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Buffy contre les vampires (1997-2003), partie II : Buffy la blanche et les sauvages

Dans la partie I, j’ai montré en quoi je pensais que cette série qui se veut féministe réussit dans une certaine mesure, mais se confronte assez durement aux limites de son féminisme (j’y reviendrai, pour d’autres aspects, plus tard). Dans la partie II, je vais me pencher sur le racisme de la série.

 

Des femmes racisées dans le congélo…

La très grande majorité du casting est blanche : si, parmi les personnages récurrents, on a autant de femmes (voire plus) que d’hommes, les treize personnages à apparaître au générique à un moment ou un autre sont blancs. On voit par contre un bon nombre de personnages racisés parmi les personnages secondaires, ce qui donne la désagréable impression que le réalisateur ou l’équipe de casting a voulu éviter d’avoir de manière trop évidente un casting 100% blanc dès que c’était possible. Par exemple, afin d’approfondir le personnage de Spike (un vampire), on a des flashbacks où on le voit tuer deux tueuses et la série choisit cette occasion pour montrer une tueuse chinoise et une afro-américaine.

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Regardez, on est pas racistes, on montre des tueuses racisées.

En fait, les deux premiers personnages à mourir dans le camp des « gentils » sont des femmes racisées (Jenny et Kendra), et sur les cinq tueuses présentées (si on enlève les vingt dernières minutes de la série où le nombre de tueuses explose), les deux blanches ont de la profondeur et ne meurent pas, et les trois racisées sont présentées juste pour leur scène de mort, ou presque. On peut s’identifier à Buffy ou à Faith (une tueuse blanche), mais il est quasiment impossible de s’identifier à Kendra, une tueuse racisée qui apparaît dans trois épisodes de la série, ou aux deux tueuses racisées qu’on voit se battre trois minutes à l’écran et dont j’ai mis les captures d’écran ci-dessus.

Des femmes blanches meurent aussi, et à l’inverse, aucun homme parmi les gentils ne meurt de toute la série. (Je ne compte pas Angel et Spike ressuscités trois épisodes plus tard, de même que Buffy « meurt » deux fois).

Toutes les morts sont toujours justifiées par le scénario au moment où elles surviennent. Mais il est pour moi assez frappant de voir quel personnage est sacrifié dans la série pour en développer un autre, ou pour illustrer une certaine morale. Kendra, une tueuse racisée contemporaine de Buffy, par exemple, sera tuée alors qu’on ne sait encore presque rien sur elle, et remplacée par une autre tueuse blanche, Faith, qui aura bien plus d’importance et de profondeur. Sa mort sert également à développer le personnage de Buffy. Les deux tueuses montrées ci-dessus ont été introduites juste pour illustrer à quel point Spike est dangereux. C’est l’éternel problème des « femmes dans le congélateur » [1], qui sont ici plus particulièrement des femmes racisées. Traditionnellement c’est un schéma scénaristique où des personnages féminins sont sacrifiés pour développer des personnages masculins (qui a été nommé ainsi d’après un comic’s où un type découvre sa petite copine dans le congélateur), et ici on a exactement le même mécanisme, où ce sont plutôt les femmes racisées qui sont sacrifiées pour permettre le développement de personnages de femmes blanches.

Exotisation en musique

Au cours de la série, la caméra a l’occasion de voyager en Afrique (pays non précisé, comme si l’Afrique était une sorte de vague entité mystique et ancestrale), en Turquie, en Chine, au Mexique et dans d’autres pays. Une sorte de musique apparaît alors pour aider le/la spectateurice à situer le pays en question : musique pseudo-chinoise, pseudo-turque, etc.

Les personnages qui apparaissent sur ce décor semblent résumés à leur culture, laquelle est montrée avec un regard blanc et ethnocentré. En effet, il paraîtrait incongru de mettre de la musique country quand Buffy apparaît à l’écran ; les musiques qui l’accompagnent sont là pour mettre en relief ses sentiments ou son état d’esprit. De même, quand Giles (anglais) arrive, on n’a pas une musique british (il est anglais, ce qui donne lieu à des blagues récurrentes de la série, mais il y a une nuance importante à faire : il a, parmi ses caractéristiques, quelques stéréotypes anglais, mais il n’est pas défini par cela). Quand on nous introduit une tueuse potentielle turque juste pour sa scène de mort, en multipliant les clichés visuels et sur fond de musique pseudo-turque (premier épisode de la saison 7), le personnage est entièrement défini par sa culture. En fait, c’est la même mécanique que quand on renvoie certains personnages à leur « race » ; sauf qu’ici iels sont plutôt renvoyées à leur « tradition ». Ainsi, les occidental.e.s ont une culture, les non-occidental.e.s sont une culture.

La musique sert alors à renvoyer le personnage racisé à son altérité (sous-entendu : par rapport à nous occidental.e.s). Elle renvoie également la culture en question à une forme passée, figée dans le temps : ce n’est jamais de l’électro turque qu’on nous fait entendre, mais toujours une sorte de petite musique traditionnelle. C’est encore une fois ethnocentrique : les cultures occidentales évoluent, tandis que les cultures montrées dans ces scènes sont essentialisées, elles sont les mêmes depuis toujours.

Racisme anti-Rrom [2]

On a, pendant les saisons 1 et 2, Jenny, une jeune prof d’informatique rrom (« gypsie » dans la version originale), qui est probablement l’un des personnages rroms les plus sympathiques et les moins stéréotypés jamais représentés : c’est une jeune femme intelligente, prof d’informatique, soucieuse de bien faire, qui est une figure de mentor pour Willow et Buffy. À travers son indépendance, son goût pour l’informatique, sa modernité, sa complexité, elle échappe profondément aux clichés sur les femmes rroms.

jenny2Jenny à Giles : « tu es un gros snob : tu penses que le savoir devrait être conservé dans des petits ouvrages soigneusement gardés auxquels seuls des mecs blancs peuvent avoir accès ! »

Par contre, elle a un très fort « white-passing » (ce qui signifie qu’elle est perçue comme blanche) : on ne sait pas du tout qu’elle est rrom jusqu’à l’épisode qui précède celui de sa mort. Sa portée anti-raciste est à mon sens assez limitée puisqu’on véhicule également par là une opposition entre des racisé.e.s accepté.e.s et non stéréotypé.e.s lorsqu’iels ont tous les codes les plus blanc.he.s, et des figures bien plus stéréotypées quand elles n’adoptent pas les standards blancs. C’est fortement marqué quand on découvre sa famille, qui est une lignée rrom qui lance des malédictions et des sortilèges : on les découvre car iels ont maudit Angel, le grand amour de Buffy, anciennement un vampire particulièrement dangereux et sadique, que des Rroms ont puni en lui rendant son âme afin qu’il souffre de culpabilité pour l’éternité. Déjà on a un cliché sur les Rroms avec leur magie à base de boules de cristal ; mais de plus, le portrait qui est fait de ces Rroms les dépeint comme des vengeurs égoïstes et ancrés dans un passé archaïque, à la fois à travers leurs vêtements, leur goût de la tradition, et leur obsession de ce qu’il s’est passé avec Angel un siècle auparavant. On croise quelquefois dans Buffy et Angel (un spin-off de Buffy) des figures de justicier.e.s et il aurait été facile d’envisager la femme qui a lancé le sortilège sur Angel comme telle. Mais, comme le dit un homme de la lignée de Jenny : « ce n’est pas la justice qui nous intéresse, c’est la vengeance ».

tsiganeLes Rroms : ces lanceurs de malédictions avec des boules de cristal et des bougies.

 

Jenny était en réalité censée adopter une couverture occidentale pour surveiller Angel sans être rattachée à sa famille. Elle est complètement occidentalisée, dans son nom, ses vêtements, toute sa représentation; au final (à force d’être immergée parmi les blanc.he.s ?), elle essaie de convaincre son oncle de l’injustice de cette malédiction, tandis qu’il lui demande avec sévérité « tu penses que tu es Jenny Calendar maintenant ? Tu es Janna de la tribu Kalderash. ». (En fin de compte, sur sa tombe, il y aura écrit « Jenny Calendar ».) La distinction est nette : parler de justice et de compassion, c’est pour les gadjé ; ressasser le passé de façon aveugle et nourrir la loi du Talion, c’est pour les Rroms. C’est d’ailleurs l’occasion de montrer un homme antipathique élever la voix sur une jeune femme de manière injuste, autoritaire et patriarcale, en opposition à Giles le gentil homme blanc, en costume british et bien plus raisonnable.

             Jennysunclejenny

L’oncle rrom qui défend la loi du Talion avec un fort accent et la nièce « blanche » qui essaie de parler de justice dans un américain fluide, sur fond de drapeau états-unien.

