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Billy Elliot (2000)

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J’ai re regardé ce film l’autre soir et j’ai du mal à me « décider » dessus. C’est surtout le portrait de la classe ouvrière britannique qui m’a posé problème. D’un côté, le film prend pour contexte historique une grève, ce qui est assez rare dans le cinéma pour être noté. En plus, le film est raconté du point de vue d’une famille ouvrière, et nous montre un peu les difficultés de cette vie et nous encourage à avoir de la sympathie pour ces personnages.

D’un autre côté, avec le sujet du film, il commence à y avoir des oppositions un peu douteuses qui voient le jour. La pratique du ballet de Billy semble s’opposer à la vie « dure », « virile » et surtout non-cultivée de la classe ouvrière de laquelle il vient. Alors l’opposition entre une activité « virile » comme la boxe et l’activité « efféminée » du ballet ne poserait pas problème (vu qu’elle fait parti de ce que le film dénonce) si jamais on voyait que par ailleurs la classe ouvrière avait une culture qui lui était propre, et que cette culture comportait aussi des aspects artistiques (comme on le voit très bien dans un documentaire comme « Which side are you on? » de Ken Loach). Or il me semble que ce n’est pas le cas.

Le film me semble montrer l’aspiration à « l’art » comme étant en opposition avec les aspirations de la classe ouvrière. D’ailleurs si l’on n’y connaissait rien et qu’on se fiait au film, on pourrait (à mon avis) très bien ressortir du film avec une image de la classe ouvrière comme étant des gens qui font la grève sans savoir pourquoi (la grève dans le film n’est jamais expliquée, jamais contextualisée), qui ne savent faire rien d’autre le samedi soir que se bourrer la gueule comme des pochtrons et frapper leurs fils, qui n’ont aucun autre moyen d’action de grève que de crier et de cracher avec violence sur les briseurs de grèves ou alors de se battre de façon un peu incohérente avec la police (qui eux, au moins, sont montrés comme les forces répressives de l’Etat qu’illes étaient, et sont toujours d’ailleurs). Alors mon problème ce n’est pas que tout cela n’existe pas (ou plutôt n’a pas existé), mais que le film me semble faire le choix (alors ptet par paresse ptet par conscience de classe, j’en sais rien) de ne montrer rien d’autre, c’est-à-dire en fait de refuser à cette classe ouvrière une histoire, un point de vue, une culture propre, et uniquement se concentrer sur elle pour raconter l’histoire de l’ascension sociale de l’un d’entre elleux (enfin je dis elleux…dans le film les femmes de la classe ouvrière sont absentes, alors même qu’on sait qu’elles étaient un moteur majeur des grèves) grâce à un énorme talent (qui, par définition, n’est pas donné à tout le monde).

Qui plus est, le film me semble faire le choix de montrer la frustration de Billy Elliot comme relevant d’une injustice, mais pas de n’importe quelle injustice. L’injustice à laquelle fait face Billy Elliot n’est pas qu’il est né dans une classe de la société pour qui l’ascension sociale est extrêmement difficile voire impossible, et que même avec cet énorme talent il ne pourra pas s’en sortir parce que les dés sont pipés. Cette hypothèse n’est clairement pas envisagé par le film, car comme par hasard le père a les bijoux de famille qu’il peut troquer contre l’argent nécessaire pour que Billy aille à l’école royale de ballet. C’est bien connu, la classe ouvrière a souvent des bijoux de familles à troquer pour deux milles livres, quand les choses vont vraiment mal…

Non, l’injustice à laquelle fait face Billy Elliot c’est d’être sacrifié sur l’autel de la lutte des classes. Il a les capacités nécessaires pour grimper dans la hiérarchie sociale, mais non! l’individu brillant et talentueux est brimé par les idéologies collectivistes et égalitaristes de ces foutus grévistes. Mais comment peut-on faire une telle chose en tant que père? Comment peut-on mettre le bien commun AVANT le bien de son fils (enfin, euh, celui qui a du talent hein, l’autre on s’en fout)?

Alors il y a plein de trucs intéressants par ailleurs dans Billy Elliot, je ne dis pas le contraire. Et je pense que je noircis quelque peu le trait, car vers la fin il y a quelques scènes qui me laissent penser que le film est moins hostile à la classe ouvrière qu’il me semble en avoir l’air au premier abord.

Si quelqu’unE à des idées sur le film, (qui me semble quand même être assez complexe, entre tout le truc de la « virilité » et « l’efféminé » qui se croise avec les différences de classes, ainsi que la peur de l’homosexualité*, tout ça dans un contexte historique bien particulier et que le film aborde de façon ambigüe) je suis très intéressé. Je suis anglais, je connais assez bien le contexte socio-historique du film, et je serais curieux de savoir comment ce film peut être lu par d’autres personnes, éventuellement d’autres cultures. Ou pas d’ailleurs! On peut très bien être anglaisE et connaitre assez bien le contexte socio-historique du film et avoir une opinion diamétralement opposée à la mienne, cela va de soi!

*le portrait de l’ami de Billy, qui est homosexuel, m’a énervé car le film y fait l’amalgame entre travestissement et homosexualité, ou homosexualité et travestissement. C’est un peu dommage lorsque l’on connait la confusion dans la tête de plein de gens sur ces questions-là que de lier ces deux choses (qui n’ont strictement rien à voir) dans l’unique personnage du film qui est homosexuel (et travesti). Si le film comportait deux ou trois personnages homosexuels (ou travestis), et l’on nous montrait différents cas de figure, ok. Mais ici ce n’est pas le cas, et je trouve qu’entretenir cette confusion, qui plus est au sein d’un film qui cherche en partie à élargir le cadre de la « masculinité », extrêmement dommage

26 réponses à Billy Elliot (2000)

  1. Je trouve votre analyse très intéressante.
    Juste une remarque : il me semble que le père de l’ami homosexuel de Billy (impossible de me souvenir de son nom…désolée!) se travestit également. A un moment, je crois que le petit garçon dit que « c’est pas grand chose, son père le fait tout le temps ».
    Merci en tout cas, il y a beaucoup de points que je n’avais pas vus (notamment l’absence criante des femmes dans toute cette histoire de grève).

    • oui tout à fait je n’avais pas remarqué merci!

      vous en tirez quelles conséquences du coup? je vous avoue que d’un côté le film « explique » son travestissement par celui de son père, donc il serait juste dans l’émulation un peu normale à son age, et d’un autre côté je me dis que peut-être que par là le film cherche à « expliquer » l’homosexualité de Michael, de par le fait qu’il est « brouillé » dans son identité de genre, ce que je considèrerais comme étant un très mauvais point pour le film si c’était le cas.

