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En finir avec l’aphrodisme au cinéma

Préalable sur l’aphrodisme, le sexisme et le cinéma

J’appelle ici « aphrodisme » le système de domination consistant à valoriser dans une société donnée les individus correspondant aux normes de beauté physique de cette société, tout en dévalorisant ceux/celles qui n’y correspondent pas. L’aphrodisme est analogue à d’autres systèmes de domination comme le sexisme ou le racisme en tant que, comme eux, il construit socialement une inégalité à partir d’une différence physique qu’il a arbitrairement posée comme significative, voire essentielle. Le sexisme décide ainsi que la possession de certains organes génitaux détermine un ensemble de comportements sociaux (permettant la domination d’un « sexe » sur l’autre). Le racisme décide de la même manière que la couleur de peau des individus est le signe de leur appartenance à une certaine « race », et fonde (ici encore de manière totalement arbitraire) un rapport de domination sur cette différence prétendument essentielle. L’aphrodisme fonctionne lui aussi selon ce même mécanisme : il décide que certaines caractéristiques physiques seront plus valorisées que d’autres, et construit là-dessus un rapport de domination où les « beaux/belles » sont les dominant-e-s, et les « moches » (ou « laid-e-s ») sont les dominé-e-s[1].

Un point important à noter dès maintenant est que l’aphrodisme est beaucoup plus violent envers les femmes qu’envers les hommes. Rien de bien étonnant dans ce constat d’inégalité. C’est en effet l’un des moyens les plus efficaces de conforter la domination masculine que de multiplier les injonctions faites aux femmes de travailler leur apparence en tentant de correspondre aux canons de beauté (inatteignables) de notre société. Comme le dit Ilana Löwy dans L’Emprise du genre : « Les écrivaines féministes, de Mary Wollstonecraft à Simone de Beauvoir, ont décrit les effets dévastateurs de la « futilité féminine » : longtemps les femmes (des classes aisées) ont été uniquement préoccupées de leur apparence, de leurs vêtements et d’une sociabilité superficielle. La valeur centrale attribuée à la beauté, la séduction, le charme féminins dirigeait toutes leurs énergies mentales vers la perfection de ces attributs, les empêchant d’utiliser leur cerveau à d’autres buts. Les femmes, explique Wollstonecraft, sont prêtes à tout pour préserver leur beauté : « leurs membres et leurs capacités innées sont freinés dans leur développement aussi sûrement que s’ils étaient restreints par des bandelettes, comme les pieds des Chinoises, (…) elles apprennent dès leur petite enfance que la beauté est leur pouvoir, que leur esprit s’exprime à travers leur corps, et que, emprisonné dans une cage dorée, son seul but est d’ajouter aux attraits de la prison »[2]. Ainsi, ce culte de la beauté détourne non seulement les femmes des « autres buts » que celui de la séduction (en laissant ainsi par exemple toute la place aux hommes dans les domaines du savoir et du pouvoir), mais il fait aussi par conséquent de ce pouvoir de séduction le seul pouvoir des femmes. Or, lorsqu’on l’examine de plus près, il est difficile de voir dans ce « pouvoir » de séduction un réel pouvoir, au même titre que celui détenu par les hommes. En effet, qu’est-ce que le « pouvoir » de séduction sinon le pouvoir de séduire ceux qui ont le véritable pouvoir pour leur en grappiller quelques miettes ? Un pouvoir toujours dépendant des hommes donc.

Une autre conséquence importante de cette violence particulière envers les femmes est que, à force d’être enjointes à correspondre aux normes de beauté (omniprésentes dans les magazines féminins, publicités, clip, films, séries, etc.) sans jamais pouvoir y arriver (puisque ces normes sont inatteignables), les femmes finissent nécessairement par avoir une image totalement dévalorisée d’elles-mêmes[3]. Non seulement les femmes sont réduites à un corps, mais ce corps est en plus condamné à être imparfait, malgré tous les efforts déployés pour atteindre l’idéal (à coup de cosmétiques, régimes, chirurgie esthétique, etc.). Quand on pense qu’en plus, ce sont les hommes qui sont mis dans la position de juges de la beauté féminine (puisque les femmes doivent avant tout se faire belles pour ces messieurs, hétérosexisme oblige…), on voit bien comment se conforte par là la domination masculine : les hommes-sujets regardent et jugent, les femmes-objets sont regardées et jugées.

Certes, les injonctions à la beauté s’adressent aussi aux hommes, et ceux-ci peuvent donc aussi en pâtir. Mais il ne faut pas oublier que, en plus du fait que ces injonctions sont envers eux beaucoup moins nombreuses et violentes qu’elles le sont envers les femmes, les modèles vers lesquels sont enjoints à tendre les hommes et les femmes diffèrent radicalement. Aujourd’hui, pour être beaux, les hommes doivent être musclés et puissants. Alors que pour être belles, les femmes doivent être maigres, fines et fragiles. Inutile d’aller plus loin pour remarquer que ces normes contiennent déjà en elles-mêmes les fondements de la domination physique d’un sexe sur l’autre. Toute cette digression pour bien garder en tête que, si les hommes comme les femmes peuvent tout aussi bien être victimes de l’aphrodisme, les femmes le sont beaucoup plus que les hommes.

Il n’y a d’ailleurs qu’à comparer le physique des stars féminines et des stars masculines pour s’en convaincre. Alors qu’un homme peut facilement déroger aux normes de beauté et avoir tout de même le statut de star (au hasard Tom Hanks, Woody Allen, Tim Roth, Robin Williams ou Kevin Spacey), la chose est beaucoup plus rare pour une femme. De même, la moyenne d’âge des têtes d’affiches masculine est beaucoup plus élevée que la moyenne d’âge féminine (en France par exemple, elle est de 57 ans pour les hommes et 28 ans pour les femmes[4]). Passé un certain âge, les femmes semblent donc n’avoir visiblement plus grand intérêt, alors que les hommes si. Etrange…

En nous assommant perpétuellement d’acteurs et d’actrices à la beauté canonique, le cinéma participe donc massivement à la reproduction de l’aphrodisme dans notre société. Or, face à cette lourde tendance, certains films tentent de faire évoluer les représentations en nous montrant par exemple que les « moches » aussi peuvent avoir une vie amoureuse/affective/sexuelle, qu’ils/elles peuvent aussi être objet de désir, ou encore que la beauté physique n’a pas d’importance et que seule compte la beauté intérieure ou « morale ». Ce sont ces films qui vont m’intéresser ici. J’essayerai de mettre en évidence les moyens par lesquels ils combattent les normes aphrodistes dominantes, et jusqu’où ils parviennent dans leur tentative de subversion de ces normes. Cet article ne prétend aucunement à l’exhaustivité sur le sujet, les films choisis l’ont été en grande partie en fonction de ma culture personnelle. Et il est donc plus que probable que je sois passé à côté de films importants sur le sujet.

Dernière remarque : j’emploierai dans cet article les mots « beau/belle », « moche » ou « laid-e » avec des guillemets, pour bien signaler que je n’adhère en aucun cas aux normes de beautés véhiculées par ces termes. Au contraire, j’ai tendance à penser que l’aphrodisme ne pourra à terme être combattu jusqu’à ses fondements qu’en se passant des termes de « beaux/belles » et de « moches ». En effet, à partir du moment où l’on pense que la beauté physique n’a aucune espèce d’importance, et donc que tout le monde est « beau/belle » (ou que personne ne l’est, ce qui revient au même), ces concepts n’ont plus aucune pertinence et donc plus de raison d’exister lorsqu’il est question des individus du point de vue de leur physique.

La Belle et la Bête ou La Belle et le Beau ?

La première histoire qui vient en tête lorsque l’on parle du combat contre l’aphrodisme est sûrement La Belle et la Bête, conte plusieurs fois adapté au cinéma et dont la version la plus vue aujourd’hui est sûrement celle produite par les studios Disney en 1991. La séquence introductive brosse les grandes lignes du scénario : un prince « capricieux, égoïste et insensible » vivait dans un somptueux château. Un soir de grand froid, une mendiante vint lui demander l’hospitalité en échange d’une rose. Repoussé par la « misérable apparence » de la vieille femme, le prince ricana de son présent et la chassa. Elle tenta alors de « lui faire comprendre qu’il ne fallait jamais se fier aux apparences, et que la vraie beauté venait du cœur ». Mais rien n’y fit, il la chassa une seconde fois. Elle se métamorphosa alors en une créature enchanteresse qui, en guise de punition, le transforma en « une bête monstrueuse », la seule manière pour le prince de rompre ce sortilège étant « d’aimer une femme et de s’en faire aimer en retour » avant son 21ème anniversaire.  Comme on le sait, une belle jeune fille s’introduira dans le château et permettra au prince de rompre la malédiction et de redevenir ainsi le beau prince qu’il était auparavant.

Si l’on passe sur les détails de cette histoire complexe pour ne se concentrer que sur la problématique de l’aphrodisme, que nous raconte La Belle et la Bête ? Le trajet accompli par un prince qui ne jugeait au départ les gens que sur leur apparence, et qui apprit, en étant lui-même doté d’une apparence monstrueuse, à considérer comme négligeable la beauté physique pour lui préférer « la beauté intérieure ». En étant mis pour la première fois dans la position du dominé, le beau prince comprit ainsi la violence de ce système de domination qu’est l’aphrodisme (dans lequel il n’avait jusque là que joui de la position de dominant). A l’inverse, le personnage rédempteur de Belle n’a pas besoin de passer par une telle épreuve initiatique, puisqu’elle est posée dès le départ comme celle qui a compris, qui voit au-delà des apparences. Si elle est au départ un peu choquée par le physique de la Bête, elle ne le jugera jamais sous cet angle, mais seulement par rapport à ses actes et son caractère. Elle dira d’ailleurs à Gaston, le beau gosse macho du village, que le vrai monstre n’est pas la Bête mais lui (malgré sa correspondance aux canons de beauté masculins).

Ainsi, tout le film semble se diriger vers une critique en bloc de l’aphrodisme. Sauf que, à la fin, une fois qu’a été donnée la preuve qu’il est possible et plus juste d’aimer quelqu’un pour sa beauté intérieure que pour son apparence, la Bête se transforme à nouveau pour redevenir le beau prince qu’il était autrefois. Mais pourquoi ??? Si la vraie beauté est celle du cœur et que l’apparence n’a pas d’importance, pourquoi redonner au prince son apparence de charmant jeune homme ? Belle ne l’aimait-elle pas déjà ? L’aphrodisme n’avait-il pas été vaincu ? Visiblement non… Il faut alors se demander quelles raisons peuvent motiver une telle contradiction finale. Une hypothèse pourrait être la répugnance à voir se concrétiser un couple unissant un homme laid et une femme belle. De la même manière qu’un racisme encore bien prégnant rend très souvent impossible au cinéma les unions « interraciales » (notamment entre blanc-he-s et noir-e-s[5]), il existe pareillement de grosses résistances à la représentation de couples dont les membres sont inégalement doté-e-s en terme de « capital esthétique ». Ainsi, un film peut marteler pendant une heure et demi que la beauté physique est totalement insignifiante, et nous resservir in extremis dans ses dernières minutes le couple obligé du beau jeune homme et de la belle jeune femme. Que tout ceci nage dans la contradiction la plus totale ne semble pas gêner grand monde. Et surtout pas les scénaristes, qui n’ont visiblement aucun complexe à remobiliser les schémas qu’ils viennent de critiquer, sûrement parce que le discours « politiquement correct » qu’ils ont tenu juste avant leur a définitivement donné bonne conscience…

 Je t’aime, et peu importe ton apparence Ah tu es beau en fait, ben écoute c’est super, comme ça on peut s’embrasser, se marier, vivre ensemble et faire des enfants du coup

Les belles avec les beaux, les laids avec les laides, et l’aphrodisme sera bien gardé

Ces résistances à dépasser totalement l’aphrodisme se retrouvent d’ailleurs dans beaucoup d’autres films qui prétendent le dénoncer. En premier lieu, dans cette adaptation pour adolescent-e-s de La Belle et la Bête qu’est Sortilège (Beastly, 2011). « Love is never ugly » nous dit l’affiche. Mais visiblement, si l’amour n’est jamais laid, les gens qui s’aiment non plus, puisque notre héros se transforme encore une fois à la dernière minute en le séduisant top model qu’il était au début. Autre détail significatif : l’aveugle qui jouait le rôle du maître spirituel du héros pendant tout le film et qui, de par sa condition, était le plus à même de le faire passer au-delà des apparences, finit par retrouver miraculeusement la vue en même temps que « la Bête » retrouve son physique de tombeur. Quelle cohérence…

 Un truc pour tomber une fille même quand on est « moche ». D’abord, l’amener se promener au bord du lac de votre cottage privé…

Puis lui lancer un truc à attraper en l’air La gourde essaiera forcément de le saisir (son instinct animal sûrement), mais s’en trouvera déséquilibrée (forcément, vu que c’est une femme…) Vous n’avez ainsi plus qu’à réceptionner le colis Et hop, le tour est joué, la fleur est prête à être cueillie ! Sauf que…

Sauf que forcément un truc va faire que vous ne pourrez pas lui attraper la bouche. Et ça, pour y arriver, la seule solution… … ben c’est de devenir beau ! Elémentaire non ?