 

Lors de la saison 2, Angel (un vampire avec une âme) perd son âme, et tue Jenny (premier personnage de la série tué parmi les « gentils »), alors qu’elle venait de finir un programme pour traduire en anglais l’ancienne malédiction de sa lignée – celle qui confère à Angel son âme (traduction que Willow trouvera après la mort de Jenny et utilisera pour restaurer l’âme d’Angel). Non seulement on retombe dans un mécanisme récurrent du cinéma, où des personnages féminins et/ou racisé.e.s sont sacrifiés pour développer un personnage masculin et/ou blanc, mais en plus elle est tuée après être restée dehors tard le soir pour écrire un programme. Là-dessus je ne suis pas sûre, mais je trouve ça problématique niveau « morale de la série », comme si quelque part, rester tard pour programmer était un comportement dangereux pour une femme (ou peut-être plus spécifiquement pour une femme rrom ? Puisque Buffy, elle, a le droit de prendre des initiatives la nuit.)

Ces personnages sont les seuls Rroms qui apparaissent dans la série ; en fait, assez souvent, les personnages racisés apparaissent là en tant que méchants ponctuels (ou « éléments perturbateurs » plutôt, en l’occurrence), avec des caractéristiques horriblement stéréotypées qui leur sont accolées, en étant de plus associées à leur « sauvagerie » ou « méchanceté ». Un des meilleurs exemples est probablement un Amérindien (qui n’a pas de nom), méchant de l’épisode 8 de la saison 4.

L’Amérindien dans Buffy, la menace qui vient perturber Thanksgiving

De mémoire, c’est une des deux seules apparitions d’Amérindien.ne.s de la série, l’autre étant une jeune fille Inca / momie qui aspire la vie des gens pour se maintenir en vie durant un épisode. Cette autre apparition est un poil plus complexe mais obéit globalement aux mêmes mécaniques : le personnage racisé est juste là en tant qu’attraction d’un épisode, il est totalement résumé à sa culture (ou plutôt à un regard blanc sur sa culture), culture dont des bribes sont utilisées pour fabriquer une menace pour Buffy.

Dans l’épisode 8 de la saison 4, c’est Thanksgiving, que Buffy a hâte de fêter, tandis que Willow, la rabat-joie de l’épisode, lui rappelle le massacre que fut la colonisation de l’Amérique. Parallèlement, un esprit vengeur chumash (amérindien) se matérialise et tue des gens, au même titre que d’autres méchants de la série. Willow refuse de le combattre, ce qui est présenté comme naïf par l’épisode : elle représente à mon avis, d’après la série, les blanc.he.s qui culpabiliseraient tellement qu’iels seraient incapables de prendre des décisions appropriées vis-à-vis des méchants racisés…Buffy veut juste fêter Thanksgiving, et Giles essaie de les convaincre de stopper le méchant, qui, pendant ce temps, tue des blancs de la même manière que les blancs ont tué son peuple (avec des armes, des maladies européennes, etc).

Si les questions d’éthique autour de la (néo-)colonisation sont posées à un moment (dans un contexte où elles apparaissent comme tordues et prises de tête inutiles), elle sont rapidement évacuées puis traitées comme une blague lorsque la menace est passée (c’est-à-dire lorsque Buffy a tué l’Amérindien) et qu’iels peuvent tranquillement fêter Thanksgiving :

Willow : Buffy, fêter Thanksgiving est honteux, c’est morbide.

Buffy : C’est honteux, mais c’est honteux avec des miams…c’est une honte-miam ! [yam-sham]

[…]

Buffy : Alors, qu’est-ce qu’il s’est passé avec les Chumash ?

Willow : prison, travail forcé, parqués comme des animaux avec plein de maladies européennes…

Buffy : Merde. Le centre de partenariat culturel ne mentionne pas tout ça.

[…]

Buffy : L’esprit vengeur recrée tous les torts causés à son peuple.

Giles : Alors, c’est à nous de l’en empêcher.

Buffy : Oui mais après le dîner, non ?

Willow : vous êtes sûrs qu’on ne devrait pas l’aider ?

Giles : Non, je pense que peut-être nous ne devrions pas aider l’esprit vengeur à violer, piller et assassiner.

Willow : Non, ça non, mais on peut l’aider à réparer certains torts. Mettre un projecteur sur ces atrocités.

Giles, montrant les livres que Willow tient : Si les livres d’histoire en sont plein, c’est déjà fait.

[…] Ça continue ainsi, au final l’esprit les « force » à le tuer en attaquant en premier.

Buffy : Ce n’était pas un Thanksgiving parfait…

Alexander : Je sais pas, c’était pas si mal. Un peu d’attente, une grosse bataille, et maintenant on a tous sommeil !

Giles : Et on a tous survécu.

[…]

Willow : Hé, peut-être qu’on a commencé une nouvelle tradition ! [Buffy la regarde de travers.] Peut-être pas.

Le fait que l’Amérindien soit un méchant inhumain à éradiquer est déjà profondément raciste en soi. Comme je l’illustre ci-dessous, sa représentation est en elle-même raciste, et de plus, cette série de meurtres vient créer une sorte de symétrisation avec le génocide des Chumash.

Mais cela sert en plus à invalider le discours anti-raciste, qui est ainsi montré comme inapproprié, « angéliste », irrationnel et même meurtrier. C’est le discours qui se fout de l’anti-racisme qui est celui qui permet d’endiguer la violence, dans le cadre de l’épisode. Ainsi, je trouve que le scénario de l’épisode est en lui-même doublement problématique (non seulement il est raciste, mais il est « anti-anti-raciste »).

La représentation de ce personnage correspond exactement au stéréotype de l’amérindien « sauvage », « guerrier », « à moitié animal » qui nous est traditionnellement vendue :

amerindien amerindien2

Peintures de guerre et pouvoir de se transformer en ours…quoi, c’étaient pas les cousins des ours ?

Enfin, plusieurs fois dans l’épisode, Willow reprend les gens autour d’elle en rappelant qu’on ne dit pas « Indians » mais « Native americans ». (En l’occurrence, ça devrait même être « Chumash », puisque les différentes civilisations qui vivaient en Amérique avant la colonisation européenne ne formaient pas une entité unique.) Or cette question n’est pas du tout prise au sérieux par la série, ce qui arrive aussi dans d’autres épisodes. Par exemple, dans l’épisode 1 de la saison 2, quand Angel se vexe que Buffy ramène les choses au fait qu’il soit un vampire, elle lui répond : « quoi, je ne devrais pas dire ça ? Non-mort américain, c’est mieux ? ».

La série rigole ici avec le/la spectateurice de ces personnes qui préfèrent des dénominations montrées comme tordues et absurdes plutôt que d’appeler un chat un chat ; c’est une expression de la domination blanche qui ne voit pas le problème à appeler les autres populations d’une manière qui lui sied plutôt que d’écouter et de respecter le nom que ces populations se donnent. Pour le deuxième exemple, je ne sais exactement à quoi la série fait référence, ni même s’il y a une référence précise ; je pense que ça pourrait être une métaphore pour « Indien, j’ai pas le droit de dire ? Américain natif, c’est mieux ? », ou la même avec « afro-américain », ou encore autre chose. Dans tous les cas, la série présente comme ridicule et exaspérante la simple demande d’arrêter d’employer des termes racistes caractéristiques de la colonisation.

Et les chinoises, bosseuses mais incapables de parler anglais…

Il n’y a pas beaucoup d’asiatiques dans la série, et ce sont des chinoises à chaque fois (parce que ça devient embrouillant sinon, hein). Ce n’est qu’une succession de stéréotypes :

slayer1900Spike a voyagé en Chine : fausse musique chinoise, arts martiaux, et assiduité au travail, comme dit Spike à Buffy : « Pour elle, tout était une question de travail. »

Il n’y a pas grand-chose à dire de plus puisque cette capture d’écran représente à peu près tout ce qu’on sait sur cette tueuse. Encore une fois elle est renvoyée à son « altérité » par rapport à Buffy et entièrement résumée par des clichés sur les Chinoises.

Une deuxième chinoise fait son apparition dans la dernière saison, lorsque Buffy accueille chez elle quelques dizaines de tueuses potentielles qui viennent des quatre coins du monde. Sa représentation réitère exactement les mêmes stéréotypes : elle tient lieu de tueuse-potentielle-qui-ne-parle-pas-un mot-d’anglais, élément comique de plusieurs dialogues. Cette blague fait une association raciste dans les deux sens : à chaque fois qu’un personnage identifié comme asiatique est représenté dans Buffy, il ne parle pas du tout anglais (comme si les racisé.e.s ne savaient pas parler anglais), et inversement, si on part de l’envie d’introduire la blague, elle aurait tout aussi bien marché avec une blanche non anglophone (française, par exemple) et il n’est pas anodin d’avoir choisi une racisée.

