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2012 en affiches : (I) Bilbo, Bond, Batman, et la bande à Banner

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Le but de cet article en deux parties (pour la deuxième, voir ici) est de passer en revue les affiches des plus grands succès de l’année dernière et d’en esquisser à chaque fois une analyse politique. Ce genre de décryptage me semble avoir son utilité, notamment parce que ces affiches connaissent une très large diffusion (nous les rencontrons dans la rue, dans le métro, sur les arrêts de bus, sur les bus, dans les gares, dans les magazines, etc.). Si les films ne sont pas vus par tout le monde, il me semble plus difficile d’échapper à leur affiches promotionnelles, qui s’imposent à nous au sein de l’espace public, qu’on le veuille ou non (comme n’importe quelle autre publicité). Les représentations politiques qu’elles véhiculent sont donc beaucoup plus intrusives et méritent donc elles-aussi d’être l’objet d’un regard critique.

J’ai choisi, en guise d’« échantillon représentatif », les films figurant dans le Top 10 du box-office mondial et du box-office français de l’année 2012. En effet, si ces films ont réalisé de si gros scores au box-office, c’est en partie parce qu’ils ont fait l’objet de campagnes de publicité gigantesques, dont les affiches promotionnelles ne sont qu’une partie (il faut aussi mentionner les bandes annonces, et surtout toutes les émissions ou articles de magazines qui, sous couvert de « journalisme », participent en réalité bien plus à la promotion des films qu’à leur critique). Ainsi, ce n’est pas un hasard si la majorité des films qui réalisent le plus d’entrées au box-office sont aussi ceux qui ont coûté le plus d’argent[1] (et comptent réaliser le plus de bénéfices). Les films en tête du box-office 2012 sont les suivants[2] :

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Je conclurai le passage en revue de toutes ces affiches par un bilan statistique. Mais j’annonce d’ores et déjà quelques chiffres qui me semblent assez représentatif : si l’on fait le total des stars en tête d’affiche de ces films, on comptabilise 26 hommes et 3 femmes (ou 33 personnages masculins et 4 personnages féminins, si on prend en compte les films d’animation), soit environ 90% d’hommes et 10% de femmes[3]. Les femmes constituent plus de la moitié de la population mondiale, mais elles ne sont visiblement pas assez dignes d’intérêt pour figurer dans ces « films d’envergure » (qui sont, je le rappelle au passage, absolument tous réalisés par des hommes)[4]. Ce genre de constat numérique est édifiant, mais il ne suffit bien évidemment pas à comprendre tout ce qui se joue d’un point de vue politique dans les représentations véhiculées par ces affiches.

Je me concentrerai dans cette première partie sur les affiches des quatre plus gros succès mondiaux au box-office 2012 (The Avengers, Skyfall, The Dark Knight Rises et Le Hobbit), qui sont probablement les films ayant fait l’objet des plus grosses campagnes promotionnelles (pour l’analyse des autres films et le bilan de ce panorama, voir la deuxième partie ici).

The Avengers : cherchez la femme

avengers 00Dans un décor de ville en feu qui mobilise à fond l’imagerie « 11 septembre », les super-héros de The Avengers  sont disposés en cercle, comme le dernier rempart protégeant les Etats-Unis de l’Envahisseur.

Au centre, Iron Man (Robert Downey, Jr.) lève sa main tel un gardien de la civilisation. « Vous ne passerez pas », semble-t-il lancer à l’Ennemi avec un regard intransigeant. Sa main, qui arrive au premier plan et au milieu de l’affiche, brandit une arme atomique comme ultime recourt contre le chaos. Toute sa posture semble ainsi signifier que l’usage que les Etats-Unis prétendent faire de l’arme nucléaire est purement défensif (ce qui est évidemment une vaste mystification destinée à dissimuler le caractère agressivement impérialiste de leur politique extérieure). Le super-héros qui est ici mis en avant comme une force positive et défensive est donc celui qui incarne l’industrie de l’armement américaine (Iron Man/Tony Stark est en effet, dans les comics et les films qui lui sont consacrés, un industriel fabricant d’armes à la tête de « Stark Enterprises »). Propagande dites-vous ? Mais non, ce n’est que du cinéma…

A ses côtés, Thor (Chris Hemsworth) et Hawkeye (Jeremy Renner) incarnent peut-être les deux « qualités » fantasmées de la puissance de frappe états-unienne : force et précision. Le premier est en effet armé de son marteau à la force légendaire, tandis que l’autre tient un arc, arme de précision par excellence. Eux-aussi sont dans une posture défensive. L’un regarde à droite, l’autre à gauche, tous deux vigilants face à une irruption imminente de la Menace qui rôde dans le « hors-champ ».

Un peu plus haut, Captain America (Chris Evans) regarde vers le ciel en arborant les couleurs des Etats-Unis. Alors qu’Iron Man et ses deux acolytes au premier plan incarnent un usage « pragmatique » de la force, Captain America est au contraire la personnification des « idéaux » américains, le représentant de l’«américanité » et de ses valeurs. En position de surplomb, il semble veiller sur la scène, fonctionnant ainsi comme une sorte de garantie morale à cette débauche de violence.

Au milieu et à l’arrière-plan de l’affiche, Nick Fury (Samuel L. Jackson) semble occuper le centre du cercle formé par les super-héros. Directeur du SHIELD, agence gouvernementale d’espionnage à l’origine de l’union des Avengers, il est l’homme de l’ombre sans qui cette armée providentielle n’aurait pas existé, le fédérateur.

Dernier élément de ce cercle vertueux, Hulk semble quant à lui dans une posture un peu plus agressive. Peut-être incarne-t-il la face sombre de la puissance militaire et technologique américaine, son côté monstrueux. Ce super-héros se caractérise en effet par son incapacité à contrôler sa force lorsqu’il est sous l’emprise de la colère. Il serait ainsi ce monstre que l’armée américaine risque à chaque instant de devenir si elle perd de vue ses « nobles idéaux »… Ce personnage peut ainsi être vu comme un embryon de critique interne de ce dispositif idéologique profondément militariste et impérialiste. Mais d’un autre côté, il fonctionne aussi à mon avis comme une pièce centrale de ce dispositif. En effet, il est celui qui peut exploser à tout moment et infliger des représailles sans commune mesure avec l’agression qu’il a subie. Il incarne ainsi une dimension essentielle de la stratégie états-unienne en termes de politique extérieure : l’intimidation. Un exemple de ce genre de politique est donné par Noam Chomsky dans son livre sur les rogue states[5] :

« Le Stratcom (US Strategic Command), pour répondre aux menaces de ce qu’on appelle « terrorisme international » de la part des Etats voyous (« rogue states »), recommande de faire peur, d’effrayer l’ennemi, non seulement avec la menace de guerre nucléaire qu’il faut toujours laisser peser, au-delà même du bioterrorisme, mais surtout en donnant à l’ennemi l’image d’un adversaire (les Etats-Unis donc) qui peut toujours faire n’importe quoi, comme une bête, qui peut sortir de ses gonds et perdre son sang-froid, qui peut cesser d’agir rationnellement, en homme raisonnable, quand ses intérêts vitaux sont en jeu.

Il ne faut pas se montrer trop « rationnels », dit la directive, dans la détermination de ce qui est le plus précieux à l’ennemi. Autrement dit, il faut se montrer aveugle, faire savoir qu’on peut être aveugle et bête dans la détermination de cibles, juste pour faire peur et faire croire qu’on agit n’importe comment, qu’on devient fou quand des intérêts vitaux sont touchés. Il faut feindre d’être capable de devenir fou, insensé, irrationnel, donc animal. Il est « nuisible » (it hurts), dit une des recommandations du Stratcom, de nous dépeindre nous-mêmes comme trop pleinement rationnels et de sang-froid. « Il est“bénéfique” (beneficial) au contraire, pour notre stratégie, de faire apparaître certains éléments comme “hors de contrôle” (out of control).  »[6].

Enfin, la seule femme de cette armée super-héroïque, la Veuve Noire (Scarlett Johansson) semble avoir une place un peu à part dans ce dispositif : elle ne fait pas partie du cercle (constitué par Iron Man, Hawkeye, Hulk, Captain America et Thor), et elle n’en occupe pas non plus le centre (comme Nick Fury). Elle semble avancer à l’intérieur de ce cercle, sans être véritablement coordonnée au reste du groupe. Du coup, j’ai l’impression que l’affiche ne lui donne pas exactement le même statut que ses partenaires masculins. En effet, c’est comme si ceux-ci la protégeaient de l’extérieur en constituant une sorte de bouclier humain autour d’elle, comme si elle était plus vulnérable, une chose un peu plus fragile qu’il faudrait protéger.

Si elle semble aussi concentrée et déterminée que les autres et porte comme eux des armes, elle se distingue néanmoins de ses partenaires masculins par l’érotisation dont elle est l’objet. On retrouve cette érotisation de manière encore plus prononcée dans d’autres affiches promotionnelles, comme celle-ci :

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Elle est ici le seul personnage qui semble tourner le dos à l’ennemi (que l’on suppose dans le hors-champ, étant données les attitudes des autres super-héros). Sa posture est ainsi plus une pose esthétique qu’une attitude de combat. La femme est ici un spectacle érotique offert au regard masculin, un objet plus qu’un sujet.

Son érotisation/sexualisation apparaît de manière encore plus flagrante sur les affiches qui lui sont exclusivement consacrées (tous les personnages ont ainsi eu droit à de telles affiches personnalisées) :

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La première met en évidence les fesses, les seins et la chevelure de l’actrice. Sur la deuxième, elle semble plus active, mais sa tenue ultra-moulante nous permet tout de même d’admirer la perfection de sa plastique. La fermeture éclair de sa combinaison est légèrement entrouverte, comme pour nous indiquer que le plus intéressant chez ce personnage est ce qu’il y a en dessous de ladite combinaison, au cas où ce ne soit pas déjà assez manifeste. Enfin, la troisième érotise elle-aussi clairement l’actrice : bouche entrouverte, jambes écartées, main nonchalamment posée sur la cuisse et combinaison encore entrouverte. La juxtaposition entre ses yeux mi-clos et l’explosion au second plan donne presque à la scène une dimension orgasmique… Pas facile d’être une femme forte au pays des super-héros… (sur le même sujet, voir aussi ici sur ce site)

 

Skyfall : ma virilité, mon flingue et moi

La plupart des affiches de Skyfall n’ont pas cherché à faire dans l’originalité. La recherche d’une certaine épure était d’ailleurs cohérente avec le propos du film, reposant sur une nostalgie pour le bon vieux temps (celui de la bonne vieille virilité traditionnelle, comme j’ai essayé de le développer ailleurs sur ce site).  Pas de surenchère graphique donc, pas de femmes à moitié nues ou d’explosions dans tous les sens : juste « l’Homme », seul face à lui-même.

Cette série d’affiches centrées sur le personnage de Bond a pu ainsi permettre à Daniel Craig de montrer toute l’étendue de son talent d’acteur, allant de l’incarnation d’une masculinité ultra-virile à l’incarnation d’une masculinité méga-virile, en passant par l’incarnation d’une masculinité supra-virile…

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 Dur dur pour les jeunes garçons d’aujourd’hui de trouver des modèles pour devenir des hommes… Y a plus de « points de repère masculins » j’vous dis…

A côté de ces affiches transpirant une virilité sans faille, d’autres illustrent un autre aspect du film : son propos masculiniste. Skyfall nous montre en effet un Bond qui souffre, parce que dominé par des femmes et menacé de féminisation (voir ici). Ce dispositif masculiniste, qui fantasme une « crise de la masculinité » pour mieux réaffirmer les valeurs patriarcales traditionnelles, transparaît ainsi sur certaines affiches :

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Sur la première, le pauvre Bond a vraiment une sale gueule. Mal rasé, la bouche entrouverte et le regard un peu ahuri, on sent que 007 a des gros soucis dans sa vie. Et comme par hasard apparaît face à lui la figure de M, représentante d’un pouvoir féminin à l’origine des souffrances de notre mâle viril (elle devra d’ailleurs mourir dans le film pour que le temps béni du patriarcat puisse advenir). La phrase d’accroche, qui ancre le tout dans une nostalgie pour le bon vieux temps, parachève le tableau.

Sur la deuxième, la posture de Bond est entre virilité décontractée et « masculinité en crise ». Sa cravate est dénouée et sa chemise déboutonnée, comme s’il avait besoin de respirer parce que trop oppressé. Un peu penché vers l’arrière, comme s’il s’appuyait sur quelque chose, il paraît aussi plus passif que sur les affiches précédentes, presque fatigué. Son regard n’a pas non plus la détermination des affiches plus « viriles ». Il semble regarder au loin, un peu mélancolique.

La troisième affiche joue à fond sur la nostalgie pour le bon vieux temps en ressortant l’Aston Martin légendaire, pilotée par Sean Connery en son temps, le tout dans un Londres historique (je n’analyse pas Big Ben comme un symbole phallique, mais je le pense très fort quand même…).

The Dark Knight Rises : le Justicier, « La Femme », et le méchant révolutionnaire

De tous les films dont je passe en revue les affiches ici, The Dark Knight Rises est peut-être celui qui a été l’objet de la plus grosse campagne promotionnelle. Le nombre d’affiches différentes qui ont été conçues pour annoncer le film est proprement hallucinant. Il est difficile de les dénombrer précisément car les fans du film ont elleux-aussi produit une grande quantité d’affiches s’apparentant à des originaux[7]. Les trois grandes figures sur lesquelles la promotion du film s’est concentrée sont Batman (l’homme providentiel), Bane (le méchant révolutionnaire) et Catwoman (« la Femme »). Pour plus de détails sur l’histoire et une analyse politique de ce film, voir les articles qui lui sont consacrés sur ce site, ici et ici.

