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Le Visiteur du Futur : le poids de la fin du monde sur les épaules

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Le Visiteur du Futur est une websérie française qui a rapidement gagné ses galons sur la toile. Dans cette série de science-fiction humoristique, un mystérieux personnage prétendant venir du futur rend visite à Raph, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui vit au 21e siècle. Ce Visiteur prétend que dans plusieurs siècles, la Terre sera ravagée par des cataclysmes et l’humanité menacée d’extinction. Ayant en sa possession une machine à remonter le temps, le Visiteur voyage entre le 21e et le 25e siècle pour empêcher que ces catastrophes n’arrivent.

Les épisodes des trois saisons du Visiteur du Futur sont tous disponibles sur le site levisiteurdufutur.com, ainsi que sur les plateformes Youtube et Dailymotion. Dans la suite de cette analyse, je renverrai à certains épisodes en pointant le début de chaque extrait qui m’intéresse.

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Si tu jettes cette canette, voilà ce qui va se passer…

De petite websérie sans budget, Le Visiteur du Futur a évolué vers un projet aux effets plus ambitieux : le scénario et les personnages s’étoffent de saison en saison pour mettre en scène la quête de ce mystérieux visiteur du futur. Alors que l’humour et le WTF animent le cœur des premiers épisodes, les intrigues des saisons suivantes gagnent en épaisseur. Les portraits des personnages principaux sont initialement brossés en quelques traits d’humour et des personnages secondaires typés sont introduits pour mettre les héros face à leurs contradictions.

 « Je sais ce que je fais.»

Le Visiteur du Futur est un héros mystérieux. On sait peu de choses de lui, on ignore jusqu’à son nom. Il est désigné par la brigade temporelle comme étant un « élément perturbateur », un « sans-ami ». C’est un outsider dont l’unique compagnon, au début de l’histoire, est un robot humanoïde savant : le Dr Henry Castafolte. C’est donc seul que le Visiteur a entrepris la tâche colossale de sauver l’humanité.

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Le Visiteur fait toujours son apparition de manière digne…

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Mais il ne se départit jamais de son ton théâtral : « si tu jettes cette canette, voilà ce qui va se passer ».

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Le Visiteur ne plaisante pas avec la fin du monde…

 

Le Visiteur vient d’un futur où il est le témoin du destin d’une humanité condamnée à l’extinction. Mais grâce à sa machine à remonter le temps, le Visiteur peut modifier le cours des choses. Celui-ci est conçu selon le principe de causalité : les mêmes causes entraînent les mêmes effets. Si l’on modifie les causes, on modifie les effets. Et le destin de l’humanité toute entière est construit sur le comportement individuel des millions d’êtres humains qui la compose. C’est donc en influant sur ces destinées que le Visiteur du futur veut changer le cours de l’histoire.

Dans l’un de ses moments privilégiés de réflexion philosophique, Henry le robot humaniste se pose la question :

Mais qu’est-ce que le destin ? Est-ce que c’est une force divine qui nous empêche de nous accomplir en tant qu’homme ? Ou plutôt un test pour nous permettre au final de trouver le bonheur ? Tu vois moi je pense que le destin permet avant tout des rencontre entre des gens qui ne se seraient jamais croisés et pour le reste, c’est à nous d’en faire bon usage.

Le libre-arbitre, voilà une notion qui paraît essentielle dans la série : grâce à elle, le destin n’est pas une fatalité. Il offre simplement des perspectives et des opportunités à saisir ou pas. Ce sont des choix fait à des moments clés qui orientent le cours de l’histoire et non une force supérieure inflexible. La mission du Visiteur peut donc être menée à bien.

La position du Visiteur est spéciale : en fait, on pourrait dire que lui seul bénéficie réellement d’un plein libre-arbitre : il intervient en effet dans la vie des gens pour modifier le cours de leur existence et les manipuler pour orienter leurs choix d’actions. On pourrait distinguer deux catégories : il y  a ceux qui savent l’impact de leurs actions sur le futur et il y a ceux qui l’ignorent. Comment se fait cette répartition importe peu, dans la série les privilégiés font les choix pour tous les autres. Ce pouvoir semble arbitraire : de quel droit un individu chamboulerait-il la vie des gens ? Constance, la fille de la boulangère est privée de l’amour de sa vie. L’existence même des Lombardi est menacée lorsque le Visiteur annule leur naissance. Héros omniscient, le Visiteur joue à Dieu pour tirer les ficelles du monde et en influencer le cours.

Un leader auto-proclamé, un héros incompris

La série entreprend une discussion autour de ce rôle controversé du Visiteur : chacune des trois saisons opposent ainsi au Visiteur des adversaires qui remettent en question ses méthodes et ses agissements. La brigade temporelle de la saison 1 pose la question du contrôle du voyage dans le temps. Pour la brigade, les gens voyagent dans le temps à des fins personnelles. « Ou pire, ne savent pas ce qu’ils font » sous-entendent-ils en désignant le Visiteur pour tenter vainement de le décrédibiliser. Voyager dans le temps est « un pouvoir qui doit être régulé ». Le cours du temps doit rester unique, fixe. Le modifier est une menace pour l’histoire.

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Mattéo effectue un contrôle de police de routine en pour vérifier que les individus interrogés évoluent bien dans la bonne époque.

Dans la saison 2, les Lombardi sont des « dommages collatéraux » : chaque fois que le Visiteur annule une catastrophe, les vies de milliers de personnes changent ou même disparaissent. L’argument contraire est aussi pertinent : des milliers de personnes naissent en contrepartie. Mais ces aléas sont inévitables si cela permet d’éviter la fin de l’humanité… Les droits d’un individu sont sacrifiés pour la cause commune. Et c’est le Visiteur qui le décide.

Car lui seul détient le savoir nécessaire pour annuler la fin du monde, matérialisé par sa carte chronologique des évènements menant aux catastrophes. Il élabore des plans (sa phrase fétiche, « J’ai un plan ! ») qu’il fait ensuite exécuter à son équipe. Il se comporte d’ailleurs en véritable chef tyrannique (« Les équipes soudées, ça fait ce que je dis »), et se renfrogne quand certains ont de meilleures idées que lui. Le Visiteur est aux commandes : il n’explique jamais tout en détail et peut mentir à sa propre équipe.

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Le Visiteur a toujours un plan pour sauver le monde.

Pour arriver à ses fins, le Visiteur a recours à des méthodes controversées : le mensonge pour manipuler les gens, la peur pour les détourner de certaines décisions et même la violence. S’il le faut, le Visiteur tuera Raph dans la saison 1 pour l’empêcher de créer la brigade temporelle. Le Visiteur défend sa philosophie à de nombreuses reprises : « Les gens s’en foutent pas mal de savoir qu’ils sont la cause lointaine de la fin du monde. Il faut qu’ils se sentent menacés non pas en tant qu’espèce mais en tant qu’individu. » Cet individualisme est dénoncé à plusieurs reprises au travers de portraits de gens sans scrupules et cupides, ou simplement égoïstes. La théorie du Visiteur est démontrée dans plusieurs épisodes : Simon Lopez, par exemple, se moque de savoir que sortir avec Constance provoquera des milliers de morts dans le futur. Mais in fine, qu’elles en soient conscientes ou non,  les « victimes » sont manipulées par le Visiteur au nom d’une cause universelle dont elles ont ou non connaissance.

