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8 femmes, créatures et créateurs

 8 femmes

Créatures & créateurS

 

Suite à un débat avec des commentateurs du site, je me colle à la critique politique d’un film de François Ozon. Film qui est l’adaptation cinématographique d’une pièce de théâtre de Robert Thomas. Robert Thomas en plus d’écrire des pièces de boulevard était le réalisateur de « Mon curé chez les nudistes » et « Les brésiliennes du bois de Boulogne»[1].

Je préviens celleux qui n’ont pas encore vu le film que toute l’intrigue sera dévoilée dans cette critique. Si vous voulez garder le suspense ne lisez pas la suite s’il vous plait. Je vous conseille aussi de revoir le film, pas seulement pour vous rafraîchir la mémoire mais aussi par pur sadisme de ma part, car il n’y a pas de raison qu’il n’y ait que moi qui souffre à voir cet horrible film que je déteste en général et dans le détail comme vous allez le voir.

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« Années 1950, une grande demeure bourgeoise, on se prépare à fêter Noël. Cependant, une découverte macabre bouleverse ce jour de fête… Le maître de maison est retrouvé mort, assassiné dans son lit, un poignard planté dans le dos. Autour de lui, huit femmes avec, chacune, un secret jalousement gardé, qu’il faut mettre au jour, car l’une d’entre elles est coupable. Mais laquelle ? » (Wikipédia)

Laquelle ? Apparemment aucune, puisque la mort du « maître de maison » est une mise en scène de Catherine sa fille cadette. A la fin du film, Catherine prononce un long monologue qui donne le détail des mauvaises actions des 7 femmes, Marcel se suicide devant Catherine à la fin de cette tirade sans dire un mot. Voici le monologue en question :

« Il était une fois un brave homme entouré de 8 femmes qui le martyrisait. Il luttait, luttait, mais elles étaient toujours les plus fortes. Hier soir ce pauvre homme s’est couché plus fatigué, plus ruiné, plus trompé que la veille et la ronde de ces 8 femmes a recommencé. Heureusement sa fille cachée Catherine a tout vu et tout entendu. 

 

10h, sa belle-mère qu’il a hébergé lui refuse ses titres. Sa générosité peut sauver cet homme, mais la vieille est avare. Elle préfère faire croire qu’on les lui a volé plutôt que de les lui donner.

10h30, Augustine la vipère de service vient faire sa cour et baver les derniers potins. Tante n’a pas tué papa, elle l’a juste écœuré un peu plus.

11h, l’offensive recommence, sa femme, ma mère, lui fait comprendre qu’elle le quitte. Elle part avec l’homme qui a ruiné son mari, son associé Jacques Farnoux.

11h30, Louise fait son entrée de vampe, fausse bonne mais vrai perverse. Une spécialité qui fait le malheur des maîtres de maison.

 

Peu de temps après voici Pierrette, la sœur de papa, elle vient traire la vache à lait. 500.000 francs, bonne chasse. Tandis que Chanel, ensorcelée par l’ancienne danseuse nue vient faire une scène pathétique de jalousie. Pour couronner le tout, Suzon, sa fille, clandestinement arrivée de Londres, lui apprend qu’elle est enceinte. 

 

Pauvre papa, je l’ai retrouvé à 6h ce matin, il pleurait, c’est terrible un papa qui pleur, j’en avais jamais vu…   Alors j’ai juré de faire son bonheur à tout prix, mais il pleurait encore. Il a dit ‘comme on doit être bien quant on est mort’ alors j’ai eu pitié, pitié, pitié. J’ai eu une idée, l’idée de le libérer. »

 

 

Ce film me semble être un sommet de misogynie. Pour bien expliciter ce fait, je vais développer cette critique en trois parties. D’abord une analyse de chacune des 8 femmes et des clichés sexistes qui sont associés à chacune de ces femmes, puis une attention particulière sur les deux hommes invisibles du film Marcel et Jacques Farnoux, que j’appelle Dieu et le Diable, vous verrez pourquoi. Enfin puisqu’il s’agit d’une comédie, donc d’humour, on peut se dire qu’il y a plusieurs niveaux de lectures. Je montrerai qu’à tous (tous ceux que j’ai trouvé) les niveaux et degrés, ce film est une horreur sexiste.

 

 

I – 8 femmes, 8 fleurs, 8 créatures.

 

 

Dès le générique, Ozon propose un petit jeu de référence floral et cinématographique. Chacune des 8 femmes du film sera symbolisée par une fleur, chacune aura sa couleur et chacune sa petite chanson. Il emprunte ce dispositif à un film de George Cukor de 1939, « The Women » dont le générique associe un animal à chacune des actrices, l’animal portant les attributs qui symbolise la psychologie du personnage. Ozon comptait utiliser une volaille par femme, mais il s’est finalement fixer sur les fleurs[2]. Mais la fleur ce n’est pas mieux que la volaille même si la comparaison a l’air plus sympathique, elle n’est rien d’autre que du sexisme bienveillant[3]. « 8 femmes », tout comme « The Women », sont des films sexistes qui parlent plus des hommes que des femmes. Ces films font jouer beaucoup d’actrices, ce qui d’un point de vue féministe est une bonne chose, mais ces actrices incarnent des personnages qui servent à véhiculer des stéréotypes sexistes plus consternants les uns que les autres.  Du coup le film passe le test Bechdel[4], puisque tout de même dans les 1h30 il y a bien 2 ou 3 répliques qui ne parlent pas d’hommes, il est un bel exemple du fait que la réussite du test Bechdel ne fait pas pour autant un film feministo-compatible. Entrons maintenant dans le détail en ouvrant le bal avec Mamy.

 

 

La pensée + Le violet = la nostalgie et la mort
Chanson N°8 – « il n’y a pas d’amour heureux »
Belle-mère de Marcel
Réplique typique – « Il y a différente sorte de femmes Augustine. Il y a aussi différentes époques, différentes générations. Ton père m’assurait une vie à l’abri de tout problème, tous mes besoins étaient comblés, tous mes caprices. […] Il m’a toujours traité avec délicatesse, avec respect. Un vrai gentleman. Mais je ne pouvais pas le sentir. Est-ce que tu peux imaginer passer sa vie auprès d’un homme que tu n’aimes pas et auquel tu n’as rien à reprocher, de savoir que tu ne pourras jamais t’en défaire. A l’époque il n’y avait pas de divorce, pas de séparation comme aujourd’hui. Alors c’est vrai, oui, oui je t’ai privée d’un père et de son argent. C’est ce qui m’a fait le plus souffrir. »
Scène emblématique – son aveu à Augustine
Un mythe en référence – Eve, l’origine du mal – la veuve-noire – la sorcière

 

Mamy, c’est la belle-mère type dans tout son cliché d’horreur. On apprend que cette charmante Mamy a assassiné son mari sans aucune raison. Son monologue à ce sujet est totalement sidérant. La chute qui révèle que la seule chose qu’elle regrette c’est l’argent, insiste sur la vénalité de cette femme (la plupart des 8 femmes sont vénales comme vous le verrez). Comme vous le savez déjà grâce au monologue final de Catherine, Mamy est avare et prête à mentir à son gendre qui l’héberge depuis semble-t-il quelques années pour garder son magot qu’elle cache sous son oreiller.

Mamy est en fait celle qui est à l’origine des malheurs des femmes et de Marcel, c’est pour cela que je la rapproche de Eve, la fauteuse originelle. Car c’est par le meurtre de son gentil mari qu’elle provoque la ruine économique familiale pour plusieurs générations. Puisque dans l’univers de 8 femmes, les femmes ne peuvent subvenir à leurs besoins matériels sans hommes, le meurtre du gentil père parfait contraint Gaby, Mamy et Augustine de chercher un nouvel homme pour les entretenir.

D’autre part, cliché encore plus insupportable. Ce que reproche Mamy à son défunt mari, c’est d’avoir été trop gentil, trop bon, trop gentleman et en creux, on est face à l’idée que les femmes aiment les badboys. Ceci est renforcé par les chansons de Pierrette et Gaby, qui disent mépriser les hommes amoureux d’elles, trop dévoués à elles, et réclament ou vénèrent les hommes dominateurs et violents. L’amour que Gaby et Pierrette voue à Jacques Farnoux, un personnage encore plus dominateur que Marcel  renforce encore cette idée ce que veulent et aiment les femmes, c’est un homme qui sache les traiter en inférieure. C’est ici une validation du pire discours sur la violence conjugale.

Il y a aussi le fait que Mamy simule un handicape moteur : au début du film elle est dans un fauteuil roulant et dès qu’elle apprend le décès (simulé) de Marcel se met à gambader à la grande surprise des 7 femmes. C’est donc qu’elle faisait semblant tant que Marcel était en vie, elle simulait pour Marcel, probablement pour l’attendrir et la laisser vivre à ses crochets avec sa fille Augustine.

Mamy est aussi une vieille réactionnaire homophobe. Ça permet à Ozon de faire une pointe de militance mais il se contredira plus tard en jouant de stéréotypes homophobes en particulier par la bouche de Pierrette.

Mamy est associée à la mort par sa couleur, par le fait qu’elle a tué son époux, par le fait que sa chanson soit un chant mortuaire, un cœur de pleureuses qui se lamente sur le corps de Marcel. On peut voire dans sa chanson, danse finale, une allusion à la danse macabre assez glaçante.

J’ai beau chercher je ne vois rien d’aimable ou de positif dans ce personnage. Elle n’a que l’argent et la rapacité comme motivation. Ozon ne montre aucune empathie pour ce personnage, rien n’est proposé au spectateurE pour rendre aimable cette vieille femme.

 

 

 L’orchidée jaune ou léopard + le léopard = Luxe, volupté et femme-féline.
Chanson N°7 – « Toi jamais »
Epouse de Marcel
Réplique typique – « ton père a toujours aimé la jeunesse »
Scène emblématique – la scène du catch féminin avec Pierrette
Un mythe en référence – la venus à la fourrure

 

Gaby est en apparence la maîtresse dans tous les sens du terme, maitresse de la maison de Marcel, amante de Jacques Farnoux, et maîtresse SM de Louise.  Elle est une femme dominatrice vis-à-vis des autres femmes, car par rapport aux hommes dès les premières répliques du film les choses sont claires. Marcel sera désigné comme le « chef de famille », celui qui tient la bourse et entretient tout ce petit cercle féminin. Plus tard par rapport à son amant, l’associé diabolique de Marcel, on apprendra que celui ci lui aura extorqué de l’argent et qu’il était aussi l’amant de Pierrette.

Ozon accumule les allusions sexuelles autour du personnage de Gaby. La fourrure qu’elle porte continuellement est une allusion à un roman fondateur du mot masochisme ; « La vénus à la fourrure » de Sacher Masoch[5] qui raconte le culte qu’un homme voue a une femme dominatrice. Il y a aussi dans le choix du léopard une allusion à la femme-féline[6] qui s’articule très bien avec le fantasme de la dominatrice. C’est d’ailleurs le personnage le plus violent physiquement du film. Elle gifle sa sœur Augustine, assomme sa mère avec une bouteille d’alcool et finit par catcher avec Pierrette.

En fait Gaby est constamment tournée en ridicule et humiliée dans l’histoire. Ses filles lui mentent, ses domestiques contestent ses ordres, sa sœur lui crache dessus, sa mère la méprise, son amant l’escroque et la trompe, son époux la délaisse et la trompe… elle ignore tout ce qui se passe dans « sa maison » depuis des années et se laisse manipulé aveuglément par sa fille cadette, sa sœur, sa mère…

On pourrait avoir pitié de Gaby, mais elle déclare plusieurs fois qu’elle est vénale, et qu’elle méprise les hommes qui se jettent à ses pieds, se soumettent à elle. Le seul homme, le seul être humain qui trouve grâce à ses yeux, celui dont elle déclare être amoureuse est le seul capable de la soumettre véritablement, Jacques Farnoux, qui la trompe, la vole et la ruine.

La chanson de Gaby s’adresse à son amant, c’est une chanson sur le plaisir dans la soumission pour un homme « comme tu es mon homme, je te pardonne et toi jamais » et le mépris des hommes soumis qui lui offrent des fourrures (ici Marcel). Pas vraiment une chanson de dominatrice, Gaby n’en a donc que l’apparence. C’est une dominatrice qui cherche un dominateur, donc une soumise en vérité. Dans une interview[7], Ozon déclare « J’aime beaucoup les filles dominatrices » … enfin il aime bien quand elles ne dominent pas.

Avec Gaby, Ozon joue plusieurs fois sur l’image médiatique de Catherine Deneuve, son casting prestigieux est un peu l’argument de son film. Catherine Deneuve est beaucoup mise en avant. Dans la scène de la chambre entre Gaby et Louise, il y a une photo que Gaby découvre, c’est l’ancienne maîtresse de Louise qu’elle garde secrètement. On peut voir la photo, elle est même citée au générique, c’est Romy Schneider. Il y a ici un jeu de renvoi aux actrices Schneider/Deneuve/Béart et plus au personnage des deux maîtresses et de la soubrette. Je trouve que ce glissement fait qu’Ozon suggère qu’en plus de se moquer de ses personnages, il tourne aussi ces actrices en ridicule, leur faisant chanter de la variété en se dandinant.