La négrophobie dans Buffy

La négrophobie prend plusieurs formes au cours de la série. Déjà, il y a très peu de personnages noirs au cours de la série, et dans la moitié des cas, ils sont là en tant que personnages « primitifs ». Lorsqu’ils ne sont pas renvoyés à l’idée de « balbutiement de l’humanité », ils ont des personnalités agressives, désagréables (à l’exception de Robin dans la dernière saison), ce qui est aussi de la négrophobie. Enfin, les femmes noires et métisses sont particulièrement sexualisées, et d’une manière soit « animale », « sauvage », soit exotisante, ce qui relève à la fois de la négrophobie et du sexisme. Je vais essayer de développer tout cela dans la suite.

Par exemple, Buffy a des interactions mystiques avec la toute première tueuse, qui est noire, avec des vêtements en peau de bête, de la peinture de guerre sur le visage et une posture très animalisée.

firstslayerVous reprendrez bien une petite louche de l’opposition entre noire animalisée et blanche civilisée ?

J’ai déjà lu qu’au moins la série ne faisait pas de white-washing dans les origines de l’humanité (le white-washing est le fait de représenter blancs des personnages racisés à la base). Non seulement ça n’efface pas le racisme de ces scènes, mais en fait ce n’est même pas le cas, puisque les gardiennes, une lignée de femmes très puissantes qui aident les tueuses à distance depuis le début, sont blanches ! Elles correspondent aussi à une aide ancestrale, rattachée aux racines de la lignée des tueuses, mais une aide beaucoup plus intellectuelle et réfléchie que celle de la première tueuse, soit une deuxième opposition entre blanches qui ont de bonnes capacités analytiques et noires qui sont ramenées à un instinct animal.

firstslayer5Buffy va chercher de l’aide auprès de la première tueuse : ce sera feu de bois dans le désert, et phrases énigmatiques sur l’amour et la mort…

gardienneBuffy va chercher de l’aide auprès des gardiennes : discussions stratégiques dans un temple…

Par ailleurs, les « hommes de l’ombre » (les ancêtres des observateurs qui ont « créé » la première tueuse en capturant la jeune fille et lui faisant insuffler de force l’essence et la force d’un démon) sont noirs également, mais semblent moins animalisés : ils se tiennent droit, sont vêtus de beaux vêtements, parlent une langue (contrairement à la première tueuse qui ne parle pas mais se contente plus ou moins de grogner).

Cela ne signifie pas que leur représentation n’est pas raciste, mais je souligne simplement qu’il y a un traitement particulier des femmes noires.

firstmenIls restent quand même des stéréotypes de sorciers africains, en cercle avec des bâtons.

En fait, quand Spike voyage pour récupérer son âme (dans une région toujours non nommée de l’Afrique bien sûr, puisque ce continent forme une seule entité emplie de mysticisme et de traditions anciennes pour les fois où un blanc veut mener une quête pour son âme), on voit à nouveau des types noirs dans le désert, qui paraissent à peu près exactement aussi « développés » que les premiers, comme s’ils étaient hors du temps, comme si le progrès était le propre des occidental.e.s. La série mobilise donc ici des représentations profondément ethnocentriques, que l’on retrouve dans les discours néo-colonialistes tel que celui de Sarkozy, qui parlait de « l’homme africain pas encore assez entré dans l’histoire ».

africanOn ne comprend même pas ce qu’il dit, et d’ailleurs, pour les personnes qui ont fait ces sous-titres, il parle « l’africain ».

Mais encore une fois, pas de gestes et postures félines, qui sont bien réservés à la première tueuse : derrière l’herbe jaune de la savane, on voit une forme, qu’on devine être la première tueuse, se mouvoir de manière très féline, intercalée avec des plans sur le chat de Tara.

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Histoire qu’on comprenne bien l’idée générale quoi…

On a une animalisation particulière des femmes racisées, assez sexualisante, d’une manière qu’on retrouve un peu chez Kendra, une tueuse racisée contemporaine, qui apparaît dans trois épisodes, avant d’être tuée (et d’être ainsi le deuxième personnage « gentil » tué, après Jenny). On ne sait pas grand-chose de Kendra à part qu’elle a un accent dont Buffy se moque (!). Elle représente (comme Faith d’ailleurs) une tueuse qui ne fait pas les bons choix, n’équilibre pas convenablement sa vie et ses devoirs de tueuse (mettant en relief ce à quoi Buffy s’expose si elle est trop comme ci ou trop comme ça).

Kendra est une tueuse qui a été élevée comme telle (à l’inverse de Buffy qui a appris l’existence des tueuses au moment où elle en est devenue une). Elle n’a pas de contact avec ses parents, pas d’ami; son seul proche semble être son observateur, qui lui empêche de parler aux garçons. Ceci ne l’empêche pas d’être sexualisée, d’une façon assez exotisante :

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Tiens, pour une fois, Buffy a le droit de ne pas être un objet sexuel…

Elle est ainsi contrainte dans une éducation qui semble « archaïque » et très rigide, mais a tout de même des vêtements moulants et sexualisants, qui correspondent à un fantasme sexiste et raciste de la femme noire. Ce paradoxe apparent me semble pouvoir se résoudre d’une façon encore une fois très raciste : elle serait débordante de sexualité par nature, ce que son observateur doit donc contrôler, là où Giles n’a pas de pulsions à refréner chez Buffy. De plus, l’interdiction de parler aux garçons est très hétérocentrée.

On a pour la troisième fois une opposition entre la blanche qui analyse le monde autour d’elle, qui est une tueuse mais qui n’est pas réduite à sa nature de tueuse, qui a de nombreux autres centres d’intérêt et qui réfléchit à ce qu’elle fait de sa vie, et la racisée ramenée à son « instinct » ou à sa « nature ». Buffy lui apprend en effet à dominer son corps par l’esprit (« là c’est de la colère que tu ressens »), et l’initie à la civilisation comme si c’était une enfant sauvage (« quand tu reprends l’avion, tu t’assieds sur le siège et tu mets ta ceinture »)(oui car Kendra étant un peu bébête, elle est venue dans la caisse à bagages à l’aller). Kendra, au contraire, renseigne Buffy sur sa nature de tueuse : « tu en parles comme si c’était ton travail, mais c’est ce que tu es », un peu comme la première tueuse.

Enfin, on a quand même quelques personnages noirs moins exotisés (spatialement ou temporellement) : Forrest, un ami de Riley (petit copain de Buffy), Rona, une tueuse potentielle dans la saison 7, et Robin, le directeur du lycée dans la saison 7. Si je n’ai pas tellement de remarques à faire sur ce dernier personnage qui ne me semble pas stéréotypé (mais je suis peut-être passée à côté de quelque chose), les deux premiers personnages semblent créé.e.s de façon à souligner de façon prononcée leurs aspects négatifs. Aussi bien Forrest que Rona sont des personnages qui ne sont pas « méchants » au sens du Bien et du Mal, mais ils sont, en gros, les chieurs de service.

Ainsi, dans la saison 4, Buffy subit une tentative de meurtre de la part de Maggie Walsch, la supérieure hiérarchique de Riley et de Forrest : alors que Riley reste assez lucide sur ce qui est en train de se passer, Forrest s’entête stupidement et soutient que ça doit vouloir dire que Buffy méritait d’être tuée :

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Il y a plusieurs scènes, comme celles-là, où Forrest, qui pour une raison ou une autre, déteste Buffy, réagit de manière complètement inappropriée, ce qui est fortement souligné par la série. (Il mourra d’ailleurs, en faisant le contraire de ce que Buffy lui disait de faire pour le protéger.) C’est d’autant plus problématique que c’est le seul noir parmi les amis de Riley, et également le seul à avoir ce traitement par la série.

Je trouve que Rona a un rôle similaire dans la saison 7, même si elle s’en sort bien mieux dans sa scène finale où elle combat aux côtés de Buffy (en suivant bien les ordres…) ; parmi les potentielles dont on connaît le prénom et qui ont quelques répliques (puisqu’il y a beaucoup de pures figurantes), c’est la seule noire et ses aspects négatifs, sa colère et son agressivité vis-à-vis de Buffy sont soulignés de façon prononcée. Or la colère et l’agressivité sont des caractéristiques faisant partie des clichés sur les femmes noires, ceux-ci allant dans le sens de la « sauvagerie » et de l’« animalité » que l’on colle à la peau des femmes noires.

potentiellenoireRona langue de vipère, toujours partante pour commenter quand Buffy s’en prend plein la gueule.

