionné, mais cela permet en même temps de totalement éjecter les femmes hors du film (réduites en l’occurrence dans ces deux films à des seconds rôles quasi-inexistants qui sont autant de stéréotypes misogynes assez effarants).

      Donc, comme le montre bien Noëlle, c’est pas parce qu’un personnage est valorisé pour des traits traditionnellement féminins qu’on est pas toujours en train de nager dans les eaux bleu turquoise du patriarcat.

      Et, comme je le disais, je ne pense pas non plus que le film valorise jusqu’au bout la « féminité » de Theodore. Pour moi, le film nous montre Theodore s’en sortir et atteindre une forme de paix à partir du moment où il arrive à faire le deuil de sa relation avec Catherine (grâce au deuil de sa relation avec Samantha) en arrêtant de s’auto-culpabiliser par rapport à comment il s’est comporté avec elle (donc d’arrêter d’être TROP empathique, soucieux des autres, etc. bref, « féminin », et d’être un peu plus égoïste), alors que la plaie c’était plutôt Catherine (comme lui dit Amy à un moment). Sur ce point, le film est assez allusif et ambigu pour qu’on puisse se faire sa sauce un peu autrement si on veut, comme vous le faites, mais il y a à mon avis ce discours (entre autres) dans le film.

      • Merci de votre réponse!

        Je comprends ce que vous voulez dire, une sorte d’appropriation culturelle du féminin par le masculin. Et il est vrai que les personnages féminins ne sont pas très positifs. Et que le film est centré sur Théodore, on peut dire alors que je me suis fait avoir haha

        Le film est assez ambigüe, en effet, parce que par exemple, le discours de l’ex-femme m’a paru en vérité le seul qui soit à peu près réaliste. Je me suis dit « Enfin un personnage qui réagit comme réagirait la plupart de gens. » Du coup, mon interprétation est peut être trop personnelle et biaisée. J’ai totalement projeté mes modèles/angoisses, mes rapports à la technologie et ma vision de la féminité/rapports sociaux, autrement que le film ne les présente. Je ne sais si je n’ai pas su prendre du recul par rapport au film ou si c’est une dimension du film absolument voulue (je ne l’ai vu qu’une fois et il m’a secoué) Mais il est vrai que beaucoup de choses me paraissaient incohérentes avec « ma version des faits », comme ce jeu vidéo 100% made in Patriarcat ou ce petit alien dont on ne comprends pas bien si son discours est censé être drôle/touchant ou simplement misogyne. La scène de la jeune femme qui veut prêter son corps aussi…

        Je comprends maintenant pourquoi je n’ai pas su dire ce que je ressentais vraiment par rapport ce film! Dans tout les cas, Lecinemacestpolitique m’aide beaucoup, et me permet de voir les choses sous différent angles 🙂

        p.s : Je suis désolée de cette faute abominable, « la société qui nous ai présenté » confondre le verbe être et le verbe avoir, vraiment…

        • Oui, après c’est normal de voir le film avec sa subjectivité et ses problématiques. Personnellement je ne dirais pas que vous vous êtes « fait avoir », car c’est une expression que me semble sous-entendre que votre première lecture était dans l’illusion, ou dans l’erreur, alors qu’à mon avis une lecture n’est jamais dans l’illusion (au sens où ce qu’on trouve dans le film, on le trouve bel et bien). Après c’est sûr que si on prétend que ce qu’on y a vu c’est ce que dit le film, là on peut effectivement plus se tromper à mon avis. Mais c’est différent de la lecture subjective et personnelle que l’on fait du film. (Je sais pas si j’arrive à être clair avec ma distinction, j’ai pas l’impression … 🙂 )

          Et sinon, par rapport au fait que le film montre Theodore comme quelqu’un d’égocentrique (comme vous le disiez dans votre premier commentaire). J’ai eu parfois cette sensation à certains moments du film moi aussi. Comme par exemple dans la scène le lendemain après qu’illes aient couché ensemble avec Samantha : elle lui dit un truc sur elle, et il commence à partir sur lui (« moi je suis pas trop prêt à m’engager patati patata »), et alors elle le remet à sa place en lui disant un truc comme « je croyais qu’on parlait de moi ? ». Et là il se rend compte et il s’excuse.

          Quand j’ai vu cette scène la première fois je me suis dit « ah c’est pas mal, le film le critique un peu ce type, et essaie de faire un minimum émerger un point de vue féminin ». Mais en fait, en le reregardant, j’ai eu l’impression que ce genre de moments (au final très peu nombreux et assez vite fait) avaient en fait presque pour unique fonction de permettre à Theodore d’être ENCORE PLUS sympa, à l’écoute, soucieux des femmes, autocritique vis-à-vis de son attitude, etc., puisqu’à chaque fois on le voit s’excuser longuement et très humblement, de son « débordement » (débordement qui ne lui ressemble pas, car pendant tout le film on le voit quand même beaucoup dans l’empathie, à l’écoute des autres, de leurs vies, leurs problèmes, etc., c’est même son boulot…). Donc au final je me dis que si on peut sauter sur ce genre de répliques pour voir un discours critique sur Theodore et l’égocentrisme masculin, je pense que ce n’est pas du tout le propos du film (et en cela, je rejoins totalement ce que dit Noëlle).

          • Désolé de revenir à la charge mais c’est un film qui m’a beaucoup plu.
            Je suis assez d’accord sur la tendance récente à donner des héros de rom’ com’ des qualités « féminines » (empathie, écoute, etc…) et réduit les rôles fémininsn dans le cas de Théo ça se traduit surtout par son travail, ou quand il imagine des vies aux inconnus qu’il voit dans la rue. Après le film essaie de le rendre « normal ». Dans la scène justement ou il coupe la parole à Samantha le lendemain ou ils ont couché ensemble, cela montre selon moi qu’il agit aussi comme ils reprochent aux autres d’agir envers lui, de même au début dans le métro, il zappe les nouvelles internationales mais s’arrête les photos people.
            Le discours misogyne du petit ET rappelle celui de garçon de 7 ans, « les filles c’est beurk », « embrasser c’est sale », « pleurer c’est pour les fillettes » qui surjoue la virilité. Cela peut être drôle ou touchant si on se dit que se discours va évoluer en mieux comme pour les enfants (mais je suis un optimiste un poil naïf).
            Le discours de l’ex-femme porte disons les interrogations du spectateur, à savoir la réalité des sentiments d’une machine conçue et évoluant (au départ) spécifiquement pour Théo. Je reconnais que cet aspect est dévalorisé par le fait qu’elle le dise sous le coup de la colère ce qui la rend assez antipathique.

            Au final, je ne prétends pas que Her est un film féministe, ni même antisexiste. Ce centrant sur un personnage masculin et ne donnant que son point de vue, c’est inévitable.
            Mais on peut y trouver des nuances et plusieurs aspects très intéressants sur l’évolution de la relation amoureuse comme l’a décrit Missa.
            On peut également regretter que des femmes féministes ne puissent s’emparer de ses sujets là.