Une de ses premières répliques est « ton père a toujours aimé la jeunesse », qui sonne par la suite étrangement vu qu’on apprend qu’elle fait chambre à part, qu’elle est inquiète d’être trop vieille et que son cher Marcel couche peut-être avec sa fille, sa sœur et sa bonne, des jeunes.

Gaby est mauvaise épouse et mauvaise mère, une méchante patronne et une femme sans cœur, vénale, superficiel et manipulable. C’est en plus une fausse dominatrice, qui méprise toute personne qu’elle est capable d’écraser et cherche un maître désespérément. À part le charisme de Catherine Deneuve elle n’a pas grand chose pour se faire aimer. C’est sa cupidité et son aveuglement dans la passion qui causera sa perte.

 

  Le fruit du roucou + brun = le refoulement
chanson N°2  « Je me déteste… »
Belle-sœur de Marcel
Réplique typique –
Augustine – Comment séduit-on un homme ?
Louise – La féminité, le charme ce sont des choses qui ne s’apprennent pas.
Ce sont des armes qu’on n’a ou qu’on n’a pas. Mais on peut faire un effort, la coiffure, les lunettes.
Un mythe en référence – Le complexe d’Electre et la vipère.

 

Gaby  dit au sujet de sa sœur Augustine « Je suis belle et riche alors qu’elle est laide est pauvre ».  Donc Augustine est censée être laide, avec ses lunettes et son air strict. Plus tard lorsqu’elle apprendra que sa mère a tué son père, elle se métamorphosera en rousse incendiaire, en vampe à la « Jessica Rabbit », fume cigarette, robe fuseau, fourrure et mouvements étudiés. Et chacune des femmes de l’assemblée de la féliciter pour sa métamorphose, la chenille est devenu papillon, du moins en apparence.

 

Contrairement aux 7 autres femmes, l’image associée à Augustine n’est pas une fleur, c’est un fruit de roucou, un fruit à épine, qu’on appelle aussi « arbre rouge à lèvre »  selon la fiche Wikipédia[8].  Le roucou est un fruit à piquant qui cache en son cœur le rouge de la passion.  Ca correspond assez bien à ce qui se passe pour Augustine, taxé d’être une gamine. Elle simule la maladie et l’évanouissement, elle est gourmande et paresseuse.  Jusqu’à ce qu’elle fasse le deuil de son père et avoue n’avoir jamais eu de relations sexuelles. Le fait qu’Augustine n’ait pas eu d’expérience sexuelle avec un homme est tourné en ridicule en particulier par Catherine.

La chanson d’Augustine sur un air mélancolique

« Je me déteste…

Je veux, je ne peux pas…

J’ai peur que tu sois sourd…

Si tu crois un jour que tu m’aimes… »

Et qui est ce « Tu » qu’Augustine aime secrètement ?
Marcel bien sûr. Le maître invisible du monde visible.
Plus tard on apprendra qu’Augustine écrit des lettres d’amour et lit secrètement des romans à l’eau de rose. Chose qui semble honteuse puisqu’elle se dissimule pour les lire.

Elle dira « Pauvre Marcel, il n’y avait que lui de propre, vous l’avez tué avec votre laideur ».

Pierrette traite Augustine de langue de vipère, et de « dame aux camélias, une fleur sans parfum ». Elle n’est finalement pas une chenille devenue papillon, mais plutôt une vipère qui fait sa mue.

Augustine a certains points communs avec Catherine, en particulier son amour inconditionnel pour la figure paternelle. On est ici en plein dans le complexe d’Electre[9]. Augustine était amoureuse de son père comme l’est Catherine du sien. Les deux veulent tuer ou se débarrasser de leur mère pour coucher avec leurs pères. Voir la scène dans laquelle Augustine étrangle Mamy et bien sur le monologue final de Catherine qui avoue vouloir l’exclusivité de son père.  

Dans 8 femmes, le seul vrai amour est celui pour le père, donc pour le patriarche, le padre – padrone, une expression italienne qui n’a pas d’équivalent en français et qui signifie le père-patron. C’est-à-dire qui a la propriété sur sa femmes et ses enfants (surtout les filles, évidemment), et qui ici est proposé comme le modèle de l’homme parfait, l’homme le vrai. D’ailleurs si Pierrette et Gaby se détournent de Marcel, ce n’est que par la présence d’un nouveau mâle dominant dans la meute, Jacques, le nouveau mâle Alpha qui prend à la fin la place de Marcel.

Augustine est l’archétype de la femme aigrie, elle est comme pire que « mal-baisée » puisqu’elle avouera n’avoir jamais eu d’expérience sexuelle avec un homme, comme si il s’agissait d’un pêché ou d’une tare. Comme si ceci faisait d’elle une femme incomplète, qui est restée enfant ou est sans parfum. Elle sera moquée et jamais valorisée dans le film. Elle est aussi souvent violente et agressive, d’une mauvaise foi assez impressionnante. Je ne vois pas non plus ici comment avoir de l’empathie pour ce personnage.

 

 

 La rose rouge + le rouge vif = amour passionnel et charnel
chanson N°3 – « être une femme libérée »
Sœur de Marcel
Réplique typique – « On ne tue pas la vache à lait »
Un mythe en référence – Nana & la femme libérée

 

Elle est la dernière des 8 femmes à apparaître sur scène. Elle est un peu le pendant de Gaby. Elles seraient toutes deux des femmes fortes mais Pierrette semble moins se soucier des convenances bourgeoises. Quant elle se dispute avec Gaby, Gaby la traite de « putain ratée ».

Pierrette est présenté comme « danseuse exotique » et en tant que bonne putain, elle ne serait jamais être mère. Ceci est clairement dit dans le film par exemple ici :

Gaby : être jugée ainsi par ses enfant c’est intolérable
Pierrette : c’est pour cette raison, ma belle, que j’en ai jamais fait
Gaby : dites plutôt qu’aucun homme ne vous a demandé d’être la mère de ses enfants 


Voici quelques paroles de sa chanson :

« La fille libérée qui a envie d’être apprivoisée, arrêter mon cinéma.
A quoi sert de vivre libre sans amour…
Tu m’apprends à t’attendre, trembler de peur et de joie en entendant tes pas…. 
»

 

Donc la femme libérée aime trembler de peur en entendant les pas de l’homme qui l’apprivoisera. D’ailleurs pour l’apprivoisement, ce ne sont pas vraiment les humains qu’on apprivoise d’habitude.  Pierrette est ici animalisée et rejoint Gaby sur l’association à la femme-félin.

Pierrette est la sœur de Marcel.  Deux fois il sera question de soupçons d’inceste avec son frère, ce qui provoque la jalousie de son amante, Mme Chanel. On n’aura jamais de certitude sur ce point, laissant le public faire l’histoire qui lui fait plaisir. Pierrette ne semble pas très attachée à Mme Chanel, elle la repousse violement et plus tard, quant Mme Chanel s’écroule au sol après un coup de feu, elle n’essaye pas de la soigner et ne la touche même pas et reste comme les autres à la regarder sans bouger. Celles qui veillent sur Mme Chanel par la suite sont Suzon et Louise. Elle ne demande même pas de nouvelles.  Elle est curieusement beaucoup plus démonstrative avec Gaby.

Vers la fin du film, Pierrette et Gaby ont une conversation. Pierrette explique que sa sexualité avec les femmes est une manifestation de son dégoût des hommes qui la font trop souffrir.

Pierrette – « un plaisir qu’on doit essayer pour se laver des hommes. »
Gaby – « Ils vous ont donc fait tant de mal ! Même Marcel ? »
Pierrette – « Surtout Marcel ! »

 On trouve ici deux clichés l’un sexiste et l’autre lesbophobe. Ce qui est sexiste c’est l’idée que les femmes soient souillées par la sexualité et le désir masculin (se laver des hommes, implique qu’ils soient salissants)[10]. Ce qui est lesbophobe, c’est le fait aussi de renvoyer le lesbianisme à un dégout  (ou rejet) des hommes. La sexualité lesbienne ne se définit pas par rapport aux hommes. C’est une vision androcentrée d’une sexualité qui se fait justement sans rapports aux hommes, entre femmes. Ozon est encore une fois dans le gros cliché et il ne laisse aucun élément pour le retourner ou le tourner en dérision.

Juste après ce dialogue, Pierrette et Gaby en viennent aux mains, se mordent et se roulent par terre et finissent par s’embrasser. Il y a là une répétition de la scène de Gaby-Louise mais en beaucoup plus explicite. Comme je disais dans le paragraphe sur Gaby, Ozon glisse encore ici hors de ses personnages, on est plus avec Pierrette et Gaby, mais avec Deneuve et Ardant qui réalisent les lubies de Ozon. Vu que Ozon a déjà donner des clés interprétatives allant dans ce sens et que son film repose presque intégralement sur l’image publique de ses actrices, je pense que ce jeu personnage-actrices et personnage-réalisateur n’est pas une surinterprétation de ma part, mais bien un des aspects contenus dans son film. J’y reviendrai plus tard.

Il y a aussi cette réplique qui est particulièrement immonde ;Pierrette : si toutes les femmes qui ont un amant tuaient leurs mari il n’y aurait plus de mari sur terre. Qui sous entend que tous les maris sont cocu, que toutes les femmes sont infidèles, une reprise du « toutes des salopes » qui semble être la thèse du film de Ozon.

 

Le tournesol + le jaune = le soleil et éventuellement l’Orgueil, pour sa jalousie.
Chanson N°5 « pour ne pas vivre seule »
Cuisinère de Marcel
Réplique typique – Gaby lui dit : « Vous à qui j’avais fait l’honneur d’élever mes filles »
Scène emblématique – au début du film elle offre des brioches à Suzon à ses propres frais.
Un mythe en référence –
Mammy, une cuisinière à la plantation St. Clare dans « La case de l’Oncle Tom ».

 

Mme Chanel est la dernière au générique. Elle est une des deux domestiques de la maison. Installée là depuis longtemps, elle a élevé Suzon et Catherine, on l’appelle Madame, contrairement à Louise, probablement pour son âge et son ancienneté. Son personnage est très peu développé et ne parle plus dans la seconde moitié du film. Sa fleur, le tournesol est associée au soleil. Le jaune aussi. Une femme noire, le soleil, voici un portrait très psychologique qui nous donne beaucoup d’infos sur Mme Chanel !

Ici on a affaire au cliché de l’Oncle Tom[11], elle est si bonne qu’elle prend sur sa paye pour offrir des brioches à sa petite Suzon qui est comme sa fille. Elle ne se rebellera pas comme Louise, et sera fidèle à Marcel en gardant le silence pendant la seconde moitié du film.

Avec en plus le cliché de la Mama africaine, de la femme plus traditionnelle et proche de son instinct maternel. Gaby lui dit : « Vous à qui j’avais fait l’honneur d’élever mes filles ».  En dehors de l’effet pseudo comique du mot « honneur », cette réplique montre bien la fonction maternelle de Mme Chanel dans  la maison de Marcel.  On la voit aussi gronder Catherine qui n’est toujours pas habillée.

Mme Chanel est tout de même le personnage le plus progressiste et le moins antipathique de ce film. Elle prend souvent la défense des autres, particulièrement Suzon, Catherine et Pierrette. Elle fera son coming-out pour secourir Pierrette qui la rejettera violemment juste après.

Mme Chanel chante «  Pour ne pas vivre seule, on se fait du cinéma. Pour ne pas vivre seule, des filles aiment des filles »

Enfin « aime », ca se règle très rapidement. Dès que Mme Chanel et Pierrette sont mises en présence dans le film, le couple se sépare immédiatement et avec une facilité assez déconcertante. Mme Chanel utilise le verbe « aimer » pour designer ses sentiments pour Pierrette, mais rien a aucun moment dans le film ne montre la moindre expression d’amour entre ces deux femmes. Elles ne se toucheront pas et si Ozon, « ose » faire s’embrasser Pierrette et Gaby ou faire de l’érotisme SM avec Gaby et Louise, il n’ose pas le faire ni de près ni de loin avec Mme Chanel.  Il y a un très court plan la montrant dans sa chambre jouant aux cartes en lingerie avec Pierrette mais ce n’est pas une image érotisée. En fait Mme Chanel incarne la mère et je pense que vu la masse de clichés manipulés grossièrement par Ozon, on a ici affaire à la bonne vieille dichotomie maman-putain qui fait que si Mme Chanel est la maman, elle ne saurait être érotisée. Comme Pierrette est désignée comme une danseuse exotique, et traitée de prostituée plusieurs fois, le couple Mme Chanel-Pierrette est bien ce couple maman-putain, mais Ozon ne va pas plus loin. Il donne à la maman ce que la culture patriarcale veut des mères (pas d’érotisme svp), et il donne à la putain ce que la culture patriarcale veut des putains (de l’érotisme glamour stéréotypé). A aucun moment Ozon n’essaye de retourner ces clichés, ni même de les remettre en question.