Un autre film où l’on peut voir cette même contradiction finale à l’œuvre est Le Bossu de Notre-Dame de Disney, sorti en 1996. Cela partait pourtant bien : Quasimodo, être « difforme », est tenu enfermé par Frollo dans les tours de Notre-Dame dont il est le sonneur de cloche depuis son enfance. Lorsqu’il tente pour la première fois de sortir de sa prison, c’est pour se rendre à la « fête des fous » qui a lieu tous les ans devant la cathédrale. Il se trouve alors embarqué malencontreusement au cœur de la fête et y est élu « roi des fous » (c’est-à-dire homme le plus laid). Rapidement, la situation dégénère et Quasimodo est maltraité par la foule (qui lui faisait une ovation deux minutes plus tôt…), et ce sous les yeux indifférents de Frollo qui préside la manifestation. Esmeralda intervient alors et se dresse seule contre tou-te-s pour le défendre. Le fait que celle-ci soit une bohémienne n’est pas innocent. En effet, depuis le début du film, les bohémien-ne-s sont présenté-e-s comme étant persécuté-e-s par le Juge Frollo qui ne rêve que d’en débarrasser Paris. Ainsi, peut-être que si Esmeralda est la seule à prendre la défense de Quasimodo, c’est parce qu’elle sait au fond d’elle-même plus que tout-e autre ce que cela fait d’être opprimé-e et exclu-e pour des « raisons » injustes (et injustifiables). Dans cette entraide qui continuera pendant tout le film s’exprime donc une solidarité des dominé-e-s par delà les différents systèmes de domination. Le parallèle est ainsi implicitement fait entre aphrodisme et racisme/xénophobie.

Sauf que, encore une fois, une pirouette finale vient briser le mince espoir qu’avait Quasimodo de finir avec Esmeralda. Phoebus, beau gosse capitaine de la garde et personnage assez secondaire, finira tout « naturellement » par « gagner la fille » (puisque tel est l’enjeu entre les deux personnages masculins). Rien de plus normal, vu que c’est lui qui est beau ! Rien de plus normal ? Non, rien de plus normé. Le plus horrible dans cette fin, c’est que pour se donner bonne conscience (et donner aussi bonne conscience aux spectateurs/trices), les scénaristes ont même placé cette union aphrodiste sous la bénédiction de Quasimodo. Ouf ! Même les « moches » sont d’accord, alors tout va bien !

 Le moche est d’accord   Le peuple est content Le beau gosse a gagné la femme. Tout va bien au pays de l’aphrodisme !

Les « belles » avec les « beaux » donc. Mais les « moches » alors ? Eh bien ils/elles finissent soit tout-es seul-e-s, soit avec des aveugles (cf. le récent Hasta la vista, 2011), soit … avec des « moches » évidemment ! C’est par exemple ainsi que finit Shrek (2001), film d’animation des studios Dreamworks. La première scène ouvrait le film d’une manière plutôt jouissive. Un vieux livre s’ouvre sur une musique lyrique (comme dans bon nombre de classiques Disney), et le narrateur commence : « Il était une fois, il y a fort longtemps, une jolie princesse au minois charmant. Mais la belle était ensorcellée, etc. ». Le récit bien connu de la belle princesse endormie et prisonnière de la plus haute tour d’un château est ainsi déroulé avec vénération. Sauf que, au moment où le « prince charmant » et son « baiser d’amour » sont annoncés, la grosse main verte de Shrek arrache la page pour s’en servir de papier toilette en déclarant « Non mais comme si ça existait des trucs pareils ! ». Une ambiance iconoclaste donc. Et effectivement, sur pas mal de points, on n’est pas déçu-e-s, le film déconstruisant bon nombre de poncifs du conte de fée. En ce qui concerne l’aphrodisme, l’idée est aussi intéressante. Shrek est « moche », car c’est un ogre. Il est donc sur ce point un anti-héros. Lorsqu’il va délivrer la princesse de la plus haute tour de son château, il ne prend pas la peine d’accomplir tout le cérémonial romantique que l’on attend habituellement dans ces circonstances, du moins dans les contes de fée. Et pour cause, cette histoire n’est pas la sienne, il est « moche » et ce scénario a été écrit pour les « beaux ». Sur le chemin du retour néanmoins, il commence à tomber amoureux de cette princesse Fiona qui a quant à elle un physique de mannequin, du moins le jour… Car la nuit elle se transforme en ogresse. On apprend alors que la princesse est la victime d’un sortilège dont la clé est : « Un baiser recevra, et ce jour tu seras belle aux yeux de ton amant ». Puis le couple se sépare à cause d’un malheureux quiproquo. Mais lors du mariage entre Fiona et Lord Farquaad, Shrek débarque et embrasse la princesse, qui se transforme alors pour toujours en ogresse. Contre nos attentes, la beauté est ainsi redéfinie comme étant totalement relative (elle dépend de l’amant, Shrek en l’occurrence). En plus de tenir un discours sur la supériorité de la beauté intérieure sur la beauté extérieure (« les ogres c’est comme les oignons, ça a plusieurs couches », « il faut voir derrière les apparences », etc.), le film se conclut donc sur une opposition au mythe de l’universalité des critères de beauté.

Sauf que certains détails peuvent laisser un goût un peu amer dans la bouche. Tout d’abord, pourquoi les blagues récurrentes sur la petitesse de Lord Farquaad, au passage en plus associée chez lui à un défaut de virilité (il en aurait « une petite ») ? Etant donné que les spectateurs/trices sont censé-e-s rire à ces blagues, on peut légitimement se demander si le film ne reconduit pas à l’égard de Lord Farquaad l’oppression qu’il dénonce lorsqu’elle s’exerce sur Shrek ou Fiona. De plus, choisir de transformer Fiona en ogresse sous le baiser de Shrek a certes pour effet de relativiser les normes de beauté, mais cela a aussi pour conséquence de conclure le film sur une union n’ébranlant en rien l’aphrodisme, puisque les « moches » restent entre eux/elles. C’est sûr, avec son couple d’ogres, Shrek est déjà très loin du final obligé où le beau jeune homme tombe la belle jeune femme. Mais si les apparences sont si peu importantes, pourquoi maintenir la ségrégation entre « beaux/belles » et « moches » ? La conclusion aurait été peut-être plus subversive si Shrek s’était marié avec une « belle » femme (comme Fiona en princesse), ou mieux, si Fiona en ogresse s’était mariée avec un « beau » jeune homme, sans que la question du physique ne pose problème.

Devinette : comment former un couple hétérosexuel sans que les deux partenaires soient tous les deux « beaux/belles » ? Un « moche » + une « belle » ? Non, ça ne marche pas. Essaie encore… Un autre « moche » + une « belle » alors ? Non plus. Essaie encore… Un « moche » + une « moche » ? Oui ! Bien joué ! C’était la seule réponse possible…

Dans Shrek comme dans La Belle et la Bête, malgré la critique de l’aphrodisme que contiennent ces films, une pirouette finale rétablit donc à chaque fois in extremis l’ordre ébranlé, puisque les personnages se métamorphosent dans le sens qui convient pour que les « beaux/belles » restent entre eux/elles et les « moches » aussi. La Bête devient « beau » puisque Belle est « belle ». Et Fiona devient « moche » puisque Shrek est « moche ». Lorsqu’elle va dans ce sens, la métamorphose physique ne fait donc que réaffirmer ce que le film critiquait. Si une telle métamorphose voulait être vraiment anti-aphrodiste, elle devrait donc peut-être plutôt fonctionner dans le sens inverse. Or c’est justement ce qui a lieu dans le film L’Amour extra-large des frères Farrelly (Shallow Hal, 2001).

« Shallow Hal wants a gal » : L’Amour extra-large

Cette comédie réalisée par les auteurs de Mary à tout prix est peut-être le film qui aborde le plus exhaustivement le thème de l’aphrodisme. Le plus exhaustivement, et peut-être même le plus intelligemment. Il y avait pourtant de quoi se méfier au vu des différents noms en tête d’affiche : des réalisateurs américains comptant parmi les plus potaches de leur génération mettant en scène un couple composé de Gwyneth Paltrow et Jack Black. Tous les préjugés élitistes à l’égard du cinéma mainstream pouvaient ainsi facilement s’activer pour nous faire nous attendre à un pur divertissement sans prétention, voire à un film totalement décérébré et/ou réactionnaire. Or L’Amour extra-large n’est rien de tout cela. Preuve que le « cinéma de masse » ou « commercial » peut tout aussi bien être un espace de réflexion et de création que le « cinéma d’auteur » (la réciproque étant bien sûr tout aussi vraie).

Comme l’énonce clairement son titre original (« Shallow Hal »), ce film est l’histoire d’un homme profondément superficiel (« shallow »). Hal semble en effet n’avoir qu’un seul but dans la vie : sortir avec des « canons ». Avec son ami Mauricio (tout aussi superficiel), il passent ainsi leurs soirées en boîte de nuit à coller lourdement toutes les filles au physique de mannequin. Sauf qu’un jour, un gourou rencontré dans un ascenseur va jeter à Hal un sort qui finira par changer, à terme, sa conception de la beauté. Pour que notre héros ne s’arrête plus à l’apparence physique des filles en dépit de toutes leurs qualités, le gourou fait en sorte que cette apparence soit aux yeux de Hal un reflet de ces qualités « morales » (au sens large). C’est ainsi que Rosemary, une femme obèse que Hal aurait pour cette raison totalement ignorée, lui apparaît avec le physique de Gwyneth Paltrow (elle est en effet débordante de générosité et d’humour). Les deux tomberont rapidement amoureux l’un de l’autre, jusqu’à ce que Mauricio, ne comprenant pas ce qui arrive à son ami (qui se met subitement à draguer des « thons » et à sortir avec le plus gros d’entre eux), retrouve le gourou et obtienne de lui la formule permettant de « sauver » son ami : « Shallow Hal wants a gal ». Délivré de son sort, le héros comprend alors ce qui lui était arrivé, et évite (sous les conseils de son ami) de revoir Rosemary. Mais à l’égarement succède rapidement la remise en cause. Hal comprend alors à quel point il a été idiot, et revient vers Rosemary en lui proposant de « passer le reste de sa vie à se faire pardonner ». Elle accepte malgré tout le mal qu’il a pu lui faire, et ils/elles finissent ensemble.

On pourrait critiquer le principal ressort scénaristique du film en regrettant que la beauté intérieure soit traduite en termes de beauté physique. Est-ce que cela ne revient pas en effet à faire de la beauté physique la beauté par excellence, à l’aune de laquelle toutes les autres sont pensées ? On ne sortirait donc pas ici de l’aphrodisme. Sauf que cette « traduction » de la beauté intérieure en termes physiques n’est au final qu’un moyen de faire comprendre au héros à quel point la beauté physique importe peu. Cette « malédiction » est en effet le seul moyen pour que Hal dépasse les apparences et apprenne à connaître les filles auxquelles il ne prêtait avant pas la moindre attention. Ainsi, de manière très cohérente, le film se conclut par une déclaration d’amour de Hal à la « véritable » Rosemary (à l’inverse donc du schéma de La belle et la bête, repris dans Sortilège).

Mais revenons sur certains autres aspects du film qui concernent l’aphrodisme. Dès la première scène, nous sommes jetés au cœur du sujet. Le jeune Hal assiste en effet à la mort de son père (un révérend), événement dont on comprendra rapidement à quel point il a pu être marquant pour notre héros. Drogué par les médicaments, le révérend (qui n’est donc « plus tout à fait lui-même ») s’adresse en ces termes à son fils : « Promets-moi que, quoique tu fasses dans la vie, tu mettras toujours la barre plus haute que la moyenne. Ensuite, ne te contente pas du train train de pedzouille (…). Et enfin, trouve-toi une fille canon (« a classic beauty »), avec un cul parfait et de beaux nichons (…). Une jolie petite poupée, il n’y a que ça de vrai. Jolie… petite… poupée… ». Il est intéressant que le film présente ces « perles de sagesse » comme un héritage paternel (et patriarcal) qui marquera durablement la psychologie du héros. L’aphrodisme est ainsi montré là où il est plus présent : dans l’attitude qu’ont les hommes envers les femmes. De plus, comme on l’a dit au début, l’aphrodisme est beaucoup plus violent envers les femmes qu’envers les hommes. Et ce n’est donc pas un moindre mérite du film que de se conclure sur une union où l’homme est plus « beau » que la femme.

Un autre passage intéressant est la discussion qui a lieu entre Mauricio et le gourou, lorsque le premier cherche à convaincre le second de faire que son ami redevienne « normal ».

Mauricio : Vous l’avez hypnotisé

Le gourou : Non, je l’ai dés-hypnotisé. Il a été obsédé toute sa vie durant, complètement obsédé par l’apparence. Je lui ai donné la possibilité de voir la beauté intérieure, y compris de ceux/celles que vous considérez comme physiquement repoussant-e-s. (…)

Mauricio : Monsieur, vous ne croyez pas que c’est mal d’imposer certaines idées à quelqu’un (« to brainswash someone ») ?

Le gourou : Parce que vous croyez que vous n’êtes pas matraqué (« brainwashed ») toute la journée ? Tout ce que vous pensez de la beauté vous a été dicté par la télé, les magazines, les films, etc. Ils vous disent tous ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Où est la différence ?

Mauricio (qui craque) : Bon écoutez, je ne suis pas venu là pour débattre avec vous. Je veux juste qu’on me rende mon copain !