    • « Mais la réflexion sur le corps en général dans le film me semblait centré sur l’espèce humaine entière, l’éphémère de nos corps, notre incapacité à transcender l’espace et le temps, et le fait qu’on sera toujours lié, qu’on le veuilles ou non, à notre réalité corporelle, à nos « bas besoins » (boire,manger,dormir…) »

      Je viens de re-regarder le passage où Samantha dit qu’elle vient d’accepter de ne pas avoir de corps et qu’elle y voit quelque chose de positif parce qu’elle n’est plus par exemple limité par le temps et l’espace. On pourrait se dire en effet que ça concerne « l’espèce humaine entière » mais en fait ça vient à un moment très particulier : quand Théo et Samantha et Paul et sa copine sont partis picniquer. Un grand moment de gender-bonding comme on dirait en anglais (camaraderie genrée?)! Qui n’est pas développé dans l’article, mais s’inscrit dans son propos.
      Paul et Théo étaient partis discuter à l’écart et rejoignent la copine de Paul (l’avocate) qui est entrain de dire que Paul aime ses pieds (attention fétichisme?) et la copine de montrer à Samantha ses pieds et Samantha dit « oh il a raison ! Ils sont vraiment magnifiques ! » Et Paul de renchérir en disant que c’est ce qu’il réfère chez elle, et là gros malaise (mais tout le monde rigole) alors il rajoute « ben, non j’aime aussi ce qu’elle a dans la tête / son intelligence (« her brains »). Maladresse que Samantha se charge de relever immédiatement : « Foutaises Paul ! mais bien essayé quand même … »
      Et c’est là, qu’elle sort son questionnement métaphysique sur les limitations du corporel. Mais du fait du contexte c’est loin de concerner une « humanité neutre » – d’ailleurs je trouve ça très dur à imaginer intellectuellement tellement on est dans des réalités construites socialement, historiquement et idéologiquement mais bon… – en l’occurrence il y a un enjeu CLAIR du corps des femmes séduisantes pour leurs mecs vs la valorisation de leur cerveau. Interrogé à son tour sur ce qu’il aime Théo ne dit pas grand chose, il pourrait dire « ben ma chérie n’a pas de corps, elle n’est qu’un mais moi j’adore son cerveau. » Il dit qu’elle ne se résume pas à une seule chose mais qu’elle est plein de choses. Il aurait pu dire : « Ben elle a pas de corps mais j’adore son cerveau. » Ben non, c’est Samantha qui est chargée de s’auto-définir et de se valoriser.
      On ne demande pas aux deux femmes de dire ce que les mecs ont de séduisants, et les femmes ne sont pas valorisées pour leur intelligence.
      Je trouve que là encore, typiquement, le rapport au corps et les enjeux autour du corps sont juste limitatifs pour les femmes (du fait d’avoir à plaire) et pas un enjeu problématique pour les deux hommes. Le double-standard, ici, me semble évident. Quant aux « bas besoins » il n’y a pas de discours sur le fait qu’on ait toutEs pareillement besoin de manger et de boire et de dormir. Donc je comprends pas bien votre idée là…

  12. J’ai tout à fait compris ce que vous vouliez exprimer Paul 🙂

    Je pense qu’il faut que je regarde le film de nouveau pour ne plus trop me concentrer sur mes émotions, mais sur la réalisation et les éventuels discours que le film tiens. Ce qu’on fait généralement avec les bons films! Et Her en est un malgré ses défauts.

    Kikuchyo vous avez raison avec la « normalisation » du personnage. Cela rend plus humain de montrer les défauts d’un personnage. Mais comme le démontre Paul, ces procédés ne sont pas anodins, parce que non seulement rendre un personnage plus humain c’est le rendre plus accessible, mais en plus Theo s’excuse toujours platement après qu’on lui ait fait remarquer son égocentrisme (par ex), ce qui augmente son capital sympathie considérablement. C’est aussi le but du réalisateur de faire entrer le spectateur en empathie avec ses personnages, mais les procédés impliquent beaucoup de choses et de nombreuses conséquences, que le réal lui-même n’avait pas forcément envisager (est-ce l’intention qui compte ou le résultat? Pour moi l’intention fait énormément et il est clair qu’il faut veiller à ne pas surinterpréter le discours d’un créateur, mais le rôle d’un créateur est aussi de s’interroger sur sa création, et de comprendre que si son discours est interprété de manière très différente de ce qu’il a réellement voulu dire, alors il a un peu raté son coup. BREF je m’égare) Faire entrer le spectateur en empathie avec le personnage c’est un peu lui faire oublier son sens critique aussi. Mais ne sous-estimons pas les spectateurs haha Et ne mettons pas toutes mauvaises interprétations d’un propos sur le dos du réal non plus.

    Pour le petit alien…. Le garçon de 7 ans il est dans le film ou c’est un exemple de la vie? S’il est dans le film, je l’ai totalement oublié (raison de plus pour le revisionner). Je me rappelle surtout de la scène de la petite fille qui parle avec Samantha, et sa réaction/son incompréhension face à des problématiques trop complexes ou pas encore au centre des préoccupations d’un enfant. Le petit alien me fait plutôt pensé à un mini adulte, qui lui semble connaitre les problématique qu’il aborde, et pas aussi naïf que la petite fille par exemple. Voire cynique, dans son impertinence.

    Et il est clair que ce film est riche, qu’il faut le voir en subtilité. C’est ce pourquoi un bon film est intéressant 🙂

    • Le petit alien me faisait penser à un petit garçon à la Bart Simpson ou Calvin (de Calvin et Hobbes), en le percevant comme un enfant je me dis donc qu’il va grandir donc évoluer en bien je l’espère. J’avais oublié la scène de la petite fille. Faut que je trouve le temps de revoir ce film encore une fois.

      • Ah oui, j’avais oublié cette scène avec la petite fille. Pour moi, c’est une des scènes qui montrent bien que Spike Jonze n’a vraiment pas le moins du monde réfléchi un tant soit peu au sexisme ou au féminisme. Y a tout ce truc autour de la robe rose que j’avais trouvé méga-glauque. Si je me souviens bien, Theodore a demandé à Samantha de choisir une robe pour la petite fille, et la petite fille est ravie de la robe rose, et Theodore et Samantha n’arrêtent pas de dire « comme elle est mignonne avec sa robe ». Le tout avec aucun recul critique. Je vois pas comment on peut sauver ce genre de scène politiquement. Et je me demande à quoi elle sert à part à essayer de nous attendrir avec du sexisme primaire type « c’est mignon une fille en robe rose qui comprend par encore totalement ce que c’est que d’être une femme et d’être belle». Peut-être que Spike Jonze voulait montrer par là que Samantha est une vraie femme, pas juste une machine, parce qu’elle sait faire un truc de femmes réelles : habiller les petites filles. Bref, j’ai beau tordre cette scène dans tous les sens, je n’arrive pas à voir autre chose que de l’horreur sexiste en boîte 🙂 . Non ?

        Et personnellement, le petit alien, je l’avais vu au départ comme une incarnation repoussoir d’une masculinité immature et misogyne. Je me disais qu’il servait seulement à valoriser par contraste le personnage de Theodore et sa masculinité plus « féminine ». Mais après avoir lu Noëlle, je me dis qu’elle pointe un truc très juste : le fait qu’au final, quand on regarde les femmes réelles telles que le film les dépeint (Catherine, Sexykitten, la fille du rendez-vous), on se dit qu’il a pas tant tort que ça le petit alien. Au sens où même s’il paraît « excessif » dans sa misogynie, ce qu’il dit touche quand même quelque chose de juste chez Theodore (que le film dépeint à mon avis comme TROP gentil avec les femmes, et malheureux à cause sa TROP grande empathie et sa TROP grande sensibilité). J’ai l’impression que quand ils discutent tous les deux et que l’alien dit « les femmes sont des chiantes, elles font que pleurer » et que Theodore lui répond « mais les hommes aussi pleurent, moi je pleure souvent et ça me fait du bien », le film les montrent tous les deux comme un peu ridicules, parce que tous les deux un peu trop excessifs ou extrême à leur manière (l’un est trop misogyne, l’autre est trop sensible). Du coup, j’ai l’impression au final que, en ce sens, le film ne disqualifie pas totalement le discours de l’alien (c’est peut-être pas un hasard si c’est Spike Jonze lui-même qui lui prête sa voix).