Au final, ces deux personnages semblent pensés de façon à cumuler bien plus de défauts que de qualités — Forrest permet à Riley de dire toutes les répliques intelligentes, Rona est probablement la potentielle la plus désagréable du groupe — au milieu d’autres personnages blancs plus nuancés.

Conclusion

Ainsi, si Buffy présente selon moi un relatif intérêt féministe, la série cumule les mécanismes racistes. Par ailleurs, la blancheur de Buffy n’est pas le seul de ses privilèges, comme je vais essayer de le développer dans la partie III.

Douffie Shprinzel


J’ai encore une fois beaucoup de personnes à remercier : Suze Araignée pour la traduction de « gypsies » (cf [2]), Exno qui m’a fait remarquer des choses auxquelles je n’avais pas pensé, Émy et Paul Rigouste qui m’ont aidée à éclaircir et mieux formuler de nombreux points, et encore d’autres 🙂


Notes :

Voici deux articles en anglais sur le racisme de Buffy qui ont bien amorcé ma réflexion :
https://valeriefrankel.wordpress.com/2012/05/22/is-buffy-summers-totally-racist/
http://www.heroinecontent.net/archives/2007/07/buffy_the_vampire_slayer_telev.html

[1] Anita Sarkeesian a fait une vidéo sur le trope des « femmes dans le congélateur », avec sous-titres en français disponibles : https://www.youtube.com/watch?v=DInYaHVSLr8

[2] La série emploie l’expression de « gypsie », dont je me demandais si elle n’était pas raciste en elle-même. J’ai donc demandé à une amie qui s’y connaît mieux que moi, Suze Araignée. Elle m’a fourni des explications très intéressantes que je copie ici :

« Gypsies », je traduirais ça par « Tsiganes ». Les deux sont des noms exogènes (= donnés par les autres), tous deux d’ailleurs basés sur des contre-vérités historiques (« gypsies » vient de « Egyptiens », du temps où on les croyait venir d’Egypte ; « Tsiganes » vient de « atsiganos », qui signifie « intouchables », une secte manichéenne grecque qu’on a confondue avec les Roms).

Tu peux aussi utiliser « Roms », évidemment, mais la traduction ne serait pas exacte. D’autant que « Roms » signifie à la fois l’ensemble des trois groupes tsiganes, et le groupe des Tsiganes de l’Est… En Europe de l’Ouest ou aux USA, ce seraient plutôt des « Manouches » (encore un nom exogène, qui lui vient du romanès « manush » = « être humain, gens, personne »). Le nom indogène (= qu’ils/elles se donnent elles/eux-mêmes) étant « Sinté » (Sinto au masculin, Sinti au féminin, Sinté au pluriel*).

Quant à savoir si « Tsigane » est insultant… ça ne l’est pas à la base, et nombre de Roms, Sinté et Kalé (le nom indogène des Gitans) se nomment eux/elles-mêmes ainsi. Néanmoins, nombre de Roms, Sinté et Kalé rejettent et refusent cette appellation, pas tant parce qu’elle se base sur une idée fausse ou parce que le mot serait de base péjoratif (ce qui n’est pas le cas), mais à cause du mauvais souvenir laissé par le mot « Zigeuner », « Tsigane » en Allemand, et les lettres Z correspondantes tatouées sur les bras…
« Manouches », qui n’est ni insultant étymologiquement, ni fondé sur une erreur (ce sont bien des humain-e-s !) sonne aussi insultant pour certain-e-s Sinté (mais pas tou-te-s), simplement parce que dans certaines bouches de gadjé, c’est insultant… C’est le risque avec tout nom exogène.

En gros, tu peux utiliser « Tsiganes » si tu veux être au plus près de l’état d’esprit du mot « Gypsies » et donc de la traduction, mais tu peux aussi utiliser « Sinto/i/é » au risque de ne pas être comprise par des tas de gens, « Manouches » au risque de paraître insultante aux yeux de certain-e-s Roms, ou Roms, au risque de perdre en précision, en désignant un groupe par le nom général…

Finalement, j’ai l’impression de ne pas être d’une grande aide, parce que moi-même je ne saurais pas trop lequel de ces mots employer… Si tu veux mon avis personnel, j’hésiterais entre « Tsiganes » et « Sinto/i/é ».

Voilà. N’hésite pas si tu as besoin de précisions ou s’il y a un truc que t’as pas compris (je suis pas toujours claire).

*La terminaison en o/i/é (masc./fém./plur.) est une des plus courantes de la langue romanès. ce sera donc pareil pour Kalo, Kali, Kalé (littéralement, « Noirs »), pour Gadjo/i/é (les non-Roms), etc.

Ajout après des précisions de ma part sur le fait qu’il s’agit de « gypsies » qui vivaient en Roumanie cent ans avant la série :

Si ces gens vivent en Roumanie, alors ce sont des Roms.

À la base, tous les Roms (des trois groupes) sont issus d’un seul et même groupe, qui a effectivement migré depuis le nord de l’Inde. Certain-e-s se sont arrêté-e-s en Europe de l’Est, d’autres ont continué plus loin, et c’est à ce moment là que la langue et la culture s’est diversifiée, d’où le partage en trois groupes. Ceci dit, ce dont je parle là, c’est très ancien (par exemple en France les Roms – Sinté et Kalé majoritairement – sont arrivés il y a 1 000 ans).

Donc non, en 1900 c’étaient bien des Roms Roms.

 

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31 réponses à Buffy contre les vampires (1997-2003), partie II : Buffy la blanche et les sauvages

  1. Je confirme : s’ils sont de lignée Kalderas, ce sont bien des Roms.

    Et sinon, j’ai jamais été attirée par cette série (les trucs avec des vampires, ça m’inspire pas trop), mais en lisant ça, ça me donne encore moins envie (ceci dit, y a des films que j’ai aimé qui ont aussi leur critique sur ce site).

    • Douffie Shprinzel

      Ok, merci beaucoup pour ton aide ! 🙂

      • Sinon, en relisant le passage sur le racisme anti-Roms, j’ai « tiqué » (enfin, c’est pas le mot, « tiqué » c’est exagéré) sur cette phrase :
        « La distinction est nette : parler de justice et de compassion, c’est pour les occidentaux ; ressasser le passé de façon aveugle et nourrir la loi du Talion, c’est pour les Rroms. »
        Les Roms sont aussi des occidentaux, du moins celles et ceux qui vivent en Occident (la Roumanie, pour moi c’est l’occident). Plutôt qu' »occidentaux », j’aurais écrit « gadjé » (c’est à dire non-Roms), même si c’est vrai que ce mot n’est pas connu de tout le monde (même si le film de Gatlif, Gadjo Dilo, a un peu contribué à ce qu’il soit connu).

  2. Je vous trouve un peu sévère pour le cas de la Première Tueuse. La gardienne rencontrée est blanche, mais elle est issue d’une lignée qui a donc eut le temps de se diversifier. Au contraire de la Première Tueuse, qui est juste la première.

    Maintenant, c’est sans doute ethno centriste que de présenter une blanche, certainement, mais je ne le comparerais pas à la Première Tueuse pour en faire une vision raciste.

    Perso, ca m’a ennuyé de voir la parodie de sorcier africain pour représenter les proto-observateur. Justement, parce que c’est trop cliché, et que ça situait trop les choses. L’épisode onirique, qui a présenté la Première Tueuse, montrait une personne assez simple, maquillée à outrance, dans un décor naturel. Ce qui fait qu’on pouvait la placer géographiquement et même chronologiquement dans énormément d’endroit…

    Pour le reste de l’article, vous touchez sans doute assez juste. Il faudra attendre la saison 7 pour voir un perso principal de couleur apparaitre.

    Dans le spin off, cependant, on as Charles Gunn qui est cependant très stéréotypé. Il y réagit d’ailleurs lors de la dernière saison (d’Angel hein…), je pense du coup que les concepteurs de la série on du essuyer quelques reproches sur ce point.

    • Douffie Shprinzel

      Mais même dans la dernière saison, quand il est avocat, il se balade avec un ballon de basket sous le bras à quelques reprises, j’avais trouvé ça ahurissant !

      Je n’avais pas pensé que la gardienne puisse être une descendante en fait, je trouve qu’elle se présentait un peu comme la dernière survivante d’un groupe extrêmement ancien qui surveillait les « hommes de l’ombre »…mais c’est vrai que ça peut s’interpréter différemment. Après j’avoue que pour moi ça ne change pas forcément grand-chose à l’association noir-primitif et blanc-qui-même-ancestral-est-« civilisé »…non ?

      • Ben ça rend la comparaison avec la Première Tueuse un peu moins pertinente, si elles ne sont pas contemporaines l’une de l’autre.