Cette dénonciation d’une humanité qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez fait largement écho aux dénonciations écologistes : par nos actes et nos décisions, nous sommes aujourd’hui responsables du sort des générations futures. Dans la série, la fin du monde est d’ailleurs provoquées par des catastrophes écologiques : pluie d’acide, explosion de centrale nucléaire, fuites de déchets toxiques… A force de malmener l’environnement, les survivants doivent se réfugier sous terre.

Dans la saison 3, Joseph, le chef des Missionnaires (une organisation qui œuvre elle aussi pour sauver le monde), remet en question la méthode du visiteur : «  On ne sauve pas le monde en annulant des catastrophes, on le sauve en construisant un avenir pour nos enfants. » Surtout, il énonce cette question fondamentale : « De quel droit décides-tu de ce qui est annulé ou pas ? ». Réponse du Visiteur : « Je sais ce que je fais ».

Les motivations du Visiteur sont obscures : en apparence ce n’est ni l’argent, ni le pouvoir. Ce serait donc un homme tout à fait désintéressé qui dédie sa vie à cette mission. Le Visiteur est un héros, même si ses méthodes, on l’a vu, peuvent être critiquables. Il en a d’ailleurs conscience  mais pour lui elles sont nécessaires : « C’est quoi un héros à ton avis ? C’est un mec qui accepte d’être un fils de pute pour le bien des autres ». Le Visiteur sait ce qu’il fait. Il fait ce qui doit être fait. Et il souffre. Il est seul – sans ami au début de la saison 1, il redevient seul en fin de saison 3 en abandonnant son équipe -, il fait des « coups de putes » parce qu’il le doit. Ce serait donc une sorte de héros malgré lui, incompris par les gens qui l’accusent de sacrifier leurs vies alors qu’il les sauve, eux et  l’humanité.

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Finalement, après l’avoir combattu, Constance se rend compte de la vraie nature du Visiteur : « Je suis désolée si je vous ai fait croire que vous n’étiez pas un bon leader. J’avais tord. Vous serez parfait pour ce poste. »

 

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Je t’aime bien aussi Constance… mais je dois sauver le monde.

Mais pour aller plus en avant sur l’analyse du Visiteur, il faut s’intéresser au préalable aux autres personnages masculins de la série.

Hommes infantilisés vs hommes responsables

L’un des personnages centraux de la websérie est Raph : il est un sorte d’anti-héros. C’est un vrai « pigeon », une « victime » qui se fait harceler par le Visiteur dans la saison 1 et qui reste particulièrement impuissant face aux évènements. Il est peureux, sans travail, timide. Sa motivation principale, c’est de conquérir Stella, la fille dont il est secrètement amoureux depuis la maternelle mais avec qui il est incapable de prendre l’initiative.

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Raph, la victime

D’autres hommes « faibles » sont présents dans la série : Michel, qui travaille pour les Missionnaires ; Dario Lombardi décrit comme un idiot. Mattéo est un garde du corps, un tas de muscles qui agit souvent avant de réfléchir. Secrètement amoureux de sa patronne Judith, il lui est complètement soumis.

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Mattéo : sous les muscles, un cœur sensible

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Sacrément soumis quand même…

Pour Judith, Raph et Mattéo sont des « gentils » : cette expression rappelle que des hommes qui ne s’imposent pas ou sont passifs ne peuvent pas réellement satisfaire aux attentes d’une femme (le garçon « gentil » est un ami, pas un amant). L’attitude amoureuse et soumise de Raph envers Stella est d’ailleurs tournée en ridicule : il l’espionne pathétiquement sans oser lui parler avant de réussir à sortir avec elle, il l’appelle avec des petits noms « mamour », « bébé », il lui prépare à manger pour pouvoir coucher avec elle après leur premier mois ensemble.

Un autre point commun entre ces hommes, c’est qu’ils sont infantilisés. En partant travailler, Stella rappelle à Raph : « Joue pas trop aux jeux vidéos ». Exaspérée face à son immobilisme, elle lui répète régulièrement « Fais quelque chose, maintenant ». Dario Lombardi est considéré comme un imbécile dont son frère ainé, Raul, à la tutelle et la responsabilité. Judith avoue à Mattéo :

Judith : J’aurai du mieux m’occuper de toi.

Mattéo : Je suis pas un gosse.

Judith : C’est pareil, t’es un mec.

Au début de la série, Raph, Tim et Léo forment une bande de potes. Ils ont 20 ans, ils sont sans boulot, ils jouent aux jeux vidéos. Stella ne pense pas que Raph soit un « vrai homme ». Il faut qu’il grandisse. Et grandir, c’est devenir responsable, avoir un boulot, être sérieux : Tim et Léo qui montent leur boîte et s’habillent dorénavant en costume récupèrent ainsi momentanément Stella, car les femmes aiment et recherchent ces hommes matures (qui gagnent de l’argent).

Un deuxième groupe d’hommes est formés par des adultes responsables et dominants : Joseph, le dirigeant des Missionnaires, Raul Lombardi et bien sûr le Visiteur du Futur. C’est la relation entre ces deux derniers qui éclaire un aspect du caractère du Visiteur. Après s’être opposés pendant toute la durée de la saison 2, les deux personnages se font finalement face à face. Dans une scène de l’épisode final, Raph et Stella apparaissent bâillonnés, prisonniers aux mains des Lombardi. Dario le faible est en retrait, Henri le robot joue comme un gamin avec sa très, très grosse arme. Raul Lombardi et le Visiteur se parlent d’homme à homme, de chef de famille à chef d’équipe. Ce sont des hommes qui ont chacun de grandes responsabilités : l’un veut protéger sa famille, le deuxième protéger la planète. Le Visiteur reconnaît en Raul les qualités d’un leader : raisonnable, intelligent, « […] Vous savez qu’il vaut mieux passer pour un bâtard aux yeux de tout le monde alors qu’en fait, vous avez jamais fait de mal à personne ».

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Entre hommes responsables, on se comprend.

C’est le discours  du dominant, du responsable accablés par ses responsabilités (la phrase de Lombardi « Il faut bien que qu’un le fasse » est reprise par le Visiteur un peu plus loin). Celui-ci en porte d’ailleurs les stigmates : son visage est toujours couvert de cicatrices, de sang et de pansements. Personne n’a désigné le Visiteur chef de bande, en tout cas pas à la connaissance des spectateurs, ni dans le présent, ni dans le futur. Dans les faits, les autres membres de son équipe n’ont pas voix au chapitre pour élaborer le plan. L’attitude dominante du Visiteur est écrasante.

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Le Visiteur souffre pour accomplir sa mission : sauver le monde. Mais il le fait quand même.

Sara et Dario, le frère et la sœur de Raul, sont retournées sous la responsabilité de Raul à la fin de la saison 3 : incapables de se rester seul-e sans faire de grosses bêtises, leur grand frère Raul revient toujours pour s’occuper d’eux.

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Tiens, je te ramène ta sœur, elle a encore fait des bêtises.

 

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Putain, j’en ai marre de ces deux guignols. Mais je suis responsable d’eux. 

 

Le Visiteur ne se voit pas comme un tyran, plutôt comme un « berger » (épisode 2.3). Il se sent d’ailleurs responsable de la mort de Judith à la fin de la saison 3, alors qu’elle faisait partie de son équipe (elle est morte en se sacrifiant pour les sauver).