Ainsi, en quelques phrases, la thèse du film est explicitement énoncée. Des évidences que ces idées me diriez-vous, au point où le film tombe presque dans le ridicule à les énoncer aussi simplement. Sauf que si tout le monde (ou presque) s’accorde sur ces idées, quasiment aucun progrès ne s’ensuit dans les représentations véhiculées en permanences dans les produits médiatiques et culturels. Et tout le monde continue ainsi d’intérioriser ces normes et d’agir en fonction d’elles, tout en méprisant les discours qui les dénoncent parce que trop « politiquement corrects ». Or c’est tout l’intérêt du film que de s’attaquer à une telle schizophrénie. L’Amour extra-large ne se contente pas de dire, il fait ce qu’il dit en nous proposant un couple final de « moches » qui suscite fortement l’identification.

Autre dialogue intéressant du film : celui entre Mauricio et Hal, lorsque le second reproche au dernier d’avoir mis fin au sortilège dont il était la « victime ».

Hal : Tu m’as baisé, j’avais une copine canon, affectueuse, drôle, intelligente, et tu l’as fait disparaître.

Mauricio : Oh non. J’ai fait apparaître Rosemary, il y a une différence, ça s’appelle la réalité.

Hal : Hé, si tu peux voir quelque chose, l’entendre, et le sentir, qu’est-ce qui fait que c’est différent de la réalité ?

Mauricio : La perspective d’un tiers. Que tout le monde accorde que c’est réel.

Hal : Ok, laisse-moi te poser une question : qui est l’amour de ta vie ?

Mauricio : Wonder Woman.

Hal : Ok. Supposons que Wonder Woman tombe amoureuse de toi, d’accord ? Cela te dérangerait que le reste du monde la trouve peu attirante ?

Mauricio : Pas du tout, parce que je saurais qu’ils ont tort.

Hal : C’est exactement ce que j’avais avec Rosemary ! J’ai vu une perle, je m’en fous de ce qu’ont vu les autres !

Mauricio : Mince, je ne le voyais pas sous cet angle… Hé, je crois que je t’ai vraiment baisé là, hein ?

Alors que Hal n’est pas encore vraiment sorti de sa superficialité (puisqu’il reproche à Mauricio d’avoir fait « disparaître » celle dont il était tombé amoureux), il a néanmoins déjà un pied dehors. En effet, grâce à l’expérience qu’il vient de vivre, Hal a compris que le jugement des autres importait peu et que, comme le dit le gourou, « la beauté est dans les yeux de celui qui regarde » (« beauty is in the eyes of the beholder »). En refusant de prendre en compte la « perspective d’un tiers » lorsqu’il s’agit de beauté, Hal a donc déjà compris que la beauté était complètement relative, et que la prétendue universalité des normes qui nous sont matraquées en permanence doit être déconstruite. A la fin, en voyant pour la première fois Rosemary sous sa véritable apparence, il pourra ainsi lui dire : « Tu es belle », chose impensable pour le Hal superficiel du début du film.

On pourrait encore citer plein d’aspects intéressants du film. Par exemple, l’étrange sensation que l’on peut avoir en voyant des filles au physique de mannequin montrer des signes de timidité ou de manque d’assurance lorsque Hal les aborde. Ces moments semblent presque relever de la science-fiction. Et en effet, un tel comportement est totalement irréel dans le contexte de notre société aphrodiste, puisque les « belles » femmes y ont, de par leur statut de dominantes[6], la confiance en soi propre à tou-te-s les dominant-e-s quelque soit le système de domination (même s’il ne faut pas non plus surestimer cette « confiance en soi », dans la mesure où même les femmes « belles » ne sont majoritairement pas satisfaites de leur corps, ce qui est au passage une preuve parmi d’autres de la violence des injonctions à la beauté que subissent les femmes). Le film rend ainsi visible à la fois (1) le statut de dominant dont jouissent en permanence les « beaux/belles » dont nous inondent les films et autres productions médiatico-culturelles, et (2) l’invisibilisation des « moches » et de leur vie affective dans ces mêmes productions.

Au final, si l’on passe sur quelques blagues critiquables, le film ne semble pas se contredire lorsqu’il tente de nous faire rire (comme le faisait Shrek avec Lord Farquaad par exemple). Lorsqu’on rit de Hal et de son copain au début, ce n’est pas parce qu’ils sont moches et qu’ils draguent des femmes « qui ne sont pas pour eux », mais parce qu’ils sont ridiculement superficiels. Lorsqu’on rit plus tard quand Rosemary casse sa chaise au restaurant ou vide la piscine lorsqu’elle fait une bombe, on ne rit pas du poids de Rosemary mais de l’étonnement de Hal devant ces phénomènes incompréhensibles pour lui. Rosemary est d’ailleurs plus le sujet que l’objet du rire. Elle fait très souvent des blagues drôles (ce qui, mine de rien, est encore très rare dans les films/séries, où les hommes conservent le monopole de l’humour[7]). Et le film s’avère assez cohérent sur ce point aussi, puisque cet ébranlement des rôles genrés traditionnels se poursuit à la fin du film lorsque Hal vient demander pardon à Rosemary. Celle-ci lui annonce alors que son timing est plutôt mauvais puisqu’elle part le jour même pour une mission humanitaire. A quoi il répond : « Je suis désolé, je ne crois pas pouvoir attendre aussi longtemps… C’est pourquoi je pars avec toi ». Contre la norme sexiste voulant que la carrière professionnelle d’une femme passe toujours après celle de son mari, Hal n’hésite pas une seconde à abandonner son travail pour suivre Rosemary. Juste après, quand il veut essayer de la porter dans ses bras pour jouer à l’homme viril et qu’il n’y arrive pas, c’est Rosemary qui l’attrape et l’amène dans la voiture. Son père lui adresse alors ces derniers mots : « Hé, Rosemary, veille bien sur mon petit gars ». En détournant ainsi la traditionnelle passation de pouvoir par laquelle le père de la mariée confie celle-ci au mari (« prend soin de ma fille »), le père de Rosemary exprime ainsi le vœu de voir ce couple différer du schéma patriarcal classique où l’homme domine et protège sa famille.

Si l’on fait donc abstraction de quelques détails sur lesquels on pourrait toujours chipoter, L’Amour extra-large reste peut-être le film mainstream le plus cohérent et intéressant sur l’aphrodisme. Une question reste cependant constamment évacuée (alors qu’elle est centrale) : celle du désir physique. En effet, à la fin du film Hal aime Rosemary et la trouve « belle », mais le film ne nous montre pas de scène où Hal serait par exemple excité par le physique de Rosemary, où aurait du désir physique envers elle. Alors que, lorsqu’elle lui apparaissait sous les traits de Gwyneth Paltrow, les réalisateurs ne s’étaient pas privés. On peut du coup se demander si on ne touche pas là, dans cette question du désir physique, une résistance encore bien prégnante et intériorisée des normes aphrodistes.

 Des câlins tout-es nu-e-s quand elle est « belle »… …et des bisous tout-es habillé-e-s quand elle est « moche ». Pourquoi ?

S’évader définitivement de l’aphrodisme : Le Roi de l’évasion

Comme on peut s’en douter, cette question du désir physique est complexe. En effet, la déconstruction des normes aphrodistes doit passer par l’abandon du critère de la beauté extérieure lorsqu’il s’agit de juger les personnes. Mais que reste-t-il alors de ce qu’on appelle le « désir physique » ? On pourrait soit dire qu’il n’a plus lieu d’être (puisque le physique n’a plus de pertinence), soit qu’il émane du désir plus général que l’on a pour une personne (la beauté « intérieure » de cette personne la rendant ainsi désirable). Il ne s’agit pas ici de tenir un discours normatif sur ce que doit être ou pas le « désir physique », mais juste de faire des hypothèses sur ce qu’il pourrait devenir si l’aphrodisme disparaissait.

Si L’Amour extra-large n’aborde pas cette question, c’est peut-être parce qu’il se place dans le contexte de l’aphrodisme pour montrer la nécessité de le dépasser. Difficile donc pour lui de traiter en même temps ce que serait le désir dans un « après » de la société aphrodiste (ou dans un « à côté » des normes aphrodistes). Or c’est justement un tel contexte que prend pour point de départ le film français Le Roi de l’évasion (2009). Ici, l’aphrodisme n’est pas posé comme un problème, puisqu’il est déjà dépassé. Dès le début, les protagonistes se désirent et se le disent directement, alors qu’ils sont très loin de correspondre aux normes de beauté dominantes.

A quoi il faut ajouter que les personnages principaux sont gays, détail qui rend ce film encore plus exceptionnel, puisque l’aphrodisme à l’écran touche beaucoup plus les homosexuel-le-s que les hétérosexuel-le-s. En effet, non seulement il existe très peu de représentations d’homosexuel-le-s développant des relations affectives/amoureuses/sexuelles au cinéma, mais en plus, quand elles existent, elles ne nous montrent le plus souvent que des homosexuel-le-s jeunes et « beaux/belles ». Comme si les scénaristes et cinéastes compensaient leur homophobie en se réfugiant dans les normes aphrodistes.

 Ils sont moches, vieux et homosexuels, et ont du désir l’un pour l’autre. Sommes-nous dans un film de science-fiction ? Non, peut-être juste dans la réalité.

La meilleure manière de dépasser l’aphrodisme est donc peut-être de l’ignorer comme le fait Le Roi de l’évasion, et de commencer à représenter les gens et leurs relations affectives telles qu’elles existent réellement, dans toute leur diversité. Certes, cela ne veut pas dire que des films critiquant explicitement l’aphrodisme comme le fait L’Amour extra-large sont inutiles. Bien au contraire, on aura encore besoin tant que l’aphrodisme restera aussi inconscient et prégnant qu’il l’est aujourd’hui. Face à la violence du déferlement de corps « beaux/belles » qui nous est imposé en permanence dans tous les produits médiatico-culturels, toutes les stratégies sont bonnes à prendre.

Paul Rigouste

[1] Pour illustrer rapidement ce que l’on entend concrètement par « rapport de domination » dans le cas de l’aphrodisme, citons deux exemples évidents de domaines où ceux/celles qui ne correspondent pas aux normes de beautés arbitraires de notre société sont discriminé-e-s. Dans le monde du travail par exemple, il est très fréquent qu’une discrimination sur le physique s’opère (explicitement ou implicitement) à l’embauche (surtout à l’égard des femmes d’ailleurs). Autre exemple : dans le domaine des relations amoureuses/affectives/sexuelles, les « beaux/belles » ont une place privilégiée puisqu’ils/elles sont la plupart du temps les seul-e-s à être posé-e-s comme des objets possibles d’amour et/ou de désir. Il est ainsi beaucoup plus facile de se retrouver dans une situation de solitude affective lorsque l’on est « moche » (et, encore une fois, surtout quand on est une femme).

[2] Ilana Löwy, L’Emprise du genre, La Dispute, 2006, p. 46. Voir aussi sur le sujet tout le chapitre du même livre consacré à « La politique d’inégalité des rôles esthétiques ».

[3] Ilana Löwy, L’Emprise du genre, p. 115

[4] http://rennes1720.fr/2012/06/02/cinema-francais-sexisme-festival-cannes/

[5] Un exemple entre mille de ce racisme nous est donné par Will Smith qui raconte que le rôle féminin de Hitch, expert en séduction (2005) a été donné à une latina, Eva Mendes, parce que les producteurs avaient peur à la fois de s’aliéner le public blanc en proposant un couple de noirs en tête d’affiche, mais aussi de s’aliéner la majorité du public en mettant en scène un couple « interracial » (Will Smith avec une blanche). Ils choisirent donc Eva Mendes, ni noire ni blanche…

[6] Domination bien sûr toute relative, puisque limitée au rapport entre « beaux/belles » et « moches ». Du point de vue des rapports sociaux de sexe, elles sont loin d’être des dominantes, comme on l’a expliqué plus haut.

[7] Le phénomène est assez flagrant dans les séries, où le personnage de comique est dans l’immense majorité des cas masculin. On peut par exemple penser à Chandler dans Friends, Barney dans How I met your mother, Nathan dans Misfits, les personnages incarnés par Joshua Jackson dans Dawson et Fringe, Dr House dans la série du même nom, etc. etc. etc.

Autres articles en lien :

66 réponses à En finir avec l’aphrodisme au cinéma

  1. Merci beaucoup pour cet article ! Ca m’a donné envie de revoir « l’Amour extra-large » et de découvrir « Le roi de l’évasion ».

    Juste une question : est-ce que être attiré-e par quelqu’un parce que son visage donne une impression de bonté ou de joie, est ce de l’aphrodisme ? Car, certes on est attiré par le physique, mais parce que ce physique reflète la personnalité (expression du visage, démarche, etc).

    Félicitation pour votre blog que j’adore !

    • Merci beaucoup.
      Pour répondre à votre question : tout dépend à mon avis de la définition que l’on donne à l’aphrodisme. Dans mon article, je l’ai défini comme le fait de juger les personnes en fonction de leur correspondance aux normes de beauté PHYSIQUE d’une société donnée. Ainsi, juger les gens sur leur beauté « morale » ou « intérieure » ne relève plus de l’aphrodisme au sens où j’ai employé ce terme. Et qu’on puisse être attiré-e, comme vous le dites très justement, par quelqu’un-e parce que son visage donne une impression de bonté ou de joie ne nous fait pas tomber dans l’aphrodisme, puisque la correspondance aux normes de beauté a été ignorée pour ne prendre en compte plus que « la beauté intérieure » de la personne. Ce que critique le concept d’ « ‘aphrodisme », c’est juste l’attitude consistant à prendre en compte des caractéristiques physiques totalement superficielles et insignifiantes pour juger les personnes. Attitude profondément injuste puisque personne ne choisit son physique, et que les critères de beauté sont totalement infondés et arbitraires.