      Mais ça reste ambigüe je trouve, parce que personnellement je trouve que Michael n’est pas montré comme autre chose qu’un garçon assez bien dans ses bottes et simplement amoureux de son meilleur ami et donc triste de le voir partir, donc j’aurais plutôt tendance à tiré vers la première option, tout en regrettant que le film laisse planer un doute là-dessus.

      Vous en pensez quoi?

      • A mon avis, le fait que son père s’habille de temps en temps en robe aide peut-être Michael à se laisser aller, à s’autoriser de le faire lui aussi. Peut-être que s’il n’avait pas vu son père le faire, il aurait refoulé ce besoin.

        Et puis, il me semble que j’ai bien aimé la réaction de Billy qui découvre l’homosexualité de son pote. Après qu’il a réussi son audition, on sent qu’il est confiant, et il s’autorise à l’embrasser. Cette scène paraît tellement évidente et naturelle à ce moment du film. Personnellement, j’en garde globalement une bonne opinion.

        • Je suis d’accord avec vous pour la scène du baiser sur la joue, je l’ai trouvé très chouette et naturelle, comme vous dites. Et je suis d’accord également en ce qui concerne la réaction de Billy lorsqu’il découvre que son pote est homosexuel, car globalement il s’en fout, il cherche juste à dire que lui n’est pas homo (bon il utilise le mot « puff », qui est une insulte, mais globalement je suis quand même d’accord).

          Du coup ce n’est pas tant ça qui me tracasse que ce rapprochement « de fait » que le film fait entre travestissement et homosexualité, et que je trouve parfaitement inutile, en gros je ne vois pas ce que cela apporte au film, sauf, et j’entends l’argument, dans la réalisation de Billy que « faire du ballet », avec tout ce que cela comporte « d’efféminé », ne fait pas de lui un homosexuel. En gros l’on peut aimer la danse sans être homosexuel (merci à Renzo pour cette analyse du film, car je n’avais pas du tout pensé à cette « utilisation » du travestissement de Michael dans le parcours de Billy).
          Mais le gros problème que j’ai avec ça, c’est que ça semble tout de même largement associer « efféminé » et homosexualité chez les garçons, et c’est ça que je trouve dommage et normatif. Parce que c’est bien Michael qui aime les tutus, pas Billy, lui il s’en fout, il n’aime pas les tutus ou le rouge à lèvre ou mettre des robes…il aime juste la danse.

          vous voyez ce qui me gène ou pas? J’ai peur que ce soit flou.

  2. Oui c’est vraiment très troublant ce genre de film, on ne sait pas trop si le/la réalisateur(e)-s est gentilLE ou méchantTE

    Alors mon hypothèse c’est que peut-être l’intention première du film ne serait pas de délivrer un jugement sur la portée, le contexte et la valeur morale du mouvement ouvrier anglais ?! Mais ça me semble grotesque.

    Il aurait en effet fallu une cohorte de personnag-e-s secondaires, confrontant la variété des origines (sociales, ethniques, religieuses) à la richesse des devenirs (sociétaux, sexuels, etc.) pour se faire une idée précise. En l’état, il est impossible de cautionner clairement Billy Elliot.

  3. Pour un site qui pousse des cris d’orfraie quand à l’ethnocentrisme, vous vous moquez du monde ! Votre vision, c’est qu’on montre les ouvriers comme des idiots qui font grève sans savoir pourquoi. Ne vous est-il pas venu un quart de seconde à l’esprit que, peut-être, si on ne dit pas pourquoi les ouvriers font grève, c’est parce que c’est un film britannique et que les anglais savant ce qui se passait à ce moment là, donc il n’y a pas besoin de le dire ? Ou simplement même, que eux savent, mais que le public, pas forcément, parce qu ce n’est pas le plus important ?
    Par ailleurs, vous n’avez rien compris. La famille de Billy n’est pas totalement hors de la culture, il y a un piano chez eux.
    Ensuite, le père de Billy pensait que la danse n’était qu’un passe temps et c’est pour ça qu’il ne lui paie plus d’activités extra scolaire, jusqu’à ce qu’il voie que Billy a du talent, et là, il fait passer son fils avant la grève. Ensuite, je ne vois absolument pas d’où vous sortez qu’il n’en a rien à faire de Tony, parce que s’il lui interdit de sortir et que ça se fini par un pain dans la figure, c’est pour lui éviter d’aller en taule! Quand au bijoux de familles, oui, les ouvriers peuvent en avoir: alliance, bague de fiançailles de la mère, anciens cadeaux de mariages, médaille de baptême… Et L’Ecole Royale de ballet, je ne vois pas ce qui vous fait chouiner, c’est son nom. En France, ça s’appelle l’Opéra Garnier.

    Et enfin, pour l’homosexualité et le travestissement, je vous signale que les gosses ont 11 ans, ce ne sont pas des ados, ils sont dans une logique de jeu et à cet âge, le travestissement apparait à l’ami de Billy comme un jeu qui lui plait, tout bêtement !

    • Je ne comprends pas ce qui vous fait adopter un ton aussi agressif, cela me semble nuire à la discussion plutôt que l’alimenter, mais je vous remercie pour votre commentaire ainsi que les arguments développés. Je vais essayer d’y répondre.

      « Pour un site qui pousse des cris d’orfraie quand à l’ethnocentrisme, vous vous moquez du monde ! Votre vision, c’est qu’on montre les ouvriers comme des idiots qui font grève sans savoir pourquoi. Ne vous est-il pas venu un quart de seconde à l’esprit que, peut-être, si on ne dit pas pourquoi les ouvriers font grève, c’est parce que c’est un film britannique et que les anglais savant ce qui se passait à ce moment là, donc il n’y a pas besoin de le dire ? Ou simplement même, que eux savent, mais que le public, pas forcément, parce qu ce n’est pas le plus important ? »

      Alors, dans la mesure où je considère Billy Elliot comme étant avant tout un film pour un public plutôt jeune, je ne peux pas être d’accord avec vous. Cette période de l’histoire britannique n’est pas enseignée à l’école (je le sais j’y suis allé) britannique, et les très rares (de plus en plus rares d’ailleurs) documentaires qui parlent de tout ça passent très tard le soir voire pas du tout sur les chaines « hertziennes » (BBC 1, 2, 3, 4; ITV 1, 2, 3, 4; Channel 4 et Channel 5) et ne sont en tout cas pas du tout mis en valeur dans la programmation*. Il y a très peu de politicien-ne-s qui en parlent et qui sont médiatisé-e-s dans leurs paroles, et très peu de films (d’où le mérite de celui-ci,comme je l’ai souligné) en parlent. Donc il est mon opinion que culturellement parlant, c’est le quasi-néant, ou du moins ça pourrait être bien mieux. D’où mon problème avec le film, qui reproduit en quelque sorte cette invisibilisation des raisons de cette grève ainsi que les enjeux.