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La mort de Judith fait souffrir le Visiteur. Il répond à Constance qui lui propose le rôle de leader des Missionnaires : « Non, vous aviez raison. Je suis pas un bon. Moi ça va mais pour les autres… ça vaut pas le coup. »

Cette scène souligne le fait que le Visiteur ne recherche pas une position officielle de pouvoir. Alors que le Visiteur jouait avec la vie des gens tous les jours lors de ses missions, la perte d’une des membres de son équipe semble lui faire se remettre en cause. Mais la période de doute ne durera pas longtemps : c’est au moment précis où il perd confiance en lui que le peuple vient reconnaître en lui « le sauveur ». Le Visiteur  a beau tenter l’humilité de temps en temps, cela ne marche décidemment pas… Il DOIT sauver le monde.

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« C’est lui ! C’est le sauveur ! »

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Le Visiteur a peur que cela s’ébruite.

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Mais il est quand même content au final.

 

Représentation des femmes dans une série geek

A ses débuts, la websérie met en scène une bande de trois potes que vient perturber le Visiteur du Futur. Mais resituons rapidement le contexte : Le Visiteur du Futur est une websérie de science-fiction créée au sein du site French Nerd, un site qui regroupe un certain nombres de webséries et de talk shows comme J’irai Loler sur vos tombes, 42e étage et =ou- Geek. Le Visiteur du Futur s’adresse donc originellement à un public geek, dont la majorité est traditionnellement masculine. Et on peut même préciser, au vu de ce qui va suivre, un public masculin blanc et hétérosexuel (à part Tim et Léo qui tiennent des rôles mineurs, les personnages de la série sont tous blancs).

De manière pas très surprenante, la série compte peu de femmes en proportion, même si l’on atteint les 30% pendant la dernière saison en date. Stella apparaît épisodiquement dans la 1ère saison et seule Judith y joue un rôle véritablement clé. La saison 2 leur donnera des rôles plus présents, rejointes par Sara Lombardi puis Constance à la saison 3.

Sara Lombardi se décrit de la manière suivante : « diagnostiquée psychopathe à tendance meurtrière… et j’adore faire du shopping ». Judith est une tueuse, agente de la brigade temporelle à la saison 1, conseillère en suicide au début de la saison 2. Ces deux femmes sont violentes, cyniques, voire folles à lier. Judith trahira le Visiteur. A l’inverse, Stella est la copine de Raph et reste bien souvent à la maison pendant qu’il part en mission. On l’a voit souvent en train de faire la cuisine, laver la vaisselle, faire du bricolage : bref c’est la maîtresse de maison. Constance quant à elle travaille pour les Missionnaires.

La représentation de ces femmes à l’écran est intéressante. Les costumes de Constance et Sara en tant qu’agentes des Missionnaires, font référence au visuel de Lara Croft dans le jeu vidéo Tomb Raider. Il faut noter que les personnages ne sont pas érotisés comme leur modèle (pas de décolleté, pas de poses suggestives).

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Entre la première et la deuxième saison, la transformation de Judith est impressionnante. Elle s’habille d’abord d’un tailleur noir avec une coiffure stricte, cheveux tirés en arrière et elle porte des lunettes qui la font ressembler à une maîtresse d’école sévère et rigide.

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A la saison 2, l’image est très différente : très maquillée, elle porte un corset au décolleté suggestif, ses couleurs sont le rouge et le noir. Dans la photo de promotion de la saison, son personnage est très nettement érotisé.

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Stella, elle, à part un peu de maquillage, représente un personnage féminin plus « normal » aussi bien en terme de physique que d’occupations (ménagères). C’est la fille avec qui les garçons timides rêvent de sortir : elle n’est pas dangereuse comme Judith, elle ne se bat pas, elle respecte un rôle de femme plus traditionnel.

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Quelles que soient leurs activités, ces femmes sont en tout cas avantagées dans leur rapport avec les hommes « faibles » décrits plus haut : elles sont actives, intelligentes et savent se défendre toutes seules. Stella fait bien plus souvent preuve de sang-froid et de réactivité dans les situations critiques que Raph. Judith domine totalement Mattéo : c’est une femme qui n’a pas besoin de la protection d’un garde du corps, ce qui rend la situation ironique puisque les avantages musculeux de Mattéo ne lui sont dans son cas d’aucun avantage pour conquérir sa belle. Sara maltraite avec un plaisir sadique le double du futur du Visiteur qui voulait la violer.

Tueuse, psychopathe, vénale… des femmes dangereuses et compliquées

Mais les femmes ne sont pas si indépendantes que cela n’en a l’air. Lorsque Stella se fait capturer par les Lombardi, elle se retrouve prisonnière face à Judith et Sara. Elle essaye alors de parlementer : les filles doivent se serrer les coudes. Stella annonce qu’elle a quitté Raph pour être « libre » comme Judith, qui lui répond que l’on « ne fait jamais ce que l’on veut ». Sarah quant à elle en a marre d’être la « boniche de ses frères ». Sara Lombardi revient toujours sous la responsabilité de son frère Raul après avoir été indépendante avec les Missionnaires ; Constance souhaite « aider » le Visiteur s’il prend la tête des Missionnaires. Malgré ses incertitudes, Stella reste obstinément avec Raph. D’abord parce que celui-ci prétend qu’ils seront ensemble dans le futur (le Visiteur les y aurait vus). Puis en apprenant que cela ne sera pas le cas, elle décide finalement, par jalousie ou par possessivité, de le reprendre (« Tu es à moi, rien qu’à moi »). Pire que cela : la raison pour laquelle Raph vient lui supplier de se remettre avec lui, c’est que dans le futur, Stella va s’associer à une entreprise de serrures et sécurité et la fera prospérer par ses idées brillantes. Mais ce sont justement ses idées qui permettront aux Missionnaires d’obtenir la technologie dont ils ont besoin pour dominer le monde. Le seul moyen d’éviter cela : faire en sorte que Stella revienne avec Raph pour qu’elle ne se mette pas à travailler dans cette entreprise. Son choix : l’amour ou le travail. Mais si elle choisit le travail, cela entraînera la domination des Missionnaires… Belle leçon.

La relation entre Judith et Mattéo est plus ambigüe. Au début, Mattéo est amoureux de Judith, sa patronne, mais est incapable de lui avouer. Celle-ci semble l’ignorer, ou ne pas le remarquer. Ce qu’elle attend en fait, c’est que Mattéo se déclare. C’est là le paradoxe du personnage : femme forte qui n’a besoin de personne pour se défendre, elle attend d’un homme qu’il la mérite en faisant le premier pas. Visiblement vexée ou exaspérée de son inaction, elle joue alors à le provoquer : « Si j’avais voulu d’un chien qui me suit partout, j’en aurais pris un plus petit ». Elle ne veut pas d’un homme qui encaisse tout sans rien dire. C’est en blessant son orgueil qu’elle arrive finalement à faire bouger Mattéo : celui se « rebelle » et prend son indépendance vis-à-vis de Judith. Mais à la saison 3, alors qu’ils se sont mis ensemble, c’est Judith qui cette fois-ci ne veut pas déclarer officiellement leur relation : c’est une question d’image, d’orgueil peut-être.

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« Moi, avec un garde du corps ?! Vous imaginez ? »

Le point commun entre Stella et Judith, ces deux femmes qui vivent une relation dans la série, c’est qu’elles ne semblent pas savoir ce qu’elles veulent. Leurs réactions sont contradictoires alors que leurs partenaires sont certains de leurs sentiments et n’en démordent pas. Décidemment, les femmes sont bien compliquées.