La mama et la putain, clin d’oeil lourdingue à Jean Eustache ?

Mme Chanel est fidèle à son maître, elle ne montre pas de respect pour Gaby qui est pourtant son employeuse aussi, on sent que la loyauté de Mme Chanel est toute tournée vers Marcel. Dès qu’elle aura compris le stratagème de Catherine, elle gardera le silence, et sera complice d’Augustine (son coté maman) et Marcel (son coté domestique) pour piéger les autres femmes.

 

 

 

 

 L’orchidée blanche + Blanc (puis noir)= la beauté absolue, le mystère,  les amours secrètes
Chanson N°6 – « A pile ou face ».
Maitresse et domestique de Marcel
Réplique typique – « Parce que Madame sait quelque chose de ma classe ?
Mais puisque vous me le demandez avec autant d’autorité, je n’ai plus qu’à m’exécuter et à suivre la volonté de ma maîtresse.»
Scène emblématique – scène en chambre avec Gaby
Un mythe en référence  – Journal d’une femme de chambre

 

C’est la nouvelle domestique, elle est aussi l’amante de Marcel. En langage des fleurs, l’orchidée blanche est la beauté absolue, le mystère,  les amours secrètes.  Dans une interview, Ozon plaisante au sujet de dinde et de Louise[12] à propos du générique. Traiter des personnages féminins de volaille, et ici faire de Louise, la dinde est une insulte sexiste très traditionnelle. Si Ozon voulait parler de classes sociales avec ce personnage, son intention première était tout de même d’insulter cette figure dès les premières images du film. Louise est ainsi l’occasion de placer quelques boutades sur la lutte des classes. Elle refuse de déborder de sa fonction lorsqu’on lui demande de faire une piqure, cite son contrat de travail.  Pierrette l’accuse de non assistance à personne en danger. Elle dira à Gaby « Chacun sa place,  chacun sa fonction. Où irions-nous si un juge se prenait pour un médecin, ou un épicier pour un ministre[13] » Ici Gaby l’interrompt et lui ordonne de faire la piqure « ca n’a rien à voire avec votre classe !

Louise – « Parce que Madame sait quelque chose de ma classe ? Mais puisque vous me le demandez avec autant d’autorité, je n’ai plus qu’à m’exécuter et à suivre la volonté de ma maitresse

Ici dans les attitudes et le jeu de Béart, il y a une référence à « Stupeur et tremblement », un film qui joue beaucoup sur le sous-entendu lesbien SM. Le côté lutte des classes est déplacé dans un cliché sexuel de soubrettes soumises et maîtresse « Venus à la fourrure »[14] incarné par Gaby. Louise semble demander à Gaby qu’elle lui donne des ordres.

Ce cliché sera enfoncé par la suite, dans la scène de la chambre dont j’ai déjà parlé et qui est l’occasion d’un peu de fétichisme des actrices (et des cheveux), car je pense que ce n’est plus Louise et Gaby qui se désirent et s’affrontent dans la scène, mais bien le fantasme de Ozon de voir Deneuve et Béart s’enlacer. Cette scène est en plus surchargée de références cinématographiques et littéraires sadomasochistes, tel que Buñuel[15], Sacher Masoch, ou la photo de Romy Schneider (qui est même cité au générique ! Photo Giancarlo Botti) ou encore le tableau de Laura[16]. La scène est saturée d’implicite lesbien[17] qui s’explicitera plus franchement dans la scène suivante entre Gaby et Pierrette.

Donc la lutte de classe c’est un prétexte à l’érotisme, surtout qu’on apprend que Louise n’est pas employée pour avoir un salaire, ni pour voir son amant, mais pour le plaisir masochiste de servir sa maîtresse. Drôle de discours sur la lutte des classes. Il y a je pense une sorte d’allusion lourdingue à la dialectique maître-esclave de Hegel[18] mais pour ne rien en dire, juste faire mumuse. J’ai l’impression que la scène de la chambre opère comme un retournement de la relation Gaby-Louise. Louise retire les parties blanches de son costume et se retrouve habillée de noir. Je pense d’ailleurs que la couleur associée à louise est en fait le binaire noir-blanc un peu comme sa chanson « à pile ou face », ou la réplique de Catherine «fausse bonne mais vrai perverse ». En fait Louise est une vampe, c’est encore Catherine qui lui dit. Louise, une fois débarrassé de ses attributs de blancheur, elle montre sa vraie nature. Comme toutes les 8 femmes jusqu’ici, elle n’est pas ce qu’elle paraît être, elle est toujours fausse, menteuse, manipulatrice.  Elle est soumise pour pouvoir dominer, elle est l’amante de Marcel déguisée en femme de chambre, on peu même se demander si elle n’est pas l’amante de Marcel afin d’avoir accès à Gaby. Encore un affreux personnage et j’ai du mal a voir une once de sympathie chez Ozon pour cette femme-là.

 

 

 

La rose rose + le rose = l’amour véritable et tendre
Chanson N°4 « toi mon amour, toi mon amie »
Fille adoptive de Marcel et peut être enceinte de Marcel
Réplique typique – « de toute façon ça m’arrange que Marcel soit pas mon père. Tu jures de le dire à personne !
Ce bébé que j’ai dans le ventre, bah c’est Marcel qui me l’a fait. »
Scène emblématique – Dans la chambre avec Catherine
Un mythe en référence – Les filles de Lot & Dolores Haze

 

Suzon est la fille ainée de Gaby, la rose rose qui est sa fleur totem est le symbole de l’amour véritable et tendre. Elle arrive de Londres et est enceinte. On apprend qu’elle est enceinte de son père, mais elle apprend aussi que son père biologique est un autre homme.  Au sujet de ceci elle dira à Catherine :

 « de toute façon ça m’arrange que Marcel soit pas mon père. Tu jures de le dire à personne ! Ce bébé que j’ai dans le ventre, bah c’est Marcel qui me l’a fait. »

Voyons la chanson de Suzon qui danse avec un nounours devant une jolie fenêtre :

« Toi mon amour, mon ami

Je ne peux vivre sans toi

mon amour, mon ami

Quant je rêve c’est pour toi

mon amour, mon ami

quant je chante c’est pour toi

mon amour, mon ami…. »

Pour qui chante Suzon ? Qui est cet amour, cet ami ? Encore Marcel, son gentil papa qui l’a mise enceinte mais qu’elle aime d’un amour véritable et tendre de fraiche rose. Ou alors Suzon ment, c’est peut être pour ca que la mort de son père l’arrange, elle peut lui faire porter le chapeau et si elle l’accuse de viol et d’inceste au passage ça ne semble pas beaucoup l’émouvoir, ni émouvoir personne d’autres d’ailleurs,  et sûrement pas Catherine sa confidente qui défend inconditionnellement son père.

L’option 1 – Suzon est mise enceinte par son père.

On a l’impression que c’est consenti et ca ressemble beaucoup à l’histoire des filles de Lot[19], qui est un retournement de l’inceste très typique du patriarcat, faisant de l’inceste, le viol du père par ses filles et jamais l’inverse.  Cette impression est renforcée par le fait que Suzon en dehors de cette accusation ne dit d’autre part que du bien de son père et chante une chanson d’amour sans qu’on sache à quel homme elle s’adresse (son père incestueux ou Farnoux ou un anglais inconnu nous ne serons jamais). Alors certes il peut arriver que des victimes d’inceste ou de viol déclarent aimer leurs agresseurs, mais ne montrer que ceci sur l’inceste est particulièrement dangereux tant il est encore difficile pour les victimes de se faire entendre par la justice et par le public encore en 2013.

Dans le film Suzon semble avoir la majorité. Par contre on ne sait pas depuis combien de temps Marcel-Dieu le Père connaît bibliquement Suzon.  On sait que dans la maison de Dieu, les 8 femmes écoutent aux portes, comment croire que les 7 autres femmes ne savaient rien ? D’autre part je reviens ici sur ce que j’ai dit sur Pierrette, puisque Marcel couche avec sa fille, sa bonne, (mais plus sa femme) pourquoi pas sa sœur ? Ozon sera juste évasif sur ce point. Le public aura toujours le choix de prendre le père pour une victime ou un bourreau ou les deux. On aura subi de toute façon 1h30 de clichés sexistes.

L’option 2- Suzon est une menteuse.

Elle accuse un innocent (en plus son père adoptif) pour couvrir son amant (probablement Farnoux, j’expliquerai pourquoi plus tard). Là c’est encore un gros cliché sexiste, la fausse victime, c’est encore plus dégueulasse que l’option 1 pour le personnage de Suzon à mon avis. Ca rend Marcel moins immonde, mais ca fait de Suzon un personnage totalement odieux.

 La tirade finale de Catherine est édifiante :
« Pour couronner le tout, Suzon, sa fille, clandestinement arrivée de Londres, lui apprend qu’elle est enceinte. »
Alors j’imagine qu’il y a une recherche de comique dans cette manière de présenter les choses. Je trouve que c’est grave. Enfoncer des clichés tel que la calomniatrice ou l’incestueuse, sans les remettre en cause pour faire rire, je trouve ca critiquable. Le cliché de la victime d’inceste ou de pédo-viol qui provoquerait, ou aimerait son agresseur, est très répandu et depuis longtemps vu qu’il est dans la Bible. L’usage courant du nom Lolita en est la preuve supplémentaire[20].

On ne saura jamais si Suzon dit la vérité, le spectateur est libre de la prendre pour une menteuse, une incestueuse consentante, une victime de viol. Lorsque Suzon apprend que Marcel n’est pas mort, elle s’évanouit : est-ce de peur de savoir son père incestueux encore en vie ou de peur d’être mise à jour car elle serait une fausse victime, une affabulatrice qui profite de la mort de son père pour couvrir son amant et n’a aucun scrupule a salir sa mémoire ? Soit Suzon est une victime bafouée par toutes et tous, soit elle est une ingrate sans scrupule, l’alternative n’est pas réjouissante. Elle se fera de toute façon berner comme toutes les autres.

 

 La marguerite + vert = jeunesse et innocence
chanson N°1 – « papa t’es plus dans le coup ! »
Fille de Marcel
réplique typique – «  C’est bon de se sentir une femme et plus une petite fille que personne ne prend au sérieux.
Maintenant on m’écoute, on a même peur de ce que je dis »
Scène emblématique – Monologue final
Un mythe en référence – Barbe Bleu et Cassandre, les Pythies

Catherine est toute dévouée à son papa chéri. Elle dira à la fin vouloir le sauver « à tout prix ». Elle est l’archétype de la curieuse et est celle qui est le plus brutalement punie car son père adoré se tire une balle devant ses yeux. En voulant savoir la vérité et la révélé au jour elle pousse son père au suicide. C’est elle finalement le véritable monstre.

 

Catherine, est tout le long du film, la femme la moins antipathique, la plus « épargnée » des moqueries d’Ozon, mais le coup de théâtre final montre toute la duplicité de ce personnage. Catherine est en fait la plus manipulatrice de toutes, la plus malicieuse et la plus menteuse, on pourrait la qualifier de machiavélique.  Tout le film est en fait une mise en scène d’un complot de Catherine contre les 7 femmes et qu’elle fomente dans le but d’avoir l’exclusivité de Marcel. Dans la scène du dévoilement à la fin, on se demande même si elle ne veut pas coucher aussi avec son cher papa, tellement le désir de s’en attribuer l’exclusivité est intense.

Catherine est celle qui tient les clefs, et garde les secrets. Elle est celle qui connaît et dévoile toute la vérité. Elle a beaucoup de ressemblance avec les pythies[21] grecques, des oracles vierges. Et comme Cassandre qui dit la vérité, elle sera punie très lourdement.

Catherine avec Augustine est une figure de la virginité. Catherine affirme plusieurs fois vouloir être une femme. Être une femme est à prendre dans plusieurs sens, mais chez Catherine, avoir une expérience sexuelle semble fondamental, comme on le voit à plusieurs reprises et en particulier dans la scène de la chambre entre Suzon et elle. Elle cherche « La Connaissance ». Catherine demande à sa sœur ce qu’on ressent lors d’un acte sexuel.

Elle confiera à sa sœur «  C’est bon de se sentir une femme et plus une petite fille que personne ne prend au sérieux. Maintenant on m’écoute, on a même peur de ce que je dis ».  Je passe sur le côté humour cynique du « on écoute les femmes » en particulier chez Ozon, pour insister sur le fait qu’elle ne veut plus être une enfant.

Catherine est toute dévouée à son père, et le reste du temps elle voudrait bien un homme pour faire d’elle une vrai fâme et pas un frigidaire. Il y a aussi tout un sous-entendu œdipien lorsqu’elle affirme être prête à tout pour son papa, sachant tous les sous-entendu sur ce sujet qui émaillent le film cette interprétation me semble assumée par Ozon.