      « Par ailleurs, vous n’avez rien compris. La famille de Billy n’est pas totalement hors de la culture, il y a un piano chez eux. »

      Alors le fait qu’il y ait un piano dans la maison est intéressant, je suis d’accord, mais je n’en fait pas la même interprétation que vous. Déjà parce que personne à part Billy n’y joue (et encore il tapote trois notes) et même son père ça l’énerve quand il l’entend. Et d’ailleurs si je me souviens bien le père de Billy le détruit pour faire du feu non, sous les yeux dégoutés de Billy?
      Du coup pour moi le piano représente plutôt l’aspiration de Billy au monde artistique (il aimerait savoir jouer, mais il n’a aucun moyen d’y arriver), tout en représentant l’insensibilité du père et du frère à ce monde là.

      « Ensuite, je ne vois absolument pas d’où vous sortez qu’il n’en a rien à faire de Tony, parce que s’il lui interdit de sortir et que ça se fini par un pain dans la figure, c’est pour lui éviter d’aller en taule! »

      Oui tout à fait, mon intention n’était pas de dire que le père ne se soucie pas de son autre fils. Je cherchais à montrer que vu que l’autre fils n’a pas un énorme talent, les questions que j’évoque ne se posent pas pour lui, car ce n’est pas un individu « brillant » qui « sort du lot ».

      « Et enfin, pour l’homosexualité et le travestissement, je vous signale que les gosses ont 11 ans, ce ne sont pas des ados, ils sont dans une logique de jeu et à cet âge, le travestissement apparait à l’ami de Billy comme un jeu qui lui plait, tout bêtement ! »

      Mais du coup niez-vous que le film nous amène, avec ce rapprochement, à se demander si les deux ne vont pas ensemble, d’une certaine façon? Parce-qu’il me semble que le film ne fait pas planer de doute sur l’homosexualité de l’ami de Billy, d’ailleurs la fin nous le confirme lorsqu’il vient avec son copain à l’opéra. Du coup le travestissement serait juste un jeu, auquel Billy ne prendrait pas gout mais son ami si, et ce n’est qu’un hasard?
      Je demande aussi parce que comme Origami me l’a fait remarqué et que j’avais effectivement zappé dans le film (merci Origami!), Michael (l’ami de Billy) nous apprend que son père met des vêtements de femmes aussi. Alors peut-être, effectivement, que Michael met juste des habits de femme parce que son père le fait et que cela est totalement déconnecté de son homosexualité.
      Mais lorsque l’on sait qu’énormément de jeunes font des amalgames (ou en tout cas un lien direct entre travestissement et homosexualité (masculine), et que très souvent ce qui se cache derrière tout ça c’est l’idée qu’en fait les homosexuels « veulent être des filles », parce qu’on ne peut pas « vraiment être garçon et aimer d’autres garçons », avec toutes les violences (pas nécessairement physiques bien sûr, une insulte peut être tout aussi blessant qu’une claque ou un coup de poing) que cela impliquent sur les garçons efféminés et/ou travestis (ou tout simplement intéressés par tel ou tel habits considérés comme étant « féminins »). Tout cela bien sur renvoie à une vision du monde normative qui veut à tout prix mettre des gens dans des cases qui sont déjà hiérarchisées. Bon je fais vite, mais c’est pour pas écrire des couches et des couches :-)

      *Ceci est encore plus vrai à l’époque des grèves, Ken Loach s’étant vu censuré plusieurs de ses documentaires dont « Which Side Are You On? ». Pour plus d’informations là dessus, http://www.screenonline.org.uk/film/id/1418438/index.html

      • Ouais le père brûle le piano. C’est parce que sinon, ils crèvent de froid pour l’hiver, pas par haine de la musique. Si Billy ne sait pas jouer, c’est parce que les leçons de piano coûtent cher, pas par refus de la musique (Tony en écoute sans arrêt).
        Ensuite, d’où sortez vous que ce n’est que pour un public jeune ?
        Enfin, plein d’enfants se travestissent, les filles en garçons, les garçons en filles, parce que ça les amuse, sans prise en compte de l’homosexualité. Au passage, Billy affirme bien qu’il n’aime pas les garçons alors qu’il aime la danse.

        • Mais d’où sortez-vous que je sors que ce n’est que pour public jeune? :-)
          Vous pouvez ne pas être d’accord sur l’idée que le film serait « avant tout » pour public plutôt jeune, mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, c’est pénible.
          Ceci dit, lorsque je dis plutôt jeune je ne veux pas dire pour enfants, je pensais plutôt à une tranche d’age assez large allant de 10 à 30 ans, mais j’aurai du le préciser, le terme « plutôt jeune » étant assez vague.
          Ceci dit, et j’aurai aussi dû le préciser, que ce soit pour public plus jeune ou plus vieux ne change pas grand chose au constat, car même à l’époque de la grève, mis à part les personnes impliquées dans la grève, le portrait qu’en faisait les médias était déjà très biaisé. Je pense notamment au fameux « battle of Orgreave », où la BBC à montré les images de ce qui s’était passé EN SENS INVERSE, sciemment pour donner l’impression que c’était les grévistes qui avait attaqué la police et non pas l’inverse comme c’était le cas. La BBC a aussi enlevé toutes les scènes de brutalité policière, qu’on peut voir dans des documentaires comme « Which Side are you on? », qui par ailleurs avait été censuré à l’époque (j’en ai déjà parlé de ça je crois). Mais cela ne relève que des exemples les plus explicites, et il y a de nombreuses analyses de la façon dont la presse et les médias en général ont couvert les grèves durant cette période.
          Donc pour moi, d’un côté ou de l’autre, votre argument comme quoi les « anglais savant ce qui se passait à ce moment là » me semble fantaisiste, et ce pour les raisons que j’ai donné.

          Et « insensibilité » ne veut pas dire « haine ». Le père de Billy ne déteste pas la musique, il ne la considère simplement comme pas très importante. Le frère de Tony, lui, aime bien la musique, mais pareil n’aspire pas à la créer, d’où mon opposition entre Billy qui aspire à la création artistique et son père et son frère qui n’y aspire pas.

          Pour ce qui est du travestissement, je vous renvoie à ma réponse à Origami.