Elles semblent aussi bien bassement matérielles et intéressées par l’argent : pour aider le Visiteur à sauver le monde, Judith exige de se faire payer et Stella tanne sans arrêt Raph pour qu’il trouve « un vrai travail ». Sara Lombardi aussi voyage dans le temps pour gagner de l’argent et ne plus être une « clodo du futur ». En comparaison, Raph pointe épisodiquement à l’ANPE et Mattéo travaille gratuitement pour Judith. Soit par sens du devoir (visiteur), soit par flemmardise (Raph), soit par amour (Mattéo), les hommes ne pensent pas à l’argent alors que cela semble être une préoccupation des femmes : le cynisme de Judith qui ne va pas aller sauver le monde gratuitement ou Stella qui attend que Raph ramène de l’argent au foyer…

 

La série Noob, autre websérie geek à succès qui évolue dans le monde des MMORPG, donne également ce trait de caractère vénal à l’une de ses héroïnes principales : Gaea l’invocatrice ne pense qu’à économiser ses crédits et trouve toujours un moyen d’éviter de payer quoi que ce soit. Manipulatrice, c’est une  « sorcière » qui « pactise avec le diable » et trahit la guilde comme se plaît à le répéter le personnage – très misogyne – d’Omega Zell. On retrouve là certaines caractéristiques du personnage de Judith. Très caricaturale en général, la série Noob est loin d’être complaisante avec ses personnages féminins : la mercenaire Golgotha est une brutasse qui hurle tout le temps et traite les mecs de moules, ce qui ne l’empêche pas de soutenir Gaea (on se serre les coudes entre filles). Les candidats à l’intégration dans la guilde Justice repartent en pleurant tellement les entretiens de Saphir, la recruteuse, sont éprouvants. Quant à Couette, c’est une joueuse à l’âge mental d’une gamine de 5 ans qui fait les yeux doux aux autres joueurs masculins pour éviter de se faire massacrer.

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Couette qui joue avec ses cheveux en minaudant vs Gaea la manipulatrice. Heureusement, Omega Zell « voit clair dans son jeu ».

On peut dire qu’en comparaison, le Visiteur du Futur fait preuve de beaucoup plus de subtilité. On pourrait même croire que la série fait évoluer ses personnages : de mercenaire frigide dont la loyauté bouge en même temps que ses intérêts personnels, Judith atteint la rédemption en sacrifiant sa vie pour sauver Constance et le Visiteur. Un acte purement altruiste ? Pas sûr : Judith, gravement blessée, sait que de toute façon elle va mourir… Les personnages de Constance et de Sara Lombardi sont des doubles opposés qui semblent se neutraliser : Sara est une psychopathe qui joue à la victime pour manipuler les gens et qui profite de sa position de domination pour se servir des hommes comme de jouets sexuels. A l’inverse, Constance est la droiture et la morale incarnée (et tombe même amoureuse du Visiteur, c’est dire que c’est une fille bien). Le  rééquilibrage est donc un peu artificiel, et qui plus est n’arrive qu’à la saison 3.

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Sara Lombardi, une vraie psychopathe…

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 Prête à coucher avec robot… cinglée et un peu nymphomane sur les bords en plus.

La série n’échappe pas non plus aux clichés. On retrouve un tas de petites références aussi drôles qu’originales tout du long de la série. Les femmes sont jalouses les unes des autres à moins de se croire supérieure (Judith décrivant Stella : « Jolie, mais un peu moins que moi »), et jalouses lorsque leurs ami-e-s/copain feraient des choses sans elles. Sarah fait un caprice pour garder ses nouveaux vêtements dans la saison 2 et « adore faire du shopping ». Mattéo assène Judith d’un « Madame change de camp comme de coiffure ». Le mythe du preux chevalier qui va sauver la belle est aussi bien difficile à éradiquer. Raph essaye de séduire Stella en lui faisant croire qu’il la sauve d’un agresseur. Quand les Lombardi la kidnappent dans l’espoir d’attirer le Visiteur pour qu’il vienne la sauver, Raph part seul pour aller la libérer (c’est d’ailleurs là l’un des rares actes de courage du personnage). Et puis il y a l’attitude un peu vieux jeu de Henri le robot dans la saison 2 : lorsqu’il croit que Sara Lombardi va se faire violer (alors qu’elle joue la comédie), il décide de donner les informations qu’on lui demande pour qu’elle soit épargnée.

Un discours culpabilisateur ?

On l’a vu, un individu fait preuve de libre-arbitre lorsqu’il choisit ses actions en fonction des opportunités offertes par le destin. Chaque existence peut être résumée, une fois ces choix faits, à une longue chaîne d’évènements régis par le principe de causalité. Pour être certain d’annuler toutes les conséquences catastrophiques d’une action, le Visiteur remonte à la source de la chaîne d’évènements : ce sont les choix libres faits par chacun des individus.  Le propos de la série est-il donc de responsabiliser les spectateurs/trices ? De manière surprenante, ce ne sont en effet pas les décisions des puissants d’aujourd’hui, des politiciens ou des grands financiers qui sont l’origine d’une chaîne d’évènements menant à une catastrophe. Non : « On empêche une fille d’acheter du lait et deux cent plus tard une centrale nucléaire n’explose pas. » Les causes semblent bien éloignées des effets : il n’est pas évident au premier abord de voir le lien entre le fait d’acheter du lait et une centrale nucléaire. Seul l’épisode du Maharadjah met en scène un homme d’affaires directement  « responsable » puisqu’il vend en connaissance de causes des usines qui provoquent des fuites de polluants chimiques.

Il est donc impossible de prétendre vouloir responsabiliser les spectateurs/trices « ordinaires » avec de tels arguments. L’objectif de la série n’est donc pas de culpabiliser les gens dans leurs actions au quotidien. Mais si leurs actes ont des conséquences qu’ils ne peuvent pas prévoir, comment faire alors pour éviter ces catastrophes et la fin du monde ? Voilà ce qui renforce le rôle du Visiteur : lui seul est capable de remonter jusqu’à son origine cette longue et compliquée chaîne de causes et d’effets. Lui seul peut éviter que les catastrophes n’arrivent. Il faut donc laisser le Visiteur intervenir dans nos vies et prendre certaines décisions à notre place pour le bien de l’humanité (quitte à être sacrifié-e au passage). On soustrait donc aux gens le pouvoir de décision dans leur vie au profit d’un être exceptionnel (dont on ne sait rien).

Un idéal anticapitaliste

Si le cours des choses est conduit par des gens ordinaires, c’est de la même manière une bande de « potes » ordinaires rassemblés autour du Visiteur qui va sauver l’humanité. Cette spécificité des sauveurs du monde est mise en relief dans la saison 3. Le Visiteur et son équipe font face aux Missionnaires, une véritable entreprise organisée pour éviter des catastrophes : ils offrent un vrai travail, dans une vraie entreprise, avec de vrais objectifs.

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Bienvenus dans les bureaux des Missionnaires, les bureaux du futur.