 —

 Voici les 8 femmes, on a tout de même très peu d’éléments pour avoir de l’empathie pour ces 8 femmes. Ce qui se dégage de ces 8 portraits, c’est que les femmes sont rivales, incapables de la moindre solidarité. Que tout ce qui les motive c’est l’argent qu’elles peuvent prendre aux hommes et leur penchant atavique pour le mensonge. La liste des vices des 8 femmes est longue et enfoncé lourdement tout le long du film. Je ne vois pas comment trouver ces femmes aimables, mais si vous avez des exemples à donner en ce sens, n’hésitez pas à commenter.

 

 

II – Marcel & Jacques – Dieu & Diable – François & Thomas.

 

Marcel et Jacques n’apparaissent pas vraiment dans le film. On ne parle que d’eux, on ne chante presque qu’eux, tout ce petit monde de femmes tourne autour de ces deux hommes, sans qu’ils aient à bouger le petit doigt. Les femmes font tout pour les servir sans que ceux-ci aient besoin de se salir les mains. C’est le moment où l’oppression est si bien établie que ce sont les dominéEs elleux-mêmes qui agissent contre leur intérêt au profit des dominants.  Ici les 8 femmes sont les servantes des hommes.

Les 8 femmes sont en fait le petit harem de Marcel, des pions qu’il s’amuse à bouger selon son plaisir. La pirouette finale en fait une victime totale par son décès après en avoir fait la victime de toutes ces 8 femmes vénales, menteuses, possessives…

 

Il n’a pas de fleur le pauvre Marcel, et on ne sera jamais quelle volaille Ozon lui aurait collé, mais il a tout de même le droit à être cité au générique. Il est le chef, de maison, de famille, d’entreprise. Le père sacrifié, la victime de toutes ces horribles femmes.

Ce que savons nous vraiment de Marcel :

Il fait vivre 7,5 femmes, pourvoyant à leurs besoins matériels (le 0,5 restant est pour Pierrette qui le taxe mais semble pouvoir subvenir à ses besoins sans Marcel, mais pas sans hommes tout de même) sans manifestement leur demander grand chose en échange. Il a élevé Suzon tout en sachant qu’elle n’était pas sa fille biologique. Il semble être proche de Catherine. Il aime la jeunesse. Ne couche plus avec sa femme. Et il est un peu naïf puisque son associé est un escroc qui le ruine et les 8 femmes qu’il entretient ne semblent pas lui rendre sa mansuétude.

Bref, pas un si mauvais bougre ce Marcel.

Ce que nous pouvons supposer de Marcel :

Tout le long du film, il y a des soupçons qui sont mis autour de lui, mais jamais ni confirmés, ni invalidés. Ainsi Marcel pourrait être incestueux et pédophile. Il est sous-entendu qu’il coucherait avec sa sœur, sa bonne, et ses filles. Vu que ces accusations sont portées par les 8 femmes, 8 menteuses comme je l’ai montré précédemment, on peut ainsi balayer toutes ces accusations et faire de Marcel un brave type, victime de 8 méchantes femmes.

Puisqu’Ozon ne sera jamais clair, on ne saura jamais si Marcel a violé sa fille, sa sœur, s’il est la victime de sa bonne nymphomane ou si c’est sa femme qui le rejette ou lui …
Le spectateur est libre de faire son histoire misogyne ou pas. Puisqu’Ozon nous sert du cliché misogyne à la pelle (femme-fauve, putain, belle-mère acariâtre, crêpeuses de chignons, nymphomanes,  voleuses, jalouses, indiscrètes, langue de vipère, sorcières…) mais que rien ne vient les contrebalancer, rien ne contredit que les femmes soient cela, finalement le film ne tient que ce discours.

Comme il est tout puissant, le maître, le chef, le payeur, le père… je parle de lui comme d’une figure de Dieu. Il est invisible, mais il commande à toutes, et toutes ne vivent que par son bon vouloir.  Les 8 femmes sont les créatures de Marcel et Marcel est le créateur des 8 femmes. Ozon veut tuer le père, il fait ca aussi dans Sitcom, ça a l’air d’être une lubie chez lui. Le film 8 femmes commence et finit par la mort du père. Une mort fictive, et une mort « réelle » pour finir. Et quant le père meurt, rien ne va plus, les 8 femmes sont livrées au chaos, elles se battent, se roulent par terre, se tirent dessus, se volent, se crêpent le chignon, les domestiques deviennent les maîtresses … et quand il re-meurt, à la fin, les 8 femmes font une petite danse macabre, pas loin d’un sabbat des sorcières et vu ce qui a précédé, on imagine que cette solidarité dans le deuil ne sera pas longue à voler en éclat. Voilà ce qu’est une maisonnée sans son maître. On est ici dans le mythe du bon tyran, du tyran éclairé. L’idée qu’il faut absolument un chef, en particulier un chef pour les femmes, qui sont incapables de vivre ensemble sans un mâle pour commander est particulièrement fâcheuse, encore du sexisme bien lourd. En laissant le spectateur dans le flou, Ozon laisse les misogynes trouver leur compte, que les autres se débrouillent avec le 38ème degré de lecture.

 

Vous me direz que j’exagère de parler de M. Farnoux, on ne le voit jamais, et il n’est même pas au générique et il n’a pas de fleur totem. Je pense pourtant qu’il est très important dans l’histoire, en tout cas selon certains niveaux de lecture de l’histoire. Jacques est l’homme de l’ombre. L’ombre de l’homme invisible, c’est dire si il est discret cet homme là.

Pourtant Jacques est le grand gagnant de l’histoire.

Ce que nous savons vraiment de Jacques :
Il est l’associé de Marcel. L’amant de Gaby et de Pierrette. Il est celui qui récupère l’argent de Marcel et est enrichi par la ruine de celui-ci.

Ce que nous pouvons supposer de Jacques :
Il est l’amant de Suzon, qu’il a peut-être mise enceinte, peut-être aussi son père biologique vu qu’on ne sait pas depuis combien de temps il est l’amant de Gaby et l’associé de Marcel. Cette supposition n’est pas explicitée dans le film, mais vu que ce petit monde de 8 femmes et 2 hommes semble totalement clos, je me permets ces suppositions. De toute façon ça change pas grand-chose à l’histoire.

Alors comme il est l’associé de Marcel, alias Dieu, je l’appelle le Diable, parce que je trouve ca rigolo. Et puis Jacques Farnoux est le plus malin au final car c’est lui qui part avec le beurre, l’argent du beurre et les fessiers des crémières. En fait si dieu Marcel ne surveille pas ses 8 femmes, elles se précipitent dans les bras du diable et font voler en éclat le bel équilibre du monde Marcelo-centré.

Jacques Farnoux est encore plus puissant que Marcel, car il agit sans jamais être là, comme un manipulateur de l’ombre de l’ombre et c’est à mon avis significatif. L’homme n’a pas besoin d’apparaître pour être le maître de l’action. Les 8 femmes se soumettent à lui sans qu’il ait besoin de dominer. Ses créatures sont tellement aveugles qu’elles agissent à sa place en son intérêt.

Marcel est un manipulateur manipulé par un autre manipulateur encore plus manipulateur.

Je pense qu’Ozon s’imagine dans la figure de Marcel. Je pense à cela à cause de son jeu récurrent de références qui renvoient à Ozon le réalisateur qui fait mumuse dans son film. Puisque dans son histoire, il fait plein de clin d’œil savant pour les cinéphiles initiés, c’est qu’il parle en tant que réalisateur de l’objet film. Le dispositif « théâtre filmé » est aussi très récursif, puisqu’il questionne les limites du genre cinéma et du genre théâtre. Il donne de l’importance à ces actrices en tant qu’actrices et non en tant que personnages, et si les personnages sont les actrices, le réalisateur, le metteur en scène n’est pas loin. Si 8 femmes est en fait 8 actrices, Marcel-Jacques sont en fait Ozon et peut être Robert Thomas, l’auteur de « mon curé chez les nudistes » et de la pièce.

Le personnage de Jacques Faroud est le sommet du sexisme d’Ozon. Oublions un instant mon histoire de Ozon=Marcel, ce n’est pas utile ici. En fait on peut se dire que les 8 femmes sont certes bien idiotes, et on pourrait croire que c’est méchant pour les femmes, mais en fait celui qui les manipule (Marcel) est lui même un idiot puisqu’il est manipulé aussi par plus fort que lui (Jacques). C’est donc aussi méchant pour l’homme puisqu’il est finalement aussi stupide que les femmes. En fait c’est une pirouette assez grossière et courante. Pour camoufler sa misogynie on fait semblant d’être misanthrope. En fait Ozon veut faire croire que après 1h30 de gros clichés misogynes, il suffit d’un petit retournement final perceptible au 38ème degré de lecture pour nous faire avaler la pilule. Par ce stratagème, Marcel est aussi idiot que les 8 femmes, tout le monde est à égalité. Je ne suis pas certaine de bien pouvoir expliciter cette idée, je vous propose une interview de Léo Ferré pour illustrer ce que j’essaye de dire ici. http://youtu.be/SN6UIoyX0ho

 

Vous pouvez voire l’œil éteint de Ferré quant on lui parle de misanthropie, oui il est misanthrope mais sans passion, et soudain son œil qui brille lorsqu’il peut baver toute sa haine pour les femmes, qu’il semble haïr de tout son cœur. « La misogyne, ca c’est intéressant… ».

Cette petite interview est je crois plus parlante qu’un long discours. Je pense qu’Ozon essaye le même subterfuge, feindre la misanthropie pour camoufler sa misogynie. C’est l’hypocrisie la plus totale.

 Mais en fait Ozon, tout comme Ferré, ne sont pas misanthropes, car ils ont tout de même une très haute estime d’eux mêmes à moins qu’ils ne se pensent pas comme des êtres humains, mais comme des dieux (des créateurs, des auteurs ou des hauteurs). D’autre part si ils méprisaient véritablement l’humanité dans son ensemble, ils ne feraient pas des films ni de chansons et ne trouveraient aucun intérêt à s’adresser à un public composer fatalement des humains qu’ils disent pourtant haïr.

 

 

III – Le jeu des degrés

 

Le film d’Ozon peut être compris selon plusieurs niveaux de lecture, d’interprétation et de mise en abyme. Je vais essayer d’en montrer quelques-uns, puisqu’Ozon aime bien jouer sur les niveaux de sens, jouons avec lui. Pour le moment de tous ceux qui me viennent, je trouve qu’à chaque fois ils sont sexistes. Je ne prétends ni a l’objectivité ni a l’exhaustivité, si vous avez d’autres niveaux de lecture à proposer n’hésitez pas à le faire dans les commentaires.

 

Niveau 1

Les 8 femmes sont 8 sorcières et Marcel-Dieu n’est qu’une victime de leur sorcellerie. C’est en voyant le spectacle de toutes leurs malfaisances que Marcel a préféré la mort. L’idée que les femmes sont toutes des salopes, des sorcières et des garces dont les pauvres hommes sont les éternelles victimes est le B.A.-BA de la misogyne. = sexisme

Niveau 2

C’est juste une histoire pour faire joli, joliment filmée avec des actrices glamour, des chansons rétro, des clins d’œil pour cinéphiles et des stéréotypes grossiers sur les femmes. Les 8 femmes sont ici 8 potiches, assorties au papier peint et qui servent à se taper la cuisse entre gens qui savent que vous savez que je sais que nous savons que nous ne sommes pas des gens comme ça = sexisme

Niveau 3

Les 8 femmes sont 8 victimes idiotes de Dieu qui est un grand manipulateur. Le mauvais caractère des 8 femmes n’est pas effacé de ce degré de lecture, et c’est leur bêtise, leur aveuglement, leur rivalité qui les rend manipulables. Ici on a affaire à 8 idiotes, dans le meilleur des cas des marionnettes = sexisme

Niveau 4

Dieu le grand manipulateur est en fait lui même idiot aussi car ses créatures et lui sont en fait manipulées par son diable d’associé, Jacques Farnoud qui se retrouve vainqueur de l’intrigue après avoir ruiné, cocufié et peut être mis sa fille enceinte. Ajouter ici aussi l’excuse de la fausse misanthropie après avoir bavé sur les femmes pendant 1h30 dont je parlais plus haut = sexisme

Niveau 5

Le grand manipulateur invisible qui se joue de Marcel et des 8 femmes est Ozon himself, et il manipule ses actrices comme des marionnettes, ainsi que du spectateur, il joue de leur image médiatique, parfois en décalage ou pas avec les particularité de ces actrices. C’est méprisant pour ces personnages, et ses actrices. Il leur fait en plus exécuter de ridicules chansons et pas de danse, ainsi que la danse macabre finale. Il réalise ses fantasmes comme je l’ai expliqué pour les scènes « lesbiennes » et il nous fait en plus l’exhibition de ses grande connaissances cinématographiques histoire de se faire mousser dans le milieu. Dire et montrer les pires horreurs sur les femmes juste pour faire un bon mot ou un petit exercice de style  = sexisme encore et encore.