        Un bémol cependant: la dernière saison n’est pas celle que je connais le mieux. Si la gardienne est une créature immortelle qui a survécu tout ce temps, cela invalide ce que je dit.

        Pour ma défense: la Première Tueuse est une vision, un fantôme. Nous expliquer qu’elle a vécu il y a très longtemps fait sens. La Gardienne, elle, apparaît physiquement, je crois même qu’il y a un effet comique (de mémoire hein…) Et il me semble qu’elle se fait tué très facilement (je me demande même si c’est pas fait pour être drôle) Bref, j’avais moins de mal à l’imaginer comme une femme normal héritière d’un certain bagage culturel.

        • Douffie Shprinzel

          Alors non, elle n’est clairement pas présenté comme une femme normale, quand Buffy lui demande quel âge elle a, elle répond en riant : « disons que je fais jeune pour mon âge ».
          Donc elle est bien une sorte de figure ancestrale, après on n’a pas trop d’élément pour savoir si elle est aussi ancestrale que la première tueuse, c’est vrai, c’est peut-être la cinquième génération ou je ne sais quoi.

          J’ai fait une recherche google pour voir ce que d’autres en pensaient, j’ai trouvé ici :

          Les Gardiennes étaient un groupe de puissantes femmes mystiques qui ont cherché à aider la Tueuse tout en surveillant les Hommes de l’Ombre et leurs descendants, le Conseil des Observateurs. Elles ont créé la Faux et l’ont infusé avec la puissance de la Tueuse, mais elles ont gardé l’arme cachée aux yeux des Hommes de l’Ombre et l’ont finalement caché à Sunnydale, jusqu’à ce qu’une tueuse l’utilise pour empêcher l’apocalypse. Au cours des siècles, les gardiennes ont été tués à l’exception de l’une d’elles, qui s’était caché dans une crypte à Sunnydale.

          Voilà…qu’en pensez-vous ?

          Après je peux modifier quelques formulations de l’article, mais au final je pense toujours que ça ne change pas grand-chose, puisqu’aussi bien la première tueuse que les gardiennes représentent quelque chose d’ancestral, aux racines de la lignée des tueuses, et qu’on a le côté « noir-animal » d’un côté « blanc-stratégie » de l’autre.

          • J’en pense que de toute façon, le simple flou artistique pose un problème.

            Autant vous ne m’avez pas convaincu du non-féminisme de Buffy dans votre premier article, autant là vous touchez juste de nombreuses fois.

            Je fait en effet partie des gens qui était contant de voir que la Première Tueuse n’était pas blanche. J’étais également contant qu’elle soit peinte de façon a ce que sa couleur de peau ne soit pas flagrante, d’où ma complaisance. Mais sorti de ça, il faut bien reconnaitre qu’il y a un soucis.

          • L’épisode avec la dernière gardienne est un des rares que j’aie vus, et c’était il y a longtemps, mais je me souviens très bien m’être demandé sur le coup « Si elle est immortelle et qu’elle vit ici depuis des siècles, ça ne ferait pas sens qu’elle soit amérindienne ? »
            J’ai peut-être mal interprété le dialogue, ceci-dit, et je ne suis pas sûr de toute façon que ç’aurait amélioré l’image des amérindiens dans la série, mais ça m’avait tout de même laissé perplexe.

          • Douffie Shprinzel

            Oui, c’est une bonne remarque. Même si elle n’est pas contemporaine à la première tueuse, elle se cache depuis des siècles en Californie, elle devrait donc être amérindienne ! Merci, je n’y avais pas pensé 🙂

  3. Bonjour,

    L’analyse que vous faites des séries atteint rapidement une limite : contrairement aux films, les séries sont sujettes à des décisions extérieures au scénario. Certains personnages meurent pour des contraintes contractuelles et non dramatiques et on connaît bien le fonctionnement des chaînes qui testent la réception du public et impose des modifications en fonction. Joss Whedon s’exprime souvent à ce sujet, et il semble difficile de placer ces contraintes sur le même plan que les décisions scénaristiques : d’un côté, la politique de l’auteur, de l’autre, celle du producteur. Idem pour les « types » féminins et masculins (corps d’athlètes, vêtements sexualisants… de lycéennes et de guerrières) qui sont autant d’éléments d’un cahier des charges compte tenu de l’époque et de l’endroit de production. Je crois que les séries sont difficiles à analyser si l’on fait abstraction de ce tissu de contraintes auquel est confronté l’auteur : ses propositions politiques appartiennent alors forcément à la variation au sein du système rigide, l’échappée auteuriste et la prise de pouvoir des showrunners n’ayant alors pas eu lieu.

    Par ailleurs, Whedon insère dans ses dialogues de nombreuses mentions critiquant la blancheur du casting. Ceci étant dit, la situation géographique et sociologique de Sunnydale justifie le peu de diversité dans le casting, dans la mesure où les statistiques réelles rejoignent celles de la série. Ici l’on est confronté à un problème majeur du politique, et du réalisme en art : doit-on proposer un modèle différent du réel pour respecter la représentation politique voulue, ou bien partir du réel pour tenter de le faire évoluer – avec l’enjeu de crédibilité ?
    Il est par ailleurs souvent précisé au fil de la série que Sunnydale abrite la Porte de l’Enfer et à ce titre, attire une population spécifique qui, volontairement ou non, se trouve aspirée par le portail maléfique. On peut y voir une critique, par Whedon, d’un ethnocentrisme corrompu (ça n’est pas de moi, mais d’une thèse sur les implications sociologiques de l’univers de Buffy).

    Enfin, les avantages dont bénéficie Buffy sont indéniables. Ceci étant dit, il semble pertinent remettre toute la trajectoire de l’héroïne en perspective avec le dénouement de la série tv : l’histoire devient celle d’une émancipation collective une fois bouclée, pas nécessairement au fur et à mesure où en effet, il s’agit davantage d’une lutte pour maintenir des privilèges plutôt que d’un combat politique.

    • Douffie Shprinzel

      L’analyse que vous faites des séries atteint rapidement une limite : contrairement aux films, les séries sont sujettes à des décisions extérieures au scénario. Certains personnages meurent pour des contraintes contractuelles et non dramatiques et on connaît bien le fonctionnement des chaînes qui testent la réception du public et impose des modifications en fonction. Joss Whedon s’exprime souvent à ce sujet, et il semble difficile de placer ces contraintes sur le même plan que les décisions scénaristiques : d’un côté, la politique de l’auteur, de l’autre, celle du producteur. Idem pour les « types » féminins et masculins (corps d’athlètes, vêtements sexualisants… de lycéennes et de guerrières) qui sont autant d’éléments d’un cahier des charges compte tenu de l’époque et de l’endroit de production. Je crois que les séries sont difficiles à analyser si l’on fait abstraction de ce tissu de contraintes auquel est confronté l’auteur : ses propositions politiques appartiennent alors forcément à la variation au sein du système rigide, l’échappée auteuriste et la prise de pouvoir des showrunners n’ayant alors pas eu lieu.

      Je suis d’accord que pour certains éléments, ce n’est pas lié aux scénaristes mais aux producteurices. Après, il me semble quand même qu’avec les mêmes contraintes, on peut écrire plusieurs scénarios (par exemple, quand Oz quitte la série, il se contente de partir et non de développer Willow en mourant). Mais surtout, j’analyse la série telle qu’elle est offerte aux spectateurices, mon but n’étant pas de faire un procès à Whedon, j’avoue que je ne préoccupe pas forcément plus que cela de ce qu’il y avait en amont de la série (même si je pense que ça serait sûrement très intéressant aussi à analyser). Disons que j’analyse une série télévisée, ce qui est présenté en termes d’identification, de modèles, de contre-modèles, et non spécifiquement des choix scénaristiques étant données certaines contraintes 🙂

      Par ailleurs, Whedon insère dans ses dialogues de nombreuses mentions critiquant la blancheur du casting.

      Pas si nombreuses que cela (ou alors j’ai manqué quelque chose). Et puis bon, critiquer la blancheur entre blanc.he.s c’est une chose, ça ne remplace pas le manque criant de personnages racisés et leurs représentations stéréotypées…

      Ceci étant dit, la situation géographique et sociologique de Sunnydale justifie le peu de diversité dans le casting, dans la mesure où les statistiques réelles rejoignent celles de la série. Ici l’on est confronté à un problème majeur du politique, et du réalisme en art : doit-on proposer un modèle différent du réel pour respecter la représentation politique voulue, ou bien partir du réel pour tenter de le faire évoluer – avec l’enjeu de crédibilité ?