Les Missionnaires ont des moyens financiers qui facilitent l’exécution de leur mission : comme le constate avec amertume le  Visiteur, « c’est tout de suite plus facile quand on a de l’argent ». Le business model des Missionnaires est le suivant : un devis estime les dommages causés par une catastrophe, et ce devis est facturé à des clients pour qui il serait financièrement avantageux d’éviter la catastrophe. L’argent gouverne le sauvetage du monde : ceci semble contradictoire (sauver le monde, c’est une cause noble et universelle) mais montre tout de même son efficacité à travers les résultats impressionnants des Missionnaires. Le visiteur dénonce les pratiques de l’entreprise : « Les Missionnaires sont financés par les grandes multinationales. Vous pensez œuvrer pour le peuple, mais vous n’êtes que les esclaves du grand capital ». Joseph, le chef des Missionnaires, décrit d’ailleurs le visiteur comme un « élément perturbateur, un anarcho-syndicaliste de l’ultra gauche ». Ce à quoi le visiteur répond, triomphal : « Moi et mes potes on n’a pas attendu ta thune pour se mettre au travail. Alors tu pourras les payer autant que tu veux, tu pourras jamais les acheter. » La quête poursuivie par le visiteur et ses ami-e-s dépasse leurs intérêts personnels et leur bien-être matériel : la série conteste une vision capitaliste du monde où l’argent serait à la fois le moyen et la finalité du travail. Il dénonce aussi les pratiques commerciales de grandes entreprises, qui sous couvert d’un marketing bien étudié, entretiennent parfois criminellement un système établi inégalitaire et injuste en prétendant faire le contraire : les Missionnaires provoquent les catastrophes qu’ils affirment éviter.

Enfin et surtout, les Missionnaires ne cherchent en fait pas à éviter la fin du monde. Leur objectif est moins altruiste et plus intéressé : ils veulent dominer le monde. Le discours de Joseph, le chef des Missionnaires, est ainsi écrit pour dénoncer la mise en place d’un système dictatorial : police répressive, lois arbitraires, aberrations dans le discours politique.

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« En vérité je vous le dis… » Joseph se prend un peu pour le messie dans ses discours.

Mes chers survivants, depuis trop longtemps l’humanité vit isolée les uns des autres et lutte pour sa propre survie. Mais je vous le dis : aujourd’hui, cette anarchie prend fin. Je pense qu’il est temps d’établir un nouveau système. Avec des lois… que j’ai déjà écrites pour vous. Un véritable gouvernement élu par le peuple ! Mais pour commencer ce sera moi. Et enfin une police sévère, mais juste. Mais sévère quand même. Mes amis, bienvenue dans l’empire missionnaire. Et pour tous ceux qui se posent la question : eh bien oui, il faudra payer l’impôt.

Un humour à double tranchant

La websérie a vocation à être humoristique. Elle en profite pour déconstruire certains stéréotypes et discours. Par exemple à l’épisode 1.16, Henry tient un propos qui rappelle certains argumentaires sur les étrangers.

Henry : Il faut arrêter avec ce discours à la mode : les zombies, ils sont gentils, les zombies sont pas si différents. Moi je veux bien être humaniste mais à un moment il va falloir arrêter les bullshits. Ils sont pas comme nous. Et ils sentent mauvais !

Raph : Putain y a des zombies

Le Visiteur : Ouais, pas tant que ça

Henry : Tu déconnes ? Nan mais, ils sont partout ! Et me dis pas qu’on a pas été sympas avec eux. Ils ont déjà toute la surface pour pourrir. Non ! Il faut qu’ils viennent nous casser les couilles ici, en bas ! Moi je veux bien être sympa, mais tu leur donnes ça et après ils bouffent tout ça ! Saloperie de zombies !

Raph : Et ils mangent vraiment les gens ?

Visiteur : Non, non, non…

Henry : Si, si, si ! A deux pas d’ici je les ai vu bouffer toute une famille de portugais. […] Si ils étaient là on les sentirait, comment ils schlinguent !

La websérie introduit également dans la saison 3 le personnage de Richard, l’archétype du « beauf » machiste, ambitieux mais un peu stupide. Il bave ainsi devant Sarah Lombardi alors qu’elle vient de leur annoncer qu’ils allaient désormais dominer le monde (« elle est bonne »). A la mort de Joseph, il se précipite pour prendre sa place à la tête des Missionnaires mais Constance est plus rapide, et surtout plus qualifiée.

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Constance ne compte pas laisser sa place.

 

La scène pourrait passer pour féministe. Dommage que quelques secondes auparavant, Constance donnait sa place au Visiteur, ce leader né dont elle est tombée amoureuse. C’est le Visiteur lui-même qui place Constance à la tête des Missionnaires en lui assurant qu’elle sera à la hauteur. Ce personnage a un petit côté paternaliste : « Votre problème, Constance, c’est que vous avez toujours eu besoin de croire en quelqu’un pour vous donner du courage […] Mais ça c’est terminé. ». Dans la saison 2, il avait employé un ton similaire avec Judith qui l’avait trahi : « Vous n’êtes pas quelqu’un de mauvais Judith, mais vous travaillez toujours pour les mauvaises personnes ».

L’humour dans la série sert également à promouvoir un certain nombre de comportements en les banalisant. Venant du futur, Judith est particulièrement étonnée des réactions gênées face à l’homosexualité : et pour cause, dans le futur, tout le monde est bi. A Stella qui se plaint de n’avoir que Raph comme choix, elle lui répond que c’est normal étant donné qu’elle se « limite aux mecs ». De même, dans une des branches explorées par le Visiteur, Stella, Tim et Léo forment le premier mariage trigame légal de l’histoire, après que Tim soit devenue une femme.

Un autre mécanisme de cet humour fait cependant obstacle à cet objectif. Filmer deux hommes dans des scènes où ils pourraient passer pour des gays reste une technique privilégiée pour créer du comique. Dans la saison 1, Raph et Mattéo qui lui est assigné en garde du corps sont filmés comme un couple : il partage le même lit, prennent le petit-déjeuner, utilisent la salle de bain en même temps. Dans la saison 2, alors qu’il a des souvenirs de son passé « parallèle », Mattéo lui avoue :

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« Je rêve de toi Raph. Souvent. »

 

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« Ok, eh ben on va garder ça pour nous, Mattéo. »

Sous-entendre que 2 hommes sont gays ou on un comportement gay est filmé de manière à générer le rire : Mattéo, très sérieux et à l’hétérosexualité assurée, ne se rend pas compte de l’ambiguïté de ses paroles tandis que son interlocuteur saisit tout de suite l’allusion et s’écarte d’un air gêné. C’est assez représentatif d’une « peur » d’être la « cible » d’un homosexuel ou d’être considéré comme tel si jamais ce que Mattéo lui dit venait à s’ébruiter [1]. Le Visiteur du futur et Henri tombant dans les bras l’un de l’autre en pleurant juste après avoir dit « On se dit au revoir, comme des hommes » utilise cette même technique à double tranchant : d’un côté, elle peut se moquer de cette volonté des hommes à paraître « virils » dans le sens traditionnel du terme, mais de l’autre elle tourne systématiquement en dérision des situations où les hommes expriment leurs sentiments.

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« On s’est dit au revoir comme des hommes. »

Pour ridiculiser un homme, il suffit de le dé-viriliser : c’est donc le traiter de « gay » ou le traiter de « meuf ». Ainsi Tim et Léo sont jaloux du Visiteur du Futur parce que Raph passe plus de temps avec lui : « Oui, des fois les mecs peuvent penser comme des meufs ». A Raph qui leur demande s’ils font des choses sans lui : « Oh, fais pas ta meuf ». Ce procédé a la fâcheuse tendance de rabaisser et ridiculiser les femmes et les gays.

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C’est ça être gay ??