Niveau 6

Maintenant je reviens à Marcel=Ozon. Si Marcel est Ozon et qu’il est manipulé par Farnoux alias le diable, alias  Robert Thomas, ça veut dire qu’Ozon se décharge de la responsabilité de son affreux film, sur son « véritable » auteur, M.Thomas. Ozon fait ça déjà avec ses actrices : « Cependant je n’ai pas voulu trop insister sur les allégories, ce n’était pas ma volonté première. J’ai simplement demandé à Catherine Deneuve quelques conseils, car elle adore la botanique…» dit il dans un interview. Ainsi ce n’est pas lui François qui a choisi ses symboles immondes de fleurs stupides, c’est Catherine, et c’est pas lui qui fait un film aussi rance et dégueulasse sur les femmes, c’est Henri qui a commencé. En plus de 5 niveaux de lecture bien bien sexistes, il n’assume même pas sa propre œuvre. Qui a forcé ce pauvre Ozon à adapter une pièce de théâtre aussi réactionnaire, désuète et stupide ? Pas moi en tout cas. Et personne n’a demandé à Ozon non plus de respecter aussi fidèlement cette pièce de caniveau.  Dans ce 6ème niveau de lecture, non seulement Ozon se fout de la gueule de ses personnages, de ses actrices, de l’auteur de la pièce, mais aussi du public, comme ça personne n’est oublié. En fait le seul de qui Ozon ne se moque pas c’est de sa petite personne de petit malin cinéphile qui se croit plus intelligent que tous les autres.  Ici on pourrait croire que ce n’est pas sexiste, vu que le public n’est pas exclusivement féminin, mais comme cette interprétation n’efface pas les 5 niveaux précédents, tout ce que j’ai dit auparavant est toujours valable.

Je pourrais vous faire des niveaux de lecture à thématique à la pelle, genre la métaphore SM dans 8 femmes ou ce qu’on voudra. Je pense qu’avec 6 niveaux c’est déjà pas mal et je suis bien fatiguée de connaître autant « 8 femmes » maintenant que j’ai écrit cet article.

En ce moment à Cannes, Ozon nous fait grâce d’un « Jeune et jolie » qui va nous narrer les joies de la prostitution des mineurs, et l’épanouissement sexuel et affectif de gamine de 17 ans qui rêve toutes d’avoir l’affection de vieux mâles en rut plein de €€€. Un sujet tellement urgent, rare et nouveau, qu’il fallait le produire avec plein de €€€, et le tourner avec une « égérie » de la mode en guise d’actrice, et le sélectionner pour la palme du cinéma phallo-centré. Bref du bon cinéma de dominants, qui montre au public à quel point il est important de bien se soumettre aux pères, aux réalisateurs, aux auteurs, aux jurys. Un cinéma qui montre à quel point les dominants n’ont pas le choix de dominer, ils dominent pour rendre service aux dominés. Les soumis se soumettant tout seul sans qu’on le leur demande, comme dans « 8 femmes ».

Merci à vous de m’avoir lue.

Meg


[2] E. N : Au générique chaque femme est symbolisée par une fleur …
François Ozon : « J’ai en effet associé pour chaque actrice une fleur : par exemple Firmine Richard est associée à un tournesol. Au départ chaque actrice devait être symbolisée par une volaille. Emmanuelle Béart devait être ainsi une dinde… (rires). Puis je me suis très vite ravisé, j’ai préféré être plus galant…
La fleur fait davantage travailler l’imagination, joue l’aspect métaphorique. Rien n’est hasard : la blancheur de la pâquerette d’Emmanuelle Béart évoque bien évidemment la pureté. Cependant je n’ai pas voulu trop insister sur les allégories, ce n’était pas ma volonté première. J’ai simplement demandé à Catherine Deneuve quelques conseils, car elle adore la botanique…» http://www.ecrannoir.fr/films/02/8femmes/interview.htm

[4] Rappel du test Bechdel : Au moins deux personnages féminins avec un nom, qui parlent ensemble durant plus d’une minute, et qui parlent D’AUTRE CHOSE que des hommes.

 

[6] sur le mythe de la femme-féline lire ceci :  http://culturevisuelle.org/detresse/archives/20

[10] Je cherchais un texte de D.H.Lawrence « Pornography and obscenity » (1929) et publié en France chez les Milles et une nuits. J’ai malheureusement prêté mon exemplaire à je ne sais plus qui. Il y a un paragraphe très intéressant sur la symbolique de la femme-fleur. En dehors de la métaphore de la beauté, de la jeunesse, il expliquait que l’idée même de femme-fleur est une insulte au sexe des femmes. Une fleur se fâne quand on la touche, la femme fleur est une fleur tant qu’elle est vierge (pure, immaculée) faisant de la sexualité une salissure, une déchéance pour les femmes. C’est d’ailleurs contenu dans le mot « vierge » qui veut dire pureté, blancheur et hymen intact, ce qui sous-entend qu’une femme qui n’a plus l’hymen intact n’est plus pure, blanche, elle est salie, fanée.

[11] L’oncle Tom, ou afro-américain trop désireux de plaire aux Blancs (personnage de l’oncle Tom). Stowe voyait Tom comme un « héros noble ». L’image de Tom représenté comme un « imbécile servile s’inclinant devant les Blancs » provient manifestement des adaptations scéniques du roman, sur lesquelles Stowe n’avait aucun contrôle. Dans 8 femmes, Mme Chanel est plus proche de Mammy, une cuisinière à la plantation St. Clare. http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Case_de_l%27oncle_Tom#R.C3.A9actions_contemporaines

 

[13] il y a une référence à la révolution française, le ministre épicier est http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_de_Sartine Une référence à la guillotine « Détesté pour son usage « arbitraire » des Lettres de cachet, stigmatisé par les libellistes, inquiété par les événements de 1789, il émigre dès 1790 en Espagne où il meurt sans revoir la France. Il évite ainsi le sort de son fils, Charles-Louis-Antoine de Sartine, et de sa bru, qui, restés à Paris, seront guillotinés sur l’échafaud au procès des chemises rouges, le 29 prairial an II (17 juin 1794). »

[14] Venus à la fourrure, roman de Sacher Masoch, fondateur du masochisme et qui donna son nom à la pratique. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sacher_Masoch

[19] Loth et ses filles se réfugient dans une grotte de la montagne. L’aînée, s’inquiétant de ne pas trouver d’hommes dans le pays, enivre son père pour s’accoupler avec lui sans qu’il le sache, et incite sa cadette à faire de même. Les deux filles tombent enceintes : l’aînée donne naissance à Moab, et la cadette à Ben-Ammi.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Loth

 

[20] Dans le roman de Nabokov, c’est le point de vue de Humbert Humbert, le pédo-criminel, violeur de Dolorès que partage le lecteur. Humbert Humbert est le narrateur, il passe le roman à mentir au lecteur et à lui-même, il fait croire que Dolorès est Lolita alors que Lolita n’est que son alibi pour ne pas voir l’horreur de son propre crime, Lolita est le fantasme de Humbert Humbert, elle n’existe pas en dehors de la vision du pédocriminel. Lolita est justement un roman à multiples niveaux de lecture, mais ces niveaux sont très bien articulés ce qui est très très loin d’être le cas pour Ozon. L’expression populaire fait qu’une Lolita dans le langage courant, ce n’est pas une victime de viol, c’est une jeune fille aguicheuse.  On se souvient de Lolita, pas de Dolorès Haze. Dolorès est  victime de Humbert Humbert mais aussi des lecteurs qui sont resté au premier degré et qui semble nombreux vu l’usage du mot Lolita. Pour poursuivre la réflexion sur ce sujet lire ceci http://www.prostitutionetsociete.fr/cultures/divers/l-eternel-detournement-de-dolores

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118 réponses à 8 femmes, créatures et créateurs

  1. Hé bien en voilà une « drôle » d’interprétation de ce film !
    Vous ne parlez même pas de l’influence certaine de Jacques DEMY sur OZON, je cite : « Les 8 femmes sont ici 8 potiches, assorties au papier peint » courez vite voir l’exposition Jacques DEMY à la Cinémathèque de Paris vous ne pouvez absolument pas manquer le rapprochement !
    Il faut voir autre chose qu’un film « sexiste », ce film est beau, bien préparé, bien réalisé, les fleurs et les couleurs sont effectivement choisies avec précision et apportent beaucoup.
    Pour ce qui est du sexisme, oui il y en a, mais nous vivons dans une société sexiste ; chacun s’arrange comme il peut. Etant considérée comme « féministe » par mon entourage parce que je parle parfois des luttes des femmes de ma génération (même âge que Catherine DENEUVE)afin que les libertés difficilement acquises ne disparaissent pas, je ne baisse pas les bras. Lorsque nous élevons des enfants des deux sexes est-il si difficile de leur inculquer le respect de l’autre, masculin et/ou féminin ?

    • oui c’est vrai que j’ai fait l’impasse sur Demy, ca change pas grand chose à mon propos. Demy avait deux differences fondamentales par rapport à Ozon, d’une : il ne fait jamais chanter ses acteurEs et utilise de véritables chanteurEs pour le parties chantées et d’autre part, il montre un peu d’affection pour ses personnages, alors que Ozon n’est que dans le mépris de ses personnages, actrices et public…

      Sinon pour le sexisme qui serait dans notre société, je ne dit pas le contraire. Je proteste par contre contre celleux qui perpétuent et enracinent ce sexisme dans la société, tel qu’Ozon par exemple à travers ses films et ses interviews.

      • Outre le fait que vos « analyses » sont régulièrement horripilantes, et que je n’ai pas le temps ni l’envie de discuter de ça avec vous, je note tout de même une énormité dans ce que vous dites ci-dessus : n’importe quel pékin sait que Demy faisait vraiment chanter ses acteurs et actrices et ne faisait pas appel à de vrais chanteurs ou chanteuses pour les doubler.

        • Pour les Parapluie de cherbourg il y a des doublures chant

          http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Parapluies_de_Cherbourg#Berthom.C3.A91996

          Dans Peau d’ane aussi il y a une doublure. Je cite wikipédia

          « Les comédiens principaux sont doublés pour les chansons comme dans les précédents films de Jacques Demy. Ainsi Catherine Deneuve, qui avait été doublée par Danièle Licari dans Les Parapluies de Cherbourg (son premier film musical avec Jacques Demy), l’est ici par Anne Germain, comme dans Les Demoiselles de Rochefort (1967)8. Jacques Perrin est quant à lui doublé par Jacques Revaux, comme dans Les Demoiselles de Rochefort, et Delphine Seyrig par Christiane Legrand, bien qu’elle ait enregistré la chanson de la fée des Lilas »

          Le pekin moyen vous salut bien.

  2. pathétique. Evidemment que le film est mysogine, c’est annoncé dès la premièr scène. Mais l’homme, le mâle, y est décrit sous une forme tout aussi sympathique : baiseur, magouilleur d’affaires, quasi incestueux, dépressif et manipulateur. Toutes les comédies de boulevard brossent des portraits sur des préjugés populaires et des caricatures, le mari volage, l’homo sensible et amusant, la femme vénale… Malgré ça, Ozon et l’auteur de la pièce ont été assez aimable pour nous épargner d’une réalité bcp plus dramatique : les bobos des années 50 étaient pire que ça, et ça n’a pas changé, les femmes courent après la dote, les mariages sont arrangés, l’homosexualité est très mal vu, l’inceste pas moins courant qu’ailleurs. Le film dénonce tout cela, et nous offre en prime une merveilleuse scène de transformisme Hitchcockienne d’Emanuelle Béart en lesbienne SM blonde péroxidée chaude comme la braise. Ce film expose, sous le vecteur d’un milieu haute bourgeoisie française, proprette en apparence et pourrie de l’intérieur, une famille supeficielle, et assassine le principe de famille. Pas un personnage du film n’est épargné, et surtout pas le seul représentant masculin. Le film n’est pas mysogine, mais anti-famille. C’est le cercle familial qui y est caricaturé, sous le vecteur bobo. Reste la scène de la partie de cul entre nos poufiasses de services, Deneuve et Ardant, drolesque, et tout aussi pathétique que cet article. Film à revoir, car profondément drôle ; tout est propre, tout est bien rangé, tout est à sa place, et derrière se cache un joyeux bordel où tout le monde baise avec tout le monde.
    cdt,

    • Vous m’avez mal lu, je précise bien que le personnage de Marcel est épargner dans ce « tableau de famille ». Le fait que Marcel soit « baiseur, magouilleur d’affaires, quasi incestueux, dépressif et manipulateur. » est douteux dans la construction de l’histoire puisque ce sont uniquement les femmes qui l’accusent et que tout le film montre que les femmes mentent perpétuellement. Puisqu’elle mentent toutes, Marcel n’est donc probablement pas baiseur, magouilleur d’affaires, quasi incestueux, dépressif et manipulateur.