La plupart des images et des slogans jouent sur la thématique de la chute (« fall ») et de l’ascension (« rise »), ou dans une autre version de cette même opposition, sur celle de la fin (« end ») et du (re)commencement (« begin »). C’est logiquement dans la verticalité de l’image que cette thématique s’illustre graphiquement. Prenons par exemple ces affiches jouant sur le couple « fall »/« rise » :

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Sur la première, Batman est incliné et regarde vers le bas, tandis que l’arrière-plan connote une certaine confusion (soleil en contrejour, flou artistique et décor qui « mouvant » qui donne l’impression que le héros est en train de chavirer). Au contraire, la deuxième montre un Batman érigé vers le ciel, ses super-pectoraux en avant, la tête redressée contre la pluie et les débris d’explosion qui tombent tout autour de lui.

Il est intéressant de noter que si la chute est l’objet d’un questionnement (« Why do we fall ? »), l’ascension n’en soulève quant à elle aucune (« RISE », en méga-majuscules). Un peu comme si l’acte même de s’imposer comme l’individu le plus puissant contenait en lui-même sa propre justification.

La troisième affiche est quant à elle beaucoup ambiguë. Elle peut soit être interprétée dans un sens révolutionnaire, avec un peuple qui tente de sortir de l’ombre et de faire tomber l’empire financier qui le maintien dans la misère. Dans ce cas, les « méchants » qui « meurent » et les « villes » qui « tombent » dont il est question dans le slogan sont les capitalistes et leurs buildings, symboles de leur domination économique. Et les « héros » qui « s’élèvent » seraient alors les représentants du peuple, voire le peuple lui-même comme en témoignent les bras levés des révolutionnaires en colère. Mais cette interprétation s’avère au final difficilement tenable si l’on a vu le film, totalement antirévolutionnaire dans son propos. Le peuple que l’on voit sur l’affiche est ainsi sûrement plus conçu comme une populace grouillante et informe, menée par des « méchants » qui doivent « mourir » avant de réussir à faire « tomber » la « ville » dans le chaos et l’anarchie (le grand épouvantail du film…). Ainsi, les « héros », ces êtres exceptionnels au-dessus du peuple, pourront « s’élever » et ainsi sauver l’humanité du péril révolutionnaire (cf. l’ombre de Batman qui trône en haut du building).

Le héros n’est pas le seul à « s’élever » sur les affiches. Parfois c’est le feu révolutionnaire qui s’élève (« the fire rise »), demandant ainsi l’intervention du héros pour rétablir l’Ordre sacré (« a fire will rise »):

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Le héros ne « s’élève » ainsi comme une puissance supérieure que de manière défensive, pour s’opposer à une autre puissance (néfaste celle-là) qui menace de d’anéantir l’ordre social. Comme on le voit sur la troisième affiche, le couple «fall »/«rise » est aussi mobilisé dans ce sens, comme une justification du recours à la force par une instance supérieure : la ville s’écroule et appelle directement dans sa chute même (« fall ») l’intervention du super-héros, qui doit s’élever (« rise ») au-dessus de la masse pour la protéger et maintenir l’ordre.

Comme je l’ai dit, une variante du couple « fall »/« rise » est le couple « end »/«begin ». On le retrouve sur des affiches comme celles-ci :

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Sur la première, Batman trône au sommet de la ville, comme un ange bienveillant qui a su s’écarter lorsqu’il le fallait (à la fin du 2), mais qui est prêt à reprendre du service s’il le faut (dans le 3). Le slogan « the legend ends » a ainsi plusieurs sens : (1) Batman a mis un terme à sa légende, mais saura revenir sur sa décision pour (2) écrire la fin de sa légende en sauvant le peuple entier, le tout en (3) risquant sa vie comme jamais, tant l’ennemi est redoutable. La deuxième affiche inquiète ainsi du fait de l’absence de Batman (la moto est sans conducteur). Catwoman n’y est représentée (comme dans le film) que par rapport à Batman, elle n’a pas d’existence autonome. Lorsqu’il n’est pas là, elle est perdue, la main sur sa moto, attendant passivement son homme.

A cette menace de « fin », d’autres affiches opposent un « (re)commencement ». C’est le cas de la troisième, où Batman semble réapparaître lorsqu’on ne l’attendait plus. La présence de Catwoman (qui encore une fois n’existe que par Batman) donne en même temps à l’affiche une « ambiance jeu érotique » (« let the games begin »).

A chaque fois, le message est donc le même : la « fin » ou la « chute » du héros est une tragédie, et celui-ci doit donc « s’élever » à nouveau, comme à ses « débuts », pour vaincre la menace révolutionnaire et sauver le peuple du chaos social.

Comme on a commencé à le voir, Catwoman apparaît déjà sur les affiches comme profondément dépendante de Batman. Le film la réduit en effet à une simple sidekick du héros qui finit par se soumettre à ses ordres en même temps qu’elle succombe à son charme (au passage convertie à l’hétérosexualité alors qu’elle semblait plutôt homo/bi/pansexuelle, ou en tout cas homosociale, au début)[8]. Les affiches symbolisent déjà cette domination :

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Qu’elle soit derrière lui (première affiche) ou à ses côtés (deuxième affiche), Catwoman n’est que la subordonnée de Batman, et non une ennemie à sa mesure (comme elle l’était par exemple dans le Batman returns de Tim Burton). La troisième affiche est même ornée d’une empreinte de rouge à lèvres, accompagnée d’un XX, parce que « La Femme » en pince forcément pour le héros aux gros pectoraux, comment pourrait-il en être autrement ?…

Enfin, lorsqu’elle est seule sur les affiches, Catwoman est sursexualisée au possible, vêtue d’une combinaison latex quasi-identique à celle de la Veuve Noire des Avengers. Décidément, les blockbusters nous offrent une vraie diversité de personnages féminins…

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 Dans la famille « sexualisons les femmes fortes », je voudrais en 1 « montre-moi ton cul et tes seins dans une combinaison moulante », en 2 « fais-moi un sourire coquin avec plein de rouge à lèvres », et en 3 « déhanche-toi avec tes seins bien en évidence, et un flingue dans la main pour être encore plus sexy  ».

Comme pour la Veuve Noire des Avengers, la seule femme forte du film est ainsi réduite à un objet de désir pour le regard masculin. Le peu de potentiel subversif qu’elle pouvait avoir est ainsi neutralisé en étant réintégré dans le jeu de séduction hétéronormé. Certes, cette Catwoman est à ce niveau un peu moins horrible que celle de Burton ou de Pitof, mais son esthétique recourt toujours à la même mécanique sexiste.

De son côté, Bane apparaît sur les affiches comme l’apôtre du chaos social :

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La première affiche condense tout le propos antirévolutionnaire du film. Sur fond de destruction et d’explosion, Bane avance les bras écartés en proclamant : « Take control of your city » (« Prenez le contrôle de votre ville »). Voilà donc  à quoi mènent nécessairement les incitations à la révolte sociale : chaos et anarchie.

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Monstre ultra-musclé, Bane incarne une pure force physique, qui ne semble pouvoir n’être détruite que par l’usage d’une force supérieure. Les affiches qui mettent en scène Batman et Bane les montrent ainsi dans une sorte de bras de fer viril. Cette débauche de puissance et de virilité plante ainsi le décor idéologique du film : au final, seul l’usage (légitime) de la force peut sauver l’ordre social menacé.

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Dans ce combat ultra-viril entre les forces du Bien et les forces du Mal, les femmes n’ont évidemment pas un grand rôle à jouer. Il est ainsi intéressant de comparer le traitement que font les affiches des personnages masculin et du personnage féminin. La différence sexuée des corps y est exacerbée au possible avec une Catwoman sexy et féline, à laquelle s’opposent des hommes sur-virils et sur-musclés. Alors que les attitudes des hommes sont actives et agressives, celle de Catwoman est fuyante, combinant grâce et érotisme.

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 Le Hobbit, un voyage inattendu : partir à l’aventure entre hommes

bilbo01C’est cette affiche qui fut choisie pour figurer sur le frontispice des cinémas lors de la sortie du film (aux Etats-Unis et en France du moins). Le héros y figure seul, alors qu’il est accompagné dans son aventure par une bonne douzaine d’acolytes. Cet « individualisme » tellement banal qu’on ne le remarque plus n’a rien de bien étonnant quand on connaît l’histoire. Ce qui l’est un peu plus, c’est l’attitude du héros sur l’affiche, qui dégage à la fois assurance et résolution (son regard est déterminé, ses mains tiennent fermement le manche de l’épée, et son corps occupe quasiment tout l’espace de l’affiche). En effet, Bilbo est loin d’être un « héros par nature ». Le film nous le présente au contraire comme un Hobbit pantouflard et peureux, qui se retrouve embarqué un peu malgré lui dans une aventure dangereuse, au côté d’une bande de guerriers virils et téméraires. Peut-être que je me trompe, mais j’ai l’impression du coup que cette image de Bilbo qui est ici mise en avant n’est pas vraiment la plus représentative du personnage (du moins dans ce premier film). Peut-être y a-t-il derrière ce choix une raison commerciale ? Peut-être que les responsables de la promotion du film ont eu peur qu’un héros pas assez héroïque n’attire pas autant les amateurs de films d’aventure que ne le ferait un héros plus classique ?

D’autres affiches plus fidèles à la dimension « anti-héroïque » du personnage existaient pourtant, et ont aussi servi à la promotion du film, même si elles furent beaucoup moins diffusées que la première :

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Sur la première, Bilbo semble effrayé par sa propre arme. La contre-plongée ajoute un sentiment d’écrasement, accentué par les montagnes et le ciel nuageux à l’arrière-plan. Contrairement à l’affiche analysée plus haut, le héros n’occupe que très peu de place à l’intérieur de l’image. Sur la deuxième, il semble surpris devant l’apparition d’un danger. La manière dont il tient son épée et son costume très « habillé » rendent manifeste son inexpérience en matière de combat. Là encore, il apparaît comme dépassé par les événements, comme un « héros malgré lui » qui n’est vraiment pas à sa place dans un film d’aventure ultra-viril. Enfin, la troisième affiche le montre en train de lire un manuscrit (dans une posture plus intellectuelle-passive que physique-active donc). Qui a vu le film sait qu’il s’agit là du contrat par lequel Bilbo peut s’engager ou non dans la quête, contrat qu’il hésite longuement à signer, effrayé qu’il est par les dangers qu’il aura à affronter. Cette dernière affiche nous montre donc un Bilbo passif et hésitant, là encore à l’opposé de la détermination de l’affiche retenue finalement pour orner nos cinémas lors de la sortie du film en salles.

En même temps, le choix d’une affiche plus « héroïque » n’était pas non plus en totale contradiction avec l’esprit du film, puisque tout l’enjeu pour notre héros est précisément de devenir ce héros qu’il n’est pas. Dans une des dernières scènes du film, il affrontera et vaincra un Orque en véritable guerrier, avec juste sa bite et son épée.

On retrouve cette ambiance ultra-virile dans une grande partie des affiches promotionnelles, en particulier les affiches « personnalisées » se concentrant sur chacun des redoutables guerriers accompagnant le Hobbit :

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Ouf, heureusement que de la bonne grosse virilité vient contrebalancer les quelques affiches de Bilbo en anti-héros. Je commençais à avoir peur que les jeunes garçons manquent de « points de repère masculins »…

A côté de ces affiches qui associent la masculinité à la violence, aux armes et au combat, d’autres insistent plus sur le côté aventure, lui-aussi intimement réservé à la masculinité dans notre société patriarcale :

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La première est hautement symbolique en ce qu’elle met en scène le geste inaugural par lequel la masculinité se constitue en opposition à la féminité : la sortie de l’intérieur du foyer vers l’extérieur. Le motif omniprésent du cercle évoque bien sûr l’anneau, intimement associé dans le film à la quête du héros. Pour devenir véritablement un homme, le Bilbo casanier du début doit donc commencer par sortir de chez lui en s’aventurant dans le monde, à l’extérieur du foyer (associé au féminin). Les deux autres affiches mettent précisément en scène ce monde que les hommes ont à explorer, conquérir et dominer.

Comme on l’a compris, c’est quasi-exclusivement d’hommes dont il sera question ici (l’aventure et le combat, c’est pas un truc de filles…). Plus précisément, le film met en scène une communauté exclusivement masculine, dans laquelle Bilbo devra trouver sa place et se faire accepter pour devenir lui-même un homme. Certaines affiches jouent pleinement sur cette dimension :

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On est quand même bien entre hommes, que ce soit pour boire de l’alcool et se goinfrer de boustifaille ou pour se battre côte à côte. Ambiance coups de boule et grosse déconnade, avec tout de même une petite séquence chant lyrique (mais viril !) devant la cheminée en fumant la pipe.

Logiquement, l’unique femme du film (Galadriel), qui n’apparaît que quelques minutes à l’écran dans un film qui dure presque 3 heures, ne se voit octroyée que très peu de place sur les affiches promotionnelles. Voici quelques exemples représentatifs de la manière dont elle est mise en scène :

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Lorsqu’elle est seule sur l’affiche, celle-ci est d’une blancheur immaculée (qui contraste avec les couleurs sombres des affiches mettant en scènes les guerriers). Et lorsqu’elle apparaît avec d’autres personnages, elle est entourée d’une aura et contraste ainsi avec le reste de l’image. Elle ne prend pas part à l’action mais semble veiller sur les héros d’une manière toute maternelle. Ce traitement en fait ainsi une incarnation de « l’éternel féminin » : elle est belle, pure, maternelle. « La Femme » quoi…

 Paul Rigouste

[Cliquez ici pour lire la suite de cet article]

[3] Les choses ne s’arrangent pas vraiment lorsqu’on prend en considération tou-te-s les hommes et femmes qui apparaissent sur toutes les affiches que j’ai collectées ici (à l’exception de celleux qui font partie du décor, comme l’armée de Bane (par ailleurs 100% masculine) sur une affiche de The Dark Knight Rises ou les « Payas » sur celle de Sur la piste du marsupilami). On arrive à un total de 70 hommes pour 17 femmes (soit 80% d’hommes et 20% de femmes), sachant bien sûr que ces 20% de femmes ont dans leur immense majorité des rôles secondaires.