      • Mais pourquoi penser que l’on choisit l’impression de bonté ou de joie que peut donner notre propre visage ? En quoi est-ce un jugement préférable à celui basé, disons, sur la forme des hanches ?
        (on peut travailler son sourire de la même façon qu’on peut travailler son corps, dans certaines limites propres à chacun et inégalement distribuées)

        Par ailleurs, dire que « les critères de beauté sont totalement infondés et arbitraires » : il me semble que c’est le propre de tout jugement esthétique d’être arbitraire, même s’il peut se cacher parfois derrière un discours pseudo-savant (nombre d’or, etc.). Il n’y a pas de beauté objective ou absolue, il y a des processus de valorisation : j’en profite pour glisser cette conférence de Frédéric Lordon, « ce que la valeur esthétique fait à la valeur économique » : http://www.dailymotion.com/video/xmk3e6_frederic-lordon-ce-que-la-valeur-esthetique-fait-a-la-valeur-economique-spinoza_news

        Je comprends le désir de lutter contre les normes et les injonctions, de diminuer leurs influences, mais je suis assez étonné par le discours irénique qui semble dire qu’on peut supprimer toute notion de norme esthétique dans une société humaine (pour faire la part belle, ici, à une supposée « beauté intérieure »). Ou peut-être ai-je mal compris ?

        • Je n’ai pas dit qu’il était possible et souhaitable de supprimer « toute notion de norme esthétique dans une société humaine ». Mon propos ne portait que sur les jugements esthétiques que l’on porte sur les personnes (je n’ai pas parlé par exemple de la beauté de la nature ou des œuvres d’art). Ne pensez-vous pas que l’on pourrait se passer de ce genre de normes ? Il me semble que chacun-e peut faire soi-même l’expérience de la déconstruction de telles normes, lorsqu’il/elle apprend à connaître et à apprécier une personne qui ne l’avait pas attiré-e physiquement au premier abord. Très rapidement, on peut donc en arriver à négliger totalement la (non) correspondance aux normes de beauté des personnes que l’on côtoie. Certes, il est parfois difficile de déconstruire l’aphrodisme jusqu’au bout (notamment dans les cas où il est le plus fortement intériorisé, comme lorsque l’on se situe dans le domaine du désir physique ou lorsqu’on a affaire à des personnes s’écartant beaucoup des normes de beauté par exemple), mais c’est juste à mon avis parce que le matraquage est en ce domaine d’une violence incroyable (et commence dès l’enfance).

          A partir du moment où, comme vous et moi, on pense que les normes de beauté sont parfaitement arbitraires, et donc des constructions sociales, je ne vois pas ce qui rend impossible la déconstruction de ces normes. Tout ce qui a été fait, nous pouvons le défaire.

          • Je ne sais pas si l’on « pourrait se passer de ce genre de normes ». À partir du moment où il y a de l’esthétique il y a des normes esthétiques, je ne vois pas comment l’éviter (les jugements se transmettent, se discutent et se disputent au sein de la société). Alors on peut rêver d’une société où les humains seraient totalement indifférents aux apparences les uns des autres, mais ça me paraît un peu lointain.

            Pour ce qui est de déconstruire, mon opinion est du même ordre : oui, on peut déconstruire, mais déconstruire n’est pas détruire (sinon le capitalisme aurait été anéanti depuis longtemps par les tonnes de critiques très savantes à son sujet :-)). Par ailleurs, si c’est une sorte d’effort qui est demandé à la majorité de la population (c’est bien la majorité qu’il faut convaincre si l’on veut détruire les normes), quelle est la rémunération de cet effort ? Si les gens aiment apprécier la beauté, c’est que le spectacle de la beauté leur fait plaisir : il s’agit donc de remettre en cause une source de plaisir.

            Donc, je pense que la porte de sortie si l’on ne supporte pas la présence d’une norme hégémonique, ce n’est pas la fin des normes mais simplement la multiplication de celles-ci, dans une sorte de multiculturalisme (cf. des auto-identifications à la mode telles que « geek » ou « queer »).

            Par ailleurs, je dois dire que je ne suis pas trop d’accord sur l’idée qu’il faille en finir avec l’aphrodisme en général (qu’il soit trop présent au cinéma, je suis d’accord, mais pour moi c’est avant tout l’amour – dans le sens romantique, « romance » comme disent les américains – qui est trop présent au cinéma). On ne peut le remplacer que par d’autres types de jugements normés tout aussi arbitraires (et, contrairement à ce qu’on pense, pas moins injustes : par exemple, le niveau culturel d’une personne ne relève pas vraiment d’une décision individuelle mais, en grande partie, de son origine sociale). Bourdieu a écrit quelques lignes intéressantes à propos du fonctionnement des « affinités électives », présumées magiques et ineffables alors qu’elles obéissent largement à des déterminations.

          • Vous dites que vous n’êtes « pas trop d’accord sur l’idée qu’il faille en finir avec l’aphrodisme en général », parce que selon vous on ne pourrait « le remplacer que par d’autres types de jugements normés tout aussi arbitraires ». Je ne pense pas que ce soit un argument valable. C’est comme si vous disiez : « je ne suis pas sûr qu’il faille en finir avec le racisme en général parce qu’on remplacerait les jugements racistes par d’autres jugements tout aussi arbitraires de toute façon ». Peut-être qu’effectivement d’autres normes tout aussi condamnables pourraient remplacer les normes aphrodistes, mais il n’y a aucune nécessité à cela à mon avis.
            Je suis bien d’accord avec vous que juger par exemple les personnes selon leur « niveau culturel » est tout aussi condamnable que l’aphrodisme. Mais il est tout à fait possible d’éviter les deux non ? Vous semblez penser que les jugements normatifs injustes sont inévitables. Mais je ne serais pas aussi pessimiste que vous. Un film peut par exemple condamner des personnages parce que ceux-ci en exploitent ou en dominent d’autres. Voilà par exemple un jugement normatif qui me semble tout à fait légitime. Et même, un film peut très bien ne juger personne, mais juste comprendre (c’est, par exemple, ce que fait le réalisateur Asghar Farhadi dans ses films il me semble).

            Par rapport à ce que vous dites sur la multiplication des normes, je suis plutôt d’accord avec vous. En effet, ce que je critique avant tout dans mon article, ce n’est pas le jugement esthétique en soi, mais le fait que les normes esthétiques à l’aune desquelles sont élaborés ces jugements nous sont inculquées continuellement et avec une grande violence par les films, publicités, magazines, émissions de télé, séries, etc. Ce qui est extrêmement néfaste, c’est le fait que des normes (au passage très difficile à atteindre, voire impossibles à atteindre) soient totalement hégémoniques. A partir de là, je pense aussi qu’une des manières de combattre l’aphrodisme peut effectivement être de faire exploser ces normes de beauté hégémonique en une multitude de possibles, pour que tout le monde soit « beau/belle ».
            Mais, contrairement à vous, je ne pense pas que cette déconstruction se fera exclusivement grâce à un « effort demandé à la majorité de la population ». Il ne faut pas, à mon avis, rendre responsable de l’aphrodisme tous les gens à qui ces normes ont été inculquées depuis leur enfance par des appareils idéologiques omniprésents. Ce sont ces derniers qui sont les premiers responsables de l’aphrodisme, pas la majorité de la population.
            Et quand vous dites que l’aphrodisme est difficilement éradiquable car il repose sur le plaisir, il faudrait peut-être préciser : le plaisir de qui ? Pas le plaisir de ceux/celles qui ne correspondent pas aux normes de beauté en tout cas. Je rappelle au passage que l’aphrodisme est beaucoup plus violent envers les femmes. Une étude récente effectué au Etats-Unis montre que 51% des filles de 11 ans sont insatisfaites de leur corps, et qu’à l’âge de 17 ans, ce pourcentage a grimpé à 79% (on pourrait parler aussi de l’anorexie et de la boulimie qui frappent majoritairement des femmes, etc.). Étant donné que sous le patriarcat, c’est surtout les hommes qui regardent et les femmes qui sont regardées, le « spectacle de la beauté » « qui fait plaisir » comme vous dites fait surtout plaisir aux hommes, et beaucoup plus souffrir les femmes… En plus, j’ai l’impression qu’au final tout système de domination repose sur un plaisir, puisqu’il y a toujours des gens valorisés, donc plus admirables que d’autres (plaisir de ceux/celles qui admirent ces gens, et surtout plaisir de ces gens eux-même d’être du côté des dominant-e-s). Mais est-ce qu’une société sans aphrodisme ne serait pas du coup source de plaisir pour plus de gens encore ?

    • Jolie remarque ! Je pense qu’on pourrait prendre l’exemple de la série TV anglaise Downton Abbey, qui suit majoritairement l’histoire de deux couples principaux, la belle et noble Mary et le beau et noble Matthew qui vivent une histoire passablement compliquée…
      Et, à côté, l’histoire (compliquée également) de deux domestiques, Anna et Bates, qui se trouvent beaucoup plus attachants, bien que moins beaux (encore que l’interprète d’Anna soit plutôt jolie), mais qui inspirent tant de bonté et de beauté de coeur que ce sont à eux que l’on a le plus envie de souhaiter du bonheur et à qui on voudrait s’identifier.
      Je trouve à cette série une portée anti-aphrodiste assez plaisante (en plus de toutes ses autres qualités)

      http://4.bp.blogspot.com/-r9cgBBXDlrw/UCIi5xWhq0I/AAAAAAAAAyY/6KrxjdcjEeo/s1600/Mr.+Bates++Anna.png

  2. Bonjour et merci pour ce blog et ces articles aussi intéressants que nécessaires.

    Je rejoins un peu la question posée juste avant : Comment juger la démarche (naturelle) d’une représentation de la beauté qui s’accorde à ne point dissocier beautés physique et intérieure quand on a tendance à mêler les deux de façon si intime qu’on en vient naturellement à trouver « moche » une personne exécrable, quand bien même elle serait jolie physiquement, et inversement.

    Sinon pour « compléter » un peu la liste des films étudiés sous cet angle, j’aurais ajouté Monster avec une Charlize Theron assez enlaidie et « camioneuse » aimant récriproquement Christina Ricci.

    Sinon je pensais aussi à Boys don’t cry, mais plus pour son coté anti-hétérosexiste que anti-aphrodiste (Swank et Sevigny ayant quand même de bien jolis minois conventionnels)

    On pourrait aussi relever un bref geste iconoclaste dans la tonte du crane de Sigourney Weaver dans Alien 3, symbolisant la mise au placard de sa féminité. (et donc peu ou prou de ses attributs sexuels)
    Mais la domination masculine pulsionnel y est encore forte, surtout dans un pénitencier d’hommes…

    Ou bien la manifeste « destinée » d’un Rick Moranis envouté (acteur cantonné aux rôles ridicules et « moches ») devant retrouvé la non moins envoutée Sigourney (encore) pour faire des choses avec elle, dans Ghostbusters 1er du nom. Mais ici l’envoutement est commode pour excuser cette « folie », l’actrice se désintéressant manifestement de ce voisin reloud au début.

    Sortant de la sphère amoureuse, je songe aussi à Sinok dans les Goonies (personnage quand même vachement victime de son physique), dont Choco va en un clic d’oeil passer de la peur panique à l’amitié par leur gourmandise et leur sort communs.

    Sinon je songe aussi à Blindness avec Julianna Moore, qui passe clairement outre les apparences par cette épidémie de cécités, qui fait se composer des couples très disparates vers la fin, mais ce n’est qu’à peine effleuré… (et « excusé » par cette perte de vue)

    Mais ce ne sont pas des films engagé pleinement dans une démarche de déconstruction de l’aphrodisme.

    Un peu plus frontale, je songe à « Freaks la monstrueuse parade » de 1932, une galerie de vrais « monstres » de foire, dont les magnifiques (parce que je les trouve vraiment beaux) Johnny Eck, Harry Earles, Schlitze ou Prince Randian, où parmi lesquels évolue une « belle » funambule qui s’avèrera être la seule « monstre » parmi des humains « humains »…

    Je songe aussi à Elephant Man, où John Merrick peinera à trouver ne serait-ce qu’un droit d’appartenance au genre humain par son unique anormalité physique… (et malgré d’immenses autres qualités de coeur et d’esprit)

    Sinon, mais je sors de la sphère cinématographique, je songeais tout au long de l’article, et d’autant plus au passage de la Belle et la bête, à certaines toiles de Luis Royo, représentant sans gêne d’horribles monstres et autres démons difformes caressant, voir copulant amoureusement avec de magnifiques femmes visiblement désireuses et amoureuses (notamment dans Prohibited Book). On pourra toujours se poser des questions sur l’invariabilité de la femme magnifique et le monstre, et non l’inverse (Royo étant un grand admirateur des beautés féminines), ou d’une possible représentation bestiale d’obscures fantasmes…

    • Merci pour toutes ces suggestions.
      Effectivement, je n’ai pas pensé à faire le lien avec les films qui s’attaquent à la discrimination des gens perçus comme « monstrueux » ou « anormaux » (comme Freaks ou Elephant Man). Et pourtant, comme vous le suggérez, le problème est sûrement le même, les « monstres » étant des cas particulièrement extrêmes de « laideur » (qui subissent par conséquence le même type de discrimination que les « moches », mais de manière encore plus extrême, et donc encore plus douloureuse).