          • Il me semble que le piano appartenait à la mère de Billy. Que l’agacement du père à entendre Billy tapoter quelques notes relève plus de douleur à se rappeler sa femme morte qu’à une indifférence envers la musique. C’est pour ça que pour moi, la scene ou le père brise le piano pour le brûler est un crève coeur, Billy à l’impressiond e voir les dernière traces de sa mère disparaître, et son père dissimule sa souffrance sous le masque de l’homme-viril-qui-ne-pleure-pas.
            En ce qui concerne la culture artistique de la famille, il me semble qu’on peut ajouter la grand-mère & ses rêves de jeunesse (I could have been a professional dancer!). Malgré l’aspect un peu risible de ses souvenirs, on la voit reprendre quelques positions de ballet en s’appuyant à la table de la cuisine, lorsque personne ne la regarde.
            Et, comme ça à été souligné plus haut, la musique qu’écoute le frère de Billy est un élément important si on cherche à trouver une culture populaire (j’y connais pas grand chose, mais la bande son rock anglais des 80’s me semble quand même aller dans ce sens)

            Enfin, pour ce qui est du contexte historique, si en effet les grèves des années 80 et la politique de Tatcher est si peu enseignée en UK, peut-être que le simple fait de la placer comme décor est déjà une certaine avancée ? Et je suis surprise d’apprendre que les anglais connaissent si peu cette histoire qu’il faudrait la sous titrer ? J’ai un peu la flemme de chercher l’âge du réalisateur, mais il est possible que cela semble aller de soi pour les concepteurs du film…

          • Coucou clairedesbois,

            Tout d’abord mes excuses pour la réponse aussi tardive, en fait je vous aviez répondu le lendemain de votre post mais grace à un plantage inopportun de mozilla mon message s’est perdu. Vu l’énervement que cela a engendré en moi, je me suis dis que ça ne serait pas judicieux de vous répondre tout de suite :-).

            Pour le piano, je suis d’accord avec vous, mais je trouve que les deux analyses soient tenables en même temps, le piano symbolisant à la fois la mère et l’accès à une culture qui est dénié à Billy (d’où son tapotage chercheur sur le piano). Du coup le fait que le père de Billy brule le piano montre tout de même qu’il n’est pas sensible à la création musicale (donc artistique). Idem pour Tony, qui certes aime écouter la musique (donc consommer la culture), mais ne voit pas d’intérêt à la créer. La différence est quand même énorme, et combinée avec le fait qu’on n’aperçoit aucune trace de la culture ouvrière que l’on sait (avec des documentaires comme « Which Side Are You On? » de Ken Loach) existe et existait, j’ai du mal à dire que cela ne traduit pas un gros mépris de classe. Car des scènes bien stéréotypées avec les mineurs qui se bourrent la gueule tous ensemble, ça on y a droit. Vous voyez ce qui m’agace dans tout ça?
            Pour ce qui est de la grand-mère, c’est vrai et je n’y avais pas vraiment pensé, même si je suis d’accord qu’elle est un peu ridiculisé. Il faudrait que je revois le film (car là ça commence à dater un peu dans ma tête) pour me remémorer tout ça, mais il est possible que c’est ce qui pousse Billy à faire du ballet plutôt que de la boxe.

            Pour la grève, je suis d’accord que c’est une certaine avancée rien que d’en parler. Quoique. Si c’est pour en parler aussi mal, je ne suis plus trop sur.
            Personnellement, je ne suis pas très surpris que les anglais-e-s connaissent si peu de cette histoire. Tout comme en France, à l’école (et quasiment partout ailleurs) nous apprenons l’histoire des dominants, et non pas des dominées. Nous apprenons donc l’histoire des rois, des reines, des chefs, des généraux militaires, du clergé, des politiques etc., mais quasiment jamais l’histoire des femmes, des pauvres, des homosexuel-le-s, des non-blanc-he-s etc.
            Et je ne pense pas que c’est un hasard, car la version de l’histoire que l’on enseigne est extrêmement importante pour comprendre les enjeux du présent, et quelles valeurs ont a envie de mettre en avant lorsque l’on réfléchit à ce qui se passe maintenant.
            Donc personnellement ça ne me surprend pas du tout, au contraire. Car il n’y a pas « une histoire », objective, implacable, mais bel et bien « des versions de l’histoire ». Lorsque l’on lit « Une Histoire Populaire des Etats-Unis » de Howard Zinn, la représentation que l’on se fait des Etats-Unis et des problèmes qu’a ce pays aujourd’hui et ce qu’on devrait en faire sont VASTEMENT différent que lorsque l’on lit un manuel scolaire d’histoire Etats-Uniens, ou d’ailleurs la vaste majorité des livres d’Histoire académiques. L’histoire des dominant-e-s et l’histoire des dominé-e-s, ce n’est pas la même histoire, pas les mêmes enjeux, pas les mêmes représentations, pas les mêmes problématisations…en bref, pas le même point de vue politique.
            Et c’est bien tout ça qui est en jeu ici, car l’histoire des dominé-e-s en ce qui concerne ces grèves là est invisible dans la culture anglaise, il est donc impossible que les concepteurs du film aient pu penser que cela « allait de soi », à moins de faire preuve d’un mépris de classe qui voudrait que « l’histoire » que tout le monde connait (c’est à dire celle que la culture dominante Anglaise a bien voulu relayer, voire mon commentaire où j’explique l’attitude notamment de la BBC envers la grève), est la seule « histoire », objective et rigoureuse. En gros l’idée que l’histoire des dominant-e-s est la seule histoire…

            Je ne sais pas si je suis très clair, je dois avouer que j’ai ma réponse précédante toujours en tête (mais dont je ne me souviens qu’à moitié) et que j’ai du mal à me concentrer complètement sur cette nouvelle réponse, qui à mon avis est un peu trop bordelique :-)

            En tout cas merci pour votre commentaire, n’hésitez pas à me dire si il y a des trucs que vous ne comprenez pas ou trouvez incohérent dans ma réponse