[4] Dans le même ordre d’idées, les têtes d’affiches comptent 25 Blanch-e-s et 4 non-Blancs (les femmes non-Blanches ça n’existe pas), soit environ 86% de Blanc-he-s et 14/ de non-Blancs.

[5] Noam Chomsky, Rogue States. The Rule of Force in World Affairs, 2000

[6] Je cite ici le résumé que donne Jacques Derrida de cette idée dans l’article intitulé « Le loup oublié de Machiavel » (Le Monde Diplomatique, septembre 2008)

[7] J’espère d’ailleurs ne pas avoir pris ici des affiches de fans pour des affiches officielles, car je m’intéresse ici surtout à la publicité élaborée par le studio lui-même. Mais analyser les affiches de fans serait par ailleurs très intéressant, car cela donnerait peut-être une idée de la manière dont les fans se sont réapproprié-e-s l’imagerie et le propos politique du film.

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136 réponses à 2012 en affiches : (I) Bilbo, Bond, Batman, et la bande à Banner

  1. Autant je comprends un peu ce que voulez dire par rapport aux affiches, autant je suis perplexe sur ce que vous dites sur celles représentant l’aventure de Bilbo.

    • Qu’est-ce qui vous rend perplexe exactement dans ce que je dis sur Bilbo ?

      • Simplement que le roman de Tolkien est comme ça: tous les personnages principaux sont masculins. Le film aurait donc du mal à raconter autre chose. Quand à Galadriel, c’est une elfe, pas une humaine, il est donc parfaitement normal qu’elle apparaisse sous un jour plus surnaturel (ce n’est pas une créature commune, c’est un peu comme figurer un ange, si vous voulez).

        Enfin, le caractère casanier est propre aux hobbits dans leur ensemble: Bilbo n’est pas ici un jeune qui va enfin devenir un homme en s’initiant hors de chez lui, c’est au contraire quelqu’un d’installé qui commet un acte parfaitement insensé par rapport à ce que la société hobbite attend de ses mâles. Cela fera de lui un excentrique, bien plus qu’un héro.

        • Je suis d’accord : il ne faut pas oublier que le film est tributaire du casting du livre, et donc de son absence de personnages masculins. Il ne pouvait pas en inventer…
          Après l’analyse reste possible et pertinente : Bilbo, que ce soit le livre ou le film, présente une aventure qui se fait uniquement entre hommes.

          • Pertinent, vraiment je ne suis pas sûr. Déjà Tolkien est un homme de la première moitié du XXe siècle, dont on ne peut en conséquence pas attendre a priori qu’il soit très sensible aux questions dites de genre.

            Ensuite, sa principale source d’inspiration se trouve dans les sagas nordiques; si critique il doit y avoir, c’est plutôt en regard de ces textes à mon avis.

            Enfin, on peut quand même mettre un sérieux bémol au soi-disant virilisme qui serait à l’œuvre ici. Il faut en effet rappeler que les Hobbits sont de petite taille, plutôt décrits comme replets (car gourmands), et dépourvus de toute culture guerrière. On est donc quand même très loin de la célébration des valeurs masculines classiques, surtout comparé au contemporain Conan le Barbare.

          • Coucou 🙂

            « Enfin, on peut quand même mettre un sérieux bémol au soi-disant virilisme qui serait à l’œuvre ici. Il faut en effet rappeler que les Hobbits sont de petite taille, plutôt décrits comme replets (car gourmands), et dépourvus de toute culture guerrière. On est donc quand même très loin de la célébration des valeurs masculines classiques, surtout comparé au contemporain Conan le Barbare. »

            Je vois mal en quoi cela récuse l’idée du virilisme de l’histoire. En effet, l’histoire de Bilbo c’est l’histoire d’un hobbit qui, pour des raisons assez mystérieuses au final (un peu à la « une force invisible m’a poussé »…la magie du virilisme ptet?), refuse tout ce côté replet, gourmand, entretenu, oisif, non guerrier, pour au contraire se lancer dans une aventure, aventure dont il ne sortira pas le même.
            Perso ce film m’a plutôt ennuyé et je ne l’ai que vu une fois, donc j’ai pas envie de me lancer dans une analyse poussée du truc, je n’en ai pas les moyens. Mais juste dire que « les hobbits sont pas virils » ne me semble pas pertinent comme argument, car le film me semble avoir tendance à montrer tout ce côté non viril des hobbits comme problématique au pire, chiant à mourrir au mieux. Car ce qui est beau, ce qui est vrai, c’est l’aventure, c’est le combat, c’est le danger, c’est la camaraderie entre hommes, c’est tout ça qui est excitant et important. Enfin excitant et important pour les hommes, bien sûr, les femmes elles on s’en fout vu qu’elles existent pas, ou alors tellement peu que ça revient presque au même.

            Après, sur la question de « Est-ce que Tolkien n’était pas légitime dans son sexisme car c’était « un homme des années 1920 », je me demande bien comment ça passerait si on adaptait (avec peu voire aucune modification) un livre raciste des années 1920 en le justifiant en disant « mais non mais c’est un livre des années 1920, c’est normal que ça soit raciste », et en l’étoffant avec des arguments comme « bin en plus l’auteur s’est inspiré de la grèce antique et l’esclavage qui y était présent, donc c’est plutôt les grecs anciens qu’il faudrait accabler ».
            J’ai du mal à voir la pertinence de ce genre d’argument, qui me semble ne faire autre chose que rejeter la faute du sexisme sur « le passé et des temps moins éclairé » (ce qui me semble être une vaste mascarade, vu l’état des choses aujourd’hui), alors que là en occurrence on ne parle pas d’un film fait il y a 2000 ans, mais fait il y a quelques mois.

            Et, juste au cas où ça n’est pas clair, Tolkien perso je m’en fiche pas mal de savoir si il était oui ou non sexiste, ce qui m’importe c’est qu’il a produit une œuvre sexiste et qu’on l’a adapté au cinéma (quasiment) sans toucher au sexisme du truc, et c’est ça qui pose question.

            Et juste un truc qui me fait tiquer, pourquoi « les questions dites de genre »? Pourquoi « dites »? Il faudrait les appeler autre chose?

          • Il me semble que Tolkein a écrit sa saga pour plaire à son fils ou petit fils et en à fait par la suite un roman. C’est un roman initiatique pour garçons tout ce qui est de plus classique, en sortant du foyer maternel et en rejoignant la communauté des hommes de l’anneau il deviendra un homme en explorant le monde et en montrant force et courage face aux épreuves qui vont le forcer à se dépasser. D’accord c’est pas Conan, son épée est moins grosse et moins fermement tenue, mais c’est que la version plus soft ou plus crypté de l’homme qui va conquérir le monde et ses secrets (seul pour Conan ou en bande pour Bilbo-Frodon). Conan représente de fantasme du surhomme un genre de divinité, Bilbo et Frodon celui de l’homme, avec certains défauts pas trop gênants pour le rendre humain et attachant.

          • @Liam

            Ça récuse parce que justement, si cette aspect avait été si important aux yeux de Tolkien, il aurait pu faire un héro grand, puissant, et habile aux armes. C’est à dire le stéréotype du guerrier (une sorte d’Aragorn).

            De plus, vous en connaissez beaucoup des épopées de femmes au Moyen-Âge ? Moi pas. Mais je ne connais pas non plus les sagas nordiques, c’est pour ça qu’il faudrait voir si sur ce sujet précis, c’est un biais de Tolkien, ou si c’est simplement qu’il suit ses sources. Dans le premier cas, on peut effectivement fonder une accusation de sexisme, dans le second la seule chose à lui reprocher est de ne pas avoir été « féministe ». Ce sont deux choses différentes.

            Après, sur la question de « Est-ce que Tolkien n’était pas légitime dans son sexisme car c’était « un homme des années 1920″, je me demande bien comment ça passerait si on adaptait (avec peu voire aucune modification) un livre raciste des années 1920[…]

            Oui, mais là en réponse à Zoé je parle de critiquer le livre. Et il faudrait peut-être établir le sexisme avant d’user ce genre d’argument. Parce que si je vous suis bien, sous prétexte qu’il n’y a pas de femmes parmi les compagnons d’Ulysse, il faudrait arrêter de lire et adapter L’Odyssée (et mettre Homère à l’indexe pour sexisme).

            Et juste un truc qui me fait tiquer, pourquoi « les questions dites de genre »? Pourquoi « dites »? Il faudrait les appeler autre chose?

            Précisément parce que c’est anachronique pour parler de Tolkien. La distinction entre identité sexuelle et substrat biologique est quand même assez récente. Si on veut critiquer Tolkien, il faut donc déjà voir comment ces questions pouvaient se poser à son époque.

          • Ça récuse parce que justement, si cette aspect avait été si important aux yeux de Tolkien, il aurait pu faire un héro grand, puissant, et habile aux armes. C’est à dire le stéréotype du guerrier (une sorte d’Aragorn).

            Je dirais presque exactement l’inverse, à savoir si cet aspect avait été « inimportant » aux yeux de Tolkien, il aurait en effet fait un « personnage » qui ne connait aucune évolution, aucune changement, qui commence un viril, un vrai, et qui finit un viril, un vrai. Or ici ce n’est pas le cas, le personnage évolue, « grandit », « découvre » des choses sur lui-même, et c’est bien pour ça à mon avis que c’est…bin un personnage! Alors que Conan le Barbare n’est pas un personnage, à mon sens.
            Donc l’évolution (valorisée, pour ne pas dire carrément glorifiée) du personnage de Bilbo* me semble traduire plutôt un intérêt de l’histoire pour cet aspect des choses.
            Nous serons donc en désaccord sur ce point 🙂

            Nous serons également en désaccord sur tous les autres points, donc pas de soucis 🙂

            *Cette évolution passe aussi et peut-être surtout par le prestige et la reconnaissance de plus en plus grande qu’il connait aux yeux des ses compagnons (hommes, donc) de route, qui eux sont des virils des vrais, et qui « l’acceptent » petit à petit, au fil des actions héroïques, au sein du « clan des hommes » (« virils », donc). Difficile pour moi de ne pas y voir une valorisation voire une glorification de la transformation de cet homme « efféminé » du début en cet homme « viril » de la fin.

            « De plus, vous en connaissez beaucoup des épopées de femmes au Moyen-Âge ? Moi pas. Mais je ne connais pas non plus les sagas nordiques, c’est pour ça qu’il faudrait voir si sur ce sujet précis, c’est un biais de Tolkien, ou si c’est simplement qu’il suit ses sources. Dans le premier cas, on peut effectivement fonder une accusation de sexisme, dans le second la seule chose à lui reprocher est de ne pas avoir été « féministe ». Ce sont deux choses différentes. »

            Vous déplacez le problème vers le passé, comme si c’était pertinent en soi de savoir si Tolkien était « intentionnellement sexiste ».
            Juste en passant, je suis tout à fait d’accord avec le post de Meg sur la question. Non seulement (scoop!) les femmes existaient en 1920, mais il existait déjà des mouvements féministes, et ce depuis plusieurs décennies, alors vouloir comme vous le faites opposer radicalement « sexisme » et « ne pas être féministe », je trouve ça aussi déplacé que vouloir opposer « raciste » et « ne pas être anti-raciste ». C’est du même ordre de grandeur en ce qui concerne la pertinence politique, à mon avis.
            Encore une fois, je ne cherche pas à accuser Tolkien, ou en tout cas ça ne m’interesse pas, je cherche à questionner la pertinence politique que de vouloir à tout prix réduire la question de l’adaptation du film à cette question de « l’intentionnalité de Tolkien ».
            Tolkien a écrit une œuvre sexiste par omission, et il l’a écrit au sein d’une société hautement patriarcale. A partir de là, comme je l’expliquais dans mon post à Victo, « l’intentionnalité », c’est un faut problème, ou plutôt une mascarade libérale, pour être plus exact 🙂

            « Et il faudrait peut-être établir le sexisme avant d’user ce genre d’argument. Parce que si je vous suis bien, sous prétexte qu’il n’y a pas de femmes parmi les compagnons d’Ulysse, il faudrait arrêter de lire et adapter L’Odyssée (et mettre Homère à l’indexe pour sexisme). »

            Attendez, si je vous ai bien compris, d’après vous Homère (ou plutôt la société grecque qui a produit les mythologies, dont l’Odyssée fait parti) et son oeuvre L’Odysée, ne serait PAS sexiste?
            Arrêter de les lire? Pourquoi donc?
            Faire passer sous silence le sexisme structurant de l’histoire? C’est un positionnement politique qui ne me plait pas 🙂
            Parce que, juste en passant, le fait qu’il n’y ait pas de femmes dans les compagnons d’Ulysses c’est peut-être le moindre des sexismes dans cette mythologie 🙂
            Bon, ceci étant dit, bien évidemment que oui c’est sexiste, car l’histoire d’Ulysses c’est une histoire de héros, d’actions, de bravoure, d’exploits physiques etc. dont les femmes (en tout cas en ce qui concerne les compagnons d’Ulysses) sont exclues. Pourquoi donc n’y a-t-il pas de femmes compagnons d’Ulysses si le sexisme est absent? Surtout que nous avons affaire à une histoire racontée pour et produite par une société hautement patriarcale, je vous le rappelle.
            Vous voyez le truc ou pas?

            « Précisément parce que c’est anachronique pour parler de Tolkien. La distinction entre identité sexuelle et substrat biologique est quand même assez récente. Si on veut critiquer Tolkien, il faut donc déjà voir comment ces questions pouvaient se poser à son époque. »

            Je suis avec vous en ce qui concerne la formulation (relativement récente) de « théorie du genre », qui en effet serait anachronique en ce qui concerne même le féminisme des années 1920. Toutefois, la revendication d’égalité (des sexes), elle, n’est pas toute nouvelle, même au temps de Tolkien.
            Je vois ce que vous voulez dire cependant, et encore une fois ce n’est pas la question de mettre (ou pas) Tolkien au pilori, mais plutôt de comprendre en quoi il est fort discutable d’adapter de manière non-critique une oeuvre qui est sexiste (car elle exclut les femmes du domaine de l’aventure), et de reproduire aujourd’hui des représentations sexistes en les tirant d’oeuvres elles-mêmes sexistes sans à aucun moment se remettre en cause.