      • Merci pour cet article passionnant. Pour les productions qui abordent le theme de l’aphrodisme, je pense aussi à Nip-tuck dont c’est un thème central. J’en ai un souvenir assez vague, surtout d’un défilé de personnes au physique conforme à la norme hollywoodienne, et beaucoup de scènes de sexe, mais je me souviens d’un concept de « droit à la beauté » développé dans certains épisodes.

  3. Une petite réserve concernant « L’Amour extra-large » : le film dénonce l’attitude superficielle du héros qui ne s’intéresse qu’aux filles « canons ». Et cependant, pendant la majeure partie du film, il montre au spectateur une actrice « canon », Gwyneth Paltrow, qui est filmée à plusieurs reprises en maillot de bain ou en sous-vêtements… Ne trouvez-vous pas que, ce faisant, la réalisation use précisément du procédé qu’elle prétend dénoncer ? Au final le public passe une heure vingt à reluquer de la bombasse, et dix minutes à se donner bonne conscience (puisqu’au final c’est la beauté intérieure qui gagne).
    Personnellement je suis gênée que pour faire jouer un(e) gros(se), un vieux ou une vieille, le cinéma choisisse presque toujours de grimer des acteurs « acceptables » physiquement plutôt que d’embaucher des acteurs et actrices gros-ses ou vieux/vieilles.

    • Je suis tout à fait d’accord avec vous. Ces deux points font effectivement partie des contradictions de ce film avec lequel j’ai été volontairement « trop gentil » (je voulais insister sur le mérite qu’il avait d’aborder ce sujet de front, ce qui est plutôt très rare dans un paysage cinématographique particulièrement touché par l’aphrodisme).
      Le fait que, comme vous le dites, « le public passe une heure vingt à reluquer de la bombasse » me semble aussi problématique du point de vue du sexisme. En effet, encore une fois, c’est un corps féminin (celui de Gwyneth Paltrow) qui est donné en spectacle aux spectateurs/trices. On ne sort pas de cette inégalité hommes/femmes dans l’aphrodisme dont je parle dans l’article.
      Ce qui est l’occasion au passage de parler d’un aspect du Roi de l’évasion que je n’ai pas mentionné non plus : dans ce film, tous les hommes que l’on voit nus dérogent aux normes de beauté, alors que la seule femme qu’on y voit dénudée est « belle ». Certes, cela s’explique si l’on replace ce détail dans le propos général du film, mais il n’en reste pas moins que le résultat est toujours le même : il est beaucoup plus facile aux hommes d’échapper à l’aphrodisme, alors que les femmes sont encore et toujours offertes au « reluquage » du public (et ce même si cela entre en contradiction avec le propos du film).

    • Pour tenter de répondre ou au moins nuancer la dernière question de Iofur, il faut quand même tenir compte de l’état de la profession de comédien, l’offre et la demande. Les jeunes gens (ou les moins jeunes en reconversion) qui décident de se lancer dans une carrière d’acteur (surtout au cinéma, moins au théâtre) le font en général avec comme rêve celui d’avoir un rôle de « jeune premier(e) ». N’importe qui a déjà organisé un casting (je dis bien « organiser », pas « passer », on est donc du côté des sélectionneurs) sait bien que s’il indique juste « cherche rôle féminin », il ne va falloir passer que des femmes et jeunes, et en phase avec le canon établi de beauté. C’est beaucoup plus compliquer de trouver des acteurs qui « ont un physique » (ou « une gueule »), comme on dit – ce qui incite d’ailleurs certains cinéastes à aller « chasser » parmi les amateurs, voire à aborder des gens dans la rue qui n’avaient jamais pensé à faire du théâtre…
      Je ne dis pas qu’il n’existe pas du tout d’acteurs et actrices hors-canon de beauté, seulement qu’ils sont rares – et du coup, ceux qui ont réussi à percer ont souvent un caractère fort, aussi bien en jeu que dans les coulisses – on ne va pas leur proposer des rôles timorés…

  4. Tiens ca me fait penser a un truc que j’ai lu, au japon y avait eu une proposition assex insolite: la taxe sur les beaux. Les ‘moches’ auraient a payer moins d’impots car ils reussiraient moins bien dans le monde du travail et auraient des salaires plus bas. J’ai pas le lien sous la main, mais c’etait interessant (bien que je sois pas tout a fait d’accord avec la solution proposee).

  5. Je vais sans doute me faire lapider;
    mais l’idée d’abandonner des termes « qualitatifs » pour évaluer une caractéristique est stupide, dans le sens où le langage est fait ainsi. On ne peut pas supprimer des qualificatifs dans un domaine, si on ne supprime pas tous les qualificatifs. L’esprit humain comblerait le vide de lui même.
    En outre, pour nous, instinctivement, la beauté est bien une caractéristique qui ne peut être ignorée, en voyant une femme, un homme, nous savons directement si nous les trouvons belle ou beau.
    Instinctivement, nous sommes amenés à mieux traiter les enfants beaux, qui ont de meilleures notes et moins de punitions.
    Les gens beaux, effectivement, réussissent mieux dans le monde du travail, car ils ont socialement plus de facilités. Non parce que les gens vont embaucher des « plantes vertes » pour faire de la représentation (cela arrive, mais en dehors des hôtesses/mannequins, ce genre de métier est plutôt déconsidéré et pas très bien payé), mais parce qu’inconsciemment ils évaluent les autres qualités des gens à l’aune de leur beauté.
    Je ne dis pas que c’est un phénomène juste. Mais il est intégré à nos comportements d’une telle manière qu’il est difficile de s’en défaire, car c’est notre perception psychique qui est en cause.
    Quant à changer les critère de beauté pour que ces filtres filtrent moins, et bien, si une part de la norme de la beauté est culturelle, beaucoup d’autres sont instinctives.
    On est très facilement attirés par ce qui est « hors normes », même si celui qui est « supérieur » dans cette norme nous attire aussi. L’exotisme nous attire instinctivement.
    (Et dire exotisme, anticipons, est sans considération raciste, nous avons des caractéristiques physiques différentes en fonction des ethnies, c’est ainsi).
    Et beaucoup d’éléments d’attirance tournent autour de mêmes facteurs, aussi. Il faut paraitre sain, apte à se reproduire. Si dans cette culture, cela signifie avoir des hanches larges et le fessier qui va avec, et être bien en chair, avec une imposante poitrine, et bien, c’est ainsi que les hommes verront les femmes belles. Dans d’autres cultures, ce canevas changera. La culture est moins imposante à ce niveau pour les hommes, car instinctivement, finalement, ce sont les femmes qui sont le plus influencées au niveau de leur perception de la beauté, de la virilité.
    Il faut être grand, musclé, avoir des traits solides pour avoir l’air « d’un homme, un vrai ».
    Le standard physique pour les mecs est donc plus uniforme que pour les femmes, à l’exception du visage, l’androgynie étant quelque chose « d’exotique ».

    Quant à la domination masculine, il faudrait arrêter avec ce cliché, même en termes de beauté.
    Exemple, une femme moche (je ne mets pas les guillemets, car si tout le monde ressent qu’elle n’est pas « belle », voire qu’il est impossible qu’elle puisse générer un quelconque désir physique en eux, et bien, c’est instinctif et on a pas à dicter aux gens ce qu’ils ressentent, ça va vraiment à l’encontre du but)
    une femme moche, donc, peut tout de même avoir les faveurs d’un homme sans trop forcer.
    Un homme moche devra, lui, déployer des trésors de séduction, de démonstration de pouvoir et d’argent pour ça, pour espérer attirer une femme, pour « se rattraper », et encore, la sincérité de cette attirance peut être remise en cause (avec la fille moche, on est pas dupes, c’est essentiellement la disponibilité sexuelle qui joue, mais le contrat est clair, alors que les chercheuses d’or, elles, masquent leur réel sentiment pour profiter. -NB, je ne fais pas un procès aux femmes, mais à part dans le cas des gigolos, le processus est largement en faveur des femmes dans ce cas-là. Je ne juge pas moralement, non plus, j’examine les différences de situation)
    Et pour ce qui est de la séduction pure, on est quand même culturellement orientés vers le fait que les femmes sont les gardiennes des faveurs, et les hommes doivent essayer de les gagner. En gros, les juges sont les femmes.
    Nous décidons de la possibilité pour l’homme de nous toucher, et plus.
    Moches ou non, qui va décider de continuer la conversation ou de s’esquiver quand elle est abordée?
    La femme. Et ça n’a même pas forcément à voir avec la manière d’aborder, car un mec un peu rustre mais beau
    marquera inconsciemment des points, et son accroche maladroite prendra une meilleure tournure dans la tête
    de celle qu’il aborde. Alors qu’un mec repoussant nous mettra mal à l’aise, instinctivement.
    En plus, la femme a plus de facilité à se mettre en valeur.
    Un mec chétif, il restera chétif. Une femme qui a un nez disgracieux, elle peut corriger avec le maquillage.

    C’est peut être mal car finalement, on se base sur des a priori, fussent ils instinctifs,
    mais l’instinct a ses raisons. Il nous crie que certaines caractéristiques physiques sont anormales,
    et le signe de défauts génétiques potentiels.
    Cela veut il dire que nous devons laisser les moches mourir dans leur coin sans se reproduire?
    Et bien, la nature est bien faite, car les individus avec « moins de potentiel » finissent par se regrouper,
    juste au cas où, et il n’y a que les « très beaux/très laids » qui sont vraiment avantagés/désavantagés.
    Car il faut vraiment des défauts physiques importants (vraiment le signe d’un problème inné quelque part)
    pour ne pas réussir à trouver de partenaire.
    Après, c’est vrai, il y a une catégorisation.
    Une étude montre par exemple que beaucoup de couples « mixtes » existent, dans les deux sens.
    Leur durée de vie est par contre fortement diminuée quand l’écart devient trop grand
    (si on note de 1 à 10 la beauté, concept douteux pour certain, mais qui donne une idée, la différence
    ne doit pas être supérieure à deux points.)
    La raison en serait que le beau du couple trouve toujours de nouvelles opportunités,
    alors que dans un couple suffisamment proche en « valeurs physiques », les autres valeurs prennent enfin leur
    place et peuvent compenser, consolider le couple. Dans le cas contraire, elles vont être ce qui crée
    l’attirance, mais il n’y a plus rien pour l’entretenir, à moins qu’elles soient très fortes.
    ça tend bien sûr à démontrer la situation contre laquelle vous vous révoltez, mais j’aurais tendance
    à dire que c’est aussi une marque du fait que c’est bien plus ancré en nous que la culture.
    Car les humains sont avant tout guidés par leurs instincts. Si la culture va à leur encontre,
    ils n’en tiennent pas compte. Si les « autres valeurs » (je ne les mets pas en vrac pour dire qu’elles ont moins
    de valeur, juste pour dire que dans le processus, elles passent après, car il faut arriver à franchir un seuil)
    n’ont droit de cité, c’est uniquement parce qu’on valide la personne d’abord.
    C’est un mécanisme de défense, de sélection. Dans un groupe on ne peut prendre tous les avis,
    donc on se base, quand ils sont en apparence égaux, sur la valeur perçue des interlocuteurs.
    Si JCVD donne son avis dans un discours sur la physique nucléaire, on prendra plutôt l’avis du mec en blouse
    (même si c’est un mec qui passait par là, ou un médecin, et pas un physicien)
    Si on demande l’avis sur la manière de mettre des baffes dans la gueule, on fera plus appel à JCVD,
    qu’au mec perçu comme faible. On sélectionne suivant l’adéquation à ce que l’on recherche.
    Et instinctivement, pour la séduction, on sélectionne un mec qui nous parait viril, fort, puissant,
    et les mecs sélectionnent une femme qui parait féminine, apte à se reproduire, et sexy (encore que cela soit
    plus culturel, car ça s’est plus rajouté avec le concept tout récent de « l’obligation d’avoir du sexe génial »)