  4. Analyse très intéressante en effet.
    Il est vrai qu’on ne fait pas attention à l’absence des femmes dans la grève, merci de l’avoir souligné ! – le seul moment où l’univers féminin et le contexte social se rencontrent, c’est lorsque Debbie, en pleine discussion avec Billy, fait rebondir son bâton sur les boucliers des gendarmes, sans faire exprès.
    C’est sûr que, si l’on regarde ce film dans l’espoir de voir un documentaire sur la grève de 84, on sera déçu : la grève n’est utilisée que comme « background » à l’histoire et, en effet, c’est très stéréotypé (me rappelle The Meaning of Life des Monty Python où l’excellente séquence « tiers-monde » se déroule… dans le Yorkshire)
    Donc on peut, en effet, reprocher un manque de développement à ce sujet, mais le risque aurait été de décentrer le film par rapport à Billy – et, éventuellement, de trop souffrir de l’inévitable comparaison avec un Ken Loach, voire avec The Full Monty.
    Sauf que, Billy Elliot est, premièrement, avant tout centré sur la danse, deuxièmement, un film ayant un enfant pour protagoniste – qui, de facto, ne comprends pas entièrement les tenants de la grève.
    Alors, bien sûr que le côté « beauf inculte » des mineurs est un peu dommage (ainsi que l’irruption soudaine des bijoux dans le scénario, trop facile), mais je me remets en condition de : qu’est-ce que faire de la danse classique pour un garçon en 2000? (date de la sortie du film)
    Parce que c’est bien là le sujet du film, non la grève.
    Eh bien, on n’est pas si loin de ce qui est montré dans le film. En 2000 la danse hip/hop (et tous les blockbusters américains Save the Last Dance, Sexy Dance etc) n’a pas encore connu son essor, le seul danseur que tout le monde connaît est encore Michaël Jackson (pas franchement un modèle de virilité, sauf son respect) et la danse, pour un garçon, est encore un « truc de tapette ».
    J’avais moi-même l’âge qu’a Billy dans le film lors de sa sortie et, par rapport aux petits jeunes que je vois aujourd’hui (des battles de danse entre garçons dans les écoles et collèges, impensable en Europe il y a dix ans !), il y a eu une nette évolution des mentalités concernant l’acceptation pour un garçon de faire de la danse – certes grâce au hip-hop, sur les 20 dernières années les seuls films grand public et non Bollywoodiens proposant autre chose que du hip-hop sont Moulin Rouge, Billy Elliot et Black Swan – mais il n’empêche que la danse s’est démocratisée.

    Le film aurait, à mon avis, beaucoup moins marché si Billy avait voulu faire du théâtre ou de la musique, moins sujets à caution quant aux notions de « virilité », « féminité » et homosexualité potentielle – d’ailleurs, concernant Billy ça reste assez flou, Debbie comme Michaël sont clairement attirés par lui, mais Billy semble insensible aux deux. Comme quoi Jamie Bell était peut-être prédestiné à jouer Tintin…
    Néanmoins, je comprends tout à fait qu’il soit difficile de se décider sur le film. Pour le personnage de Michaël, vrai que l’amalgame trav’/homo a de quoi laisser perplexe, et en même temps je trouve que le film en joue, déjà pour permettre à Billy de dire que le choix de la danse n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle, et ensuite, même si Michaël est clairement un garçon marginal, il n’est pas non plus présenté comme un stéréotype de grande folle ridicule (désolé aux grandes folles ridicules).

    Pour moi il y a quelque chose de très humain dans l’ensemble de ce film et, si on peut évidemment critiquer l’amalgame de clichés utilisés pour le contexte historique et social utilisé en background (encore une fois, uniquement en background, permettant d’apporter le cadre, l’élément perturbateur – irruption du cours de danse dans la salle de boxe – mais sans être développé), ça reste le premier film d’un metteur en scène de théâtre qui s’est attaché surtout au développement émotionnel de ses personnages, et en cela le film est réussi. Au final, même si le père et le frère de Billy sont évidemment conditionnés par les stéréotypes de masculinité, ce n’est pas pour autant qu’ils n’ont aucun goût esthétique – le frère de Billy adore se trémousser sur son CD de T-Rex, et le père lui-même ne demeure pas insensible à la danse de Billy quand il daigne le regarder. Billy Elliot reste un film pour la jeunesse et la vocation du protagoniste est d’être porteur d’espoir pour les jeunes qui ont peur d’essayer de réaliser leurs rêves – un peu un American Dream, au final.
    Cependant, cet article apporte une analyse tout de même assez juste, je trouve.

    • Je vous remercie de votre commentaire et en effet je n’avais pas trop rapproché ce film de l’essor de la danse populaire dans les années 2000-2010 et après.
      Je ne sais pas trop si je fais un lien direct, mais je trouve possible en effet que Billy Elliot ait aidé à décomplexer des jeunes garçons à se mettre à la danse.

      Ceci dit, je dirais juste que cette danse populaire (je sais pas trop comment l’appeler en fait) reste plutôt genrée au niveau des rôles non? Peut-être pas autant que le ballet, vous allez me dire, et je pense que vous auriez raison, mais tout de même, ne serait-ce qu’au niveau des tenues, ce n’est pas exactement très queer si?

      Je vous avoue que je base un peu mes analyses sur la série de films Sexy Dance, qui restent à mon avis dans des représentations très genrées et sexistes (mais ptet pas au niveau des scènes de danse, faudrait que je revoie pour être sur), que je n’ai que regardé une fois d’ailleurs. Donc je ne connais pas plus que ça le phénomène, alors si vous avez des pistes là dessus je suis très preneur :-)

  5. Je pense que ce qui vous dérange c’est que le réalisateur ose montrer des pauvres qui ne sont pas forcément innocents et peuvent eux aussi être des persécuteurs et des abrutis insensibles.
    Ne vous en déplaise…

    Ceci dit j’adore votre blog !

  6. Tel que j’avais compris le film en le voyant adolescente, le point important est que Billy est entouré de personnes qui veulent quelque chose de lui. Son père veut qu’il fasse de la boxe, son ami est plus ou moins amoureux de lui mais c’est aussi le cas de la fille de son professeur de danse, professeur qui veut faire de lui un danseur, même son frère qui apparaît plus préoccupé par la grève et ses cd veut qu’il vive son enfance… Et Billy ne fait pas ce qu’ils veulent, plus ou moins ouvertement. Même quand ce qu’il fait ressemble à ce qui est attendu de lui, il fait savoir qu’il n’appartient à personne : c’est comme ça que j’interprète sa dispute avec la prof de danse, ou le moment où il fait savoir à son ami que ce n’est pas parce qu’il aime la danse qu’il aime les hommes.

    C’était par contre la première vision du monde ouvrier en Angleterre de cette époque que j’aie pu voir, et il est effectivement dommage qu’elle soit si réductrice. Donner une vision plus juste pour ce qui constitue le background de l’histoire n’est pas forcément un exercice facile mais il aurait gagné à être fait.