            Pour être plus explicite, ce n’est pas Tolkien que je critique, c’est vos propos 🙂

          • Cette évolution passe aussi et peut-être surtout par le prestige et la reconnaissance de plus en plus grande qu’il connait aux yeux des ses compagnons (hommes, donc) de route, qui eux sont des virils des vrais, et qui « l’acceptent » petit à petit, au fil des actions héroïques, au sein du « clan des hommes » (« virils », donc).

            Ça c’est ce qui se passe dans tous les groupes confrontés à l’adversité. Le processus « faire ses preuves en tant qu’élément extérieur => gagner sa place en tant que membre du groupe » aurait été le même avec une Hobbite et des Naines.

            … d’ailleurs c’est le ressort qu’emploie assez souvent le méchant traitre pour endormir les gentils parmi lesquels ils veut s’infiltrer, afin de mieux les poignarder au moment critique où le groupe aura remis sa survie entre ses mains.

            Pour être plus explicite, ce n’est pas Tolkien que je critique, c’est vos propos

            Je crois que je vois. Ce que vous voulez dire en fait, c’est qu’à partir du moment où on a établi qu’une œuvre était raciste, sexiste, cequevousvouléiste, dire qu’elle reflète les préjugés de son temps n’enlève rien à ce caractère? Si c’est le cas, je suis d’accord, mais ce n’est pas tout à fait mon propos. L’axe de ma réponse est plutôt de critiquer qu’absence signifie exclusion. Pourquoi donc Tolkien aurait-il envisager un personnage de femme-aventurière? en quoi cela aurait-il servi son histoire? son époque ne l’inclinait pas à ne serait-ce que poser la question, et je ne pense pas que ses sources aient dû non plus lui inspirer cela.

            Prenons le contre-exemple de Thelma et Louise pour mieux illustrer. Dans ce film, tous les hommes sont assez peu reluisants sinon pitoyables, si bien qu’on pourrait s’exclamer Quoi, il existe quand même des hommes bien sur Terre, ce film ne leur fait aucune place c’est du sexisme!. À mon avis ce serait faux, parce que ce film ne met pas en cause qu’il y ait des hommes bien, il montre simplement comment les comportements masculins peuvent être oppressants. Ajouter un personnage d’homme « bien » ne serait que du politiquement correct, qui n’apporterait rien voire affaiblirait son propos.

            Or, qu’aurait donc apporté un personnage de femme dans Bilbo le Hobbit, à part que « bah… voilà, y a une fille, quoi »? en quoi l »histoire aurait-elle été plus forte? Tant par rapport à l’équilibre dramatique de l’ensemble qu’au contexte de production, ça parait tout de même maigre pour frapper de sexisme. Ou alors on considère que dès qu’un film australien ne figure pas d’Aborigènes ou qu’un film finnois ne compte pas de Lapon, ou encore qu’un Western est sans Amérindiens, il s’agit automatiquement d’œuvres racistes…

        • « Quand à Galadriel, c’est une elfe, pas une humaine, il est donc parfaitement normal qu’elle apparaisse sous un jour plus surnaturel (ce n’est pas une créature commune, c’est un peu comme figurer un ange, si vous voulez). »

          Si on fait des recherches d’affiches avec les personnages masculins elfes, comme Elrond ou Legolas, on est pas du tout sur les mêmes symboles : à savoir blanc lumineux, passivité, surnaturel, douceur… C’est bien parce qu’il s’agit d’une elfe femme qu’elle est représentée de cette façon, son statut de femme est déterminant.

          • @ Tom Bombadil

            La conversation entre Liam et vous s’est cristallisée sur le roman de Tolkien et la question de savoir si, étant établi qu’il est sexiste de notre point de vue en 2013, cela aurait un sens de le dire sexiste selon les critères de son époque et de son genre littéraire (saga nordique).

            certes c’est intéressant mais ça ne remet en rien en cause l’analyse que propose l’auteur de l’article

            celui-ci en effet traite d’affiches publicitaires contemporaines, diffusées massivement et mondialement, pour une adaptation ciné à très haut budget et à très haute fréquentation du roman.

            – pourquoi une adaptation de ce roman a-t-elle été réalisée aux USA (hégémon culturel) en 2012?
            – pourquoi cette adaptation a-t-elle bénéficié de tels moyens?
            – pourquoi ce film a-t-il attiré autant de spectateurs?

            Si l’on accepte l’analyse de Paul Rigouste sur l’imagerie machiste véhiculée par les affiches, et si l’on admet que (tout commme l’Iliade et l’Odyssée, oui quand même) Bilbo est un roman sexiste, on doit bien conclure que les réponses aux questions précédentes sont: parce que notre société et notre culture sont empreintes de sexisme.

            et je rebondis sur ce que Liam a seulement effleuré, à savoir votre syllogisme selon lequel si Tolkien est sexiste alors on ne devrait plus le lire, or on le lit toujours et avec plaisir (ce n’est pas moi qui dirai le contraire), donc c’est qu’il n’est pas sexiste.

            on peut critiquer une oeuvre, y compris avec une grille de lecture contemporaine, sans réclamer qu’elle soit interdite ou brûlée. on peut même prendre plaisir à la lire, la recommander à ses amis, et être ravi qu’elle soit adaptée en film… sans se départir de sa jugeotte et de sa distance critique!

          • @Matthieu Millou

            Votre raisonnement est un peu circulaire, il commence par poser que M. Rigouste a raison parce qu’il a démontré son fait, alors que c’est ce que je conteste précisément.

            Dans une société médiévale, les personnages de femmes pratiquant le métier des armes sont quand même très minoritaires. Certaines peuvent revêtir les atours de guerre mais elles ne chargent pas l’ennemi comme peuvent le faire les hommes de même rang. Dans ce contexte, prendre une femme dans une équipe qui va en découdre serait au minimum innovant par rapport aux sources de Tolkien (mais, j’insiste, peut-être qu’en lisant les sagas on pourrait trouver à y redire, en attendant…)

            Alors après vous me répondez qu’on ne s’attaque pas au roman, mais à l’adaptation; mais quoi, si on réadaptait La 317e Section de Schœndœrffer, faudrait-il y mettre une femme soldat, par ce que sinon c’est de l’entre-soi de mâles sexistes?

            et je rebondis sur ce que Liam a seulement effleuré, à savoir votre syllogisme selon lequel si Tolkien est sexiste alors on ne devrait plus le lire, or on le lit toujours et avec plaisir (ce n’est pas moi qui dirai le contraire), donc c’est qu’il n’est pas sexiste.

            Je n’ai jamais dit une chose pareille, ou alors montrez-moi où j’invoque le plaisir de lecture comme argument (Tolkien me fait plutôt bâiller, si vous voulez savoir, point de vue Fantasy je suis plutôt Pratchett)? Je disais simplement que si on commençait à partir du principe que dès qu’il n’y a pas de personnage féminin employé comme un homme dans une œuvre celle-ci est sexiste, il n’allait pas rester grand chose à sauver de la littérature (j’ai pris Ulysse, parce que ses compagnons sont des soldats et que des hoplites femmes, voilà… )

            Enfin, vous critiquez l’industrie, mais sans elle il n’y aurait certainement pas eu ce mouvement dans la conception des œuvres, qui considère que puisqu’on s’adresse à tous, tous doivent y avoir une place. C’est une question très moderne, à mon avis parfaitement étrangère aux époques précédentes; leur appliquer cette problématique me semble donc à peu près aussi pertinent que se demander si Vercingétorix était un leader nationaliste.

      • Je suis d’accord avec ce qu’écrit Bombadil sur le Bilbo. C’est particulièrement casse gueule à analyser, parce-que c’est du fantastique (on a donc pas à faire à des humains, mais à des Elfes, Nains, Orcs etc). Il faudrait se lancer dans une analyse des sociétés naines du Seigneur des anneaux, et à moins d’être un fan inconditionnel du Seigneur des Anneaux, ça parait bien puéril.
        Ensuite, il faudrait se pencher sur le contexte dans lequel a été écrit l’œuvre (celui d’un philologue universitaire anglais des années 30) et ses sources d’influence (Beowulf par exemple). Par exemple: les nains sont une représentation des juifs tels qu’ils étaient vu dans les annez 30 (gros nez, soif de l’or, chassé de leurs terres etc).

        Vous caractérisé Tolkien de sexiste. On ne juge pas à postériori, sauf en faisant preuve d’anthropocentrisme et biais rétrospectifs. Vous allez vous faire taper sur les doigts par les historiens de la littérature à faire ça ! Bombadil a bien montré les limites de cette approche en vous prenant l’exemple de Homère.
        En revanche, vous pouvez jugé l’oeuvre de Tolkien en le situant par rapport à son époque. Est-il dans les années 1930 parmi les conservateurs ? Les communistes ? Quels sont les idées qui l’animent ?

        • L’oeuvre de Tolkien a été analysée en long, en large et en travers, y compris en milieu universitaire. Ce n’est pas parce que c’est du fantastique que ce n’est pas analysable, bien au contraire : les personnages de Tolkien ont un sexe et un genre, qu’illes soient elfes, nain-es, humain-es, hobbits, etc. De nombreux travaux ont montré les sources d’inspirations de Tolkien, dans les mythologies nordiques par exemples, mais aussi dans le contexte historique des deux guerres, par exemple. Et honnêtement, quiconque se penché un tant soit peu sur le sujet peut constater le sexisme et le racisme présent dans le seigneur des anneaux (vous en donnez vous-même un très bon exemple).

          Il n’y a presque qu’aucun personnage féminin de premier, ou même de second plan dans le Seigneur des Anneaux. Les 3 personnages féminins un tant soit peu présents sont empêtrées dans des stéréotypes sexistes (Galadriel, Arwen (bien plus présente dans le film que dans le bouquin on où ne la voit qu’à la deuxième partie du tome I, et dans la dernière partie du livre II), et Eowyn (dans le rôle de la « vierge guerrière »)).
          Le contexte de l’écriture du SdA, c’est la deuxième guerre mondiale et l’après-guerre, autrement dit une période où les femmes ont « pris le relais » des hommes dans des métiers qui leur était jusque là interdit, et qui a connu un backlash conservateur après la fin de la guerre pour les « ramener à la maison ». Donc non, Tolkien n’était pas vraiment progressiste pour son temps.

          Et même s’il l’avait été : rien n’empêche d’analyser politiquement l’oeuvre de Tolkien par rapport à nous, qui sommes lecteurs-rices de ses ouvrages. Et aujourd’hui, comme hier, les romans de Tolkien invisibilisent les femmes et véhiculent des stéréotypes sexistes sur les rares personnages féminins présents.

          • (au passage, la société naine comprend bien des femmes, mais dans le Silmarillion et ailleurs, il est écrit qu’on les voit très rarement, ce qui est explicable soit par le fait qu’elles ne voyagent jamais et restent à la maison, soit par le fait (également précisé dans les ouvrages) qu’il est difficile de les différencier des nains hommes, et donc que personne ne sait quand ille s’adresse à un-e nain-e.)

          • J’ai pas écrit qu’il n’y avait pas eu d’analyses de faites, j’ai écrit qu’il aurait fallu les utiliser.
            Quant à dénoncer l’oppression patriarcale dans le royaume Elfe (vous l’écrivez pas, mais l’idée est là), c’est un bon moyen de perdre son temps et se décridibiliser.

          • J’ai pas écrit qu’il n’y avait pas eu d’analyses de faites, j’ai écrit qu’il aurait fallu les utiliser.

            Non, vous avez écrit : « Il faudrait se lancer dans une analyse des sociétés naines du Seigneur des anneaux… »,  » il faudrait se pencher sur le contexte dans lequel a été écrit l’œuvre ».
            I.e. : « vous auriez dû faire des analyses du SdA » (s’il faut les faire, c’est qu’elles n’existent pas déja), et non pas « vous auriez pu faire référence ou vous baser sur les analyses faites sur le SdA ».

            Quant à dénoncer l’oppression patriarcale dans le royaume Elfe (vous l’écrivez pas, mais l’idée est là), c’est un bon moyen de perdre son temps et se décridibiliser.

            Je ne l’écris, alors comment pouvez-vous dire que c’est ce que je dénonce ? Vous avez des pouvoir psychiques spéciaux ?
            Et sinon, en quoi c’est un bon moyen de se décrédibiliser ?

          •  » Il faudrait se lancer dans une analyse des sociétés naines du Seigneur des anneaux ». Oui, il faudrait, et comme l’auteur ne l’a pas fait, l’article est pas terrible.

            Comme vous le dites, y en a qui l’ont fait. C’est donc pas un effort insurmontable d’aller sur un site qui en cause, ou d’aller sur wikipedia.

            Quant à ma remarque sur les elfes, j’en sais rien si vous le pensez ou non, mais comme vous sembler appuyer l’auteur du billet, je vous réponds.

            Vous portez un jugement à posteriori sur une œuvre littéraire. Je vois pas bien ou vous voulez en venir, avec ça.
            L’auteur qui écrit dans la première partie du XXe siècle, qui s’inspire de la légende de Beowulf et de ses connaissances de l’angleterre médiévale, qui créé un univers fantastique avec des chevaliers, des trolls et des nains, porte pas de message féministe. Bah merde alors, ça me scie les jambes.

          • Alors, si je comprend bien le coeur de votre critique, vous partez du principe qu’on ne peut pas analyser d’un point de vue politique une oeuvre littéraire datant des années 1950.

            Alors déjà, considérer que forcément la première moitié du XXe siècle ne comporte que des écrivain-es aux idées conservatrices et anti-féministes, c’est ne pas connaître tout un tas d’auteurs/rices, de mouvements politiques qui se sont passées à ce moment-là (un peu comme quand on parle « du » Moyen-âge comme d’une période particulièrement peu avancée en terme de droits, d’idées politiques, d’art, etc, alors que pas du tout, et même plutôt le contraire).