    Tout ça pour dire, le pouvoir dans cette situation est partagé. Aussi, il existe des facteurs qui peuvent
    rattraper la « mocheté » ou pourrir la « beauté » (comme le fait d’être intelligent(e), ou les emmerdes perçues
    à être avec un moche -les avis des copines- ou rester avec un beau perçu comme un queutard),
    et la marge est large avant que quelqu’un soit « irrécupérable », ou « trop avantagé ».
    Après, le problème de la beauté dans le cinéma, c’est essentiellement un problème de marketing,
    hollywood a bien compris que le désir d’un produit peut très bien s’assimiler au désir pour une de ses parties,
    donc un beau mec ou une belle nana, voire les deux, et c’est parti. La majorité des acteurs sont beaux ou au moins
    normaux, parce que c’est plus agréable à l’oeil, et on ne veut pas repousser une partie de son audience.
    Le cinéma, comme le théatre, joue sur les stéréotypes. Le mec moche servira souvent de salaud, parce qu’il a une
    gueule qui met mal à l’aise. Le problème, c’est que c’est bien de vouloir lutter contre les inégalités,
    mais à moment donné, doit on nier nos instincts et tout formater par un « c’est pas bien de ressentir ça ».
    Attention, c’est un argument dangereux, je le sais, il pourrait être pris comme tel pour le sexisme ou le racisme.
    mais là, on touche au désir, alors que ces deux concepts là se nourrissent plutôt de « raisons » qui n’en sont pas,
    et d’émotions tordues provenant de ces raisons. Le désir est plus profond, et il outrepasse de beaucoup la raison.
    Alors, doit on le mettre en laisse?
    Je suis d’accord, il n’est pas bien de rejeter un mec parce qu’il est moche, mais d’un autre côté, même s’il a une conversation
    intéressante, si je ne peux le regarder dans les yeux parce qu’il me met mal à l’aise, ou que la simple idée de ses lèvres sur
    les miennes me dégoute, et bien, il vaut peut-être mieux lui épargner l’illusion de croire qu’il pourrait se passer quelque chose,
    Non?
    Les gens qui font les médias jouent sur l’instinct, parce que c’est plus direct qu’un discours.
    C’est ce qui marche dans l’humour comme dans les films.
    Mais ils n’entretiennent pas ces clichés, ils sont déjà pour beaucoup en nous
    (bien sûr, il y a des créations artificielles genre l’émo sexy, mais elles ne survivent pas longtemps).
    Je me fais l’avocat du diable, mais peut-on vraiment les blamer de bien faire leur travail?
    Alors on me repondra qu’il faut changer les hommes, les femmes, mais jusqu’à quel point doit on avoir
    une règle de « bien penser »?
    Je ne suis pas complètement en désaccord avec vous, je trouve juste qu’à vouloir définir toutes les limites,
    on se retrouve finalement avec la situation qu’on veut éviter, on uniformise la pensée.
    Dans une autre direction, et pas forcément meilleure (si on arrête de juger les beaux,
    on jugera les cons, et là la vie de beaucoup va devenir très dure. Si on juge les gens sur leur
    QI -bon, ok c’est une mesure remise en question mais c’est pas le débat, pour beaucoup de gens,
    ça reste l’étalon de l’intelligence, donc ils s’en servirons-, les « moyens » seront encore plus
    déconsidérés. Il y aura vraiment des boulots de cons et des boulots de « supérieurs ».
    Et comme l’intelligence définit notre capacité à être vraiment efficace dans notre travail,
    Là il sera vraiment justifié d’établir des différences de salaire.
    Alors le problème profond, si on va par là, c’est de faire des catégories dans les gens.
    Mais nos instincts ne connaissent pas l’égalité. C’est un fonctionnement mental de base,
    de catégoriser. Je ne crois pas qu’on puisse s’en affranchir au niveau des gens.
    Il faut juste apprendre à le minimiser. Mais ça ne passera pas par le fait de nier nos
    désirs, ou à changer quelques mots. Peut-être plus en changeant les raisonnements autour,
    comme l’assimilation des bonnes caractéristiques à l’ensemble de l’individu, mais
    on touche à des phénomènes psychologiques de base.
    Et apprendre à se débarrasser de ces biais psychologiques là, c’est une éducation complète
    à faire (sans compter que ça ne modifiera en rien le fait que biais ou pas, le reste de nos instincts
    créera quand même des inégalités, le monde ne sera jamais « parfait » de ce point de vue là)
    Pas qu’il ne faille pas y réfléchir. Mais ça va bien plus loin que se plaindre des films.
    Vous les interprétez comme « aphrodistes » parce que vous percevez la différence de la société avec vos
    valeurs, certes plus justes. Mais si vous saviez que tout le monde est « raisonnable »,
    et prend ça en relativisant, la narration du film, et ses ressorts, ne seraient que dramatiques,
    ils n’auraient pas un effet de confirmation de la situation actuelle.
    Les films ne sont pas le problème. Le langage non plus. Nos instincts, avec ce qu’ils ont de bon
    ou non, le sont. Plus que notre culture.
    Et je crois que le plus important, c’est de trouver les bonnes cibles.

    • Je n’ai lit que l’intro et déjà je veux répondre ceci : l’article ne dit rien concernant les « qualificatifs » personnels dont vous parlez (les gouts en fait, qui ne se discutent jamais), mais les « normes », quelles qu’elles soient d’ailleurs.

      Et il y aurait ainsi un distingo fort à faire entre quelqu’un d’isolé disant « je la-le trouve belle-beau » et une « autorité » quelle qu’elle soit (et tout le monde peut devenir une référence) annoncer « elle-il EST belle-beau ».

      Il s’agit de normes arbitraires, culturelles et sociales, pas de gouts personnels. (bien que ces derniers sont souvent influencés – hélas- par les premiers)

      • (j’écris trop vite et avec des fautes, je vais donc aussi « instinctivement » être passablement ignoré ^^)

        Mais je ne suis pas d’accord avec votre « instict » de surplus d’attention envers un enfant plus beau, plus fort, plus méritant… ça aussi c’est purement culturel et donc acquis (et non inné comme vous le suggérez).
        Et c’est aussi fait fit de la compassion, de l’empathie et des divers mécanismes d’attachement, de protection et/ou de mater-pater-nités qui peuvent voir jour.

      • L’article parle bien de supprimer de la langue les mots beau et moche.
        Quant à l’autorité, ce sont des individus en groupe. Vous et nous. Peut-être aussi certains marketeux, mais ils ne peuvent pas créer à partir de rien. Les éléments sont déjà là, ils se contentent de les souligner.
        Quant au surplus d’attention, c’est la littérature scientifique qui le dit. Pas moi. Et le fait que les femmes en particulier soient victimes de ce fait, alors qu’elles sont naturellement disposées à trouver tout bébé attendrissant (certes, cela varie, mais dans l’ensemble nous avons l’instinct maternel), me fait douter que ce soit culturel. Rien dans notre culture dit « tape plus sur un gosse moche ». Et même s’il y a des préjugés sur les moches, on les applique plus aux adultes. être un enfant c’est normalement pratiquement un sauf-conduit pour échapper aux jugements appliqués généralement aux adultes, car ce sont des êtres en devenir. Mais pourtant, instinctivement, un gosse mignon reçoit un meilleur traitement. Plus d’attention, de douceur. La nature en marche. Bien sûr, une mère ne rejettera jamais son enfant, mais dans un groupe de gosses, elle sera sans doute par réflexe plus douce avec les enfants beaux. En tous cas, c’est ce qui a été constatés par des gens qui eux, ne font pas des discussions de comptoir comme nous, mais étudient des choses solides.

        • (un malencontreux appui sur tab et voilà mon commentaire posté trop tôt…)

          Quel confortable mythe que cet instinct maternel (pourquoi existe-t-il autant de dépressions post-partum du coup, mystère… ou pas)

          Quant à « la littérature scientifique », si elle le dit, c’est qu’elle a forcément raison.
          Ce n’est pas parce que Descartes, Malebranche ou Kant vont m’expliquer qu’un animal n’est qu’une machinerie sans sensation ni sentiment au service de l’homme beau et tout puissant que je vais les suivre aveuglément. Faut savoir faire le tri aussi…

          Ce n’est pas parce que vous allez constater que des critères sont préférés dans une population donnée qu’ils sont innés. Pas plus qu’il est inné de préférer actuellement pour une belle frange des jeunes mâles que nous connaissons tous des filles plates comme des limandes, aux yeux de biches sur-maquillés, à l’hypertrophie mammaire galopante, et à la tenue vestimentaire aussi aguicheuse que possible. Ne me dites pas que la mode corporelle actuelle est innée ou alors vous allez devoir m’expliquer les différents canons de beauté par lesquels notre société est passée au fil de l’histoire , certains étant limite diamétralement opposés à ceux que nous connaissons tous aujourd’hui.

          Et bien je vois mal pourquoi il en serait autrement pour les enfants, sur-médiatisés, transformés en produits de mode, en arguments de vente, en vecteurs et facteurs de consommations puissants, et en mètres étalons de bien des discours plus intéressés les uns que les autres, et dont certains sont de vrais excuses propres à décréter de nouvelles valeurs toujours plus divisantes : le teint juvénile, la blondeur, la candeur, l’innocence apparente, la spontanéité, la dépendance, l’ignorance, l’empathie, la gentillesse, et je ne sais quels autres critères communément employés en matière d’âgisme pur et dur… (le pourrais vous recommander de lire « pour l’abolition de l’enfance » de Firestone ici : http://tahin-party.org/textes/firestone.pdf)

          La « nature » que vous décrivez tout au long de votre discours n’a pour tout atavisme à mes yeux que la culture qui est la notre : éducation élitiste, habitudes ancestrales, critères sociaux discriminants, culte de l’individualisme, dépassement de soi, aboutissement -tout- personnel, esprit de compétition (à toutes les sauces, dès la naissance), et j’en passe, sont autant de notions acquise et prônées par une société comme la notre.

          Évidemment que nous avons des pulsions innées (violence -de tout ordre- destruction, sexe, survie), mais elles sont exemptes de tout critère de sélection, c’est notre société actuelle qui s’en est fait de parfaits vecteurs inconscients de sélections conscientes (mais tellement aliénées) de choix, de tris, de dominations, de pressions et enfin de suppressions.

          En guise d’exemple de ces notions apprises basées sur des pulsions certes acquise, mais sans liens avec aucun modèle discriminant intrinsèque autre que cette « surcouche » culturelle qu’ »on » nous greffe de force, je vous recommande chaudement de visionner cet excellent documentaire sur un des plus efficaces vecteur de ces valeurs culturelles qui ont si librement court dans nos chaumières : la télévision
          [ http://www.youtube.com/watch?v=4S20kG2MoxI ]
          (2nd partie du test de Milgram reproduit par France 2, intitulé « le jeu de la mort » que vous devez connaitre)

          • Je vais répondre en court:
            Dépression post partum: pas forcément incompatible avec l’instinct maternel, la dépression a plusieurs sources, notamment par des perturbations hormonales. Pas toujours le fait que la mère se sente incapable d’être une bonne mère.

            Faire un parallèle entre des gens qui faisaient de la science il y a plusieurs siècles et ceux qui en font actuellement, c’est de la mauvaise foi. De plus la science ne dit pas que les animaux sont insensibles, elle n’établit pas de relations de servitude (tout au plus, de prédation), et définit l’homme comme un animal.
            Il est donc malvenu de lui faire un procès.
            Ce sont les gens qui s’en servent pour lui faire dire n’importe quoi qu’il faut condamner, mais la recherche scientifique a une vraie utilité.

            Enfin, ce n’est certes pas le seul fait de constater qui nous montre que c’est innée, mais la manière de le faire.
            De plus, j’ai bien dit que notre culture entraine une réinterprétation de certaines choses, comme l’exemple justement de la beauté, mais les critères qui nous influencent sont ancrés en nous.
            IE: une femme est attirante parce qu’elle semble saine, apte à se reproduire, et qu’il y a des signes (qui peuvent être reproduits avec des artifices) qui le disent. mais suivant l’époque et la culture, ces signes varient.
            Au moyen âge, c’était le fait d’être bien en chair. Maintenant, c’est de présenter des caractères sexuels secondaires évidents (comme toujours*), et d’avoir l’air mince (ce qu’on sait être plus sain, de nos jours)

            *d’ailleurs je ne sais pas où vous avez vu que les jeunes aiment les filles plates, surtout que cela irait de toute manière à l’encontre des standards culturels qui seraient justement responsables de cette situation, selon vos dires (parce que le standard hollywoodien, ou celui du porno, puisqu’on parle de culture qui touche les jeunes, par exemple, ce n’est pas d’être une planche, regardez par exemple Megan Fox).

            La différence entre la beauté et l’apparence d’un enfant sain, ce qu’à part pour le poids, ça n’a pas changé. D’ailleurs, les critères de beauté d’un visage n’ont pas vraiment changés, eux, au cours des époques, si l’on regarde les peintures.
            Aussi, certains facteurs montrent que quelle que soit la culture, il y a des facteurs physiques sont des signes attirants, qu’on le veuille ou non, inconsciemment.
            Comme la symétrie par exemple.

        • Quant au fait que les « marketeux » ne font qu’accentuer, c’est toalement faux. Un exemple très simple : depuis des siècles, les représentations de femmes belles étaient des femmes plantureuses, avec une poitrine, des hanches et un ventre généreux. Il suffit pour cela de regarder les modèles utilisés en peinture.
          Pourquoi cela a-t-il changé ? Pourquoi le critère de beauté féminin est-il désormais la minceur, pour ne pas idre la maigreur ? Certainement pas parce que notre société a changé ces critères en un instant. En fait, ces critères ont changé parce les créateurs de mode trouvaient plus pratique d’avoir des mannequins longilignes, et ont donc matraqué les défilés de mode avec ce stéréotype-là qui, peu à peu, est devenu le standard de beauté.

  6. Bonsoir,
    tout d’abord bravo pour votre article.J’ai ressenti un bien fou à vous lire comme une liberation face à ce diktat de la beauté(theme traité aussi par Mona Cholet dans son livre « Beauté fatale »)
    J’avais une question, une personne à la peau foncée qui n’est attirée que par des personnes à la peau claire, est-ce de l’aphrodisme?