      Mais pourquoi le réel, ce serait nécessairement une banlieue bourgeoise et blanche ? C’est un choix aussi de se placer dans un environnement bien blanc et bien privilégié, non ?
      Par ailleurs, qu’y a-t-il de réel dans les méchants racisés fantasmés par des blancs ?

  4. Personnellement je ne suis pas vraiment d’accord sur le fait que Kendra soit  »fridged » pour développer Faith, ne serait-ce que parce que cette dernière n’existe pas encore (si ce n’est dans les cartons). Tuer Kendra permet d’amener Faith mais pas de la développer, faire référence à ce  »trope » sexiste est selon moi malvenu. Néanmoins je suis bien d’accord avec vous que ce personnage est sous-exploité et un peu jeté et que ça pique d’autant plus qu’elle soit racisée ; de même, je suis tout à fait d’accord vis à vis de sa sexualisation qui est totalement absurde vis-à-vis de la caractérisation du personnage. Autant le côté sexy de Faith fait complètement sens, autant Kendra c’est malvenu.

    Pour la première Tueuse aussi je suis un peu ennuyé. Après avoir revu la série, j’avais analysé son animalité, sa sauvagerie non pas parce qu’elle était noire mais parce que justement elle était une Tueuse et semble-t-il une version pas encore très socialement réussie. La première Tueuse tend pour moi beaucoup plus du côté du démon et du monstre que de l’humain, Buffy elle-même est plusieurs fois présentée comme un monstre, un être surnaturel dont seule la socialisation en fait plus une humaine qu’un monstre. La première tueuse est vraiment borderline niveau humanité, après logiquement, elle ne pouvait pas ne pas être noire. Non pas que cela efface les problèmes qu’elle pose, mais attribuer son animalité à son origine racisée me paraît un peu court.

    Sur les personnages noirs en particulier, je suis surpris que vous n’ayez pas mentionné Mr. Trick. Bon évidemment c’est un méchant, mais il est largement montré comme quelqu’un d’intelligent et de débrouillard, même si retors. Il est vrai qu’il se pose toujours comme un sidekick de plus gros poissons, et s’il devient un peu le vilain récurent qui est régulièrement mis en échec par les héro-ïne-s, il dure presque toute la saison 3, ce qui est pas mal pour un méchant secondaire. Il est aussi présenté comme très moderne et pondéré, un des rares vampires à l’être d’ailleurs.

    Après je pinaille mais globalement, je suis bien d’accord qu’il y a de sérieux problèmes dans le traitement des personnages racisé-e-s dans Buffy et que la majeure partie de l’analyse tombe juste, même si je la trouve parfois un peu too much.

    • Douffie Shprinzel

      Personnellement je ne suis pas vraiment d’accord sur le fait que Kendra soit « fridged » pour développer Faith, ne serait-ce que parce que cette dernière n’existe pas encore (si ce n’est dans les cartons). Tuer Kendra permet d’amener Faith mais pas de la développer, faire référence à ce »trope » sexiste est selon moi malvenu.

      Ah, ce n’est pas exactement ce que j’ai dit ou voulu dire. Effectivement, au moment où Kendra meurt, personne ne savait que Faith allait tenir jusqu’à la saison 7. Après ça fait quand même vachement « voilà, on a montré une tueuse racisée, maintenant on peut passer à la suite » en restant hyper superficiel et dans le stéréotype avec elle, tandis que pour Faith, là ça vaut le coup de la développer, de la rendre plus complexe…évidemment c’est difficile de dire ce qui relève exactement du racisme ou non et à quels moments, mais globalement je trouve que ça pose carrément problème.
      Par contre je pense que les personnages racisés servent à développer des blancs à plusieurs reprises dans Buffy : déjà Kendra sert à développer un peu plus Buffy (il « fallait » qu’elle soit seule et désespérée à ce moment), Jenny sert à développer Buffy et Giles et illustrer à quel point Angel est méchant quand il est méchant, etc. D’où ma mention de ce trope 🙂

      La première Tueuse tend pour moi beaucoup plus du côté du démon et du monstre que de l’humain, Buffy elle-même est plusieurs fois présentée comme un monstre, un être surnaturel dont seule la socialisation en fait plus une humaine qu’un monstre.

      Je trouve que ça déclenche beaucoup de questions politiques comme phrase ! (Déjà je ne suis pas vraiment d’accord avec l’idée que Buffy soit présentée comme un monstre plus qu’un humain, pour moi c’est vraiment une jeune fille puis une jeune femme, avec quelquefois quelques passages sur son « anormalité », mais bref.) J’ai l’impression un peu vague (désolée pour le flou) qu’il y a quelque chose de politique qui se joue dans le fait qu’on présente aussi les « débuts de l’humanité » comme un peu « démoniaques » ou « monstrueux », comme si on avait besoin de faire une frontière plus nette qu’elle n’est entre l’humanité telle qu’on aime la représenter et ce quelque chose d’autre qui serait « démoniaque » sans vraiment de raison justement. Ce n’est pas clair du tout, désolée pour cela. Sinon je trouve ça très raciste aussi de toute façon, ça continue dans l’opposition humanité « moderne » blanche versus « débuts monstrueux de l’humanité noire ». Je me demande s’il n’y a pas un renforcement mutuel, iels sont noir.e.s donc on va vachement fantasmer sur quelque chose d’assez animalisé, on veut représenter quelque chose de primitif donc on va plus penser à insérer des noir.e.s, ce genre de choses…non ?

      Sur les personnages noirs en particulier, je suis surpris que vous n’ayez pas mentionné Mr. Trick. Bon évidemment c’est un méchant, mais il est largement montré comme quelqu’un d’intelligent et de débrouillard, même si retors.

      Ah oui, je n’ai pas la prétention d’être exhaustive hein 🙂 Il y aurait bien bien plus à écrire sur Buffy que je ne le fais !

      Après je pinaille mais globalement, je suis bien d’accord qu’il y a de sérieux problèmes dans le traitement des personnages racisé-e-s dans Buffy et que la majeure partie de l’analyse tombe juste, même si je la trouve parfois un peu too much.

      Ok 🙂

  5. Pour ma part, je pense que vous faites un contresens à propos de l’amérindien chumash, qui vous mène à sous-estimer le propos politique de l’épisode. La symétrie et l’inversion ne se font pas entre le génocide des indiens et l’entreprise de vengeance mais surtout entre la fête de Thanksgiving telle qu’elle se conçoit dans la tradition américaine (un moment fondateur d’échange et de communion entre pionniers et les peuples premiers) et le poids de l’histoire de l’occupation du territoire (les spoliations et la destruction des peuples indiens). Du coup vous ne percevez pas la dimension iconoclaste dans la succession d’images de « guerre indienne » et de repas de famille.

    La raison pour laquelle je pense que ça fonctionne c’est (contrairement à ce que vous avancez) qu’il y a pendant tout l’épisode un réel débat sur la légitimité de l’occupation du territoire étasunien. Les actions des immigrants à l’encontre des populations autochtones sont rappelées, la légitimité du combat n’est jamais affirmée avant que les personnages ne soient dans une situation de défense (je crois même que Willow fait un commentaire sur sa participation, après la bataille. Elle se compare à Custer)…

    La scène finale ne résout rien à la question, elle ne fait que recouvrir le problème et mettre le débat à distance: l’unité des personnages de la série s’est réaffirmée dans le combat contre les indiens, comme « l’Amérique » s’est construite sur le élimination. Le scènes de repas et le blanc qui conclue l’épisode me paraissent plutôt ironiques. De même que le fait que Buffy (qui défend la vision de Thanksgiving comme simple « réunion de famille ») soit en permanence en marge de l’intrigue, dans cet épisode.

    • Douffie Shprinzel

      La raison pour laquelle je pense que ça fonctionne c’est (contrairement à ce que vous avancez) qu’il y a pendant tout l’épisode un réel débat sur la légitimité de l’occupation du territoire étasunien.

      Je ne sais pas trop de quel débat vous parlez en fait ? J’aurais plutôt tendance à penser qu’un truc bien, par exemple, ce serait de dénoncer le racisme anti-amérindien actuel, plutôt que de débattre (« débattre », je trouve que ça sonne un peu comme si c’était déjà cool politiquement qu’une série mette en scène un discours anti-raciste et un discours anti-anti-raciste de manière symétrique)…Vous dites « la légitimité de l’occupation du territoire étatsunien », vous parlez de quelle époque ? J’ai l’impression que maintenant on n’a plus tellement de besoin de débattre pour dire que c’était un génocide, et que si ça concerne une époque actuelle, ça n’a plus tellement de sens de demander à tous les américains non-amérindiens de quitter l’Amérique, en tout cas il n’y a pas ce débat dans l’épisode…
      Mais de toute façon, je pense vraiment que pour qu’il puisse y avoir la place pour quelque chose de réel et d’intéressant politiquement, il faut d’autres personnages que :
      – D’une part le méchant amérindien qui se transforme en ours pour attaquer Buffy.
      – Les gentils blancs qui débattent entre culpabilité (Willow) et lucidité (Giles, Alexander), (tel que c’est présenté dans l’épisode).