            Ensuite, pourquoi ce « jugement a posteriori » ne serait pas valable ? Parce que le contexte de l’époque de rédaction n’avait pas les mêmes consensus en ce qui concerne le féminisme que ceux, prétendument, d’aujourd’hui ? Mais à partir du moment où cette oeuvre est lue et adaptée à l’écran pour le public d’aujourd’hui, pourquoi serait-il interdit de confronter le discours de l’oeuvre avec le contexte, le point de vue et les idées de celleux qui la lisent aujourd’hui et maintenant et qui en forment un sens ? Les histoires que racontent Tolkien utilisent des codes, des tropes, des stéréotypes qui premièrement, sont toujours vivaces dans les productions artistiques contemporaines, et deuxièmement sont reçues, assimilées ou pas, par les lecteurs/rices d’aujourd’hui.

            C’est un fait que l’oeuvre de Tolkien ne soit pas un exemple de féminisme. C’est aussi un fait que l’on décide d’adapter son oeuvre, en modifidant deux-trois personnages au passage pour faire genre on remodernise l’oeuvre (Arwen dans SdA, Tauriel dans Bilbo), plutôt que celles d’autrices/eurs de fantasy ou de SF portant des messages féministes. Et qu’on ne vienne pas me faire dire que je pense que l’oeuvre de Tolkien ne mérite pas le succès qu’elle a, hein, parce que moi je suis fan ;). En revanche, indépendamment de ses qualités littéraires, elle hérite de codes et de pratiques problématiques (sexisme, racisme) qui se prolongent aujourd’hui.

          • Merci pour la réponse.

            On peut analyser une œuvre pour la situer politiquement, mais seulement en la replaçant dans son contexte (c’est ce que j’essaye de dire dans mon premier post).
            Prendre l’œuvre en tant que telle est la soumettre à un jugement de valeur ethnocentré n’a pas d’intérêt (c’est ce que je reproche initialement à l’article). Au vu de votre dernier post, il me semble que vous êtes plutôt d’accord avec ça.
            Laissons les biais rétrospectifs aux juges de l’histoire, qui y feront le tris entre le « bien » et le « mal », qui ne sont plus dans l’analyse littéraire ou la critique historique, mais dans la construction identitariste.

          • Prendre l’œuvre en tant que telle est la soumettre à un jugement de valeur ethnocentré n’a pas d’intérêt (c’est ce que je reproche initialement à l’article). Au vu de votre dernier post, il me semble que vous êtes plutôt d’accord avec ça.
            Laissons les biais rétrospectifs aux juges de l’histoire, qui y feront le tris entre le « bien » et le « mal », qui ne sont plus dans l’analyse littéraire ou la critique historique, mais dans la construction identitariste.

            En fait, il y a deux questions différentes auxquelles on peut répondre :

            1) l’oeuvre pouvait-elle ou était-elle perçue comme sexiste au moment de sa publication ? Ceci implique la démarche de, comme vous le dites, remettre en contexte l’oeuvre pour la situer politiquement. On est d’accord là dessus.

            2) l’oeuvre peut-elle ou est-elle perçue comme sexiste aujourd’hui ? Ceci implique d’analyser la réception actuelle qui peut-être fait de l’oeuvre par le public d’aujourd’hui. C’est ce à quoi cet article se livre, sans prétention de répondre à la question n°1.

            Maintenant, j’ai l’impression qu’il ne faut pas se voiler la face en considérant que le sexisme d’il y a 60 ans est si différent du sexisme d’aujourd’hui : les expressions sont peut-être différentes, mais les mécanismes sont peu ou proue les mêmes. Du coup, il est également pertinent, sur ce sujet, de relier entre elles les analyses effectuées pour répondre aux deux questions ci-dessus. Si aujourd’hui, on considère que l’oeuvre est sexiste selon des critères bien définis, alors on peut raisonnablement conclure que l’oeuvre l’était aussi il y a 60 ans dans des termes similaires.

  2. Rien que les données statistiques présentées en début d’articles sont sans appel.

    Malheureusement, l’analyse sémiologique qui suit atteint très vite ses propres limites, tout simplement – et c’est d’une tristesse ! – parce que les outils interprétatifs eux-mêmes sont genrés… Et oui ! Dans cette société partriarcale, on nous a appris à percevoir différemment hommes et femmes, et ce avant même tout travail d’analyse.

    Ainsi, des critères descriptifs « objectifs » voient toujours le sens qui leur est associé distinct selon qu’ils s’appliquent à un homme ou à une femme.

    Reprenons, dans votre article, la Veuve Noire et James Bond.
    Si la première est représentée « la bouche entrouverte », cela « érotise clairement l’actrice » – alors que la bouche entrouverte du second fait sentir « qu’il a de gros soucis dans la vie ».
    Idem pour la tenue vestimentaire : « La fermeture éclair de [la] combinaison [de la Veuve Noire] est légèrement entrouverte, comme pour nous indiquer que le plus intéressant chez ce personnage est ce qu’il y a en dessous de ladite combinaison » – par contre chez l’homme, « Sa cravate est dénouée et sa chemise déboutonnée, comme s’il avait besoin de respirer parce que trop oppressé ».

    Les faits sont là : fasse au filtre de nos mentalités, l’image de l’homme et l’image de la femme sont (très) inégaux face à l’érotisation.

    Je digresse un peu, mais c’était une remarque que je m’étais déjà faite, ailleurs que sur ce site, à propos des jeux vidéos : il est indéniable que la représentation de la femme dans les jeux vidéos est, à quelques exceptions près, particulièrement sexiste, mais c’est encore renforcé par le fait que quelle que soit la représentation offerte, la plastique, la posture, la tenue (le moindre décolleté sera forcément perçu comme « plongeant »), il se trouvera quelqu’un pour la trouver « suggestive » ; parce que ce que notre société définit comme la « féminité » est déjà, en soi, forcément érotisée, et elle invite donc à plaquer l’érotisme sur l’image de la femme, toujours et en tout lieu.
    À l’inverse, il est aussi difficile de représenter un homme manifestement érotique (et seulement érotique) : qu’on le présente torse nu, voire carrément en slip, et pour peu que ses muscles soient un peu dessinés, l’analyste verra plutôt une glorification de la force physique, de la santé, du travail – alors qu’au fond, qu’est-ce que la « virilité » sinon une caractéristique éminemment sexuelle (« l’idéal » du « bon reproducteur », patati patata…) ?

    Montrer une paire de seins, dans notre imaginaire, c’est forcément sexuel (alors que biologiquement, ce n’est pas directement un organe lié au coït, mais un organe maternel destiné à nourrir un nourrisson).
    Quel caractère sexuel secondaire du physique masculin est aussi exclusivement perçu comme sexuel ? Aucun : même montrer ses couilles est plutôt perçu comme de l’effronterie, du manque de respect, plutôt que comme une invitation sexuelle !

    Bref : questionner les images c’est bien, l’usage qu’on en fait, encore mieux, mais si l’on veut prendre le mal à sa racine, c’est carrément notre lecture-même des images qui est à revoir…

    • Je ne suis pas d’accord. Vous montrez que l’auteur a une grille de lecture genrée. En fait, la grande question n’est pas de savoir si on peut tout interpréter de façon genrée (oui), mais si l’auteur a raison de le faire. Pour trancher, il faudrait pouvoir rentrer dans le processus de production des images. Faire des entretiens avec des réalisateurs, des producteurs, des acteurs, des metteurs en scènes, des service marketing, etc. Les films sont le résultats d’un processus de production long et complexe. Je suis à peu près convaincu que le choix de l’image la plus « virilisante » pour l’affiche principal est effectivement, intentionnellement ou non, le résultat d’un pensée « masculiniste ». Et je suis à peu près sûr qu’un entretien avec les services marketing permettrait de le prouver, ce qui est bien suggéré par l’auteur. Par contre, je suis assez convaincu qu’une partie des autres critiques n’ont pas autant de pertinence et relèvent simplement du passage en mode « buldozer » de l’auteur qui applique sa grille à tout ce qui dépasse « pour celui qui n’a qu’un marteau, tout ressemble à un clou »
      Par exemple le traitement de Galadriel me semble à côté de la plaque, je ne vois vraiment pas ce qu’elle a de maternel et pour tout dire sur les deux premières images, elle me semble plutôt tirer vers une représentation « androgyne » que vers une représentation « de la féminité éternelle ». C’est de ce point de vue assez conforme à l’image des elfes dans le roman qui sont quasiment hors sexualité.
      Autre exemple: dire que l’aventure consiste dans l’imaginaire populaire à « sortir de sa maison », est vrai, et l’une des images l’illustre effectivement, mais ce qui est amusant, c’est que la dernière image de la série sensée illustrer cette nécessité de « sortir de chez soi », c’est la porte de la Moria, c’est à dire la maison des nains. D’ailleurs, le fim raconte quand même cette idée de « rentrer à la maison » comme le but du voyage. Est-ce que l’analyse d’une image peut complètement se passer de l’histoire que les images évoquent? ou peut on faire comme si les références que les images font au scénario n’ont aucune importance? ça me semble léger. J’aurais tendance à penser que dans la production de ces images, il y a toutes sortes de raisons qui s’entrechoquent et qui aboutissent à une « affiche » où des éléments narratifs rencontrent des choix de mise en scène qui rencontrent des techniques et des objectifs de marketing.
      Sur le fond, je suis plutôt d’accord avec l’article, mais il me semble que ce genre d’exercice d’analyse est tout de même très dangereux car on ne voit pas très bien ce qui permettrait de faire le choix d’une interprétation plutôt qu’une autre. Si je suis plutôt d’accord avec les interprétations faites par l’auteur, c’est dans le fond le résultat plutôt d’une inclination personnelle. C’est pour cela qu’il me semble que ce dont nous avons besoin, c’est d’un véritable accès au mode de production des affiches, de façon à pouvoir saisir comment des choix, qui peuvent être conscients ou inconscients, ont été faits et ont aboutis à ces images. Ce serait d’ailleurs intéressant de dépatouiller tout ça.

      • Pour Galabriel elle m’evoque plutôt l’image de la vierge, même de la vierge marie catho vu qu’elle est la seul femme toléré dans cette histoire de christ nain et d’apôtres guerriers. La passage de la vierge a la mère peut se faire aussi par le côté protecteur et bienveillant de cette figure, toutes qualités prêter aux mères par le patriarcat. Galabriel corresponds en plus au cliché de « mère nature » une elfe qui vit dans la forêt et parle aux arbres et protégé les petits hobbit de son grand manteau blanc. Je remarque aussi qu’elle n’est pas érotisé, car la tradition patriarcale de sexualise les mères (cf dichotomie maman-putain et vierge-salope). Ici Galabriel est une image du féminin « care », un domaine valorisé pour les femmes, mais tout de même sexiste.

        Pour le fait que nos regards sont issus d’une culture qui sexualise les femmes et héroïse les hommes, il y a tout de même le cas de Hunger Game qui explique comment une image de femme peut ne pas être erotisé. C’est donc que c’est possible. Pour l’homme erotisé on trouve aussi des exemples dans la pub, surtout pour des parfums avec des hommes à la tête coupée par le cadrage et réduit a une tablette de chocolat huilée et glabre, mais je pense aussi a un film comme 300 qui me semble être de l’homo-érotisme a destination des hommes-cis hétérosexuels, soit une bande de gars à « grosse bite » et « bien burnés » qui se mesurent les uns, les autres. Ces histoires de gros types musclés, héroïques et dominants avec des gros guns ou des grosses épées ça me semble très érotique même si la plus part des hommes cis-hétérosexuelle ne le reconnaîtrons jamais, car l’homo érotisme masculin est un tabou patriarcal.

        • En revoyant l’affiche de « Bane » dans la série des Batman, je le trouve aussi érotique à sa manière. Tous ces muscles bandés et hypertrophiés me semblent évoquer l’érection de la verge toute puissante, ce qui correspond à un massage érotique valorisant pour les hommes cis hétéro qu’on trouve aussi dans l’érotisme gay. James bond est aussi érotisé dans le même sens, le mec à qui aucune femme ne résiste c’est une des clé du succès de ce personnage auprès du public masculin et pour moi ceci est aussi un message érotique car c’est la mise en image d’un fantasme sexuel ( le mec qui se les fait toutes et qui a bien sur le costume de grosse bite-grosses couilles, tout cela associé à la force, à la domination, à la liberté…)

          C’est pas que les femmes soient moins ou plus érotisés que les hommes, elles le sont différemment, en étant objectivées alors que l’érotisme des hommes à destination des hommes les subjective et les héroïse. La femme érotisée est érotisée à destination des hommes et l’homme érotisé l’est aussi à destination des hommes. Les hommes sont invités à s’identifier et à se projeté dans une image de puissance ( présente pour Batman et en devenir pour Bilbo par exemple). La spécificité de l’érotisation des hommes à destination des hommes c’est quelle ne dit pas son nom, elle est plus hypocrite car justement peu de gens veulent reconnaître que la plupart des héros de la culture patriarcale sont des fantasmes érotiques masculins.

          • « La femme érotisé est érotisé a destination des hommes et l’homme érotisé est aussi a destination des hommes ».

            Excusez-moi, mais je ne suis pas sûr de comprendre votre analyse. La femme ne peut jamais être érotisée pour les femmes, ou l’homme l’être pour les femmes?

            Si c’est bien votre propos, je suis désolé, je trouve ça assez réducteur… Si vous partez de la base d’un postulat qui est que les affiches de films ne sont destinées qu’à un public masculin, vous oubliez sciemment toute une frange de la population ciblée par le marketing. Certes, de nos jours, la publicité s’adresse en priorité aux hommes, mais les campagnes d’affichages pour film visent aussi les femmes, et le potentiel d’érotisation des héros (que ce soit Batman ou les Avengers, ou même Bond) leur est tout autant destiné…

          • Tu veux dire que Batman, les avengers, Spiderman, James bond et Bilbo ciblent tout autant le public masculin que féminin ? Pour hunger games je veux bien et comme par hasard c’est la seule affiche qui n’érotise pas l’actrice principale. Ne lui impose pas de torsion de la colonne vertébrale pour montrer son cul et ses seins dans la même image comme c’est le cas pour catwoman par exemple dans certaines affiches.