      • Je suis désolé, mais bon :o) :
        – baiseur : sa femme, sa bonne, sa belle-fille, sa maitresse. c’est déjà pas mal !
        – magouilleur : il m’avait semblé entendre des trucs pas très clair sur ses affaires.
        – inceste : baiser sa belle fille avec un ascendant de père, pour moi, c’est de l’inceste.
        – dépressif : il organise son propre suicide ! Il vit reclu dans une piaule triste à mourir, je sais pas .., mais bon, à mon avis … :o)
        – manipulateur : idem, il organise sa propre mort, fait des truc en cachette, …

        Bref. On peut y voir une allégorie dans ce film, celle de l’auteur lui-même, entouré de tous les personnages féminins de ses propres pièces, et qui délire jusqu’à se donner la mort. C’est tout ça qui est amusant dans ce film, pour ma part, c’est ce que j’y ai vu, avant toute forme de mysoginie, les débats d’un homme en proie avec ses fantômes … de femmes, qui finissent par l’assassiner malgré lui. C’est bien la femme qui remporte le combat, enfin, il me semble qu’au final, il ne reste que des femmes, non ?
        Cdt,

        • c’est vous Val qui accablez Marcel.
          pour le baiseur
          – sa femme- il ne la touche plus
          – sa bonne – il est infidèle, mais tous les perso le sont
          – sa belle-fille – il n’ a que Suzon qui le dit une fois qu’elle sait son père mort, on peu penser qu’elle ment
          – sa maitresse, vous voulez dire sa sœur je pense, là aussi que des soupçons jamais confirmés.
          pour le magouilleur
          ce qui est clair c’est qu’il s’est fait roulé par son associé.
          pour l’inceste
          – on est pas sûr dans l’histoire
          pour le dépressif
          il n’organise pas vraiment, c’est Catherine qui a cette idée.
          pour le manipulateur j’en parle longuement dans l’article, je ne vais pas vous faire un copié-collé des parties 2 et 3.

          pour la métaphore j’en parle aussi dans la partie 3 en particulier niveau 6.
          sinon à la fin il n’y a que des femmes en effet et elles sont bien triste et penaudes, pas du tout victorieuses.

        • C’est un être torturé, un créateur, que voulez vous ? De plus, entouré de toutes ses harpies il est tout excusé voyons, le pauvre, quand bien même il serait tout ça, il n’aurait pas eu le choix. Et puis de toute façon, les accusations étant uniquement à sa charge, on ne saura jamais si une quelconque de ses tares est vérifiable. Soyons démocrates et respectons le principe de présomption d’innocence… Ce qui en revanche ne va guère dans le sens d’Ozon, par contre.

          Surtout quand on l’entend ses derniers jours asséner tranquillement à Cannes que le sexe tarifés est, bien sûr, un fantasme féminin universel. Et pas du tout masculin sous entendus. A mes yeux rien ne le rachète.

          • Argh ! Désolé de sembler troller ce blog, si c’est le cas, milles excuses.
            Mais enfin bon, quoi .. :o) c’est pas nouveau que le cinoche français est conservateur, Ozon répond à la demande … d’un pays profondément conservateur. La critique de cinéma, est ici aussi un acte profondément conservateur. 3eme degré.
            Ozon, digne héritier du cinéma des français de Chabrol. C’est sûr. Y’a pas photo. Mais le film reste marrant. Perso, si je vais voir un film de Tarantino, je ne vais pas m’attendre à y voir autre chose qu’un truc violent, bourré d’humour noir et plein de cliché (voire également raciste).
            Si tu vas voir un Ozon, faut pas t’attendre à y voir du Godard. Comme le dit Tarantino « c’est ça le cinéma ».
            Ozon a filmé ces 8 femmes là, précisémment, pour ce qu’elles sont. Deneuve, en lesbienne refoulée, ça c’est drôle. Deneuve étant elle même une lesbienne « non déclarée », ça faisait coming-out, moi j’ai trouvé ça drôle. Emouvant la scène de Béart qui se décoiffe, pour nous faire une scène sado-maso juste derrière. C’est du cinema ! Mais c’est également bien là que le pb. évoqué demeure : pratiquement tout le cinoche occidental fait de la femme un objet, et nous produit des genres hyper-sexualisés.
            Pourquoi Ozon serait pire que les autres ? Critiquer Ozon dans une rubrique de cinoche, c’est déjà croire qu’il fait du cinema autrement que ce qu’on nous vend actuellement.
            « 8 Femmes » fait passer la digestion du soir entre 2 page de pub., et il le fait très bien. :o) Cdt,

          • vous inquietez pas Val, je ne prend pas vos remarques pour du troll, je me serais peut-être passée du « pathétique » dont vous m’avez gratifiée en guise de bonjour, mais passons.

            Je n’ai pas dit que Ozon était le pire, je ne l’ai pas comparé à l’ensemble de la production cinématographique depuis l’origine de la vie sur terre non plus. Je n’ai pas dit non plus qu’il était le seul à faire du ciné sexiste, ni rien de ce genre.

            Vous constatez comme moi que la société dans son ensemble est sexiste, nous voilà en accord sur un point. Partant de ce point, j’ai fait le choix de donner un exemple du sexisme « ordinaire » qu’on peut trouver par exemple dans un film populaire tel que 8 femmes. J’explique pourquoi et comment c’est sexiste, ça n’empêche pas qu’on puisse apprécier ce film (bien que ça ne soit pas mon cas).
            Pour votre remarque sur Tarantino il y a plusieurs discussions sur ce site au sujet de son dernier film, je vous laisse chercher dans le menu, si le sujet vous intéresse.

            Je trouve du sexisme dans presque tous les films, ça ne m’empêche pas d’apprécier le cinéma malgrè cela, ni de voir un certain nombre de films. Par contre j’aime analyser toutes sortes de productions culturelles d’un point de vue politique, afin de bien être consciente du message sous-jacent et de ne pas la subir inconsciemment.

            Pour l’histoire que vous racontez sur C.Deneuve, je ne savais pas, mais ça ne change pas mon analyse à mon avis.

            Pour 8 femmes, je comprend qu’on puisse le trouver plaisant, joli, divertissant… pour moi ça ne s’oppose pas au fait qu’on puisse se questionner et discuter comme nous le faisons.

    • « Reste la scène de la partie de cul entre nos poufiasses de services »

      Je pense que l’utilisation du mot poufiasse signe la misogynie. Cela m’évoque une connaissance m’expliquant sans sourciller qu’il n’avait aucun problème avec les « bougnoules ».
      Vous même ,n’êtes pas misogyne, c’est juste que vous appréciez à sa juste valeur la représentation des « poufiasses » proposée par un réalisateur masculin…

  3. Woah. Incroyable, cet article.
    Ça tombait bien, je l’ai revu il n’y a pas longtemps, ce film (et du coup, je n’ai pas à le revoir).
    J’avais perçu une bonne partie des analyses concernant les rapports de classe, les références lesbiennes et dominatrices, mais curieusement, je me suis beaucoup approprié les personnages.

    Si j’utilise le terme « approprié », c’est parce que tout au long de l’article, j’ai tiqué sur empathie, sympathie, etc. Je trouve qu’il est complètement possible d’empathiser avec certains personnages.
    Augustine – Isabelle Huppert, dans la mesure ou elle est toute malmenée en permanence (même si elle en rajoute des couches), par à peu près tout le monde, sur la base de ce qui est dit dans l’article. Mais il y a aussi cette impression qu’elle est aux prises avec elle-même.
    Le choix de l’actrice rend cette impression encore plus saillante (et confirme le choix non-anodin de ces actrices en particulier), puisqu’on peut toujours ressentir que les personnages d’Isabelle Huppert se détestent profondément, avec de la violence contenue envers soi qui se déverse sur les autres, et Augustine n’y échappe pas : on lui fait tellement comprendre qu’elle est nulle, inutile, méchante et frigide, qu’elle finit par croire qu’elle ne vaut rien, alors elle se déteste. Comment ne pas empathiser ? (même si ça ne la rend pas sympathique)

    Cette dynamique, on la retrouve chez Mme Chanel – Firmine Richard. Elle aussi, elle a quelque chose en elle qui la fait être malmenée par toutes (d’ailleurs il me semble que c’est la moins connue des actrices – du coup, pas besoin de la mettre en avant), et rien dans ses caractéristiques ne montre ce que c’est (elle joue, elle est lesbienne, et appartient à la classe dominée – attributs partagées par d’autres). En fait, elle est falote : aucun trait particulier, à part être gentille et fidèle (ce qui est une dynamique du film – les gentil.les, on les écrase ! ), un peu maternante. Par contre, si on regarde le personnage qui lui est attribué en fonction des caractéristiques physiques de l’actrice ça pue encore plus : c’est la seule femme noire (qui ne parle que blanc.hes) et grosse (donc pas sexualisée/érotisée, à par dans une domination hyper triste). Ça pue de partout. Paradoxalement, c’est effectivement le personnage le plus sympathique, mais elle est inexistante et inintéressante tout le long du film, alors on ne s’identifie jamais à elle (ce qui viendrait sous tendre le côté misanthrope/méchant du film, si par ailleurs ce n’était pas un personnage féminin noir gros).

    La dernière à avoir quelque chose en elle qui le répugne, c’est Suzon – Virginie Ledoyen. Bon, elle c’est particulier, parce que c’est un enfant, mais c’est de là que vient sa méchanceté et sa vulnérabilité, qui font qu’on peut s’identifier à sa situation et éprouver de la compassion à son égard.

    Pour moi, ces trois personnages (aristo, prolétaire et bourgeois – on couvre toutes les classes sociales du film, wouhou) existent parce qu’il est nécessaire que les femmes reproduisent aussi des mécanismes de domination entre elles (quelle que soit leur classe, le caractère transversal est le genre). Bien sur, c’est censé être explicité dans le rapport Gaby – Catherine Deneuve et Louise – Emmanuelle Béart, mais tout est détourné parce que c’est un jeu SM.
    Je trouve que ça parachève le message d’Ozon : les femmes sont méchantes. Elles le sont avec les hommes, mais aussi entre elles, et c’est irréconciliable, sauf temporairement avec le sexe ou les contingences domestiques (bonne marche de la maison par l’obligeance des dominées prol, et face au deuil), et bien sur, sous la houlette d’un homme, « grâce » auquel elles sont obligées de cohabiter.
    Je trouve ça extrêmement pervers, puisqu’au final, la seule chose qui unit les femmes, et assure leur collaboration et donc la marche de la maisonnée, c’est la régence masculine. S’ils n’étaient pas là, ce serait le chaos, un peu comme un état sans État. Et revoilà le papa-patron-patriarche. Bref, les femmes ne sont que les sujets des hommes.

    Pour revenir sur le terme « approprié », c’est que je trouve qu’au milieu de tout, on réifie vraiment les personnages et les actrices. Choisis ton camp, camaradE, et range toi avec une ligne de personnage : seras-tu du côté des éternelles dominées en t’identifiant à Chanel ? Ou tireras-tu plutôt ton épingle du jeu avec Gaby ? Peut-être prendras-tu le parti de la maline qui a tout découvert ?
    C’est un peu faire son marché au rayon archétypes, en fait. L’occasion de voir ce que tu as bien internalisé, les concessions que tu es capable de faire au patriarcat. Fais ton shopping et définis toi par rapport à ce panel de femmes qu’on te rabâche depuis longtemps.

    Au final, je suis bien contente que ce type soit mort. Bon, d’accord, c’est le spectre du matriarcat qui refait une petite apparition, mais si la « morale » du film, c’est que les femmes sont pourries au point d’envoyer ad patres un « honnête » homme, ça me va d’en être une ! En tout cas, je ne vais pas pleurer un violeur incestueux parce qu’il s’est tiré une balle dans la tête.
    Quel pouvoir ! Juste en ayant une attribution biologique (parsemée d’une peu de social, sûrement) je peux faire mourir des gens. C’est pas mal comme pouvoir. J’aime bien.
    Du coup, pleine de cette nouvelle capacité (j’ignorais son existence jusque là), je vais continuer d’aller féminister dehors, hein. Peut-être que l’éducation autour du genre marchera mieux avec la menace contenue dans mes gènes, sait-on jamais ?

    • Ah oui ! Et merci d’avoir fait l’article alors que le film t’énerve ! C’est toujours difficile de revenir sur un truc qu’on déteste, surtout pour s’y plonger pendant un long moment. Alors, c’est cool de t’y être collée. 🙂

      • Merci Agripine, en fait ce que vous dites sur l’empathie est ce que je voulais dire quant à plusieurs reprises je parle de laisser le spectateur se débrouiller.
        Si vous êtes une spectatrice empathique et féministe, vous pouvez faire votre histoire empathique et féministe, mais avec beaucoup beaucoup de bonne volonté de votre part.
        Par contre si vous êtes une spectatrice misogyne et que vous croyez que les femmes sont toutes des salopes, le film vous donne tous les éléments pour vous renforcer dans cette idée.
        C’est ce qui me semble problématique dans cette idée de neutralité. En fait être neutre c’est prendre aussi un parti pris, celui de laisser les machistes voire leurs idées validées par un film.