      Le scènes de repas et le blanc qui conclue l’épisode me paraissent plutôt ironiques.

      Je le vois un peu comme du degré « 1,1 » (Denis Colombi a écrit des articles là-dessus, désolée j’ai un peu cherché où, mais je ne trouve plus) : on prend un petit ton ironique, mais le message général final reste que l’amérindien était effectivement un méchant d’un épisode pour faire de l’animation.

      • Je parle à la fois de la conquête et des représentations qu’elle véhicule aujourd’hui.

        D’un point de vue étasunien actuel, je reste persuadé que montrer que derrière un mythe national fondateur d’union et de respect mutuel (qui produit toujours du sens, puisque ce sont les valeurs perpétuées par la fête de Thanksgiving), il y a l’appropriation d’un territoire et le massacre de populations, c’est déjà du volontarisme politique. Il me semble que vous êtes très très optimiste quand vous affirmez qu’il n’y a pas besoin de débattre pour savoir s’il y a eu ou non génocide… Les Etats-Unis sont une république qui s’est construite sur une double exclusion, celle des esclaves et des amérindiens. A voir par exemple le sort de Léonard Peltier ou le film Dear White People, il y a toujours des choses non-réglées malgré la guerre de Sécession, la fin de la Ségrégation ou l’élection d’Obama…

        Hors, à mon avis, la remise en cause de ce genre de mythes nationaux est un préalable à la dénonciation d’un racisme actuel. Donc même dans ses ambiguïtés (les stéréotypes que vous relevez, l’utilisation des codes du western, l’humour très présent, l’la non-résolution du dilemme moral…), l’épisode est intéressant.

        Enfin, je suis en désaccord avec vous sur « Les gentils blancs qui débattent entre culpabilité (Willow) et lucidité (Giles, Alexander), (tel que c’est présenté dans l’épisode). » A la façon dont vous le présentez, on dirait que les arguments de Giles ou Spike sont plus valorisés que ceux de Willow (le fait que ce soit deux personnages britanniques comme les pionniers, qui défendent les massacres, n’est à mon avis pas anodin) ce qui me paraît faux. Giles et Willow sont les deux figures représentant le plus la réflexion et la conscience intellectuelle dans la série.
        Je pense que dans cet épisode, exceptionnellement, la limite entre « gentils » et « méchants » est plus floue que vous le dites, même si tout paraît se conclure comme dans les épisodes classiques. En effaçant cette ambiguïté vous choisissez de gommer ce qui en fait l’intérêt.

        Ce concept de degré « 1,1 » me paraît une peu contraire à l’idée d’ironie qui suppose qu’un doute subsiste entre la proposition et le sens qu’elle exprime (en principe l’inverse mais souvent avec des nuances). C’est un argument-massue pour délégitimer la coexistence de deux types de discours contradictoire ou profit d’une analyse plus systématique. Ceci dit, j’essaierai de trouver cet article pour en savoir plus.

        • Je trouve vos interrogations sur l’épisode de Thanksgiving pertinentes.
          Personnellement, avec mon regard de Française spectatrice de moult séries américaines, c’est en regardant cet épisode que j’ai appris à quoi correspondait la fête de Thankgiving et qu’elle marquait aussi le début de l’éradication des Indiens du nord du continent américain. Donc l’énonciation du crime, même si le crime est « justifié » par la suite en particulier par le laïus de Spike qui leur dit qu’ils ont été des conquérants comme tous les autres peuples avant eux et qu’ils doivent l’assumer, est déjà un progrès en soi. C’est déjà plus que ce que l’on voit dans les autres séries mainstream.

          Après, on peut se demander si le laïus de Spike exprime le point de vue que la série veut faire passer. Spike est un personnage présenté comme maléfique, mais son statut de « méchant » n’invalide son propos. Il est souvent présenté comme ayant plus de finesse psychologique que les autres même s’il emploie cette qualité pour faire le mal. Ce qui me semble plus problématique est que cette phrase de Spike est présentée comme une vérité. Même Willow ne le contredit pas. Or c’est globalement faux. Si la plupart des peuples se sont construits dans les invasions, les génocides sont un phénomène assez rare dans l’histoire humaine. Le plus souvent, les conquérants ont fini par s’intégrer aux populations autochtones, et il est rarissime qu’elles les aient remplacées. On peut citer l’invasion normande de la Grande Bretagne qui n’a pas éradiqué les populations saxonnes. Le cas des Etats-Unis est une exception et non pas une règle. Or ce discours est totalement absent même dans la bouche de Willow et il est une justification du génocide amérindien : ce qu’on a fait est affreux mais tous les autres ont fait pareil, donc ce n’est pas si grave.

          Il a été par ailleurs souligné que les personnages qui justifiaient le plus la génocide amérindien était des Britanniques : Giles et Spike (Xander aussi mais il a l’excuse d’être contaminé par toutes les maladies transmises par les colons au Indiens). On peut se demander si ce n’est pas une volonté inconsciente ou pas de transférer la responsabilité du génocide au pays d’origine des premiers colons, dédouanant ainsi la nation américaine de sa culpabilité.

          Par ailleurs, il ne me semble pas anodin que la critique de la conquête de l’Amérique soit portée par Willow qui est le seul personnage juif de la série. Elle appartient à une minorité dont l’appartenance à la « blanchitude » est plus récente que pour les autres personnages et qui s’est illustrée dans l’histoire récente dans son combat pour les droits des minorités (l’exemple le plus connu étant celui de Andrew Goodman et Michael Schwerner abattus avec le militant noir James Chaney par le Ku Klux Klan lors du « Freedom summer », meurtre qui inspira le film Mississippi Burning), donc un personnage qui est dans le groupe des blancs mais dont l’identification aux premiers colons n’est pas totale.

        • Douffie Shprinzel

          D’accord ! Je suis peut-être trop optimiste, oui.

          L’idée du degré « 1,1 » ou « 1,2 » est effectivement de prendre le ton de l’ironie sans en faire vraiment, ce n’est un pas un argument-massue, j’ai juste l’impression de reconnaître quelque chose de similaire là. Il y a un peu de doux-amer, un ton un peu ironique, mais le fond du message, avec le scénario de l’épisode et tout, reste ultra-problématique.

          • Je suis aussi un peu en désaccord avec vous sur la lecture de cet épisode et suis d’accord avec Bloch sur certains points. Il me semble aussi que dans cet épisode le discours de Willow n’est pas décrédibilisé,au contraire, car elle représente effectivement dans la série l’un des personnages le plus capable de réflexion et de recul. C’est plutôt l’attitude de Buffy avec laquelle, il me semble, le spectateur est invité à prendre du recul, puisqu’elle est montrée comme superficielle et ne s’intéressant qu’au « miam ».
            Il reste que le discours aurait pu être plus clair mais il me semble que cet épisode pose de façon assez satisfaisante le caractère problématique du rapport aux amérindiens, à travers la voix de Willow (même si finalement il faut tuer l’amérindien parce qu’il devient un vengeur méchant.. ce qui reste effectivement problématique).

  6. Hier, j’avais fait un long pavé pour expliquer que la série était avant tout gnostique que féministe et qu’il aurait peut être fallu d’abord le voir comme cela pour pouvoir y coller une analyse plus politique dessus. Puis j’ai rechargé la page du site voyant le nouvel article.. Et bim, on tombe dans le clicheton analytique avec la première tueuse qui raconte que des idioties. Cela ajouté à dans le premier article où il est noté que Willow s’arrête d’être intelligente parce qu’elle devient sorcière, plus aussi le fait que dans les commentaires on réfute d’un revers de la main les notions d’âmes.. On tombe dans le bashing sans intérêt.

    • Juste au cas ou: thanksgiving commémore le jour ou des indiens ont sauver des colons de la famine. Pas le début des massacres. Les américains sont peut être hypocrite et cynique, mais ce ne sont pas des monstres.

      La fête est, je crois, devenu une réunion familliale autours d’un bon repas, sans que l’unité avec le peuple indien ne soit rappelé. C’est problématique, mais à la base cette fête n’est pas pourrie, même si elle ne correspond pas à l’intégralité de la réalité historique.

      Pardon si vous étiez aucourant. A vous lire j’avais l’impression que les américains commemorait le début des massacres.