            Par rapport à la destination de l’érotisme. Les femmes sont invitées à s’autoérotiser dans une représentation au service de la sexualité masculine. Par exemple l’affiche de catwoman en gros plan sur son visage, n’a pas de regard, uniquement une grosse bouche rouge et luisante prête a embrasser le spectateur-Batman. Tu va peut être me trouver obsédée mais cette bouche rouge sans regard m’évoque les lèvres du sexe féminin. Perso m’imaginer en chatte à grosse bouche rouge, prête à accueillir le premier spectateur venu ça ne l’érotisme pas trop et l’image de Bane tous muscles bandés me glace totalement.

            Dans l’autre partie de l’article tu dis que l’une des images de Spiderman est rigoureusement la même qu’une avec catwoman, mais je ne vois pas trop desquelles tu parles. Il y a une image de catwoman un peu de dos, mais elle ne me semble pas identique à celle de Spiderman.

            Celle de catwoman de dos. Elle tiens son arme vers le bas- n’est pas agressive et n’est pas en train de combattre. Son corps fait une torsion pour montrer au spectateur ses fesses bien moulées et un bout de sein qui ne devrait pas dépasser. Ici Photoshop a permis ce miracle en ajoutant un bout de sein sous l’aisselle de catwoman. Son regard direct sur celui du spectateur ne traduit pas une vie intérieure. Pas de doute existentiel comme pour Bilbo ou Spiderman.

            Celle de Spiderman il est de dos et on ne voit même pas son petit cul d’homme-araignée. Il occupe plus d’espace dans l’affiche et on ne voie pas son corps en entier, les cuisses sont coupées. Il ne regarde pas le spectateur mais semble se questionner. Son large dos occupe tout l’espace et ce n’est pas tout le corps qui se tourne mais seulement la tête. C’est très différent.

        • @ Meg

          Puisque vous répondez à mon commentaire, je me permets de répondre (sinon, il fallait directement répondre à l’article principal). J’ai rarement eu autant l’impression de ne pas être compris. Il me semble que se poser la question de ce qui fait qu’une interprétation est juste a de l’intérêt. Le fait que vous soyez capable d’interpréter des images est tout de même secondaire: ça ne démontre rien sur la validité de l’interprétation que vous faites. A mon avis vos interprétation sont d’ailleurs particulièrement mal venues, mais ça n’engage que moi. Dans le fond, ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord que vous avez tort, car mes propres interprétations ne se basent pas sur grand chose de solide non plus. C’est à mon avis le problème de ce genre d’analyse: on a une image, un vague contexte culturel, et c’est tout. La question est donc « pourquoi choisir une interprétation plutôt qu’une autre alors qu’on a si peu d’informations ».
          L’auteur avait un argument intéressant: des statistiques. Ces statistiques sur la place des hommes et des femmes sont éclairantes, et elles montrent qu’on a raison de faire une analyse genrée des affiches de cinéma. Mais il y a tout de même un écart important entre ce que ces statistiques peuvent démontrer (la place mineure des femmes) et une analyse des représentations du genre.
          Je crois qu’on ne peut arriver à rien sans connaître le processus de production des affiches. Si l’on veut rester sur cette image de Galadriel, vous avez visiblement une autre lecture que la mienne, je ne peux pas être sûr d’avoir raison, car si ça se trouve les gens qui ont participé à la production de cette affiche ont bien une lecture « catho » de ce personnage. Mais à mon sens ce serait un non sens complet. Galadriel n’a rien à voir avec la Vierge Marie, et ce que vous me dites dessus m’a l’air incohérent au regard de ce que je connais (le livre, et un peu les films). Je n’ai pas particulièrement suivi les entretiens de Peter Jackson pour savoir s’il avait fait de lui même une interprétation catholique de ce personnage, et je ne connais pas assez sa biographie pour savoir s’il a une « culture » catholique qui aurait pu l’amener à intégrer « inconsciemment » de telles motifs (Tout ce que je sais, c’est qu’il a au contraire tenu à donner un rôle plus important à quelques femmes dans le film, au vu du livre). Sans compter qu’il n’est même pas le véritable auteur de l’affiche, qui a probablement été élaborée par des services marketing (mais sans doute que ces services n’étaient pas en autarcie par rapport au reste de la production).

          • La blancheur est associé à la pureté et à la virginité en occident que ça soit chez les cathos, tolkien, Jackson, les pubeux qui ont pondu l’affiche et chez les spectateurs. Si vous voyez autre chose dans cette affiche n’hésitez pas à le dire, ça permettra de parler dans le concret.

      • Il faut distinguer deux approches différentes : en effet, replacer l’affiche dans son contexte de prolongement d’un film, d’un univers, empêche certaines interprétations, et nécessite de se plonger plus dans le processus créatif de l’affiche – mais c’est une approche limitée au connaisseur, ou, au moins, au simple spectateur mais APRÈS qu’il ait vu le film.

        Or sauf erreur de ma part, l’article part d’un autre point d’attaque : l’affiche prise pour elle-même, comme objet de l’espace public, vue par un béotien, AVANT qu’il n’aille voir un film, et donc, s’il va le voir, potentiellement déterminant de sa lecture du film lui-même.
        Pour cette seconde approche, il n’y a pas lieu d’aller s’informer sur les intentions réelles de l’affichiste ou même des scénaristes/réalisateur/producteur, car leur affiche, soumise au sens commun de Monsieur et Madame tout-le-monde qui la croise dans la rue, dépasse complètement le monde fictif du film pour être « polluée » par le « monde réel » quotidien.

        Ces deux approches sont complémentaires, et on ne peut pas vraiment (même si eux-mêmes ne sont pas naïfs et en jouent) tenir rigueur des services de com des maisons de production des « effets secondaires » de leur affiches : ainsi, effectivement, la vision « virginale » de Galadriel est un contre-sens total par rapport à l’univers de Tolkien ; il n’empêche, pour le quidam qui attend son bus à côté de l’affiche, c’est une lecture qui a lieu.

    • Je suis plutôt d’accord avec DarkPara, en particulier sur ce que vous dites sur la double analyse de la bouche ouverte, ou de la monstration des muscles.
      Pour James Bond, je trouve aussi cette analyse du noeud défait en termes d’oppression bien tirée par les cheveux, et l’affiche à elle seule ne me semble pas pouvoir la permettre (il faut pour cela lier affiche et analyse du film). Ce noeud défait me semble par exemple pouvoir connoter un certain érotisme par exemple.
      Les analyses sur James Bond me semblent ainsi un peu extrapolées… De même je trouve que les premières affiches le représentent plus comme un héros élégant et gentleman (le costard) que comme ultraviril (ce que sont par exemple les héros de The Avenger, moulés dans leurs combinaisons qui mettent en valeur leurs muscles, ce que ne fait pas le costard de Bond !)

      Après, c’est de toute façon un fait de notre société patriarcale : le corps des femmes est avant tout érotisé pour un regard masculin, le corps des hommes est avant tout virilisé toujours pour un regard masculin (et très concrètement parce que les concepteurs sont masculins et qu’ils oublient souvent un peu de parler aux femmes). Cette analyse ne me semble donc pas toujours fautive, au contraire. Il faut savoir trouver la limite et ne pas se laisser influencer par avance par ce qu’on veut montrer… C’est pas toujours facile.
      Le plus intéressant selon moi pour essayer d’être le/la plus rigoureux-se possible est de se poser la question : ferait-on l’inverse ? J’essaye de toujours me poser cette question quand j’analyse les représentations des hommes et des femmes.
      Càd par ex pour la Veuve noire : représenterait-on un personnage masculin avec le même vêtement ? Ici la réponse me semble être oui (alors qu’on répond souvent non face aux représentations de femmes en bikini et autres petites tenues qui me semblent bien plus sexistes et érotisantes que cette tenue de la Veuve noire, cf. si on compare les représentations de héros masculins et féminins dans beaucoup de jeux vidéos). Il y a donc une forme d’égalité dans la représentation des héros féminins et masculins, ou en tout cas une moins grande disparité que ce que l’on voit très souvent ailleurs.
      Autre question : le représenterait-on dans la même position (c’est à dire ici un déhanché à faire mal voire physiquement impossible qui met en valeur seins et fesses) ? Ici je répondrai plutôt non. On a donc bien une représentation spécifique du personnage féminin qui semble avoir pour but de mettre en valeur son corps, et de le sexualiser pour un regard masculin. On peut poser les mêmes questions et avoir à peu près les mêmes réponses pour Batman et Catwoman.

      C’est sûr qu’analyser objectivement c’est dur, surtout quand on part avec, plus ou moins consciemment, un but : montrer que c’est sexiste (je le fais aussi, je m’inclus dans ce « on »). Parfois on extrapole sur des détails…

  3. L’affiche de Bilbo où celui-ci sort de sa maison, la porte d’entrée faisant un anneau, me fait aussi penser à la naissance. Pour moi Bilb semble sortir du ventre maternel.

    • Oui je suis d’accord. Ça me semble une image classique des « romans initiatiques » le fait de sortir du ventre maternel pour devenir un homme est une image que j’ai vu souvent. Par exemple dans « les aventures de Gordon Pym » d’Edgar Allan Poe qui est aussi un roman initiatique, commencé par un long passage dans l’obscurité de la cale du n’avoir dans lequel Gordon Pym se cache car il s’est embarqué clandestinement. On passe de la cale, poche obscure et inquiétante et son chemin initiatique passe par la sortie de ce ventre inquiétant et rassurant à la fois. Tolkein-P.Jackson sont en plein dans ce registre. Bilbo est un gamin qui va quitter le foyer (maternel) et suivre ses paires(pères) et conquérir le monde et son anneau pour une fois devenu homme et reçu au club des guerriers a grosses épées et gros courage va pouvoir revenir à la maison en homme. Chez Poe c’est un peu plus tragique, pas de retour à la comté final. et aucune femme dans mon souvenir de ce roman, même pas une pauvre Galadriel de service.

      • A titre indicatif, Galadrielle n’est pas présente dans le roman.

        Le conseil ou elle apparait a été « importé » d’un autre récit, le Silmarion, sans certitude.

        De la même facon, il semble que lors du prochain film, une femme elfe sera un peu mise en avant aux côté de Légolas. Car, non, il n’y pas de femme dans ce roman.

        • Merci pour ces précisions, ça ne change pas que dans Silmarion et dans les adaptation de Jackson, Galadriel est une image de « mère nature » et proche de la vierge marie.

          • Je ne cherchait pas à vous contre dire ^^

            Par contre, le roman est dénué de toute femme, que ce soit déplorable ou non, c’est un fait.

            Hors, j’ai le sentiment que les scénaristes font ce qu’ils peuvent pour en introduire une quoiqu’il arrive (notemment la femme elfe totalement inconnue au bataillon du prochain film. Ceci dit, l’univers de Tolkien est si vaste, qu’il est possible qu’elle est été « importé » elle aussi)

            A tort ou a raison, je trouve assez délicat de reprocher la quasi totalité d’un casting masculin, alors que l’oeuvre adapté est comme ca.

            Notez que l’absence de « sexualisation » de Galadrielle est peut être dûe à la classe d’âge. La femme elfe, qui n’est pas une reine, mais une comparse de Légolas, n’as pas l’aire très sexualisé elle non plus. A voir.

          • Certes l’oeuvre de Tolkien est clairement sexiste, mais je ne vois pas l’ombre d’un lien avec « mère nature » et la Vierge Marie. Ce sont deux images qui sont liées à la maternité, et on en est au plus loin avec tout ça. Le problème, c’est que vous semblez penser qu’il suffit qu’un lien puisse être fait entre deux choses pour qu’il soit juste. Le minimum, si vous voulez fournir une interprétation serait de connaître l’oeuvre (or vous orthographiez mal depuis le début le nom de ce personnage et vous ne savez visiblement pas d’où il sort. Même s’il est présent dans le Silmarillon, c’est avant tout un personnage important du Seigneur des Anneaux). Je ne vois pas comment on peut faire une interprétation juste sans connaître ce qu’on analyse.
            L’image de « mère nature », c’est l’image d’une divinité matricielle, dont le monde est issu: rien à voir, on en est au plus loin ici. Quand à cette idée de « protection », elle n’a pas grand sens non plus, ce que la « froideur » de l’image rend bien: on est au plus loin de ce qui est typique des « vénus paléolithiques »: formes importantes, surdimension des attributs féminins.
            Quant à la Vierge Marie, il me semble là encore qu’il y a tellement peu de lien que je ne vois pas ce qu’on peut en dire.
            Tout ça est accessoire: je peux avoir l’air d’un espèce de Geek puriste, mais ce n’est pas le cas: c’est juste un livre que j’avais apprécié. Ma vie ne changera pas selon le type d’analyse qui sera produite de Galadriel. Mais cela me semble tout de même révélateur de la façon dont, ici, les images sont surinterprétées, sans grande référence à leur mode de production, à leur contexte de production. Au final vous me donnez l’impression que puisque vous avez politiquement raison, vous avez le droit de raconter n’importe quoi, ce qui est assez triste.

          • je n’ai pas pris votre remarque pour une « contre diction » ^^

            Pour le manque de femmes, le fait de choisir d’adapter ce roman fait par et pour les hommes est en soi questionnable. Comment une oeuvre qui fait l’impasse totale sur la moitié de l’humanité (de l’elfité, de la nainité ou de la trollité) peut il avoir renconté autant de succès et bénéficier de budgets aussi énormes pour son adaptation cinématographique. C’est pas la maigre volonté d’inclure une ou deux femmes toute à fait correspondantes au cliché dominant (cf Galadriel et le Care) qui améliore les choses.

            C’est de toute facon le serpent qui se mord la queue. La patriarcat produit des oeuvres patriarcales et les adapte au ciné pour faire perdurer l’idéologie patriarcale, idéologie qui rencontre de toute façon le plus de succès car c’est la culture dominante.