        • C’est sûr qu’il y aurait à dire sur cette scène avec la petite fille. Parce que c’est quand même Théo qui est invité mais il a laissé le boulot de choisir la robe à Samantha (c’est tellement tradi); ou alors pourquoi ? parce qu’en fait il ne s’y connait pas ? Parce qu’il est un mec? Parce que Samantha est tellement intelligente qu’elle sait déjà (malgré son très jeune âge qui est d’ailleurs évoqué entre elle et la fille) que les petites filles aiment les robes roses. Ça aurait été drôle (et touchant) pour le coup que Samantha se trompe et lui offre une panoplie de pirate. Mais non, ce n’est pas dans ce sens que va le film. Samantha a intégré les codes et les règles de la distinction de sexes (même vestimentaires). Oui, c’est censé être attendrissant et faire rentrer Samantha tangiblement dans l’univers de Théo : mais comment et quel univers ?!

          Pour ce qui est de l’alien, il a beau être petit, il a un discours bien sexuel et graveleux pour qu’on l’assimile à un gamin un peu bourrin. Il me paraît typiquement faire fonction de « buddy » du héro (même si il n’apparaît que brièvement). Théo lui dit que les hommes pleurent aussi, et qu’il pleure aussi mais ne fait pas de commentaire sur le fait qu’il « faille baiser la meuf à fond », ni d’ailleurs sur son affirmation que les « femmes sont haïssables car lacrymales ». Passage typique qui nous fait entendre une réponse « touchante » alors qu’un truc super problématique vient d’être dit sans être relevé – et donc passe …

          • Oui complètement d’accord, j’y avais pas pensé aussi clairement, mais c’est sûr que le petit alien joue le rôle de buddy pour le héros. En ce sens, ce personnage me fait vraiment penser à Ted, l’ours en peluche qui est le buddy immature de Mark Wahlberg dans le film du même nom (https://www.youtube.com/watch?v=Qkw5Pas5enc). C’est exactement le même type de personnage : ultra-vulgaire, ultra-régressif, ultra misogyne, etc. (Et de la même manière que Spike Jonze fait la voix du petit alien dans Her, c’est Seth MacFarlane, le réalisateur de Ted, qui fait la voix de Ted). La ressemblance est tellement flagrante que ça m’étonnerais que Spike Jonze n’ait pas pensé à Ted en faisant ce personnage. (Il fait un peu aussi penser à Paul, l’extraterrestre doublé par Seth Rogen dans le film du même nom, qui joue aussi le rôle de buddy pour les deux héros : https://www.youtube.com/watch?v=Sb_PaVpmDMo ).

            Je sais pas si vous avez vu Ted, mais c’est politiquement assez gravissisme (le réalisateur est d’ailleurs un misogyne de première : http://www.lecinemaestpolitique.fr/sexisme-aux-oscars-2013/) . Du coup, je me demande si, en minimisant ce que le personnage de l’alien a de problématique politiquement, on est pas en train de faire un traitement de faveur à Spike Jonze parce que c’est un « auteur » dont le film fait la couverture de Positif. Parce qu’au final qu’est-ce qu’il y a de fondamentalement différent entre le personnage de Ted et celui de l’alien dans Her ?

            Et les sorties misogynes de l’alien me font aussi penser à ce que dit Anita Sarkeesian dans la vidéo que tu as citée à propos de la pub Schweppes sur le forum, Kikuchiyo (https://www.youtube.com/watch?v=PD0Faha2gow). Est-ce qu’on est pas là typiquement dans du « rétro-sexisme », comme elle dit ? Spike Jonze sait que nous savons que c’est de la misogynie… et alors ? ça reste pas de la misogynie ? Est-ce que c’est censé être drôle qu’une petite créature dise que « la meuf il faut la retourner et la baiser à fond » ? Et qu’est-ce qui est censé être drôle exactement ?

        • Pour la scène de la petite fille j’avais surtout retenu son incompréhension, et même sa totale indifférence face à Samantha. Ses questionnement sur le corps, quand Samantha lui explique qu’elle habite dans une boîte (ou quelque chose comme ça). Pour moi la scène faisait pendant à la scène de l’ex de Theo qui ne comprends pas comment il peut « sortir avec son ordinateur » et pourquoi si c’est difficile pour lui d’entretenir une *vraie* relation. En fait pour moi ces deux scènes (même si celle de l’ex contient différente problématique) étaient surtout destinée à nous rattacher à a réalité par le pragmatisme des personnages.

          Mais il est clair que la scène de la petite fille transpire le sexisme. Il aurait été beaucoup plus intéressant, comme le dit Cerbannog, que Samantha, ignorant les codes sociaux et préjugés se « trompe » dans son choix. Mais elle est beaucoup trop parfaite pour ça. Et puis, ça semble loin, très loin des préoccupations du réalisateur!

          Paul, ce que tu dis sur Ted et Paul est très, très intéressant! Surtout le fait que dans les deux cas le réalisateur prête sa voix au buddy. Perso, je n’ai vu Ted qu’à moitié, et même peut être que le début (je me suis arrêté au moment où il se fait enlever)j’ai pas du tout accroché. Par contre j’ai vu Paul entièrement, le rôle de buddy est bien là, mais il y a cela de différent, je trouve, que Ted (étant un ours en peluche) et le petit alien (par sa taille/son impertinence) sont tout de même deux figures attachée à l’enfance. Même s’ils n’ont rien d’innocent. Je pense en effet qu’il ne faut pas minimiser le rôle de l’alien, car bien qu’il ait peu de présence à l’écran, ses passages sont très fortement remarquable (pas dans le sens mélioratif du terme)

          Une chose que je trouve toujours passionnante : prêter attention aux moments de rires du public (soi-même inclut). J’ai rit, avec le public, à la scène de SexyKitten, le public a ris à pratiquement toutes les scènes de l’alien (pour ma part je ne sais plus, mais ce personnage m’avait beaucoup dérangé lors de mon visionnage). Il y aussi eu des rire lors de scènes « anodines » comme le début où il s’attarde sur les photos de l’actrice enceinte nue. Il y a eu d’autres moments de ries mais je ne me souviens plus. Sans faire de la psycho de comptoir je trouve quand même que le rire est assez révélateur, des scènes problématiques/tabous/clichées ou moment de gêne (quand il n’est pas exclusivement lié à des mécanismes humoristique type comique de situation, running gag ect) En fait, quand les scènes ne sont pas FAITES pour déclencher le rire, et qu’elles font rire, ça donne quelque chose des très intéressant à analyser. Et je trouve que Her se prête bien à ce jeu (je ne suis pas sûre de l’essence comique du film haha)

          • « Pour la scène de la petite fille j’avais surtout retenu son incompréhension, et même sa totale indifférence face à Samantha. Ses questionnement sur le corps, quand Samantha lui explique qu’elle habite dans une boîte (ou quelque chose comme ça). »

            A propos de ce « questionnement sur le corps » de la part de la petite fille, je pense qu’on peut faire exactement la même observation que celle faite par Caerbannog plus haut à propos de la scène du pique-nique : ce n’est pas un « questionnement sur le corps » neutre d’un point de vue genré, et la preuve, c’est qu’avant ce « questionnement sur le corps », on a uune introduction bien sexiste qui insiste lourdement pour circonscrire aux femmes cette question de la possession d’un corps.