  7. Je suis avec intérêt votre blog, plus particulièrement cette série d’article concernant Buffy, série chère à mon cœur tant elle est avant-gardiste sur de nombreux sujets pour son époque mais également concernant la subtilité de son écriture et de ses différents niveaux de lecture.
    J’ai été plus ou moins sensible et convaincue de vos différentes analyses sur lesquelles je ne prends pas le temps de réagir mais toutefois, une pierre à l’édifice concernant le personnage de Jenny.
    Je ne suis pas sûre que l’analyse « Jenny reste tard pour travailler = on reporte encore une fois la faute sur les femmes » soit très pertinente : on peut affirmer sans trop de risque qu’à l’époque les ordinateurs domestiques étaient peu répandus, ce qui explique que Jenny reste au lycée pour travailler, lieu où elle a accès à un large parc informatique ainsi qu’à la bibliothèque où se trouvent certains manuels essentiels à son travail. Il est vrai en revanche que sa présence dans ce lieu « facilite » l’attaque d’Angel puisqu’elle est dans un lieu public (un vampire doit être invité à entrer dans un lieu privé) et que la nuit est le moment où les vampires sortent (mais encore une fois, elle a besoin du lycée pour travailler et la journée, elle enseigne !)
    Tout cela pour dire qu’à mon sens, quelques nuances et subtilités sont requises dans l’analyse de Buffy, série très complexe, et dépendante d’éléments extérieurs comme les désidératas des producteurs.

    • Douffie Shprinzel

      D’accord, merci pour votre commentaire 🙂

    • Pour ajouter de l’eau à ce moulin (P.S. en fait en écrivant je me suis un peu emballé et je dépasse la portée de cette remarque, en répondant à une partie du premier article. Mais c’est parti de là donc je le laisse là), je me permets de relever une phrase qui m’a frappé lorsqu’il y a une heure à peine j’ai revu l’épisode en question, et qui me semble beaucoup plus parlante que Jenny qui travaille tard. A propos du fait qu’Angelus peut entrer chez Buffy/Willow/dans la voiture de Cordélia après avoir été invité, Xander sort quelque chose comme « cela vous apprendra à inviter des hommes étranges dans votre chambre, jeunes filles ».
      La réplique m’a donné envie de mettre une baffe à Xander, mais pour analyser ne serait-ce que cet élément il y a un certain nombre de choses à prendre en compte :
      1- aucun personnage ne montre aucune réaction, approbatrice ou réprobatrice, quant à cette réplique. Donc pas de jugement explicite dans la série. Cela s’explique par le fait que ce n’est vraiment pas le moment (l’heure est grave), mais pourrait être vu comme un problème dans le message.
      2- La réplique obéit à la logique interne de Xander. C’est un personnage masculin jaloux et possessif de ses amies, ce qu’il redouble d’un complexe d’infériorité par rapport aux copains plus « hommes virils mystérieux et parfaits » de Buffy.
      3- Mais surtout, c’est un personnage qui a tendance a exprimer cette insécurité de manière assez immature et directe. Pas comme Cordélia ou Anya chez qui ça accentue le côté « franchise lucide » ou « absence comique de réflexivité ». Chez lui ça n’a rien de comique, c’est régulièrement agressif et constitue un exemple de mauvais jugement dû au biais émotionnel (de la jalousie et de l’antipathie). Et, je le répète, l’immaturité de ce genre d’interventions est soulignée par des formulations comme « I told you so ».
      4- Comme conséquence du 3-, il faut remarquer que Xander ne saurait dans ces moments-là être considéré comme un voix neutre pouvant délivrer un message imputable à la série. Il est en décalage à la fois par rapport à l’ambiance (ses remarques sont hors de propos), au tact qui serait de rigueur et par rapport aux opinions des autres personnages. Les raisons égoïstes de ses remarques transparaissent de manière évidente et ne se laissent pas oublier.

      C’est pourquoi je suis en désaccord avec la thèse (cf. votre premier article sur Buffy) que le sexisme ordinaire n’est pas montré chez Xander ou Giles*. Je le trouve au contraire récurrent chez Xander, que ce soit dans son côté protecteur ou dans sa tendance à voir les femmes comme objet sexuel (cf. « Earshot » ou « I was made to love you »). On peut certes regretter l’absence d’une scène ou d’un épisode où ce problème serait rendu explicite et traité – cela n’aurait pas mangé de pain et je souscris à ce regret. Mais le traitement implicite est présent à mes yeux. D’une part dans le décalage entre son sexisme ordinaire et la réalité de la série (il pense devoir protéger, c’est lui qui est protégé), d’autre part dans l’honnêteté (de la part des scénaristes) et le réalisme de ce sexisme : j’ai pu par le passé m’identifier à certains des préjugés et des attitudes de Xander, et la mise en évidence de leur égoïsme, de leur immaturité, de leur caractère généralement « à côté de la plaque » m’a fait réfléchir. Cette mentalité est montrée comme à côté de la plaque sans être surjouée, mise à distance et diabolisée (comme vous déploriez qu’elle le soit chez Caleb) et sans que Xander soit un personnage négatif pour autant : elle est dûe à son sentiment d’inadéquation par rapport à l’image de la virilité idéale qu’est Angel par exemple, et Xander est une figure complexe d’un personnage de la « normalité ». Il est victime presque autant que coupable de son machisme instinctif (tout est dans le presque (!!), et la série fait sentir cela avec une grande finesse), et il reste positif car il dispose au fond de ressources de bonne volonté et dans les moments décisifs il est capable de se remettre en cause, de reconnaître son immaturité et de faire des efforts pour changer.
      Cette dernière remarque me fait regretter d’autant plus qu’il n’y ait pas de moment où on le confronte explicitement à son sexisme semi-assumé.

      Mais, bref, complexité. Désolé pour le pavé.

      *Giles est un autre cas, mais la relation qu’il a avec Buffy et les Scoobies est plutôt celle d’une figure paternelle, donc le paternalisme doit à mon avis être interprété comme parentalisme plutôt que comme sexisme. Evidemment qu’il est protecteur – il est là pour ça !

      • Je suis assez d’accord avec ce pavé, Seto 😉

        Et sinon je seconde aussi la remarque d’Anaïs : il ne me semble pas du tout que ce qui arrive à Jenny fasse passer le message que « travailler tard seule pour une femme c’est dangereux », car l’analyse principale qui ressort de cet élément de l’intrigue reste « Angel est un gros connard maléfique », donc Jenny ne me semble pas du tout montrée comme « responsable » ou « ayant quelque part cherché/mérité/provoqué ce qui lui arrive », au contraire.

        Sinon à part ces deux réserves (celle-ci, et sur le discours de Willow sur les amérindiens), je suis moi aussi plutôt convaincue de cet article (bien plus que le premier, moi aussi) car il met en évidence des chose qui m’avaient aussi beaucoup gêné à mon visionnage de la série, notamment sur la provenance des tueuses.
        J’ai aussi beaucoup regretté que Kendra soit tuée si vite et que Faith qui la remplace soit aussi blanche, alors que le principe des tueuses est de pouvoir venir de partout dans le monde (en ce sens la saison 7 aussi montre des tueuses non blanches car elle est bien obligée, mais les tueuses principales restent blanches…). Il y a là quelque chose qui met à mal le principe même de la Tueuse qui peut venir de n’importe où et c’est très dommage.
        Autant je souscris au féminisme de Buffy, autant son racisme m’est apparu à plusieurs reprises, et cela me semble précisément problématique (qu’une série avant-gardiste féministe, ce qu’elle selon moi, soit par ailleurs classiquement raciste…)

  8. Je trouve cette critique bien sévère. Comme toute fiction populaire, Buffy invoque des clichés issus d’autres fictions populaires : les gitans qui jettent des sorts (ou les moines catholiques qui jettent des sorts, il y en a des tonnes dans la série), la tueuse « blaxplotation » Nikki Wood (la mère du proviseur Wood), l’animisme africain, les fantômes culpabilisateurs des indiens d’Amérique, etc.
    Est-ce qu’on trouve des cas franchement malveillants ? C’est l’unique série de l’époque qui n’ait pas eu ses épisodes bushistes sur le Moyen-Orient, et les personnages « racisés », comme vous dites, ont tous le droit à un rôle, ce ne sont pas des figurants, des sidekicks, ils sont traités en individus. En cherchant à comparer à d’autres séries, je ne vois pas en quoi Buffy se démarque. Ce n’est pas une série militante d’une forme d’antiracisme, certes – si Whedon a eu une série intéressante de ce point de vue, c’est sans doute Dollhouse, notamment pour ses nombreux personnages d’origine asiatique.

    • Douffie Shprinzel

      Ce n’est pas une question de malveillance, c’est une question de ce que révèlent ces représentations : un monde raciste.

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