  7. je suis frappée que ça ne soit venu à l’idée de personne. BIEN SÛR que personne ne joue du piano, pourtant cet instrument est sacré dans la famille. Qui croyez vous donc qui en jouait ? la mère de billy, bien sûr. Cette mère qui est absente et dont justement l’absence les fait tant souffrir. C’est aussi pour ça que les femmes sont si justement absentes (même si quelques personnages féminins émaillent l’histoire). Le point de vue, d’une façon plus subtile qu’avec une focalisation interne, reste celui de l’enfant pour qui cette grève existe sans trop se poser de questions, et pour qui l’absence de sa mère est très forte, sans pour autant qu’ils arrivent à en parler.

    lorsque les bijoux de familles sont sortis de l’ombre, c’est comme lorsque le piano est brûlé : c’est un déchirement d’une grande violence parce que c’est renoncer à des morceaux d’Elle, pour l’enfant ou pour la famille. Ces bijoux sont encore là malgré leur situation terrible parce que ce sont ceux de sa femme.

    vous dites que c’est un film pour un public plutôt jeune, je ne le crois pas du tout. je pense que c’est un film avec un semblant de double lecture, une partie pouvant être vue par des enfants plus ou moins jeunes au sujet de la carrière de billy. Mais tout le reste s’adresse à des jeunes adultes et à des parents, sur la gestion du deuil, l’équilibre de la famille et sa reconstruction, l’amour filial quand on a jamais su l’exprimer et que celle qui tenait tout ça ensemble est… partie.

    On comprend d’ailleurs que le souci premier du père est que son fils « ne tourne pas mal », « ait une bonne vie », et on sent tout son stress d’y parvenir sans la mère – dont l’absence criante est renouvelée dans la plupart des scènes et dans la plupart des sentiments exprimés (quand ils y arrivent :D).

    dans ce film, la situation initiale c’est une famille bancale dans la douleur de la perte de quelqu’un, même si ce deuil est entrain de trouver une résolution, plus ou moins contrainte. L’élément perturbateur c’est le choix de carrière de Billy, mais la situation finale montre une famille ressoudée, reconstruite.

    je pense que dans cette optique, le renoncement du père à la grève c’est une façon évocatrice de parler du deuil, là encore : ne pas faire ce qu’on aurait voulu, renoncer à ses espoirs s’ils ne permettent plus d’avancer dans la bonne direction. être amer à propos de ça mais accepter le nouvel état de fait pour aller de l’avant.

    Billy elliot est donc sujet du film, mais surtout fil rouge d’une transformation qui n’aura pas atteint que lui mais bien toute sa famille, c’est pour moi plus la force du film que son accession à une carrière artistique et l’intérêt envers le personnage que peuvent avoir les plus jeunes.

    • Coucou!

      Oui en effet je n’ai jamais prétendu que mon analyse était exhaustive, loin de là!
      Je pense comme vous en effet qu’il y a un truc avec la mère absente, car son absence pèse très lourd sur la famille, et dans une des scènes elle apparait à Billy, pour lui faire une remarque banale sur le fait qu’il boit le lait à la bouteille.
      Lorsque son père détruit le piano (pour bruler le bois) aussi, Billy demande si il croit que ça aurait dérangé maman.

      Alors je suis d’accord avec vous que le film en effet raconte aussi l’histoire d’une famille qui arrive tant bien que mal à se ressouder après une grande perte, mais encore une fois n’est-ce pas une certaine approche politique?
      Parce que la grève est belle est bien présente dans ce film, et est même au centre de plusieurs moments dramatiques du film. Alors faire un film qui utilise ce contexte là pour se recentrer sur le noyau familial et raconter comment il faut renoncer à la grève (bien commun) pour ressouder le noyau familial et arriver à faire le deuil d’une personne ainsi qu’envoyer son fils à une école prestigieuse pour qu’il puisse exprimer son talent(intérêt personnel), je pense que l’on peut dire que c’est un choix politique, et du coup je dirais personnellement que c’est un choix politique regrettable.

      Par contre, je ne vois pas du tout comment cette absence de la mère justifie l’absence des femmes dans le mouvement de grève. Je rappelle que cette absence de femmes est un déformation historique, car les femmes étaient très présentes dans les grèves minières en Angleterre. Si, au sein du drame familial, le film veut raconter l’histoire du deuil de la mère, ok. Mais j’ai du mal à voir comment ce choix justifie l’absence de femmes dans le mouvement de grève.

      Je comprends ce que vous voulez dire sur les bijoux de familles, même si je ne trouve pas ce choix narratif crédible, et je le trouve même assez énervant. Mais je vois ce que vous voulez dire, dans le contexte du deuil, je vois leur importance.

      Désolé d’avoir pris autant de temps pour répondre au fait, j’ai un backlog assez important de commentaires auquels je n’ai pas répondu, j’essaye tant bien que mal de m’y attaquer dans mes moments libres :-)

      et merci pour votre commentaire, même si je ne suis pas d’accord avec, je n’avais pas vraiment réfléchi à ce niveau de lecture, alors merci encore! Je vais essayer d’y réfléchir plus, parce que je pense que vous avez raison et qu’il y a un assez gros truc avec le personnage de la mère à côté duquel je suis passé :-)

  8. Lisez « Retour à Reims » de Didier Eribon, ça vous apprendra sûrement plein de choses.

    • j’ai lu ce livre (il y a un petit moment), que j’ai d’ailleurs absolument adoré, alors je veux bien que vous m’en disiez un peu plus sur pourquoi vous me dites ça, comme ça j’apprendrai plein de choses ;-)

  9. Je ne rajouterai pas grand chose d’autre que Renzo, étant donné que je suis entièrement d’accord avec lui… Le sujet du film n’est évidemment pas la grève, et c’est pourquoi on en sait si peu.

    Je vois plutôt ça à la Harry Potter : Dans les livres, J.K.Rowling nous raconte tout uniquement du point de vue de Harry, ce qui fait qu’enfermé dans sa tête, beaucoup en arrive à le trouver insupportable. De mon point de vue, Billy Elliot est quasiment entièrement raconté du point de vue de Billy et que lui-même ne vois la grève que comme un obstacle à son ambition, ne voit en son frère qu’une brute épaisse sans cervelle et ainsi de suite pour chacun des personnages du film. Ce n’est qu’au fur et à mesure du film, lorsque Billy ouvre les yeux et gratte un peu la surface des personnages qui l’entourent que l’ont commence à voir les choses d’un autre point de vue (celui de son ami Michaël, celui de son père, de sa prof de danse, etc…)

    Pour les bijoux de famille, je ne trouve pas sa étonnant ou facile. beaucoup de familles conservent des bijoux précieux, et c’était encore plus vrai à l’époque où se passe le film que maintenant. Et l’or valait beaucoup plus cher que maintenant également. ça montre justement le sacrifice qu’est prêt à faire le père de Billy pour le pousser au sommet. Quant à l’absence de femmes… Certes c’est l’un des rares points qu’on peut reprocher au film, mais les personnages de la profs de danse et de sa fille sont de sacré phénomènes, et la qualité du reste du film me fait largement pardonner cette erreur.
    A un moment il faut aussi savoir faire preuve d’indulgence, si vous ne vous êtes pas laissé emporter par la beauté des images, la sensibilité des personnages, la qualité de l’interprétation, la finesse et la complexité des personnalités et l’émotion générale du parcours de Billy, c’est que vous êtes passé à côté du film.