    • Merci beaucoup pour votre commentaire encourageant, et désolé de ne pas avoir répondu plus tôt.
      La question que vous posez est absolument essentielle parce qu’elle pointe le fait que l’aphrodisme ne peut être analysé sans être lié au racisme, puisque les deux sont intimement entremêlés (de même que le sont aphrodisme et sexisme).
      Effectivement, Mona Chollet donne des informations tout à fait intéressantes sur le sujet dans son livre Beauté Fatale. Je me souviens qu’elle parle entre autres de la commercialisation en Inde de produits censés blanchir ou éclaircir le teint, ou du fait que les femmes noires dépensent 9 fois plus que les blanches pour travailler leur apparence, etc. (cf. le chapitre qu’elle consacre à cette question dans son livre).
      Une des expériences les plus hallucinantes à ce sujet est celle où l’on demande à des enfants noirs de désigner entre une poupée noire et une poupée blanche laquelle ils trouvent la plus belle, et où l’on voit la majorité désigner la poupée blanche « parce qu’elle est blanche » (http://www.youtube.com/watch?v=YWyI77Yh1Gg). Tout aussi intéressant est le fait que, dans une variante de cette expérience où on leur demande laquelle est la plus gentille, les enfants répondent aussi majoritairement la poupée blanche. C’est avec ce genre d’expérience qu’on se rend compte à quel point l’aphrodisme est parfaitement intériorisé dès le plus jeune âge, puisqu’on a déjà ici à l’oeuvre le préjugé aphrodiste selon lequel l’apparence extérieure serait le reflet des qualités intérieures de la personne (ici la gentillesse).
      Donc, pour répondre à votre question, le fait qu’ « une personne à la peau foncée ne soit attirée que par des personnes à la peau claire » me semble effectivement relever de schémas de pensée/perception indissociablement racistes et aphrodistes.
      Plus précisément, il ne s’agit pas ici de condamner ce désir en lui-même. Ce serait aussi absurde que de critiquer un-e hétérosexuel-le parce qu’illes ne serait attiré-e que par des individus de l’autre sexe. Cela reviendrait à mon avis à confondre hétérosexualité (une orientation sexuelle individuelle) et hétérosexisme (un système qui impose une sexualité comme la norme). Le problème à mon avis, ce n’est pas que des individus ne soient attiré-e-s que par un type de personnes, c’est que nous vivions dans une société qui contraint nos choix en la matière, en présentant certains désirs comme plus « normaux » que d’autres (pour les personnes de l’autre sexe, pour les blancs, pour les gens minces, correspondant à des normes de beautés arbitraires, etc.).
      Qu’en pensez-vous ? Vous seriez d’accord avec cette idée ?

    • Question très intéressante, je suis noir de peau et j’ai était adopté (Je le dit parce que selon moi ça compte pour ce que je vais essayé d’expliquer), j’ai vécu au milieu de « blancs » et j’ai inconsciemment intégré des normes de  » blancs  » je veux dire par là oublier que j’étais noir et feindre de croire que l’idéal  » y’a pas de différence  » était vraie et devenir.

      Et en devenant adulte je me suis rendu compte que j’avais développé pendant adolescence une sorte de racisme ou de xénophobie très étrange qu’à l’époque je n’arrivais pas à exprimer. En gros j’avais réussi à intégrer que je n’avais pas moi à avoir honte des noir mais en parallèle je m’étais inconsciemment construit une représentation négative plus ou moins subtile (Illes pue, Illes sont sale, Illes sont des animaux, illes ne réussissent rien etc enfin tout ce que la société véhicule de haine et de rejet plus ou moins conscient) à fait que pendant très longtemps cela à inconsciemment influencé ma façon de voir les femmes noires par exemple que je ne pouvais pas trouver attirante physiquement ou les hommes que je ne trouvais pas beau et auxquels même je ne m’identifiai pas.

      Et c’est plus tard en grandissant que j’ai appris à voir / trouver de la beauté chez des personnes noir-e-s et aussi un peu me détacher des canons d’esthétiques. Et à cette période j’ai vraiment pris conscience que cela été construit et imposé.

      J’espère ne pas avoir était trop hors sujet.

  7. Ce n’est pas vraiment le sujet du film mais dans « Harry Potter 7 », on voit la ravissante Fleur Delacour qui arrive au bras de Bill Weasley. Bill porte des cicatrices au visage et on annonce qu’ils vont se marier. La séquence ne dure que quelques secondes. Dans le livre, c’est encore plus poignant: Bill a le visage lacéré par un des méchants de l’histoire et Fleur s’écrie devant tout le monde qu’elle l’aime plus que jamais, que ces blessures sont la preuve de son héroïsme et qu’elle se trouve assez belle pour deux, de toute façon.

    J’aimerais voir une fiction où un « beau » déclare son amour pour une « laide »…

    • Je n’ai pas vu Harry Potter 7, mais ce passage (tel que vous le relatez) me semble être une parfaite illustration du fait que le sexisme est absolument indissociable de l’aphrodisme dont je parle dans l’article.
      Comme vous le soulignez très justement, on a du mal à imaginer la même scène où le genre des protagonistes est inversé, la « laideur » étant beaucoup plus facilement tolérée chez les hommes que chez les femmes. A quoi s’ajoute ici que cette « laideur » du personnage masculin est valorisée uniquement parce qu’elle est un signe d’héroïsme (qualité bien évidemment centrale dans la définition de la masculinité virile la plus traditionnelle).
      C’est dans ce genre de configuration que l’on s’aperçoit en quoi l’aphrodisme touche très différemment les hommes et les femmes. Les premiers n’ont pas l’obligation d’être beaux, puisqu’ils peuvent être posés comme objet de désir pour d’autres qualités (associées au masculin évidemment) : virilité, intelligence, humour, etc. Or cette tolérance est beaucoup plus rare pour les secondes (c’est flagrant lorsqu’on compare les listes des meilleurs acteurs et actrices sur imdb par exemple) : une femme doit avant tout être belle (et jeune, car ça va avec), comme Fleur Delacour le résume bien dans le passage d’Harry Potter que vous citez lorsqu’elle dit qu’elle est « assez belle pour deux ». Tout est dit…

      • Je viens de me souvenir d’une autre fiction qui ne suit pas les codes de l’aphrodisme. Si vous n’avez pas lu « L’affaire Jane Eyre », ne lisez pas la suite.

        Dans ce roman et ses suites, la narratrice, Thursday Next, se décrit comme ordinaire, avec des cheveux ternes et quelques rides profondes. A neuf ans, elle se savait déjà quelconque. Ce ne sont pas des illusions: elle a une bonne estime d’elle-même et les nombreuses personnes qui l’apprécient ne lui disent jamais qu’elle est belle.

        Thursday a un partenaire qui s’appelle Landen. Il a perdu une jambe et Thursday le décrit très peu mais à un moment, elle emploie l’expression « bel homme ». On peut se demander si elle le voit avec les yeux de l’amour ou si il est vraiment beau mais je penche pour la deuxième hypothèse car à un moment, Thursday a pour rivale une jolie femme peu évoluée (le genre de femme qu’on imagine n’aimant que les beaux).

        Ces livres cassent pas mal de codes. Thursday apparaît autoritaire, déterminée, elle prend des décisions (des caractéristiques traditionnellement masculines) et Landen est un écrivain tranquille qui préfère rester à la maison. Le plus beau, c’est qu’ils s’aiment sincèrement. Oh, et l’auteur s’appelle Jasper Fforde. C’est un homme qui a inventé ça.

        Ces romans n’ont jamais été adaptés à l’écran. Si ça se produit un jour, j’espère de tout coeur qu’ils donneront le rôle de Thursday à une femme « normale » et pas à une Miss Monde.

    • Il y a bien un livre de fantasy, « le vent de feu », que j’avais lu il y a très longtemps… Si je me souviens bien, un des personnages secondaires y était une princesse promise à quelqu’un de puissant, très préoccupée par l’entretien de sa (grande) beauté, qui revenait souvent dans ses discussions (cette beauté était explicitement attendue d’elle avant son mariage ; après, cette pression n’existait plus, elle pouvait par exemple cesser de surveiller son poids et se mettre à grossir comme l’avait fait sa mère). Elle n’apparaissait pas vraiment bête, juste assez naïve et ne se demandant pas s’il pouvait en être autrement. Or après diverses péripéties, elle finissait par refuser d’épouser son promis, qui de dépit lui balafrait le visage pour la défigurer.
      De là sa vie prenait un tour nouveau, puisque toute sa vie avait été basée jusque-là sur sa beauté. Plus question pour elle de se marier, d’être courtisée, à plusieurs reprises elle s’excusait d’infliger à ses compagnons la vision hideuse de son visage… Mais ses compagnons pensaient justement que si ses balafres l’avaient transformée, elle n’était pas pour autant hideuse, et pas moins désirable, son charme s’exprimait maintenant autrement. Cela sans oser le lui dire, parce que cette idée lui aurait paru trop étrangère pour qu’elle l’accepte.
      Ça vaudrait peut-être le coup que je relise, mes souvenirs sont quand même un peu flous. Mais dans le genre réflexions explicites sur la beauté, je l’avais trouvé assez intéressant. Mais il n’a pas non plus été porté à l’écran.

  8. « Si la vraie beauté est celle du cœur et que l’apparence n’a pas d’importance, pourquoi redonner au prince son apparence de charmant jeune homme ? »

    Peut être pour ne pas promouvoir la zoophilie chez les jeunes? Nan parce que avoir des enfants s’embrasser tout ça c’est vachement bien, mais non, ça ne se fait pas avec des animaux (je sens d’ailleurs que je vais me faire accuser de racisme envers les animaux dit donc)
    Oui la bête à la base est humaine dans le conte d’origine, mais dans l’interpretation de Disney, elle ne l’est pas, donc DIsnez continue, fort logiquement de réinterpreter le conte en le retransformant en humain, et je pense que c’est largement mieux comme ça

    • Je crois que vous n’avez pas compris que ce qui caractérise la « Bête » dans le dessin animé, ce n’est pas d’être un animal, mais d’être un « monstre », un être « difforme » et excessivement « laid ». Ce qui se joue ici ne relève à mon avis pas du tout du rapport humain/animal, mais du rapport entre individus beaux et laids. Le titre est « La belle et la bête », pas « L’humaine et la bête », ou « La femme et la bête », c’est donc bien que « bête » s’oppose ici avant tout à « beau ». Vous comprenez ?

      Et d’ailleurs, votre argument ne tient pas même si on voit la « Bête » avant tout comme un animal (ce qui est à mon avis passer à côté du sens du film, je le répète). En effet, la Belle tombe amoureuse de la Bête lorsqu’elle est encore « Bête » (c’est d’ailleurs seulement à cette condition que le sortilège peut être rompu). Du coup, il y a bien « zoophilie » selon votre point de vue. Ou alors c’est que pour vous la zoophilie ne commence qu’au mariage ?..

      • Avez vous été enfant?
        Bien entendu que la bête est un animal dans la version de Disney voyons.Si le but était de mettre un moche, disney aurait mit un moche, comme Quasimodo par exemple. Si vous commencez à théoriser des métaphores qui n’ont pas forcément lieu d’être quand on cible un public enfant, vous allez embrouiller les pistes afin de faire passer votre argument.
        Alors certes, il y’a deux lectures à ce film. Celle qui est privilegiée, c’est celle des enfants. Au vu d’un enfant, bien sur que non il n’y a pas zoophilie avant le mariage, l’amour qui est mis en scène ici est une sorte d’amour platonique, voire même symbolique. Ce qui touche c’est la capacité d’abnégation de la part de Belle. La Transformation de la bête en humain est une sorte de récompense vis à vis de Belle. Elle qui a su faire passer l’amour impossible avant le physique se voit récompenser avec la consecration d’un amour qui devient possible. Pour le coup, la beauté physique de la bête est une materialisation de sa beauté interieure.
        Et la beauté, c’est bel et bien une norme relative, notamment à la société, à partir de là, difficile de critiquer un film qui impose la notion de beau.
        En attendant, j’attend avec patience le film « la fille quelconque et l’homme ininteressant », là on aura un vrai film apolitique

        • Peut-être que vous voyez la Bête uniquement comme un animal, et pas comme un être « laid », « monstreux », etc., et vous avez le droit de lire le film comme vous voulez. Mais j’ai l’impression que vous passez complètement du sens de l’histoire. Je vous cite tout de même les premières phrases introductives du dessin-animé, et à vous de juger s’il est question du rapport humain/animal ou beauté/laideur :

          « Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune prince qui habitait dans un somptueux château. Bien qu’il possédât tout ce qu’il désirait, le prince était gâté, égoïste et méchant. Mais un soir d’hiver, une vieille mendiante se présenta au château et lui offrit une rose pour son hospitalité par cette nuit glaciale. Rebuté par son allure pitoyable, le prince dédaigna le cadeau et renvoya la vieille femme. Elle l’avertit alors de ne pas se fier aux apparences car la beauté est intérieure. Lorsqu’il refusa de nouveau, la laideur de la vieille femme s’évanouit pour révéler une belle enchanteresse. Le prince demanda pardon, mais il était trop tard, car elle avait vu que son coeur était dépourvu d’amour. Pour le punir, elle le changea en bête hideuse et jeta un puissant sort sur le château et tous ses habitants. Honteuse de sa monstrueuse apparence, la bête resta cachée dans son château avec un miroir magique pour seule fenêtre sur le monde extérieur. »

          Après, en même temps, vous proposez une analyse du film qui considère La Bête avant tout comme un individu « laid » (« Elle qui a su faire passer l’amour impossible avant le physique »). Donc, pour moi, soit vous vous contredisez, soit vous pensez que les enfants perçoivent La Bête avant tout comme un animal (et ne comprennent donc pas le sens du film) alors que les adultes eux comprennent qu’il s’agit de « beauté »/ »laideur ». Mais vu que vous dites en même temps qu’il faut privilégier la lecture des enfants… alors je ne comprends plus.