            Quant à la sexualisation de Galadriel, je pense que Tolkien était un gros puritain nordique et que dans son imaginaire du siècle dernier une image de la maternité ne peut pas être érotisé. Tout ceci en rapport avec la dichotomie maman-putain qu’on connait bien. Peter Jackson n’a pas modifié ceci, et l’affiche dont je parle enfonce ce cliché. Quant a la femme elfe comparse de Légolas je ne m’en souviens plus. Mais comme Tolkien c’est du puritanisme lourd, j’imagine que l’érotisation si il y en a est hyper cachée et refoulée.

          • @clic, par rapport à Galadriel en vierge marie, je ne suis pas la seule ici à faire ce rapprochement, voyez le commentaire de Didyme plus bas qui parvient aux mêmes conclusions que moi. Mais si vous avez une autre manière de comprendre et d’expliquer l’affiche de Galabriel toute blanche n’hésitez pas à le faire. Comme ça je comprendrais mieux ce que vous voulez dire. Que représente pour vous cette affiche de la « dame blanche » ? Que veut elle dire pour vous ? Que vous évoque-t-elle?

          • C’est bien normal que ne vous en « souveniez plus » à moins que vous n’ayez des dons de voyance ^^

            Je parle d’un personnage inventé pour le second film, et je fait simplement part de ma curiosité quant à savoir ce qu’ils vont en faire.

            Avant d’insulter ce pauvre Tolkien, qui auras bien du mal à se défendre depuis sa tombe, j’accuserais plutôt le service marketing pour ce qui est de la non sexualisation de Galadrielle. Le film s’adressant vraisemblablement aux jeunes garçon (du coup, l’idée d’une Galadrielle maternelle, plus que sexuelle, ne me choque pas… Mais alors seulement sur les affiches, car même dans le film elle apparait comme terrible, souvenez vous de Boromir qui pleurais en sa présence, effrayé)

            Encore une fois: j’attends de voir ce qu’ils vont faire de cette Tauriel, si elle est également dénuée de tout érotisme, nous sommes probablement en présence d’un shonen live et occidental.

          • Je répond à clic concernent le rapprochement entre la vierge Marie et Galadriel, c’est l’une des critique qui à beaucoup été faite à Tolkein (avant même qu’il publie son livre) que Marie et Galadriel se rapprochent sur beaucoup de point. Même si Tolkein à écarté l’inspiration direct, il n’a jamais nié que l’écriture du personnage de Galadriel avait pu être influencé par les enseignements catholique qu’il reçu.

            Donc Meg n’est pas la première à faire le rapprochement entre Galadriel et Marie.

            Après personnellement, ce que ça m’évoque, c’est que Peter Jackson n’a pas voulu s’éloigner de cette vision vierge/spectral du personnage, alors même qu’il s’est énormément éloigné de la description d’autres personnages.

            Je pense notamment à la relation entre Gimli et Legolas, que je trouve très homo-érotique dans le livre: legolas passe beaucoup de temps à valoriser Gimli, et ils projettent tous les deux de continuer à parcourir la terre du milieu après leur périple.
            Il y a aussi cette phrase très ambiguë de legolas, qui se dit être rassuré aux coté de Gimli et de « ses jambes robustes et de sa puissante hache ».
            Alors que dans le film on assiste plus à une franche camaraderie sans ambiguïté, avec taquinerie et concours de taille de bite (qui qui à tué le plus de monstre ?).

            Peter Jackson à clairement choisi ce qu’il voulais garder ou non dans son film, donc je pense que l’argument « c’est comme ça dans le livre » ne tien pas vraiment.

          • Bonjour,

            Je voudrais juste vous pointer une contradiction qui a émergé de ce débat par rapport au personnage de Galadriel (chez Tolkien) qui est causée je pense par la représentation qu’en donne P.Jackson.

            Si Tolkien est effectivement très largement sexiste (et pas « seulement » par omission), et est dans l’ensemble un pur produit des structures objectives qui peuvent constituer le professeur de lettre réactionnaire chrétien qu’il était, ces structures objectives patriarcales et religieuses ne sont pas suffisantes pour embrasser la totalité de son œuvre, c’est d’ailleurs ce qui lui donne un réel intérêt.

            A ce niveau, le personnage de Galadriel de Tolkien n’a absolument rien de la Vierge Marie que l’imagerie de P.Jackson tend à mettre en exergue. C’est, chose _unique_ chez Tolkien, un personnage féminin politiquement très puissant, dominatrice dans son couple (son époux n’existe dans l’œuvre qu’à travers elle) et qui a été activement complice d’un massacre épouvantable et fondateur dans la mythologie politique des hauts-elfes dont elle est devenue la dirigeante.
            Il y a un nombre non négligeable de femmes ayant des velléités subversives chez Tolkien mais elles finissent généralement soit dans le giron matriciel d’une relation hétéronormée (cf Eowyn), soit punies pour leurs velléités émancipatrices (forcément corrompues) par les péripéties de l’histoire (cf un nombre non négligeable de dirigeantes numénoréennes ou assimilées telles Beruthiel, Ancalimë, Telperiën, sans parler d’Erendis, etc.)

            De façon intéressante Galadriel échappe à ce trope tolkiennien genré. Elle demeure une dirigeante respectée et est « pardonnée » de ses fautes, non par le rachat hétéronormé mais par la renonciation volontaire au pouvoir absolu de l’anneau, non en tant que femme, mais en tant que dirigeante politique(de la même manière que Gandalf, par exemple), la nuance est assez significative pour être relevée.

            Pour résumer, Galadriel est chez Tolkien probablement le seul personnage féminin (je n’en ai pas d’autres à l’esprit) qui s’affranchit totalement et symboliquement de la dualité femme au foyer/ femme émancipée mais corrompue, qui peut se mettre en parallèle (mais avec des pincettes) avec la dualité patriarcale traditionnelle maman/putain. Par contre, elle ne s’échappe pas de la morale Tolkienienne qui veut que la renonciation au pouvoir (fait subversif en soi) s’accompagne nécessairement d’une remise au pas réactionnaire vers un ordre moral consensuel et chrétien, mais c’est un autre débat.

            Donc s’il y a une dimension sexiste réelle dans l’imagerie filmique associée à Galadriel elle est du fait de la production, et une fois n’est pas coutume, non pas de la volonté (à plusieurs vitesses) de coller au roman.

            GoG

            PS: pour ceux qui doutent encore du sexisme _réel_ de Tolkien, qui n’a pas seulement été passivement intégré par les structures de son époque, je conseille la lecture tellement significative d' »Aldarion et Erendis », qui pourrait _presque_ être un plaidoyer contre l’héroisme patriarcal s’il ne s’achevait sur une critique implicite du féminisme, et une critique du point de vue féminin par l’auteur dans un métatexte dont j’ai malheureusement oublié la référence.

          • Je n’arrive pas à répondre au bon endroit alors ceci est pour Meg puis Didyme:
            tapez Vierge Marie sur google image. Que voit-on? des femmes à la têtes penchées et quasiment jamais de face. Elles expriment une forme d’apitoiement, parfois un sourire « miséricordieux ». L’affiche: une femme vous regarde de face. comment sont les « Vierge » de face? elles ont alors les bras ouverts et un regard détaché qui ne portent pas sur vous particulièrement, mais sur « le monde », ou vous et vos amis si vous préférez (elles vous accueillent au royaume des cieux ou un truc dans le genre): ici, Galadriel vous regarde droit dans les yeux, elle tient un truc qui ressemble plutôt à un attribut du pouvoir, donc plutôt « masculin ».
            Les cheveux sont généralement cachés chez la Vierge (normal: raport à la sexualité) par un voile. Parfois ils sont entourés d’une auréole. Une auréole, ce n’est pas une « aura »: c’est un disque très net, qui a une fonction de Couronne. Galadriel dégage une sorte d’aura qui renvoie à un imaginaire différend: brouillard d’un lac, de récits fantastiques.
            Les vêtements de la Vierge sont amples et très souvent… bleus. Bon c’est vrai il y a du blanc, mais à vue de nez, je dirais que c’est 70% bleu, 30% blanc. Évidemment, je n’ai trouvé aucune Vierge qui ait des vêtements aussi « ouverts » que ceux de cette image.
            Niveau « image », je ne vois donc vraiment aucun espèce de rapport: l’attitude, la posture, le vêtement, le rapport à la nudité, à la sexualité. On a ici une femme qui porte à la fois dans la main un attribut du pouvoir (on pourrait facilement imaginer une « main de justice ») et qui par sa chevelure et la coupe de son vêtement manifeste d’une certaine féminité. A mon avis (ça n’engage que moi), dans un défilé de mode moderne, je crois que l’image passerait bien avec un modèle masculin un peu efféminé.

            Sur le fond (pour répondre à Didyme) j’ai cherché un peu mais je n’ai pas trouvé de sources primaires sur ce rapport « Galadriel, Vierge Marie ». Wikipedia fait état d’une analyse faite par… un curé. Cela ne me semble pas le truc le plus objectif au monde. Analyse qui a ensuite été reprise par d’autres. Mais à mon avis, c’est un des malheurs du monde « universitaire »: dès lors qu’une analyse a eu la chance d’être « première », il y a une quasi nécessité de la discuter par la suite (n’importe qui ayant eu à assister à un cours de licence à l’université a sans doute été amnené à se demander « pourquoi il faut apprendre ces trucs que plus personne n’utilise »: et bien parce qu’ils étaient là avant, c’est ballot, hein). Mais grosso modo, on trouve beaucoup plus d’analyses qui évoquent diverses mythologies européennes que la Vierge dans les études sur Galadriel.
            Puisque vous me demandez mon avis, je ne vois pas: rien dans ce que j’ai lu ne me rappelle la Vierge dans cette histoire d’une femme puissante, intimidante, crainte, la seule dont le mari est complètement transparent. Une femme qui semble aussi extrêmement indifférente au sort des autres (à l’image de nombre de personnages « surpuissants » du seigneur des anneaux qui attendent à peu près que les choses se passent).

            Dans cette image, je vois donc d’abord un personnage dont le sexe est finalement peu évident. Je suis assez convaincu que si l’actrice n’était pas aussi connue, le caractère sexué de l’affiche ne serait pas si évident. Tenez, j’ai tapé sur google « homme mannequin » et assez vite, me sont apparues des images de Marcel Castenmiller qui pourraient très bien rentrer dans l’affiche. La raison est que la froideur de l’affiche, la photo de face qui écrase les formes fait bien peu appel à l’imaginaire de la féminité (on aime bien sur les affiches de cinéma d’action mettre les femmes de biais ou leur demander de se « tordre » un peu quand elles sont de face pour faire ressortir la poitrine)

            Pour ce qui est du blanc il m’évoque plutôt la froideur du personnage. D’ailleurs, j’arrive mal à voir l’image mais j’ai l’impression qu’il y a de la neige. Cette froideur renforce l’aspect un peu hermaphrodite du personnage (homme ou femme, ce n’est pas un personnage qui appelle à la sexualité, au contraire des images un peu lascives de Catwoman) mais aussi son absence de convivialité, de chaleur humaine, et globalement sa distance: Galadriel est froide, elle aide un peu, mais avec une forme de réserve, et elle se joue de ceux qu’elles aident. L’image évoque surtout ça pour moi, mais je dois dire qu’ici, l’image est en excès par rapport au livre. a mon avis, c’est probablement parce que l’image qui a été construite intègre des éléments beaucoup plus modernes que l’œuvre de Tolkien, où Galadriel est tout de même une femme « féminine » dans son apparence, même si elle est une des figures du pouvoir. Mais je serai assez convaincu que les inspirations des personnes qui ont construites ces affiches vont plutôt du côté d’images de pub ou de mode.

            Tout ça n’a pas dans le fond un grand intérêt. Personne ne doute que l’œuvre de Tolkien est machiste (même si je ne suis pas d’accord avec GoG, mais comme il dit c’est un autre débat). Personne ne doute non plus que la production hollywoodienne segmente ses produits en faisant, du Meg Ryan pour les filles roses bonbons, du Bruce Willis pour les le garçons bleu marine… mais aussi des trucs plus transversaux qui s’adressent à des niches définies autrement que par le genre. Ca me semble être avant tout un effet du capitalisme: il fait tout ce qu’il peut pour construire des niches et les exploiter, car ça agrandit son marché. C’est d’ailleurs un mécanisme qui n’est jamais réfléchi par personne, c’est juste un résultat de l’actions des capitalistes chacun depuis leur vision étroite de « ce qui va marcher ». Evidemment, beaucoup de ces histoires sont pleines d’une masculinité caricaturale (si l’expression n’est pas un pléonasme). Le problème c’est que vous arrivez à me rendre insupportable des analyses dont la base est plutôt juste à partir de de la légèreté avec laquelle vous assénez quelques idées(ça vaut aussi pour l’auteur du site):
            – Vous êtes dans cette posture de « dévoilement » assez insupportable (en tout cas moi ça m’insupporte car ça fait très « donneur de leçon », et j’ai régulièrement l’impression d’être pris pour un con) qui consiste à expliquer la façon dont les autres pensent sans leur demander leur avis. Ca donne des trucs du genre » puisque je trouve que cette image évoque ça, peu importe comment elle a été construite, ça veut dire qu’elle évoque ça ». Si le type est pas d’accord, ça veut dire qu’il n’est pas capable de comprendre ce qu’il fait. Par exemple, vous me dites tranquillement que « le blanc c’est la vierge, la nature tout ça, tous les pubeux pensent comme ça ». Ca évite ainsi toute contradiction, puisque vos contradicteurs sont soit des idiots qui ne se rendent même pas compte qu’ils sont les produits de la culture dominante, soit ce sont de vils suppôts de l’ordre dominants qui refusent de le reconnaître car cela desservirait leur intérêt de mâle blanc. Au final, aucun intérêt d’aller les écouter pour savoir si ils ont choisis cette couleur pour une raison ou pour une autre.
            – vous êtes dans une forme de finalisme où il suffit que quelque chose ait une conséquence pour que cela prouve qu’elle ait été faite pour ça. Par exemple, il suffit que le cinéma produise des images genrées pour que que cela démontre que c’est son rôle, c’est à dire qu’il ait été intentionnellement construit à cette fin. Il me semble plutôt que le cinéma est le résultat d’une production, et que s’il aboutit effectivement à reproduire des schémas genrés, c’est un résultat qui ne doit rien à une quelconque volonté ou une quelconque intention initiale. Dire que le cinéma propage des représentations sexistes, c’est à peu près indiscutable.
            Tout ça aboutie à une analyse qui tourne en rond dans laquelle le cinéma est fonctionnellement sexiste, où on le prouve en lisant ses affiches avec une grille sexiste et en repérant l’imaginaire sexiste qui les compose, sans jamais faire un véritable effort de regarder la façon dont ces images sont produites (cf point précédent: inutile d’interroger la production des œuvres ou même de les regarder de près, puisque les codes sont données par la théorie: il suffit qu’un élément puisse être repéré pour qu’il soit vrai, puisque la théorie est bonne. Notez que dans les vrais sciences, les faits ont le rôle de valider et contredire la théorie, ils sont ce truc « dur » qui refuse de se plier à la théorie et qui nous oblige à modifier nos façons de penser pour tenir compte de cette réalité. Ici non: la théorie est dure, et le monde n’a qu’à s’y plier: comme c’était bien relevé par d’autres, quand dans un article un homme ouvre son col, cela démontre que l’affiche valorise la force masculine, et quand une femme ouvre son col, cela démontre que l’affiche fait de la femme un objet sexuel: peu importe l’image, la théorie a toujours raison!)
            Plus haut on m’a dit « peu importe qu’une œuvre ne soit pas vraiment sexiste, ses affiches peuvent être lues comme telles et il faut donc s’intéresser à cette lecture, qui a lieu ». C’est très juste, mais de deux choses l’une: soit le cinéma est fonctionnellement sexiste, et peu importe les lectures qui ont lieu, l’important c’est les lectures qu’il oblige, qu’il renforce, sa participation à la culture dominante. Mais dans ce cas, je ne vois pas comment on peut éviter d’aller vraiment voir si cette ces représentations sont bien, consciemment ou inconsciemment, à la source des oeuvres: on doit montrer que l’analyse que l’on fait traduit bien la nature des objets analysés, ce qui nécessite de d’y pencher un peu, et non pas juste celle que peut faire un passant à un arrêt de bus.