  4. Merci pour cette très juste analyse selon moi de ce film.
    Peut-on considérer « 8 femmes » comme un brillant analyseur et révélateur de tout l’inconscient androcentré qui traverse et structure le cinéma français (De Brisseau à Honoré en passant par Bonello et une grande partie du cinéma populaire) ? J’ai tendance à le penser.
    Le sens commun cinéphilique, c’est tout Ozon : sublimer, euphémiser, esthétiser, distancier par les jeux de tiroirs, les doubles-sens, les références tout ce que son cinéma (et celui d’autres) véhiculent d’une vision éminemment conservatrice du monde social.
    Pierre Bourdieu (dont vous aurez sans doute relevé l’esprit de mon mail) parlait de « demis-habiles » à ce propos.

    Très bonne continuation à votre site !

    Jacques

  5. Il y a longtemps que je n’avais pas lu de démonstration si pertinente ! Vous m’enlevez un poids car je n’ai jamais aimé le cinéma d’Ozon mais n’en parlais pas de peur de passer pour un « machiste » (eh oui, Ozon est censé aimer les femmes puisqu’il les mets en scène).
    Tout est trompeur chez lui, jusqu’au titre de ses films (« 8 femmes » aurait pu s’appeler « 8 bourgeoises », plus proche de la vision du cinéaste quoique moins retentissant). Quant à son dernier film, pourquoi ne pas l’avoir traité sous l’angle de la prostitution masculine (sans le glamour de sa jolie actrice) ?
    Félicitations encre pour votre analyse finement menée et étayée par des références solides.

    • Votre commentaire est très gentil, c’est mon premier article, les messages d’encouragement tel que le vôtre me sont précieux.
      Bonne journée à vous.

  6. Très bon article avec lequel je suis entièrement d’accord. Le plus choquant selon moi chez Ozon étant cette incapacité de classe à l’autocritique. J’irais un peu plus loin, la fatuité qui transpire de ses images et le mépris qu’il porte à son monde va bien au delà de la misogynie et de la misanthropie, comme vous le dites en faisant un parallèle intéressant avec Ferré. C’est bien au final du dégoût de soi même, très petit bourgeois car complètement égocentrique, dont il est question. Mais le problème étant que pour se punir, il tape sur les autres. C’est pleutre. Que serait ses films si il mettait à la place des femmes, des hommes ? Je lui préfère de très loin Almodovar qui lui réussit (mais pas toujours, personne n’est parfait) à dépasser les simplistes clichés sur les sexes (tiens, un palindrome, j’avais jamais remarqué). Quoi qu’il en soit pour revenir à votre critique, il me semble que le niveau de lecture n°6 est le plus significatif de ceux que vous avez produit et explique bien tout les autres formulés.

    • Dégoût de soi pas assumé, donc qui n’excuse rien, que ce soit bien clair. Je le redit, l’autocritique est ici inexistante.

      • Je n’aurais pas comparé Ozon à Almodovar, ne serait-ce que pour le film Volvere qui est selon moi d’une grande sensiblité à la condition féminine, chose dont Ozon semble totalement incapable et qu’il a encore démontré ces derniers jours.

        Pour revenir au niveau 6, j’ai lu hier une critique de 8 femmes que je ne retrouve pas mais qui explique que chaque femme incarne un genre cinématographique. Ça va dans le sens de mon 6 niveaux. En un sens c’est une bonne idée, sauf que Ozon reste à la surface en manipulant ces personnages stéréotypés mais sans jamais questionner le stéréotype, il ne fait que le valoriser.

        Merci pour votre commentaire

        • Ozon / Almodovar pour ce qu’ils ont en communs : en gros (en très gros, je vous l’accorde) traiter des genres et de leur relations difficiles. Et surtout parce que cette comparaison ne joue pas exactement en faveur du Parisien (oui c’est méchant pour les parisiens mais j’assume et ne dit pas que l’herbe est plus verte ailleurs, elle à juste un autre goût).

          En tout cas très bon article, je le répète et continuez comme ça, si j’ai bien compris c’est votre premier eh bien chapeau !

          • ah oui en très gros alors parceque justement Ozon ne parle finalement que de lui, il n’a pas vraiment d’intérêt pour des personnages ni même pour ses acteurEs. Almodovar est moins egocentré à mon avis, mais j’ai pas fait d’analyse aussi poussée d’un de ces films :p

            Sinon pour votre remarque, je pense que vous parlez de « parisianisme » ce qui est un peu différent du fait de résider dans telle ou telle ville. Je précise cela car je suis géographiquement concerné par votre remarque ^^

            Et puis merci pour vos compliments, c’est très encourageant.

          • Effectivement, je n’ai pas l’impression qu’Ozon ait le moindre respect pour ses acteurs. Ni pour lui même d’ailleurs. Il représente une classe qui ne s’aime pas et le fait savoir en tapant sur les autres. En France, il arrive qu’on mentionne cette classe en la qualifiant de « parisianiste » et pas de parisienne, vrai. Désolé, j’ai mal choisi mes termes 🙂

  7. Ce film est-il sexiste? Je remplace 8 femmes par 8 hommes avec les mêmes caractéristiques, les deux hommes par deux femmes et je relis.

    C’est un film caricatural des défauts humains : autant d’un genre que de l’autre et les rôles sont tout à fait échangeables.

    Mon opinion est que ce film n’est pas sexiste, juste outrancier et c’est ce qui fait son charme.

    • Alors selon vous, la pute, la domina, la soubrette, la belle-mère, la mama, la vipère, la lolita, la pythie… pour vous tout ceci fonctionne à l’identique au masculin.

      Votre mauvaise foi est assez exemplaire 🙂 Bravo pour cette prouesse.

      • Hé hé, je pense que la misogynie, ce n’est pas de présenter des personnages de femmes peu flatteurs, genre de la misanthropie au féminin, personne n’en sort sans être sacrément égratigné. Dans ce cas Demy serait féministe, parce que dans ses films il aime tous ses personnages.

        Ce serait louper la particularité du rôle dans lequel l’on tient partout ou presque à garder les femmes. La violence sexiste, c’est plutôt de présenter des femmes qui se définissent en grande partie dans leur rapport aux hommes, c’est à dire de manière pas indépendante, ayant besoin d’assumer des services à la personne (mâle) pour s’accomplir en tant qu’êtres (féminins). Une mise à disposition multi-modale. C’est pour ça qu’on ne peut pas renverser mécaniquement le genre des personnages, et imaginer le film au masculin.

        Et à utiliser ce prisme, Les Demoiselles de Rochefort sont deux beaux personnages pas parce qu’elles sont gentilles, mais parce qu’elles parlent aussi de s’accomplir en tant qu’artistes, indépendamment de leur recherche amoureuse (symétrique des hommes qu’elles vont croiser, qui plus est).

        Une fois écartée la question du jeu de massacre, donc, une des remarques les plus intéressantes de l’article, c’est de dire que les lignes de dialogues qui satisfont au troisième critère du test de Bechdel sont finalement assez rares. J’ai pas vérifié, mais ça me semble crédible, surtout si on entend la compétition au féminin comme une compétition arbitrée par un homme, donc dans ce cadre androcentré dont on sait combien il est difficile de le quitter. Bien vu !

        Mais je vais essayer de m’interroger sur le plaisir que je prends à regarder des femmes s’envoyer des vacheries, alors que le spectacle des combats de coqs masculins est moins jouissif. Est-ce que cette dernière violence est plus associée au danger, est-ce que c’est le plaisir des mots et de la dérision qui est plus amusant que les jeux de pouvoir ou d’intimidation ? (Je me suis fait un jour accuser d’ironie dans un groupe quasi-exclusivement masculin, j’imagine que j’étais plus divertissante que les mecs quadras qui pratiquaient l’intimidation pour y conserver leur pouvoir.)

        Est-ce que je trouverai ma réponse à cette question brûlante dans un épisode de Mad Men (qui est la preuve qu’on peut mettre en scène le sexisme dans des fictions non-sexistes) ?

  8. Je n’avais pas aimé ce film lorsque je l’ai vu voilà 10 ans et je n’avais pas compris pourquoi diable, la critique et les spectateurs avaient encensé un film aussi tarte ! Ce qui est dit dans cet article est parfois très bien vu ( en même temps je n’avais plus jusqu’à aujourd’hui, de souvenirs de ce film navrant, de surcroit seul de mon entourage de l’époque a ne pas avoir aimé)

    Cependant il faudrait soigner le style et surtout l’orthographe (il y a une différence entre le verbe savoir et le verbe être, les accords).
    Tout cela est décridibilisant pensez y !
    Merci touterfois pour cette analyse, et respect pour vous être infligé cette bouse.

    • Merci C pour vos remarques et pour votre compassion 🙂

      Je suis consciente d’avoir des difficultés en orthographe et stylistique. Et ca ne me surprend pas que mon texte pèche de ces cotés là. Je vais essayer de retravailler ces deux points.

  9. Merci pour ce long article ! Je continue à bien aimer le film, même si en effet, un jeu de massacre qui tombe sur des personnages féminins, c’est pas anodin. J’en profite pour glisser un post de la bibliothèque de Chez Violette, un local pour les femmes à Lille qui utilise aussi le test de Bechdel pour guider ses acquisitions : http://chezviolette.over-blog.org/article-en-direct-de-la-bibli-le-test-de-bechdel-117979977.html.

  10. Je n’aime pas beaucoup ce film, pas du tout même, mais je ne sais pas si Ozon mérite d’être qualifié de misogyne. Comme Almodovar, il semble même être obsédé par les femmes, et non pas par les femmes en tant qu’entité abstraite apte à susciter le désir, mais comme personnes, toutes différentes,…
    Pour moi, les rôles les plus odieux chez Ozon sont ceux qu’il a donné à Bernard Giraudeau dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (le personnage était un manipulateur maniaque), et (plus banal ceci dit) à Fabrice Lucchini dans Potiche.
    Je ne ferais pas grand cas de Huit femmes dont le succès reste assez incompréhensible, pour moi, c’est un truc à mi-chemin entre Agatha Christie et du Vaudeville, je suis étonné qu’une forme si ringarde ait fonctionné à ce point sur le public.

    • Je n’aime pas beaucoup _ce_ film, désolé pour la coquille (ou le lapsus révélateur ?).

    • En ce qui me concerne je le trouve très misogyne, ses dernières déclarations sur la sexualité féminine ne m’aident pas à changer d’avis.
      Je ne suis pas connaisseuse de Ozon, je n’ai vu que 8 femmes, Sitcom et Swimming pool il y a longtemps et je pense ne pas passer plus de temps avec ce réalisateur. Almodovar je le connais aussi assez mal. Du coup c’est difficile pour moi de les comparer.
      Pour 8 femmes, les personnages sont très creux, réduit au stéréotype qu’ils incarnent. Dans Sitcom c’est assez similaire dans mon souvenir et pour Swimming pool, dans mon souvenir comme il n’y a que deux personnages féminins dans l’histoire ils sont peut-être plus étoffés.
      En tout cas les exemples de perso chez Ozon qui vous ont « posé problème » sont des personnages masculins. Il y a peut être un effet d’identification. Je ne sais pas.

      Et pour le succès de ce film, ça me dépasse autant que vous. Peut être le coté kitch assumé et désuet qui facilite la sensation « divertissante » et surtout le casting prestigieux, qui est tout de même le principal argument de ce film.

  11. c’est quoi cette analyse marxiste du film d’Ozon ? c’est le fils de Proust vous avez rien pigé, et la palme qu’il va recevoir dimanche il va vous la dédier, non mais les gauchos arrêtez de dire des conneries de temps en temps

  12. « Mon curée »
    Vous vous relisez avant de publier ?

    • J’ai corrigé pour « curé », c’est probablement mon désir de voir la prêtrise accessible aux femmes qui m’a trahie.
      Sinon pour la relecture, il y en a eu une mais pas assez approfondie manifestement. Une bonne amie m’a dit qu’elle ferait une relecture ce we, si tout ce passe comme prévu, lundi vous devriez avoir moins mal aux yeux.

    • @ Capello

      Je m’adresse à vous car votre intervention ne vise qu’à faire une remarque sur l’orthographe, mais j’aimerais bien avoir aussi l’avis des autres fanatiques de l’orthographe qui font des remarques à Meg sur le sujet.

      Pouvez-vous m’expliquer la pertinence de votre intervention ? Parce que, personnellement, j’ai du mal à voir ça autrement que comme une insulte à Meg. Le pire avec vous, c’est que vous vous contentez de faire une remarque sur l’orthographe, et méprisez donc implicitement ce que Meg raconte (comme si ça ne valait même pas la peine de débattre avec quelqu’un-e qui fait une faute d’orthographe à « curé »).

      Personnellement, je trouve que ce comportement est analogue à celui de quelqu’un-e qui, dans une discussion à l’oral, ferait des remarques sur la coiffure de son interlocuteur/trice, ou sur son style vestimentaire. Du genre « tu pourrais faire un effort pour mieux te coiffer, parce que la raie c’est pas dans ce sens mais dans l’autre ». Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre ???

      Je n’arrive pas à voir là-dedans autre chose qu’une manière de tenter de rabaisser quelqu’un-e en lui rappelant qu’ille n’a pas correspondu à des normes dominantes qui sont, je le rappelle tout de même, complètement arbitraires.