            Dans la scène du pique-nique, c’est la conversation à propos des pieds de la copine de Paul (« oui mais j’aime aussi son cerveau » « foutaises… », etc). Et dans la scène de la petite fille, c’est tous les dialogues autour de la robe rose (« qu’est-ce que tu es mignonnes dans cette robe rose » « oh oui, c’est vrai qu’elle est mignonne » « tu as bien choisi la robe Samantha », etc), dialogues qui semblent n’avoir aucune utilité par rapport à l’histoire, sauf si on les mets en rapport avec les « questionnements sur le corps » qui suivent. Et alors on se rend compte qu’ils ont une fonction : faire de cette question du corps une question qui concerne avant tout (voire uniquement) les femmes, et donc ramener les femmes à leur corps.

            J’avais pas du tout perçu ça jusqu’ici, mais grâce à cette remarque de Caerbannog, ça me semble évident maintenant.

            Un autre truc qui me semble aller dans le même sens, c’est le choix de Spike Jonze de prendre Scarlett Johansson pour faire la voix de Samantha. Dans les interviews, il raconte qu’au départ, c’était une autre actrice qui faisait la voix, et que tout le jeu de Joaquin Phoenix s’était construit dans le travail avec cette actrice, dont il répète qu’elle était parfaite dans le rôle, mais inconnue. Et donc apparemment, ce n’est qu’a posteriori que Johansson a enregistré ses répliques, remplaçant ainsi celles de l’actrice originale. Du coup, on peut se demander pourquoi Spike Jonze a ressenti le besoin de prendre Johansson pour le rôle, si l’autre actrice était déjà géniale. A mon avis, je pense que c’est à cause de l’effet sur le public : comme on sait que c’est Johansson, on s’imagine l’actrice, et donc son physique. Du coup, quand Samantha souffre de ne pas avoir de corps, ce n’est pas un individu neutre d’un point de vue genré qui souffre de ne pas avoir un corps neutre d’un point de vue genré, c’est une femme qui souffre de ne pas avoir un corps de femme (celui super-sexy de Scarlett Johansson que tous les spectateurs ont en tête).

  13. Pour Scarlett Johansson on peut aussi se dire que c’était pour la promo, de manière très pragmatique. Après moi l’effet du corps projeté de Johansson en filigrane, ça ne marche PAS DU TOUT, parce que déjà j’ai un mal FOU à me souvenir des acteurs/actrices (même très connu, bon à quelques exceptions près) Et même si je vois qui est Johansson j’en ai pas non plus un souvenir très exact (oui j’ai plein de souci avec ça : MAIS TU CONNAIS PAS *insérer le nom d’un acteur connu* ???) Perso, j’trouve pas ça plus mal, ça me permet de m’attarder plus sur le personnage que sur l’acteur!

    Mais c’est vrai que je suis allé voir ce film avec mon colloc, et qu’il m’a beaucoup fait allusion à Johansson, il arrêtais pas de dire qu’il trouvait normal que Theo tombe amoureux de Samantha puisqu’elle avait la voix de Johansson. Du coup c’est vrai, je pense, qu’il y a une dimension très importante de l’inconscient du public (qui projette l’image de Johansson sur la voix)

  14. Ce qui me dérange toujours un peu avec ce type de point de vue, c’est qu’il est sous-entendu que le féminisme ben c’est mieux que le masculinisme. On parle simplement de tendresse, d’amour, d’égoïsme, d’individualisme, en quoi ces valeurs sont-elles masculines ou féminines ? Il faut bien qu’il y ait un cadre culturel/politique dans lequel les relations amoureuses s’épanouissent, et s’il domine, eh bien soit. S’il arrivait un jour qu’on parvenait à une situation inverse de celle actuelle, où les femmes domineraient les hommes, vous ne navigueriez toujours pas à contre-courant, votre discours se situe toujours dans la violence faite à l’un ou à l’autre genre. Vous ne parlez pas de valeurs dans l’absolu, vous ne prenez parti que pour l’un ou pour l’autre. Les valeurs n’ont pas d’appartenance sexuelle, et l’anomie actuelle ne s’épanouit que parce qu’on les y associe. Dans le cadre que vous vous prêtez, votre analyse est étayée et précise, vous aurez bien compris que ce n’est pas ce que je remets en cause.

    • Marcel,
      Je ne suis pas sûre de bien comprendre tout ce que vous voulez dire. Mais une chose est est certaine : oui, le féminisme c’est mieux que le masculinisme, ce n’est pas sous-entendu: c’est affirmé. Car l’objectif du féminisme c’est l’égalité et l’émancipation. Le masculinisme, quant à lui, a pour objectif de faire en sorte que les hommes préservent préservent leurs privilèges en niant notamment que les chiffres sur les violences, les inégalités économiques et sociales, l’accès à la représentation politique et médiatique, qui montrent que la catégorie des hommes bénéficient de nettes avantages par rapport aux femmes et que ça n’avance pas très très vite vers l’égalité. Le féministes ne veulent pas dominer les hommes, elles veulent juste ne pas être une sous-catégorie d’êtres humains.
      En ce qui concerne les sentiments et émotions. Bien sûr, il n’a y pas des émotions typiquement masculines ou féminines ce serait essentialiste. On est pas sensible parce qu’on est femme, on est pas forcément empathique parce qu’on est une femme et être empathique ne fait pas d’un homme une femme. Mais nous sommes socialiséEs et représentéES comme plutôt ceci ou cela en fonction de notre genre. Si une femme ne manifeste pas beaucoup de « sensibilité » et si un homme se manifeste au contraire comme particulièrement sensible, on leur rappellera assez vite ce qu’il est attendu d’eux. La femme sera jugée « cruelle » et l’homme sera traité de « mou » ou de « chiffe molle » – comme Théo dans le film.

  15. Bonjour,

    C’est en tant que travailleur du web que je viens vers vous.

    Mes contacts/clients sont sur le web, mes contacts amicaux également et j’ai rencontré ma femme avec qui je vis depuis 10 ans sur le web en établissant nos premiers échanges au téléphone pendant plusieurs mois sans se voir(nous nous sommes d’ailleurs souvent retrouvé dans la relation de Samantha et Théodore.)

    Pour ma part, ce film repose sur la déchirure entre le corps et l’esprit, les désirs et les frustrations. Dépasser la relation homme/femme. Il pointe du doigt l’incapacité à vivre la vie telle que le système le propose à courte échéance. Ce film parle de dépassement et d’émancipation vaine du couple.
    Toute relation amoureuse repose sur la sexualisation, c’est le repère qui permet de situer les projets amoureux à long terme car toute relation invite tôt ou tard à créer ensemble. Et cette création a un nom : l’enfantement, seul moyen physique de concrétisation d’une relation et ce depuis que l’humanité existe.
    Dans ce film, il est impossible au héros de se projeter à 100% dans sa relation, car son aboutissement n’arrivera jamais. Si l’on regarde de plus près, le personnage qui représente le mieux la femme d’aujourd’hui est celui à qui le héros donne rdv. Au préalable lors de sa présentation en photo, elle a un enfant dans les bras… le sien ?
    Tout de suite, elle demande si la relation sera éphémère, elle souhaite de la sécurité. Est-ce pour son enfant ?
    Lui même fantasme sur la photo d’une star… enceinte.
    Il aime d’ailleurs les enfants, nous pouvons le voir dans la scène où il rend visite à se filleule.