Dans le futur, il existe des prisons tenues par des nécrophiles dans lesquelles on risque fort de « se faire torturer les fesses ». La torture sexuelle concerne donc a priori tout le monde. Pourtant le visiteur a une remarque surprenante face à Constance emprisonnée avec lui :

–   Je vais me faire violer et tuer et je ne sais même pas dans quel ordre. […]

–  Oh ça va, vous n’êtes pas le centre du monde Constance. Moi aussi, hein, je suis dans la même galère. Et moi, je suis sûr que ça me fera plus mal… parce que j’ai pas l’habitude.

Ces propos, à un moment dramatique où les personnages sont dans une mauvaise posture (sans mauvais jeu de mots), sous-entend quelque chose de dérangeant : un homme qui se fait violer souffrirait plus qu’une femme parce qu’il n’aurait pas l’habitude se faire pénétrer. On sent comme un parfum masculiniste, déjà évoqué avec la souffrance du héros dominant qui sauve le monde : les femmes sont violées, mais les hommes aussi et ils ont plus mal. Le propos est tout à fait choquant : il sous-entend que par nature, les femmes supportent mieux le viol que les hommes (sans oublier que le Visiteur parle en tant qu’homme hétérosexuel). Le Visiteur évacue très rapidement le sujet du viol de Constance (« Oh ça va, vous n’êtes pas le centre du monde ») pour recentrer la conversation sur lui : Constance ferait preuve d’égocentrisme en se plaignant d’être probablement violée alors qu’elle devrait plutôt penser à l’homme qui l’accompagne qui devra endurer – selon lui – une situation bien pire.

Un troisième exemple vient consolider cette thèse d’un discours masculiniste dans la série. Dans l’épisode où Judith vit sa deuxième chance, deux hommes (Mattéo et le personnage de l’implant) viennent sonner intempestivement chez elle pendant la nuit alors qu’elle leur a demandé de s’en aller. Elle s’exclame avant d’ouvrir une nouvelle fois la porte en pointant une arme : « Ca va chier ! Je m’en fous, je dirai que vous avez essayé de me violer. Et on me croira. » Les femmes sont des manipulatrices qui, loin d’être sans défense face aux hommes, prétendent s’être fait violer et soit envoient innocents en prison, soit échappent à la justice… Sara Lombardi manipule Henri le robot d’une manière similaire : le robot vole à son secours pensant qu’elle va se faire violer. Ah ces femmes qui profitent de leur condition féminine pour manipuler les hommes de bien…

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Si je dis que vous avez essayé de me violer, on me croira parce que je suis une femme.

Oui je sais, c’est trop dégueulasse.

***

La série égratigne, tôt ou tard, tous ses personnages : chacun en prend pour son grade en étant mis face à ses contradictions ou positionné en tant qu’ennemi. Le Visiteur, en tant que héros principal, n’est pas épargné non plus mais il sort toujours vainqueur des confrontations. Deux personnages sortent sans doute du lot : Constance et Raul Lombardi. Leur point commun est d’apparaître dans la série d’abord en tant qu’ennemi-e-s du Visiteur avant de se révéler être des « gentils ». Le point de divergence concerne leur indépendance : Constance se place volontairement sous l’autorité du Visiteur avant que celui-ci ne l’affranchisse tandis que Raul Lombardi reprend son autonomie de chef de famille. Ce dernier est d’ailleurs représenté à l’écran avec beaucoup de complaisance en homme fort, viril et séduisant.

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« Raul Lombardi ! What did you expect ? »

Ce qui peut paraître comme positif dans certains discours prônant une tolérance des sexualités ou dans la représentation de femmes fortes dans la série est renversé par des affirmations répétées contradictoires. Etre gay, c’est avoir un physique ou un comportement ridicule pour un homme. Etre une femme forte, c’est être vénale et/ou mauvaise. Seul un homme, un vrai, peut la remettre sur le droit chemin : Judith lorsqu’elle est sous l’autorité du Visiteur ; Constance quand ce dernier lui ouvre les yeux sur le véritable objectif des Missionnaires ; Sara lorsqu’elle repasse sous la tutelle de son frère aîné.

La fin de la saison 3 apporte une justification définitive aux agissements du Visiteur du Futur : s’il cherche à éviter la fin du monde, c’est parce que celle-ci n’était pas censée arriver. Toutes les questions justement soulevées par ses ennemis des saisons passées se trouvent balayées d’un revers de manche. Le monde dans lequel Raph et ses amis évoluent est une réalité qui a bifurqué au 21e siècle : la Terre telle qu’ils la connaissent n’est pas censée exister. Le Visiteur vient d’un monde où l’humanité a colonisé l’espace au lieu de s’être réfugiée sous Terre. Sa mission, c’est de remettre ce monde parallèle sur les bons rails, pour qu’il connaisse aussi le bonheur : c’est donc à juste titre qu’il est reconnu comme le « sauveur » par le peuple. De quoi oublier un moment sa souffrance.

sauveur 2

 

Arroway

NOTES

[1] Ce traitement est à rapprocher d’une remarque écrite dans une analyse du site Crêpe Georgette sur le livre de John Stoltenberg « Refuser d’être un homme » http://www.crepegeorgette.com/2013/10/09/refuser-detre-un-homme-pour-en-finir-avec-la-virilite-de-john-stoltenberg/#more-7038

« [Stolbenberg] dit que l’homophobie qui imprègne une culture patriarcale sert aussi à protéger les hommes des agressions sexuelles d’autres hommes. « L’homophobie est nécessaire à la suprématie masculine pour tenir les hommes à l’abri d’agressions sexuelles par les hommes« . »

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22 réponses à Le Visiteur du Futur : le poids de la fin du monde sur les épaules

  1. Merci pour cet article très complet ! Je n’avais pas pensé à plusieurs points, comme le fait que ce soit sur les petites gens et pas sur les puissants que pèse la responsabilité de sauver le monde, avec l’aide de ce guide qu’est le Visiteur.

  2. Très bonne analyse (même si je ne suis pas toujours d’accord).
    Je vais le faire partager aux fans 😉

    Sinon, il y a quelques fautes au niveau des citations ou des noms :
    Henri -> Henry
    Sarah -> Sara
    Ludovic -> Ludovik (dans le rôle de Richard)

    Merci encore !

  3. Merci pour cet excellent article. Je n’ai pas le même avis sur tous les points (les hommes qui remettent sur le droit chemin…), mais pas loin :))

    Une remarque concernant le fameux « parce que j’ai pas l’habitude » : j’avais compris la remarque différemment. Pour moi, on lisait en filigrane dans cette remarque que le Visiteur n’avait eu que rarement (voire jamais) une vie sexuelle. D’ailleurs cela pourrait être un autre point à développer : les deux couples de la série concernent des hommes « infantilisés » (Raph, Matteo), alors que les hommes « responsables » sont seuls (le Visiteur, Raul Lombardi).

    • Pour moi, on lisait en filigrane dans cette remarque que le Visiteur n’avait eu que rarement (voire jamais) une vie sexuelle.

      Le truc, c’est qu’il est question à plusieurs reprises de viol anal avec les nécrophiles. Donc ce qui est sous-entendu dans cette phrase par rapport au contexte, c’est que le Visiteur a des pratiques hétérosexuelles.