          Et je ne comprends pas du tout vos deux dernières phrases non plus. Pouvez-vous expliciter ?

  9. JAIME BEAUCOUP , surtout votre argumentation au fil des ces commentaires notamment le dernier. MERCI

  10. Je prends plaisir à découvrir tous vos articles et celui-ci m’a donné envie de réagir…

    J’avais beaucoup aimé le film « l’amour extra-large » car il mettait effectivement à mal pas mal de clichés qui malheureusement perdurent dans les films.
    J’avais cependant eu un léger regret car Jack Black, bien que pas si moche, ne représente pas un canon non plus selon les normes… mais ce n’est pas très important en l’occurrence, car il est quand même plus « beau » que le personnage de Gwyneth Paltrow…

    ce que vous n’avez pas relevé en revanche dans ce film – et qui je pense très très intéressant – c’est le personnage de la voisine de Jack Black… en effet, le personnage masculin la « repère » lorsqu’il est déjà envoûté et la voit comme une femme magnifique (ce qui sous-entendrait, au vu de tous les autres personnages féminins du film, qu’une fois l’envoûtement levé, elle serait laide)… et bien non ! une fois l’envoûtement levé, le personnage de Jack Black constate qu’il s’agit d’une femme aussi belle à l’intérieur qu’à l’extérieur.
    Celle-ci se permet d’ailleurs de le draguer ouvertement car son point de vue a changé sur lui puisqu’elle croyait qu’il ne s’intéressait qu’aux mannequins alors que les récentes filles auxquelles il s’est intéressée était « laides »… il en devient du coup plus attirant à ses yeux, car il ne la jugera pas uniquement sur son apparence de « canon »…
    et le personnage de Jack Black en rajoute une couche supplémentaire, vu qu’il lui préfère le personnage de Rosemary…

    Un « détail » très intéressant qui m’a beaucoup plu dans ce film…

  11. je ne dirai que deux mots: Don Jon.

  12. [Note de l’admin : ce commentaire a été supprimé à la demande de son auteurice]

    • Très bonnes remarques !
      Il y a une comédie corréenne horrible dans ce genre, où une jeune femme avec une très belle voix doit chanter cachée dans les coulisses pendant qu’une autre monte sur scène parce qu’elle est trop grosse, « moche », etc. Et elle est amoureuse de son producteur ou manager qui bien sûr, de la voit pas. Jusqu’à ce que… elle décide de faire de la chirurgie esthétique et devienne tout mince, belle, bref en conformité avec les canons de beauté en vigueur, en le cachant à tout le monde. Et bien sûre elle séduit son producteur, a une belle carrière sur scène, etc.

      • Commentaire supprimé

        [Note de l’admin : ce commentaire a été supprimé à la demande de son auteurice]

        • Oui, c’est celui là !

          • Je citerai également la merveilleuse série : My Lovely Sam-Soon…

            Le beau gosse qui tombe amoureux de la pâtissière pas belle, trop ronde, vulgaire et qui n’a pas la langue dans sa poche… jusqu’à la fin elle ne change pas d’ailleurs !
            Kim Sun-Ah a d’ailleurs joué dans plusieurs séries avec ce schéma de la moche et du beau gosse qui tombe amoureux d’elle sans qu’elle change (City Hall, When it’s at night, She’s on duty…)

            Je citerai également le drama coréen Coffee Prince, qui non seulement s’intéresse à une jeune fille relativement « moche » mais également à l’homosexualité puisqu’elle se fait passer pour un garçon et chope le beau gosse quand même (qui du coup passe le drama à s’interroger sur son orientation sexuelle et il tombe tellement amoureux d’elle alors qu’il croit que c’est un garçon qu’il accepte même d’entamer une relation bien que ce soit un homme à ses yeux à ce moment-là) ! La même actrice (Yoon Eun Hye) a d’ailleurs elle aussi joué dans pleins d’autres dramas où la fille moche finit avec le beau mec, sans relooking (Lie to me, Marry Him If You Dare)…

            Et enfin, encore un dans le même genre : Personal Preference.
            La fille est plutôt quelconque, ne prend pas soin d’elle, est en pyjama la majeure partie du drama… et chope le beau gosse quand même !

            Mais il y en a encore sûrement pas mal d’autres chez les coréens (je les adore pour ça !)

            Chez les japonais, j’en vois moins mais je citerai Switch Girl et Last Cinderella

    • Je ne sais pas, mais j’ai vu des photos des actrices des exemples positifs que vous montrez, et je n’en trouve aucune « moche ». Au contraire, elles sont plutôt jolies.

      • Les actrices en elles-mêmes ne sont pas moches, mais enlaidies pour le drama (selon les critères de la société cela va sans dire)

        • Je parle des photos des actrices dans les films et drames en question.
          Et vous l’avez dit vous mêmes : « selon les critères de la société » : ceux ci peuvent être très stricts, sans tenir compte de la diversité des goûts, et souvent, les filles « moches » ont juste un physique quelconque, mais absolument pas repoussant.

          • Alors nous nous rejoignons dans l’idée (car personnellement, elles ne sont pas moches à mes yeux non plus dans ces dramas) 🙂

  13. Pour ce qui est de l’hypocrisie de Notre-Dame de Paris , Amélie Nothomb l’a très bien analysé dans son roman « Attentat » (roman dans laquelle le narrateur extrêmement laid tombe amoureux d’une jeune femme sublimement belle, un amour qui ne sera jamais payé de retour) : en gros, Victor Hugo martèle le message selon lequel la seule beauté est intérieure, et incite le lecteur à s’adresser mentalement à Esméralda pour lui dire « mais aime le Bossu, ne t’arrête pas à sa laideur, tu ne vois pas comme c’est une belle âme, etc… » Sauf que, gros pépin ici, qui est l’objet de l’amour flamboyant du Bossu ? Esméralda donc, d’une beauté à tomber par terre.
    Vous avez dit contradiction ?

  14. (Je viens de voir plusieurs fautes dans mon commentaire ci-dessus : toutes mes excuses ! Vous pouvez les corriger si vous voulez 🙂 )

  15. Tout d’abord, malgré ce qui va suivre, j’apprécie vraiment beaucoup l’article dans son ensemble.

    A cela près que je suis très étonnée de votre analyse de la Belle et la Bête, qui pour son caractère justement très (aphrodique?) à toujours été ma bête noir depuis l’enfance.

    Si la fin couronne effectivement très bien le non-sens de cette « oeuvre », le vrai fond du problème c’est qu’à mon sens cette histoire appuie complétement l’aphrodisme sous couvert de prôner son opposition (ce qui est pire).

    En fait ça ne marche que dans un sens : toujours le même.
    Un homme même « moche » mérite de se faire la fille, pas n’importe laquelle, la plus jolie fille du village. A quoi servirait une fille si elle n’était pas physiquement parfaite et assortie à la tapisserie ?
    Une fille c’est bien à ça que sert, non ?

    En fait c’est même un schémas super classique bien degueu qui ne marche absolument jamais dans l’autre sens.

  16. Bonjour,

    D’abord, j’aime bien ce site et le sujet de l’article est intéressant.

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    Cependant, sur les deux premiers titres que vous mentionnez (la Belle et la Bête et Shrek), j’ai l’impression qu’en cantonnant votre analyse à l’aphrodisme, vous détournez le message (pervers) de ces films.

    Ce reproche ne me semble en revanche pas valable avec l’Amour extra-large, bien que je ne l’ai pas vu.

    En effet, la Belle et la Bête et Shrek représentent pour moi deux morales adressées aux femmes, l’une franchement patriarcale, l’autre qui se croit (à tort) progressiste.

    > Le message de la Belle et la Bête, c’est le même que celui du Petit chaperon rouge ou de Bridget Jones. Il s’agit de dire aux femmes : apprends à ignorer les attraits physiques d’un homme (ton désir sexuel, bouh, caca !) pour te concentrer sur ses vertus morales… Sinon tu finiras avec un mec abusif. Ce qui est hilarant avec la Belle et la Bête puisque la branche de l’alternative [type au physique monstrueux mais au coeur d’or] est en réalité aussi un homme abusif.

    Ce message me semble éminemment pervers, il participe à la négation du désir féminin. Et cette injonction au refoulement explique probablement comment les couples hétéronormés centre leur sexualité autour de la pénétration et nomment les caresses les plus sensuelles « préliminaires », càd une vision très androcentrée et peu satisfaisante pour les femmes de la sexualité.

    > Le message de Shrek se veut plus progressiste : l’idée est d’inciter les femmes à ne pas s’auto-dénigrer constamment sur la base des critères physiques. Il présente cependant plusieurs failles majeures : au lieu de dénoncer un système, il dénonce les croyances fausses de l’héroïne (la nuit, en ogresse, je suis laide), comme si le mal-être des femmes était une caractéristique innée et non construite. Le second défaut, c’est le male gaze : le but reste de séduire son amant, d’obtenir une approbation masculine. La norme n’est pas déconstruite parce que perverse, elle est déconstruite parce que certains amants vont tolérer cette « anomalie ». Enfin, le physique de Shrek n’est jamais questionné. Pendant toute la durée du film, il s’agit de savoir si la princesse va parvenir à se faire désirer de Shrek même la nuit, jamais de savoir si elle-même peut désirer Shrek.

    Je pense qu’en détachant l’analyse en termes de sexisme de ces films, la critique aphrodiste passe à côté de leur signification.

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    Ensuite, sur l’aphrodisme lui-même : je suis d’accord pour dire que l’ensemble de la société discrimine en fonction de critères physiques conventionnels les gens. Je suis d’accord également sur le fait que le désir est construit (et peut évoluer). Je suis d’accord sur les liens entre couleur de la peau, désir et aphrodisme.

    En revanche, j’ai beaucoup de mal avec les luttes aphrodistes dès qu’elle touche au désir, parce qu’il me semble être d’une violence intolérable qu’on prétendre forcer quelqu’un à passer outre son désir. Pour ma part, se réjouir à l’idée qu’une femme « belle » sorte avec un homme « laid », ce n’est pas très loin de la culture du viol, en ce que ça nie le désir féminin.

    Donc d’accord pour déconstruire les normes (dans les films : héroïnes en surpoids présenté comme sex-symbol, personnages laids qui ne soient ni méchants, ni ridicules, ni comiques, etc. ; dans la rue : dénonciation et lutte contre le harcèlement des personnes a-normées ; dans le monde du travail : action de sensibilisation, CV sans photos, etc.). Mais attention car la pente sexiste est très proche !

    • Bonjour,

      je laisserai Paul Rigouste répondre sur le détail du commentaire, mais il y a une phrase qui a attiré mon attention :

      « Pour ma part, se réjouir à l’idée qu’une femme « belle » sorte avec un homme « laid », ce n’est pas très loin de la culture du viol, en ce que ça nie le désir féminin.  »

      J’ai l’impression que cette phrase sous-entend qu’une femme belle ne peut pas désirer un homme laid, est-ce bien le cas ? (et si oui, alors on nage dans de l’aphrodisme pur et dur). Si effectivement il n’est pas acceptable de forcer quelqu’un à désirer ce qu’ille ne désire pas, il faut tout de même, à mon sens, s’interroger sur comment se construisent les figures désirables dans notre société (ce qui implique que l’on reconnaisse qu’il y a une composante construite dans le désir).

  17. Non, ce n’est pas ce que cela veut dire, Arroway. En me relisant, je réalise que je réagis très violemment à votre propos. Je vais le réécrire en plus soft. Mais comprenez que j’y ai lu une déformation de mes propos (exemple ci-dessous) et une réitération d’une violence (la fameuse injonction à ignorer son désir, témoignage ci-dessous aussi).

    L’exemple : vous dites « ce qui implique que l’on reconnaisse qu’il y a une composante construite dans le désir » comme si vous m’appreniez quelque chose, en vous posant en Sachant face à une personne conditionnée. Ça vous embête pas que mon commentaire mentionne que « Je suis d’accord également sur le fait que le désir est construit (et peut évoluer) » ?
    L’expérience douloureuse : sur un forum féministe, un soi-disant pro-féministe m’a enjoint à prendre sur moi pour accepter les poils de mon amant, parce que ma détestation des poils était construite. Côté normatif, inciter quelqu’un à refouler son désir pour remplacer une norme critiquée par une autre qu’il juge plus acceptable, c’est tellement pervers que c’en est presque magique.
    Ce qui ne veut pas dire que je nie que mon inappétence pour les poils puisse être d’origine culturelle (même si il y a un caractère pragmatique, j’aime bien lécher une peau sans avoir la bouche pleine de poils). Est-ce que pour autant il faut se réjouir de voir une femme glabre, à l’écran, prendre son pied à épiler à la langue le torse d’un homme extraordinairement velu, parce que ça déconstruit une norme ? Beaucoup moins sûre, d’un coup.

    Ce qui me choque, ce n’est pas qu’il y est des couples femme *belle*/homme *laid* mais qu’un tiers s’avise de s’en réjouir. Dans la phrase, vous retenez « qu’une femme *belle* sorte avec un homme *laid* » alors que le cœur de la phrase est « se réjouir ». Vous n’avez pas à vous « réjouir » de « l’accès » d’un être humain à un autre être humain. Comme si c’était vraiment trop injuste que les hommes *moches* ne p