      Si encore Meg faisaient des « fautes » (rien que le mot est fabuleux, on a l’impression d’un péché capital) qui obscurcissaient son propos, je veux bien. Mais ce n’est JAMAIS le cas. En quoi mettre un « e » ou pas à « curé » change quoi que ce soit au propos.

      Pour moi, reprendre quelqu’un-e sur l’orthographe est juste un acte de domination qui vise à rappeler à quelqu’un-e la supériorité qu’on a sur ellui, supériorité qui ne réside que dans le fait de posséder cet aspect du capital culturel légitime qu’est la maîtrise de l’orthographe.

      Si quelqu’un-e a un avis là-dessus ça m’intéresse, parce que j’ai vraiment du mal à ne pas voir ces remarques comme de la violence symbolique à peine voilée.

      • Pour la comparaison avec l’oral, perso j’ai l’impression que ça serait presque plus analogue à une personne qui interromperait l’autre pour lui corriger ses « fautes » de français juste parce qu’ille le peut (au sens où se sent légitime de le faire), alors même que les « fautes » ne nuisent pas à la compréhension du propos. C’est un comportement très courant et qui je pense relève de la mécanique que décrit Paul, et en plus s’ajoute à ça le rapport de force dans la conversation, c’est à dire la possibilité d’occuper au maximum l’espace sonore tout en montrant à quel point l’autre personne n’est pas vraiment légitime à parler puisqu’il « faut » contamment l’interrompre pour lae « corriger ».
        Je suis d’accord avec Paul sur tous les points ici, c’est un débat qu’on a déjà eu plusieurs fois sur ce site d’ailleurs, notamment il me semble dans la partie contribuer/nous contacter.
        Sur les blogs, j’ai l’impression que cela s’apparente à du trollage pur et simple, surtout que comme le dit Paul cela montre du mépris pour l’article de meg (c’est à dire ce qui est important, à savoir les idées qu’elle avance), et donc le travail qu’elle a fourni. Que vous ne soyez pas d’accord avec son article et que vous expliquiez pourquoi en argumentant, cela ne pose aucun problème et je pense que cela serait plutôt une richesse. Que vous choisissez de montrer du mépris pour son travail en invoquant votre soi-disant « supériorité » en terme d’orthographe et rien d’autre, cela vous dessert (en tout cas de mon point de vue) infiniment plus que meg qui a mal écrit curée et quelques autres broutilles sans conséquences.
        Votre hierarchie de valeur me semble vraiment incompréhensible.

  13. Merci pour cet article. Je vous conseille le visionnage (si vous avez encore de la curiosité sur Ozon) de « Gouttes d’eau sur pierres brûlantes » qui parle de domination, et donc de l’opinion de Mr Ozon sur le sujet.

    • Merci pour la suggestion, il va me falloir du temps avant de revoir un film de Ozon. J’ai largement dépassé l’overdose avec 8 femmes, mais je prend note.

  14. Grande fan de ce blog, je suis assez peu convaincue par cet article. (au passage :*mode maniaque de l’orthographe et de la grammaire ON/ relisez vous AVANT de publier!… c’est assez désagréable à la lecture les « er » qui se prennent pour des « é » /OFF)

    Je reprendrai juste une analyse,celle de la Mammy qui me gène beaucoup : vous analysez l’assassinat de son mari comme un meurtre non motivé, ou provoqué par la gentillesse de son mari (et qui donc sous entendrait qu’elle veut un homme dominateur etc.; propos sur lequel vous insistez beaucoup dans l’ensemble de l’article). De là, vous en faites Eve la fauteuse originelle, etc.

    Je suis frappée que la réplique que vous mettez en avant ne vous pousse pas à entrevoir une autre possibilité. Elle dit à peu près explicitement : je l’ai tué car je ne l’aimais pas et que je ne pouvais pas le quitter (pas de divorce à l’époque, etc.) Dépendre de lui, vivre avec lui m’était insupportable, même s’il était gentil.
    Cela m’évoque, et je ne dis pas du tout que c’est LE SENS de cette phrase, mais je pense que c’est une piste que cela soulève, cela m’évoque une femme mariée de force (cf. contexte historique et social du film), et sans option pour sortir de ce mariage, du fait précisément de son statut de femme.
    Alors, cela ne justifie pas son meurtre, cela n’en fait pas un personnage sympathique ni féministe, mais je trouve cependant que cela en fait un personnage intéressant, et précisément qui permet de questionner ici la position de la femme dans le mariage bourgeois. Cette piste me semble plutôt féministe, pour le coup…
    Le fait que le mari soit « gentil » me semble d’ailleurs très intéressant : ce n’est pas parce que l’homme avec lequel on nous impose de vivre est gentil et « gentleman » que cela devient acceptable qu’on nous impose de vivre avec un homme .

    Je voulais vous faire partager cette réflexion, car c’est une pensée qui me vient immédiatement à la lecture de cette réplique, et je suis surprise que vous en fassiez quelque chose d’aussi différent.
    Alors oui, après elle a besoin d’un autre homme.. mais le fait que ce personnage choisisse à un moment de s’affranchir de son mari pour tenter ensuite de tirer elle même parti d’un autre homme me semble intéressant.

    Le reste de votre article me semble avoir parfois les mêmes tentations : fermer l’analyse à une seule lecture, peut être parce que vous n’aimez VRAIMENT PAS ce film et que vous êtes dès lors très sensible à tout (je connais ça, je fais pareil).
    Je ne dis pas que ce film est féministe, loin de là, il ne me semble pas pour autant si diabolique.

    Autre chose qui me vient : avoir des personnages antipathiques ne suffit pas à rendre le film sexiste. L’empathie ou non que l’on peut ressentir pour un personnage ne me semble pas à elle seule un argument convaincant. La majorité des films sexistes qu’on nous sert ont des personnages féminins et masculins très sympathiques… Et on aime tous, plus ou moins, voir des personnages antipathiques : c’est souvent plus intéressant que des braves petit-e-s hommes/femmes comme il faut.

    Pour finir sur une note positive, je suis en revanche très convaincue par vos analyses des « scènes lesbiennes ». Le fait qu’on ne voit Pierrette qu’avec Deneuve, et non avec Chanel me semble en effet très révélateur.

    Bonne continuation !

    • Zoé il me semble avoir déjà répondu sur l’orthographe et plusieurs fois. Si vous souffrez tant de mon orthographe, épargnez moi votre leçon de grammaire et dites moi où sont les erreurs que je les corrige et apaise ainsi vos terribles souffrances.

      Pour Mamy, c’est vrai que je n’ai pas relevé cette hypothèse de mariage forcé car pour moi elle ne change rien. Je l’ai compris comme une tentative de déresponsabilisation de Mamy.
      Vous semblez dire que c’est une tentative d’émancipation de Mamy, mais elle revient sous la coupe d’un autre homme. Le fait que les femmes soient incapables de subvenir à leurs besoins matériels est dit à de nombreuses reprises dans le film et même pour celles qui travaillent, on a pas l’impression qu’elles travaillent pour l’argent (en particulier Louise qui demande juste une maitresse). Mamy a préféré commettre un homicide plutôt que perdre son statut social de bourgeoise, je ne vois pas en quoi cette info rend le personnage plus intéressant ou plus consistant.

      Sinon pour ce qui est de l’empathie, la sympathie et l’antipathie pour les personnages. Vous n’avez pas compris du tout ce que je voulais dire, j’ai dû mal expliciter ce point. Je ne dit pas qu’il faut faire des perso gentils ou sympathiques pour faire un film féministe (c’est à dire non sexiste). Je pense et j’essaye de dire que Ozon n’a aucun amour ni intérêt pour ses personnages féminins et ceci fait que ses perso féminins sont des coquilles vides, des stéréotypes stupides et archi-connus. J’ai souvent entendu dire que 8 femmes était un film sur les femmes et un film qui célèbre les femmes, mais je pense que c’est un film qui parle avant tout des hommes et valorise les pères, les maris et les patrons. Pour moi c’est impossible de m’identifier à aucune de ces soi-disant femmes, parce qu’elles sont inhumaines et qu’elles sont le pur produit du fantasme d’un homme misogyne. Pour moi Ozon est un bon technicien, qui fait des films proprets et bien fait au niveau technique mais c’est un paralysé du coeur, un atrophié de l’empathie et un connard sur le plan politique. Un type qui se permet publiquement de faire des déclaration sur mes fantasmes et dit que l’argent est le moteur de ma sexualité à tendance à m’irriter copieusement. Ozon dit cela pendant 1h30 dans 8 femmes et en remet une couche cette semaine à Cannes, histoire de bien montrer que sa misogynie n’est pas un accident.

      Après pour mon analyse fermée. Je ne prétends ni a l’objectivité ni a l’exhaustivité. Si vous voulez proposer d’autres interprétations ou d’autres niveaux de lecture, vous êtes bienvenue. J’ai déjà répondu plusieurs fois au sujet d’une interprétation moins hostile que la mienne. Comme Ozon laisse grande ouverte son histoire, on peut faire le choix d’y voir un peu ce qu’on voudra. On peut choisir de croire Suzon, de voir Mamy comme une victime du mariage forcé, Pierrette comme une femme libérée… c’est au spectateur de choisir. C’est la soi-disant « neutralité » de Ozon, mais en étant « neutre » dans un monde patriarcal, c’est le discours patriarcal qui prend le dessus et l’emporte car c’est le discours dominant. En étant pas clair comme il l’est sur le viol, l’inceste, la prostitution, la violence conjugale… il laisse libre court à la répétition et la perpétuation de clichés nuisibles socialement, tels que « toutes les femmes sont vénales », « les femmes qui se disent victimes de viol mentent », « les noires sont de meilleurs mères », « les lesbiennes détestent les hommes » ou « les belles-mères sont toutes des sorcières »…

      Merci pour vos remarques et bonne continuation à vous aussi.

  15. Perso, j’avais vu le film « au niveau 2 ». Ce doit être pour ça que je suis moins dégoutté que vous : ces femmes ne sont pas de vrais femmes mais des stéréotypes.

    Je suis également un habitué des murder party ou les stéréotypes font parti de l’exercice (de même que les faux semblant. TOUS les personnages ont quelque chose a cacher)

    J’ai du mal à croire que qui que ce soit puisse s’identifier à Marcel, je l’ai trouvé ignoble de se suiccider devant sa fille qui lui fait une déclaration ( même si elle s’illusionne)

    Et personnellement je n’avait pas vu l’élan de solidarité comme temporaire. Je pensais plutôt que toutes ces personnes étaient libérer de leur secrets.

    Sorti ça, Ben oui c’est sexiste. Rien que le fait de voire ce film comme une gallérie a stéréotype l’est.

  16. A propos de François Ozon, j’ai un lien qui va peut-être vous intéresser.

    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/870521-la-prostitution-un-fantasme-feminin-pour-ozon-les-chiffres-prouvent-le-contraire.html?utm_source=outbrain&utm_medium=widget&utm_campaign=obclick&obref=obnetwork

    Bravo pour votre article. J’ai vu ce film il y a dix ans et il m’avait déjà mise un peu mal à l’aise (lesbophobie, méchanceté des personnages…). Bonne journée!

  17. Eh oui, cette analyse se voit amplement confirmée par le dernier film d’Ozon, qui défend courageusement la prostitution des mineures financièrement indépendantes (!). C’est intéressant de voir, dans le contexte actuel, ce genre de discours ultra-misogyne porté par des homosexuels.

    En somme la défense du mariage homosexuel est plutôt une idée d’arrière-garde (le mariage, vieille institution patriarcale par excellence) ; ça ne pose pas de problème en soi mais ça n’a rien de révolutionnaire : que des homosexuels veuillent imiter en tout point le modèle hétéro-patriarcal, ils en ont le droit et ça les regarde ; et les opposants à cette réforme mènent donc un combat d’arrière-arrière-garde, c’est dire où on en est.

    Dans le même temps à Cannes, le film d’Abdellatif Kechiche présente lui aussi, a priori, l’image d’une homosexualité féminine bien peu dérangeante pour l’ordre dominant.

    De sémillantes lesbiennes occupées à d’interminables et torrides papouilles, avec la petite-fille du pdg de Pathé dans le rôle de la Rebelle sartrienne, tout ça est bouleversant d’audace et de refus de la bien-pensance… On dira que c’est encore nécessaire aujourd’hui d’affirmer leur droit à l’existence ; mais est-ce nécessaire de les glamouriser, de les faire rentrer dans le modèle autorisé du sex appeal, de l’aphrodisme le plus hétéro-normé ?

    Ainsi la lesbienne 2013 sait rester féminine, et remercie Papounet de lui avoir permis d’exprimer toute sa sensualité. Ou, comme l’écrit un journaliste du New York Times, « Ce film traite beaucoup plus des désirs de M. Kechiche que de toute autre chose. »

    Il n’y a qu’à voir la façon dont Kechiche a oublié de remercier l’auteure de