      Oui, les hommes « responsables » sont seuls : je vois ça comme « ils n’ont pas besoin des femmes, ils font du serious business ». Pour le Visiteur, je pense que la scène finale avec Constance où il se détourne d’elle oriente bien vers cette lecture : il a un travail à faire, il n’a pas le temps ou la tête à avoir une relation. On pourrait même aller jusqu’à parler d’une tentation à laquelle il résiste, comme si sortir avec Constance serait un obstacle à la réalisation de ses projets. La série tente, je crois, de justifier cette décision (ainsi que toute les actions passées du visiteur) en révélant qu’il ne vient pas de la même dimension (et qu’il doit voyager dans le tps, etc). Je n’ai pas l’impression que la sexualité du Visiteur soit mise en question en supposant qu’il soit vierge, qu’il ait peur de s’engager, etc.

  4. Je n’ai pas tout lut mais je voulais juste revenir sur l’aspect « responsabilisant les petits gens en oubliant les nantis et celleux qui ont les moyens ».
    Dans un même ordre d’idée de causalité catastrophiques, mais qui m’a laissé une bien meilleure impression que le peu que j’ai vu de cette web-série : Au delà du réel l’aventure continue, Saison 1, épisode « Une deuxième chance » (the conversion). 🙂
    Bon c’est surtout pour le sujet de responsabilité des choix, le coté sexiste culturel lui, compte tenu de l’époque, reste bien présent ^^

  5. j’avais été voir ce site après le désopilant article de l’odieux connard sur votre vision ( bizarre) du roi lion (à mon humble avis, le rédacteur de cet article a dû avoir une enfance difficile, mais bon). et bien on peut dire que je n’ai pas été déçu: une aptitude incroyable à créer des problèmes là où il n’y en a pas (et aussi des gays), de la masturbation intellectuelle et des clichés. peut-être que le cinéma est politique, mais tout ceci est pathétique…..

  6. Je ne suis pas féministe et c’est la première fois que je viens sur ce site, mais je dois avouer que ton travail m’a ébloui par sa qualité et sa reflection fouillée. C’est un article très complet et très réfléchis que je recommande à tous ceux qui s’interessent à la vision de la femme dans cette web-série geek.

  7. J’oubliais… Sur le status des gays dans la série, tu as oublié de parler du seul couple gay réellement explicite dans la série : Riton Castafolte et Henry Bouchard (fin de la saison 2) puis de celle légèrement moins explicite entre Henry Bouchard et Henry Castafolte (dont on a un aperçut lorsqu’Henry rejette Sara Lombardi lorsque cette dernière veut avoir une relation sexuel avec lui dans la saison 3). Cet exemple va à l’encontre de l’image je-me-moque-des-gays que tu sembles donner à la série (à ce que j’ai compris).

    • C’est vrai ça, je crois que je voulais préciser un peu et puis finalement j’ai du oublier en me concentrant sur le discours de Judith quand elle dit que tout le monde est bi là d’où elle vient (elle s’adresse justement à Henry Bouchard dans la scène en plus).

      Sinon, je crois que le ressort comique de la série sur ce sujet repose essentiellement sur l’idée que des hommes hétérosexuels deviennent sujet à rire si l’on croit qu’ils sont des femmes ou gays. Donc pour moi cela contrebalance fortement les tentatives de banaliser les LGBT. En gros, c’est comme si la série disait : les LGBT existent, on ne les invisibilisent pas (ce qui est super), mais d’un autre côté on continue d’utiliser un certain humour anti-gay parce que c’est drôle. Je suis même pas certaine que cela ait été fait consciemment en plus…

      • Coucou !

        Je m’incruste rapidement parce que je suis entièrement d’accord avec toi [Arroway] là-dessus, et je trouve que ça persiste et s’aggrave dans la saison 4 du Visiteur.

        J’avais eu envie d’ouvrir un sujet sur ce type d’humour dans le forum suite au visionnage de « Le fantôme de merde », réalisé par la même bande, et où le ressort comique principal, c’est le soupçon d’homosexualité entre les deux personnages principaux. Ce court-métrage, indépendamment de ses qualités par ailleurs, est assez représentatif de cette double tendance que tu mets bien en lumière, je trouve… En effet,
        – d’un côté, on présente une relation dont il est sous-entendu qu’elle est homosexuelle et dont il est sous-entendu qu’elle est à peu près normale (« ben quoi ce sont juste deux mecs qui se font un câlin » dit un personnage à la fin du court-métrage)…
        – Mais d’un autre côté, c’est drôle ces deux pédés qui ne veulent pas s’avouer qu’ils sont des pédés, parce que c’est trop la honte quand même ah ah ah !

        Bref, j’en reviens au Visiteur.

        La saison 4 (en cours) m’a énervé assez vite car on a eu d’emblée des blagues reposant sur le même principe. Alors, de mémoire parce que j’ai la flemme de rechercher précisément dans les épisodes ^^ :

        – Raph demandant au psy si ça fait « gay » de se sentir abandonné

        – Les brèves blagues où Henry Castafolte évoque une possible relation homosexuelle avec le Visiteur en regrettant de ne plus pouvoir « le prendre dans nos bras, et lui glisser un doigt dans le… » [phrase immédiatement interrompue par Raph disant quelque chose comme « ouoiouiouioui, enfin ça c’est plutôt vous hein, c’est pas moi… Enfin bref il nous manque quoi ! »]

        – tout le running gag sur la reine de Néo-Versailles qui fait des compliments sur la beauté de Stella, et elle qui se dépêche de dire que Raph est son copain (faudrait tout de même pas qu’on soupçonne qui que ce soit d’être quoi que ce soit, n’est-ce pas…)

        Il y a peut-être d’autres trucs que j’ai oublié…

        Bref, c’est pas forcément la bande du Visiteur en particulier, et bien sûr, j’imagine que ce ne sont pas forcément celleux qui le font de la façon la plus horriblement caricaturale je trouve… [Je connais très peu le Palmashow, mais au passage, je me souviens avoir regardé un de leurs sketchs sur les « super-héros » (http://palmashow.com/quand-on-est-super-heros/) où le tiers voire la moitié des blagues reposait sur le fait d’indiquer que Robin trouvait Batman attirant. Ah ah, c’est vraiment trop drôle comme comique de répétition…]

        Mais c’est juste pour dire que le fait de considérer que gay = faux homme = drôle + honteux semble être un ressort comique particulièrement envahissant, au point que sur le site officiel du Visiteur du futur, on puisse voir employé le terme « gay » comme un qualificatif synonyme de ridicule… (« Puis son affrontement sur scène avec le Visiteur….le coup de la cravache sur la joue…so gay. C’était très dur pour Florent de ne pas rire »)

        J’ai l’impression qu’au-delà du Visiteur, il y a un énorme problème d’hétérosexisme dans l’humour dominant pour l’instant : certaines formes de moqueries éminemment discutables à l’encontre des homosexuel-le-s sont tellement utilisées qu’elles semblent ne susciter aucune remise en question profonde et durable de la part des personnes qui les produisent…

  8. Je n’avais pas vu la série sous cet angle, merci.

    Au fait, je viens de voir la fin de la quatrième saison. On retrouve les éléments qui ont fait son succès (humour absurde, acteurs plutôt doués…) mais j’ai été franchement déçue par la fin. Voulez-vous que je développe?

    • Ça m’intéresse au moins moi 🙂 J’ai pas mal tiqué sur certains points, à commencer par la représentation du peuple sale et idiot, mais je suis intéressée par d’autres avis.

      • OK. Ce qui m’a le plus troublée, c’est ce qui arrive à Stella à la fin.