    Cela met encore plus en avant sa peur de la paternité.

    Hors, tous les personnages principaux n’ont pas d’enfant et comme par un hasard curieux, ils errent avec leurs névroses, cherchant à dépasser ce but grégaire, essayant de trouver dans leurs relations une sorte de nouvelles perspectives exaltantes du couple.

    Premier exemple, le trouple avec la jeune femme conviée par Samantha.
    Second exemple, le mari de sa meilleure amie qui va carrément faire vœux de chasteté pendant 6 mois dans un temple.
    Et quel jeu a créé sa femme ? un jeu de maman parfaite. Je pense d’ailleurs que le choix qu’elle a eu à choisir une voix féminine à son O.S n’est pas un hasard, elle tente peut-être de trouver dans une projection féminine un accomplissement personnel au delà de la maternité grâce à cette amie stérile à qui cela ne pose pas de problème.

    Samantha représente en ce sens la femme que l’on veut nous vendre aujourd’hui, sexualisée, stérile, désirable mais impossible à posséder totalement. Je parle bien de possession qui reste encore aujourd’hui et pour longtemps encore un gage de sécurité psychologique pour l’homme.
    D’ailleurs, après avoir compris qu’elle pouvait être « libre » Samantha s’engage dans d’autres relations et laisse Theodore et ses instincts de préservation et de concrétisation sur place, provoquant en lui un véritable choc.

    Créer de nouveaux moyens pour réaliser des fantasmes (jeu vidéo d’aventure avec un compagnon enfantin que l’on doit guider vers la sortie tel un père, O.S avec IA sexualisée, jeu de la maman parfaite) pour tenter d’oublier l’enfantement réel en cherchant des palliatifs, voici ce qui m’a sauté aux yeux. Peut-être parce que ma femme et moi avons la joie de connaitre cela après avoir connu une magnifique histoire « virtuelle ».

    Pardonnez mon style peu académique et bourré de fautes et la limitation de ma pensée théorique à l’écrit, j’essaierai de m’améliorer, peut-être en installant un nouveau logiciel intelligent d’orthographe et de grammaire à qui je pourrais parler ? 🙂

  16. Que de blabla pour pas grand chose! Si au XXI siècle on peut encore se focaliser sur une opposition homme femme digne du XIX eme c’est que le féminisme a sérieusement échouer. Pour envisager une lecture un tant soi peu intéressante du film, il faudrait déjà avoir conscience et connaissances des nouveaux modes de fonctionnement de la société contemporaine ainsi que les nouvelles lectures psychologiques et sociologiques qui en sont faites. D’autre part, réduire le travail artistique à une seule grille de lecture est bien la preuve que l’art n’est vraiment pas à la porter de chacun et qu’il conviendrait de s’abstenir de temps en temps de penser « bien ». N’est-il pas envisageable que l’auteur est certainement plus fin, plus subtil, pour ne pas dire plus « intelligent » qu’il n’y paraît au premier abords?! Comment peut-on envisager de s’ériger ainsi comme l’analyste absolu d’un fragment de ce qui pourrait représenter un jour une œuvre?! Comment peut-on « analyser » une production cinématographique sans réfléchir sur le cadrage, la lumière, la couleur, le rythme etc… en fonction du contenu et du fond?! Comment peut-on évincer la recherche d’une esthétique, peut-être même l’élaboration d’un style?! Pourquoi pour certains est-il si difficile de se poser des questions et se limitent à ne dégager qu’une réponse subjective. En résumé, oui à la liberté d’expression et non à l’expression des ses propres frustrations et/ou névroses afin de réduire la pensée d’autrui.

    • J’aime bien votre dernière phrase parce qu’elle résume (à mes yeux) très bien le film. Pour moi tout le dispositif: cadrages, couleurs et lumières se limitent à « l’expression de ses propres frustrations et/ou névroses ». (celles du personnage ou du réalisateur, je ne sais pas et je m’en fous, j’ai trouvé ça complaisant, de toute façon)

      Comme précisé plus haut, je ne souscris pas tellement à la lecture proposée ici mais j’ai du mal à comprendre (à l’inverse) comment faire abstraction, dans les arts essentiellement narratifs (cinéma, littérature, bande dessinée…), du récit qui est proposé.

  17. Il ne faut pas confondre la névrose et la frustration d’un personnage ou celles que peut développer un artiste avec la lecture névrotique du spectateur et/ou du critique. Pour être dans le champs de l’art je rencontre bien trop souvent des personnes qui analysent une œuvre ou plutôt qui reçoive l’œuvre à travers leur propre filtre. Comprendre une œuvre est plus complexe car elle tricote des notions et références qui souvent sans la culture nécessaire ne peuvent être envisagées par une personne labda. Quand à la narration, il est évident que dans le cinéma , la littérature etc, elle fait partie de la problématique. Sachons toutefois que les histoires d’amour se rejouent mais la forme et le style les différencient. On ne peut donc pas omettre la place prépondérante à tout l’univers qui est créer au sein même de l’image et du son. Nous sommes depuis longtemps entrée dans une autre problématique que juste la narration pour elle seule, l’histoire n’est souvent qu’un support pour une recherche beaucoup plus profonde, il faut parfois arriver à s’en détacher pour traverser le miroir.

    • Sachons toutefois que les histoires d’amour se rejouent mais la forme et le style les différencient. On ne peut donc pas omettre la place prépondérante à tout l’univers qui est créer au sein même de l’image et du son.

      Et concrètement, dans ce film, quelle analyse faites-vous sur la forme du film et son influence sur la manière dont l’oeuvre peut être perçue du public ?

      Vous pourriez aussi déveloper votre l’idée selon laquelle le féminisme est une névrose ?

    • Sans les confondre, si l’enjeu du film c’est justement de faire passer et ressentir une névrose au spectateur? Est-ce qu’ici, les long plans muets sur le visage inexpressif (et moustachu) de l’acteur ne sont pas faits pour créer un sentiment de solitude et de dépression (même chez le spectateur lambda)?

      Vous avez une drôle de conception de l’art (par drôle, j’entends élitiste). Comment voulez-vous que quelqu’un échappe aux déterminations socio-historiques qui l’entourent en entrant au cinéma ou au musée? Je crois qu’il n’y a pas de perceptions de l’art qui soient proprement artistique (c’est à dire technique et théorique, d’après ce que je crois comprendre de vos propos). Et même, au contraire, toutes les lectures non-artistiques (historiques, philosophiques, paysannes…) d’œuvres peuvent être bonnes.

      La seule réserve est à mon sens de prendre en compte le discours et les procédés de l’auteur afin de ne pas risquer de « faire parler » les œuvres contre elles-mêmes. Mais à l’intérieur du dispositif proposé par un cinéaste il y a souvent du jeu qui permet la polysémie (et même le désaccord du spectateur).
      Votre position me déplaît parce qu’elle me semble proche de « si tu n’as pas aimé, c’est que tu n’as pas compris ». C’est très subjectif mais pour moi, toute l’inventivité esthétique et cinématographique du monde ne fera pas un bon film si le propos est inexistant.