          • Coucou clic,

            Tout d’abord merci pour votre commentaire, très intéressant et argumenté :-).
            Je ne vais pas vous répondre sur Galadriel la Vierge ou pas, je n’ai jamais vu ça dans l’affiche et mon problème avec le personnage de Galadriel n’a jamais été à ce niveau là. Après je ne suis pas d’accord avec votre idée qu’elle serait presque androgyne, je trouve qu’elle se démarque largement des hommes sur les affiches, mais bon bref je le répète je ne suis pas là pour ça 🙂

            « vous êtes dans une forme de finalisme où il suffit que quelque chose ait une conséquence pour que cela prouve qu’elle ait été faite pour ça. Par exemple, il suffit que le cinéma produise des images genrées pour que que cela démontre que c’est son rôle, c’est à dire qu’il ait été intentionnellement construit à cette fin. Il me semble plutôt que le cinéma est le résultat d’une production, et que s’il aboutit effectivement à reproduire des schémas genrés, c’est un résultat qui ne doit rien à une quelconque volonté ou une quelconque intention initiale. Dire que le cinéma propage des représentations sexistes, c’est à peu près indiscutable. »

            Perso ce n’est pas comme ça que je réfléchis du tout, voir mes réponses à Victo et Tom Bombadil, et ailleurs à caty sous la brève sur Sherlock.
            Je m’en fous à peut prêt complètement de connaitre « l’intention » de l’auteur-e (j’ai même du mal à savoir ce que cela voudrait dire), savoir si ille a « intentionnellement » voulu être sexiste ou pas, c’est à mon avis un faux problème. Après, je ne vois pas trop en quoi dire « le cinéma est le résultat d’une production » enlève quoi que ce soit à l’argument qui veut que « une production » dominé par des hommes va produire des films centrés sur et adressés majoritairement à des hommes, car les points de vues masculins auront été largement sur-représentés à tous les niveaux de « la production », et que cela est un problème politique et non individuel. C’est là que je ne vois pas comment votre argument tient, que ce soit simplement en quelque sorte « par hasard », ou « par capitalisme » que le cinéma propage des représentations sexistes. Prenez le même système capitaliste, foutez-y 85% de femmes plutôt que d’hommes (l’inverse donc de la réalité actuelle, et ce à quasiment tous les niveaux, chiffres The Celulloid Ceiling Report 2011 http://womenintvfilm.sdsu.edu/research.html), et vous verrez que certaines choses changeront (juste pour les boulets qui vont voir dans ma phrase « ahh mais les féministes elles veulent le matriarcat, on le savait », c’est évident que c’est un exemple pour illustrer un propos). Le capitalisme n’explique pas tout, loin de là.

            Pour mon côté « je m’en fous de l’intention de l’auteur », je vous copie-colle ma réponse à caty sous Sherlock

            « Ça ne change probablement rien au résultat, mais je refuse d’analyser ledit résultat sans en chercher les causes »
            Est-ce que cela veut dire que vous pensez que « les causes » ne se trouveraient que ou en dernière analyse au sein de l’intention de l’auteur?
            Pour moi l’auteur n’évolue pas dans une bulle qui serait détachée de la société, tout comme je ne le fais pas, ou vous ne le faites pas. Pour moi, nos choix sont largement conditionnés par les paramètres sociaux dans lesquels on évolue. Les « choix » que l’on pense faire n’en sont souvent pas du tout, et c’est en ça que je me fous globalement de « l’intention de l’auteur ». Mais ce n’est pas pour autant que je ne cherche pas (alors ptet pas assez dans ma brève, je le concède) à chercher les causes, c’est juste que je vois les explications ailleurs. Cela me semble avoir plus de portée politiquement de chercher les causes dans les discours dominants d’une société donnée en ce qui concerne les rapports sociaux de sexes et de voir en quoi une production culturelle s’insère ou pas dans ces représentations et ces discours dominantes, et de voir en quoi cela est intéressant ou problématique. Parce que psychologiser un discours qui s’insère très largement dans un rapport de forces entre dominants et dominées (dans ce cas précis, vu que c’est les rapports hommes-femmes dont il s’agit), c’est esquiver son caractère hautement politique, et c’est atomiser quelque chose qui est social, et pour être jusqu’au boutiste, pour moi les solutions sont des solutions collectives en premier lieu, et non pas individuelles en premier lieu.

            « Notez que dans les vrais sciences, les faits ont le rôle de valider et contredire la théorie, ils sont ce truc « dur » qui refuse de se plier à la théorie et qui nous oblige à modifier nos façons de penser pour tenir compte de cette réalité. »

            Alors premièrement, vous semblez ne pas être familier avec la sociologie des sciences, car ce que vous dites relève à mon avis plutôt d’une version « idéelle » de la science, et non pas comment la science se fait dans le vrai monde avec des vrais être humains. Si vous êtes anglophone, je vous conseille la série de cours sur « The philosophy of science » de The Teaching Company, disponible facilement sur le net. C’est en écoutant cette série que j’ai commencé à me rendre compte que ce que l’on appelé « La Science » était bien plus complexe que « les faits ont le rôle de valider et contredire la théorie ».
            Bref, je ne vous fait pas la leçon, je cherche juste à expliquer en quoi déjà dans « la science dure » nous avons souvent affaire à des interprétations des faits, et à des « thèse » bien plus rigide que vous ne semblez le penser. Alors lorsque nous sommes dans l’analyse de produits culturels, qui dépasse LARGEMENT le cadre de complexité de n’importe quelle « science dure », il me semble que vouloir appliquer des méthodologies qui déjà n’existe pas pour « la science dure » est assez impossible, et à mon avis insouhaitable, car elle reproduirait le mythe de « l’objectivité », tout à fait nauséabond d’un point de vue politique.

            « Ici non: la théorie est dure, et le monde n’a qu’à s’y plier: comme c’était bien relevé par d’autres, quand dans un article un homme ouvre son col, cela démontre que l’affiche valorise la force masculine, et quand une femme ouvre son col, cela démontre que l’affiche fait de la femme un objet sexuel: peu importe l’image, la théorie a toujours raison! »

            C’est drôle cette histoire d’homme et de femme qui ouvrent leur col, parce que l’idée c’est que notre société ne juge pas de la même façon les hommes et les femmes, elle ne les esthétise pas de la même façon, ne valorise pas les mêmes choses dans leurs attitudes, leurs comportements etc. J’ai du mal à voir comment vous pouvez contester cela.
            Du coup, il me semble ÉVIDENT que des mêmes gestes, des mêmes comportements seront évalués différemment selon que la personne qui les produit sera identifié comme un homme ou une femme. Ce n’est pas identifier un état de fait qui créer cet état de fait! Sinon on est dans le liberalisme le plus étouffant: il n’existe que des individu-e-s et leur comportement, et observer des différences entre ces individu-e-s c’est déjà les créer et vouloir les créer. C’est absurde!
            Nos comportements, nos gestes, nos évaluations genrés sont CRÉER par la société qui nous entoure, qui sépare les enfants dès leur naissance et leur donne une éducation complètement différente. C’est absurde de penser que nous ne sommes par la suite pas différent, bien sûr que nous le sommes! Mais l’effet n’est pas la cause, tout cela n’a rien de naturel, tout cela est construit.
            Donc oui, une femme qui déboutonne un peu sa chemise (enfin, ici sa combinaison moulante en cuir, petite nuance) sera perçu différemment qu’un homme qui fera de même. Également, une femme avec la bouche ouverte sera perçu différemment qu’un homme avec la bouche ouverte. Reconnaitre ça, c’est reconnaitre que nous vivons toujours et encore dans une société patriarcale, rien de plus. Et c’est important de le reconnaitre, car sans ça, impossible d’avancer. Ce n’est pas en faisant l’autruche et en disant « mais non les hommes et les femmes sont pareils, sont égaux aujourd’hui, il n’y a pas de problème » que quoi que ce soit avancera. Les rapports de forces ne bougeront pas d’un poil et les privilèges des uns continuera.
            Bon, ceci dit, je suis en désaccord avec l’analyse de Paul sur ce micro-point que je pense que la chemise défaite de Bond cherche aussi à l’érotiser, même si je pense que la pose, les habits, le regard…en bref les images n’ont RIEN A VOIR entre Bond et la veuve noire, et qu’il est de mauvaise foi que de l’affirmer. La question reste intéressante, par contre, car si je suis d’accord que la plupart des personnages masculins dans Avengers sont aussi érotisés, force est de constater que ce n’est pas du tout de la même façon, vu que dans notre société ce qui sera érotiser chez une femme ne le sera pas chez un homme et vice-versa. Je ne vois aucune légitimité là-dedans, bien au contraire, et j’essaye de travailler ma propre sexualité pour au contraire trouver attirant des hommes « efféminés » et des femmes « masculines » (car dans l’absolu ces termes n’ont aucune légitimité), mais il me parait absurde de nier cette réalité (y compris en moi) juste parce-qu’elle ne me plait pas. Identifier un problème est la première étape dans sa résolution, non?

            « C’est d’ailleurs un mécanisme qui n’est jamais réfléchi par personne, c’est juste un résultat de l’actions des capitalistes chacun depuis leur vision étroite de « ce qui va marcher ». »

            Ils sont de quels sexe, ces capitalistes qui ont « chacun leur vision étroite de « ce qui va marcher » « ?

            « Evidemment, beaucoup de ces histoires sont pleines d’une masculinité caricaturale (si l’expression n’est pas un pléonasme). »

            Évidemment? Pourquoi évidemment? Elles sont élaborés par qui, ces histoires?

            « Vous êtes dans cette posture de « dévoilement » assez insupportable (en tout cas moi ça m’insupporte car ça fait très « donneur de leçon », et j’ai régulièrement l’impression d’être pris pour un con) qui consiste à expliquer la façon dont les autres pensent sans leur demander leur avis. Ca donne des trucs du genre » puisque je trouve que cette image évoque ça, peu importe comment elle a été construite, ça veut dire qu’elle évoque ça ». Si le type est pas d’accord, ça veut dire qu’il n’est pas capable de comprendre ce qu’il fait. Par exemple, vous me dites tranquillement que « le blanc c’est la vierge, la nature tout ça, tous les pubeux pensent comme ça ». Ca évite ainsi toute contradiction, puisque vos contradicteurs sont soit des idiots qui ne se rendent même pas compte qu’ils sont les produits de la culture dominante, soit ce sont de vils suppôts de l’ordre dominants qui refusent de le reconnaître car cela desservirait leur intérêt de mâle blanc. Au final, aucun intérêt d’aller les écouter pour savoir si ils ont choisis cette couleur pour une raison ou pour une autre. »

            Cela correspond pas mal au truc de « l’intention de l’auteur », et revient à mon avis à une position libérale qui consiste à affirmer que nous sommes avant tout des individu-e-s, et que nos « choix » relèvent d’un point de vue tout à fait singulier sur le monde, et qu’il est donc impossible de politiser un point de vue singulier, par définition. Je vous renvoie à ma réponse à caty que j’avais copier-collé.

  4. Bonjour

    Tout à fait d’accord avec Dark Parra, c’est la première chose qui m’a sauté aux yeux en lisant cet article. Lorsque la Veuve Noire a la combinaison entrouverte, elle devient un objet sexuel, lorsque James Bond a le haut de sa chemise entrouverte, c’est un signe de détachement, de virilité décontractée… Pourquoi donc la Veuve Noire ne pourrait-elle pas être représentée comme décontractée face au danger, là où Bond apparaît comme vulnérable et objectifié? Tout simplement parce que les images, on leur fait dire ce qu’on veut en fonction de sa sensibilité personnelle.

    Un autre exemple, si vous le voulez bien, concernant l’affiche de Catwoman sur la moto : vous la dites passive,