    Dernier avis sur Michaël… Le fait qu’il se travestisse ne m’a jamais choqué. Je n’ai jamais assimilé ça à son homosexualité, ni jamais pensé qu’en plus de se travestir, son père était homosexuel (et j’avais 10 ans à la sortie du film) Michaël est un petit garçon plutôt bien dans ses baskets il aime se déguiser comme n’importe quel gamin, rien dans son personnage ne m’a jamais choqué, même après avoir vu et revu le film beaucoup plus tard :)

  10. Bonjour,

    merci pour votre article. Voici une analyse de l’histoire (du film et de la comédie musicale, peu importe), que je vous soumets pour avis, j’espère qu’elle vous en donnera une autre perspective.

    http://pierredebeauville.wordpress.com/2012/11/12/billy-eliott-histoire-dun-changement-dere/

    • Coucou,

      Merci beaucoup pour votre analyse! Je vais essayer de trouver le temps demain de vous expliquer les accords et les desaccords que j’ai avec, mais je dois vous prevenir que je suis en vacances et que si demain je n’ai pas le temps, je n’aurais pas (pour des raisons diverses) le temps avant fin juillet! :-)
      Je vous dis ca juste pour que si vous ne me voyez pas repondre pendant tres longtemps, ce n’est pas parce que je vous ai oublie! ;-)

      Encore une fois merci!

  11. Bonjour !

    Cet article est très intéressant, d’autant plus que je m’attendais précisément à ce que vous donniez un avis très positif sur le film en raison du message qu’il transmet au premier abord, alors que votre analyse va bien plus loin que la trame dont je me souviens après quelques temps sans avoir vu Billy Elliot.

    Cela dit, je ne suis pas toujours d’accord avec vos interprétations – tant mieux d’ailleurs, car cela donne à réfléchir ! -.

    Premièrement, en ce qui concerne le contexte historique : certes, on n’a peut-être pas en main toutes les clefs pour comprendre la situation des grévistes, mais je trouve que le film – comme vous l’avez souligné – a déjà un grand mérite en abordant le sujet. Surtout, cela peut donner une impulsion pour se renseigner un peu plus sur cette période, et je crois que le film a une valeur pédagogique non négligeable ne serait-ce que parce qu’on me l’a montré deux fois déjà pendant ma scolarité, en cours d’anglais et toujours comme prétexte à évoquer Thatcher !

    Ensuite, pour ce qui est de l’image donnée de la classe ouvrière – c’est bien sûr lié au premier point -, j’ai le sentiment, et je me trompe peut-être, que vous interprétez comme une prise de position politique discutable ce qui n’est à mon sens qu’une tentative de description de la réalité. Si la famille de BIlly n’a aucune aspiration artistique, ce n’est pas parce que le réalisateur veut montrer que les ouvriers sont par nature des imbéciles incapables de s’intéresser à la « vraie culture », mais peut-être bien plutôt pour dénoncer l’impossibilité d’en avoir le loisir lorsqu’on a toujours été compartimenté dans une classe, où l’on travaille accessoirement 12 heures par jour. Cela est bien évidemment déplorable mais dans les faits, on voit toujours les mêmes à l’opéra pour ne donner que cet exemple ! Et ce n’est en rien blâmer les ouvriers que de le dire, ou en l’occurrence le montrer. Est-ce que vous voyez ce que je veux dire ? En d’autres termes, je pense que le film n’affirme rien quant à la condition ouvrière mais qu’il dénonce en quelque sorte des inégalités socio-culturelles qu’il est malheureusement aisé de constater.

    Enfin, encore une fois à propos de l’image des mineurs, mais cette fois à l’échelle des personnages, je n’ai pas l’impression que le père et le frère de BIlly contribuent à renvoyer l’image d’un monde bourru et d’une virilité stéréotypée. Une scène qui m’a beaucoup marquée dans le film vient justement briser cette image d’insensibilité : lorsque le père retourne travailler – un choix qui comme vous l’avez dit semble privilégier l’intérêt individuel par rapport à l’intérêt commun, j’en conviens, mais qui apparaît comme suffisamment cornélien pour éviter tout manichéisme – et que Tony s’en rend compte, les deux s’effondrent dans les bras l’un de l’autre. Je ne suis pas certaine que cela corresponde à un cliché ou contribue à donner d’eux l’image de brutes épaisses. Au contraire, je crois que cela nuance un peu les personnages.

    J’espère avoir été claire dans ce message, si des éléments posent problème n’hésitez pas à me répondre sur certains points ! J’ai découvert le site hier, et je le trouve fort intéressant. Comme je l’ai dit plus haut, je ne partage pas toujours l’avis des auteurs, mais ces prises de position ont le mérite de donner à penser et à débattre : ne serait-ce que pour ça, merci ! Je suis peinée de rencontrer une certaine agressivité dans quelques commentaires, cela est dommage de la part des lecteurs et surtout dessert leurs propos pourtant sensés la plupart du temps. Vous avez en tout cas bien raison de ne pas répondre sur le même ton !

    À bientôt,

    Marie.

    • Coucou Marie,

      Alors déjà merci beaucoup pour votre commentaire, très agréable à lire et très intéressant.

      Je vais essayer d’expliquer les points avec lesquelles je suis en désaccord, ainsi que là où je vous rejoins.