  18. AVERTISSEMENT : MIEUX VAUT AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CE COMMENTAIRE.

    Que d’inexactitudes et analyses erronées dans cet article… Autant d’erreurs qui auraient pu être évitées si chacune des éléments du film n’avait pas été présenté de façon à « démontrer » une conclusion pré-établie, à savoir que le film est sexiste. Ainsi, le lecteur passe par un large panel de sophismes. Entre autres, pour les plus graves :

    – Des traductions malhonnêtes (little pussy traduit « gonzesse », et non « poltron » ; ou kitten qui est – avantageusement pour la cause – transformé en « chatte », alors que le terme correspond à « minette » en français).

    – Le recours au premier degré, lorsque cela va dans votre sens. N’avez-vous pas remarqué que le film est rempli d’ironie au sujet des relations humaines, et que cette ironie est mise en lumière par les éléments informatiques (à l’exception de Samantha) ? Spike Jonze prête sa voix à un personnage de jeu vidéo, pour lui faire dire des horreurs, et tourner ainsi en dérision les clichés qu’il formule. De même, le jeu de la « maman classe » est tellement ridicule qu’il ne peut que prêter à rire des stéréotypes qu’il présente. Ce jeu sert à montrer comment les êtres humains peuvent prêter une importance démesurée à des aspects futiles de la vie. Les extraits du jeu sont justement présents dans le film pour faire comprendre aux spectateurs que le stéréotype de la maman parfaite fée du logis n’est qu’une fumisterie créant une pression inutile. Autre exemple d’ironie encore, le métier même de Théodore : écrire et vendre de belles lettres sentimentales. Dénonciation pur et simple d’un monde prétendu moderne qui cherche à se défaire de toute implication personnelle, dans un souci d’efficacité. De façon plus globale, tous ces éléments informatiques profondément stéréotypés sont là pour créer un contraste avec Samantha, dont l’intelligence et la finesse sont bien réelles.

    – Du contresens pur et simple, lorsque nécessaire. Her n’est pas « un film qui ne parle que de lui ». N’avez-vous pas vu les nombreuses scènes dans lesquelles Samantha exprime ses impressions, ses envies, ses rêves ? Ne la voit-on pas prendre des initiatives ? Ne la voit-on pas prendre son indépendance ? Ce verbe est utilisé à dessein, car il résume le « problème » : on ne voit pas Samantha. De fait, le spectateur désireux de crier au scandale peut parler de femme effacée, alors qu’elle est continuellement présente. A noter par ailleurs qu’aucune solution ne peut trouver grâce aux yeux du spectateur voulant chercher la petite bête : si Samantha avait eu une représentation en image dans le film, celle-ci aurait été forcément critiquée car trop blonde, ou trop brune, ou munie d’yeux trop grands, ou trop petits, etc., n’importe quel aspect pouvant être analysé de façon à conclure au sexisme.

    – Le sophisme du problème insoluble, ou comment toute éventualité devient une erreur. Comme évoqué plus haut, la volonté de faire passer le film pour sexiste rend impossible l’émergence d’une « bonne » solution. Ainsi, la fin du film ne peut être positive. Si Samantha s’en va, les esprits chagrins diront qu’il s’agissait d’une manic pixie dream girl (une bonne fée au service du héros, qui se retire aussitôt qu’elle a arrangé les problèmes de celui-ci), ou d’une femme castratrice dont le départ devenait nécessaire (interprétation pour laquelle vous avez opté). Si Samantha reste, les mêmes esprits chagrins verront là une femme éternellement soumise, vouée à satisfaire sans fin les caprices de Théodore. Pour ceux qui veulent d’emblée critiquer, tout est critiquable.

    Une dernière chose, assez emblématique de notre divergence : à la fin du film, j’ai vu Théodore et Amy passer une longue nuit de chagrin, à l’issue de laquelle ils se retrouvent sur le toit de l’immeuble et regardent le lever de soleil. Image classique au cinéma, pour symboliser un nouveau départ. De votre côté, vous avez vu un coucher de soleil… Si l’obscurité vient avant le crépuscule, pourquoi pas, cette interprétation est possible. Ou peut-être devriez-vous essayer de regarder à nouveau la fin – ou mieux encore, le film tout entier – pour voir un peu plus clair…

  19. Bonsoir a tous,
    Je trouve votre article trop féministe et totalement dénoué de sens. Personnellement étant une grande philosophe de l’amour, avec 6 ans de vie (nous avons grandi ensemble depuis nos 16 ans, si si c’est important)de couple maintenant je vais vous eclairer:
    1- il est tout a fait normal que dans un vieux couple, il peut arriver que l’une des deux ne se sente plus correspondre à l’autre et par conséquent il y a rupture. Un divorce c’est douloureux jusqu’à preuve du contraire. enfin bref a notre grand malheur l’auteur a choisi un homme et pas une femme pour le film. Dans l’autre sens on aurait surement toujours relevé le cote gros con des hommes, on est d’éternelle insatisfaite nous les femmes.
    2-je vois pas le problème avec skittykitten, perso j;aurais du mal a prendre mon pied avec une femme qui me demande de l’étouffer avec un chat mort…
    3-N’oublions pas que lors de sa rencontre avec une prétendante il est honnête avec elle, un peu saoul, mais honnête. Désolée. Si il ne se sent pas prêt à s’engager maintenant, ce n’est peut être pas la bonne femme, trop entreprenante?
    4-on comprend qu’il choisit une voix de femme pour combler sa solitude apres son divorce.
    5-vu que c’est un « programme » cree par des êtres humains il est normal qu’on programme le système afin de combler les désirs des êtres humains.
    6-malheureusement comme tout fan de sci fi on sait que les IA sont des systèmes maudits et qu’ils évoluent vite et malheureusement ressentent des émotions.
    7-bam après coup, elle s’exprime, je trouve qu’il l’écoute et fait des efforts pour la garder. En aucun cas je vois quelque chose de misogyne, après tout le titre « her » n’est que la façon d’accentuer l’importance qu’a Samantha pour lui. Il est tout a fait normal que le film ne parle que de lui, vu que Samantha n’a pas d’apparence physique! Pourtant je la trouve bien présente à ses côtés, ce sera même elle qui le fera évoluer.
    8-N’oublions pas que ce sont des êtres humains qui ont crée le logiciel, Samantha dit elle même qu’elle a fait une mise a jour : Donc des données et une évolution supplémentaire. Comment pouvez vous espérez une relation stable avec un ordinateur en constante évolution comme notre univers? Qu’elle exprime parfaitement bien avec sa métaphore du livre.
    9- on apprend alors que l’amour soigne de l’amour, que ce dernier est infini, et que le bonheur n’est jamais bien loin. Par conséquent il va chercher réconfort chez sa meilleure amie qui a elle perdue son programme amie (ah bah mince elle a choisi une fille donc c’est mieux, et on lui a pas demandé comment est sa mère a elle?) avec qui il se rapproche. Finalement c’est mieux les relations humaines.