        Depuis le début, elle et Raph étaient ensemble pour de mauvaises raisons. Il rompt avec elle « pour son bien » (parce que les femmes ne savent pas vraiment ce qui est bon pour elles) et elle se met alors en couple avec la première personne qui lui fait une proposition. Oui, elle n’est pas amoureuse de la baronne, elle est simplement tellement vénale et déçue de sa relation avec Raph qu’elle veut sortir avec la première cruche venue!

        Je trouve ça homophobe. On retrouve l’idée reçue comme quoi les lesbiennes ont été déçues par les hommes, qu’elles se mettent en couple avec des femmes parce qu’elles ne trouvent pas mieux. A la fin, on a les hommes qui vont sauver le monde (avec une « démarche de bogoss » caricaturale, ok) et les femmes qui se prélassent. Personnellement, ça me gêne, d’autant plus que le dessin où on la voit pour la dernière fois est esthétisé. On dirait des lesbiennes façon « fantasme de mec », pas des lesbiennes du monde réel. C’est juste un avis perso mais j’ai un peu de mal avec ça.

        Bonne journée.

        • Au contraire, au fil de la saison on voit Stella s’attacher à la Reine. Au début, c’était « Hé regarde, c’est Raph, mon COPAIN », après, au bal, c’est « Oui c’est mon copain, mais c’est pas pour la vie hein », et à la fin elle est absolument ravie d’apprendre que la Reine n’était pas amoureuse du Visiteur, AVANT que Raph ne lui dise « c’est bon, va batifoler avec Cloclo ».

  9. C’est un bon point. Je ne l’avais pas compris comme ça, ce que je voyais c’est que Stella se retrouve sur le devant de la scène pour la première fois de sa vie, et que contrairement à son époque où elle n’existait que comme moitié de Raph, elle avait une vraie place. Les raisons qui font qu’elle finit avec la reine ne sont pas moins bidons que celles qui ont fait qu’elle a fini avec Raph, mais les représentations associées ne sont pas du tout les mêmes…
    Je trouve le personnage de la reine très creux en soi, d’ailleurs. Elle est perdue et cherche à ce qu’on l’aime, bon, mais d’où sort-elle, pourquoi est-elle au pouvoir alors qu’a priori elle ne fait rien pour gouverner ?

    • Elle est au pouvoir parce que c’est une passation de trône familiale : sa mère était au pouvoir juste avant elle et a été tuée par les castaflics de la fin de saison trois. Ce qui explique aussi pourquoi elle est paumée, elle vient d’être catapultée reine par la mort de sa mère sans connaître le job.

  10. Bonsoir,

    alors juste pour apporter mon grain de sel (il est possible que ce que j’écris ait déjà été dit, je m’en excuse d’avance j’ai pas pris le temps de lire tous les commentaire.

    Le personnage de Henry Castafolte est interprêté non pas par un blanc mais par Slimane Baptiste Berhoun qui a des origines marocaines. Je trouve cool au contraire qu’il n’ait pas de rôle stéréotypé « d’Arabe de service ». Aussi il faut bien comprendre pour la répartition des rôles, de la mixité qu’on aimerait voir plus représentée sur nos écrans, qu’à la base, l’équipe du visiteur c’est juste une bande de potes qui s’amusent entre eux avec les moyens du bord, il n’y a pas eut de casting. D’ailleurs pour la petite anecdote, le rôle de Judith est apparu après que Justine le Pottier (son interprète), amie avec Florent Dorin (le visiteur) ait remarqué l’absence de fille au casting au hasard d’un covoiturage improvisé avec François Descraques ‘le réalistauer).

    Par contre je suis d’accord sur tout ce qui touche à la représentation de la femme qui n’apparait plus en tant que « sexe faible » mais bien en tant que sexe résolument fort, voire même avec une longueur d’avance sur les hommes (Notamment avec Stella qui certes fait la popotes, mais dès que les hommes sont largués, va donner LA bonne idée pour le éroulement d’une mission). Ce sketch du studio bagel parle du « combat » entre le sexe fort et le sexe faible https://www.youtube.com/watch?v=YNZ2RylBPsA

    J’ai l’impression que ça correspond à une espèce de peur qui s’installe de plus en plus chez les jeunes adultes, de la femme manipulatrice et castratrice capable du pire pour s’attaquer à ce que les hommes ont de plus précieux: leur(s) bourse(s), broyant leurs aspirations au passage. C’est d’autant plus flagrant dans le film de Benzaïe sensé être un prequel de son émission Hardcorner, où les personnages macho sont volontiers tournés en dérision, mais les seuls personnages féminins visibles à l’écran sont justes de grosses michtos castratrices.

    Le sketch sur les nouveaux princes charmants sur golden moustache se penchent également sur la question.

    Après c’est vrai que depuis bien 10 piges, en matière de sexisme, la tendance est à l’inversion des rôles, due (je pense) notamment à l’évolution des injonctions dont on affuble nos enfants « soit pas macho », « frappe pas les filles ». Il ne faut pas oublier que nos parents (à nous, trentenaires d’aujourd’hui) étaient les enfants des années 80; élevés par des parents qui ont fait mai 68, et qui ont assisté à la troisième vague féministe alors même qu’ils étaient de plus en plus exposé aux médias télévisuels.

    Je pense que c’est pour ça que le patriarcat utilise des méthodes de plus en plus pernicieuses pour subsister avec cette nouvelle forme dans laquelle on dédouane complètement les hommes de leur oppression en en faisant des victimes. C’est finit le machisme à la John Wayne, frapper sa femme c’est un truc d’arabe maintenant, pas de ça chez nous. Chez nous ce sont les femmes qui ont des couilles, d’ailleurs les injonction à la féminité ne proviennent que d’elles seules et on dit aux hommes qu’on trouve à pleurer sous la douche après avoir été dépouillé par une garce vénale « ouais mais c’est ça aussi d’ouvrir son porte feuille dès le premier soir, puis bon, si tu te plains c’est peut être que t’as que ça à offrir aussi, pigeon ».

    Pour en revenir à la scène où le visiteur explique à Constance que ce serait moins pire pour elle que pour lui de se faire violer, je l’avais toujours prise pour un ressort comique basé sur le caractère infantile du visiteur. Au lieu d’un simple « on est dans le même bateau » l’accent est posé sur un « soit pas égocentrique, pense plutôt à moi car JE souffre » avec en plus une blague vaseuse sur la sodomie, c’est un trait de caractère récurrent du personnage qui atteint son apogée dans un épisode où le visiteur se bat avec Mattéo qui refuse de lui obéir à l’avantage de Judith lorsque le visiteur s’égosille « MAIS C’EST MOI LA PATRO-NEUH!! ». J’imagine qu’il sert à dédramatiser la scène et rappeler un peu le but humoristique de la série dans un épisode particulièrement sombre.

    • Bonjour,

      Le personnage de Henry Castafolte est interprêté non pas par un blanc mais par Slimane Baptiste Berhoun qui a des origines marocaines. Je trouve cool au contraire qu’il n’ait pas de rôle stéréotypé « d’Arabe de service ».

      merci pour votre rectification, effectivement erreur de ma part. Je vais corriger l’article.

  11. Juste une clarification: les personnages de la série ne sont pas tous « blancs ». Raphaël et François Descraques ont des origines asiatiques (par leur père il me semble). (François en parle justement dans plusieurs conférences)
    Et ça a déjà été mentionné, Slimane-Baptiste Berhoun a en effet un nom à « consonances étrangères » comme il le dit lui-même dans la vidéo de présentation de FrenchBall (https://www.youtube.com/watch?v=eWfa2Gksc7Q).

    Sinon très intéressant comme article !

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