      Pour votre premier point, je suis partiellement d’accord avec vous, au sens où le film peut en effet donner matière à réfléchir et aller se renseigner. Également, je vois tout à fait comment un tel film peut être utilisé à l’école pour évoquer l’ère Thatcher.
      Cependant, la qualité de la reflexion que l’on pourra avoir sur l’ère Thatcher, ainsi que la contextualisation de la grève, sera quelque peu dépendant de la qualité des informations et des contextualisations du support utilisé (qui ici serait ce film). Et pour moi, ce film n’apporte que TRÈS peu d’informations et de contextualisations en ce qui concerne les politiques « lutte de classes par le haut » de Thatcher, ni les résistances qui ont pu lui être opposé ou leurs enjeux.
      Un film plus complexe, plus nuancé aurait au moins pu apporter ces contextualisations-là, pour que lae spéctateur-trice ne soit pas fortement encouragé-e (en tout c’est mon opinion) à considérer le sort de Billy comme une injustice absolue, et vivre comme un triomphe son ascension sociale. Ce qui m’embête, au final, c’est que le film fait preuve de libéralisme en ce focalisant uniquement sur le sort de Billy et de ne pas contextualiser les enjeux qui l’entourent. C’est, on pourrait dire, un film « enfantin » dans ce sens là, au sens où, comme les enfants qui parfois disent juste « moi je veux », sans se soucier du contexte, ce film également ne se pose pas la question du contexte, des enjeux collectifs, bref de la politique, pour au contraire proposer une problématique « enfantine » (libérale) des choses. J’essaye d’utiliser des comparaisons qui ne mettent pas trop en cause les auteurs du film car au final je ne sais pas si tout ça est vraiment conscient, surtout que tout le film ne traite pas de ce sujet là, en effet la problématique de la danse pour les garçons dans un monde très genré reste une problématique centrale du film.
      Il y a une contre-lecture à tout ça, que j’avais aperçu mais qui ne me semblait pas privilégié par le film. Ça concerne la dernière scène, celle où Billy à le plus grand rôle dans le ballet « Le Lac des Cygnes », et le film se conclut sur la caméra qui le suit de dos puis son entrée en scène, avec la musique célèbre de Rothbart (le méchant de l’histoire) de Tchaikovski qui atteint son apogée à ce moment-là. La contre lecture c’est qu’en fait Billy est un traitre, que son ascension sociale se fait à un prix, que sa gloire finale n’est en fait pas glorieuse, mais sinistre, et son saut final, où il se met en scène devant le public (que l’on ne peut que présumer majoritairement bourgeois), est en fait la cristallisation de sa traitrise et de son abandon.
      Je mettais cette scène en connexion avec la scène (juste avant, il me semble) où l’on voit les mineurs redescendre dans la fosse, battus, abandonnés, détruits.
      C’était, je pense, une contre lecture possible, mais à mon avis trop subtile (voir c’est moi qui sur-interprète tout bonnement), voire élitiste (faut savoir que cette musique correspond à tel personnage dans le ballet), pour être dite privilégié par le film.
      En plus, cela enchaine direct avec le jeune Billy qui saute sur son lit tout joyeux, alors à mon avis c’est moi qui hallucine complet ;-)

      En ce qui concerne le deuxième point, sur l’idée que nous avons plus affaire à une « description de la réalité » (objective?) qu’une prise de position politique, je vous conseille vraiment de voir le documentaire « Which Side are you On? » de Ken Loach, car je pense qu’elle décrit « une réalité » tout à fait différente. C’est un film qui raconte un peu l’histoire de ces grèves-là à travers les productions artistiques des ouvrier-e-s, qui peuvent être des chansons accompagné de violon, guitare, batterie etc., des poèmes, des illustrations, des dessins etc., bref, des productions artistiques et culturelles. Affirmer, à partir de là, que ce film ne ferait que « décrire une réalité » qui serait que les ouvrier-e-s n’ont pas de culture et pas de productions artistiques, je ne vois pas.
      SI, par contre, le propos du film aurait été qu’il y a compartementalisation dans la FORME de culture et de production artistique ACCEPTABLE au sein de la classe ouvrière (et ce pour des raisons complexes), et que le ballet n’en fait pas partie, là je trouve que ça aurait été un propos plus intéressant. Mais même dire (je ne suis pas aussi sûr que vous en ce qui concerne la position du film là-dessus), « regardez ces pauvres ouvrier-e-s aliéné-e-s qui n’ont même pas le temps de s’intéresser à la culture », je trouve que c’est très loin d’être une « description de la réalité », précisément car j’en connais d’autres, des « réalités ».
      Une autre chose qui me viens à l’esprit juste maintenant. J’ai bien peur que même si le propos central du film soit « c’est dûr, lorsque l’on est fils d’ouvrier, de franchir les barrières de genre et de faire du ballet », j’ai bien peur que c’est un propos qui fait preuve d’un mépris de classe, et qui reproduit le vieil adage de « plus le niveau économique et social est faible, plus il y a des problèmes de sexisme ». Car c’est faux bien entendu, les barrières de genre et le sexisme se retrouvent à tous les niveaux socio-économiques.
      Du coup, je n’y avais pas vraiment pensé, mais j’ai peur que le mépris de classe dont à mon avis fait preuve ce film soit au final assez profond, assez structurant.

      Pour votre troisième point, je reconnais que je suis allé trop vite sur ce personnage du père et de la relation avec ses fils, car je suis d’accord avec vous, cette scène rend les deux personnages un peu plus complexe.
      Par contre, je trouve tout de même que nous avons affaire à une représentation, à travers ces personnages-là, d’une virilité assez stéréotypé. Les deux personnages ont beaucoup de mal à se parler, lorsqu’il y a désaccord il a de suite conflit et violence, leur gestes, leur hexis corporelle, leur façon de parler etc. renvoi à une image à mon avis tout de même assez stéréotypée de la masculinité (avec en plus ce mépris de classe dont je parle plus haut).
      Bon, je ne cherche pas à dire que vous avez tord, car je suis d’accord que je vais vite dans cette brève, car je me concentrais sur autre chose et aussi (et surtout!) parce qu’il y avait plein de trucs que je n’ai pas vu (d’où ma joie de lire les commentaires!)

      Encore une fois, merci beaucoup pour votre commentaire. Je tiens à préciser que si je parais assez critique envers le film, cela ne m’empêche pas d’y trouver des choses positives et d’apprécier regarder ce film. Je l’ai dit ailleurs dans les commentaires, mais je trouve la relation entre Billy et son ami Michael très touchante, et les scènes de danse avec sa prof très chouette, ainsi que les scènes avec la fille (qui se fait un peu délaissés par le scénario, ce que je trouve un peu dommage).

      J’espère que j’ai été clair moi aussi, vous me direz si ce n’est pas le cas :-)

      • Au delà des travaux de Franck Lepage sur la destruction de la culture afin de constituer ce qui est aujourd’hui entendu comme « LA Culture » politiquement et étatiquement parlant, un petit liens concret sur ce qu’était la culture artistique populaire, et ce par quoi elle est remplacée : http://larotative.info/rayons-frais-rechauffe-d-arts-de.html

        Et ceci rejoint directement le topic sur la provocation comme argument de vente, et surtout le subtile biais politique qui l’accompagne : qui provoque, qui dénonce quoi, avec qui, et envers qui.

  12. De ce film, je me rappelle la formidable libération que constitue la pratique de la danse classique par rapport à une hexis corporel…le père et le frère sont en train de bouillir durant l’ensemble du film…ils n’ont pas les mots, la capacité de s’exprimer…il y a tout un refoulement violent qui est une force de violence que subisse l’ensemble des protagonistes…

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