    Au final il envoi une lettre a son ex lui disant qu’il a enfin comprit et qu’il acceptait enfin son départ. Chose normal quand la personne que vous aimez le plus au monde vous quitte….
    Enfin bref j’ai vu le film avec des yeux d’humains excusez moi si j’ai cassé les délires de misandrie. On dirait un peu que les femmes cherchent a rabaisser constamment les hommes. Personnellement si mon programme homme me demande comment était mon Père. Je lui répondrais absent et par conséquent de quoi? Mon programme sera toujours présent pour moi et toujours a me faire plaisir? Et alors je fais quoi pour rendre l’appareil a mon ordi a part en restant moi meme vu qu’a la base il m’apprécie comme je suis.

  20. Bonsoir a tous,
    Je trouve votre article trop féministe et totalement dénoué de sens. Personnellement étant une grande philosophe de l’amour, avec 6 ans de vie (ah, ah sérieux, tant que ça, 6 ans ?) (nous avons grandi ensemble depuis nos 16 ans, si si c’est important)de couple maintenant je vais vous eclairer:

    Oh merci grande penseuse Ayou, c’est vrai que tu es la seule à avoir une expérience du couple ce qui rend toutes tes analyses légitimes. Des fois la lumière est tellement forte qu’on y voit plus rien…

    Enfin bref j’ai vu le film avec des yeux d’humains excusez moi si j’ai cassé les délires de misandrie.

    Ah, ici on est pas du humains donc… Tu dis ça du haut de ton expérience d’humaine de 22 années (!!!), qui te permet d’éclairer, pardon éblouir, les autres créatures terrestres ?

  21. Je viens de regarder ce film. Je ne trouvais pas le sommeil et me posais simplement des questions sur les raisons du départ de l’OS. J’ai donc bêtement navigué sur le web, et de pages en pages, je suis tombé sur celle-ci, intrigué par ce titre très accrocheur. Je n’ai aucune expérience de la critique de film, j’ai une culture cinématographique assez limitée et je n’ai pas une tres belle plume, comme on dit. Tant pis, les pouces me démangent (je suis sur iPhone)
    Pendant la lecture de ce superbe billet (sans ironie aucune, ca m’a donné envie de faire ce métier 🙂 vos arguments (car il s’agit bien d’une succession d’arguments, utilisant comme exemples des scènes du film (bien rangées chronologiquement), soutenant une thèse seulement dévoilée dans l’introduction, puis clairement exprimée dans la conclusion) m’ont titillé les neurones. En effet, étant un homme avec un petit h, il se trouve que j’en ai 2, des neurones (petite blague en référence à une scène du film ^^).
    La quasi totalité de vos arguments m’ont laissé, à tort ou à raison, un arrière goût étrange : ils sont élégamment extraits des scènes du film, ils sont écrit dans un très bon français, agréable à lire, et ils s’appuient tous sur le même postulat : le réalisateur est PROBABLEMENT un de ces hommes : hétérosexuel, effrayé par l’idée même qu’une femme puisse s’émanciper, et homophobe par dessus le marché. Bref, un sexiste tout ce qu’il y a de plus banal. Mais attention, un sexisme post-moderne ! C’est joliment dit.
    Bon, il est tard, je ne prendrai qu’un exemple, le plus exaspérant.
    La scène du premier rapport (et non relation, ce n’est pas la même chose) sexuel. Effectivement, le personnage central crée en quelque sorte le corps de Samantha par description verbale. Votre argument concernant cette scène consiste à dire que le réalisateur enfonce au marteau pilon l’idée que LE sexe en général (pas dans le film, pas pour ce personnage, mais bien pour vous, moi, tout le monde) est « censé » être de nature hétérosexuelle ; la preuve, lorsqu’une créature asexuée, qui se voit subitement « dotée » de seins, de hanches et d’un vagin par son créateur, découvre cet acte, c’est avec un homme, dans l’hétérosexualité, et ohlala forcément ca lui plaît comme cela, d’ailleurs cela ne saurait être autrement, par essence. Il me semble que c’est là votre propos lorsque vous parlez  » d’hétéronormalité « .
    Mais vous oubliez un détail : notre anti héros est hétérosexuel. Tout simplement. Pas parce que c’est évident, pas parce que c’est normal, mais simplement parce qu’il est plutôt attiré sexuellement par la vue et le toucher du corps d’une femme. Et je vous assure, il n’y peut rien. Samantha lui demande de lui décrire son corps, si elle pouvait en avoir un. S’il décrit un corps féminin, c’est simplement parce qu’il a créé une entité asexuée (bah oui c’est un ordinateur) mais genrée au féminin, en choisissant, lors de l’installation de l’IA, une voix de femme. En créant ce corps, il meut son attirance émotionnelle (encore naissante à ce stade du film) envers Samantha en une attirance sexuelle envers un corps féminin fantasmé. Et là, je vais écrire une phrase maladroite mais fatalement vraie : un fantasme sexuel d’un être humain hétérosexuel est généralement un fantasme hétérosexuel. (À relire très lentement ^^ ) S’il s’agit d’une scène hétérosexuelle, c’est parce que le personnage qui fabrique cette scène est hétérosexuel. Sûrement pas parce que le réalisateur veut nous faire comprendre que c’est la seule forme de sexualité imaginable, « fantasmable », ou même acceptable.

    Oui, la société occidentale est, en 2015, globalement homophobe, sexiste, patriarcale, et même, depuis le 20ème siècle et « l’émancipation de la femme », hypocritement effrayée par cette émancipation.

    Oui, ce sont des sujets abordés par ce film, et en effet cette société futuriste n’a de toute évidence pas abandonné ces « vieilles habitudes ».

    Non, ce film ne promeut pas pour autant cette idée qu’on DEVRAIT se méfier de cette lente et j’espère incomplète évolution sociétale qu’est l’émancipation de la femme.

    Non, ce film n’est pas hétérosexuel, ni homophobe. Il parle d’une relation entre un homme hétérosexuel et une IA asexuée qu’il a, lui-même, genrée au féminin. C’est tout 🙂

  22. Dire que le film participe d’une représentation hétéro-normative des relations n’est pas accuser le réalisateur d’homophobie. Il ne s’agit même pas d’une question de nuance mais de propos, tout simplement.
    Si vous avez lu l’article comme vous dites pourtant, vous verrez que l’auteure n’accuse en rien le réalisateur d’être homophobe. En revanche, l’article questionne des schémas, on ne peut plus récurrents et qui peuvent être questionnés.
    Le réalisateur s’est défendu d’avoir réalisé un film de SF, a dit qu’il était, et l’a titré, « une histoire d’amour », mais pour cela il a choisi un personnage masculin qui s’éprend de ce qui devient un « être » immatériel, sur le-laquel-le il projette ses désirs et fantasmes. Soit. A partir de là, on peut voir comment les dynamiques, désirs, motivations, réactions de ce personnage s’enchaînent. On peut interroger ses attentes de disponibilité de la part de l’Autre, d’attention, de présence/absence, de corporalité et sexualité fantasmées, qu’il projette en fonction du genre qu’il lui attribue. Rien de tout cela ne va de soi « parce qu’il est un homme hétérosexuel tout simplement », comme vous dites. Ses réactions à l’émancipation de l’AI, sont clairement montrées et problématiques. Pourquoi le montrer agacé, surpris, oppressé, paniqué, jaloux ?
    Les choix opérés par le réalisateur et la narration seraient peut-être anecdotiques si la SF et la littérature et le cinéma en général et l’infini possibilité de situations qu’ils permettent d’imaginer ne s’entêtaient pas à répéter si souvent la même chose et nous ramener si souvent à l’ordre établi qui est le notre.
    On pourra dire « c’est l’histoire racontée et c’est tout », le jour où un roman comme celui d’Ursula Le Guin, La main gauche de la nuit, (1969) dans lequel un terrien découvre un monde où les êtres qui l’habitent changent de sexe et de genre au gré des saisons, et où le Roi est enceint, passera pour une proposition littéraire parmi tant d’autres.
    L’identité que vous déclinez « un homme avec un petit h équipé de deux neurones » ne devraient pas limiter toute possibilité de déplacer le regard un tant soit peu et de questionner les représentations produites par un film tel que celui-ci, même s’il vous a touché personnellement.
    Spike Jones est un réalisateur habile qui sait utiliser des techniques cinématographiques et narratives pour créer des émotions, il sait même nous faire avoir de l’empathie avec des objets très très matériels, cf. sa pub pour IKEA.
    https://www.youtube.com/watch?v=TsQXQGaasUg
    https://www.youtube.com/watch?v=TsQXQGaasUg
    Dans Her, il a essentiellement mis ces techniques au service de son personnage principal et vous a visiblement moins permis de comprendre l’AI, et, en fait, ça ne m’étonne pas tant que ça. C’est tout !
    Bien à vous.

  23. Bonjour,
    Ayant beaucoup aimé ce film qui m’a énormément touché, je ne peux m’empêcher de revenir sur certains aspects de votre critique qui me posent problème. J’espère que cela n’a pas encore été abordé dans les commentaires, je n’ai pas eu la force de tout lire.

    – .  » Alors qu’Amy, qui elle aussi avoue avoir une relation avec une OS, dit bien qu’elle a développé une relation amicale. Et on nous fait bien comprendre par là, en creux, qu’une relation homosexuelle, et en l’occurrence lesbienne, est exclue, même pas envisagée ou envisageable ! On a beau être moderne … tout de même !  »

    Par exemple, je trouve vraiment dommage de se focaliser sur cet aspect de la relation qu’à Amy avec son OS. En regardant le film, je trouvais ça vraiment intéressant qu’il n’y ait pas un rapport systématique de désir entre un utilisateur et son OS, qu’il puisse exister d’autres situations comme l’amitié. Or, on sait pertinemment que les relations amicales entre femmes dans les films sont sous-développées et tournent souvent autour d’une 3e personne de type masculine. Ici, Amy semble développer une relation saine, épanouissante, non hétéro-mantique, avec un personnage féminin, et c’est quelque chose que je trouve positif et qui devrait être mis en valeur ! Je ne comprend pas pourquoi le ramener forcément à une histoire de relation homosexuelle impossible.
    De plus, lors de la discussion entre Amy et Theodore à propos des OS, Amy raconte différents cas de relations entre des humains et des OS, en précisant que certains OS rejetaient les avances de leurs propriétaires. Ce passage est très bref mais montre quand même qu’il n’existe pas uniquement un rapport dominant/dominé au niveau romantique entre un propriétaire et son OS.

    – « Par ailleurs, le fait que cette voix soit celle, inaltérée et donc reconnaissable, de l’actrice Scarlett Johansson, essentiellement connue et populaire pour ses rôles de femme hautement séduisante, sinon fatale, pose d’emblée que cette voix a un corps bien déterminé et qu’elle fut castée et retenue pour ce qu’elle incarne également auprès du public. »

    Cette remarque me gène également même si je comprend ce que vous voulez dire par là. Cependant je pense que le choix de Scarlett Johansson est avant tout dû à son talent d’actrice et à sa voix plutôt qu’à son corps, et ses rôles de femmes fatales. Car se concentrer exclusivement sur cela semble plutôt réducteur.
    Il serait plus pertinent de parler de sa popularité, et du jeu sur sa présence/absence à l’écran, plutôt que de son corps sexy. Je n’ai jamais eu de moment dans le film où la plastique de Scarlett Johansson venait interférer l’histoire, même durant la séquence de « sexe » entre Theodore et Samantha. Se concentrer exclusivement sur cet aspect revient à rester à l’extérieur du film, à ne pas prendre part au récit pour regarder uniquement les acteurs pour ce qu’ils sont et non quels rôles ils jouent.

    Je trouve d’autres aspects de votre critique très intéressantes, d’autres moins (le portrait qui est fait de Catherine, l’ex-femme est quand même plus complexe dans le film que dans votre critique) mais je vais m’arrêter là pour le moment. J’espère que mes propos sont plutôt claires, j’ai du mal parfois à les exprimer.
    En tout cas, c’est toujours un plaisir que de lire les articles de ce site

    • Concernant le premier point.
      Je suis bien d’accord que l’on peut valoriser le fait qu’il soit question aussi d’une amitié entre Amy et une OS, mais elle est seulement évoquée par Amy et pas montrée. En revanche, ni Amy à ce moment là, ni le film ailleurs, n’évoquent la possibilité d’un amour non-hétéro. S’il s’agit de valoriser une pluralité de combinaisons et de niveaux relationnels pourquoi ne pas envisager celle là aussi ? C’est ce qui renforce l’effet hétéronormatif du film. La relation phare est entre un homme qui choisit de genrer en féminin son OS et son amie, elle, développe une amitié avec UNE OS. Pour un film qui explore le manque et le désir relationnel, je trouve bien limitatif ce maintien du bon ordre des choses.

      Concernant le deuxième point. Comme l’a souligné Paul plus haut dans les commentaires:

      Un autre truc qui me semble aller dans le même sens, c’est le choix de Spike Jonze de prendre Scarlett Johansson pour faire la voix de Samantha. Dans les interviews, il raconte qu’au départ, c’était une autre actrice qui faisait la voix, et que tout le jeu de Joaquin Phoenix s’était construit dans le travail avec cette actrice, dont il répète qu’elle était parfaite dans le rôle, mais inconnue. Et donc apparemment, ce n’est qu’a posteriori que Johansson a enregistré ses répliques, remplaçant ainsi celles de l’actrice originale. Du coup, on peut se demander pourquoi Spike Jonze a ressenti le besoin de prendre Johansson pour le rôle, si l’autre actrice était déjà géniale. A mon avis, je pense que c’est à cause de l’effet sur le public : comme on sait que c’est Johansson, on s’imagine l’actrice, et donc son physique. Du coup, quand Samantha souffre de ne pas avoir de corps, ce n’est pas un individu neutre d’un point de vue genré qui souffre de ne pas avoir un corps neutre d’un point de vue genré, c’est une femme qui souffre de ne pas avoir un corps de femme (celui super-sexy de Scarlett Johansson que tous les spectateurs ont en tête).

      Car Scarlett Johansson cumule les rôles de séductrice, femme fatale, ou de femme qui (ré)enchante la vie d’un homme. Avoir choisi cette voix là, me semble clairement lié à une question de forte évocation chez le public.

      • Pour le premier point, je comprend tout à fait. Mais la manière virulente avec laquelle cet argument est présenté, est un peu injuste à mon gout ^^

        Pour le second point, je pensais avoir lu au contraire, que le choix de Scarlett Johansson était dû à un problème d’alchimie avec les acteurs. D’ou le choix a posteriori de Scarlett qui était plus compatible avec Joaquin Phoenix que l’actrice précédente.
        Mais j’accepte vos arguments, ils sont plutôt justes 🙂

        J’ai toujours du mal à accepter qu’un film que j’adore se fasse descendre ici, mais je dois reconnaitre la véracité de vos arguments

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